"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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mercredi 1 octobre 2025

Nous sommes tous et toutes atteint.e.s du syndrome de Diogène

Imaginez un appartement dont chaque pièce déborde de déchets. Les couloirs sont encombrés de sacs plastiques, les fenêtres obstruées par des montagnes d’objets inutiles, l’air est irrespirable, saturé de poussière et de moisissures. Le sol craque sous le poids des accumulations, les murs suintent l’humidité, et pourtant, le locataire refuse de jeter quoi que ce soit. Il reste là, à vivre dans son propre cloaque incapable d’agir pour retrouver un logement sain. 

Maintenant, agrandissez cette image à l’échelle de la planète : Bienvenue chez nous ! 

Nous vivons aujourd’hui sur terre littéralement au milieu de nos déchets. Les produits chimiques suintent dans nos sols et polluent les eaux, les pesticides imprègnent nos assiettes, les microplastiques et métaux lourds s’accumulent dans nos foies, reins et cerveaux, les PFAS circulent dans notre sang, les suies des mégafeux noircissent nos poumons, les dioxines corrodent nos cellules, les perturbateurs endocriniens sabotent nos hormones. Chaque bouffée d’air est un cocktail toxique, chaque gorgée d’eau un mélange de résidus industriels, chaque bouchée de nourriture un concentré de nos propres poisons. Nous sommes devenus les cobayes d’une expérience monstrueuse : celle d’une civilisation qui, jour après jour, s’empoisonne elle-même ainsi que le reste du vivant. 

Le syndrome de Diogène, c’est nous. Comme le malade qui s’accroche à ses ordures, nous nous cramponnons à ce qui nous détruit. Nos "trésors" à nous, ce sont les énergies fossiles qui réchauffent notre atmosphère, l’agriculture intensive qui stérilise nos sols et pollue les eaux, la surconsommation qui remplit nos décharges. Nous préférons l’enfer connu de notre modèle toxique à l’effort d’un changement. Nous tergiversons, nous débattons, nous reportons, comme un malade qui tripatouille ses déchets plutôt que de se prendre en main, alors que son logement pourrit autour de lui. 

Les scientifiques ont identifié des lignes rouges : neuf limites planétaires, les seuils à ne pas franchir pour que la Terre reste habitable. Nous en avons déjà pulvérisé sept. Le climat se dérègle, la biodiversité s’effondre, les sols se transforment en poussière, les océans deviennent des soupes acides, l’air irrite nos poumons… Nous vivons en surrégime, comme un Diogène qui continue à entasser des ordures dans un studio déjà saturé, jusqu’à ce que le plafond s’effondre. 

Les conséquences ? Elles crèvent les yeux. Des maladies qui explosent, des canicules qui tuent, des sécheresses qui transforment les terres fertiles en déserts, des inondations qui noient nos villes, des forêts aux arbres malades et des campagnes sans vie. Pourtant, nous faisons semblant de ne pas voir. Nous parlons de Mars, de colonies spatiales, de terres promises ailleurs dans l’univers. Mensonge ! Aucune planète de rechange ne nous attend. Aucune arche spatiale ne viendra nous sauver. Nous sommes destinés à vivre ici, dans cette maison qui fut si belle et que nous souillons méthodiquement, comme un malade qui s’évertue à pourrir son propre appartement devenu insalubre. 

Les limites planétaires ne sont pas des théories. Ce sont les murs de notre maison qui aujourd’hui se fissurent et qui s’effondrent 

Nous aimons nous croire indépendants, maîtres de notre destin. Illusion ! Quand les forêts canadiennes brûlent, ce sont nos poumons en Europe qui suffoquent. Quand les plastiques envahissent le Pacifique, ils finissent dans nos estomacs. Quand les pesticides exterminent les abeilles, nos assiettes se vident. Nos choix ont des répercussions en cascade. Les gaz à effet de serre que nous crachons ne restent pas au-dessus de nos têtes : ils voyagent, s’accumulent, réchauffent la planète, font monter les océans, déclenchent des catastrophes à des milliers de kilomètres. 

Nous ne sommes pas des îles, tout est interdépendant ; nous sommes une sous-partie d’un seul organisme planétaire aujourd’hui intoxiqué, asphyxié, au bord de l’effondrement. Notre bien-être est indissociable de celui de la Terre. Nous vivrons sainement seulement dans un environnement sain, et misérablement dans un environnement misérable. Mais apparemment nous sommes tous enchaînés à ce système délétère que nous avons créé, comme les chaînes d’un Diogène qui l’attachent à ses déchets. 

Nous avons bâti une civilisation sur une illusion : celle d’une planète toujours capable d’absorber les fruits pourris de notre mode de vie moderne. Or, la physique et la chimie, elles, ne plaisantent pas. Elles ne se soucient ni de nos beaux discours, ni de nos promesses électorales, ni de nos tergiversations, ni de nos espérances. Elles agissent, implacables. Et leurs effets sont déjà là : effondrement des écosystèmes, multiplication des catastrophes, empoisonnement généralisé. 

Il n’y a pas de négociation possible. Soit nous changeons, soit nous disparaissons. Soit nous nous soignons de notre syndrome généralisé de Diogène, soit nous serons ensevelis sous nos propres immondices, étouffés dans notre maison transformée en décharge géante. 

 Christophe B. 

samedi 20 septembre 2025

Fête de l'Huma : la réponse de Paul Watson

Mail de Paul Watson aux adhérent.e.s de Sea Sheperd France. Une réponse qui a le méritre d'être claire et honnorable. 

Hier, je ne savais pas ce qu'était un écofasciste. 

Aujourd'hui, apparemment, j'en suis un. 

Samedi dernier, j'ai parlé devant une foule conséquente lors de la conférence annuelle de la Fête de l'Humanité en France. 

Ce fut un événement passionnant, quelques milliers de personnes sympathisantes mais également environ deux cent manifestants indignés qui me hurlaient dessus et exigeaient qu'on me fasse taire , ce que j'ai trouvé plutôt ironique pour un évènement qui défend la liberté d'expression. 

Ce n'est pas de la faute des organisateurs, que j'ai trouvés plutôt ouverts et respectueux du droit de parole, et j'apprécie qu'ils m'aient invité. 

Les quelques centaines de perturbateurs étaient un groupe pour le moins enthousiaste, certains brandissaient le poing et me dénonçaient comme cette chose qu'ils appellent un « écofasciste. » J'ai l'habitude d'être traité de beaucoup de choses, notamment d'écoterroriste, d'extrémiste environnemental, d'activiste militant perturbateur et d'écopirate. Tous des surnoms très flatteurs et maintenant je peux en ajouter un nouveau - écofasciste. 

C'était génial. J'adore les publics hostiles et les débats animés, j’ai trouvé leurs chants « antifascistes " accrocheurs et mélodieux . 

J’ai toujours trouvé ce genre de perturbations excitantes pour ma part car elles créent une atmosphère propice à la transmission d'un message. La dernière fois que j'ai eu un public encore plus hostile, c'était il y a de nombreuses années quand j'ai débattu avec le Premier ministre de Terre-Neuve Brian Peckford devant un public de mille partisans de la chasse aux phoques, ou en 1984 quand je me suis adressé à une foule de trappeurs et de chasseurs en Colombie-Britannique du Nord en m'opposant à l'abattage de loups sponsorisé par le gouvernement. J'ai apprécié ces rencontres et je dois admettre que j'ai également apprécié la rencontre de samedi dernier. Rien de mieux que les cris fervents d'une foule pour m’inspirer et me motiver davantage. Donc j'étais très certainement inspiré pour exprimer mes positions, encore plus haut et fort, sur le biocentrisme, l'écologie profonde et les droits de la nature, ce qui, me dit-on, est de l'écofascisme. 

Et si c'est ainsi que l'écofascisme est défini, je ne m’en défendrai pas. 

Donc, en gardant le sourire et en élevant le volume de ma voix, j'ai transmis mon message sur l'importance de défendre la vie, la diversité et l'interdépendance dans les océans. 

D'après ce que j'ai compris, ces gens étaient contrariés que mes priorités soient écologiques et non politiques, que je valorise la vie des autres espèces au-dessus de l'humanité et que je considère le matérialisme humain et le comportement humain comme destructeurs pour la nature. Leur point de vue est que ma position de rectitude écologique n'est pas un point de vue politiquement acceptable. 

Tout ceci est très vrai et je ne présente aucune excuse. Je considère leur colère anthropocentrique comme une validation de mon biocentrisme. 

Nous, les humains, vivons sur cette planète grâce à des centaines de milliers d'espèces, nous sommes des passagers du Vaisseau Terre, et si nous voulons survivre, nous devons nous assurer que tous survivent. Je défends le biocentrisme, l'idée que nous ne sommes pas les maîtres et possesseurs de cette planète, que nous ne sommes pas l'espèce la plus importante au monde , et que les droits des humains ne devraient pas avoir la priorité sur les droits des autres espèces, plantes comme animaux. 

Certains considèrent apparemment mes critiques de l'anthropocentrisme comme racistes. 

Je ne crois pas qu'une personne biocentrique puisse être raciste puisque nous reconnaissons qu'il n'y a qu'une seule race, la race humaine, et que chaque humain est égal à tout autre humain et que toute vie de toutes les espèces est interdépendante. 

Cependant, nous ne sommes pas écologiquement égaux à de nombreuses autres espèces parce que beaucoup d'autres espèces sont plus précieuses que nous au maintien de la vie sur Terre. Cela signifie concrètement qu'elles n'ont pas besoin de nous, mais nous avons besoin d'elles. Nous ne pouvons pas vivre sur cette planète sans les microbes, les abeilles, les champignons, les arbres, les poissons, le phytoplancton et les baleines. Ils se porteraient en revanche très bien sans nous. 

Certains m'ont accusé d'être anti-autochtone pour m'être opposé à la chasse baleinière de la tribu Makah de l'État de Washington, oubliant commodément que mon opposition était à l'invitation de plus d'une douzaine d'Anciens de la nation Makah et que beaucoup de membres de mon équipage étaient eux mêmes autochtones. 

Ne se revendiquer ni de droite ni de gauche ni même centriste est une position incompréhensible pour certains. Ce sont des valeurs politiquement anthropocentriques, et je rejette les valeurs anthropocentriques. Donc, pour la droite, je suis dénoncé comme gauchiste et pour la gauche, je suis dénoncé comme extrémiste de droite ou cette chose intéressante qu'ils appellent un écofasciste. 

Après toute une vie passée à travailler avec et à lutter pour les droits des autochtones d'Amérique du Nord et du Sud, des Aborigènes d'Australie et des Maoris de Nouvelle-Zélande, c'était hilarant de voir un groupe d'Européens blancs privilégiés me dénoncer sur la base de désinformation et de propagande biaisée de mon histoire, une histoire dont ils ne savent de toute évidence pas grand-chose. 

Certains m'ont accusé d'être anti-immigration, ce à quoi j'ai répondu que je ne crois pas aux frontières et que mes opinions sur l'immigration sont les mêmes que celles du défunt leader du syndicat United Farmworkers, César Chávez : l'immigration illégale est utilisée par l'agrobusiness et les entreprises américaines pour maintenir les communautés latinos dans la pauvreté, une politique qui perpétue la misère et l'esclavage moderne aux États-Unis. 

Je ne suis certainement pas nationaliste et, à mon avis, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud devraient avoir des frontières ouvertes. Un être humain devrait avoir la liberté de se déplacer sur la planète sans restriction ni persécution. 

Et bien sûr, on m’accuse d’être raciste à cause de mon amitié avec Brigitte Bardot. Pour cela, je ne présente aucune excuse. Ce que Brigitte Bardot a accompli en 1977 mit fin au massacre commercial des phoques au Canada. Parce qu'elle a parlé, parce qu'elle a utilisé sa célébrité pour faire avancer la cause, plusieurs millions de bébés phoques ont eu la vie sauve et le marché des produits en peau de phoque s’est effondré dans de nombreux pays, y compris dans toute l'Europe. Je connais très peu de gens qui ont accompli autant pour les animaux qu'elle. 

Une autre accusation est que je veux voir la population humaine réduite de huit milliards à moins d'un milliard de personnes. C'est une déformation grossière de ce que j'ai réellement dit de nombreuses fois, à savoir que si l'humanité persiste à ignorer les lois de l'écologie, de l'interdépendance et la diminution de la diversité, cela conduira à la diminution des ressources et de la capacité de charge et aura des conséquences dévastatrices sur les populations humaines qui chuteraient en deçà de 1 milliard. Je ne préconise pas une réduction forcée de la population, mais je souligne que si la croissance démographique humaine n'est pas stabilisée, cela entraînera un effondrement écologique et l'incapacité de soutenir plus de huit milliards de personnes. 

Un monde sans abeilles, sans arbres, sans herbe, sans poissons n'est pas un monde capable de soutenir tant de milliards de primates consommateurs de ressources finies. 

Énoncer des faits écologiques et exposer des réalités écologiques n'est pas anti-humain. En fait, c'est très pro-humain parce que le mouvement environnemental vise vraiment à sauver l'humanité de la folie écologique de l'humanité. 

Si mes positions politiques ne sont ni de droite ni de gauche, alors que sont-elles ? C'est très simple, mes positions politiques sont anti-guerre (peu importe la raison), anti-racisme, anti-pauvreté, anti-génocide, pro-animal, pro-plante, pro-nature, pro-enfants et pro-paix. 

Je n'ai pas besoin de me définir par les querelles incessantes et improductives entre les stupides idéologies anthropocentriques de gauche et de droite. 

Mes positions ont toujours été écologiquement correctes, c'est-à-dire conformes aux trois lois fondamentales de l'écologie - la loi de la diversité, la loi de l'interdépendance et la loi des ressources finies. 

 Aucune espèce ne peut survivre en dehors de ces impératifs écologiques. 

Mes efforts pour travailler avec les Kayapó remontent à 1989 quand j'étais aux côtés du chef Paulinho Paiakan pour m'opposer au barrage du fleuve Xingu. En 1973, j'ai servi au combat comme infirmier pendant l'occupation de Wounded Knee par l'American Indian Movement pour défendre le traité de Fort Laramie de 1868. 

Tout cela ne signifie grand-chose pour quelques centaines de blancs qui me crient "écofascisme" tout en essayant sans succès de m'empêcher de parler. Ils ont décidé que ce que je disais était inacceptable pour eux et c'est parfaitement compréhensible puisque je ne tiens pas les positions que j'exprime dans le but de plaire aux gens. Je sais que mes opinions énervent beaucoup de gens et c'est le but - forcer les gens à affronter les réalités écologiques. 

Une question qui m'a été posée était si j'avais dit que les vies de quatre cent mille phoques valaient plus que les vies de quatre chasseurs de phoques qui sont morts en essayant de tuer des bébés phoques du Groenland. J'ai dit que oui, j'avais dit ça. Pourquoi dirais-je une telle chose ? Eh bien, parce que les vies de quatre cent mille phoques valent plus que les quatre hommes qui essayaient de les tuer. Est-ce une déclaration écofasciste ? Peut-être, mais je vois ça comme une vérité écologique. La survie d'une espèce menacée est plus importante que les quelques vies d'une espèce beaucoup plus abondante. Je suis monté sur cette scène sans savoir ce qu'était un écofasciste. 

Une heure plus tard, j'en suis descendu sous les applaudissements de mille personnes et les huées de quelques centaines d'autres avec une compréhension claire que selon leurs valeurs anthropocentriques, j'étais un environnementaliste écofasciste qui aime et respecte les animaux et la nature plus que l'humanité. 

 Et à cette accusation, et si c'est leur définition, je plaide fièrement coupable. 

Capitaine Paul Watson

 

Photo : Paul Watson à la Fête de l'Huma samedi 13 septembre. - ©THIERRY LE FOUILLE/SIPA 

dimanche 24 juin 2018

Destruction de la nature : un crime contre l’humanité

Personne n’aurait imaginé que nous perdrions aussi les hirondelles, en même temps que les abeilles. Les humains seront-ils les prochains ?


C’est la première fois. La première fois depuis quinze ans pour l’un, quarante ans pour l’autre, que nous travaillons dans la protection de l’environnement, que nous entendons cela. Dans notre réseau professionnel et amical, des directeurs de grandes associations naturalistes, des responsables de réserves naturelles nationales, des naturalistes de terrain sont de plus en plus nombreux à le dire, en «off» : «C’est fichu !» Ils n’y croient plus. Pour eux, les politiciens, les industriels mais aussi le grand public, personne ne comprend la catastrophe environnementale qui s’est enclenchée.

Ils continuent la lutte car il faut bien le faire, mais au fond, ils pensent que l’homme ne pourra pas faire machine arrière, c’est terminé. Nous courons à notre perte.

Quand on a, comme nous, consacré sa vie à la protection de l’environnement, de tels discours font froid dans le dos. Jusqu’ici, nous autres naturalistes, pensions que nous arriverions un jour à faire bouger les choses, à faire prendre conscience à l’humanité de son autodestruction. Mais si même nous n’y croyons plus, qui y croira ?

Ce printemps est un printemps vide. Les hirondelles, il y a encore quelques années très communes dans les villages, sont en train de disparaître à grande vitesse. On savait qu’on risquait de perdre un jour les éléphants. Que les guépards suivaient la même piste. Mais personne n’aurait imaginé que nous perdrions aussi les hirondelles, en même temps que les abeilles. Est-ce vraiment cela dont nous voulons ? Un monde sans éléphants, sans hirondelles ? Sans abeilles ? Aujourd’hui, plus de 12 000 espèces sont menacées d’extinction (et sans doute bien plus, certaines étant encore inconnues de la science). Depuis combien de temps n’avez-vous pas vu un hérisson autrement que sous forme de cadavre en bordure de route ? Depuis combien de temps n’avez-vous pas vu un hanneton butiner la haie fleurie au fond du jardin ? Ces animaux étaient communs, il y a encore peu de temps. Et plus besoin de nettoyer la calandre de la voiture après un long voyage. Il n’y a quasiment plus d’insectes écrasés dessus…

Les apiculteurs constatent un effondrement sans précédent au niveau des abeilles et des insectes pollinisateurs en général, avec toutes les questions agricoles et environnementales que cela pose. Comment allons-nous continuer à produire des fruits et des légumes sans insectes pollinisateurs ?

Dans le milieu des agriculteurs sensibles à l’environnement, une autre inquiétude est bien présente, depuis quelques années maintenant : les risques de grandes famines à venir, dues à l’agriculture industrielle, à la surexploitation des sols, à l’érosion et à la diminution des terres agricoles.

Contrairement à certains de nos amis naturalistes et scientifiques, nous espérons qu’il est encore possible pour l’homme de réagir, de se sauver, et donc de sauver ses enfants. Mais seulement si nous réagissons maintenant. Chaque jour, chaque heure compte désormais dans le compte à rebours.

Certains journalistes ont une grande part de responsabilité dans ce qui est en train de se passer, eux, qui sont censés donner l’alerte, eux, qui sont au courant des chiffres terrifiants de la situation écologique. Eux qui, lors des interviews des hommes politiques, ne posent presque jamais de questions sur l’environnement. Eux qui préfèrent consacrer des journaux entiers à des faits divers et autres informations malheureusement tellement dérisoires au regard de ce qui est en train de se jouer pour l’humanité.

Nous continuons de nous regarder le nombril, pendant que tout s’effondre autour de nous.

A chaque fois qu’un naturaliste essaie d’alerter l’opinion publique, on lui retourne qu’il est «moralisateur» ou «culpabilisant». Dirait-on à un assistant social qui explique à des parents mettant en danger leurs enfants l’urgence de changer de comportement qu’il est «moralisateur» ? Qu’il est «culpabilisant» ? Alors pourquoi, sur l’environnement, avons-nous le droit de mettre en danger l’avenir des enfants ? Pourquoi avons-nous le droit de leur donner à manger des aliments gorgés de pesticides ? De respirer un air pollué ?

Il est possible de retourner la situation, si ceux qui nous gouvernent et si les journalistes, qui doivent alerter l’opinion, prennent leurs responsabilités. Aujourd’hui, les politiques accouchent de «COP 21» médiatiquement parfaites mais dont les objectifs (inatteignables) font grimacer la communauté scientifique tant ils sont désormais irréalistes et non soutenus par des actions concrètes. C’est à nous citoyens qu’il appartient de montrer le chemin, en faisant pression pour que l’environnement devienne une priorité absolue.

On rétorque depuis des années aux scientifiques et aux naturalistes qu’ils sont «anxiogènes». Mais ce n’est pas d’alerter, ce n’est pas de parler du problème qui est anxiogène. C’est de laisser faire les choses sans réagir, alors qu’on a encore quelques moyens d’agir. Ce qui est anxiogène, ce sont les résultats d’études scientifiques qui s’accumulent depuis des décennies et qui vont aujourd’hui tous dans le même sens de l’accélération et de l’irréversibilité.

Nous devons urgemment apprendre à vivre avec mesure. Avant de se demander quelle énergie utiliser, il faut faire des économies d’énergie. Nous sommes dans une surconsommation énergétique, à l’échelle de la société comme à l’échelle individuelle. Cela pourrait être changé.

Nous devons aussi nous remettre à réfléchir à un thème banal dans les années 80 et devenu au fil du temps complètement tabou : la surpopulation. La société française reste profondément nataliste, tout comme le reste de la planète. Nous serons bientôt 8 milliards d’êtres humains sur Terre, engloutissant toutes les ressources.

Pourquoi faire autant d’enfants si c’est pour leur laisser une planète ravagée et l’impossibilité d’avoir une vie correcte ? A l’heure des enfants rois, nous leur faisons le pire des cadeaux : un environnement dévasté, une planète à bout de souffle.

Ne pourrions-nous pas faire preuve d’intelligence, nous, qui nous sommes hissés de facto au sommet de la pyramide du vivant ? Faire de deux domaines porteurs et concrets, l’alimentation bio et l’écoconstruction, des urgences prioritaires. Arrêter la course à la surconsommation. Réfléchir à notre façon de nous déplacer. Adhérer aux associations de protection de la nature. Ces dernières sont toutes extrêmement fragiles. Elles œuvrent à protéger l’humanité, mais leurs (maigres) subventions sont en permanence réduites, quand elles ne sont pas coupées. Cela demande un courage réel que de non plus changer de logiciel de vie, mais plutôt le disque dur de nos existences.

Nous appelons le gouvernement à écouter désormais Nicolas Hulot et à lui laisser la place et la marge de manœuvre promises. Nous sommes au-delà de l’urgence. Ceux qui auront contribué à la destruction de la nature, et donc des hommes, seront accusés, et peut-être même qui sait un jour jugés, pour «crime contre l’humanité». Car plus que la planète encore, c’est l’homme qui est aujourd’hui en danger.

Photo Christian Décout. Biosphoto

dimanche 22 avril 2018

En vrac : en route vers l'essentiel.

Luc Alphand quitte la France après le scandale de ses photos de chasse. L'ancien champion du monde de ski ne supporte plus le flot d'insultes qui dure depuis un an et demi et a décidé de quitter la France. Le bashing était trop important. Le sportif est passionné par la chasse, il ne s'en cache pas, mais il précise tout de même qu'il a uniquement dépecé des animaux « qui n'impactent pas la reproduction ». « Je les tire une fois, ils ne sentent rien », détaille-t-il. Toute cette polémique n'a pas été sans conséquences sur son image et son porte-monnaie : « Un tiers de mes sponsors est parti. Des conventions annulées. La piste de ski à mon nom n'a pas été débaptisée, ils ont juste enlevé le panneau, mais la course de vélo, si », conclut Luc Alphand. Et bien qu'il se casse, bon débarras ! Ce qui est fabuleux c'est qu'il n'y a pas une once de remise en cause de ses actes puisqu'il vous dit que les animaux ne sentent rien !... comme c'est autorisé il ne voit rien à y redire. Tuer des animaux en y prenant du plaisir, pour le plaisir de tuer, c'est, pour moi qui suis adepte de la vision Lakota vis-à-vis des animaux, inconcevable et condamnable au même titre que je condamne la corrida et tous les jeux qui participent à la maltraitance animale.

Dans le même temps la fac de Tolbiac a été évacuée manu-militari et l’on découvre, grâce au Figaro, l’état des dégradations matérielles qu’ont subi les locaux après quelques jours de blocus des étudiants et cela choque les braves gens. Face à ceux qui s'offusquent des tags retrouvés sur les murs de la fac de Tolbiac, mon frère, Christophe, répond et je partage : « Que sont ces tags (d'ailleurs peut-être intéressants dans leur propos pour certains ?) au regard des dégradations et destructions commises par notre économie ultralibérale (destruction de l'environnement, des droits sociaux, ..) et par notre gouvernement (destruction des acquis sociaux, du financement des HLM, des libertés individuelles et collectives, des hôpitaux, des universités,...) ? Parfois j'aimerais autant d'emportement contre ça que contre quelques malheureux graffitis, ça rééquilibrerait la balance des indignations. » Dans notre monde matérialiste, où l'humain et l'environnement ne sont que des variables d'ajustement, pleurer sur la dégradation du matériel a, en effet tout son sens.

Ailleurs la chambre d'agriculture refuse, dans un communiqué de presse, de se faire dicter la loi par les zadistes de Notre dame des Landes. Alors on se dit que ça y est, la FNSEA sort du bois ... un seul rêve pour eux : raser les haies, épandre, épandre et épandre encore, produire à grand coup de labours, de haine de la terre et de ses petits habitants. La FNSEA est à l’unisson avec not’président qui ne voit rien à redire à bombarder la Syrie sans mandat de l’ONU mais qui ne supporte pas que l’on plante trois poireaux sans accord de la préfecture.

Ce même Président, qui après avoir servi les riches, envisagerait bien une seconde journée travaillée sans salaire pour financer l'aide à la dépendance. Et puis quoi encore ? 15 jours ? Un mois ? Je rappelle que nous ne sommes pas bénévoles chez nos employeurs et encore moins esclaves. On bosse pour pouvoir tenter de finir les fins de mois pas trop dans le rouge. A l'instar des cheminots qui ne sont pas responsables des mauvais choix des gouvernements successifs et de leur direction dans les difficultés de la SNCF, les salariés ne sont pas responsables des mauvais choix politiques nationaux et militaires. Une seconde journée à travailler gratuitement alors que not'Président a fait cadeau de 5 miliards d'Euros aux ultra-riches, un cadeau empacté dans une fumeuse théorie du ruisselement ?!?! Et puis quoi encore !!! Stop au storytelling, veiller sur nos aînés oui, mais après une réorientation budgétaire et une véritable chasse aux fraudeurs fiscaux. Cela me fait penser à la prose de Virginie Despente dans le Tome 1 de Vernon Subutex « Les anciens sont accablés de voir ce que la Poste est devenue. C’est comme partout. Ils assistent à la démolition méthodique de tout ce qui fonctionnait, et en plus il leur faut écouter les bouffonneries des tarés sortis d’écoles de commerce qui leur expliquent comment devrait marcher la distribution du courrier alors qu’ils n’ont jamais vu un casier de tri de toute leurs chères études. Ça ne va jamais assez vite pour eux. Le petit personnel coûte toujours trop cher. Foutre en l’air des choses qui tenaient debout est plutôt rapide. Ils sont contents de leurs résultats : ils démolissent bien ces salauds. ». Ce passage met en relief l’hommage que not’président a cru bon d'envoyer aux personnels soignants des EHPAD et des Hôpitaux et qui, selon ses mots, « subissent le stress et vivent la mort au quotidien ». Mais Le personnel soignant n'a pas besoin d’hommage Mr le Président, ils et elles ont besoin de moyens ! Si on veut des paroles dans le vent on a déjà Dalida, alors arrêtez de vous foutre de nous. Arrêtez de vous foutre de nous, députés qui fustigent les pseudo-privilèges des cheminots. C'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité.

Pour compléter ce tableau où il me semble que notre monde est en perte de repères, j’ai envie de relater cette nouvelle effarante qui sonne comme un emblème de notre monde où tout se vaut, celle de ces sorties de classe qui sont en général, une visite de musée, la découverte d'un monument ou d'une pièce de théâtre, mais qui, aujourd’hui, sont dépassées : des écoles publiques emmènent aussi vos enfants… dans des magasins Apple !

Alors finalement, Luc Alphand est bien comme tout le monde. Un monde où tout se vaut, sauf la misérables existence d’êtres humains qui fuient la misère et la guerre, par la montagne ou par la mer, et que l’on peut laisser mourir dans la neige des sommets ou l’eau noire de la méditerranée car il faut protéger notre culture occidentale. Un monde où, au nom de nos dogmes de la consommation et de la croissance, il est autorisé de détruire la planète, le climat et la biodiversité. Alors finalement Luc Alphand est comme mes contemporains qui ne voient pas où sont les problèmes, n'y voient rien à y redire dans ce monde qui préfère Hanouna à l’intelligence. Ainsi donc on va laisser un monde sans abeilles, ni oiseaux, ni faune sauvage et une mer gélatineuse mais avec le graal absolu de la voiture qui se gare toutes seule laissant du temps pour regarder, en replay, les dernière mièvreries et médiocrités produites par TPMP. L'essentiel en quelque sorte !

mercredi 21 mars 2018

Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse »


Ce déclin « catastrophique », d’un tiers en quinze ans, est largement dû aux pratiques agricoles, selon les études du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle


Le printemps risque fort d’être silencieux. Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annoncent, mardi 20 mars, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français et évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »

Attribué par les chercheurs à l’intensification des pratiques agricoles de ces vingt-cinq dernières années, le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, « une période qui correspond, entre autres, à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune [européenne], à la flambée des cours du blé, à la reprise du suramendement au nitrate permettant d’avoir du blé surprotéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes », ces fameux insecticides neurotoxiques, très persistants, notamment impliqués dans le déclin des abeilles, et la raréfaction des insectes en général.

Plus inquiétant, les chercheurs observent que le rythme de disparition des oiseaux s’est encore intensifié ces deux dernières années.

Résultats de deux réseaux de surveillance

Le constat est d’autant plus solide qu’il est issu de deux réseaux de surveillance distincts, indépendants et relevant de deux méthodologies différentes. Le premier, le programme STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) est un réseau de sciences participatives porté par le Muséum national d’histoire naturelle. Il rassemble les observations d’ornithologues professionnels et amateurs sur l’ensemble du territoire et dans différents habitats (ville, forêt, campagne). Le second s’articule autour de 160 points de mesure de 10 hectares, suivis sans interruption depuis 1994 dans la « zone-atelier du CNRS » Plaine et val de Sèvre, où des scientifiques procèdent à des comptages réguliers.

« Les résultats de ces deux réseaux coïncident largement et notent une chute marquée des espèces spécialistes des plaines agricoles, comme l’alouette », constate l’écologue Vincent Bretagnolle, chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres (CNRS et université de La Rochelle). « Ce qui est très inquiétant est que, sur notre zone d’étude, des espèces non spécialistes des écosystèmes agricoles, comme le pinson, la tourterelle, le merle ou le pigeon ramier, déclinent également. »

Sur la zone-atelier du CNRS – 450 km2 de plaine agricole étudiés par des agronomes et des écologues depuis plus de vingt ans –, la perdrix est désormais virtuellement éteinte. « On note de 80 % à 90 % de déclin depuis le milieu des années 1990, mais les derniers spécimens que l’on rencontre sont issus des lâchers d’automne, organisés par les chasseurs, et ils ne sont que quelques rescapés », précise M. Bretagnolle.

Déclin massif des insectes

Pour le chercheur français, « on constate une accélération du déclin à la fin des années 2000, que l’on peut associer, mais seulement de manière corrélative et empirique, à l’augmentation du recours à certains néonicotinoïdes, en particulier sur le blé, qui correspond à un effondrement accru de populations d’insectes déjà déclinantes ».

A l’automne 2017, des chercheurs allemands et britanniques conduits par Caspar Hallmann (université Radboud, Pays-Bas) ont, pour la première fois, mis un chiffre sur le déclin massif des invertébrés depuis le début des années 1990 : selon leurs travaux, publiés en octobre dans la revue PloS One, le nombre d’insectes volants a décliné de 75 % à 80 % sur le territoire allemand.

Des mesures encore non publiées, réalisées en France dans la zone-atelier Plaine et val de Sèvre, sont cohérentes avec ces chiffres. Elles indiquent que le carabe, le coléoptère le plus commun de ce type d’écosystème, a perdu près de 85 % de ses populations au cours des vingt-trois dernières années, sur la zone étudiée par les chercheurs du CNRS.

« Or de nombreuses espèces d’oiseaux granivores passent par un stade insectivore au début de leur vie, explique Christian Pacteau, référent pour la biodiversité à la Ligue de protection des oiseaux (LPO). La disparition des invertébrés provoque donc naturellement un problème alimentaire profond pour de nombreuses espèces d’oiseaux et ce problème demeure invisible : on va accumuler de petites pertes, nid par nid, qui font que les populations ne sont pas remplacées. »

Dégradations profondes de l’environnement

La disparition en cours des oiseaux des champs n’est que la part observable de dégradations plus profondes de l’environnement. « Il y a moins d’insectes, mais il y a aussi moins de plantes sauvages et donc moins de graines, qui sont une ressource nutritive majeure pour de nombreuses espèces, relève Frédéric Jiguet, professeur de biologie de la conservation au Muséum et coordinateur du réseau d’observation STOC. Que les oiseaux se portent mal indique que c’est l’ensemble de la chaîne trophique [chaîne alimentaire] qui se porte mal. Et cela inclut la microfaune des sols, c’est-à-dire ce qui les rend vivants et permet les activités agricoles. »

La situation française n’est pas différente de celle rencontrée ailleurs en Europe. « On est dans la continuité d’une tendance lourde qui touche l’ensemble des pays de l’Union européenne », note M. Jiguet. Est-elle réversible ? « Trois pays, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni, ont mis en œuvre des politiques nationales volontaristes pour inverser cette tendance lourde, en aménageant à la marge le modèle agricole dominant, explique Vincent Bretagnolle. Aucun de ces trois pays n’est parvenu à inverser la tendance : pour obtenir un effet tangible, il faut changer les pratiques sur des surfaces considérables. Sinon, les effets sont imperceptibles. Ce n’est pas un problème d’agriculteurs, mais de modèle agricole : si on veut enrayer le déclin de la biodiversité dans les campagnes, il faut en changer, avec les agriculteurs. »

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Merci Nicolas Hulot pour cette interpellation dans l’Hémicycle. 
Ils ont applaudi ... ils ont donc approuvé ? On est sauvé ?

Bruno BOMBLED : Les insectes ont commencé par disparaître, aujourd'hui ce sont les oiseaux, demain ce sera nous. On peut créer des abeilles "robotisées" pour permettre la pollinisation, mais empêcher Monsanto de tuer les "vraies", ça on peut pas ?!?! A la lumière de cette réflexion, de bon sens lue sur Facebook et que je partage, n'est on pas en droit de ce demander s'il existe-t-il une forme d'intelligence sur cette terre ailleurs que chez les écolos ? Quel avenir pour demain ? L'effondrement à n'en pas douter, comme le club de Rome, "ces gens qui ont eu raison trop tôt", selon mon collègue Jean Jouzel, l'a annoncé si nous ne changeons rien. L'effondrement à n'en pas douter car l'essentiel, pour mes concitoyens, c'est qu'ils puissent partir en vacances à l'autre bout de la planète, avoir le dernier i-phone et bouffer du Nutella. Alors les oiseaux et les petites fleurs, vous comprenez que de cela, ils s'en foutent comme de leur première chemise. L'humanité disparaîtra ... bon débarras !


Signez la pétition 
lancée par Pierre LUCOT sur Change.org

Photo : Mike Lane. Naturimages

samedi 3 juin 2017

Où sont passés tous les insectes ?

Les entomologistes appellent cela le phénomène du pare-brise. « Si vous parlez à des gens, ils ont un sentiment d'intuition. Ils se souviennent comment, dans le temps, les insectes s’écrasaient sur leur pare-brise », déclare Wolfgang Wägele, directeur de l'Institut Leibniz pour la biodiversité animale à Bonn, en Allemagne. Aujourd'hui, les conducteurs passent moins de temps à gratter et à frotter. « J’ai tendance à ne me fier qu’aux données scientifiques », explique Scott Black, directeur exécutif de la Société Xerces pour la conservation des invertébrés à Portland, en Oregon. « Mais quand vous réalisez que vous ne voyez plus tout ce bazar [sur votre pare-brise], ça vous prend aux tripes. »

Certaines personnes affirment que les voitures d’aujourd'hui sont plus aérodynamiques et qu’elles sont donc moins mortelles pour les insectes. Mais Black répond à cela en parlant avec fierté de sa « Ford Mustang », de son adolescence, et de ses lignes très longilignes. « J'avais l'habitude de laver ma voiture tout le temps. Elle était toujours couverte d'insectes ». A l’inverse, aujourd’hui, Martin Sorg, un entomologiste, a constaté l’exact contraire: « Je conduis un Land Rover, avec l'aérodynamique d'un réfrigérateur et le pare-brise reste propre ».

Ainsi sont les observations sur les insectes, il existe peu de données fiables sur l’abondance des espèces d'insectes, même si les scientifiques ont suivi des déclins alarmants chez les abeilles domestiques, les papillons monarques et les insectes du type vers luisant au cours du temps. Cependant peu ont prêté attention aux mites, aux mouches, aux coléoptères et ainsi qu’à d'innombrables autres insectes qui pullulent pendant les mois chauds.

Parmi les enregistrements qui existent, beaucoup viennent de naturalistes amateurs, qu'ils soient des collectionneurs de papillons ou des observateurs d'oiseaux. Ainsi de nouvelles séries de données à long terme sont issues de groupes d'entomologues, pour la plupart des amateurs, qui ont suivi l'abondance des insectes dans plus de 100 réserves naturelles, en Europe occidentale, depuis les années 1980. Il en est ainsi des membres de la société Krefeld (land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie) qui ont observé, enregistré et rassemblé des insectes de la région - et du monde entier - depuis 1905 et écrit plus de 2000 publications sur la taxonomie, l'écologie et le comportement des insectes.

C’est ainsi qu’en 2013 le groupe de la Société d'entomologie de Krefeld, a constaté quelque chose d'alarmant. Lorsqu'ils sont revenus à l'un de leurs premiers sites de piégeage démarré en 1989, la masse totale de leurs prises avait chuté de près de 80%. Peut-être était-ce une année particulièrement mauvaise ? Ont-ils pensé. Dès lors ils ont remis en place des pièges en 2014 et les chiffres ont tout été aussi dramatiques. Grâce à des comparaisons plus directes, le groupe - qui a conservé des milliers d'échantillons sur trois décennies - a constaté, également, des baisses spectaculaires dans plus d'une douzaine d'autres sites.

De telles pertes se répercutent sur la chaîne alimentaire. « Si vous êtes un oiseau qui mange des insectes vivant dans cette région, vous observerez que les quatre cinquièmes de votre nourriture a disparu au dernier quart de siècle, ce qui interroge », explique Dave Goulson, écologiste de l'Université du Sussex au Royaume-Uni, qui travaille avec le groupe Krefeld.

Même si, au premier coup d'œil, la « Liste rouge » d'insectes en voie de disparition de l'Allemagne ne semble pas alarmante puisque peu d'espèces y sont répertoriées comme éteintes car se trouvant encore dans un ou deux sites, il ne faut pas oublier que beaucoup ont disparu de vastes zones où elles étaient autrefois communes. En Allemagne, trois espèces d'abeilles ont disparu, mais la région de Krefeld a perdu plus de la moitié des deux douzaines d'espèces d'abeilles que les membres de la société ont documentés au début du 20ème siècle.

Au siège de la société, les salles stockent plus d'un million d'échantillons d'insectes individuellement fixés et nommés dans des vitrines. La plupart ont été recueillies à proximité, mais certaines proviennent de contrées plus exotiques. Parmi ceux-ci figurent ceux de la collection d'un prêtre local, membre actif dans les années 1940 et 1950, qui a persuadé ses collègues du monde entier à lui envoyer des spécimens. Des dizaines de millions d'autres insectes flottent dans des bouteilles d'alcool soigneusement étiquetées provenant de projets de monitoring initiés par la société Krefeld, dans les réserves naturelles des alentours. Heinz Schwan, membre de la société de longue date et qui a pesé des milliers d'échantillons de pièges, explique que la société a commencé à recueillir des enregistrements long terme, de l'abondance des insectes, en partie par hasard.

Au début des années 1980, les autorités locales ont demandé, au groupe, d'aider à évaluer comment différentes stratégies de gestion des réserves pouvaient affecter les populations d'insectes et leur diversité. Les membres ont donc surveillé chaque site, une fois par ans, en installant des pièges à insectes identiques aux mêmes endroits, à chaque fois, afin d’assurer des comparaisons pertinentes. En conservant tous les échantillons, car chacun représentait un instantané des populations d'insectes potentiellement intéressant, à une époque où la notion de « biodiversité »n'existait pas, cela a permis au groupe Krefeld de publier quelque résultats qui apparaissent inquiétants.

Au-delà de la baisse frappante de la biomasse globale des insectes, les données indiquent des pertes dans des groupes négligés jusqu’alors. Dans les données de Krefeld, les pollinisateurs importants présentent un déclin particulièrement important. En 1989, les pièges du groupe, dans une réserve naturelle, ont collecté 17291 insectes volants se répartissant en 143 espèces. En 2014, dans les mêmes endroits, ils ont trouvé seulement 2737 individus se répartissant en 104 espèces.

Depuis leurs premières découvertes en 2013, le groupe a installé de plus en plus de pièges chaque année. En collaboration avec des chercheurs de plusieurs universités, les membres de la société ont recherché des corrélations avec la météo, les changements de végétation et d'autres facteurs. Aucune cause simple n'a alors émergé. Même dans les réserves où la diversité et l'abondance des plantes se sont améliorées, Sorg déclare que « les insectes ont encore continué à disparaitre ».

Les changements dans l'utilisation des terres entourant les réserves naturelles jouent probablement un rôle. « Nous avons perdu énormément d'habitat, ce qui a certainement contribué à toutes ces diminutions », dit Goulson, écologiste de l'Université du Sussex au Royaume-Uni, qui travaille avec le groupe Krefeld. Au fur et à mesure que les champs s'étendent et que les haies disparaissent, les îlots d'habitats isolés préservés peuvent supporter moins d'espèces. L’utilisation accrue d’engrais sur les pâturages favorise également les graminées au détriment des fleurs sauvages que beaucoup d'insectes préfèrent pourtant. Et lorsque le développement remplace la campagne, les rues et les bâtiments génèrent de la pollution lumineuse qui égare les insectes nocturnes et les stoppent.

Les pesticides à base de néonicotinoïdes, déjà impliqués dans la crise généralisée des populations d'abeilles, sont un autre suspect majeur. Introduit dans les années 1980, ils sont maintenant les insecticides les plus utilisés de part le monde. Initialement considérés comme relativement bénins parce que souvent appliqués directement sur les graines, plutôt que par pulvérisation, ils sont devenus suspects parce que solubles dans l'eau et qu’ils ne restent donc pas dans les champs où ils sont utilisés. Goulson et ses collègues ont signalé, en 2015, que le nectar et le pollen des fleurs sauvages, à côté des champs traités, peuvent avoir des concentrations plus élevées de néonicotinoïdes que les plantes cultivées. Bien que les études initiales sur la sécurité aient montré que les niveaux admissibles des composés ne menaçaient pas directement les abeilles, elles influent cependant, selon des recherches, sur les capacités des insectes à naviguer et à communiquer. Les chercheurs ont trouvé des effets similaires chez les abeilles solitaires sauvages.

On sait moins de choses sur la façon dont ces produits chimiques affectent d'autres insectes, mais de nouvelles études sur les parasitoïdes suggèrent que ces effets pourraient être importants. Cependant, personne ne peut vraiment prouver que les pesticides sont responsables du déclin. « Il n'y a pas de données sur les niveaux d'insecticide et en particulier dans les réserves naturelles », dit Sorg. Le groupe a essayé de déterminer les types de pesticides utilisés dans les champs proches des réserves, mais cela s'est avéré difficile. Mais les pare-brise propres sont une indication.

De leur coté, entre 1970 et 2002, les pièges posés dans le sud de l'Angleterre n’avaient pas montré de diminution significative de la biomasse. Cependant les prises dans le sud de l'Écosse, ont diminué de plus des deux tiers au cours de la même période et Bell note que les chiffres globaux en Écosse étaient beaucoup plus élevés au début de l'étude. « C'est peut-être qu'une grande partie de l'abondance [des insectes] dans le sud de l'Angleterre avait déjà été perdue » depuis 1970, a-t-il dit, après les changements dramatiques de l'après-guerre dans l'agriculture et l'utilisation des terres.

La biomasse stable, dans le sud de l'Angleterre, peut être en partie attribuable à des niveaux constants de parasites tels que les pucerons, qui peuvent prospérer lorsque leurs prédateurs d'insectes sont absents. De tels parasites peuvent profiter de divers environnements, se déplacer sur de grandes distances et se reproduire plusieurs fois par an. Certains peuvent même bénéficier des pesticides car ils se reproduisent assez rapidement ce qui leur permet de développer une résistance, alors que leurs prédateurs diminuent. « Ainsi donc, beaucoup d'insectes vont bien, mais les insectes que nous « aimons » ne le sont peut-être pas », dit Black.

De leur coté les espèces d'oiseaux, en Amérique du Nord et en Europe, qui mangent des insectes volants, comme les alouettes, les hirondelles et les martinets sont en forte baisse. La perte d'habitat joue certainement un rôle, dit Nocera, « mais le facteur évident qui les lie tous ensemble est leur alimentation ». Certains indices proviennent de décennies de déjections stratifiées de Martinet ramoneur. Nocera et ses collègues ont échantillonné des cheminées désaffectées à travers le Canada où les Martinets ramoneurs avaient construit leurs nids depuis des générations. À partir de ces excréments, lui et ses collègues ont pu reconstituer un historique des régimes alimentaires de ces oiseaux qui mangent presque exclusivement des insectes capturés en vol.

Les strates ont révélé un changement frappant dans les régimes des oiseaux dans les années 1940, à peu près au moment où le DDT a été introduit. La proportion de coléoptères a été abandonnée, ce qui suggère que les oiseaux mangent des insectes plus petits - et reçoivent par la même occasion moins de calories par capture. La proportion de morceaux de coléoptères a légèrement augmenté après que le DDT ait été interdit, dans les années 1970, mais sans jamais retrouver ses niveaux antérieurs. Le manque de données directes sur les populations d'insectes est frustrant, affirme Nocera. « Tout est corrélatif. Nous savons que les populations d'insectes ont changé, engendrant la baisse que nous observons maintenant, mais nous n'avons pas suffisamment de données historiques, et nous ne les aurons jamais, car nous ne pouvons pas remonter dans le temps ».

Alors s’il est vrai que nous n’éliminerons pas tous les insectes, car les vertébrés disparaitront d’abord, nous sommes, par contre, parfaitement en capacité de causer des dommages massifs à la biodiversité qui nous est utile.

mercredi 20 août 2014

En vrac : Climat, Overshoot day, biodiversité et mondialité

Climat : Ce que je retiens de l'audition de Nicolas Hulot à l'Assemblée Nationale, vu ce 20 août 2014 sur La Chaîne parlementaire, pour les travaux de la Commission du Développement Durable : 

Il ne sert plus à rien de tergiverser sur l'existence ou non des changements climatiques et sur la responsabilité humaine. Aujourd'hui il existe un organisme reconnu par tous qui est le GIEC et qui affirme qu'à plus de 98 %, les changements climatiques sont une réalité et que la responsabilité en est anthropique. Mais s'il existe, en effet, une faible probabilité que cela soit faux, qui entrerait dans un train qui a plus de 98 % de risque de se cracher ?

Faut-il être optimiste ou pessimiste concernant les changements climatique ? Je dirait qu'il ne faut être ni l'un ni l'autre car les deux ont abandonné le combat et l'action, l'un grâce à sa foi en l'avenir et en notre éventuelle capacité à trouver, in fine, une solution technologique, l'autre face à la fatalité qui lui dicte de ne rien faire puisque tout est foutu. En Afrique il est un dicton qui dit qu'il faut des optimistes et des pessimistes, puisque l'optimiste invente le bateau et le pessimiste le canot de sauvetage. Il ne sert à rien d'être pessimiste ou optimiste il faut être acteur du changement.

La conférence de Paris de 2015 sur le climat, devrait être capitale et historique car, contrairement aux autres conférences sur le climat, qui reposaient sur le volontariat non contraignant des pays, la conférence de Paris sera globale et juridiquement contraignante.

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Overshoot Day : En moins de huit mois, l'humanité a consommé l'intégralité des ressources naturelles que la planète peut produire en une année, selon l'organisation non gouvernementale Global Footprint Network. Ce mardi 19 août marque le point de bascule pour 2014 : désormais, nous vivons à crédit, notre consommation de ressources puise dans les stocks et augmente le dioxyde de carbone de l'atmosphère. L'accumulation des gaz à effet de serre est en effet plus rapide que la capacité d'absorption des forêts et des océans.

C'est ainsi que désormais 72% de la population vivent dans des pays qui surexploitent la biocapacité (dont la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, le Japon, les Etats-Unis, la Grèce, le Danemark, la Suisse, le Qatar et les Émirats arabes unis).

Il faudrait ainsi 1,6 France pour répondre aux besoins des Français, 1,9 Etats-Unis pour les Américains, 2,5 Allemagne pour les Allemands, 3,3 Royaume-Uni pour les Britanniques, 3,1 Grèce pour les Grecs, 4,3 Suisse pour les Suisses, 4,4 Italie pour les Italiens, 7 Japon pour les Japonais et 12,3 Émirats arabes unis pour les Emiriens.

20, 30 voire 40 ans que l'on alerte mais personne n'a voulu entendre et ne veut entendre. Aujourd'hui tous les signaux sont au rouge et le seul chemin que nous propose notre monde est de continuer vers le mur. Perso j'aurai fait ma part de boulot depuis mes 18 ans, je ne regrette qu'une chose, n'avoir pas su convaincre.

Triste jour

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Biodiversité : Une petite confirmation d'une remarque pertinente de mon frère. Après 5 heures de route, pour partir en Bretagne cet été, ma voiture est presque clean, elle n'est pas maculée d'insectes comme pouvait l'être celle de mes parents quand nous partions en vacances quand j'étais môme. Es-ce un bon indicateur visible de la chute de la densité inquiétante de ce maillon indispensable de la chaîne de la vie ?

Pour le biologiste néerlandais Maarten Bijleveld van Lexmond, qui a réunit une douzaine d'entomologistes partageant la même inquiétude en juillet 2009, cela est effectivement un indicateur de la chute de la biodiversité. Tous notaient un déclin accéléré de toutes les espèces d'insectes depuis les années 1990. Selon eux, l'effondrement des abeilles domestiques n'est que la partie visible de ce phénomène aux conséquences considérables pour l'ensemble des écosystèmes.

Encore fallait-il étayer ce soupçon.

Au fil des mois, le petit groupe de chercheurs est devenu un consortium international – le Groupe de travail sur les pesticides systémiques – d'une cinquantaine de scientifiques de 15 nationalités, pour la plupart universitaires ou chercheurs au sein d'organismes publics. Le résultat de leurs cinq années de travail est résumé par Jean-Marc Bonmatin (Centre de biophysique moléculaire du CNRS) "Les preuves sont très claires" que l'exposition chronique à des faibles doses des mélanges de néonicotinoïdes, de fipronil et de leurs produits de dégradation, fragilise les populations de nombreuses espèces (troubles de reproduction, facultés de survie réduites) et que "nous assistons à une menace pour la productivité de notre environnement agricole et naturel". "Le déclin des insectes, c'est aussi le déclin des oiseaux, dont plus de la moitié sont insectivores", note François Ramade (université Paris-Sud) qui ne peux que rappeler que "La recherche en agronomie est sous la tutelle des pouvoirs publics, qui sont généralement soucieux de ne pas gêner l'activité économique et donc l'emploi. De plus, les agences de sécurité sanitaire ne se sont guère préoccupées de ce problème car ces substances ne posent pas de graves problèmes pour l'homme. Il n'en reste pas moins qu'elles finiront par avoir un impact économique négatif important."

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Globetrotters : Un premier cas autochtone de dengue découvert dans le Var, un risque de pandémie d'ébola et toujours le risque de grippe aviaire qui nous pend au nez. Merci à la mondialisation, merci à tous ceux qui ont la bougeotte dans une inconscience coupable, ne pouvant s'empêcher de jouer les globetrotters pour aller "polluer toutes les plages et, par leur unique présence, abîmer tous les paysages", bousiller le climat, répandre des espèces qui deviendront invasives et faire courir des risques à l'ensemble des humains en véhiculant ces saloperies. 

Le seul point positif que je vois à cette situation, c'est de se dire que maintenant qu'il y a un risque que ces maladies tropicales atteignent les occidentaux, ceux-ci vont, peut-être, se bouger le cul pour trouver des remèdes qui pourront ensuite être transférer aux plus pauvres.

mercredi 28 août 2013

Faute d’abeilles, agriculteur cherche apiculteur pour pollinisation

Des apiculteurs frappés par le déclin des abeilles et des paysans aux champs moins fertiles s'associent pour recréer ce service naturel en voie de disparition.

Ils se sont trouvés sur un site de rencontre. L’un est agriculteur, l’autre est apiculteur. La raison de leur union : la pollinisation. Ce service, indispensable à la multiplication des semences potagères et oléagineuses (colza ou tournesol), est, en principe, rendu gratuitement par la nature. En principe, car "d’un coté le nombre d’insectes pollinisateurs décline, de l’autre, les besoins de l’agriculture augmentent avec les surfaces de cultures dépendantes de ces insectes, comme les variétés hybrides", résume Bernard Vaissière, chargé de recherche en pollinisation et écologie des abeilles à l’Inra (Institut national de recherche agronomique) d’Avignon (Vaucluse). Résultat : certaines régions d’agriculture intensive, comme la Beauce et ses plaines sans haies ni bosquets, sont confrontées à une pénurie de butineurs. Or, ceux-ci contribuent au moins à 30% de la fécondation des fleurs. Sans eux, certaines productions s’effondrent.

Pour y remédier, les agriculteurs multiplicateurs, spécialisés dans la production de semences oléagineuses, louent les ruches d’apiculteurs pendant les périodes de floraison.

Dégringolade des pollinisateurs sauvages

"ce site ne fait qu’institutionnaliser une pratique déjà très répandue", relate Amandine De La Forge, chargée de communication au sein de l’Union française des semenciers (UFS). "L’introduction de ruches a débuté dans les années 1970, confirme Bernard Vaissière. Longtemps, les insectes pollinisateurs, c’était comme la lumière ou le vent, personne ne se posait la question de leur action." Mais entre 2004 et 2010, en France, le nombre pollinisateurs sauvages a chuté de moitié bien que les pertes soient impossible à chiffrer.

Les butineurs se font alors remarquer par leur absence. "A ce moment-là, les agriculteurs prennent conscience que, pour une majorité de culture, la pollinisation par les insectes leur est indispensable", raconte Bernard Vaissière. Publications et conférences scientifiques à l’appui, le travail des abeilles est peu à peu perçu comme un facteur de production.

Se parler plutôt que de s'affronter

"Beewapi doit nous permettre de nous parler plutôt que de passer notre temps à nous affronter", sourit Thomas Mollet, président de l’Institut de l’abeille (Itsap). Au cœur des tensions, les pesticides, soupçonnés d’affaiblir, de désorienter et au final de décimer les colonies d’abeilles. "Dans notre milieu, l’agriculteur conventionnel passe souvent pour un tueur d’abeilles", reconnaît l’apiculteur. Ainsi l'urgence entraîne l’alliance et certains apiculteurs expérimentent, sélectionnent les meilleurs butineuses, scrute l’activité des ruches pour répondre au mieux aux besoins des producteurs mais "à elles seules, les abeilles domestiquées ne suffisent pas", reconnaît Bernard Vaissière. Une étude de Science Magazine réalisée dans 21 pays le confirme : entre pollinisateurs sauvages et domestiqués il y a "complémentarité". "Pour produire certaines semences de laitue, seules des abeilles sauvages sont capables d’assurer la pollinisation", illustre le biologiste. Un service de la nature auquel aucun professionnel ne saurait se substituer.

Et pendant ce temps, selon l'AFP, les groupes chimiques suisse Syngenta et allemand Bayer ont contesté devant la Cour de justice de l'Union européenne la décision de Bruxelles de restreindre, pendant deux ans, à compter du 1er décembre 2013, l'utilisation du thiaméthoxame, ainsi que de deux autres pesticides néonicotinoïdes (la clothianidine et l'imidaclopride) suspectés d'être nocifs pour les abeilles.

Tout va bien dans le meilleur des mondes.