"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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dimanche 13 octobre 2019

A toi, le petit garçon qu’un élu de la République a fait pleurer

Vendredi 11 octobre, Julien Odoul, président du groupe RN régional a perturbé la séance de l’assemblée plénière du conseil de Bourgogne Franche-Comté en prenant à partie une mère d’élève dans l’assistance, car elle portait un voile.

A toi, le petit garçon qu’un élu de la République a fait pleurer parce qu’il s’en est pris publiquement à ta maman, je veux te dire que ce n’est pas cela la République. Dijon est la ville où j’ai grandi, alors je ne veux pas que tu gardes ce souvenir amer de ce vendredi.

Sèche tes larmes et sois fier de ta maman, fier de qui tu es, de ta famille et aussi de ton pays. Rassure-toi, nous sommes légions derrière toi pour faire face à ces discours de haine du quotidien, qui montent résistiblement.

Il faut que tu le saches, ce n’est pas cela la promesse républicaine. Oui, ta maman peut s’habiller comme elle le veut et t’accompagner avec tes camarades lors des sorties scolaires, sans se faire moquer ou attaquer comme une dangereuse « provocatrice communautariste » comme l’a traitée M. Julien Odoul.

Nos lois, tout comme l’article 6 du règlement du Conseil Régional invoqué par M. Odoul le disent clairement : « La présidente de région peut interdire l’accès à une personne ou à un groupe de personnes dont le comportement est susceptible de troubler le déroulement d’une séance ».

Ta maman ne perturbait pas la séance, elle avait à cœur de te montrer comment fonctionne une assemblée démocratiquement élue, au pays des droits de l’Homme. Le perturbateur de séance, c’était lui, celui qui a attaqué ta maman pour qu’on le remarque et non pas l’inverse.

Sous prétexte d’être un élu, il pervertit les textes de loi et confond la laïcité avec la censure. La laïcité, ce n’est pas se moquer des autres ou leur interdire l’entrée des lieux de la République, la laïcité, c’est un concept fragile mais qui nous permet de vivre ensemble, en toute liberté.

Dans l’ordre laïque, la place de chacun est respectée et la liberté de chacun est reconnue, ce qui permet l’apprentissage de la liberté réelle : être reconnu par l’autre comme son égal, en tant que sujet libre. La laïcité est un terreau fertile pour l’apprentissage des lois en assurant que la citoyenneté transcende les identités individuelles. La laïcité doit pouvoir donner à tout citoyen le sentiment d’appartenance à une communauté libre, où le respect de sa personne se fait à priori sans distinction et sans prérequis. C’est le rôle de l’éducation républicaine promulguée par la France : montrer le caractère universel et l’aspiration de tous à la liberté.

C’est ce cadeau qu’à voulu te faire ta maman, en t’accompagnant voir le fonctionnement d’une assemblée libre. Ne laisse pas un idiot te le gâcher, cette République est la tienne, la mienne, et aussi la sienne. On peut ne pas être d’accord entre tous les citoyens, mais jamais le fantasme ne fera la loi.

Un jour, tu te poseras peut être la question de la foi religieuse, tu douteras même peut être de l’existence d’un dieu, ce sera ta vie, tu te poseras toutes les questions que tu voudras.

Mais ne doute jamais de l’amitié et du soutien de nous tous, qui avons pleuré avec toi ce jour là.

Par Alexis Poulin

mercredi 23 août 2017

Poussière d'étoiles.

Juin 1977, 32e Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace au Bourget, je suis avec mon père. Je suis en train de passer un moment père-fils merveilleux avec ce père qui semble connaître tout le monde. Nous y sommes en journées réservées aux professionnels. En journée non ouverte aux visiteurs lambda. Sentiment de privilège. Je suis fier de tenir la main à ce père qui m’explique ces magnifiques machines volantes. Je rentre dans tous les cockpits, je m’assois dans les sièges des pilotes. Tout le monde me sourit et m’offre qui un gadget, qui un poster, qui un autocollant. Je suis aux anges. Mon père m’explique la station spatiale MIR que nous visitons, mais surtout il a la patience extrême de retourner, pour la dixième fois, revoir ce superbe hydravion, exposé sur une piscine et qui me fascine tant. Nous nous arrêtons pour la pose de midi à l’ombre des grands hangars pour manger nos sandwichs que maman nous a préparé avec amour. Fier d’être à ses cotés.

Nuit du 15 Août 2017 Atlanta, Etats-Unis, mon téléphone sonne, Marianne, mon épouse, m’annonce que papa est dans le coma et qu’il est à l’Hôpital Foch à Suresnes. Moment d’incompréhension. Moment d’incrédulité. Cela fait un mois que je ne l’ai pas vu car je termine une mission dans le Golfe du Mexique sur les traces du devenir de la matière organique charriée, en mer, par le Mississippi. Etre en mission, longtemps et loin, c’est accepter de tout laisser derrière soi et de prendre le risque que les gens partent sans nous. Depuis plus de 20 ans j’accepte ce risque sans y croire vraiment, « cela ne peut pas m’arriver à moi ! ». Puis le téléphone sonne à nouveau, papa est mort. Le vide s’ouvre. J’ai mal. Je me tords sur mon lit. Les larmes ne viennent pas tout de suite mais je cherche l’air. Puis l’abîme de la perte m’apparaît, le flot de larmes devient intarissable. Mon esprit n’a plus qu’une seule pensée … lui. Alors je me laisse aller et je repars dans les Vosges, en famille, baskets aux pieds sur les chemins au milieu de ces forêts de sapins envoûtants. Odeurs de sapins dans ces jours d’étés heureux. Promesses de tartes aux Myrtilles au refuge à la fin de la randonnée. Photos prisent sur les grumes. Douleurs due à l’effort et découverte du milieu naturel. Sensation de sécurité entouré de mes parents. Puis visites de châteaux, d’églises, de musées … vacances culturelles ici, là, jamais aux mêmes endroits avec ce père qui semblait tout savoir, avec cette mère en accord parfait. Ils m’ont laissé le goût des visites, du plaisir de laisser les décors et les histoires m’imprégner.

Mon esprit tourne, vire, s’arrête sur les repas du soir, dans la cuisine de la maison familiale, où nous devisions, tous les cinq, toujours sur des sujets sérieux pour se finir par un « preums’ au câlin sur papa ! » que nous nous lancions, à la fin du repas, tour à tour, mon frère, ma sœur et moi. Aujourd’hui encore, chez moi, aux Ulis, le soir, à table, nous devisons mon épouse, mes enfants et moi dans une filiation évidente.

Nous devisions et réfléchissions tous ensemble car mon père ne souffrait pas que nous nous laissions aller à la facilité. A la vérité affirmée par le plus grand nombre, il nous poussait à aller plus loin et mon dieu combien, souvent, cela était difficile de le suivre. Mais il ne souhaitait pas que nous nous rallions à sa cause, ce n’était pas un gourou, il souhaitait juste que nous analysions la complexité des choses. Je me souviendrai toujours de ce « Ah non ! Pas toi !!!! » qu’il me lança, alors que je ne devais avoir qu’une dizaine d’années, ce jour où, à la vue des juifs, dans « les dix commandements » de Cecil B De Mille, adorant le veaux d’or après avoir adoré puis détesté dieu, je lançais dans une réflexion d’enfant, « Mais ! Ils sont vraiment prêts à croire n’importe quoi ! ». Depuis ce jour j’ai compris que je n’avais pas le droit de penser le monde comme on me le montrait, mais qu’il me fallait toujours chercher la justesse de la pensée, sans dogme et en toute liberté. Mon dieu comme souvent je n’y arrive pas.

Je repense aussi à toutes les inquiétudes du père face aux difficultés scolaires du fils que j’étais. En vérité il ne savait pas gérer cette inquiétude et en devenait presque pénible. « Tu as finis tes devoirs ? » me demandait-il, « si oui alors retourne dans ta chambre t’en inventer ». Combien de week-end de merde j’ai passé, seul, dans ma chambre afin de l’éviter !!!! Mais comment lui en vouloir aujourd’hui ? Mon père n’était pas un saint, il avait ses failles, ses faiblesses … et sa faiblesse c’était ses enfants qu’il aimait par-dessus tout et pour lesquels il s’inquiétera jusqu’à la fin de sa vie. Mais s’il n’était pas un saint il avait la sagesse de faire confiance à maman quand celle-ci chercha à me faire rentrer à l’école Nouvelle « La Source » à Meudon. Il lui fit confiance quand elle lui dit que je n’aurai pas d’autres choix, dès l’âge de 9 ans, que de prendre, seul, le train de banlieue pour aller à l’école. Cette école et sa méthode Freinet m’a sauvé la vie, ma mère, en m’y envoyant, m’a sauvé la vie, mon père, en faisant confiance à Maman, m’a sauvé la vie, moi dont le seul idéal était les loubards si bien chantés par mon idole de toujours.

Je repense à ce vieux monsieur affaibli par un cœur fragile, une hypertension difficilement régulée, un diabète pesant et une surdité tenace qui se mettait au service des plus pauvres via les Resto du cœur, ou allait porter les bûches dans les camps des roms avec le secours catholique. Je repense, à l'heure d'une Méditerranée devenue cimetière, à cet évangile (Mt 25, 31-46) que mes parents aiment tant et qui appelle l’humanité à soigner, habiller, nourrir, visiter, accueillir les plus humbles, les plus pauvres d’entre nous. Toute leur vie mes parents auront donc été fidèles à la parole de dieu.

Je repense à tous ces repas, les dimanches, au Mesnil ou aux Ulis, que nous partagions … Oh comme ces années furent douces à l’écouter, à le contredire, à être d’accord, à le convaincre et à me laisser convaincre. Comme j’ai été fier de découvrir sur son ordinateur qu’il avait fait un dossier de photos de moi en politique et en militant, lui qui aura été engagé toute sa vie.

Je repense à ce grand-père merveilleux qu’il a été avec ses petits enfants et à qui il consacrait tout son temps quand ils étaient là, près de lui.

Puis je repense à ce dimanche aux Ulis où il m’a semblé que nous soldions tout en regardant, lui et moi, une émission sur Renaud et où il me dit que oui, cet homme était un mec bien et combien il comprenait que je l’ai tant admiré. Comme je suis heureux d’avoir dit à mon père, de son vivant, combien je l’aimais.

Simple, passant toujours en dernier (même s’il savait recevoir), il ne voulait jamais gêner et ainsi, même pour mourir, il n’a pas voulu déranger. L’attaque cérébrale, qui va lui être fatale, le frappe au moment du coucher après le film du soir. Mais pendant que maman appelle le SAMU, papa récupère suffisamment pour pouvoir se rhabiller et descendre afin d’ouvrir la porte aux secours incrédules. Dès lors il pouvait se laisser aller à la mort, il n’avait pas fait peser cela sur les épaules de ma mère.

Mon père, cette poussière d’étoiles, était un homme bon, il fut un très bon père et un grand père merveilleux, il fut un homme engagé qui essayait de rendre le monde plus juste, il est un exemple difficile à suivre mais je suis fier d’avoir été son fils.

Adieu papa.

samedi 24 décembre 2016

vendredi 1 janvier 2016

2016 pour un plan Marshall de la durabilité mondiale

Quand on demande à Pierre Rabhi comment faire bouger les lignes et comment faire comprendre à l'humanité que l'écologie est le fondement même de la vie ? Celui-ci répond que « Le premier maillon de l’action est déjà de prendre conscience de notre inconscience. Nous sommes installés dans ce qui est proposé comme une vérité mais qui détruit la vie. Nous avons besoin de la nature mais la nature n’a pas besoin de nous. Une fois que nous aurons compris cela, nous pourrons sortir de notre inconscience. »


Ainsi et c'est un fait, notre humanité, grisée d'inconscience, est en péril de part une mondialisation inhumaine et destructive, basée sur la consommation d'énergies fossiles et de matières premières toujours plus rares. Au vingt-et-unième siècle nous héritons - ce n'est pas une découverte - d'un monde organisé non pas pour durer mais pour produire du bénéfice. La Terre n'est plus vue comme le berceau de nos vies mais comme une mine à ciel ouvert où nous puisons sans conscience. Toutes nos vies, toutes nos villes, toutes nos sociétés sont basées sur la jouissance de l'avoir immédiat, jetable et non sur la prise en compte de réalités physiques et géologiques que nous impose notre planète. « De l'ère de l'abondance nous entrons dans l'ère de la rareté » nous dit Nicolas Hulot, pourtant nous regardons ailleurs. Les alertes sont pourtant là, mais nous regardons ailleurs. Ainsi à une échelle très locale, lorsque j'étais élus, je me suis battu pour que le renouvellement urbain prenne en compte les conséquences, pour les Ulissiens, le pic pétrolier survenu en 2006, car je voyais bien que nos logements n'étaient pas viables, en hiver, dans un monde d'après-pétrole. La courte expérience de ce mois de décembre 2015, aux Ulis, où des travaux ont obligé le fournisseur de chaleur à couper l'approvisionnement d'eau chaude, pendant 24 h, nous l'a parfaitement démontré. Il n'aurait pas fallu que cette coupure soit plus longue sinon la situation serait vite devenue invivable entre le froid des appartements et l'eau glacée des douches. Ainsi je m'étais battu afin que nous construisons en habitat passif mais personne ne m'a suivi à l'époque ... « Trop cher, coups partis, faut être réaliste Bruno, faut être pragmatique et arrêter de rêver, les ulissiens ne peuvent pas se l'offrir » (NDA : par contre raquer toute leur vie pour pourrir le climat et alimenter les multinationales, ça ils peuvent se l'offrir !), m'a-t-on rétorqué à chaque fois que je revenais à la charge. Malheureusement quand la fainéantise intellectuelle d'une majorité est plus forte que la raison d'un seul, il n'y a rien à faire. Dans la même veine, je me souviens de cette coupure, volontaire, d’électricité, d'une journée, au labo et qui a complètement paralysé toutes activités, plus de hottes, plus d'étuves, plus d'appareil de mesure, plus d'ordinateur … l'activité professionnelle et donc la production (de science) était complètement à l'arrêt. Ces courtes et innocentes expériences devraient nous alerter, nous interroger sur notre dépendance. Cela devrait nous interpeller sur notre vulnérabilité face à ce pétrole et cette électricité qui coulent dans nos veines. Comment se nourrir avec du pétrole hors de prix ? Que donnerait un black-out dans les grandes régions industrialisées, à l'autonomie alimentaire de quelques jours ? Je pense que tout cela tournerait rapidement à l'émeute. Nos villes françaises sont des malades perfusés au pétrole Arabe, au gaz Russe et à l'uranium Nigérien, supprimez-leur leur perfusions et les malades décéderont. Cela s’appelle l'effondrement. Cela devrait nous interroger sur notre vulnérabilité, mais force est de constater que cela n'interpelle pas grand monde.

Nous n'avons plus le temps de tergiverser.

Pourtant nous nous devons de relever le défi de la durabilité. Ce n'est plus un choix mais la seule urgence qui vaille. Nous n'avons plus le temps de nous contenter de mesurettes qui s'apparentent plus à du greenwashing qu'à une véritable prise de conscience des dangers qui sont devant nous. Il est temps de regarder, dans les yeux, les dragons des crises climatiques, environnementales, énergétiques, métalliques et finalement sociales et pacifiques, afin de les combattre efficacement et espérer en venir à bout.

Partout dans le monde des expérimentations, des projets alternatifs et industriels démontrent qu'il est possible de produire et de vivre autrement et mieux, tout en épargnant les Hommes et leur environnement. Partout des pionniers réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. Ces expériences ont démontré leur efficacité, nous nous devons de nous en inspirer, de les amplifier afin de dépasser le stade de l'expérimentation. Nous nous devons de les intégrer les unes entre elles, sur un même territoire, afin de repenser notre façon de vivre ... une façon de vivre moins prédatrice mais plus humaine, plus solidaire … plus noble.

« Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

C'est pourquoi nous devons lancer un immense plan Marshall de la durabilité mondiale et passer à la vitesse supérieure dans un esprit volontariste. Les indispensables et courageux colibris ne suffiront pas à éteindre l’incendie, il va nous falloir utiliser des armées de pompiers et de canadairs. Nous devons tous nous retrousser les manches, abandonner et dépasser tout ou partie de nos intérêts personnels, égoïstes et égocentriques. Si nous sommes tous de potentiels colibris, nous pouvons aussi être ces pompiers, mais pour cela nous nous devons de tuer nos dieux divins et consuméristes. Nous devons unir nos énergies, nos connaissances, nos influences pour nous sauver de la chute finale. Seul nous ne pouvons rien, mais ensemble et pour tous, nous pouvons beaucoup et pour ce faire, si nous devons penser global il nous faudra agir local. Ainsi il nous faut trouver le périmètre pertinent pour être efficace et visible : Les communautés d'agglomérations me semblent la bonne taille. Nous devons réunir tout ce que nos métropoles rassemblent de décideurs économiques, éducatifs et politiques, d'agriculteurs, d'associations environnementales et issues de l'ESS, d'agences pour l’emploi dans de grandes sessions de travail annuelles, loin des conférences d'auto-congratulation, sorte de « grandes messes qui font croire aux citoyens que l’on agit pour la planète alors qu’en réalité, nous continuons à épuiser partout ses ressources » … Loin des « agenda 21 » qui ont tous démontré leurs limites, car, à l'instar de Pierre Rabhi, je pense « qu’il y a beaucoup trop de théories dans ce monde et pas assez d’actions ».

Cet immense plan Marshall de la durabilité mondiale, se doit de passer par du travail collectif technique, organisationnel, de coordination, de modifications et d'engagements concrets des uns et des autres, autour des alternatives expérimentées ici et ailleurs confrontées au réel. Il nous faudra accepter, comme le dit si justement mon père, de jouer ensemble, collectif, à tous les niveaux, et non en additionnant nos produits finis personnels. Ce travail se devra d'être suivit d'évaluations, de recalages et d'ajustements annuels, suivant des indicateurs concrets, et de la prise d'engagements supplémentaires afin d'entrer dans un cercle vertueux et salvateur. Ces expériences de volontarisme durable devront être parfaitement exemplaires afin de pousser toutes les autres collectivités à emboîter le pas de la durabilité.

Je suis bien conscient des contraintes économiques, des « lois du marché » que nous imposent notre monde de compétition et de productivité qui freine toute volonté de changements. J'ai bien conscience des freins idéologiques, psychologiques et des intérêts personnels qui rendent une démarche de changements systémiques proche de l'impossible, mais nous n'avons plus le choix : c'est cela ou être condamné à court terme (50 ans pour la NASA) à disparaître.

J’exhorte à la révolution pacifique, culturelle et écologique.

J'exhorte donc tous les Hommes de bonnes volontés à déclencher ce travail impérieux autour de l'éducation et de la culture pour toutes et tous (nécessaires et indispensables points de départ de toute révolution), du renoncement accepté et de la sobriété heureuse pour un monde enfin durable et désirable.

J'exhorte donc toutes les forces vives de nos cités à déclencher ce travail impérieux autour des économies d'énergies, de la sortie, à court terme, des énergies fossiles et du développement des énergies renouvelables.

J'exhorte toutes les forces vives de nos cités à déclencher ce travail autour du développement de nouvelles formes de mobilités plus sobres en émissions de Gaz à Effet de Serre ... à réduire la place de la voiture. A questionner tout projet urbain (infrastructures routières, habitats, commerces …) aux regards des impératifs climatiques, sociaux et environnementaux, à avoir une vision innovante et audacieuse, dans tous nouveaux projets de constructions neuves, afin de limiter l'usage du béton, fort émetteur de Gaz à Effet de Serre, et a les réaliser suivant tous les principes du développement durable.

J'exhorte toutes les forces vives à protéger les terres agricoles, à soutenir et promouvoir l'agriculture urbaine (permaculture, agroforesterie, biologique ...) et de proximité, de saison et sources d'emplois durables, vivrière, saine et aux circuits court, sur tout les territoires des agglomérations et métropoles. A promouvoir auprès des populations, de manière constante, adaptée et volontariste les principes du développement durable, de la sobriété heureuse, de la solidarité et à soutenir les initiatives citoyennes pour le climat, la transition énergétique et l'économie décarbonée.

J'exhorte tous nos décideurs à réinventer l'économie pour la remettre à sa juste place, c'est à dire au service de l'humanité. A promouvoir l'économie circulaire et à condamner l'obsolescence programmée qui est un crime contre l'humanité. A orienter les investissements et les marchés publics vers des choix et des filières sobres en carbone, à entamer des dialogues constants avec leurs partenaires financiers sur leurs investissements et leur émissions de gaz à effet de serre, sur les moyens mis en œuvre pour contribuer à la transition énergétique et écologique de l'économie et de la société, à l'équité sociale et à ne plus soutenir les multinationales pour préférer, autant que possible, l'économie sociale et solidaire, alternative, biologique, de proximité et écologique.

Ce travail est immense, presque impossible, je sais, mais avons nous une autre alternative si nous ne voulons pas l'effondrement mondial de l'humanité ? J'exhorte donc notre monde à amplifier et accélérer les politiques actuelles en faveur du climat, de la préservation de l'environnement naturel et agricole, de la sobriété énergétique et de l'égalité sociale et culturelle afin de relever le défit de la durabilité. Je nous exhorte tous à cesser cette guerre contre la nature qui, si nous la gagnons, signera notre fin comme nous le dit, si bien, Hubert Reeves. Cette humble prière sera mon vœux pour la nouvelle année qui s'annonce et que je vous souhaite belle, pacifique, écologique, pleine de conscience des urgences, de dépassements de soi et de renoncements acceptés, de volontés d'agir et de rêver, d'amour et d'amitiés.

dimanche 16 août 2015

J'ai pas voté!! (Film Complet)

"Si voter changeait quelque chose,
il y a longtemps que ça serait interdit."
Coluche

"La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où, grâce la consommation et au divertissement, les esclaves "auraient l'amour de leur servitude" 
Aldous Huxley - "le Meilleur des Mondes" - 1931.

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Extraits :

[...] "le vote est ce qui consacre cette élite de gouvernance. Sans le vote ils ne sont rien." [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "Face à cette crise démocratique, aucun changement n'est envisagé" [...]

[...] "L'élection est-elle réellement le fondement de notre démocratie ?" [...]

[...] "Pour une petite fraction de la population tout se passe bien dans le meilleur des mondes, aujourd'hui, puisqu'ils tirent profit de la démocratie. Donc pour eux, la démocratie va bien, mais pour l'immense majorité, pour les 99 %, dont parlait le mouvement occupy, la démocratie, objectivement, va mal." [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "La crise de 2008 a révélé la servitude volontaire des gouvernements à l'égard de pouvoirs économiques, à l'égard de marchés, qui ne représentent les intérêts que d'une petite fraction de la population qui n'a cessé de s'enrichir depuis un quart de siècle au détriment de l'immense majorité de la population". [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "C'est vrai que de déceptions en déceptions et d'impuissances en impuissances, c'est vrai que ce qui se développe c'est fondamentalement l'abstention, non plus comme avant, il y a des décennies c'était "les vieux qui ne s'occupaient pas trop de politique", "les égoïstes", aujourd'hui on s'aperçoit que la structure idéologique, politique des abstentionnistes est extrêmement politisée." [...] Jean-Paul Jouary (Philosophe)

Jean-Paul Jouary (Philosophe) nous rappel que [...] le début de la révolution française c'est encore l'idéal d’Athènes qui prédomine : C'est le peuple qui décide, c'est le peuple dans la rue, c'est le peuple qui décide de discuter, de déclarer des droits universels et puis, au milieu de la révolution française, il y a un petit texte de l'abbé Sieyès qui dit à un moment donné : "Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi, ils n'ont pas de volonté particulière à imposer. s'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet état représentatif ce serait un état démocratique". Ainsi l'abbé Sieyès, leader révolutionnaire, qui fut l'un des fondateurs du système représentatif actuel, rejettera jusqu'au bout l'idée de créer un véritable gouvernement démocratique et s'opposera fermement à tout système intégrant le peuple aux décisions politiques. [...] malgré l'analyse de Jean-Jacques Rousseau qui considère la représentation comme oligarchique et préférera la démocratie directe, "le peuple ne peut avoir de représentants, parc qu'il est impossible de s'assurer qu'ils ne substitueront point leurs volontés aux siennes et qu'il ne forceront point les particuliers d'obéir en son nom à des ordre qu'il n'a ni donné, ni voulu donner", la révolution donnera naissance à la représentation. C'est bien l'abbé Sieyès qui dictera les réformes politiques. [...] C'est cela qui fonde, encore aujourd'hui, notre système actuel.

[...] "C'est le vote qui est le fondement du lien représentatif dans notre système représentatif" [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "L'acte électoral est, par essence, démocratique, mais si cet acte électoral est conçu comme une délégation de pouvoirs à des représentants qui, ensuite, dirigeront sans consultation du peuple, c'est vrai que cet acte électoral est perçu comme une perte de souveraineté." [...] Jean-Paul Jouary (Philosophe).

[...] "Il faut voter ! Seul moyen d'expression démocratique ! Pour nous en convaincre les pouvoirs publiques organisent des campagnes publicitaires. L'objectif est d'inciter à voter et de réduire l'abstention à un acte anti-démocratique. A l'école on nous apprends à voter pour être un bon citoyen, mais ne l'oublions pas le vote n'est pas le fondement de la démocratie, juste une de ses composantes. Les révolutionnaires ne sont pas morts pour le droit de vote mais pour plus d'égalités et de libertés. Seulement cette idée est tellement inculquée comme un devoir dès le plus jeune âge, qu'il est difficile de s'en défaire."[...]

[...] "Il ne suffit pas de dire qu'on a le suffrage universel pour dire qu'on est en démocratie" Matthieu Aurouet (rédacteur de Causeries-républicaines). L'article 3 de la constitution indique que "la souveraineté nationale appartient au peuple qu'il exerce par ses représentants et par la voie du référendum", le référendum on a vu le résultat, vous vous souvenez, quand aux représentants ils doivent incarner la volonté du peuple mais sans lui ressembler sociologiquement. La constitution n'évoque aucunement l'idée d'avoir une assemblée à l'image du peuple. Actuellement l'assemblée nationale est constituée de 577 représentants du peuple. C'est bien ! Cela devrait permettre une bonne représentation du pays. Mais regardons ça de plus près : En France les ouvriers et les employés représentent plus de 50 % de la population. A l'assemblée, seulement 1,9 % des députés sont de ce milieu. A l'inverse les cadres supérieurs ne représentent que 16 % de la population alors qu'ils composent à plus de 81 % l'assemblée nationale. Quelles en sont les conséquences ? la défense de leurs propres intérêts. Un exemple : 20 % des ménages les plus riches bénéficie de 79 % des réductions d'impôts. On voit bien que l'intérêt général n'est pas à l'ordre du jour de nos députés. [...]
. . .
« Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques — élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste — demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. » Aldous Huxley - "Retour au Meilleur des Mondes" - 1958.

samedi 16 mai 2015

Débarquons Maud Fontenoy des écoles

Monsieur le Président de la République, 
Monsieur le Premier Ministre, 
Madame la Ministre de l'Education Nationale

Sous couvert d'écologie, des grandes entreprises (Bolloré, Euro RSCG, Havas, Carrefour, Hase, etc.) financent l'association de Madame Maud Fontenoy, la “Maud Fondenoy Foundation”. Les thèses de Madame Maud Fontenoy trouvent un large écho dans les grands médias : soutien [...] du gaz de schiste, des OGM ou de la croissance ... Ces thèses vont directement à l'encontre de tout ce qui a été depuis toujours défendu par les écologistes. Madame Maud Fontenoy revendique elle-même "un message différent sur l'écologie" (France 2, 3-4-2015). L’un de ses livres, on ne peut plus clairement intitulé "Ras-le-bol des écolos", a été qualifié de "manifeste éco-capitaliste" par l'association Action Critique Médias (Acrimed, 3-3-2014). Des personnalités médiatiques de sensibilités diverses telles que Natacha Polony, Aymeric Caron ou encore le journaliste écologiste Hervé Kempf, ont dénoncé publiquement ce qu'ils considèrent comme une imposture (France 2, 12-4-2014, Reporterre, 26-3-2015). En effet, le discours développé par Madame Maud Fontenoy vise à cautionner l’idée selon laquelle l’idéologie productiviste et consumériste et la protection de la nature seraient compatibles. On comprend tout l'intérêt de grandes entreprises à financer une telle vision de l'écologie.

Derrière un discours présenté comme "non idéologique", "non partisan", Madame Maud Fontenoy professe son idéologie libérale. Elle est une proche de l'UMP dont elle a été candidate aux élections régionales en Île-de-France derrière Jean-François Copé. Elle fut ensuite un ardent soutien de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Aujourd'hui, avec ses "kits pédagogiques", c'est à l'intérieur même de l'Education Nationale que s'immisce insidieusement la “Maud Fondenoy Foundation”. Ces tentatives d'infiltration des établissement scolaires par des grandes entreprises, par l’intermédiaire de fondations, ne sont pas nouvelles. Des associations de protection de l'enfance ou de lutte contre la publicité les dénoncent depuis longtemps. Nous vous rappelons que dès 1936 l’Assemblée nationale a proclamé l’interdiction absolue de toute publicité à l’école. Ce principe protecteur de l’enfance a été sans cesse réaffirmé, témoignant ainsi de l’existence d’un véritable consensus national sur cette question. Nous vous rappelons le devoir de neutralité de l'école. La “Maud Fontenoy Foundation” et ses sponsors n'y font pas exception. Ils n'ont rien à faire dans les établissements scolaires. Nous vous demandons leur exclusion immédiate des écoles, collèges et lycées.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre en nos salutations respectueuses.

Texte de "La Décroissance"

Signez la pétition ici

mercredi 29 avril 2015

Talon Bishop tuée par un requin, adieux et respect

Dans une lettre ouverte adressée au préfet de la Réunion, Danielle Austin, la mère de Talon Bishop, rend un vibrant hommage à sa fille victime d’une attaque mortelle de requin en février dernier. L’occasion pour elle de lancer un cri de colère face à cette crise et de rappeler notre lien avec la Terre qu'il nous faut respecter. Respect et humilité !


"Ma fille, Talon, 22 ans, est morte en février des suites d’une attaque de requin à l’Etang-Salé. La Réunion est régulièrement secouée par ce type de drames avec à la clé un traitement médiatique qui peut être à échelle variable. Aujourd’hui ma peine est encore immense, et ma colère intacte. Je veux la partager.

Qui était Talon Bishop ?

Née le 2 septembre 1992 à la clinique d’Auchel dans le Pas-de-Calais, Talon est arrivée dans ce monde en urgence, après seulement sept mois et demi de grossesse. Je venais de lui offrir une nouvelle vie, à elle et son frère Reiss, sept ans, loin des quartiers mal famés du sud de Londres où j’avais grandi. Ce jour-là, je coulais d’ailleurs une dalle dans l’ancien corps de ferme que je rénovais, pour le transformer en lieu de vacances destiné aux enfants en difficulté des banlieues européennes. Je me suis toujours battue pour élever mes enfants, près de la nature et en toute sécurité. Talon et moi étions inséparables, mais sa belle enfance au sein de la magnifique propriété et entreprise familiale le Gite de Fléchin était partiellement gâchée par un père irresponsable et surtout absent. Talon n’a eu de contact qu’à deux reprises avec lui, à huit ans, en lui rendant visite à Londres, visite lors de laquelle il jeta ses chaussures préférées à la poubelle, et en recevant un appel de sa part le jour de son seizième anniversaire, alors qu’il ne savait pas quel âge elle avait... Quittant un système scolaire qui ne lui convenait pas avant le bac, elle a cherché et trouvé sa propre voie, à force de caractère et d’indépendance, en réussissant le concours de moniteur-éducateur à l’IRTS de Lille, après une sélection rigoureuse où seules 8 personnes sur 40 étaient retenues. Restée volontairement en métropole, alors que sa famille était partie s’installer à La Réunion, elle a su surmonter l’éloignement et les difficultés, trouver les financements toute seule afin de réussir sa formation. Diplômée en juin 2014, elle est déçue de voir qu’elle n’a aucun droit à l’aide financière de l’Etat pour la soutenir pendant sa recherche de travail. Elle disait ne pas comprendre comment les jeunes de moins de 25 ans pouvaient s’en sortir, sans accompagnement dans cette transition vers la vie professionnelle. Elle décide alors d’orienter sa recherche vers La Réunion, afin de rejoindre sa famille qui lui manquait tant.

Ravie de s’être rapprochée de moi et de sa sœur, elle est confrontée à la difficulté du marché de l’emploi à La Réunion, mais tombe sous le charme de l’île, qu’elle adore pour sa mixité notamment. Pour la première fois de sa vie, on ne fait pas attention à sa couleur de peau ! Quelques jours avant l’accident, je lui avais demandé de considérer la possibilité d’un retour en métropole, car je m’inquiétais pour son avenir. Elle m’a dit "Maman, je suis prête à tout pour rester ici, même changer de métier et reprendre une formation en pâtisserie". Le jour de l’accident, elle était avec son copain et un groupe de personnes, jeunes et moins jeunes. Une copine décide de les amener à l’Étang-Salé, n’ayant pas le permis, Talon suit le mouvement, sans que personne parmi les plus âgés notamment ne réfléchisse plus avant. Pourquoi ? Une fois installés sous le pont Mulla, les deux amoureux ont décidé d’aller tremper leurs pieds dans l’eau sans que personne ne cherche à les en dissuader. Pourquoi ?

Son compagnon revient sur la plage pour chercher quelque chose. Talon était seule dans l’eau quand l’attaque s’est produite, elle avait de l’eau jusqu’à la taille. Qui aurait pu croire qu’une telle chose puisse arriver dans un mètre cinquante d’eau ? Talon a certes fait une erreur ce jour-là, mais elle n’a surtout pas eu de chance et elle l’a tragiquement payé de sa vie. Sous la forme d’un requin de 3m50, la nature a violemment repris ses droits, et l’homme n’est rien face à cette force. Toute le monde a sa part de responsabilité, il est trop facile de blâmer les victimes car elles n’auraient pas dû être là. Talon n’était pas surfeuse, ni zorey, ni célèbre. Elle était face à l’océan, un élément imprévisible sur une île qu’elle ne connaissait pas. Quand on est jeune, que l’on n’a pas forcément la notion du danger de mort, on n’est pas conscient, on pense vivre pour l’éternité. Une fois sur cette plage de plusieurs kilomètres de sable noir, il n’y a rien pour couper l’envie d’aller rejoindre cet océan envoûtant. Le tout petit panneau de mise en garde (50cm) indique l’importance que l’Etat donne à ce problème. Se décharger de cette façon est inhumain !

Pourquoi ce cri de colère ?

Parce que Talon Bishop n’était pas seulement la quatorzième victime d’une attaque de requin à La Réunion. Elle était un être humain avec une personnalité, une histoire et elle ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Une magnifique, courageuse, intelligente jeune femme de 22 ans qui était un peu perdue et tellement inquiète de ce que l’avenir lui réservait qu’elle a oublié quelques instants que la nature est plus forte que tout. Ma fille adorée a perdu la vie d’une façon horrible et inimaginable, mais malgré toute ma peine, je ne peux pas en vouloir aux requins.

En revanche je suis outrée par la suite des événements. Le soir de l’accident, j’avais rendez-vous avec des amis dans le centre-ville de Saint-Pierre à 20H00. Dès leur arrivée, mon téléphone s’est mis à sonner. Choquée d’entendre la voix d’un gendarme, j’apprends que ma fille a été victime d’une attaque de requin et que je dois me rendre au CHU de Saint-Pierre. J’avais eu un dernier message de Talon à 17H41 et je ne savais même pas qu’elle allait à la plage. J’arrive avec mes amis, sous le choc, et donne le nom de ma fille à l’accueil. L’hôpital nous fait attendre à l’extérieur, alors que nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un simple blessure à la jambe. Je fais venir mon compagnon et notre fille.

On nous demande ensuite de rencontrer un psychologue, complètement dépassé et incompétent face à la situation. Je lui suggère d’aller parler aux personnes qui étaient présentes lors de l’attaque car elles devaient également être traumatisées. Plus d’une heure plus tard, nous voyons arriver un chirurgien et son assistant qui, après nous avoir amenés dans une pièce minuscule, nous annonce brutalement le décès de Talon, en présence de notre fille cadette de dix ans... Le choc et le traumatisme sont amplifiés par le peu de tact et le manque l’humanité de l’équipe hospitalière. J’aurais voulu annoncer cette terrible nouvelle dans le calme à ma deuxième fille, mais à la place, elle gardera pour le reste de sa vie le souvenir de ses deux parents hurlant de douleur pendant ce qui semblait une éternité.

Immédiatement et sans explications supplémentaires d’un point de vue médical, on nous amène à la morgue, à l’opposé du centre hospitalier. Sans aucun autre suivi psychologique ni médical pour surmonter la charge émotionnelle. Dévastés, nous sommes renvoyés chez nous après avoir passé plusieurs heures auprès du corps sans vie de la belle Talon. Une fois rentrés chez nous, l’hôpital n’a par contre pas manqué de nous appeler pour nous demander la donation des rétines de notre fille. Je me suis effondrée. Le lendemain, mon compagnon s’est occupé de toutes les démarches administratives, aller à la gendarmerie et contacter le centre funèraire. Puis mon fils arrive de métropole. Il faut faire vite donc nous allons voir les pompes funèbres les plus proches, à la Ravine des Cabris, où une dame sans aucune compassion nous demande si nous pouvons payer en espèces. L’endroit est glauque, poussiéreux, les murs sont garnis de fausses fleurs sales. Pas de choix, pas de condoléances, mais par contre une surfacturation de plus de 300 euros. On profite pour gagner, voler même, sur la mort.

Où est l’humanité dans tout ça ? Je suis en colère contre l’Homme et ce système qui nous déshumanise ! Quels enseignements tirer de ce drame ? Avant tout, je veux que personne ne parle en mon nom ni en celui de Talon. Nous aimons cette île, bien qu’installés depuis quelques années seulement. C’est un endroit unique au monde, d’une beauté exceptionnelle, mais la nature est aussi pleine de dangers. Faire face et prévoir ces dangers et s’adapter à la nature qui nous entoure plutôt que de vouloir la contrôler est impératif. Les océans sont dans cet état-là à cause de l’Homme et du manque de respect qu’il a pour son environnement naturel. Tuer tous les requins n’est pas la solution ni notre façon de concevoir la vie.

Respecter la nature et vivre avec.

Il faut d’abord s’interroger sur les pratiques de pêche. La pêche intensive effectuée au large par de nombreuses entreprises, françaises et autres, hors de notre vue pour que l’on ne se pose pas de questions, déséquilibre la chaîne alimentaire. Donc la nourriture des requins, baleines, dauphins, qui deviennent à leur tour des victimes collatérales de cette pêche dévastatrice pour l’écosystème océanique. Les pêcheurs locaux qui posent des drumlines près des zones de baignade, augmentent la possibilité que les requins se rapprochent de ces sources de nourriture devenues régulières. Par ailleurs de nombreuses personnes, organisations et entreprises déversent leurs ordures quotidiennement dans la nature, les eaux usées rejetées dans la mer, notamment en période de cyclone, et plus globalement tous ceux qui considèrent l’océan comme un garde- manger et une poubelle.

De manière générale, les politiques et pratiques mises en place avec la récurrence des attaques de requins le sont sans concertation avec des experts rompus à ces problématiques dans d’autres endroits du globe. Je suis favorable à la préservation de la Réserve marine. Mais le manque de capacité à proposer des solutions concrètes, depuis la sensibilisation au risque dès l’école (on le fait bien pour la route) jusqu’à la mise en place de vrais moyens humains, est révélatrice d’un échec à protéger durablement nos plages. Il faut protéger la population et les touristes, les protéger parfois d’eux-mêmes. La banalisation du problème fait croire aux gens, surtout aux jeunes, que rien ne peut leur arriver.

J’aurais préféré que ma fille prenne une amende de 500 euros car elle est allée dans l’eau dans une zone de baignade interdite. Il est vrai que nous ne pouvons pas protéger toutes les côtes de La Réunion, mais on peut créer des zones sécurisées pour les baigneurs et mettre en place une vraie surveillance des plages, ce qui pourrait en outre créer de l’emploi. Quant au surf à La Réunion, il semblerait que l’activité soit devenue trop dangereuse pour être pratiquée en ce moment. On ne dompte pas un océan entier comme ça ! Après réflexion, je suis contre la pêche intensive de toutes les espèces, requins inclus. Je suis contre le fait que ce problème devienne politique et racial, que les organisations se battent entre elles plutôt que de trouver des solutions ensemble.

Je suis opposée à ce que des dizaines de millions d’euros soient consacrés inefficacement à cette crise, alors que La Réunion a d’autres problèmes aussi importants à gérer : violences intra-familiales, drogue, chômage, alcoolisme, suicide ou désespoir, fléaux auxquels beaucoup de Réunionnais doivent faire face quotidiennement. Les jeunes en détresse, sans avenir ni perspectives, me touchent beaucoup plus que le fait que l’on ne puisse plus surfer à La Réunion. L’importance de l’amour, le respect d’autrui et de l’environnement sont des choses que j’ai inculquées à mes enfants dès leur plus jeune âge. Je déplore que notre système n’en fasse pas autant. Nous sommes une famille métisse, je suis créole anglaise, mon compagnon est franco-vietnamien, j’ai des enfants noir et blanc et j’ai trouvé mon paradis. Je n’ai pas envie de le voir détruit par la politique, le profit et l’inaction. l faut travailler tous ensemble pour préserver ce cadeau que la nature nous a donné, l’île de La Réunion.

Repose en paix ma fille, avec notre amour éternel."

Danielle Austin, 
Photo : DR - Facebook

jeudi 3 octobre 2013

Conférence environnementale : les ONG et la CGT demandent une feuille de route plus ambitieuse

Six ONG écologistes et le syndicat CGT jugent la feuille de route issue de la conférence environnementale "inacceptable" et demandent "une nouvelle version" plus ambitieuse, dans un courrier envoyé lundi 30 septembre au ministre de l'Ecologie Philippe Martin.

Diffusée par le ministère vendredi 27 septembre, la feuille de route "ne nous parait pas acceptable en l'état", estiment Les Amis de la Terre, France Nature Environnement, la Fondation Nicolas Hulot, la Ligue pour la Protection des Oiseaux, Surfrider Foundation Europe, le Réseau Action Climat et la CGT, dans leur lettre.

La feuille de route présente "50 mesures pour l'écologie", issues des débats des cinq tables rondes de la conférence environnementale des 20 et 21 septembre (l'économie circulaire, la politique de l'eau, la biodiversité marine, l'emploi et l'éducation à l'environnement). Ces 50 mesures accordent néanmoins une large place à l'économie circulaire considérée comme priorité gouvernementale.

"Sur la grande majorité des sujets, la rédaction ne dépasse pas les bonnes intentions déjà maintes fois affichées", estiment les signataires de la lettre. Et de pointer : des objectifs "vagues, peu d'engagements concrets, chiffrés" ou d'éléments de calendrier, et des "moyens non précisés".

Les ONG et la CGT déplorent un document "en net recul" par rapport aux propositions débattues dans les cinq tables-rondes, le gouvernement n'ayant retenu "quasiment aucune nouvelle mesure. Plus préoccupant encore, la feuille de route ne nous semble pas traduire une volonté politique forte d'engager résolument la France dans la transition écologique", fustigent-elles.

Ces dernières demandent que la prochaine séance du Conseil national de la transition écologique (CNTE) le 9 octobre "soit entièrement consacrée à l'examen ou l'élaboration d'une nouvelle version de la feuille de route. Il serait vain de débattre des autres points, comme le règlement intérieur, si le cap fixé par le gouvernement n'était tout simplement pas à la hauteur des enjeux et des attentes", conclut la lettre.

Rachida Boughriet

vendredi 24 février 2012

La Recherche : Appel de l’Enseignement supérieur et de la Recherche aux candidats à l’élection présidentielle et aux citoyens

L’actuel gouvernement présente la réforme de l’Université comme l’une des grandes réussites du quinquennat. Il prétend avoir donné aux universités leur autonomie, avoir fait, en faveur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « des efforts financiers sans précédent », avoir engagé une politique de l’excellence qui commencerait à porter ses fruits au niveau international et avoir réformé la formation des maîtres pour parvenir à une « meilleure formation des enseignants ».

Tout cela est faux !

Vous avez dit « autonomie » ?

- Les universités subissent une tutelle du Ministère toujours plus tatillonne et dépendent de plus en plus de financements privés et d’impératifs de rentabilité immédiate. L’attribution des crédits récurrents de l’État est toujours aussi parcimonieuse et opaque. Et les « Responsabilités et Compétences Élargies » imposées aux universités ne contribuent en rien à leur autonomie puisque l’État leur délègue de nouvelles charges financières sans les compenser.

- Alors que le gouvernement affiche l’Enseignement comme secteur prioritaire, aucun poste d’enseignant n’a été créé dans le supérieur depuis 2008. Le budget des universités, hors inflation, est en baisse d’environ 1 %. La liste des universités en déficit structurel ne cesse de s’allonger, imposant à l’État une mise sous tutelle contraire à l’autonomie qu’il prétend donner. Partout le développement des emplois précaires sert de variable d’ajustement à des budgets très contraints.

- L’indépendance scientifique et les libertés académiques des universités, des enseignants-chercheurs et des chercheurs ne sont plus respectées.

Vous avez dit « excellence » ?

- Le culte de l’excellence – mot magique jamais défini – ne peut faire oublier comment la recherche est malmenée dans notre pays : diminution des financements récurrents des universités et des organismes de recherche (jusqu’à – 90 % dans certains laboratoires), suppression de 10 % des emplois administratifs du CNRS, sans lesquels les chercheurs ne peuvent travailler.

- L’application de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) ravale des établissements de recherche comme le CNRS ou l’INSERM, que le monde entier nous envie, au rang de simples « agences de moyens ».

- Pour faire remonter les universités dans des classements internationaux aux critères très discutables, le gouvernement a poussé aux regroupements en tous genres. Cette course au gigantisme a fait naître un système à plusieurs vitesses. Les disparités entre universités se creusent et menacent les équilibres inter et intra-régionaux, obligeant les étudiants à une mobilité qui pénalise les moins favorisés.

- Une concurrence généralisée s’est instaurée, entretenue par deux agences de pilotage et d’évaluation très coûteuses, au fonctionnement opaque : l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES). Les universitaires et les chercheurs gaspillent désormais une part considérable de leur temps à rédiger rapports d’activité, dossiers de demande de financement et appels à projets, au détriment de leurs missions fondamentales de recherche et d’enseignement.

Vous avez dit « une meilleure formation des enseignants » ?

- Des rapports de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes l’ont désormais établi : la réforme de la formation des enseignants des premier et second degrés est un échec flagrant.

- Elle aura finalement provoqué la chute du nombre de candidats aux concours, le démantèlement ou l’affaiblissement des IUFM et la désorganisation des UFR, l’augmentation du nombre d’enseignants précaires, et conduit de jeunes professeurs à exercer à temps plein sans formation professionnelle suffisante.


Nos concitoyens doivent savoir que le monde de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche
est au bord de l’asphyxie.


C’est pourquoi nous, enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs, bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé, étudiants, lançons un appel solennel pour que soit mis un terme à toutes ces réformes, dont les effets sont dévastateurs.


Nous demandons une nouvelle politique pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, en rupture avec les réformes destructrices que nous subissons depuis des années. Celle-ci devrait reposer sur les dix principes et objectifs suivants :

  1. Remplacer la loi LRU
  2. Abroger le décret du 23 avril 2009 modifiant le statut des enseignants-chercheurs.
  3. Rouvrir en urgence le dossier de la formation des maîtres
  4. Élaborer un plan pluriannuel de création de postes et un programme de résorption de la précarité pour les universités et les organismes de recherche
  5. Garantir à tous nos organismes de recherche les moyens humains et financiers nécessaires
  6. Revenir à un traitement équitable entre universités
  7. Doter tous les établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche de conseils décisionnaires où les élus des personnels et des étudiants soient largement majoritaires et limiter l’empilement des structures
  8. Redonner confiance à tous les personnels en mettant fin aux dispositifs qui créent des discriminations et un climat de concurrence permanente
  9. Améliorer les conditions de vie des étudiants
  10. Abroger le décret Guéant du 31 mai 2011

Signez la pétition ICI

Les marchants de doutes

L’Heartland Institute, la machine à plomber le climat

La publication de documents internes du think-tank américain révèle sa stratégie pour contrer la réalité scientifique du changement climatique. Au menu : modification des programmes scolaires, salaires versés aux climato-sceptiques, influence sur les médias...

Aux Etats-Unis, c’est bien connu, on aime faire les choses en grand. Après les 111,3 millions d’accros au football américain du Super Bowl, les 45 millions de dindes dévorées pour Thanksgiving, voici une autre nouvelle « super machine » : celle à démonter la réalité scientifique du changement climatique anthropique. Le nom de cet exterminateur ? Le Heartland Institute. Les documents internes récemment révélés par le blog DeSmogBlog et par Think Progress étalent sans scrupules les stratégies mises en place par ce think-tank pour que le droit à polluer soit remis au goût du jour. En cinq points, Terra eco vous explique comment ce groupe s’y prend pour casser la baraque climatique.

- Aux écoliers, tu diras que le changement climatique est un canular.

« Beaucoup de personnes déplorent l’absence de matériels éducatifs, qui ne soit ni alarmistes ni surpolitisés, sur le changement climatique pour les écoliers du 12ème grade (l’équivalent de la classe de terminale, en France, ndlr). Heartland a essayé de rendre ce matériel disponible, mais n’a eu qu’un succès limité », peut-on lire dans le paragraphe consacré à l’éducation. Heureusement, le think-tank a une solution : le Dr. David Wojick. Ce sauveur n’est autre qu’un des consultants, issus de l’industrie du charbon, du bureau de l’information scientifique et technique du Département de l’Energie américain, pour lequel il a notamment planché sur la question de l’éducation des sciences et de l’environnement. Questions stratégies et contacts dans le milieu, c’est donc peu dire qu’il en connaît un rayon. Son plan ? Un programme scolaire destiné à démonter la bien-pensance climatique qui devrait avoir « un grand succès », comme l’espère Heartland.

Le Dr. Wojick a en effet imaginé quels concepts les enseignants devraient aborder, grades après grades, pour avoir le plus d’impacts. Les 17-18 ans se verront enseigner des modules comme « l’activité humaine change le climat est une controverse scientifique majeure » ou « le CO2 est un polluant controversé ». Les enfants de 12 à 15 ans devront apprendre que « les impacts sur l’environnement sont souvent difficiles à déterminer. Par exemple, il y a une importante controverse sur le fait que les humains changent ou non le climat ». Un « donneur anonyme » tel que le nomme le think-tank, semble emballé par ce projet : il lui a donné 100 000 dollars (75 516 euros), en partie reversés au Dr. Wojick, rémunéré à hauteur de 5 000 dollars (3 775 euros) pour chaque module proposé.

- Aux « anti-climat », tu donneras beaucoup d’argent

Grâce à Heartland, Anthony Watts se remplit aussi les poches. Cet ancien présentateur météo tient un des blogs les plus connus parmi les « anti-climat », Watts up with that ?. « Hearland s’est engagé à aider Anthony à lever 88 000 dollars (66 457 euros) en 2011 », atteste en effet un document, et ce afin de créer un nouveau site dédié au suivi des températures de surface. Pour Watts, les températures enregistrées depuis des décennies ne pourraient en effet pas être prises au sérieux, car parasitées par les micro-conditions régnant autour des thermomètres, à cause des radiations issues des bâtiments, des machines, des routes (révélant qu’il méconnaît de fait que les modélisations réalisées par les scientifiques sont pensées pour éliminer ces données parasites).

D’autres « anti » sont généreusement arrosés par Heartland, afin qu’ils continuent à répandre leurs messages climato-sceptiques, d’après cet autre mémo, résumant la stratégie du think-tank pour 2012. C’est le cas de Craig Idso, fondateur du Centre pour l’étude du CO2 et du changement climatique, payé 11 600 dollars par mois, soit 8 760 euros, par Heartland. Ou encore de Fred Singer, professeur émérite de sciences environnementales à l’Université de Virginie (5 000 dollars par mois, soit 3 775 euros), de Robert Carter, chercheur à la James Cook University, en Australie (1 667 dollars par mois, soit 1 258 euros). Le trio a déjà publié un ouvrage, Climage Change Reconsidered, disponible en ligne et coproduit par le Heartland Institute. Au total, le groupe dépenserait quelques 300 000 dollars (226 539 euros) en salaires pour payer des experts, rassemblés dans ce qu’ils nomment le « Nongouvernemental panel on climate change », afin de démonter les conclusions de l’Intergovernemental Panel on Climate Change (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), établi par le Programme pour l’environnement des Nations Unies et l’Organisation météorologique mondiale.

- Des conférences anti-climatiques, tu organiseras

C’est le point d’orgue des actions menées par le think-tank : organiser de grandioses contre-conférences allant à l’encontre des annuelles et officielles « Conferences of the parties »mises en place par l’IPCC. La quatrième conférence s’est tenue à Chicago, dans l’Illinois. En 2009, Suzanne Goldenberg, du Guardian, s’était aventurée dans les couloirs de l’une de ses réunions à New York, où se tenaient des sessions aux intitulés aussi improbables que « changement climatique et événements extrêmes : mensonges et statistiques », (voir la vidéo ici).

- Les grands médias, tu mettras dans ta poche

Certains médias ont été des alliés efficaces pour relayer les propos climato-sceptiques. Mais certains, à l’instar de Forbes, semblent avoir cassé le pacte. « Les efforts auprès de médias tels que Forbes sont particulièrement importants maintenant qu’ils ont commencé à permettre à des scientifiques très en vue, comme Peter H.Gleick, (un spécialiste des liens entre environnement, développement économique et sécurité internationale au Pacific institute d’Oakland, en Californie, ndlr) de publier des essais sur la science du changement climatique qui contrent les nôtres. Cette audience très suivie était anti-climat et il est important de continuer à y garder nos voix adverses », mentionne ce document sur la stratégie climatique pour 2012 (ici). Heartland envisage aussi d’approcher le journaliste Andrew C. Revkin, qui tient le blog DotEarth, en utilisant l’antipathie que celui-ci exprime vis-à-vis des plus extrêmes défenseurs du changement climatique anthropique.

- Des fonds des grands industriels, tu récolteras

En 2012, Heartland compte bien récolter 7, 7 millions de dollars (5,8 millions d’euros), soit 170% de budget en plus, auprès de ses donateurs, décrit le document dédié à la récolte de fonds. Parmi eux, un très secret (et très riche !) « anonymous donor » a promis 1,2 millions de dollars (900 000 euros). Pour boucler son budget, Heartland table sur de grandes compagnies, déjà partenaires, pour renouveler leurs dons. C’est le cas des géants du tabac Altria et Reynolds America, ou des « Big Pharma » que sont GlaxoSmithKline, Pfizer et Eli Lilley. Plus surprenant, des entreprises s’engageant pourtant publiquement en faveur de la lutte contre le changement climatique... versent aussi de l’argent à Heartland, à l’instar de Microsoft. Contribution au think-tank en 2009 : près de 60 000 dollars (45 300 euros). Réponse des intéressés : la société de micro-électronique aurait fait cette donation dans le cadre d’un autre programme mené par Heartland, qui donne l’accès à des logiciels à des organisations à but non lucratifs. « Notre position sur le climat demeure inchangée », a affirmé au Guardian une porte-parole de l’entreprise.

Après la publication de ces documents internes, la réponse du Heartland Institute n’a pas traîné : dans un communiqué de presse, le think-tank a promis de s’attaquer aux blogs et aux sites qui avaient repris ces documents avant qu’ils n’aient pu répondre. Car Heartland ne dément pas vraiment : à ses yeux, seul un des documents serait un « faux », titré « Confidential memo : 2012 Heartland climate strategy » (Note confidentielle : Heartland, la stratégie 2012 pour le climat).

Alice Bomboy - terraeco.net

mardi 1 novembre 2011

Mais dans quel état mettons-nous le monde ?

Mais dans quel état mettons-nous le monde ? Voila la question que je me pose, le soir dans mon lit, la tête dans les mains, quand je pense à la marche du monde. Comme les mineurs de Germinal, masse immense face à la minorité patronale, je me sens impuissant, colibris parmi les colibris, face à une humanité folle et ivre de puissance, qui s'enfonce béatement vers sa perte, vers son soleil vert. Où que je regarde, où que j'aille, je ne vois que des crises majeures qui supplantent toutes les beautés que nous offre la vie. Où que je regarde, je ne vois que des crises.

Des crises financières qui n'en finissent pas : En juillet 2007 la crise des subprimes avait touché le secteur des prêts hypothécaires aux États-Unis et avait participé au déclenchement du krach de l'automne 2008 entraînant une récession touchant l'ensemble de la planète. Aujourd'hui la zone euro a brutalement replongé dans l'instabilité après l'annonce surprise d'un référendum en Grèce pendant qu'une poignée d'inconscients, au triple A volatile, décident de la solvabilité d'un pays. Au final les marchés (les pauvres petits !) ont peur et jouent, dans leurs délires cupides, avec la vie de millions de travailleurs. Mais, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu que nous étions en crise, prouvant, par elle-même, que la mondialisation libérale ne fonctionnait pas et était mortifère. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours entendu que nous étions en crise justifiant, ici des coupes budgétaires, là le gel des salaires, ailleurs privatisations, licenciements ou délocalisations ... rigueur pour les uns, profits et luxe pour les autres.

Des crises humanitaires qui interrogent sur l'humanité : les combats au Pakistan, en Somalie, au Yémen, au Sri Lanka, au Darfour ou bien encore en République Démocratique du Congo, en une escalade de violences toujours plus importante, qui prennent en otage familles et enfants et qui entrainent, encore et toujours, déplacements, souffrances, épidémies ou bien encore malnutrition. Toutes les six seconde un enfant meurt de faim dans le monde et chez nous, en France, la précarité et la pauvreté, toujours plus croissantes, font ressurgir des maladies que l'on croyait disparues (Rougeole, Tuberculose, Gale, Coqueluche) rajoutant aux inégalités sociales, une inégalité de santé.

Une crise démographique qui, telle une sirène, cache la mort. C'est ainsi que pendant que le monde célèbre, dans une allégresse inconsciente, la sept milliardième habitante de la Terre, Danica May Camacho (longue et belle vie à elle), née dimanche 30 octobre 2011, à Manille, Ban Ki-moon attire l'attention sur les défis de la croissance démographique car, en écologie, il y a une règle : plus il y a d'individus, moins ils peuvent se développer. "Sept milliards de personnes ont besoin de nourriture. D'énergie. D'offres intéressantes en matière d'emplois et d'éducation. De droits et de liberté. La liberté d'expression. La liberté de pouvoir élever ses enfants en paix et dans la sécurité". Mais au rythme où vont les choses, puisqu'aucune initiative ne semble vouloir être prise (plus de 10 milliards d'ici la fin du siècle), la crise démographique n'est pas prête d'être enrayée !

Une crise énergétique qui ne fait que commencer : La non-anticipation du pic pétrolier et la demande énergétique, toujours plus forte, fait réagir l'AIE qui craint que l'avenir énergétique du monde soit incertain. Le refus de la sobriété par notre humanité, qui est la seule voie permettant de rendre pertinente l'utilisation des énergies renouvelables, fait craindre que nous allions vers le blackout. Le refus des populations de voir s'implanter, à proximité de chez eux, éoliennes et autres solutions alternatives, doublé de l'incrédulité des élus face aux défis énergétiques, n'augure rien de bon pour une vie durable, saine et confortable dans un proche avenir.

Une crise écologique qui n'épargnera pas l'humanité : effondrement de la biodiversité, disparition des abeilles, épuisement des matières premières, changements climatiques, pollutions des eaux, de l'air et de la terre, des habitations et de la nourriture, contamination par les OGM, pesticides, perte des terres agricoles, contamination des milieux par le plastique, surpêche, contamination par les espèces invasives ...

Pourquoi nous maltraitons-nous de la sorte ? Pourquoi maltraitons-nous la Pachamama ?

Cette énumération est pessimiste, anxiogène et déprimante. Tellement pessimiste et déprimante que beaucoup ne veulent pas la regarder et la nient. Mais ce n'est pas parce que l'on ne regarde pas les problèmes en face que ceux-ci n'existent pas. A ne pas regarder le dragon dans les yeux on prépare le chaos et souvenons-nous que toute crise humaine ne s'est jamais réglée dans le calme. Tout est réuni, aujourd'hui, pour entrer dans une crise majeure, les altermondialistes le disent depuis longtemps, aujourd'hui l'histoire et le présent semblent leur donner raison.

Cette énumération est pessimiste, anxiogène et déprimante. Elle l'est tellement que beaucoup ne veulent pas la regarder. Ainsi face à l'aveuglement des prétendus réalistes et autres pragmatiques qui misent, dans un optimisme à la méthode Coué, sur des solutions techniques ou économiques, aux vieux schémas dépassés, et qui nous traitaient, nous les écologistes, d'idéalistes irréalistes, nous proposons la seule voie possible :

Ainsi seule la redistribution, la solidarité, la coopération, la sobriété, l'éducation, la laïcité, seul l'abandon de la dictature de la croissance, du capitalisme et du libéralisme, seul le recentrage sur l'humain en équilibre avec son seul et unique vaisseau spatial, en un mot et qu'on le veuille ou non, seule la voie de l'écologie humaniste peut nous éviter le breakdown global.

Bruno BOMBLED

dimanche 3 janvier 2010

Quand Sarcelles ou Nanterre payeront pour Neuilly

Voici encore une loi qui est passée inaperçue du grand public. Une loi passée en catimini sans renfort médiatique pour éviter toutes réactions hostiles. Les médias auraient-ils répondu à des injonctions de l'état afin de museler toutes réactions et étouffer le scandale du "chèque cadeau éducation" offert aux clients de l'UMP ? Même moi (mais il est vrai que je suis loin d'être infaillible), je n'en avais pas entendu parler jusqu'à ces dernières semaines. Pourtant quand on navigue sur le web on trouve des articles dénonçant, en leur temps, ce nouveau dispositif, mais c'est à croire que si les choses ne sont "vues à la TV" cela ne fait pas bouger les masses. C'est peut être une Nième démonstration des limites d'Internet en matière de révolution.com.

Ainsi la loi Carle, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, institue une obligation de financement par une commune, sans accord préalable entre les parties, pour un élève inscrit dans une école privée hors de sa commune de résidence. En effet le 10 décembre 2008, une proposition de loi du sénateur Jean-Claude Carle, concernant le financement des élèves fréquentant des écoles élémentaires privées sous contrat d’association, hors de leur commune de résidence a été adoptée par le Sénat, ce texte a été, ensuite, adopté par la majorité de l’Assemblée Nationale.

Ce nouveau dispositif législatif est en rupture avec la logique même de la loi Debré du 31 décembre 1959 qui met, à la charge de la commune, les dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat avec l’État implantées sur son territoire, et elles seules. La loi Carle, elle, comme l'article 89 de la loi de 2004 aggrave cette loi Debré et crée de nouvelles obligations, ici l’usager se voit attribuer le droit d’imposer le financement de sa scolarité dans toutes les écoles privées hors de sa commune de résidence.

Alors certes, la loi Carle limite les obligations de la commune aux motifs suivants : obligations professionnelles des parents dans les communes ; l’inscription d’un frère ou d’une sœur dans un établissement scolaire de la même commune ; raisons médicales. Mais les motifs ne sont justifiés qu’a posteriori par les parents autant dire que c'est mettre les communes sur le fait accompli. De plus et enfin, au-delà de ces obligations, la commune a la faculté de financer tous les autres cas.

Cette loi, en substituant au rapport institutionnel école-commune, né des lois Ferry, une relation marchande usager-commune, est un nouveau pas vers la privatisation de l’école laïque. Il constitue une menace prévisible pour l’existence des écoles des communes rurales et une fuite discriminatoire des écoles publiques de la banlieue vers les écoles confessionnelles du centre-ville. Nanterre paierait pour Neuilly…

Les défenseurs de la loi Carle introduisent, pour la première fois, une corrélation entre "liberté de l’enseignement" et obligation d’un financement public. Ils imposent aussi, pour la première fois dans une loi de l’éducation, le concept de "parité" de traitement public-privé. Manipulation éhontée, que nul n’oserait s’hasarder à établir ailleurs que dans l’enseignement. La "liberté d’aller et venir" est, après tout, tout aussi fondamentale que la liberté de l’enseignement. Pour autant, la puissance publique n’a d’obligation que pour les transports en commun et l’usager qui, par convenance personnelle et intérêt particulier, choisit le taxi, à la décence citoyenne de ne pas revendiquer le financement public de sa course.

C'est donc une loi ouvertement favorable à l’école privée, donc injuste pour plusieurs raisons :
  • Elle met en danger l’école publique de proximité, en particulier dans les campagnes, et va faire peser sur le budget de communes pauvres le financement des établissements privés voisins

  • Elle confond droit à l’éducation et droit à s’inscrire dans l’enseignement privé. Or celui-ci ne peut pas être mis à égalité avec le public, car il n’a pas les mêmes obligations, notamment l’accueil de TOUS les élèves et l’éducation à la laïcité, composante essentielle de notre citoyenneté !

Ainsi comme et avec Europe-Ecologie, je refuse que le service public d’éducation soit remplacé par un marché scolaire favorable aux plus riches, où l’argent des contribuables servirait à financer un enseignement confessionnel. Même s'il est vrai que ce billet arrive un peu tard il a le mérite de dénoncer une fois de plus les manipulations graves que nous subissons de la part d'un gouvernement résolument hostile aux services publics et les transformations majeurs, de notre pays, vers une organisation ultra-libérale injuste et élitiste. Ne les laissons plus faire, les années restantes avant 2014 sont notre dernière chance avant l'état totalitaire (cf. le billet du 16 décembre sur ce blog sur la réforme territoriale) ... faisons gagner la Gauche.


Sources : http://www.laicite-laligue.org/ ; http://www.bakchich.info/ ; Europe-Ecologie

samedi 4 juillet 2009

Prévention dans les établissements scolaires

Se saisissant à nouveau de quelques cas graves mais marginaux d’agressions à l’encontre d’enseignants, le président de la République et le ministre de l’Education nationale ont annoncé de nouvelles mesures sécuritaires dans les établissements d’enseignement.

Alors que les statistiques ministérielles ne relèvent pas d’augmentation globale de la violence à l’école en recensant une dizaine de cas d’agression armée contre des enseignants depuis 2007 (soit 1,2% des faits de violence grave à l’intérieur des établissements), il est annoncé à grand renfort médiatique « que la vidéo-surveillance, les portiques de détection ou les policiers référents seraient les nouveaux outils de la sécurité des établissements scolaires ». Cette imposture est dénoncée, à juste titre, par l’Assemblée des Départements de France et l’Association des Régions de France.

Outre le mépris affiché, tant à l’égard des associations d’élus locaux que des autres partenaires de la communauté éducative (associations de parents d’élèves, syndicats enseignants et de personnels de direction…) par l’absence totale de concertation, ces annonces ignorent la réalité du problème et du terrain.

Que signifie « sanctuariser » les établissements, comment prétendre faire reculer ce qui constitue le terreau des tensions que subissent au quotidien certains établissements, élèves, enseignants et autres personnels, à savoir les incivilités et les agressions verbales, alors que ce sont près de 100 000 postes d’adultes, enseignants et non enseignants, qui ont été supprimés à l’Education nationale depuis 2003 ? Suppressions qui vont s’accentuer dès la prochaine rentrée par le non remplacement d’un enseignant sur deux partant à la retraite.

Ni les portiques de sécurité, ni la possibilité de fouiller les cartables, ni le fichage des élèves ne résoudront ces problèmes, qui appellent au contraire des mesures éducatives, avec des personnels en nombre suffisant, au statut reconnu et bien formés, notamment pour une politique éducative ambitieuse, une école plus juste, plus démocratique, une école publique de la réussite de tous les élèves !

C’est pourquoi LE CONSEIL MUNICIPAL,

APRES EN AVOIR DELIBERE,

DEMANDE :

- l’arrêt des suppressions massives de postes de personnels enseignants et non enseignants dans l’Education nationale menées dans le cadre de la RGPP,

- l’arrêt des contre-réformes menées à marche forcée, sans écoute, ni concertation, le gouvernement restant sourd et faisant fi de la mobilisation des milliers de parents, lycéens, enseignants, chercheurs, élus et citoyens refusant l’école que l’on nous prépare et dont les conséquences sont d’ores et déjà désastreuses.

EXIGE du gouvernement les moyens nécessaires à l’ensemble des établissements scolaires publics pour assurer leurs missions, garantir la sérénité des conditions de travail et d’apprentissage, permettre l’accès de tous à un savoir de haut niveau, lutter efficacement contre l’échec scolaire et réduire les inégalités face au savoir.

CONFIRME sa détermination à agir à cette fin aux côtés de la communauté éducative.

Motion déposée au Conseil Municipal des Ulis, le 3 juillet 2009, par les groupes : "COMMUNISTES ET CITOYENS", "SOCIALISTE", "RELUD", "LUTTE OUVRIERE" et "CITOYENS ECOLOGISTES ET SOLIDAIRES".