"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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mercredi 29 août 2018

Hulot aura essayé, respect M. Hulot.

Hulot a démissionné ! Quel aveu d'échec pour tout le monde, lui-même, d’abord, en n’ayant pas réussi à convaincre, Macron ensuite, qui perd le seul ancrage environnemental qui pouvait le forcer, un tant soit peu, à penser « environnement » et penser que nous pourrions y croire et nous tous qui, à des degrés différents, l’ont défié, ne l’ont pas soutenu alors qu’il avait totalement besoin de nous tous. Quelle mise en lumière du vrai visage du Macronisme. L'illusion est enfin totalement dissipée. Il n'y a pas de place pour l'écologie dans le Macronisme. Avec le départ de Hulot c'est la démonstration imparable que l'écologie n'est pas soluble avec la droite. Hulot aura essayé ! Mais sans une mobilisation populaire, sans aucun soutien de l'opinion, il ne pouvait rien ! Nous étions ses troupes et ses troupes n'étaient pas là. Dès lors, épuisé par les renoncements, les petits pas et les gros arrangements, il a jeté l’éponge.

Ceux qui me connaissent bien savent que depuis très longtemps maintenant, je dis, à qui veut l'entendre, que les petits pas, que les petits gestes, que les petites avancées ne suffisent plus et qu'il faut passer à la vitesse supérieure. Depuis longtemps je compare les avancées environnementales comme la course d'un cycliste avec un motard, les motards étant les pollueurs et autres saccageurs. Alors oui certes nous avançons mais les destructions avancent bien plus vite. "L'état de la planète ne s'accomode pas des petits pas" nous dit Nicolas Hulot. ... heureux de m'entendre donner raison par Nicolas Hulot mais parfaitement triste d'avoir raison.

Tantôt dépressif, tantôt romantique, présenté comme un adepte du "grand soir", Nicolas Hulot n'était, à en croire ses anciens collègues du gouvernement, décidément pas fait pour gouverner car trop fragile, trop idéaliste. Après avoir fustigé ses mauvaises manières, voilà la basse condescendance de ceux qui sont droit dans leurs bottes pour minimiser leurs fautes et amoindrir un geste fort. Finalement pour tous ces sinistres, il n'y aurait que le geste d'un dépressif. Pourquoi pas d'un suicidaire pendant que vous y êtes ? Finalement on fait comme pour les "femmes", les écolos ils ne sont pas sérieux, ils ne sont que dans l'émotion.

Quant à Chevènement il ne trouve rien de mieux à dire que les écologistes "sapent la compétitivité de la France. Celle-ci est le principal problème que nous avons à résoudre, comme en témoigne le déficit (75 milliards d’euros) de notre balance commerciale. Il est temps de se recentrer sur l’essentiel." Et ainsi, pour ce vieillard issu d'un siècle qui nous a entraîné là où nous sommes aujourd'hui, la démission de Nicolas Hulot est une bonne nouvelle car le principal pour un pays c'est ses tunes pas sa durabilité ni celle de l'humanité. La vieillesse est un naufrage.

Ces gens me dégoutent, c'est tellement plus simple de le disqualifier et de se mettre la tête dans le sable.

Hulot a démissionné, pauvre de nous, nous voici seuls, passagers d’un paquebot fou, piloté par d’aveugles dogmatiques aux ordres des lobbies.

Hulot aura essayé, respect M. Hulot.

Ci-après le témoignage touchant d’un de ses compagnons de route, le biologiste et photographe sous-marin montpelliérain, Laurent Ballesta, connu, notamment pour sa participation à Ushuaïa Nature et ses documentaires diffusés sur Arte, qui publie, dans Midi Libre, une tribune émouvante en réaction à la démission de Nicolas Hulot.


"La mer est sublime ce matin, épaisse et limpide à la fois, comme seule la Méditerranée sait l’être. En sortant de l’eau, il n’est pas encore 8h30, la journée s’annonce belle, et puis hélas j’allume la radio. Nicolas Hulot démissionne.



La stupéfaction est aussi grande pour les intervieweurs que pour les auditeurs. Son ton calme et ému, ni rageur, ni vengeur impose le respect et c’est à peine si les journalistes osent l’interrompre. On assiste, presque muet, à un instant de grâce, quand bien même est-il dramatique.

Bien sûr, dans un sursaut d’égo d’animatrice vedette, on lui pose cette question vicieuse pour savoir si ce renoncement ne serait pas l’aveu de son incompétence. Il répond "peut-être" parce que, lui, en a fini depuis longtemps, avec l’orgueil.

Moi je crois savoir que ce boulot il le fait pour de bonnes raisons, pas pour une bonne fonction. Pouvoir d’influence, avantage de la notoriété, Nicolas n’a jamais eu besoin d’être ministre pour posséder ces atouts-là.

Au contraire, en acceptant le poste, il savait qu’il les fragiliserait. Il n’avait rien de personnel à y gagner et il l’a fait quand même, preuve que c’est la cause et les convictions qui l’ont conduit à accepter. Et ce sont ces mêmes convictions qu’il le conduise aujourd’hui à refuser de continuer.

Je l’écoute et mes sentiments sont paradoxaux : je suis rassuré de voir qu’il existe encore des hommes influents avec autant d’intégrité, mais je suis angoissé par ce qui nous attend désormais. Je suis fier d’être l’ami d’un tel homme et déçu qu’il n’ait pas réussi plus longtemps.

J’entends déjà les sarcasmes des cyniques "je l’avais bien dit ! C’était foutu d’avance dans un tel gouvernement". Croyez-vous vraiment que Nicolas Hulot était si naïf ? Il est des causes trop sérieuses pour qu’on les passe au filtre du possible avant de les embrasser.

Je crois que Nicolas ne s’est jamais demandé si les ambitions étaient réalisables, seulement si elles étaient nécessaires. Il aura tout essayé au cours de sa carrière : nous émouvoir avec des films, faire de l’éducation avec sa fondation, du conseil auprès des présidents, du lobbying auprès des plus grandes sociétés, et puis enfin, entrer au gouvernement. On ne peut rien lui reprocher.

Dans ce moment de désespoir, je veux encore croire que le choc de son départ sera le défibrillateur qui va ranimer les consciences des gouvernants et des gouvernés. Il n’y a aucune raison d’être optimiste, mais il n’y aucun intérêt à être pessimiste.

Que l’on dise "ça va s’arranger" ou bien "de toute façon, c’est foutu", ces deux postures sont stériles. Mieux vaut encore se taire et agir. Puisqu’on ne lui permet plus d’agir, il a raison de partir et de se taire. Même si je veux croire à un sursaut futur.

En attendant, demain matin, je retournerai plonger, admirer des petits bouts de notre belle planète, explorer les fonds marins, y prendre du plaisir autant que possible, et même essayer de partager ce plaisir, essayer de profiter sans gaspiller, de jouir sans nuire."

jeudi 19 juillet 2018

Bruno David : «On ne pourra pas toujours s’en tirer, il n’y a pas de planète B»

Il y a dix ans, on était réveillé par les oiseaux, plus aujourd’hui. Un constat parmi mille autres de l’extinction majeure des espèces qui bouleverse la planète de façon irréversible. Le naturaliste Bruno David, président du Muséum d’histoire naturelle, s’alarme.


Le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d’histoire naturelle, partage le constat alarmiste de ses pairs. Et craint que l’homme ne soit pas capable de réagir à temps.

Les scientifiques n’ont plus de mots assez durs pour qualifier l’état de la biodiversité : «Anéantissement biologique», «défaunation aux conséquences catastrophiques»… La situation est-elle si grave ?

J’aime bien prendre du recul. Lors des derniers 500 millions d’années, il y a eu cinq crises d’extinction majeures de la biodiversité et une cinquantaine d’autres plus petites. On peut en tirer des leçons. Premièrement, il n’y a pas deux crises identiques, elles sont toujours conjoncturelles. Deuxièmement, les crises ne tuent pas, elles ne provoquent pas une hécatombe mais sont plus pernicieuses : de génération en génération, les espèces sont moins peuplées. Une crise est mondiale et touche différents groupes d’espèces. Dernière caractéristique : elles sont brutales à l’échelle géologique, de l’ordre du million d’années en moyenne. La deuxième leçon à retenir des crises passées est qu’elles ont toutes été multifactorielles.

On serait donc en train de provoquer et vivre la sixième extinction majeure des espèces ?

Rappelons les faits. Nous constatons un déclin mondial et extrêmement brutal de la biodiversité, qui touche des groupes extrêmement divers, les vertébrés, les insectes et la microfaune du sol. Ça n’a jamais été aussi rapide dans l’histoire. La vitesse est le facteur le plus inquiétant.

Si on extrapole les chiffres du Millenium ecosystem assessment (1) étudiant les 200 dernières années, on aboutit à une éradication de tous les mammifères en environ 10 000 ans. Et cela peut s’accélérer. De même pour le changement climatique, on est sur des vitesses de bouleversement qui ne sont pas compatibles avec la vie végétale et animale.

Vous dites que la crise actuelle est multifactorielle. Quels sont ces facteurs ?

On parle beaucoup du réchauffement climatique, mais la plus grosse pression sur la biodiversité est le changement d’usages. C’est l’utilisation qu’on fait de la planète qui touche le plus la biodiversité. Les études sur le déclin des oiseaux communs publiées par le Muséum et le CNRS, fin mars, montrent que dans les plaines agricoles, l’utilisation des produits phytosanitaires et l’intensification des pratiques empêchent les oiseaux de se reproduire correctement. La pollution, l’agriculture, le changement climatique sont autant de facteurs qui s’additionnent.

On peut donc bien parler d’«anéantissement biologique» ?

Oui. Je ne l’aurais peut-être pas dit il y a quelques années parce qu’on n’avait pas toutes les données détaillées sur le déclin des espèces communes. Mais depuis cinq ans, on empile les mauvaises nouvelles. La diminution des oiseaux, des insectes, de la microfaune du sol qu’on observe en France est extraordinairement alarmante. On est en plein milieu d’une crise du passé. Sauf qu’on va beaucoup plus vite.

Est-on en train de la vivre en France ?

Chez nous, dans nos jardins, beaucoup de gens constatent qu’il y a moins de lapins de garenne et de hérissons, par exemple. Il y a dix ans, j’étais réveillé par les oiseaux à 5 heures du matin, qui faisaient un boucan pas possible. Aujourd’hui, je ne le suis plus, et je ne pense pas être devenu sourd. Face à cela, je me dis : «Ce n’est pas possible. Qu’avons-nous fait ?» On détruit leurs environnements. On bourre les champs de produits phytosanitaires. On met des enrobages sur les graines de céréales pour qu’elles ne soient pas mangées par les parasites et cela empoisonne les animaux. On injecte des perturbateurs endocriniens dans l’eau. Les bestioles se reproduisent moins bien, voire s’empoisonnent. On perturbe tout le système écologique.

Un système dont les humains font partie...

Le dualisme nature versus homme est totalement faux. On a deux kilos de bactéries en nous dont notre vie dépend. En tant qu’espèce, on vit en symbiose avec le reste du monde. On en a besoin pour exister, pour manger, boire. Quand on porte atteinte à la biodiversité, c’est à nous, humains, qu’on porte atteinte. On est en train de gravement perturber le fonctionnement des écosystèmes qui nous rendent un tas de services : la purification de l’eau, de l’atmosphère, les ressources alimentaires, la régulation des grands cycles biochimiques et du climat.

Ces fonctionnements peuvent basculer vers de nouveaux équilibres si on les modifie de manière trop importante. Des équilibres dont on ne connaît pas les conséquences. J’aime prendre l’exemple de la tour Eiffel. Si on lui enlève une, deux, trois poutrelles, c’est comme si on enlève des espèces de certains écosystèmes. Au bout d’un moment, la tour Eiffel va s’effondrer. On aura basculé dans un nouvel écosystème qui ne rendra pas les mêmes services. Et dont les humains seront peut-être absents.

Dans votre livre la Biodiversité de crise en crise, vous posez cette question : «l’espèce humaine sera-t-elle la prochaine à disparaître ?»

Je continue de le penser fortement. Elle ne sera pas la toute prochaine à disparaître, mais sûrement une des prochaines. Parce que nous sommes trop prétentieux de penser qu’avec notre technologie, on pourra toujours s’en tirer. Il n’y a pas de planète B. Il faut arrêter de rêver, il n’y a pas d’autre option que de rester sur Terre pour le moment et d’essayer d’y vivre le mieux possible. La deuxième chose, c’est que nous sommes une espèce complexe, donc fragile. On a une physiologie compliquée, on a l’impression d’avoir une bonne carapace, avec notre technologie, notre pharmacopée, qui nous protègent, mais jusqu’à une certaine limite…

La pharmacopée, qui dépend de la biodiversité…

Oui, il y a des tas d’exemples. Un seul, peut-être le plus spectaculaire. Des bactéries symbiotiques qui vivent sur les larves d’animaux marins microscopiques, les bryozoaires, sécrètent un produit qui est un anticancéreux majeur, contre le cancer du pancréas.

Ces alertes provoquent un certain émoi… qui retombe vite. Pourquoi ?

En étant optimiste, je me dis que nous avons conscience de la manière dont on agit sur notre environnement, donc on a une capacité à réagir. Mais si je me tourne vers l’histoire des sociétés, je constate que l’homme a un comportement puéril face à des enjeux majeurs. Il va, à chaque fois, au bout de son erreur. Nous sommes au volant d’un véhicule sur l’autoroute, nous savons qu’il y a un mur et qu’on y va très vite. Mais la réaction n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Je pense qu’on va aller dans le mur. Et ce sera irréversible. Une fois que la tour Eiffel est en mille morceaux sur le Champ de Mars, elle a changé d'état, c'est fini, on est dans le mur.

Sait-on quand se situe ce point de bascule ?

Le paléo-écologiste Anthony Barnosky estime que cela se passera autour de 2050, en extrapolant une tendance : pour le moment, 25 % de la surface des continents est touchée par les changements anthropiques de manière importante. Il continue la courbe et estime que quand on atteindra 50 à 60 %, la planète va commencer à fonctionner autrement. Mais je pense que c’est difficile à évaluer, car on ne sait pas comment on va réagir, quelle sera la pression démographique. En 1980, on était 4,5 milliards d’humains, aujourd’hui, on est plus de 7,5 milliards.

Que faire pour éviter ce basculement ?

Je n’ai pas de solution miracle, je ne suis ni politique ni économiste, je suis naturaliste, je porte un constat. Il faut complètement changer de mode de consommation. Mais la première remise en cause est d’abord démographique. Si on ne veut pas totalement changer de mode de vie, il faut qu’on accepte une réduction de la population. On est dans un modèle économique où il faut qu’elle augmente, mais jusqu’où ? 200 millions, 500 millions, pour la France ? Notre planète est finie, on ne peut pas avoir une croissance infinie, c’est du b.a.-ba. A un moment, il va falloir changer de système. Je pense qu’on ne sera pas capables de le faire, et que ce sont les circonstances qui nous l’imposeront. Le fait que les écosystèmes ne nous rendront plus les mêmes services, que les territoires ne seront plus habitables comme ils l’étaient, risque de provoquer des grandes migrations écologiques extraordinairement violentes et des guerres. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut absolument qu’on freine. Mais rien que l’interdiction de trois insecticides néonicotinoïdes en Europe pour protéger les pollinisateurs, vous avez vu le barouf que ça a fait !

Que pouvons-nous faire en tant que citoyens ?

D’abord, on peut utiliser nos bulletins de vote. On peut aussi manifester : on a le droit de s’exprimer sur l’environnement, de manière démocratique et pacifique. Dans notre vie quotidienne, il faut s’interroger sur chacun de nos petits gestes, sans pour autant renoncer à vivre.

Les petits gestes suffiront-ils ?

Non, peut-être pas. Il faut, après, convaincre les politiques. Nicolas Hulot est sans doute la bonne personne au bon endroit pour le moment, parce qu’il a cette sensibilité.

Qu’attendez-vous de son plan biodiversité ?

Je prends tout ce qui est bon à prendre.

Le gouvernement se montre incohérent, par exemple avec le projet de mine d’or géante en Guyane, soutenu par Emmanuel Macron…

Il y aura forcément des incohérences, car on ne peut pas basculer dans un autre système économique du jour au lendemain. Je pense qu’on en est incapables, moi le premier. Mais il y a quand même le début d’une vraie prise de conscience. Elle ne se traduit juste pas encore en actes.

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(1) Le Millenium ecosystem assessment (Evaluation des écosystèmes pour le millénaire) est né en 2000 à la demande du Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Il vise à fournir des informations scientifiques relatives aux conséquences des changements que subissent les écosystèmes pour le bien-être humain ainsi qu’aux possibilités de réagir.

mercredi 17 janvier 2018

NDDL : L'Ayraultport est mort, vive la ZAD !!!


Aujourd’hui est une journée historique pour les luttes écolo. Le projet inutile et imposé, vieux de 50 ans et totalement anachronique, de Notre Dame des Landes vient d’être abandonné. Je suis fier d'avoir participé à cette victoire. Joie, joie immense !!!

J’ai envie de crier un immense « BRAVO » à tous ceux qui ont lutté et qui ont permis cette grande victoire, les Zadistes, l’ACIPA, le collectif des élus doutant de la pertinence de l'aéroport (CEDPA), les syndicats paysans, les associatifs, les comités de soutien, les artistes engagés et bien évidement tous les citoyens écologistes. Cette victoire est notre victoire à tous.

Ce jour est un jour d'espoir et de grande allégresse que nous ne devons pas bouder car au delà de la décision de ce gouvernement, la preuve est donnée que les combats citoyens peuvent encore être victorieux. La vie, l'espoir et la détermination ont vaincu le saccage et le béton .... « Depuis longtemps, ce qui se joue sur la ZAD dépasse en outre largement l'opposition au projet d'aéroport. Cette lutte se distingue en effet par sa capacité à re-situer le projet dans « son monde » - un monde dans lequel le béton l'emportait jusqu'alors irrémédiablement sur les tritons. » nous disent Maxime Combes et Nicolas Haeringer dans le blog de Médiapart, pendant que, de son coté, Nicolas Hulot nous dit, dans Le Parisien : « Il faut aussi [maintenant] s'interroger sur les procédures de consultation publique qui sont parfois de simples informations de la population conduisant à la validation d'un projet alors que la décision est déjà prise. A l'avenir, les élus locaux devront écouter davantage les critiques et les oppositions et ne pas proposer à leurs administrés un projet déjà ficelé à l'avance comme cela pourrait être le cas dans d'autres projets en France. » Merci à lui de rappeler cette évidence, si souvent énoncée par les écolos, mais faudrait-il encore que les élus aient de la considération pour leurs compatriotes pour qu'ils puissent comprendre ce bon sens.

« [...] Ainsi dès aujourd’hui, la demande de prorogation d’utilité publique sera retirée. La déclaration d’utilité publique deviendra caduque le 8 février prochain. Les trois routes doivent être rendues à la libre circulation. Les squats qui débordent sur la route devront être évacuées ; à défaut, les forces de l’ordre interviendront. La vocation agricole des terres sera préservée. Les agriculteurs expropriés pourront récupérer leurs terres. Les habitants illégaux devront partir d’eux-mêmes d’ici le printemps prochain. Des installations agricoles pourront avoir lieu à partir d’avril dans un cadre légal. L’État engagera une cession progressive des terres. C’est une décision d’apaisement dans une situation locale tendue. [...] » a déclaré, aujourd’hui Édouard Philippe. Je trouve cette fin de déclaration très ouverte et très positive où il n'est pas demandé d'évacuation de la ZAD ... Dès lors, Monsieur le premier Ministre, rappelez vos CRS.

Reste maintenant encore plein d'autres combats pour l’avènement d’une écologie sociale et solidaire et pour relever le défi de la durabilité (luttes contre les projets inutiles comme l'exposition universelle prévue sur les terres agricoles du plateau de Saclay, Europa-city prévu sur les terres agricoles du triangle de Gonzesse, le Center Parc à Roybon, l'accueil des réfugiés ou bien encore les luttes anti-racistes et pour l'égalité pour tous, ...). reste aussi à faire vivre ce qui a été construit sur la ZAD de NDDL. « Depuis la ZAD s’inventent et s’expérimentent des réponses à des questions aussi essentielles pour notre avenir commun que : comment vivre, comment penser, comme s’aimer, comment s’opposer, comment construire, comment détruire, comment rêver, comme tester, comment tâtonner, comment faire société. Bref : comment rester (ou redevenir) humain.e.s dans un monde qui s'approche de plus en plus du chaos ? Parcourir un chemin de la ZAD, se baigner dans l'un de ses étangs ou de ses lacs, y habiter, y aimer, y rêver, y cultiver un champ, est un acte fort, préfigurant ce à quoi pourrait ressembler un futur libéré de l'horizon dystopique dont nous nous approchons à grand pas. » poursuivent Maxime Combes et Nicolas Haeringer. Monsieur le Président, si vous ne voulez plus de ZAD,  il vous suffit juste de cessez les saccages, le bétonnage et la destruction de la nature.

Et dans cette attente, je dis haut et fort, vive la ZAD ! Vive l'esprit de la ZAD ! Longue et belle vie à cette expérience fabuleuse, peuplée de désobéissants qui proposent une réflexion alternative pour un projet de société humaniste et écologique.

Dessin : Reporterre

dimanche 10 septembre 2017

Les écologistes avaient raison


« Pas besoin de faire de catastrophisme : la situation est catastrophique » nous dit mon collègue et ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) Jean Jouzel. L'avertissement fait froid dans le dos. 

2017, inondations majeures et meurtrières en Sierra-Leone avec au moins 312 morts à la mi août, érosion du littoral en Métropole, éboulement de quatre millions de mètre cubes de boue et de rochers, en Suisse, à cause à la fonte du permafrost alpin qui, en temps normal, assure la cohésion des roches, bilan, 14 disparus et un village rayé de la carte, sécheresses et incendies majeurs encore et toujours, incendie au Groenland et maintenant Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré depuis que l’humanité surveille la météo. Alors s'il est vrai qu’il est encore difficile d’attribuer tels ou tels événements météorologiques ponctuels au changement climatique, on peut, toutefois, s’interroger, au regard de ceux-ci, sur la fragilité de nos sociétés vaniteuses et dénaturées, technologiques et guerrières, face à la puissance de la nature. Ainsi avec les îles de St Martin et St Barth, dévastées par Irma, privées d’eau potable et d’électricité, livrées au désordre et à la détresse, nous avons une mise en lumière du manque de résilience de nos sociétés face aux crises écologique et climatique.

« Avec les dévastations d’Irma, nous avons un exemple concret de ce que le système économique planétaire vorace et désinvolte peut donner. Et c’est le moment de rappeler les ricanements, le mépris supérieur, opposés aux écologistes pendant des décennies. Ils étaient pris pour des hurluberlus, des rêveurs pisse-froids, naïfs promoteurs du retour à la lampe à huile, soixante-huitards ou bobos déconnectés, empêcheurs de se gaver en rond. Et bien en fait, […]… ils avaient raison ! Et si leurs thèses sont désormais acceptées par le monde entier (à un Donald Trump près) ils ne sont toujours pas assez écoutés à propos des priorités à renverser. Le zadiste moyen de NDDL, aussi extrémiste soit-il, est plus raisonnable que n’importe quel climatosceptique qui siège encore à l’Assemblée. » nous rappelle fort justement Thomas Legrand dans son éditorial sur France-Inter du vendredi 8 septembre 2017.

De son coté, Pascal Canfin, sur France Inter, ne dit pas autre chose et je partage : « Si l'on avait écouté les scientifiques et les écologistes, nous ne serions ni surpris-e-s, ni sidéré-e-s que les crises climatiques se fassent plus aiguës, mais nous serions mieux préparé-e-s »

« Ce n'est donc pas faute d'avoir alerté, et pourtant les écologistes ne se réjouissent pas (et ne se réjouiront jamais) d'avoir eu raison, ils se désolent juste de ne pas être entendus » nous dit mon amie Catherine Bassani-Pillot et je partage. Et pourtant je pense qu’il est bon, de temps en temps, de rappeler que nous avions et avons raison quand nous alertons, relais que nous sommes des travaux scientifiques, afin que, dans une sorte de vœu pieux, à l'avenir et sur d'autres sujets, nous puissions espérer être un peu plus écoutés et un peu plus soutenus. Soutenus, non pas pour notre gloire, mais pour que nous puissions enclencher, véritablement, la transition écologique de notre monde et offrir un monde durable et désirable à nos enfants.

Mais je crains, à l’instar de Jean-Marc Jancovici, que demain, Harvey, Irma, José ou bien encore Katia passés, on ne se « désole que les ventes de voitures fléchissent un peu, puis qu’après-demain on ne se désole que la production d'acier fléchisse un peu alors qu’à chaque fois qu'on augmente ça, on augmente aussi les émissions de CO2 ... » et donc les changements climatiques et donc les catastrophes qui vont avec. « Quelque part, il faut qu'on se mette d'accord avec nous-mêmes, c'est à dire à 7 milliards et demi dans une petite boite qu'on appelle la planète Terre dont la taille n'augmente pas, il faut trancher, on est en pleine incohérence : c'est à dire que lundi on dit qu'on veut augmenter la taille de l'économie donc des flux physiques et augmenter les émissions et les rejets en tous genres et Mardi, on dit : ah c'est quand même ennuyeux, il y a des conséquences à cette affaire et on préférerait ne pas les voir » poursuit Jean-Marc Jancovici

Ainsi St Martin et St Barth sont deux exemples à petite échelle, une sorte d'expérience de laboratoire de la vulnérabilité de nos sociétés occidentales. En quelques heures des territoires modernes de la cinquième puissance mondiale ont été réduits à néant par la force de la nature que nous provoquons. Irma devrait nous faire réfléchir sur l'effondrement de notre monde qui nie les crises écologiques, climatique, métallique ou bien encore énergétique en croyant, dans une techno-foi aveugle, que, devant le précipice, nous trouverons la solution et qu'en attendant il ne sert à rien de s'inquiéter, il ne sert à rien d'investir pour anticiper, il ne sert à rien de changer car il est tout de même plus délectable, à l'instar de la cigale de La Fontaine, de jouir de consommation.

Amis, je vous en conjure, réfléchissez, ouvrez les yeux, changez, renoncez, adoptez la sobriété choisie et heureuse avant que les événements ne vous l’impose ... il est plus que temps car la multiplication et l'intensification des extrêmes climatiques va poser de plus en plus de problèmes humains, alimentaires, économiques, géopolitiques. « Ce qui est l'exception dans beaucoup de domaines, y compris chez nous [en métropole], va devenir parfois la norme. Le pire est devant nous », averti Nicolas Hulot et Jean Jouzel de poursuivre « l'intensification des cyclones risque de préfigurer ce que l'on vivra demain ». Et en effet « pour espérer rester en deçà de 2°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, il faudrait que le pic d'émissions de gaz à effet de serre survienne au plus tard en 2020 », conclut Jean Jouzel. Nous n'avons donc plus que trois ans devant nous pour inverser la vapeur.

Crédit photo : TWITTER/AFP - Anna MAZUR : Casino Royale ravagé par l'ouragan Irma dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, le 7 septembre 2017

dimanche 30 avril 2017

Présidentielles 2017, second tour : "Là tu n'as plus le choix, il faut que tu affrontes la réalité"


Imaginez vous une France, demain, gouvernée par :

Marine Le Pen : Présidente
Nicolas Dupont-Aignant : Premier Ministre
Florent Phillipot : Ministre de l’éducation
Bruno Gollnisch : Ministre des affaires étrangères,
Gilbert Collard : Garde des Sceaux,
Marion Maréchal-Le Pen : Ministre en charge des droits des femmes,
Robert Ménard : Ministre de l'intérieur en charge des cultes,
Christine Boutin : Ministre de la famille (chrétienne),
Wallerand de St Just : Ministre de l'économie.
….

Un cauchemar !!!!
C'est ça que vous voulez pour diriger la France ?

À ceux qui ont la mémoire courte, pour ma part je ne confonds pas le fascisme tout court avec le "fascisme de la finance". Le fascisme, le vrai, même drapé de respectabilité Républicaine, reste celui qui tape dur, celui des milices, celui des policiers patriotes, celui qui utiliserait, par exemple, à la première attaque terroriste ou devant des mouvements sociaux trop forts, l'article 16 de la constitution qui donne, sur simple consultation du premier ministre et du président de l'assemblée les "pouvoirs exceptionnels" à la Présidente de la République. Au fait, messieurs Hollande et Valls, merci pour l'état d'urgence et la loi de renseignements. Aviez-vous envisagé qu'il se pourrait, qu'un jour, le FN soit au pouvoir légalement ? Aviez vous réfléchi à ce que le FN pourrait en faire ?

Ainsi, le 7 mai, moi, l'indigne, le peureux, celui qui baisse son froc, le traître à la cause anticapitaliste, j'irai me salir les mains pour tenter de préserver les libertés de ceux qui sont trop purs pour faire de même et j'essayerai de calmer cette nausée que d'autres, trop sensibles - pôvres choux - trouvent au dessus de leurs capacités.

Mais ne pas voter contre Le Pen parce-que ce serait l'avoir en 2022, n'est-ce pas, finalement, risquer de gagner du temps ? "le vote d'extrême droite doit être réduit au minimum par nos propres forces", nous disait Jean-Luc Mélenchon, en 2002. "Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l'essentiel parce que l'effort lui paraît indigne de soi? Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d'action, c'est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l'inconvénient individuel" poursuivait il.

Ainsi, comme j'ai voté contre Sarkozix en votant Hollande, je voterai contre Le Pen en votant Macron. Précisons, car si cela va sans dire, cela va mieux en le disant, qu’il est parfaitement évident que mon vote, contre le FN, n'est et ne sera jamais et EN AUCUN CAS un ralliement, de ma part, aux idées libérales et croissantistes de Macron. Dès lors, si Macron passe au second tour, ce que je souhaite pour la sauvegarde de la République, il aura deux défis majeurs à relever, sans droit à l’échec si l’on souhaite faire reculer définitivement le FN et réussir le défi de la durabilité qui conditionnera le chaos ou la paix :
  • le défi du plein emploi digne et respectueux de l'environnement, qui puisse permettre aux gens de vivre, d'avoir un futur désirable et non juste survivre, juste être de la chair à produire. Un défi qui n'autorise pas tout, car la fin ne peut justifier tous les moyens (travailleurs pauvres allemands, contrats zéro euro en Grande-Bretagne …). Le risque, en cas d'échec, sera donc bien de poursuivre d'alimenter les scores du FN et de le voir s'installer pour de bon à L'Elysée
  • les défis écologique et climatique pris à bras le corps conditionneront l'effondrement, ou non, en fonction des choix qui seront pris, de notre civilisation (cf le Club de Rome) et donc notre propre survie à moyen terme.
"Aujourd'hui, Emmanuel Macron, vous ne pouvez pas prétendre devenir un président responsable et ignorer tous les laissés-pour-compte de la mondialisation. Pas plus que vous ne pouvez ignorer les 26% du corps électoral qui ont choisi, au premier tour, la vision plus intégrale de l'écologie et des solidarités défendue par Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon. Vous voulez être le 7 mai celui qui aura le devoir de les représenter, ayez le courage de leur donner des gages aujourd'hui! […] M. Macron, ce vote de raison et de responsabilité au 2e tour vous oblige plus qu'il nous oblige. Il ne s'agit en aucun cas d'un chèque en blanc et encore moins d'une adhésion sans réserve à votre projet, qui n'a pas pris la mesure de l'exigence de solidarité dans laquelle se trouvent le pays, l'Europe et le monde" Nicolas Hulot, Le Monde, le 29 avril 2017

Mais, vu ses idéaux ultra-libéraux, croissantistes et consuméristes, j'ai des doutes sur sa capacité à relever ces deux défis majeurs puisque ces idéaux, ces dogmes, sont les causes des problèmes sociaux, environnementaux et climatiques actuels. Nous sommes donc dans une merde sans nom, mais ...

Le 7 mai, 
j'irais tout de même choisir l'adversaire 
que je veux affronter pendant 5 ans.

Et pour moi, ce sera Macron.

dimanche 5 mai 2013

Nicolas Hulot : "Il faut renouer avec l'Utopie"

Morceaux choisis de l'entretien paru dans l'Express N°3213 du 30 janvier 2013.

Nicolas Hulot, promu envoyé spécial du Président pour la préservation de la Planète, revient sur le devant de la scène, pourquoi ?

NH : [...] On ne peut se contenter de tirer des sonnettes d'alarme, puis refuser l'occasion d'agir au plus près de ceux qui décident. Il serait tellement facile de céder au fatalisme quand tous les prétextes semblent bons - notamment la crise économique - pour ignorer les impératifs écologiques. [...] Aujourd'hui, je suis persuadé qu'il faut passer aux propositions. Pourquoi ? Parce que nous avons beau savoir que la planète -donc ses habitants - est en très grand danger, on n'arrive pas à y croire. C'est trop énorme, ça tétanise.

L'express : Certain contestent encore ces faits ...

NH : Il y aura toujours des esprits chagrins pour réfuter les conclusions des scientifiques, quasi unanimes, prouvant que l'activité humaine a une part (majeure) de responsabilité dans les changements climatiques. Mais je note qu'à Doha comme à Copenhague aucun chef d'état n'est monté à la tribune de la conférence sur le climat pour réfuter ce diagnostic. Je considère donc qu'il est posé. Autre fait incontestable : nous avons basculé dans la rareté. Or notre économie, parce qu'elle repose sur l'exploitation des ressources naturelles est des matières premières, est sapée dans ses fondements. [...] A la fondation, nous sommes persuadés que le traitement de la crise sociale et économique passe aussi par le traitement de la crise écologique. [...] La Gauche n'a pas plus fait sa conversion écologique que la droite, puisqu'elle a toujours sous-traité ces sujets-là en s'appuyant sur les écologistes. Et je peux comprendre que, face à la crise, ces question puissent sembler abstraites, exotiques ou éloignées des préoccupations concrètes. Il faut donc interpeller l'opinion, mais aussi convertir les décideurs.[...]

L'express : Un mouvement peut-il s'amorcer quand les français sont d'abord préoccupés par le chômage et le pouvoir d'achat ?

NH : Il faudra leur faire comprendre que le prix des produits alimentaires, de l'énergie, la crise économique, les inégalité sont de plus en plus liés à la crise environnementale. La bonne nouvelle, c'est que beaucoup de gens, y compris chez les économistes, réfléchissent à des solutions possibles, même s'ils savent bien qu'en période de crise les décideurs ont tendance à ne surtout rien essayer [...] Pour la première fois, l'humanité est confrontée à un enjeu collectif qui concerne chacun, quelle que soit sa nationalité, sa religion, sa position sociale. [...] Je veux montrer qu'il y a d'autres chemins. Il faut renouer avec l'utopie. [...] Il faut s'ouvrir à la créativité jusqu'aux frontières de l'utopie, car la schizophrénie actuelle produit toujours les même erreurs en s'étonnant de reproduire les mêmes effets. Pour s'en sortir, il faut renouer avec des valeurs très importantes : l'humilité, la responsabilité, la solidarité et la mesure, avoir conscience de la finitude d'un monde dont les ressources ne sont pas infinies. [...] Nous devons nous inspirer des initiatives qui marchent en Australie, en Corée du Sud, en Equateur et même en Chine, où l'on promeut l'économie circulaire, qui permet la réduction des flux de matière. [...]

L'Express : Biodiversité, climat, OGM, énergie alternatives ... Il y a tant de question à aborder. Lesquelles privilégier ?

NH : Aucune, car tout est lié. [...] La crise économique, la crise démocratique et la crise écologique ont une cause commune : l'excès. Et de considérer que derrière tout cela, se profile une crise humaine. Nous avons été incapables de nous fixer des limites, alors que la planète nous en impose. [...] Le futur est le grand absent.

L'express : Faites vous partie de ceux qui pensent que seule une catastrophe majeure, voir une guerre, pourrait permettre ces changement ?

NH : Ce n'est pas ce que je crois, mais ce que je crains et que je veux éviter, car les victimes, à terme, sont toujours les plus faibles. A ceux qui raillent l'écologie, je signale qu'ils sont déjà des centaines de milliers, selon les Nations Unies, à payer cette crise écologique. [...] Alors plutôt que de baisser les bras, j'ai décidé de donner encore plus, mais en me mobilisant sur les idées. A mon petit niveau, je vais essayer de montrer qu'on peut faire mieux avec moins. Ce n'est pas une formule : la vérité est là. nous avons trois ans pour agir, après il sera sans doute trop tard.

mardi 11 décembre 2012

Le nouveau boulot de monsieur Hulot

Nicolas Hulot vient d’être nommé «envoyé spécial pour la protection de la planète» par not’ bon président François Hollande. Le titre fait de l’effet. Nous avons donc un missi dominici des écosystèmes. Reste à savoir ce que l’ancien globe-trotter médiatique de TF1 pourra accomplir à ce poste. Reste à se demander comment le candidat malheureux à la candidature Europe-Écologie-les-Verts utilisera cette nomination pour préserver notre vaisseau spatial.

J’aime bien Nicolas Hulot, je le connais depuis des décennies. Je suis parti avec lui faire l’idiot à l’œil émerveillé parmi les volcans et les ours bruns du Kamtchatka. Nous avons cherché, dans des mares bouillonnantes et acides, des bactéries voisines de celles qui ont incarné l’origine de la vie. Je me suis souvent retrouvé à son côté dans des conférences ou des débats, pour les enfants et les plus grands, à l’école comme à la radio ou dans les étranges lucarnes.

Le boulot dont il vient d’hériter a des aspects sympathiques. La tâche sera bénévole et, nous dit-on, «bénéficiera de l’appui des ministères compétents». Elle aura pour ambition de «sensibiliser, informer et mobiliser» le grand public : parfait ! Il s’agira d’«une mission internationale diplomatique» qui s’inscrira «dans la tradition universaliste de la France», afin d’«entretenir un dialogue régulier sur les enjeux du long terme, climatiques et planétaires» : j’adhère ! Bien entendu, et comme tout le monde, j’ignore comment, dans ce schéma, Nicolas Hulot abordera les dossiers écologiquement incorrects de Notre-Dame des Landes, du Lyon-Turin, [...].

L’«envoyé spécial pour la protection de la planète», affirme-t-il, gardera son «entière liberté de parole». Je le crois. Le problème ne réside pas dans sa sincérité ou dans sa capacité à conserver son jugement. La difficulté gît dans les caractéristiques mêmes de sa fonction. Que peut espérer un ambassadeur des climats et de la biodiversité ? Dans quels coins de la planète doit-il aller batailler ? Quels succès peut-il espérer ?

J’ai une certaine expérience dans ce domaine : mes vingt années de travail comme « bras droit » du commandant Cousteau.

Jacques-Yves Cousteau, c’était Nicolas Hulot, mais en beaucoup plus célèbre. Il avait eu la palme d’Or à Cannes pour Le Monde du silence (avec Louis Malle). Il avait coiffé son bonnet rouge dans plus de cent vingt films de télévision, diffusés dans plus de cent vingt pays du globe. Au meilleur de son histoire, la Fondation Cousteau (dont j’ai été l’un des créateurs, en 1981) ne comptait pas quelques milliers de membres, comme la Fondation Nicolas Hulot, mais près de cent mille en France et plus de deux cent cinquante mille aux États-Unis. Cousteau n’était pas l’ambassadeur écolo d’un président de la République française : le monde entier l’appelait « Captain Planet ». Lors de la conférence mondiale de Rio de Janeiro, en 1992 (nous y fûmes !), il a été présenté à la tribune en premier, avant le président du pays organisateur (le Brésil), avant le président américain George Bush, avant François Mitterrand, avant tous les autres chefs d’État.

Jacques-Yves Cousteau, c’était Nicolas Hulot, mais célèbre au fin fond de l’Ouganda, de la Papouasie, du Sahara ou de la Mongolie intérieure. Je l’ai vu maintes fois décrocher son téléphone et obtenir, dans la minute suivante, le dirigeant du monde dont il avait besoin. Cependant, fort de cette aura, en ayant pour arme cette réputation universelle du « Captain Planet », qu’avons-nous obtenu en écologie ? Je suis triste de devoir l’écrire : peu de chose. Nous avons hurlé contre les marées noires, et obtenu quelques aménagements dans la construction des pétroliers et les règles de navigation. Nous avons bataillé contre la chasse à la baleine, et fait adopter, en 1986, le moratoire qui protège les grands cétacés ; ce qui n’empêche pas le Japon et quelques autres de continuer à massacrer ces espèces. Nous avons (avec l’aide de Michel Rocard et du premier ministre australien de l’époque) remporté une victoire mémorable et essentielle contre les firmes minières et pétrolières qui voulaient exploiter le grand continent du Sud : nous avons fait prolonger de cinquante ans le Traité de l’Antarctique.

Hormis ces succès, quoi ? Pas grand chose de durable. Des mesures de protection locales, pour quelques récifs de coraux, quelques hectares de forêt vierge, quelques sites exceptionnels… Globalement, bien davantage de déceptions que de joies. Nous avons alerté le monde entier sur l’effondrement des ressources vivantes de la mer : aucun effet ! Le drame est consommé : l’océan est un désert. Nous nous sommes battus (il y a bientôt trente ans) pour éviter le réchauffement climatique : la situation est bien pire aujourd’hui qu’alors. Nous avons tenté – en vain, là aussi – de faire adopter par l’assemblée générale de l’ONU la « Déclaration universelle des droits des générations futures » : c’était un texte capital, qui aurait pu changer bien des lois et bien des pratiques. Nous n’y sommes pas parvenus…

Quand je vois des magazines titrer sur la « dictature verte » ou la « tyrannie des écolos », je me gondole. Les écologistes ont perdu quasiment tous leurs combats depuis qu’ils ferraillent sur le front du climat, de la biodiversité, des pollutions et des saccages, autrement dit de la bêtise humaine.

Lorsque je regarde Nicolas Hulot partir au combat avec son nouvel uniforme d’« envoyé spécial » du président Hollande, je ne puis m’empêcher d’éprouver deux sentiments aussi puissants que contradictoires.

Le premier : la solidarité. Vas-y, Nicolas, je suis avec toi, déterminé à continuer le combat ! Ton nouveau boulot, c’est celui de Sisyphe : nous autres, écolos, nous le connaissons bien et nous sommes prêts à nous y coller tant qu’il le faudra.

Le deuxième : le fatalisme. Je l’exprime dans mes livres avec ce que je puis y ajouter d’humour noir : « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! » Même Cousteau , même Hulot n’y changeront pas grand chose. Cela ne devrait plus prendre beaucoup de temps !

mercredi 28 novembre 2012

Hulot : «Notre-Dame-des-Landes est un investissement archaïque»

Nicolas Hulot a beau être une figure médiatique de premier plan, ses prises de parole publiques sont toujours choisies. Et distillées dans le but de frapper les consciences. Alors que débute jeudi le débat national sur la transition énergétique, orchestré par la ministre de l’Ecologie Delphine Batho, le président de la Fondation pour la Nature et l’Homme sort de sa réserve pour évoquer tous les sujets chauds du moment : l’avenir en France des gaz de schiste, l’évolution du bonus-malus écologique et bien-sûr, la fronde contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes.

NOTRE-DAMES-DES-LANDES

Comment sortir de l’impasse à Notre-Dame-des-Landes ?

NICOLAS HULOT. Je n’ai pas de recette miracle mais je pense qu’il faut sortir des postures jusqu’aux boutistes de part et d’autre. Arrêtons de caricaturer ce combat en le réduisant à une bataille entre progressistes et obscurantistes. Il y a un vrai mouvement citoyen contre cet aéroport qui rassemble des jeunes, le monde paysan, des écologistes et beaucoup de personnes soucieuses de construire une société différente. C’est l’expression d’un vrai désarroi. Je trouve affligeant qu’au XXIème siècle, on envoie des forces de l’ordre face à des jeunes et des paysans qui se battent contre ce projet. Donnons-nous du temps pour écouter sincèrement les arguments, y compris économiques, et nommons un médiateur qui soit une autorité incontestable. Il n’y a pas d’urgence à faire cet aéroport, alors remettons les choses à plat.

Le grand-ouest a-t-il besoin de ce nouvel aéroport ?

Dans la région, je note qu’il y en a déjà un à Rennes, un à Lorient, un autre quasi inutilisé à Angers qui n’est pas optimisé et l’actuel aéroport de Nantes qui ne fermera pas car Airbus n’en déménagera pas. La conviction de ceux qui défendent Notre-Dame-des-Landes est sincère...mais obsolète. Ce projet a été pensé il y a plus de quarante ans à un moment où le trafic aérien était en expansion, où le baril de pétrole ne coûtait que quelques dollars et où il n’y avait pas de problème de réchauffement climatique. Aujourd’hui, le monde a changé et on s’obstine à l’ignorer. Maudits soient les yeux fermés ! L’aéroport et ses accès coûteront au final plus d’un milliard d’euros. Non seulement ce sont des investissements d’hier mais il y a d’autres priorités, surtout si la France veut respecter ses engagements en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Que dites-vous à Jean-Marc Ayrault qui soutient personnellement ce projet ?

Je ne lui jette pas la pierre et j’entends ses arguments mais il n’a pas la bonne grille de lecture.A la conférence environnementale, en septembre, le Premier ministre avait parlé de « zéro artificialisation des sols » et j’avais dit bravo. Cela signifie que lorsque l’on sacrifie des terres agricoles, devenues rares et précieuses, il faut être sûr que ça corresponde bien aux besoins d’aujourd’hui. Je dis à l’ensemble des interlocuteurs qu’il faut sortir des dogmes et des crispations et se remettre tous autour de la table. En période de crise économique et écologique, il y a des choix à faire. Notre-Dame-des-Landes est un investissement archaïque qui sacrifie l’avenir à des intérêts à court terme.

LE DEBAT SUR L’ENERGIE

Qu’attendez-vous du débat sur l’énergie qui débute jeudi ?

Que la France définisse collectivement, avec tous ses citoyens, ses véritables besoins énergétiques et ainsi le modèle qu’elle souhaite mettre enœuvre pour les décennies à venir, tout en tenant nos objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les ONG doivent accepter que tout le monde participe au débat. Mais donnons au maximum des signes de neutralité en laissant la parole aux experts, à des autorités indépendantes, aux citoyens et en ne laissant pas à des ministres le soin de piloter les débats : le gouvernement ne doit pas être juge et partie.

Quelle est la priorité en matière énergétique ?

La sobriété. Il faut à tout prix, à confort égal, réduire la voilure en matière de production et de consommation d’énergie. Les prix de l’énergie ne cessant d’augmenter, des centaines de milliers de précaires énergétiques n’arrivent plus à boucler leur fin de mois à cause de la flambée des factures. Il faut leur donner les moyens de réduire drastiquement leur consommation. Le chantier de l’efficacité énergétique est tellement immense qu’il permettra de réindustrialiser la France. La banque publique d’investissement doit être prioritairement dédiée à ces questions de transition écologique et énergétique. Pour l’heure, cela n’est pas clairement affirmé.

Le principe d’un bonus-malus sur le prix de l’énergie a du mal à passer...

Il faut garantir aux classes moyennes et défavorisées que toute fiscalité écologique ou énergétique supplémentaire se substituera à d’autres prélèvements obligatoires. Et expliquer qu’en ayant des comportements vertueux, ils gagneront en pouvoir d’achat.

Faut-il fermer durablement la porte aux gaz de schiste ?

Il n’y a pas le début d’une preuve que ces méthodes d’extraction puissent être sans conséquences environnementales et sanitaires. La France ne peut pas à la fois promettre de lutter contre le changement climatique et relancer une nouvelle filière d’exploitation d’énergies fossiles. Quant aux arguments économiques, les compagnies américaines risquent très vite de déchanter. Il en est du mirage des gaz de schiste comme il en a été des agro-carburants de première génération. Ce sont des leurres. Les écologistes sont souvent vus comme des empêcheurs d’avancer mais si on les avait écoutés sur les agro-carburants, l’amiante ou le diesel qui est devenu un fardeau, on ne serait pas aujourd’hui dans des impasses.

LA VIE POLITIQUE

Les Verts ont-ils leur place dans le gouvernement ?

Les ministres écologistes font leur job et doivent garder leur liberté de parole. Mais pour sortir des psychodrames permanents, il ne faut pas se contenter de faire de l’écologie au prorata des rapports de force électoraux.L’attitude visant à sous-traiter ici et ailleurs ces enjeux environnementaux n’est plus acceptable. Les deux plus grandes formations politiques n’ont pas commencé leur mutation écologique. Ni l’UMP ni le PS ne tiennent compte du fait que le monde a changé, que l’on a basculé dans la rareté des ressources naturelles. Ils n’ont pas compris que la pire contrainte qui pèse sur nos sociétés est le changement climatique. Je les invite à lire le récent rapport de la banque mondiale sur les conséquences économiques alarmantes du réchauffement de la planète.

Que vous inspire le psychodrame à l’UMP ?

C’est consternant et il ne faudra pas s’étonner si le vote extrême, les bulletins blancs et l’abstentionnisme progressent. De vous à moi, je préférerais que ce type d’emballement politico-médiatique, dans ce cas stérile, puisse avoir la même ampleur à chaque rapport scientifique sur la crise écologique.

François Hollande va-t-il vous nommer ambassadeur de France à l’ONU en charge de l’environnement ?

Cela ne m’a pas été proposé. Il faudrait par ailleurs aller vivre à Washington ou New-York, ce qui serait compliqué à titre personnel (il vit actuellement à Saint-Lunaire, en Bretagne). J’ai décidé pour l’instant de me consacrer exclusivement à mon engagement écologique à travers ma Fondation et je réfléchis à d’autres modalités. C’est un sujet crucial mais qui a disparu des écrans radars et il y a urgence à réveiller la société française et européenne sur ces enjeux.

leparisien.fr

mercredi 8 février 2012

Nicolas Hulot : aller à l'essentiel


N.H. : Il faut en finir avec les petites corrections à la marge, avec les petits gadgets qui "verdissent" les discours, et aller à l'essentiel.

Le monde : Qu'est-ce que l'essentiel ?

"L'essentiel, c'est d'acter que la crise que nous vivons est systémique. Les crises se répètent, se combinent, s'amplifient, et la crise écologique aggrave la crise sociale. Pour répondre à ces chocs répétés, à ce modèle en bout de course, qui nous imposent un changement de logique radical, les politiques ont besoin de marge de manœuvre. Ils n'ont pourtant pas un sou pour se lancer dans les investissements nécessaires. Et tout le monde sait pourquoi, et presque personne ne le dit.

Je crois que si on ne nomme pas les choses, on reste indéfiniment à côté de la plaque. Alors, je vais les nommer. Il n'est plus acceptable d'admettre que toute une partie de notre société se soit organisée pour échapper à la solidarité, c'est à dire à l'impôt. J'entends souvent cette phrase stupide qui dit que l'écologie est une préoccupation de riches. A ceux qui disent cela, je réponds que c'est un devoir de riches

La contrainte écologique et sociale ne nous permet plus de nous accommoder que la majorité de l'argent qui circule dans le monde ne participe pas à l'économie réelle. Il n'est pas acceptable que des grandes entreprises paient à prix d'or des cabinets d'avocats pour ne pas participer à la solidarité nationale et satisfaire ainsi la seule gourmandise des actionnaires, alors que les PME trouvent normal de le faire. Il n'est pas acceptable que les banques renflouées par l'Etat spéculent sur la faillite des Etats une fois rétablies et se servent des bénéfices colossaux.

Les politiques auxquels j'en parle se mettent la tête dans les mains, me disent "mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ?" On sait ce qu'il faut faire : agir, au niveau européen, pour réformer les excès du capitalisme, mettre fin aux spéculations sur les matières premières, empêcher les banques de spéculer avec l'épargne des Français.

Par ailleurs pour que l'Etat retrouve des marges de manœuvre et ait d'autres alternatives que l'austérité, ma Fondation propose entre autre que la Banque centrale européenne lui prête à taux nul ou très faible pour financer un grand plan d'investissement écologique et social. Tout le monde trouve normal qu'on le fasse pour sauver les banques, pourquoi ne pas le faire pour construire l'avenir ?

Malheureusement, je comprends l'autorefoulement. C'est parfois si déstabilisant de regarder la complexité des choses. En période électorale, tout le monde à intérêt à la mystification. C'est si difficile, si lourd, d'aller devant les électeurs pour leur expliquer qu'un monde d'insouciance et de gabegie est derrière nous, et qu'il va falloir gérer la rareté désormais. Il n'y a aucune voix à gagner en portant un discours pareil, et c'est pourtant la vérité.

Comme par enchantement, les changements climatiques ont disparu des écrans radars ! Les politiques n'ont pourtant pas intérêt à rester scotchés dans leur conformisme, dans leur impuissance autoproclamée, car si la politique ne peut plus rien faire, à quoi bon voter ? Je crains fort que tout cela ne finisse dans la rue. Il va falloir faire preuve de courage, et vite, car le pouvoir excessif de la finance met en danger la démocratie .

J'ai déjà acté que les engagements pris lors de la signature du pacte écologique ont été un temps tenus par Nicolas Sarkozy. Mais il n'échappe à personne qu'il y a eu une volte-face spectaculaire de la majorité actuelle, sur ces sujets.

D'un autre coté les socialistes occultent, comme les autres, les enjeux centraux. Je m'étonne néanmoins que des gens aussi sincèrement préoccupés par les inégalités ne comprennent pas que la crise écologique majeure que nous traversons pèsera et pèse d'abord sur les plus pauvres d'entre nous."

Anne-Sophie Mercier
LEMONDE.FR | 08.02.12
Photo : AFP / Denis Charlet

mercredi 13 juillet 2011

Communiqué de Nicolas Hulot

« La Primaire de l'écologie s'achève aujourd'hui avec un vote clair et un choix sans ambiguïté. Il n'y a d'autre attitude possible que de s'incliner avec respect et d'autre commentaire que de souhaiter à Eva Joly et à Europe Ecologie-Les Verts de rencontrer l'adhésion du plus grand nombre dans la campagne présidentielle à venir.

A cet instant, je pense à celles et ceux qui, en interne, dès le premier jour, m'ont apporté leur soutien. Je pense aussi à celles et ceux qui, au-delà du mouvement, m'ont manifesté spontanément leur confiance, notamment dans les quartiers populaires. Tous, je les en remercie et les assure de ma totale fidélité à l'écologie. Je salue aussi le dévouement absolu de mon équipe de campagne qui dans une constante dignité a partagé cette étape.

Pour ma part, le temps de la réflexion et de l'analyse commence et celui des décisions suivra, rien ne presse.

Mon engagement écologique, chacun le sait, ne se résume pas à ce parcours dans la Primaire. Demain comme hier seul compte de savoir là où je pourrai être le plus utile à cette cause majeure qu'est l'écologie.

Aujourd'hui, je veux redire une fois encore aux Françaises et aux Français, comme je l'ai fait sans peut-être avoir eu le temps de les convaincre comme je l'espérais, qu'au-delà de la campagne, de ses aléas, de ses codes singuliers, que l'enjeu écologique est au-dessus de tous les autres enjeux. L'écologie n'est pas la défense de quelques intérêts particuliers mais celle de la planète et de ses locataires. L'enjeu écologique détermine tout ce à quoi nous sommes attachés : la justice sociale, la démocratie, nos libertés, la paix, l'avenir de nos enfants et, plus globalement, le futur de l'humanité. Que chacun puisse ne pas l'oublier. Je sais que ces mots peuvent paraître vides de sens mais c'est sur ce seul constat que, sans relâche depuis plus de vingt ans, j'ai consacré toute mon énergie et que demain je la consacrerai à nouveau.

L'écologie est la plus belle des causes. Sous une forme ou une autre, je serai toujours sur ce chemin. »

Nicolas Hulot

lundi 20 juin 2011

Pourquoi nous voterons Nicolas Hulot à la Primaire, par Augustin Legrand et al.

Engagés depuis des années dans les mouvements sociaux, dans une écologie associative, mouvementiste ou politique, nous, qui revendiquons clairement qu’une écologie cohérente ne peut que remettre en cause le système économique capitaliste, ne saurait exister sans lier systématiquement émancipation individuelle, justice sociale et prise en compte des crises écologiques, appelons à voter pour Nicolas Hulot lors de la Primaire de l’écologie.

Nos parcours ne nous auraient pas amenés spontanément à nous porter sur ce choix, tant nos histoires sont différentes. Mais nous mesurons à travers nos rencontres et l’écoute que, non seulement les leçons qu’il tire de son expérience et ses propres convictions convergent aujourd’hui avec les nôtres, mais aussi qu’il est aujourd’hui la personne la mieux à même de toucher de larges catégories de la population.

Dans cet exercice compliqué qu’est une primaire, il ne s’agit pas pour nous d’être « hulotistes », « jolystes », « lhommistes » ou « stollistes », dans une logique de fan ou de partisan. Il ne s'agit pas non plus de disqualifier les autres candidat-e-s, qui défendent également des convictions fortes. A travers ce soutien, nous cherchons à soutenir la personne qui nous paraît la plus à même de porter nos idées et notre projet de l'écologie politique et toucher des classes populaires dont nous sommes trop souvent éloignés.

La trajectoire de Nicolas Hulot est celle de nombreux militants associatifs, y compris altermondialistes, qui ont rencontré et découvert que le capitalisme était un obstacle essentiel à l'émancipation humaine et à la protection de la planète, avant d'en faire une critique robuste. Cette trajectoire nous parle parce qu'elle dit aussi les capacités d'évolution des uns et des autres, les parcours d'engagement multiples qui nous ont fait converger aujourd'hui dans EELV.

Nous sommes convaincus que l’écologie ne grandira pas sans se donner les moyens de s’adresser et de convaincre ces centaines de milliers de personnes qui ne sont pas encore écologistes, qui doutent face aux politiques, qui souffrent des conséquences de la crise et des politiques libérales. Une candidature de l’écologie politique, indépendante et radicale, ouverte et exigeante, portée par une personne soucieuse de comprendre les réticences et les difficultés, d’expliquer, mais aussi de susciter l’enthousiasme, constitue une formidable opportunité de construire une alternative écologiste. Les enjeux de 2012 sont trop importants pour que nous puissions rester silencieux.

Face au président sortant et à ses politiques régressives pour les libertés publiques, la justice sociale et l’environnement ; face à la menace d’une extrême droite qui surfe sur une aspiration au repli sur soi, à des réponses populistes et démagogiques qui ne peuvent que déchirer plus encore la société ; inquiets de la faiblesse des réponses apportées par les organisations classiques de la gauche, qui sont nos alliés traditionnels, mais dont les grilles de lecture sont dépassées ; nous pensons qu’une candidature de l’écologie politique, populaire sans être populiste, radicale sans être démagogue, volontaire sans être dogmatique, ouverte et rassembleuse, sans sectarisme, peut amener l’écologie politique en 2012 à un niveau jamais atteint, et peser sur le cours des politiques, et donc de l’histoire.

C’est pourquoi, lucides et exigeants, en gardant nos différences d’approches - y compris avec Nicolas Hulot -, nous avons eu envie de vous faire partager les raisons pour lesquelles nous voterons pour lui lors de cette primaire.

Xavier Cantat, Emmanuelle Cosse, Pauline Lavaud, Augustin Legrand, Gilles Lemaire, Jacques Perreux, Eve Plenel

jeudi 9 juin 2011

Cinq raisons de voter Nicolas Hulot

L'avenir ne se fera pas sans écologie. Reste pour nous à saisir cette chance, à choisir celui ou celle qui en portera l'élan et qui saura imposer dans le débat public l'idée d'une réelle transition écologique et sociale, à l'heure où tous les ressorts du modèle actuel sont épuisés. Cinq bonnes raisons de soutenir la candidature de Nicolas Hulot.

1. C'est un candidat neuf, que la politique n'a pas usé. Capable de chambouler le débat, de bousculer les appareils ; capable aussi de ramener au cœur la voix de la société civile. Son engagement, Nicolas Hulot a toujours tenu à ce qu'il reste citoyen avant que d'être politique. Par deux fois, il a même refusé un ministère – soucieux sans doute de garder une authentique liberté de parole et de proposition. Médiateur puis conseiller, il n'a eu de cesse de faire le pont entre l'action associative et les dirigeants en place. Le pouvoir, il en a observé les rouages, les travers parfois – comme Eva Joly, d'une autre manière. Mais plus qu'elle sans doute, il a côtoyé aussi les bonnes volontés : initiatives citoyennes, à l'école ou en entreprise, associations, comités de réflexion, ONG, etc. Toutes ces forces vives, ces talents qui sont le terreau du progrès, Nicolas Hulot les connaît ; depuis vingt ans qu'il œuvre au sein de sa fondation, lui-même en a été partie prenante, en a fouillé le potentiel et la diversité. Plus qu'aucun autre – parce qu'il a su faire ce lien entre les différents acteurs de la vie publique – il saura où chercher, où soulever l'enthousiasme, où dénicher l'inventivité… et surtout, il saura leur rouvrir la porte de l'action politique !

2. Il est capable d'élargir l'écologie à tous. Et c'est peut-être son atout le plus inestimable ! Les appartenances, les rancœurs, Nicolas Hulot n'en a que faire ; la seule chose qui lui importe, c'est d'aller auprès des gens et expliquer que notre modèle est arrivé à un point d'échec, qu'il ne produit plus que de l'inégalité et de la violence, et que nous devons le réinventer. Cette conviction, lui peut la faire entendre partout parce que son langage est constructif et apaisé. Et cela, fait de lui l'un des seuls capables d'éveiller l’idée du changement. Quoi de plus porteur d’avenir ?

3. C'est un véritable pédagogue, éloquent et populaire. Personne ne songe d'ailleurs à lui nier cette qualité évidente : la facilité avec laquelle il sait s'adresser aux gens. Nicolas Hulot, c'est celui dont l'émission a sensibilisé des millions de Français à la fragilité des écosystèmes, au respect de la vie et à la compréhension entre les peuples ; c'est celui qui a mené l'opération Défi pour la Terre, engageant plus de 830 000 personnes sur une série de petits gestes au quotidien ; celui encore qui a bouleversé la campagne de 2007 en réunissant plus de 730 000 signatures autour de son Pacte écologique. Cette attention qu'il suscite dans l'opinion, c'est un avantage considérable si l'on désire porter une alternative ! Ajouté à cela l'apport intellectuel d'une multitude de sagesses et de démarches innovantes rencontrées aux quatre coins du globe, et qui sont autant de prémisses du changement ; s'il n'y a pas là de quoi remporter l'adhésion et l'enthousiasme, alors que faut-il ?

4. C'est un homme habité par l'urgence écologique. Un homme qui a vu de ses yeux les engrenages et les désastres du productivisme, qui a senti « la planète rétrécir sous [ses] pieds ». C'est un fait : aux yeux de beaucoup, le simple parcours de Nicolas Hulot incarne une prise de conscience ; beauté de la nature, péril de la nature, péril pour l'homme, injustice sociale. Cette cohérence qui traverse son engagement, et la sincérité qui le porte, elles seront formidablement communicatives ! Parce que chacun a pu assister à ce cheminement, d’un homme que rien ne destinait à l’arène politique, qui confiait même la craindre un peu, et qui finalement s’y lance par la force des convictions après des années d'action citoyenne et de pédagogie. Rien que cela, c'est un geste fort, qui ne manquera pas de parler aux gens, de les questionner, de les inspirer…

5. Il porte la voix du monde. Pendant près de vingt-cinq ans d'activité professionnelle, Nicolas Hulot a eu la chance et le privilège d'aller au-devant du monde ; incomparablement plus qu'aucun politicien, il en a appréhendé les richesses, la diversité biologique, culturelle, ethnique, mais aussi les fragilités et les détresses. Ce patrimoine, pour ainsi dire, fait de lui un candidat naturel des valeurs de codéveloppement, de justice sociale et de solidarité. Et cette voix qu'il porte – comme d’autres, mais plus fort encore – c'est celle de l'idéalisme et du droit. Celle d'une France qui n'accepte plus de se bâtir sur la misère d'autrui ; qui n'accepte plus le jeu des nations égoïstes et de l'enrichissement absurde où la condition humaine n'a plus sa place. D’aucuns diront qu'en temps de crise, nous aurons besoin de réalisme plus que d’idéalisme – façon trop souvent détournée d'excuser le cynisme. Mais c'est l'idéalisme qui a bâti les grandes choses, l'idéalisme qui a porté les révolutions, l'idéalisme encore qui a fait de la France la Patrie des Droits de l'Homme : une nation universelle. Cette voix-là, elle mérite qu'on l'entende ! Ou du moins, elle mérite qu'on lui donne sa chance. Et pour l'heure, force est de reconnaître que personne en France ne lui offre autant d'écho que Nicolas Hulot.

Alors, à tous ceux qui ont envie de croire dans cette voix :

N'hésitez pas ! Vous aussi votez Nicolas Hulot

D'après Trineor - lepost.fr

samedi 14 mai 2011

Hulot 2012 : faire taire les loups

Nicolas Hulot s'est déclaré candidat à la candidature présidentielle, sous les couleurs d'Europe Écologie-Les Verts, et depuis, on entends, deçà-delà, des propos très désobligeants ne serait-ce que pour la personne elle-même. Je trouve cela injuste, méchant et très indélicat. C'est donc cette avalanche de propos, aux limites de l'injure, qui me pousse à prendre la plume pour défendre Nicolas Hulot, ne supportant pas les hurlement de loups. Mais en préambule, je tiens à préciser que si mes propos semblent soutenir la candidature de Nicolas Hulot, mon (ma) candidat(e), in fine, sera celui(celle) qui sera désigné(e) démocratiquement par notre parti au mois de juin.

Ainsi les propos que l'on peut entendre tendent à donner l'impression que l'on pourrait douter de l'engagement environnemental de Nicolas Hulot. Ces propos viennent souvent de ces écolos jusqu'au-boutistes qui ne conçoivent l'engagement écologique véritable, que dans le cas de personnes ayant adhéré au sortir du ventre de leur mère, relayés par des gens, non issus des rangs écologiques, qui se permettent de nous donner des leçons de militantisme vert. En ce qui me concerne je ne donne pas de prime à l'ancienneté, qui n'est pas un gage de sagesse. Personnellement, ce qui m'importe n'est pas le temps passé chez les écologistes, car, comme chacun sait, l'habit de fait pas le moine, mais bel et bien le fait que les gens le deviennent et découvrent l'urgence environnementale afin de grossir les rangs pacifistes des combattants de la Terre. Ainsi souvenons-nous de cette phrase de Nicolas Hulot, dans son film spirituel, "le syndrome du Titanic" qui dit : "je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu". Je trouve cet aveu d'une lucidité et d'une humilité remarquable. Moi qui suis un pur produit de l'Ile de France et de la consommation, j'ai découvert la protection de l'environnement aux alentour de la vingtaine et ainsi je me reconnais dans cette phrase. En effet, si aujourd'hui je suis écologiste et océanographe c'est bien grâce au commandant Cousteau que je regardais à la télé et qui m'a fait rêver, puis prendre conscience de l'urgence environnementale. Pourtant souvenons-nous qu'il fut très critiqué, décrié et souvent diffamé en son temps. Souvenons-nous qu'il fut montré du doigt pour les contradictions qu'il portait en lui. Souvenons-nous comment on lui reprochait de, soi-disant, ne pas être un vrai scientifique, de ne pas être un vrai capitaine, d'avoir des intérêts économiques avec "AIR LIQUIDE", de faire des expéditions et expériences polluantes ou dévastatrices, d'utiliser, à son profit, ses liens avec Monaco etc... Pourtant. Pourtant il a ouvert les yeux à bon nombres d'enfants qui, devenus adultes, se sont engagés dans la protection de l'environnement. L'objectif était donc atteint. Il y a donc des maux nécessaires que la pureté ne remplace pas. De même, mes collègues et moi même, prenons l'avion afin de sillonner le monde pour nos recherches et participer, via notre laboratoire d'études sur le climat (LSCE UMR CEA-CNRS-UVSQ), au GIEC avec, notamment, Jean JOUZEL et informer sur le réchauffement climatique. Il y a des maux nécessaires. Ce que j'essaye de dire, c'est qu'il est urgent d'être intelligent et de ne pas s'arrêter aux apparences, mais de regarder l'action des Hommes et leur efficacité. Ainsi, mon humble suivit, depuis de très nombreuses années, des prises de positions environnementales de Nicolas Hulot, puis de son action au sein de sa fondation, me permet de penser qu'aujourd'hui il a une forte conscience écologique et qu'il utilise tous les moyens dont il dispose pour sensibiliser, avec succès, le public sur la préservation de la planète.

Le dernier épisode qui m'a convaincu que sa candidature n'était ni farfelue, ni incongrue, fut l'interview du 10 mai 2011 au journal de 20h de France 2. En fin de journal, Nicolas Hulot était l'invité d'un Pujadas pathétique tant il était manifeste que ce dernier le prenait de haut, lui coupant la parole en permanence, comme s'il voulait se le faire en un minable tableau de chasse. Mais Nicolas Hulot, en habitué des caméras qu'il est, ne s'est pas démonté et s'en est plutôt sorti avec brio. Il a rappelé ses orientations humanistes et écologiques qui transparaissent déjà dans son film de pensées sur notre monde en perdition. Il a rappelé son cheminement qui le pousse à penser à une écologie résolument moderne, en totale opposition vis-à-vis des archaïques pollueurs qui ne savent imaginer un monde sans carbone. Il a rappelé la nécessaire urgence de la redistribution des richesses et de la transformation écologique de la société. Il à rappelé son attachement à l'Europe et au social. Si la parole d'un homme à une valeur, la sienne était belle.

En fait et pour conclure, je pense que le problème de l'élection présidentielle ne vient pas de Nicolas Hulot ou bien d'Eva Joly, mais bel-et-bien que cela est une élection qui focalise les votes sur des personnages et non sur des projets. Dans ce système il faut donc être charismatique, Sarko le fut, il a été élu, il en a été de même pour Tonton ou bien encore pour Chirac. Ce n'est donc pas la pertinence des programmes que personne ne lit, qui entraine l'engouement des citoyens, mais la présence médiatique. C'est pathétique et pas très politiquement correct de dire cela, mais cela est pourtant la réalité. Il nous faut donc un leader charismatique tant que nous serons dans ce système. Nicolas Hulot est charismatique, nul ne peut lui contester cela, et s'il se présente sous les couleurs d'EELV il le fera avec notre programme. L'action, Notre action sera donc de mener campagne pour un projet écologique, de reconversion écologique, porté par un leader qui passe bien à la télé (c'est con, mais c'est comme cela dans notre monde d'images) et qui aura donc le plus de chance de fédérer les gens autour de nos idéaux, autour d'une écologie sociale et solidaire.

Nicolas Hulot n'est pas le pire des hommes il est bourré de contradictions, mais qui n'en a pas ? Qui détient la pureté écologique ? Pas moi en tous les cas.

Bruno BOMBLED