"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 24 juillet 2026

L’ère du confinement

« Petites boîtes, petites boîtes, Petites boîtes faites en ticky-tacky » Graeme Allwright 

Après le COVID, nous pensions que le confinement serait une parenthèse. Une anomalie de l’histoire. Une mesure exceptionnelle, dictée par l’urgence sanitaire. Mais si nous nous trompions ? 

Depuis des années déjà, nous apprenons à vivre enfermés. 

Je me souviens que petit, avec mes camarades, nous nous amusions dehors, nous jouions dans la rue, nous grimpions dans les arbres, nous construisions des cabanes et nous allions nous promener dans le village. Le matin, c’est en petite troupe que nous partions à l’école. Aujourd’hui, les rues sont vides d’enfants : trop dangereux, dit-on. Trop d’accidents, trop de peurs, réelles ou fantasmées. Alors on reste à l’intérieur, derrière des murs rassurants. 

Puis est venu le COVID et le temps du confinement sanitaire. Nous avons appris à limiter nos déplacements, à réduire nos contacts, à vivre à distance. Pendant des mois, nous avons découvert qu’il était possible de travailler, d’étudier, de consommer et même de maintenir un semblant de vie sociale sans quitter son domicile. Et nous nous y sommes, en partie, habitués 

C’est ainsi que dans le même temps, un autre confinement s’est installé presque silencieusement : le confinement numérique. Les écrans occupent une place croissante dans nos vies jusqu’à envahir notre quotidien. Ils nous donnent l’illusion de nous relier au monde entier mais nous nous éloignent de ceux qui nous entourent. Nous échangeons davantage de messages, mais moins de paroles. Nous parlons à des IA. Nous faisons moins l’amour. Nous fréquentons des communautés virtuelles, mais nous ne connaissons pas nos voisins. Nous apprenons à vivre dans des univers filtrés, protégés, maîtrisés. Comme si notre époque nous poussait à remplacer l’expérience directe du monde par sa version numérisée. Le numérique nous retient chez nous : les repas, uberisés; le cinéma, netflixisés ; les amis, pixélisés ! Les courses, les rencontres, les démarches administratives, le travail, tout vient à nous. Le monde extérieur devient optionnel. Il suffit d’un écran, d’un canapé, d’une connexion. Nous ne sommes pas enfermés par la force, mais par commodité. Et c’est peut-être là le plus troublant : nous apprenons à aimer notre enfermement et nous nous confinons dans une bulle virtuelle. 

Aujourd’hui, un nouveau type de confinement s’impose à nous, plus implacable, plus brutal : celui imposé par le dérèglement climatique. Les chaleurs deviennent écrasantes, l’air parfois irrespirable, les catastrophes naturelles plus fréquentes. Alors, une fois encore, nous nous replions. Nous fermons les volets, nous restons chez nous, nous évitons l’extérieur devenu hostile, invivable. 

Et demain ? 

Demain, vivrons-nous dans un monde où l’enfermement sera la norme ? Un monde où l’on ne sortira plus, où l’on se protégera sans cesse, où le lien avec la nature — et avec les autres — sera toujours plus ténu. Un monde de précaution permanente. Et ce qui ressemble à une protection pourrait bien devenir une prison. 

Car cette évolution n’est pas seulement subie. Elle est aussi, en partie, le fruit de nos choix collectifs. Notre mode de vie, énergivore, extractif, déconnecté du vivant, participe à rendre le monde extérieur moins habitable. Nous avons fragilisé les équilibres dont dépend notre liberté. 

D’une certaine manière, nous construisons nous-mêmes les murs qui nous enferment. 

La peine est silencieuse, progressive : un enfermement à perpétuité dans des espaces de plus en plus contrôlés, de plus en plus artificiels, de plus en plus coupés du vivant. 

Et cette ère du confinement ne sera pas vécue de la même manière par tous. Certains habiteront des logements spacieux, climatisés, connectés, entourés de services. D’autres seront enfermés dans des espaces trop petits, trop chauds, trop bruyants, trop pauvres. Le confinement des uns ressemblera à un cocon ; celui des autres à une assignation à résidence. 

Mais peut-être est-il encore temps pour infléchir la trajectoire ? 

À condition de reconnaître notre interdépendance. De comprendre que nous ne sommes pas séparés du reste du vivant, mais intimement liés à lui. À condition de transformer nos modes de vie, de production, de consommation. Et surtout, de réapprendre à tisser des liens — avec les autres humains, mais aussi avec le monde vivant dans son ensemble. 

Sans cela, l’ère du confinement ne fera que commencer et peut-être trouverons nous cela normal ? 

Par Christophe Bombled