"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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samedi 20 septembre 2025

Fête de l'Huma : la réponse de Paul Watson

Mail de Paul Watson aux adhérent.e.s de Sea Sheperd France. Une réponse qui a le méritre d'être claire et honnorable. 

Hier, je ne savais pas ce qu'était un écofasciste. 

Aujourd'hui, apparemment, j'en suis un. 

Samedi dernier, j'ai parlé devant une foule conséquente lors de la conférence annuelle de la Fête de l'Humanité en France. 

Ce fut un événement passionnant, quelques milliers de personnes sympathisantes mais également environ deux cent manifestants indignés qui me hurlaient dessus et exigeaient qu'on me fasse taire , ce que j'ai trouvé plutôt ironique pour un évènement qui défend la liberté d'expression. 

Ce n'est pas de la faute des organisateurs, que j'ai trouvés plutôt ouverts et respectueux du droit de parole, et j'apprécie qu'ils m'aient invité. 

Les quelques centaines de perturbateurs étaient un groupe pour le moins enthousiaste, certains brandissaient le poing et me dénonçaient comme cette chose qu'ils appellent un « écofasciste. » J'ai l'habitude d'être traité de beaucoup de choses, notamment d'écoterroriste, d'extrémiste environnemental, d'activiste militant perturbateur et d'écopirate. Tous des surnoms très flatteurs et maintenant je peux en ajouter un nouveau - écofasciste. 

C'était génial. J'adore les publics hostiles et les débats animés, j’ai trouvé leurs chants « antifascistes " accrocheurs et mélodieux . 

J’ai toujours trouvé ce genre de perturbations excitantes pour ma part car elles créent une atmosphère propice à la transmission d'un message. La dernière fois que j'ai eu un public encore plus hostile, c'était il y a de nombreuses années quand j'ai débattu avec le Premier ministre de Terre-Neuve Brian Peckford devant un public de mille partisans de la chasse aux phoques, ou en 1984 quand je me suis adressé à une foule de trappeurs et de chasseurs en Colombie-Britannique du Nord en m'opposant à l'abattage de loups sponsorisé par le gouvernement. J'ai apprécié ces rencontres et je dois admettre que j'ai également apprécié la rencontre de samedi dernier. Rien de mieux que les cris fervents d'une foule pour m’inspirer et me motiver davantage. Donc j'étais très certainement inspiré pour exprimer mes positions, encore plus haut et fort, sur le biocentrisme, l'écologie profonde et les droits de la nature, ce qui, me dit-on, est de l'écofascisme. 

Et si c'est ainsi que l'écofascisme est défini, je ne m’en défendrai pas. 

Donc, en gardant le sourire et en élevant le volume de ma voix, j'ai transmis mon message sur l'importance de défendre la vie, la diversité et l'interdépendance dans les océans. 

D'après ce que j'ai compris, ces gens étaient contrariés que mes priorités soient écologiques et non politiques, que je valorise la vie des autres espèces au-dessus de l'humanité et que je considère le matérialisme humain et le comportement humain comme destructeurs pour la nature. Leur point de vue est que ma position de rectitude écologique n'est pas un point de vue politiquement acceptable. 

Tout ceci est très vrai et je ne présente aucune excuse. Je considère leur colère anthropocentrique comme une validation de mon biocentrisme. 

Nous, les humains, vivons sur cette planète grâce à des centaines de milliers d'espèces, nous sommes des passagers du Vaisseau Terre, et si nous voulons survivre, nous devons nous assurer que tous survivent. Je défends le biocentrisme, l'idée que nous ne sommes pas les maîtres et possesseurs de cette planète, que nous ne sommes pas l'espèce la plus importante au monde , et que les droits des humains ne devraient pas avoir la priorité sur les droits des autres espèces, plantes comme animaux. 

Certains considèrent apparemment mes critiques de l'anthropocentrisme comme racistes. 

Je ne crois pas qu'une personne biocentrique puisse être raciste puisque nous reconnaissons qu'il n'y a qu'une seule race, la race humaine, et que chaque humain est égal à tout autre humain et que toute vie de toutes les espèces est interdépendante. 

Cependant, nous ne sommes pas écologiquement égaux à de nombreuses autres espèces parce que beaucoup d'autres espèces sont plus précieuses que nous au maintien de la vie sur Terre. Cela signifie concrètement qu'elles n'ont pas besoin de nous, mais nous avons besoin d'elles. Nous ne pouvons pas vivre sur cette planète sans les microbes, les abeilles, les champignons, les arbres, les poissons, le phytoplancton et les baleines. Ils se porteraient en revanche très bien sans nous. 

Certains m'ont accusé d'être anti-autochtone pour m'être opposé à la chasse baleinière de la tribu Makah de l'État de Washington, oubliant commodément que mon opposition était à l'invitation de plus d'une douzaine d'Anciens de la nation Makah et que beaucoup de membres de mon équipage étaient eux mêmes autochtones. 

Ne se revendiquer ni de droite ni de gauche ni même centriste est une position incompréhensible pour certains. Ce sont des valeurs politiquement anthropocentriques, et je rejette les valeurs anthropocentriques. Donc, pour la droite, je suis dénoncé comme gauchiste et pour la gauche, je suis dénoncé comme extrémiste de droite ou cette chose intéressante qu'ils appellent un écofasciste. 

Après toute une vie passée à travailler avec et à lutter pour les droits des autochtones d'Amérique du Nord et du Sud, des Aborigènes d'Australie et des Maoris de Nouvelle-Zélande, c'était hilarant de voir un groupe d'Européens blancs privilégiés me dénoncer sur la base de désinformation et de propagande biaisée de mon histoire, une histoire dont ils ne savent de toute évidence pas grand-chose. 

Certains m'ont accusé d'être anti-immigration, ce à quoi j'ai répondu que je ne crois pas aux frontières et que mes opinions sur l'immigration sont les mêmes que celles du défunt leader du syndicat United Farmworkers, César Chávez : l'immigration illégale est utilisée par l'agrobusiness et les entreprises américaines pour maintenir les communautés latinos dans la pauvreté, une politique qui perpétue la misère et l'esclavage moderne aux États-Unis. 

Je ne suis certainement pas nationaliste et, à mon avis, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud devraient avoir des frontières ouvertes. Un être humain devrait avoir la liberté de se déplacer sur la planète sans restriction ni persécution. 

Et bien sûr, on m’accuse d’être raciste à cause de mon amitié avec Brigitte Bardot. Pour cela, je ne présente aucune excuse. Ce que Brigitte Bardot a accompli en 1977 mit fin au massacre commercial des phoques au Canada. Parce qu'elle a parlé, parce qu'elle a utilisé sa célébrité pour faire avancer la cause, plusieurs millions de bébés phoques ont eu la vie sauve et le marché des produits en peau de phoque s’est effondré dans de nombreux pays, y compris dans toute l'Europe. Je connais très peu de gens qui ont accompli autant pour les animaux qu'elle. 

Une autre accusation est que je veux voir la population humaine réduite de huit milliards à moins d'un milliard de personnes. C'est une déformation grossière de ce que j'ai réellement dit de nombreuses fois, à savoir que si l'humanité persiste à ignorer les lois de l'écologie, de l'interdépendance et la diminution de la diversité, cela conduira à la diminution des ressources et de la capacité de charge et aura des conséquences dévastatrices sur les populations humaines qui chuteraient en deçà de 1 milliard. Je ne préconise pas une réduction forcée de la population, mais je souligne que si la croissance démographique humaine n'est pas stabilisée, cela entraînera un effondrement écologique et l'incapacité de soutenir plus de huit milliards de personnes. 

Un monde sans abeilles, sans arbres, sans herbe, sans poissons n'est pas un monde capable de soutenir tant de milliards de primates consommateurs de ressources finies. 

Énoncer des faits écologiques et exposer des réalités écologiques n'est pas anti-humain. En fait, c'est très pro-humain parce que le mouvement environnemental vise vraiment à sauver l'humanité de la folie écologique de l'humanité. 

Si mes positions politiques ne sont ni de droite ni de gauche, alors que sont-elles ? C'est très simple, mes positions politiques sont anti-guerre (peu importe la raison), anti-racisme, anti-pauvreté, anti-génocide, pro-animal, pro-plante, pro-nature, pro-enfants et pro-paix. 

Je n'ai pas besoin de me définir par les querelles incessantes et improductives entre les stupides idéologies anthropocentriques de gauche et de droite. 

Mes positions ont toujours été écologiquement correctes, c'est-à-dire conformes aux trois lois fondamentales de l'écologie - la loi de la diversité, la loi de l'interdépendance et la loi des ressources finies. 

 Aucune espèce ne peut survivre en dehors de ces impératifs écologiques. 

Mes efforts pour travailler avec les Kayapó remontent à 1989 quand j'étais aux côtés du chef Paulinho Paiakan pour m'opposer au barrage du fleuve Xingu. En 1973, j'ai servi au combat comme infirmier pendant l'occupation de Wounded Knee par l'American Indian Movement pour défendre le traité de Fort Laramie de 1868. 

Tout cela ne signifie grand-chose pour quelques centaines de blancs qui me crient "écofascisme" tout en essayant sans succès de m'empêcher de parler. Ils ont décidé que ce que je disais était inacceptable pour eux et c'est parfaitement compréhensible puisque je ne tiens pas les positions que j'exprime dans le but de plaire aux gens. Je sais que mes opinions énervent beaucoup de gens et c'est le but - forcer les gens à affronter les réalités écologiques. 

Une question qui m'a été posée était si j'avais dit que les vies de quatre cent mille phoques valaient plus que les vies de quatre chasseurs de phoques qui sont morts en essayant de tuer des bébés phoques du Groenland. J'ai dit que oui, j'avais dit ça. Pourquoi dirais-je une telle chose ? Eh bien, parce que les vies de quatre cent mille phoques valent plus que les quatre hommes qui essayaient de les tuer. Est-ce une déclaration écofasciste ? Peut-être, mais je vois ça comme une vérité écologique. La survie d'une espèce menacée est plus importante que les quelques vies d'une espèce beaucoup plus abondante. Je suis monté sur cette scène sans savoir ce qu'était un écofasciste. 

Une heure plus tard, j'en suis descendu sous les applaudissements de mille personnes et les huées de quelques centaines d'autres avec une compréhension claire que selon leurs valeurs anthropocentriques, j'étais un environnementaliste écofasciste qui aime et respecte les animaux et la nature plus que l'humanité. 

 Et à cette accusation, et si c'est leur définition, je plaide fièrement coupable. 

Capitaine Paul Watson

 

Photo : Paul Watson à la Fête de l'Huma samedi 13 septembre. - ©THIERRY LE FOUILLE/SIPA 

samedi 14 avril 2018

Prostitution : L’ultime hypocrisie

Revenus en baisse, violences en hausse : les travailleuses du sexe jugent «préjudiciable» la loi du 13 avril 2016 qui pénalise leurs clients, selon une enquête d'Hélène Le Bail, chercheuse au CNRS et au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), auprès de plus 600 prostituées publiée jeudi dernier. Le constat est cinglant : « La loi sur la prostitution met en difficulté les personnes qu’elle était censée protéger mieux », résume Hélène Le Bail. De son coté Sergio Coronado dresse, ci-après, un constat, après plusieurs mois d'application de la prohibition prostitutionnelle, identique aux craintes que beaucoup d'opposants à ce texte moralisateur et non humaniste exprimaient à l'époque. Alors ? Les abolitionnistes se soucient elles vraiment des femmes ou plutôt de la vertu ? Qu'importe les méfaits de cette loi inefficace et de pure posture, qui ne s'attaque en rien aux vrais problèmes (proxénétisme, trafic humains, crimes, mafia, ... ), tant que l'honneur des dames patronnesses est sauf puisqu'elles auront cassé du bonhomme, désignés coupables, eux et leur sexualité dégueulasse.

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La loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel procède d’une proposition de loi portée par le groupe socialiste et annoncée par l’engagement de François Hollande au cours de la campagne présidentielle de « pénaliser le client ». Un rapport de Maud Olivier l’a précédée, avec le soutien de la délégation des droits des femmes de l’Assemblée nationale et des titulaires du portefeuille en charge des droits des femmes sous la présidence de François Hollande (Najat Vallaud-Belkacem, Pascale Boistard puis Laurence Rossignol).

Une commission spéciale pour l'examen de la proposition de loi fut mise en place pour mener à bien le travail d’auditions et d’amendements. Guy Geoffroy, député Les Républicains, l’a présidée, lui qui avait été à l’origine, en avril 2011, avec Danielle Bousquet, d’un rapport d’information sur la prostitution, précurseur dans le choix répressif. Maud Olivier en fut la rapporteure, et je fus l’un des secrétaires.

Une opposition fondée

Au nom du groupe écologiste, je fus l’un des rares opposants au texte, épaulé au sénat par Esther Benbassa, sénatrice écologiste du Val-de-Marne. Il convient d’expliquer sur quoi cette position se fondait.

Elle s’appuyait à la fois sur des lectures de travaux de recherche, d’études et de rapports, des auditions que j’avais organisées spécifiquement pour entendre les personnes vivant de la prostitution, des visites des lieux de prostitution (avec le « Bus des femmes » notamment). Elle se fondait également sur une réticence à analyser les pratiques et les faits sociaux sous un angle uniquement idéologique ou moral, doublée d’une opposition à la pente répressive dans laquelle le législateur tombe trop souvent avec insouciance et délectation.

Elle reposait aussi sur l’appréciation du rapport préalable à la proposition de loi, puis sur la proposition de loi elle-même : le déséquilibre était majeur entre mesures répressives fortes, faiblesse du volet social et mesures favorables à la santé des personnes.

Si le rapport de Maud Olivier prend acte des enjeux de santé pour les personnes prostituées, notamment au regard du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST), il ne formule aucune proposition pour y répondre. Quant à la proposition de loi dans sa version initiale, elle ne mentionne même pas la lutte contre le VIH et les IST. Aucun article ne mentionne même les enjeux sanitaires. Il en est seulement fait mention dans l’article 4 de la loi qui se donne comme objectif de « sensibiliser les populations aux effets de la prostitution sur la santé ».

Il fallut les débats en séance de l’Assemblée nationale pour réintroduire la santé dans le texte, par un amendement du Gouvernement, et sous la pression de certaines associations.

Le souci des personnes vivant du travail sexuel

Enfin, mon souci portait sur le texte, ses dispositions et ses conséquences sur une population déjà précaire, stigmatisée, confrontée à des problèmes de santé publique et de violence ; il s’orientait également sur la nécessité absolue de traquer proxénètes et réseaux de traite, et non pas sur une volonté, finalement abstraite, de me situer dans un débat préexistant entre abolitionnisme et réglementaristes.

A ce titre, j’avais été attentif à la mobilisation des associations communautaires et de santé publique et avais lu avec intérêt le courrier adressé aux parlementaires en septembre 2013 par les associations « Élus locaux contre le sida », « Le Planning familial », « Act Up-Paris », « Arcat », « Médecins du Monde » et « AIDES ». Dans ce document, elles notent : « De nombreux rapports d’experts rejoignent nos propres inquiétudes. En France, deux récents rapports de l’Igas et du CNS attestent de la pluralité́ des situations prostitutionnelles, de l’incohérence des politiques publiques actuelles et soulignent la nécessité de mettre la santé et la sécurité des personnes se prostituant au cœur des préoccupations politiques. Au plan international, les instances impliquées dans la santé publique ou dans la lutte contre le sida (Onusida, PNUD, OMS) concluent que des législations répressives, directes ou indirectes, à l’encontre des travailleurs et des personnes qui se prostituent renforcent la discrimination et impactent négativement leur santé. »

Un débat impossible

Le débat s’avéra souvent impossible. La rapporteure et les principaux promoteurs du texte ont posé d’emblée des postulats, jamais questionnés : la prostitution revient à de la traite, de l’esclavage ; il ne saurait y avoir de prostitution consentie. Pareille position a induit comme conséquence le refus d’entendre celles et ceux qui vivent de cette activité, de considérer la variété des situations (qu’y a-t-il de commun entre la prostitution de rue, celle qui s’organise dans les salons, ou celle des escorts qui travaillent sur internet?), de se pencher sur la prostitution masculine... Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la prostitution de décembre 2012 ne fut jamais sérieusement abordé.

Tout ce qui pouvait interroger ou mettre à mal ces postulats a été balayé d’un revers de main : les études scientifiques, les positions des organisations internationales (ONU Sida...) ou des associations travaillant avec les personnes prostituées.

Les chiffres, jamais sourcés, ont fusé ; la confusion entre traite et prostitution a été la règle, alors même que les représentants du ministère de l’Intérieur ont fait preuve, lors des auditions, d’une grande prudence sur les chiffres avancés, qui concernaient pour l’essentiel la prostitution de rue.

Puisque la prostitution est une violence, l’achat d’un acte sexuel tarifé est un viol... La logique semble imparable. Le modèle suédois, qui prescrit l’achat de tout acte sexuel, fut le paravent à tout débat.

Faiblesse du volet social, option répressive

Alors, ce texte?

Commençons par ce qui fit consensus : l’abrogation du délit de racolage passif. Institué en 2003 par la loi sur la sécurité intérieure, le délit de racolage passif était puni de deux mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende – auparavant, seul le racolage actif était sanctionné d'une contravention.

La mesure n’avait pas permis de lutter contre le proxénétisme, avait fragilisé les conditions de travail des personnes prostituées, tendu les relations avec les forces de l’ordre et, de surcroît, avait fini par être de moins en moins appliquée. Et, sur l’initiative de la sénatrice Esther Benbassa, une proposition de loi visant à l’abrogation du délit de racolage avait déjà été adoptée par le Sénat le 28 mars 2013.

Le constat d’échec du délit de racolage facilita son abrogation, mais ne mit pas un terme à la multiplication des arrêtés municipaux. Ce fut une posture des plus hypocrites d’une partie des promoteurs du texte; voter la dépénalisation du racolage, tout en encourageant l’adoption des arrêtés municipaux à l’origine d’un harcèlement permanent des personnes prostituées.

Le titre du texte de loi est ambitieux : il s’agit de lutter contre le système prostitutionnel. Mais, à la lecture, l’équation paraît incomplète : la priorité est de réguler la « demande » (les clients) plutôt que l’« offre » (les proxénètes). La lutte contre les réseaux mafieux de proxénètes et de traite se pose en angle mort du texte, alors même qu’il s’agit sans doute l’un des principaux échecs des politiques publiques. « Sans client, pas de prostitution » voulut prophétiser la députée Marie-George Buffet.

23 articles, et 6 chapitres, dont seul le premier chapitre (composé de quatre articles) est consacré à la lutte contre le proxénétisme, avec en réalité une seule disposition qui fait obligation aux fournisseurs d’accès à internet d’empêcher l’accès aux sites hébergés à l’étranger qui contreviennent à la loi française contre le proxénétisme et la traître des êtres humains... Rien d’autre contre les réseaux et autres mafias.

Quiconque connaît le fonctionnement de l’internet, la possibilité offerte par les sites miroirs de démultiplier l’accès, mesure l’inefficacité d’une telle disposition. Et deux ans après la promulgation de cette loi, quelques clics suffisent pour se connecter à ce type de sites.

Lutter contre les proxénètes n’était pas l’objet du texte.

Le parcours de sortie de la prostitution

En réalité, les deux piliers du texte sont, d’une part, la mise en place d’un parcours de sortie de la prostitution, d’insertion sociale et professionnelle au chapitre 2, et l’interdiction de l’achat d’un acte sexuel au chapitre V.

Aider et accompagner les personnes à sortir de la prostitution est une préoccupation partagée. En ce sens, j’ai déposé nombre d’amendements pour améliorer les conditions de prise en charge et de suivi pour celles et ceux qui veulent changer de vie et d’activité. Le bilan ne fut guère probant : le volet social est demeuré un prétexte, un outil au service d’une idéologie prohibitionniste.

Subordonner l’entrée dans un parcours de sortie de prostitution à un arrêt sans délai et définitif de l’activité de travail sexuel revient à exclure les personnes qui ne peuvent s’y plier ou qui ont besoin de temps. Aux yeux des promoteurs du texte, la bonne victime est celle qui est capable d’arrêter du jour au lendemain une activité ; pour les autres, c’est « circulez, il n’y a rien à voir » ...

Sous prétexte de lutter contre l’immigration clandestine et contre tout appel d’air (selon les mots même de la rapporteure), la situation des personnes étrangères demeure scandaleuse : engagées dans ce parcours, elles ne peuvent bénéficier que d’un titre de séjour provisoire qui n’est pas de plein droit, au risque d’une expulsion. Pour celles et ceux qui dénoncent un réseau de proxénètes ou de traite, le titre de séjour est octroyé pour la seule durée de la procédure et en absence de condamnation, l’expulsion demeure l’option la plus probable malgré les risques pris pour la vie du témoin, sa sécurité et celle de sa famille ainsi que de ses proches...

En outre, seules les associations agréées peuvent prendre en charge ce parcours ; et pour avoir accès à l’agrément, il faut se plier à l’idéologie du texte. Cela revient à écarter la plupart des associations communautaires et de santé publique travaillant avec ces populations.

Si l’objectif réel du texte consiste à permettre la sortie de la prostitution, les financements annoncés s’avèrent dérisoires : ils ne représentent en effet que 160 € par an et par personne. Nous savons aujourd’hui que les sommes prévues ont été amputées. Nous savons aussi que les associations ayant soutenu le texte ont vu leurs budgets se maintenir ou augmenter, alors que les associations intervenant sur la santé sexuelle de toutes les femmes (comme le Planning familial), se retrouvent avec des budgets en berne. Dans le budget 2018, les crédits dédiés à la lutte contre le système prostitutionnel, le proxénétisme et la traite des êtres humains connaissent une baisse de 25%.

De même, selon un article du journal Le Monde, daté du 16 novembre 2017, vingt-cinq personnes avaient bénéficié du parcours de sortie de la prostitution instauré par la loi. Dans un article du journal L’Humanité, daté du 15 décembre 2017, le chiffre donné s’élève à trente-sept. Certes, les dispositifs ont mis du temps à être mis en place..., mais le constat dressé par les acteurs associatifs pointe les craintes exprimées lors du débat parlementaire : l’aide de 330 euros par mois est insuffisante pour constituer une alternative sérieuse à l’activité du travail sexuel. Par ailleurs, elle arrive bien souvent des mois après l’entrée dans le parcours de sortie, et demeure conditionnée à l’arrêt immédiat et définitif de l’activité. Les conditions d’accès au parcours de sortie de la prostitution sont irréalistes : comment vivre avec 330 euros par mois, se loger, parfois élever des enfants... et être tout à la fois capable de construire un projet professionnel ?

On ne peut que vivement attendre le rapport prévu dans la loi, deux ans après la promulgation du texte, comme celui des associations de travail communautaire et de santé publique.

Pénaliser le client pour abolir la prostitution

L’interdiction de tout achat d’acte sexuel constitue en réalité la mesure principale de la loi. L’achat d’actes sexuels est donc désormais sanctionné par une contravention de 1 500 euros (jusqu’à 3 500 euros en cas de récidive).

S’inspirant de la politique de pénalisation d’acheteurs d’actes sexuels en vigueur dans quelques pays (dont la Suède), les promoteurs de la loi fixent l’objectif d’en finir avec la prostitution en s’attaquant uniquement à la demande. Comme nous l’écrivions avec Esther Benbassa dans une tribune parue dans Le Monde, le 28 novembre 2013, « cette proposition n'en est pas moins un texte d'inspiration moralisatrice, marqué par un souci d'hygiénisme social, tournant le dos aux préoccupations de santé publique, et niant la complexité des situations de prostitutions pour la réduire à l'esclavage ».

A l’instar de nombre d’associations, d’organismes internationaux, nous considérons que les politiques prohibitionnistes dont cette mesure s'inspire ont pour conséquence une plus grande précarité pour celles et ceux qui ont recours à la prostitution pour vivre.

L’opposition des écologistes, dont j’étais le porte-parole, relève non d’une bienveillance à l’égard des clients du travail sexuel, mais d’une conviction : pénaliser le fait de se prostituer, directement (comme avec la pénalisation du racolage) ou indirectement (comme avec la pénalisation des clients), alors même que se prostituer ne fait pas l’objet d’une interdiction dans la loi, revient à précariser, stigmatiser, affaiblir la capacité de négociation des personnes prostituées. Pénaliser le client ne donne pas plus de pouvoir à la personne prostituée. Cela affecte certainement la demande, ce qui diminue les revenus, aggrave les conditions de travail et exacerbe la concurrence. Cela conduit à de plus grandes prises de risques, à une impossibilité de choisir ses clients ou d’imposer systématiquement l’utilisation du préservatif, à des déplacements des lieux de rencontre et de travail vers des zones plus isolées, ou vers l’internet. Cela expose aussi à des violences plus grandes.

L’isolement et la clandestinité constituent des facteurs d’aggravation des risques en même temps qu’ils restreignent les possibilités d’accès aux dispositifs et moyens de prévention.

A l’invitation que j’ai souvent formulée de considérer véritablement les enjeux de stigmatisation ou de santé, il m’a toujours été opposé une fin de non-recevoir : la présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’Egalité des chances entre les hommes et les femmes s’est contentée d’affirmer « Notre loi n’est pas nuisible pour la santé, au contraire »...

Quand j’ai fait mention des enjeux de lutte contre le VIH dans le débat, la même élue m’a opposé l’absence d’études, niant l’expertise des institutions internationales, et oubliant les études de la revue The Lancet.

Un point a été particulièrement problématique dans ce débat, et notamment sur ce sujet précis : l’impossibilité des promoteurs de la proposition de loi d’une part de concevoir que l’on puisse se livrer à la prostitution par décision propre (balayant ainsi sans discussion toute possibilité de consentement) et, d’autre part, de considérer que, dans toute situation, l’achat d’un acte sexuel constitue une violence si immense qu’il est comparable, comme affirmé dans l’hémicycle, à un viol...

Il m’est toujours difficile de comprendre comment on peut décider de prohiber l’achat d’un acte dont la vente n’est pas interdite.

Enfin, le souci de lutter contre les violences et les stéréotypes de genre est une préoccupation légitime. Ce combat doit-il se mener sur les dos des personnes les plus stigmatisées et des condition d’exercice de leur activité? Peut-on mener cette bataille tout en cédant face aux offensives conservatrices, comme ce fut le cas avec l’abandon des ABCD de l’égalité ?

La sainte alliance entre une droite répressive et une gauche moralisatrice

Le texte fut voté à une très large majorité, la loi promulguée le 13 avril, les cinq décrets d’application et les deux circulaires publiés dans les moins qui ont suivi.

Les associations communautaires et de santé publique font état d’un volet social guère attractif ; les associations abolitionnistes qui ont apporté leur soutien au texte n’affirment pas le contraire. Des centaines de clients de la prostitution de rue ont été pénalisées ; la prostitution ne semble pas avoir diminuée tandis que les conditions de travail des personnes prostituées se sont dégradées.

Ma conviction reste toujours la même : considérer qu’il ne peut en aucun cas exister de consentement pour une personne prostituée est pour moi le contraire de l’humanisme; nier la parole des victimes ne contribue pas à leur émancipation; assurer l’accès au droit commun permet d’octroyer les outils nécessaires à une reprise en main de sa vie.

Le 12 avril 2018, par Sergio Coronado - député EELV des Français à l'étranger

lundi 21 novembre 2016

La droite m'aura fait passer une excellente soirée

"Franchement - me dit, hier soir, mon ami Olivier Bardin, sur facebook, en me parlant de la soirée consacrée aux résultats de la primaire à droite - je m'en foutais pas mal de la primaire de droite ... je ne mesurais pas comme cette soirée me ferait plaisir !!" Je n'ai pu qu'être d'accord avec cette réflexion, car je me suis dis exactement la même chose en fin de soirée. Je me suis dis que j'avais finalement passé une excellente soirée devant ma télé.

Pourtant c'était mal parti. En effet en début de soirée, je me disait que ça faisait quand même mal au cul de passer une soirée, devant la TV, à ne voir que des tronches très propres sur elles, très "premiers de la classe", très blanches, très catho ... des tronches de droite. Un avant-goût amer, âpre et détestable des cinq prochaines années ? C'est à craindre. Un grand merci au parti socialiste pour tous ces renoncements, ces lois travail, cette tentation pour la déchéance de nationalité, ces concessions faites à la finance et aux bonnets rouge et qui ont engendré tant de déceptions, tant de désillusions et tant de désertions à Gauche. "Beaucoup, écœurés par le monde politique, par les promesses trahies, par les difficultés et les injustices du quotidien, par l'absence de perspectives d'avenir et par la fin des utopies - me dit Paquito Perez sur facebook - ont tiré le rideau pour ne plus voir le vieux monde en train de se recroqueviller sur ses fantasmes sécuritaires."

Je me désolais de ce que je lisais sur facebook. Tout le monde disait qu'il y avait eu un monde fou et des queues incroyables pour aller voter au premier tour de ces primaires, en ce dimanche 20 Novembre. Je ne pouvais m'empêcher de mettre cela en parallèle avec les bureaux de vote vides lors de vraies élections et je me disais que décidément les gens avaient des priorités qui m'échappaient et m’interrogeais sur la finalité de tout ce cirque pitoyable ? Tout cela pour bonnet blanc et blanc bonnet ?!?! Tout ce cirque pour que des vieux décident que les plus jeunes régressent socialement et que l'environnement et l'avenir, des générations futures, soient fusillés sur l'autel de la croissance. "C'est, en regardant les images d'hier, assez pour constater que la Primaire de la Droite n'est que la revanche des vieux et, le triomphe de Fillon, celui d'une vieille France [...]. Hier, la jeunesse de ce pays est restée totalement hors-jeu." Paquito Perez (Facebook).

Puis la première satisfaction est venue quand les premières estimations sont tombées et que j'ai vu la tronche de Ciotti afficher une immense déception. Quel bonheur que de le voir dans cette situation. Ce n'est pas très charitable comme sentiment, je le confesse, mais c'est comme ça, je n'ai pu retenir un certain plaisir sadique et revanchard.

La seconde satisfaction est arrivée immédiatement après quand j'ai vu que Copé ne recueillait que 0,3 % des voix. Du pur bonheur !!!!

Je n'ai pu, ensuite, qu'être d'accord avec Raffarin (GLUPS !!!) quand celui-ci s'est désolé de la division de la Gauche qui faisait le jeu du FN. Mais alors que faire puisque la machine à perdre, à Gauche, est en marche ? En effet, il y a des logiques, à Gauche, qui m'échappent : sous prétexte de ne pas vouloir voir un duel LR-Mélenchon, certains me disent qu'ils voteront soit EELV, soit PCF (deux choix très respectables par ailleurs. Suicidaires mais respectables), ou pire, PS - tous pourtant assurés de ne pas être au second tour - préférant voir un duel FN-LR plutôt qu'un duel entre les Républicains et les progressistes rassemblés qui ne seraient pas de leur camps ?!?! La politique m'apparaît comme un grand jeu dans une cour d'école où tout le monde joue, tant les joueurs que les spectateurs. On joue au mec très sérieux sans prendre la mesure de la gravité de la situation du pays et du monde. On joue la posture. On joue dans une grande guignolade de primaires. On joue en faisant semblant. On tente le jeu du bonimenteur. On joue mais la réalité on s'en fout, l'essentiel c'est que notre équipe ne soit pas éliminée. On joue pour notre équipe et pas pour résoudre les problèmes. Seule notre équipe compte, le reste on s'en tape. On joue même contre les équipes amies parce que "si j'ai toutes les chances de perdre il ne faut surtout pas que les copains gagnent". Voilà pourquoi je ne suis pas partisan et que je me range derrière Mélenchon qui a l'avantage d'être crédité de pourcentages (quoi qu'aujourd'hui comment donner foi aux sondage ?) très honorables qui lui permettent d'imaginer d'être au second tour, qui porte une radicalité sociale évidente et qui a pris les urgences écologiques au sérieux (selon Nicolas Hulot) au point de dire que l'écologie doit être au centre de son programme.

La troisième, et non des moindres, des satisfactions, celle que j'attendais, celle pour laquelle je suis resté devant ma télé est venue quand Sarkozix a reconnu sa défaite et pour la seconde fois a fait ses adieux à la vie publique. Putain, que c'était bon !!! Aller !!! Casse toi !!!

Mais que l'on ne s'y méprenne pas, mon immense plaisir de voir Sarkozix éliminé de la course, n'implique pas, chez moi, le plaisir de voir Fillon arriver en tête. Non, car son avènement est bien l'avènement de la droite chrétienne traditionaliste, homophobe (en 1981, il votait contre la dépénalisation de l'homosexualité, en 1999 il votait contre le PACS, aujourd'hui il se retrouve proche de la Manif pour Tous et contre l'adoption pour tous les couples) et anti-avortement.

Une droite qui pense que la colonisation visait juste à "partager sa culture".

Une droite ultra-libérale et anti-sociale : Fin de l'ISF, aides aux actionnaires via les allègements de charges des entreprises (parce qu'il ne faut pas croire que les allègements de charges des entreprises ira à l'embauche, cela n'a jamais été le cas, cela ne le sera jamais), allongement du temps de travail pour ceux qui en ont et même plus, plus de limitation, par la loi, de la durée du temps de travail (avec négociations au sein des entreprises comme si les salariés étaient en position de négocier) et plus de majoration de salaire pour les heures sup, baisse des allocations chômage, fin de la revalorisation systématique du SMIC, allongement du temps de cotisations pour la retraite alors que des jeunes souhaiteraient bosser, augmentation de la TVA, impôt injuste par excellence qui frappe, pauvres et puissants, sans prise en compte des situations… Quand t'es chrétien on ne t'apprend pas le partage et la justice ? Enfin moi, c'est ce que mes parents m'ont inculqué. Dès lors où sont-elles, ces notions, chez Fillon qui prône plus d'avantages pour ceux qui en ont déjà beaucoup et plus d'efforts pour ceux qui triment ? Elle est où l'égalité sociale chez le très chrétien Fillon ?

Fillon c'est le retour d'une droite violente et stigmatisante vis-à-vis des fonctionnaires (500 000 postes à supprimer). Quels métiers font ces centaines de milliers de feignasses de fonctionnaires que veulent supprimer les Républicains ? Enseignants, policiers, infirmiers, chercheurs ... ? Finalement que des gens inutiles pour la Nation, non ? Quelqu'un peut-il me dire s'il y a des salariés et des fonctionnaires parmi les électeurs de Fillon ? Si oui, sont-ils adeptes du sadomasochisme ?

Une droite partisane des OGM, "Osons relancer les recherches qui ont été interrompues au nom du principe de précaution, notamment en génétique", a lancé le député de Paris dans une tribune adressée aux agriculteurs avant de souhaiter faire de la France le "leader en Agriculture 3.0". Une droite partisane des gaz de schiste, du béton pour les pauvres et de l'air pur de la campagne pour les riches, des pesticides pour les pauvres et du bio pour les riches, de la fin du principe de précaution, jugé "dévoyé et arbitraire" .... Une droite, productiviste, croissantiste et totalement anti-écologique où les notions de biodiversité et de protection de la nature sauvage n'existent pas. Une droite qui suivra un François Fillon qui aura réaffirmé son soutien au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en appelant, il y a deux semaines, à "évacuer de façon musclée […] les hors-la-loi qui occupent un territoire de la République et contrôlent les identités". Ainsi les habitants de la ZAD de Notre-Dame des Landes ont bien des cheveux blancs à se faire, car cette droite-là ne s'embarrassera pas de bons sentiments face à ceux qui s'opposent à leurs folies. Pour la droite, un bon écologiste est un écologiste mort, semblent nous dire les yeux de Bruno Retailleau. Pour la raison d'état ils n'hésiteront pas à tuer et avec l'approbation du bon peuple de droite qui veut de l'ordre et qui flippe d'insécurité dans leurs résidences secondaires au coin du feu. "La France d'hier, celle de Fillon, n'est que la moitié visible de la France, celle des petits vieux terrorisés." Paquito Perez

Après Trump, Fillon est un très mauvais signal envoyé aux générations futures. Nous ne sommes pas prêts de cesser les combats.

mardi 28 juin 2016

NDDL, pour nous ce sera toujours NON !!!!

Écologistes et amoureux de l’environnement, scientifiques et habitants de Notre-Dame-des-Landes se réveillent avec le mal de crâne. La stratégie du gouvernement, à travers une consultation contestée au Conseil d’État, aura fini par payer. Le « Oui » à l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes l’emporte avec l’abstention de la moitié de la population. « Une bien mauvaise nouvelle de plus pour la biodiversité qui n'en a pas besoin. » nous dit Nicolas Hulot


Il est bon, en préambule, de rappeler que CE pseudo-référendum n'a JAMAIS été demandé par les opposants et que ses modalités et périmètre n'ont jamais été discutés ni négociés. Ce n'était pas négociable, c'était un dictât. Pourtant, en démocratie, pour que le résultat d'un vote soit accepté , il faut que le processus de vote le soit aussi. Et ici, l'aire de vote, réduite au seul département de la Loire Atlantique, a été choisie pour justement choisir le résultat du vote. Pour que cette consultation ne puisse pas être contestée, il eu fallut trouver un consensus dans le corps électoral et ne pas l'imposer... La démocratie ce n'est pas la loi du plus fort, mais le respect des minorités dans une décision majoritaire acceptée et comprise par tous. Mais de cela les socialistes n'en n'ont cure. Dimanche nous avons donc eu un résultat sur mesure pour une consultation sur mesure. Là-dessus, au moins, les bétonneurs ne se seront pas trompés.

Cet Ayraultport n'est donc plus l'aéroport du Grand-Ouest, ni même celui de Nantes ou de Notre-Dame-des-Landes car le Grand-Ouest n'aura pas pu donner son avis, comme le reste des contribuables qui payeront, tout de même, un « bel » investissement pour Vinci et les territoires les plus directement concernés n'en veulent pas. Appelez le, ch'ais pas moi, Ayraultport Valls-Vinci.

Ainsi donc, 55% des électeurs (qui ont pris part au vote) ont voté en faveur de ce grand projet inutile. « Ainsi, le bétonnage, l’étalement urbain, le remplacement de la campagne par un magma urbain informe ne sont pas seulement l’apanage des décideurs, des lobbies, des grands distributeurs, des bétonneurs de toutes professions, des élus que l’on soupçonne souvent (et pas forcément à raison) d’être corrompus. Le bétonnage, ce sont aussi des électeurs qui le veulent. » nous rappelle Olivier Razemon (Le Monde - 27 juin 2016)

Ainsi donc, dimanche 26 juin 2016, 55% des électeurs ont dit "OUI"...

OUI au dérèglement climatique et à la destruction de la nature.
Oui à la destruction d'espèces rares et protégées.
OUI à l'imperméabilisation des zones humides
OUI à l'impossible compensation,
OUI à l'artificialisation des terres agricoles,
OUI surtout si ce n'est pas derrière chez moi !
OUI à un projet inutile, énergivore et dispendieux
OUI à la toute puissance des multi-nationales

Mais qu'est allé faire le PCF dans cette galère ? Comment ont-ils pu faire campagne pour le projet d'une multinationale capitaliste qui ne créera pas d'emplois (ce n'est pas le but d'une multinationale, son but est de faire de l'argent avec un minimum de salariés) mais qui, de plus, emploiera (exploitera), le temps du bétonnage, des travailleurs détachés ? « Le premier ministre Manuel Valls l’a reconnu lui-même puisqu’en décembre dernier il a déclaré que la construction de l’aéroport de Notre-Dame des landes conduirait à la fermeture d’aéroports à la pointe bretonne. Quimper et l’aéroport civil de Lorient sont particulièrement concernés alors même qu’aucune garantie n’a été donnée pour la construction de la Ligne grande vitesse entre Quimper-Brest et Rennes. » Christian Troadec (maire de Carhaix – Ouest-France – 27-06-16). Comment ont-il pu accepter cela ? D'un autre coté rien de vraiment étonnant, comme me le rappelle Yves Paccalet, « le PCF s'est violemment insurgé contre ces écolos moralisateurs et irresponsables qui mettent en danger l'emploi dans les abattoirs infâmes , inhumains, sadiques... »

« Bien sûr, ceux qui ont demandé ce référendum doivent respecter sa conclusion. Ce n’est pas notre cas. Nous ne sommes donc nullement tenus. Mais au-delà de cela, voyons le fond. La démocratie et le vote sont un système de décision, pas un mode de conviction. On vote, une majorité est réunie, sa décision s’applique. Mais personne n’est obligé de changer d’avis. Ni de stopper son action d’opposition. C’est bien pourquoi les partis qui perdent les élections ne se dissolvent pas après leur défaite et continuent à défendre leur point de vue. » Jean-Luc Mélenchon (29-06-16)

Ainsi les opposants se sont toujours opposés à CE référendum là !!! Cette opposition n'est pas nouvelle, il n'est donc pas étonnant que nous refusions d'en reconnaître le résultat. Cette consultation, actée uniquement par Vinci et ses valets, reste, pour nous, inique et infâme puisque organisée pour plébisciter une décision sans réelle équité ni impartialité de la part des communes et de l'état.

« Pour beaucoup, ce « Oui » est une victoire symbolique d’un modèle de société malade où tous les coups sont permis, de la manipulation des électeurs à la transgression politique des lois » Mr Mondialisation (27-06-16)

L’ACIPA, malgré ses réserves, avait choisi de faire campagne pour le NON aux côtés des autres organisations de la Coordination des opposants. Il était naturellement impensable de laisser le champ libre aux porteurs du projet et de ne pas profiter de cette fenêtre médiatique pour dénoncer sans cesse leurs mensonges et continuer à porter à la connaissance du plus grand nombre les justes raisons de son long combat sur un dossier si complexe.

Qu’aurait-on entendu si l’écart des voix avait été bien supérieur par absence d’un des deux camps ? Si les opposants avaient boycotté cette campagne, les partisans du « Oui » auraient su nous le reprocher. Reproché de ne pas accepter la démocratie directe alors que cela fait parti de nos fondamentaux. Reproché de de faire la politique de la chaise vide. Reproché de ne pas vouloir trouver de voie de sortie. Cette consultation était, dans tous les cas, un piège pour les opposants. Les socialistes sont passés maîtres dans ce domaine (Cf la primaire de la Gauche).

Mais in fine « le piège s’est refermé [sur le gouvernement - ndt]. La consultation organisée le 26 juin 2016 en Loire-Atlantique ne résout pas le problème de fond. Elle va cristalliser les positions. » nous dit José Bové et rien ne dit que le Président, embourbé dans son propre piège, « n'envisage pas de laisser la patate encore fumante au prochain président de la République, qui, selon toutes probabilités, ne devrait pas être du genre à s'attendrir sur le cas de militants dans le maquis... » (Le point – 27-06-16). Oui car pour la Droite, un bon écologiste est un écologiste mort. Le risque est bien là. Combien de morts faudra-t-il pour que cette folie cesse ? Et quand le saccage de la zone humide exceptionnelle de Notre-Dame-des-Landes aura bien commencé, sera enfin révélé au grand jour combien ses partisans auront été les Nigel Farage du bocage. Des menteurs, des manipulateurs et, si l'on considère, comme le fait Hubert Reeves, que l'Homme poursuit une guerre contre la nature, alors ces gens sont des criminels, coupables de crimes contre l'Humanité, qui devraient être jugés et condamnés pour cela. Moi, au fond de moi-même, je les frappe d'ores et déjà d'indignité. Ceux qui s'opposent à ces criminels sont des héros qui redonnent de l'honneur à l'humanité.

Et que vive la ZAD de Notre-Dame-des-Landes !!!! 
Longue vie à la ZAD.

- - - - - - -

Regardez en face ce que vous allez détruire à Notre-Dame-des-Landes ... 
après il sera trop tard ... 
définitivement.



dimanche 28 février 2016

Succès incontestable de la mobilisation pour l'abandon du projet d'aéroport

Les diverses composantes de la lutte de Notre-Dame-des-Landes (Coordination des opposants, COPAIn, ZAD ...) organisatrices de la mobilisation du samedi 27 février 2016 "pour l'abandon du projet d'aéroport et pour l'avenir de la ZAD", se sont réjouis de l'énorme réussite de cette journée, pourtant organisée, une nouvelle fois, dans un délai très


Sur le bitume se côtoient toutes les générations. Des familles et des amis "sans étiquette", des agriculteurs, des zadistes, des écolos, des militants du NPA, du PCF, d'EELV, de la Confédération paysanne, de la CGT ou de Solidaires. Des drapeaux bretons en côtoient d'autres, des basques, des alsaciens, des occitans, des catalans. Des groupes arrivent d'Angleterre et de Belgique et bien évidement de toute la France. Nous avons vécu, ce jour, certainement la plus grosse manifestation pour la sauvegarde du bocage de Notre-Dame-des-Landes et pour le soutien à celles et ceux qui font vivre cette ZAD.

Cependant les autorités minimisent l’événement en déclarant qu'il n'y aurait eu que 15 000 manifestants. Soyons sérieux !!! Définitivement savez-vous vraiment compter les manifestants ou même évaluer le nombre ? Personnellement, je ne sais pas, dans la foule, décompter le nombre de participants, même si je commence, par expérience et par des signes (temps d'arrêts longs, densité, longueur …) intrinsèques, à savoir évaluer si une manifestation est un succès ou non. Mais hier, force était de constater que tous les signes étaient réunis pour se dire que nous étions dans un mouvement important. Alors 15 000 ou 60 000 ? Si l'on en croit les photos, il semble qu'il serait quand-même très difficile de remplir, aussi densément, les deux sens de la 2x2 voies censée desservir, après travaux, le site du « futur » aéroport avec seulement 15 000 personnes. Peut-on vraiment remplir, densément et à perte de vue, les deux sens d'une double voie rapide avec seulement 15 000 personnes ? Un rapide calcul montre que l'on est plus proche de l'estimation de l'ACIPA que celle des forces de l'ordre : Ainsi, si la largeur d'une voie est de 3,5 m alors une 1x2 voies, avec la bande d'arrêt d'urgence représente, au minimum, une largeur de 8 m. Ainsi une 2x2 voies représente une largeur de 16 m. Si, par ailleurs, on estime la longueur du défilé à, au minimum, 5 000 m (tout en sachant que la manif faisait plus de 5 km de long), cela fait 80 000 m2. Maintenant, si l'on on estime qu'une personne représente, en foule dense, 1 m2 cela nous donne au moins 80 000 personnes défilants hier. On est donc beaucoup plus proche de l'estimation de L'ACIPA (60 000 manifestants) que celle des forces de l'ordre (15 000 manifestants). On est donc bien au niveau du foutage de gueule de la part des autorités qui soit nous prennent pour des cons, soit ne savent pas faire d'évaluations....Soit les deux.

Ainsi les organisateurs ont salué les plus de 60 000 personnes qui se sont déplacées, parfois de très loin (68 cars venus de toute la France), pour apporter leur soutien infaillible à cette lutte emblématique contre un projet inutile - basé sur des mensonges, des secrets et des manipulations - écologiquement et économiquement intenable. 60 000 personnes rassemblées pour dire à nouveau leur hostilité à ce projet stupide, car onéreux et nuisible. 60 000 personnes qui ont pris sur leur temps de loisir, sur leur budget aussi, pour montrer leur détermination. 60 000 personnes qui vous demandent si cela vous va comme référendum, Monsieur le Président ?

Ainsi, devant l'évidence, les médias ont bien été obligés de tout de même reconnaître le succès de ce rassemblement et parlent tous de démonstration de force. "Démonstration de force" ?!?! Oui mais de force pacifique et non violente, de convictions, de force d'espoir pour un monde meilleur, de force des mobilisations citoyennes afin que le vieux monde ouvre enfin les yeux et accompagne cette force alternative plutôt que de poursuivre une fuite en avant croissantiste issue d'un monde révolu qui ne vit plus que dans les espoirs d'une minorité possédante et dirigeante prête à tout pour gagner toujours plus sans conscience.

Le convoi, venu de l'est, était composé d'une cinquantaine de tracteurs - présence voulue symbolique afin de rappeler l'enjeu de préservation de la terre agricole - et d'un millier de personnes à vélo dès le point de départ de l'Erette. Il a rejoint, sous les acclamations, l'impressionnante marche venue de l'ouest, festive, musicale et colorée pour s'achever par l'érection d'une "vigie" qui, culminant à 9,60 m, est un symbole visible, depuis la route, de la formidable mobilisation du 27 février 2016 et qui montre notre vigilance par rapport à toute avancée discrète des travaux.

Les nombreux messages de soutien venant de partout (Allemagne, Italie, Turquie, Belgique, Grande-Bretagne, Québec...) prouvent, s'il en était encore besoin, que la lutte au départ locale de Notre-Dame-des-Landes rejoint désormais des préoccupations globales de choix de société. Le constat de l'incohérence entre, organiser la COP21 et, quelques mois après, vouloir construire un aéroport près d'une ville qui en possède déjà un, a été lui aussi renouvelé.

L'ambiance festive qui a régné toute la journée ne doit pas faire oublier la détermination farouche des opposant-e-s pour obtenir rapidement l'arrêt des procédures d'expulsion et l'abandon du projet. Les prochaines semaines seront déterminantes.

L'annonce d'un référendum sur le projet d'aéroport - dont l'organisation reste pour le moins floue et sujette à caution - n'a pas affaibli le mouvement d'opposition, bien au contraire, l'idée même est critiquée de toute part, "Une arnaque !", "Une non-réponse à une vraie question", "Le dernier joker de Hollande qui sent qu'on marque des points", estiment des participants.


"On ne lâchera rien ! L'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ne se fera jamais ! Si vous commencez quoi que ce soit, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui sont prêtes à se mobiliser et à venir faire barrage." Voici l'autre message adressé, ce samedi, au gouvernement, à Mr Retailleau et aux promoteurs.

samedi 28 février 2015

Banlieue rouge

Lundi 23 février, au dîner du Conseil représentatif des associations juives de France (CRIF), François Hollande reprenait à son compte l’expression fétiche du Front National : "Français de souche".

Nous pourrions lui dire et démontrer que cette expression n'a aucune valeur, aucun sens, aucune justification, mais nous préférerons lui répondre en citant Paul Valéry : "la nation française fait songer à un arbre greffé plusieurs fois, de qui la qualité et la saveur des fruits résultent d’une heureuse alliance de sucs et des sèves très divers, concourant à une même et indivisible existence". Nous aurions également envie de lui rappeler ce que disait François Mitterrand au Colloque à la Sorbonne en 1991 :" La France est un bouquet de fleurs composé en commun. Nous sommes français, nos ancêtres les Gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un petit peu espagnols peut-être qui sait , polonais, et je me demande si , déjà, nous ne sommes pas un peu arabes ? "

Oui définitivement ma France est celle-là. Une France aux milles cultures, aux milles couleurs, aux milles orientations. Ma France n'a pas de papier, elle n'existe que par l'amour de ceux qui l'aiment et qui la font vivre.

Mais ce dérapage n'est, finalement, que le révélateur d'une banalisation des avancées identitaires et communautaristes véhiculées par tous les démagogues et prêcheurs en tous genres qui se sont engouffrés dans fissures du délabrement de notre cohésion nationale où les responsabilités sont largement partagées par ceux qui détiennent un peu de pouvoir. Délabrement qui est en train d'atteindre son apogée depuis l'attentat contre Charlie-Hebdo où l'on voit un odieux renversement de valeurs dans notre pays. Tout serait donc arrivé par la faute de notre laïcité sectaire et agressive. Charlie aurait exagéré et nous devrions comprendre ces pauvres assassins, blessés par de pauvres dessins. Nous devrions comprendre qu'il nous faut cesser de blasphémer, qu'il nous faut nous coucher et accepter la censure pour vivre en paix. Quelles infamie !

Mais comment en sommes-nous donc arrivés là ? Qui ? pourquoi ? comment ? Personnellement, j'ai une analyse très à moi, des responsabilités dans l'avènement du terrorisme, de la montée des extrêmes, des communautarismes et des fondamentalismes en France.

Je fais remonter ces responsabilité aux années 80, sous le règne de Mitterrand qui, décidément, était capable du meilleur comme du pire. Souvenons nous que, dans ces années là, la banlieue était tenue majoritairement par le Parti Communiste qui organisait la vie sociale et culturelle des cités par des centres aérés, des colonies de vacances, des fêtes populaires, des aides sociales etc ... or Mitterrand, à son arrivé au pouvoir, décida, à la grande frayeur de Reagan, de mettre des communistes au gouvernement. Reagan, via son vice-président, George Bush père, s'en ému auprès du président français qui le rassura et lui dit que sa stratégie était d'affaiblir le PCF afin de l'éliminer du paysage français. "Avoir des ministres communistes au gouvernement leur fait perdre leur originalité. Ils devraient donc être de moins en moins capables de rallier des voix au-delà [de leur électorat de base]." disait-il. Force est de reconnaître que cela a très bien fonctionné et le PCF n'a eu de cesse de perdre du terrain sans que les nouveaux maîtres de la Gauche ne prennent le relais dans les banlieues populaires. Cette stratégie a créé un vide écologique que les malfaisants se sont empressés de combler. Dans le même temps le politiquement correcte de la Gauche, qui ne voyait, dans les gamins de banlieue, que de perpétuelles victimes du système - alors que les margoulins sont partout - a empêché de prendre les bonnes décisions.

La droite qui a prôné la compétition entre les citoyens et l'individualisation des carrières, surfé sur la mythologie sécuritaire, détruit les services publiques, organisé la chute de l'état et mis en pratique tous les dogmes libéraux, a détruit l'idée de l'universalisme de la République et a, par là-même, une responsabilité majeure dans l'état maladif de notre pays. La droite de Chirac puis de Sarkozy a achevé le travail de sape en supprimant, entre autre, le service national ou la carte scolaire créant des ghettos de riches et d'autres de pauvres, exacerbant les haines, les peurs et les rancœurs.

N'oublions pas également l'un des plus grand fautif : le patronat. Mais dire que le patronat n'a jamais été proactif pour favoriser le vivre ensemble et la diversité, dans toutes les strates de l'entreprise, n'est-ce pas enfoncer une porte ouverte ? Ainsi, selon les statistiques publiées en ce début d'année, les personnes ayant noms et prénoms à consonances africaines ou arabes auront 26% de chances en moins de décrocher un entretien et 32% de chances en moins de décrocher un emploi. De l'art et la manière de semer la misère pour récolter la colère puis la haine.

Mais finalement n'avons nous pas un patronat, à l'image de notre société qui n'a toujours pas intégré l'idée que la France n'est plus blanche et que cela est une chance pour notre intelligence collective. Cet état de refus est régulièrement vérifié par des petits actes manqués ou des paroles perdues révélant cette pensée collective dominante blanche et chrétienne qui nous colle à la peau et qui interdit toute évolution. Ainsi, dans cette veine là, souvenons-nous qu'en ce 16 janvier 2015, après les attentats de Paris, Christian Estrosi eu, sur France Info, cette phrase très révélatrice et qui n'aura choqué que les domiens et leurs amis "[…] cette jeune femme martiniquaise venue défendre les valeurs de la République […]" ?!?! Aurait-il dit la même phrase si Clarissa Jean-Philippe avait été Bretonne ? Ainsi Y'a'bon gentils indigènes qui viennent défendre Mère Patrie ! Que penser, également, quand on découvre que le roman, "L'homme au bâton", d'Ernest PEPIN, écrivain et poète français né au Lamentin, en Guadeloupe, est classé, à la Médiathèque des Ulis, dans les romans étrangers ? Je suis dégoutté. Non la culture Française n'est pas que blanche, n'est pas que métropolitaine. Comment, dès lors, nos compatriotes d'outre-mer pourraient-ils se sentir pleinement français quand, en permanence, ils reçoivent des messages de ce genre ? Je suis révolté par tant d'ignorance.

Ainsi, en vérité je vous le dis, personne n'est innocent dans l'état de délitement de notre République et de sa cohésion où seul le Front National se pourlèche les babines et se frotte les mains car, sur nos ruines, ils construiront leur empire. Le vivre ensemble passe donc par le deuil de notre passé, l'attention que l'on porte aux risques de sous-entendus que l'on exprime et qui propagent, encore et toujours, des résidus, pas très beaux, de notre culture collective, coloniale et dominatrice et qui semblent dire, non sans condescendance, qu'il y a des Français moins Français que d'autres. Le vivre ensemble passe aussi par l'abandon de la victimisation, de la parano et, à l'instar de John Fitzgerald Kennedy, j'ai toujours envie de dire : "ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour la France". Mes voyages (professionnels) m'ont persuadé que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs et que nous avons beaucoup de chance de vivre dans ce pays. La France, plus je voyage plus je l'aime car j'y suis libre de penser, de croire ou de ne pas croire, d'écrire, de côtoyer qui je veux sans distinction de couleur, d'origine, de sexe ou de religion, d'aimer, d'être homo ou hétéro, de rire et de pleurer, de manifester, de pétitionner, je n'y ai pas peur de flics ni des militaires. Certes la France n'est pas parfaite mais elle est ce que l'on en fera collectivement. Une France fière de toutes ses régions, de toutes ses couleurs, de toutes ses cultures, de toutes ses origines, de toutes ses gastronomies, toutes ses religions au sein d'une légitime laïcité. Ma France est ce carrefour des peuples qui montre au monde que la paix entre les Hommes est possible.

lundi 12 janvier 2015

Le temps des questions

Intervention de François PERINET, au nom de la section du Parti Communiste Français, lors du rassemblement du 10 janvier 2015, à la Pierre de la Liberté, aux Ulis, en hommage aux victimes de la barbarie qui a touché la France les 7, 8 et 9 janvier 2015 :

"Nous sommes, dans notre diversité, très nombreux aujourd'hui pour une raison simple. Nous avons eu envie de nous dresser face à des tueurs, des obscurantistes au front bas, des flingueurs qui ont emprunté leur savoir -faire à la mafia. Leur but était de semer la peur. Ils ont, au contraire, provoqué un sursaut citoyen et populaire. Cela fait chaud au cœur. Maintenant des questions se posent et j'en vois quatre

La première, quels dangers ?

Je crois que l'un des plus grands est de voir dans l'autre, notre voisin un peu différent de nous, la menace. Entendez déjà ces commentaires, venus de loin et de haut : « La France est en guerre, ses vrais ennemis sont à l'intérieur ». On veut nous faire croire que l'ennemi, c'est l'immigré, le musulman, le sans-papiers. Refusons ces amalgames odieux.

Deuxième question : Pourquoi « Charlie Hebdo » a-t-il été attaqué ?

Parce que c'était une voix irrévérencieuse. qui contestait l'ordre établi, qui brocardait les intégristes de tout bord, en papillotes, barbus ou en robes de bure, qui brocardait les racistes, les machos, les grands patrons arrogants soi-disant écrasés par les coûts salariaux. Ce journal était réalisé par une équipe de garnements attentifs au monde, inquiets, lucides, avec pour arme le crayon et le rire. La presse indépendante des grands groupes, qui ose dire que le monde ne tourne pas rond, sachons la défendre contre l'étranglement financier.

Troisième question : Pourquoi une société peut-elle enfanter de tels monstres ?

Les dérives fondamentalistes se construisent avec des faibles d'esprit. Mais aussi en s'appuyant sur des frustrations. Aujourd'hui le libéralisme prône la guerre de chacun contre chacun et de tous contre tous. Les grands projets solidaires et collectifs d'émancipation humaine sont traités d'utopies archaïques. Ne faut-il pas s'interroger sur les dégâts que provoquent de tels discours ?

Enfin, question essentielle, comment prévenir la répétition de tels crimes ?

Bien évidemment, des mesures de sécurité plus efficaces sont indispensables. Mais on sent bien que cette réponse ne suffit pas, est trop courte.

Pour que la République- liberté, égalité, fraternité- fasse corps, il faut qu'elle ne soit pas en souffrance. Il faut que l'égalité de l'accès au travail, à l'éducation, à la santé, aux bonheurs de la vie devienne une réalité pour tous, alors nous nous sentirons libres, alors la fraternité des luttes ressurgira, alors les prédicateurs de haine auront les plus grandes peines à recruter des criminels. Jaurès qui fut, lui aussi, assassiné, il y a 100 ans, le disait avec ses mots à lui : « La république doit devenir sociale pour vivre et se développer. »

Que le choc que nous subissons nous fasse aussi réagir dans ce sens."

lundi 5 février 2007

Souvenons nous d'Alésia et de Vercingétorix…



La gauche antilibérale est vraiment l'héritière de nos ancêtres les gaulois.


Elle est incapable de s'unir et d'oublier ses querelles stériles, en vue de faire face aux légions romaines, ordonnées et dociles, de l'empereur Nicolus Sarkosius.

Nous serons donc éternellement battus tel les gaulois à Alésia ...

C'est pathétique et à pleurer.

lundi 29 janvier 2007

Pourquoi je risque de voter PS ?

Les Américains ont eu leur 11 sept 2001, …

… nous, nous avons eu notre 21 avril 2002 !

Ne dit on pas que la France possède la droite la plus bête du monde ?

Et la vraie gauche alors ? En effet, c'est avec affliction que j'observe l'incapacité des antilibéraux à présenter une candidature unique. La multiplication des candidatures, comme chacun sait, disperse les voix d'électeurs qui, au final, auraient pu se rejoindre sur énormément de sujets. Mais, pour cause d'ego surdimensionnés et de replis sur soit, la victoire est impossible.

Où est l'intérêt d'une telle situation ?

Si une telle aventure n'était pas dangereuse pour notre démocratie et ne risquait pas d'avoir, au second tour, un duel Sarko-Le Pen, nous pourrions en rigoler. Mais la situation ne prête guère à sourire. Avec un FN toujours en embuscade et un little-big-brother qui proposera toujours plus de précarité pour les plus faibles (chaque malade devra payer, à chaque acte médical, une franchise non remboursable par la sécu ni par la mutuelle, par exemple), la France et les plus vulnérables seront en réel danger. Nous pourrons observer avec tristesse une France à deux vitesses.

Etant hors de question, pour moi, de revivre le traumatisme de 2002 et après avoir discuté avec plusieurs camarades de différents collectifs, je me dis que je commence à avoir une idée de ma stratégie de vote pour le premier tour de 2007. Mon choix de vote se déterminera en fonction du nombre de candidats antilibéraux qui se présenteront. Si la gauche antilibérale présente deux ou trois candidats, je voterai P.S. ! GLUPS !!! C'est con et désespérant, mais en cas de candidature multiple je ferai résolument barrage à la droite (UMP et FN) en votant Royal. Non par amour ni passion, mais par pragmatisme. Non pas que j'oublie que le P.S. a baissé les bras face au capitalisme, mais je ne veux jamais avoir à voter Sarko pour faire barrage à Le Pen !

Je dis cela sans renier ma signature pour une candidature de José Bové. Je persiste et re-signe, mais s'ils sont deux ou trois antilibéraux, je ne donnerai mon vote à personne, même pas à Bové. Bové qui est pourtant un homme pour qui j'ai beaucoup d'affection. Un homme que j'ai, depuis longtemps, suivi et que j'ai soutenu dans ses actions. Nous admirons, lui comme moi, la non violence de Gandhi. J'aime ses positions de désobéissance civique. Il est l'un des rares hommes politique qui met sa liberté physique en danger pour faire avancer ce qu'il croit juste. Bref, j'assume ma signature. C'est une signature pour Bové et sûrement pas contre M-G Buffet ni O. Besancenot. Pas contre le PCF ni la LCR. C'est une signature pour continuer à forcer le système à se renouveler. La révolution doit commencer au sein de la gauche antilibérale. Casser les carcans. Mais si l'on observe attentivement la situation actuelle, on se retrouve dans : "on prends les mêmes et on recommence". Bref, mêmes causes, mêmes effets !

C'est nul et pour rien au monde je ne veux revivre un 2002, et c'est pourquoi, j'ai envie de dire à nos candidats :

"Mettez vous d'accord entre vous,
ne présentez qu'un candidat, soyez tous unis derrière nos idées
ou j'appellerai, autour de moi, à voter P.S. !
Nous sommes nombreux à penser comme cela !"