"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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lundi 17 août 2026

Mais ils sont où les écolos ?

Préambule : Ce texte qui s'exprime au nom des écologistes de l'Essonne est un texte martyr que j'ai écris en prévision d'un futur tract (plus court) de rentrée. Donc en l'absence de validation par notre groupe de rédaction ce texte n'engage que moi. 

L’été 2026 confirme tout ce que les écologistes disent depuis 50 ans, mais Le Figaro, dans un grand élan de mauvaise foi, ne sait rien faire d’autre que de titrer que cet évènement consacre la défaite de l’écologie politique. 

La haine des écolos est un puits sans fond, est une source inépuisable de désinformations et d'opprobres infondées et belliqueuses. Le nouveau truc de nos opposant.e.s, sur les réseaux sociaux, à l'heure des incendies monstres, après l'écolo-bashing nous décrivant comme des doux dingues alarmistes, des écolos punitifs, aura été : "mais ils sont où les écolos ?". Comme si nous étions toutes et tous des pompiers, comme si nous étions toutes et tous des agriculteur.trice.s propriétaires de citernes qui se sont montrées si utiles pour renforcer la lutte. La mauvaise foi des productivistes, des consuméristes, des climatocidaires, des écocidaires et des droitards, est sans limite. 

Mais pour répondre à cette question on peut dire que tout de même cette réflexion est parfaitement débile ne serait-ce que parce qu'elle part du postulat que les écologistes n’auraient pas été sur le terrain en train de donner un coup de main. Qu'est ce qui permet de dire cela ? Pourquoi ne seraient-ils et elles pas aussi sur place ? Faut-il que dans chacune de nos actions, nous ayons des oriflammes verts pour être bien identifié.e.s et prouver que nous sommes bien présent.e.s ? C'est tellement à pleurer de bêtises. Rappelons que la solidarité est l'un des grands principes de l'écologie, contrairement à la droite et son extrême qui prône le chacun pour soi. 

Par ailleurs n'y a-t-il pas des pompiers écolo ? Des agriculteur.trice.s écolo ? La confédération paysanne n’en est-elle pas un bon exemple ? 

Les « écolos », contrairement à la droite et son extrême, n'ont pas attendu les grands incendies de cet été pour se soucier du vivant, humain et non-humain, d'aujourd'hui et de demain, toute notre histoire le démontre. 

D'ailleurs où était la droite et son extrême pendant les évènements ? Ils et elles doivent être en train d'avaler la honte d'avoir toujours voté contre tous les projets d'augmentations de moyens donnés aux pompiers et à la lutte contre les incendies, comme par exemple, créer des pares-feux de feuillus, établir un plan national d’adaptation de la forêt, lutter contre la perte des chemins forestiers ou bien encore réhausser la taxe de séjour au profit des moyens des pompiers et faire contribuer les compagnies d’assurances aux budgets des soldats du feux et pire … ils et elles ont refusé d’augmenter les effectifs des pompiers professionnels Depuis cinquante ans, les écologistes alertent, expliquent, documentent… à l'échelle locale, nationale, mondiale… ce qui est en train de se jouer sous nos yeux. 

Canicules mortelles. Zones inhabitables car trop chaudes. Terres assoiffées. Méga feux. Cultures avortées. Cheptels décimés. Inondations dévastatrices et pénuries d'eau. Vents destructeurs. Biodiversité effondrée. Pétrole rare, cher et réservé aux plus nantis. Crise métallique qui arrive. Economie et citoyen.ne.s à la peine sous le poids des catastrophes. Voici le monde de rêve que les productivistes, les croissantistes, et les consuméristes nous offre. La crise écologique est là. Le prix de l'inaction climatique va être de plus en plus élevé et c'est un choix politique. C'est bien l'absence d'écologie qui est punitive !!! 

En Essonne comme ailleurs, elle frappe d’abord celles et ceux qui ont le moins de moyens pour s’en protéger. « Si réfugiés climatiques il doit y avoir en Bretagne, ce seront essentiellement des nantis capables de s’offrir une résidence secondaire » nous dit Nicole Roux, professeure de sociologie à l’Université de Brest dans le journal La Croix du 6 août 2026. Les plus pauvres, ne pouvant fuir ailleurs, resteront sous la chaleur. Faire de l’écologie, c’est décider de protéger. C’est faire de la transition écologique une transition juste. 

Nous refusons une écologie qui demande toujours plus d’efforts aux habitants tout en laissant les grandes puissances économiques continuer comme avant. 

Les petits gestes sont utiles mais les décisions collectives sont indispensables et nous défendons une écologie populaire parce que chacun doit pouvoir vivre dignement. 

Nous défendons une écologie solidaire parce que personne ne doit être laissé seul face aux défis écologique, climatiques et de biodiversité qui menacent notre durabilité suivant les choix que nous ferons ou ne ferons pas. 

Nous défendons une écologie concrète parce que l’écologie doit améliorer la vie quotidienne. 

Nous défendons une écologie politique parce qu’il faut changer le système, pas seulement les comportements. 

Ainsi face à la multiplication des canicules, notre priorité doit être de conduire une réflexion sur ce que pourra être la vie en Essonne sous 50°C afin de pouvoir anticiper et adapter les villes pour qu'elles soient plus fraîches, plus vertes, vivables ... plus résilientes. 

Il nous faut absolument davantage d’arbres en pleine terre et d'essences adaptées au climat de demain, il faut déminéraliser les villes, désimperméabiliser les sols pour rendre à la terre les eaux de pluies, il faut une gestion responsable de l'eau et un accès gratuit et à toute heure, à l'eau potable, pour toutes et tous, il nous faut créer des îlots de fraîcheur accessibles à toutes et tous, il faut des écoles, des collèges et des lycées où les enfants ne souffrent pas de la chaleur. 

Il faut, à l'instar de ce qui a été fait pour lutter contre le tabagisme et l'alcoolisme et pour participer à lutter contre le changement climatique, interdire la publicité pour les voyages, les compagnies aériennes, les voitures, les croisières, etc ... Il nous faut aussi cesser les subventions aux compagnies aériennes low cost. 

Il nous faut encore et toujours permettre à nos concitoyen.ne.s de s’émanciper de la voiture en développant des bourses d’échanges de travails pour rapprocher les lieux professionnels des lieux d’habitations, il faut continuer à développer les transports en communs et l’accès des vélos aux trains, sécuriser les déplacements à pied et à vélo, créer des cheminements ombragés. 

Il nous faut nous sortir de l’agriculture industrielle capitaliste, inadaptée aux défis climatiques et environnementaux, qui ne sert pas à nourrir la population mais juste à faire des profits. Il nous faut entamer, avec les agriculteur.trice.s, la transition écologique de l’agriculture essonnienne pour nourrir, toute l’année, les franciliens et les franciliennes. Il nous faut cesser le maïs aux profits d’une agriculture vivrière locale, de saison, adapté au climat et qui rémunère correctement les paysans et les paysannes tout en protégeant les sols et la biodiversité. Il nous faut sanctuariser les terres agricoles et les petites exploitations. 

Il ne faut laisser personne seul face aux canicules et ainsi il nous faut développer la climatisation dans les lieux sensibles et fermés : hôpitaux, écoles, prisons, EHPAD et autres maisons de retraites. 

Parce que l'écologie ne doit pas être une contrainte supplémentaire pour les habitants et qu’elle doit être une amélioration concrète de leur vie il nous faut anticiper. 

Et comme il n’y a pas d’écologie sans écologiste, rejoignez-nous !

vendredi 14 août 2026

Choisir la dignité

Il ne s’agit plus d’un simple malaise. Quelque chose se défait sous nos yeux. Ce qui se joue aujourd’hui est une dérive. Une dérive qui s’accélère, s’installe, se banalise, et finit par contaminer nos manières de parler, de penser, de regarder les autres humains comme non-humains. La haine n’est plus marginale, elle s’exprime, se partage, se justifie. Le rejet devient une posture. La domination, la discrimination se banalisent au point de ne plus choquer autant qu’elles le devraient. 

Et cette dérive a ses relais. 

Sur les réseaux sociaux, la violence est devenue un spectacle. Plus un propos est excessif, plus il circule. L’humiliation fait réagir, la nuance disparaît. On ne cherche plus à comprendre, mais à disqualifier, à écraser, à engranger les likes. 

Dans certains médias, les mêmes mécaniques s’installent : simplification, dramatisation, opposition permanente - l’essentiel est de créer le clivage. À force de présenter le monde comme une menace, à force de désigner des ennemis, on finit par fabriquer une réalité où la peur devient la seule grille de lecture. 

Dans ce climat poisseux, les discours politiques d’extrême droite prospèrent. Ils ne créent pas seulement des divisions : ils les exploitent, les amplifient, les enracinent. Ils désignent, hiérarchisent, excluent sur fond de saluts nazis. Ils proposent une vision du monde où certains auraient moins de légitimité à exister que d’autres — et où le vivant lui-même devient une ressource à dominer plutôt qu’un équilibre à respecter. Une vision brutale, simpliste, dangereuse. 

À cela s’ajoutent des discours qui glorifient la domination, qui enferment chacun dans des rôles étroits, où la virilité devient synonyme de contrôle, de dureté, de mépris. Ces logiques virilistes ne sont pas anodines : elles nourrissent un imaginaire de confrontation permanente, où l’autre n’est plus un égal, mais un rival ou une menace et où toute forme de vulnérabilité, humaine ou animale, est dévalorisée. 

Tout cela produit une atmosphère profondément délétère. Une atmosphère qui nous abîme collectivement. Car à force de déshumaniser les autres, on finit toujours par appauvrir notre propre humanité et, au-delà, à rompre le lien essentiel qui nous unit à l’ensemble du vivant. 

Il est temps de refuser cette pente. 

Refuser, cela commence par des actes simples mais exigeants. Ne pas relayer la haine. Ne pas banaliser l’humiliation. Ne pas se taire lorsque la dignité est attaquée qu’elle concerne un être humain ou toute forme de vie vulnérable. Cela demande du courage, mais c’est un courage accessible, quotidien, concret. 

La bienveillance, dans ce contexte, n’est pas la posture molle que l’on veut nous dépeindre. C’est au contraire une ligne de résistance. Elle consiste à refuser de céder à la facilité du rejet, à maintenir une exigence de dignité dans nos paroles et dans nos actes. Et elle ne peut plus se limiter aux relations humaines : elle implique de reconnaître que nous faisons partie d’un tout, d’un tissu vivant que nos choix impactent directement. 

L’humanisme, lui, ne peut plus être pensé de manière isolée. Il repose sur une réalité simple : nous sommes faits de la même matière sensible. Nous partageons les mêmes émotions, les mêmes peurs, les mêmes fragilités. Et au-delà de nous, d’autres formes de vie éprouvent, réagissent, subissent. Reconnaître cela, c’est élargir notre conscience, et notre responsabilité. 

Oublier cela, c’est ouvrir la porte à toutes les déshumanisations et à toutes les formes de destruction du vivant. 

Le respect n’est pas négociable. Il ne dépend ni de l’accord, ni de l’appartenance, ni de l’identité. Il est le seuil en dessous duquel une société bascule. Et ce respect doit s’étendre à l’ensemble du vivant, car mépriser la vie sous toutes ses formes revient à affaiblir les fondements mêmes de notre humanité. 

Construire une société plus juste et plus tolérante n’est pas une option morale abstraite, c’est une nécessité. Une société juste refuse les hiérarchies arbitraires entre les êtres. Une société tolérante ne se contente pas de supporter les différences : elle les reconnaît comme une richesse, et s’organise pour que chacun puisse vivre dignement. 

La solidarité, elle, ne relève pas d’un idéal généreux mais facultatif. Elle découle d’un fait : nous sommes interdépendants. Nos vies sont liées, nos équilibres sont communs, nos vulnérabilités se répondent entre humains, mais aussi avec les écosystèmes qui nous portent. Ce qui fragilise l’un finit toujours par atteindre les autres. 

Le partage, dans ce cadre, devient un acte de lucidité autant que de générosité. Il reconnaît que personne ne se construit seul, que personne ne tient durablement dans l’isolement, la domination ou l’exploitation. 

 Et la fraternité ou plus largement la symbiosité, c’est-à-dire la solidarité entre les êtres ne sont pas des mots d’apparat. Ils sont une exigence. Ils obligent à refuser les discours qui hiérarchisent les vies, à ne pas détourner le regard, à ne pas s’habituer à l’inacceptable. 

Nous ne sommes pas spectateurs. 

Chaque parole prononcée, chaque silence accepté, chaque geste posé participe à façonner le monde qui vient. 

Rien n'est neutre. 

Nourrir la haine ou préserver la dignité. 

Participer à la dégradation ou opposer une résistance. 

Exploiter ou respecter. 

La question n'est donc pas de savoir quel monde nous souhaitons. Elle est de savoir quel monde nous construisons déjà, jour après jour, par ce que nous acceptons et par ce que nous refusons. 

Car ce qui se dégrade aujourd'hui ne s'arrêtera pas de lui-même. Mais ce que nous faisons exister ensemble, dans nos actes les plus ordinaires comme dans nos choix les plus décisifs, peut encore changer le cours des choses. 

Par Christophe Bombled

mercredi 29 mai 2024

Les névroses d’internet


L'histoire d'Internet remonte au début des années 1960. L'idée d’un réseau informatique, permettant aux utilisateurs de différents ordinateurs de communiquer, se développa par de nombreuses étapes successives pour arriver, dans les années 1990, à sa popularisation moderne mondiale lors de l’apparition du World Wide Web. 

L’idée des débuts de l’internet était de mettre en réseau les ordinateurs des scientifiques du monde entier afin de partager plus vite les informations et ainsi de faciliter la croissance du savoir de l’humanité, mais … 

Mais aujourd’hui la légende dit que 50% du trafic mondial d’internet serait pour diffuser du porno, 25% serait pour montrer des vidéos de petits chats et les 25 % restant seraient réservés au reste de l’information mondiale. Je ne parviens pas à vérifier ces chiffres mais les ordres de grandeurs sont là. On est donc très loin des ambitions initiales de formation des masses populaires à la culture, la science et le savoir. 

On voulait un monde plus intelligent mais au final on fabrique des crétins. On voulait un monde de science et on voit le nombre de platistes croitre. On voulait un monde du savoir et l’on voit des enfants remettre en cause le théorème de Pythagore. Adieu le savoir, bonjour le « bon sens », la « sagesse populaire », l’irrationnel, le « vu sur Internet » et l’évaluation au doigt mouillé. Le travail d’éducation populaire que fit, au moins en France, la télé dans les années 70 et 80 a été réduit à néant avec un Internet vampirisé par les extrémistes, les complotistes, les pornographes, les influenceurs et les influenceuses, les scientifiques du dimanche et les spécialistes de comptoirs. 

On pensait que plus d’informations rendrait les gens plus citoyens, résultat, le complotisme explose. X, avec l’arrêt de la modération voulu par Elon Musk, fait croitre les théories du complot avec la fuite des gens censés, comme le montre le « complément d’enquête » de FranceTV de mai 2024. Les complotistes sont des esprits perdus qu'il est impossible de récupérer car il n'y a aucun moyen rationnel de combattre l'irrationnel. Jamais vous ne parviendrez à récupérer les anti-vax, les climato-sceptiques, tous les complotistes des Chemtrails et conspirationnistes en tous genres avec des arguments rationnels. Ils et elles sont tombé.e.s du côté obscur de l'irrationnel, rien ne peut leur faire ouvrir les yeux. Pire encore ! Plus vous leur montrez, plus vous leur démontrez leurs erreurs d'appréciation, plus vous apparaissez comme élément du complot. 

Alors que ce n’est pas l’outil qui fait le mal mais bien ce que l’on fait de l’outil, Internet a produit une société de l’image et les réseaux sociaux, relayés par les télé-réalités, ont libéré ce qu’il y a de pire chez l’Homme, ont libéré l’égocentrisme et le narcissisme. Monde du selfie, monde du trash, du buzz, de la radicalité, de la haine et de la violence sans limite. Société du procès permanent, de la condamnation sans savoir dans les tribunaux du Net, de la remise en cause de l’État de droit, de l’autorité légitime, de la représentativité alimentée par la médiocrité de nos élites. Société qui ne supporte plus le temps long, qui est dans l’immédiateté. 

Or la réflexion demande du temps. 

Dès lors, sans prendre le temps de la réflexion, la complexité du monde se confronte à la simplicité des analyses de Monsieur Blanc-Cassis et de TataDoc012. Idées simples vs la complexité voici l’une des clefs du problème puisque sur internet tout est devenu simple. La vie est simple sur internet, il y a les bons et les méchants, il y a les hommes et les femmes, il y a les blancs et les noirs, il y a les hétéros et les LGBT, il y a les cathos et les musulmans, il y a les Israélien.ne.s et les palestinien.ne.s, il y a les Flics et les gamins de banlieue, il y a les wokes déclaré.e.s anti-France, … toutes et tous se sentant victimes des un.e.s et des autres. « Plus on divise, plus on affaiblit peut-on lire dans libération du 16 mai 2024. Plus on dresse les travailleurs contre les chômeurs vilipendés comme assistés, les agriculteurs contre les défenseurs du climat, les français contre les étrangers, les centres-villes contre les banlieues, les « parisiens » contre « la terre qui ne ment pas », les «vieux » contre les « jeunes » et plus on aggrave injustice, inégalités, préjugés et discriminations. Et au bout du compte tout le monde y perd…. Sauf les nostalgiques d’un pouvoir autoritaire derrière qui toute la société marcherait au pas. ». 

Sur Internet le monde est binaire et l’on nous somme de prendre position car, comme le dit un certain Dark Vador, dans La Revanche des Sith, « Si tu n'es pas avec moi, alors tu es contre moi!». Difficile de résister aux injonctions du groupe et pourtant il le faut pour garder sa liberté. Toutes et tous se sentent légitimes de se radicaliser pour défendre leurs causes. C’est tout l’objet de la série « La fièvre », une production 2024 de Canal+ qui se termine en se demandant si la guerre civile est commencée ou si elle va débuter. « La fièvre », fiction qui traite de l'emballement infernal des réseaux sociaux et des radicalités, se trouve validée par le documentaire « complètement d'enquête » sur les climato-sceptiques, sur France TV, qui croissent notamment grâce à X. Ces deux productions télévisuelles, diffusées concomitamment, se complètent … le documentaire donnant raison à la fiction. Ces deux programmes nous montrent deux exemples de ce qui se passe quand les modéré.e.s, quand les progressistes abandonnent la partie et désertent le terrain ... Il n'y a plus que les radicalités comme offre politique. 

« La complexité n’est pas un complot. L’extrême polarisation tue la démocratie. Informer, c’est résister aux simplistes et aux manipulateurs. » nous dit très justement Caroline Fourest 

Au final Internet aura échoué là où il voulait faire grandir l’humanité et à lire l’article de Slate du 14 mai, « Les jeunes galèrent de plus en plus à se faire des amis » on comprend combien le virtuel montre ses limites pour améliorer la qualité de la vraie vie. Les jeunes sont de plus en plus isolés et cet isolement n'est pas sans conséquences sur leur bien être mental et physique. 62% des jeunes de 18-25 ans se sentent régulièrement seuls et en souffrent. Avant le COVID, 6% des appels reçus par SOS Amitiés étaient des jeunes, aujourd'hui c'est 25%. Les causes ? La précarité et les réseaux sociaux et leurs amitiés virtuelles nous dit Slate. Je rajouterais le mirage de la vie de rêve des influenceurs et influenceuses, le narcissisme, l'individualisme et le culte du fric qui engendrent des relations faussées et superficielles. Pour lutter contre l'isolement il existe plusieurs solutions et notamment s'engager dans la vraie vie, associations, clubs sportifs, syndicats, groupes politiques ... mais que des trucs de vieux boomers aux yeux des jeunes … et bonjour la fracture générationnelle. 

 Au final Internet aura échoué là où il voulait faire grandir l’humanité. L’IA sera peut-être la fossoyeuse de ce qui reste d’intelligence dans notre humanité. Une humanité qui rédigera, peindra, imaginera, légiférera, délibérera, aimera au travers d’algorithmes, laissant ce qui fait l’Homme et sa liberté au bon vouloir de machines. Une humanité qui, en France, préfèrera le TPMP d’un Hanouna effrayant, une Sonia Mabrouk aux ordres d’un Bolloré fanatisé et bien décidé à sauver la France catholique, une Christine Kelly porte flingue d’un Zemmour fascisant ou bien encore un imbuvable Pascal Praud aux analyses politique dignes de fins de soirées à … « La Grande Librairie», à « En société », à « C Politique », à « France Culture » ou bien encore à « Arte ». car tout est maintenant imbriqué, Internet influence la TV et vis-et-versa. Et nous voici donc avec une France peuplée d’heureux consommateurs et d’heureuses consommatrices, abruti.e.s de certitudes simplistes, qui conchient les écolo-bobo-gaucho-wokes, qui conchient les intellectuel.le.s, qui menacent les scientifiques et cela pour la plus grandes joies des capitalistes, des multinationales, des lobbies et des fascistes qui font leur beurre avec. Et pourtant il n’est pas possible de revenir en arrière, Internet et les réseaux sociaux sont là, impossible de les interdire dans les démocraties. Les démocraties se doivent donc d’encadrer les réseaux sociaux et l’IA. 

Dès lors deux choix se posent à nous, citoyens et citoyennes, soit l’on refuse de rentrer dans le jeu (qui n’en est pas un) et on laisse la voie libre au pire du pire et l’on ne s’étonne pas que la société aille de plus en plus mal, ou bien on rentre, avec prudence et en groupe, dans la bataille et on fait sa part sans garantie que cela ait un impact. En vérité je vous le dis, il nous faut également et véritablement occuper le terrain du virtuel qui a des conséquences très concrètes dans la vraie vie. Des gens meurent à cause des réseaux sociaux !!! 

Rien ne nous oblige à faciliter la vie des pires. 

Et pourtant, malgré tout ce marasme, pour moi, il y a une petite lueur d’espoir dans ce monde virtuel et elle se trouve dans Facebook (Précisons que je n’ai aucune action et aucun intérêt chez Meta), même s’il est de bon ton de lui cracher dessus comme étant un réseau social ringard et de boomers. J’ai juste envie de dire que, pour moi, Facebook est définitivement le seul réseau social qui permet la réflexion. La réflexion étant le propre de l'Homme j'aime m'exprimer sur Facebook qui me laisse l'espace nécessaire à la complexité. Facebook est le seul réseau social qui préfère la réflexion à la réaction. Facebook le seul réseau social qui me permet d'expliciter, de développer ma réflexion, qui me laisse l'espace pour développer ma pensée. À la réaction stérile et souvent à côté de la plaque de X ou autre, je préfère l'espace de réflexion qu'offre Facebook. Ainsi donc le problème de notre société n'est pas l'avènement des réseaux sociaux mais bel et bien l'abandon de la réflexion. Facebook me permet de sortir de ma bulle de mes 10 ami.e.s de la vie réelle et d'avoir un tout petit peu d'influence pour une société, une Europe Écologique, Sociale et solidaire. Facebook est pour moi le seul espace qui permet des échanges intellectuels. Facebook est, pour moi, le seul réseau social intelligent, dès lors je comprends qu'il soit moqué et dénigré.

lundi 2 janvier 2023

A vous pour 2023, par Sonia Roisin


Voilà plus de trente ans que je vais à la rencontre des enfants des écoles de la République avec instruments, chansons, musiques de toutes époques et tous styles…. Cela avec beaucoup d’enthousiasme partagé… 

Plus de 30 ans que j’observe les mutations de notre société à travers leurs réactions, leurs questionnements, leur créativité. Et ce que cela révèle de leur rapport aux adultes et au monde. 

Une réflexion s’impose de manière toujours plus prégnante : l’école fait face à des bouleversements profonds dont elle ne peut seule assumer tous les défis, y compris celui de la transmission. 

Nous avons basculé dans l’ère du numérique, et il est urgent d’ « enseigner à vivre » selon Edgar Morin. 

Je fais partie de la dernière génération à ne pas être née avec les écrans et le tout numérique. 

Aussi, me semble-t-il important, pour les générations futures, de témoigner et de dire ce que le numérique a apporté de positif à nos vies, mais également tout ce qu’il a profondément modifié et parfois altéré. 

Oui Internet, nous a ouvert un champ de connaissances et d’explorations quasiment infini, et les enfants sont bien plus éveillés que notre génération dans bien des domaines quand ils sont bien accompagnés dans leurs navigations sur la toile. Il est fascinant d’avoir toutes ces informations à portée de clic, d’être connectés les un.es aux autres d’un bout à l’autre de la planète. 

Mais, les réseaux sociaux nous ont aussi isolés tout en nous donnant l’illusion de communauté. Ils ont séparé les générations, chacun vit désormais dans son univers virtuel. 

 Le temps de transmission culturelle inter générationnel s’est nettement réduit, les enfants sont de plus en plus tôt face à leurs écrans casques vissés sur les oreilles. Ils n’écoutent plus la musique de leurs parents, qui inversement sont de plus en plus déconnectés de l’univers culturel et virtuel de leurs enfants. 

A l’heure où nous devrions prendre le virage de la sobriété, internet a boosté notre consommation toujours plus rapidement assouvie, nous donnant l’illusion que tout est accessible et en quantité infinie. Renforçant nos instincts de prédation et nos pulsions au détriment de notre capacité à penser le temps long, celui de la sobriété. 

Les enfants sont l’avenir de l’humanité et pourtant notre société prend-elle la mesure de ce à quoi elle devrait être vigilante en termes de transmission ? 

La numérisation de leur univers a profondément modifié l’accès au monde des enfants. Comme je l’ai déjà dit, ils peuvent tout explorer sur la toile et découvrir de nombreux domaines passionnants. 

Mais les enfants, souvent seuls face aux écrans, sont aussi livrés sans filtres, ni accompagnement aux influenceurs et influenceuses de tout genre, aux Fake news, à la pornographie, la violence, au harcèlement, à l’addiction des jeux en ligne …Le tout numérique a également fait voler en éclat le droit à l’oubli et donc réduit leur espace de liberté… 

Le virtuel, les a extraits d’une immersion (réelle) dans la nature, ses odeurs, ses textures, ses reliefs, ses lumières, ses sons… A modifié leur rapport au vivant… 

Les enfants ne demandent qu’à explorer le monde. Prenons donc le temps de les ancrer aussi et surtout dans le réel. 

Oui, prenons le temps de les emmener dans nos belles forêts, faisons-leur partager les plaisirs simples de la vie, de ceux qui laissent une trace indélébile dans le corps et l’âme des futurs adultes qu’ils deviendront. 

Jouons avec eux sous la pluie, dans l’eau des rivières, de la mer, observons ensemble les étoiles, la nature, ressortons les jeux de société, allons au spectacle vivant, au concert, organisons des jeux de pistes dans nos quartiers, à la campagne, sortons dehors sentir l’odeur de la terre mouillée, faisons-leur écouter et reconnaitre le chant des oiseaux, préparons de bons petits plats avec eux, faisons-leur découvrir les goûts, les odeurs, chantons avec eux encore et encore... 

Apprenons l’observation, l’empathie, la solidarité loin des logiques d’accumulation, et d’individualisme. Cultivons le jardin de la paix, seule voie possible pour construire et préserver un monde vivable. Ne l’oublions jamais, la guerre détruit l’intelligence, la beauté et l’avenir. 

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre ! » Paul Valéry 

Transmettons aux enfants le pouvoir de vivre ! 

Belle année à vous ! 

Sonia ROISIN (Marcoussis)