Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

samedi 3 décembre 2016

Le choix de l’insoumission

A la veille de la réunion du Front commun à Montreuil, la Coopérative écologie sociale (dont sont notamment membres Francine Bavay, conseillère fédérale EELV, Sergio Coronado, député EELV des Français de l'étranger, Patrick Farbiaz, conseiller fédéral EELV, Bénédicte Monville-De Cecco, conseillère régionale d’Île de France EELV), profite de l’occasion pour «reposer au sein d’EELV, la question de l’opportunité d’une candidature écologiste à la présidentielle».

La situation nouvelle dans laquelle nous nous trouvons depuis l’élection de Donald Trump et la désignation de François Fillon comme candidat de la droite et du centre nous oblige à réaffirmer les choix, finalement minoritaires, que nous avions portés lors du dernier Congrès d’EELV et alors même que les primaires de l’écologie viennent de s’achever. La victoire sans appel de deux réactionnaires sur les bases d’une révolution ultralibérale, conservatrice, et souverainiste dans deux des six plus grandes puissances du monde conjuguée avec le poutinisme et le renforcement de la prédominance de Xi Jinping en Chine, ou encore d’Erdogan en Turquie change la donne. Le monde dans lequel nous entrons rompt non seulement avec les Trente glorieuses mais aussi, en Occident, avec la promesse de progrès social et démocratique. Le chaos géopolitique se double maintenant d’une hypothèse autoritaire. Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie, nulle part.

Dès lors, l’enjeu de l’élection présidentielle se modifie. Ce n’est plus seulement la défaite de la gauche qui se profile mais la nécessité d’entamer une recomposition politique pour organiser la résistance de celles et ceux qui veulent s’opposer au tsunami réactionnaire et ordo-libéral qui vient. Nous savions déjà, avant la victoire de François Fillon, que le vote à gauche se départagera entre celles et ceux qui, dans la peur d’un 21 avril annoncé, vont nous expliquer que le danger immédiat est celui de la droite et de l’extrême droite et celles et ceux qui estiment, comme en 1969, que l’enjeu est de montrer qu’il est possible d’en finir avec l’hégémonie d’une gauche néoconservatrice sur la gauche sociale, écologique et morale qui se bat depuis quatre ans contre ce gouvernement qui dévoie toutes nos valeurs. Mais si la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis démontre, s’il le fallait encore, que la première réponse est parfaitement inutile à long terme, celle de François Fillon renforce l’idée que la politique de la gauche de gouvernement depuis 2011 dans tous les domaines a encouragé cette révolution conservatrice. Il faut tout faire pour mettre en minorité le Parti Socialiste, responsable au premier chef de cette situation.

Vouloir porter un discours de changement positif est dans ce cadre une illusion et ne débouchera que sur une nouvelle déception. Faire 2, 3 voire 4 % reviendra à enfoncer un clou supplémentaire sur le cercueil de l’écologie politique alors qu’elle est la seule idée propulsive de l’avenir. Dans ces conditions, une candidature EELV, que notre candidat a qualifiée lui-même de candidature de témoignage à l’élection présidentielle, n’est pas souhaitable. Yannick Jadot a assurément des qualités pour être le candidat d’EELV mais à quoi sert un candidat de témoignage dans la période inédite que nous traversons ? Pourquoi prétendre que l’enjeu se situe encore dans la diffusion des idées écologistes alors qu’il s’agit de manière urgente de se demander comment créer les conditions qui permette de sortir l’écologie politique de la situation de marginalité où depuis la fin du XIXème siècle les forces conservatrices travaillent à la maintenir ? Yannick Jadot ne répond pas à ces questions. A quoi sert dans une période d’exaspération des national-populismes, de mensonges et de négation du dérèglement climatique et de ses conséquences de continuer à prétendre qu’il existe un peuple de l’écologie ? Quelle est la pertinence d’une candidature qui veut faire la synthèse entre une écologie bourgeoise, soucieuse de santé et de préservation de la nature, mais qui pourtant refuse de poser la question des rapports de production et de la prédominance du capital, et une écologie politique, au sens plein du terme, qui affronte la relation fondamentale entre capitalisme et destruction de la nature ? Avons-nous besoin d’une énième candidature de témoignage ? Sans un processus de rassemblement des forces du champ de l’émancipation sociale et écologiste quel sens cette candidature peut avoir ?

Ces dernières années, l’écologie politique a encore souffert du louvoiement, du renoncement, de l’accaparement par une « firme » d’un espace qui pourtant avait réuni plus de 16 % de l’électorat aux élections européennes de 2009. Ce formidable élan a été détruit par les petits marquis qui sont allés sans vergogne rejoindre la cohorte des soldats perdus du gouvernement Hollande-Valls. Notre parti a choisi d’y mettre un terme et c’est tant mieux mais pour quoi faire ?

L’élection présidentielle n’a jamais été le tremplin des candidat-es écologistes aux élections législatives. Ils ont toujours réalisé de meilleurs scores que le candidat parce que les électeurs votent utile en mai et reviennent en partie à un vote de conviction en juin. Cette fois-ci pourtant la revendication d’autonomie intransigeante dont se revendique le candidat EELV à la présidentielle comme d’ailleurs la majorité issue du Congrès de Pantin obère cette possibilité. Sur le terrain, les militant-es écologistes savent bien que l’heure est au désarroi et qu’il s’agit d’abord de regrouper des forces citoyennes en rupture avec le hollandisme pour rebâtir à partir du bas sur une plate forme partagée par l’ensemble des forces de la gauche de transformation sociale et écologique. Crier autonomie, autonomie, autonomie, n’a donc aucun sens sinon conforter celles et ceux qui se fourvoient et travaillent en réalité au maintien de la marginalité écologique. C’est-à-dire les tenants d’une écologie qui doute d’elle-même et de son potentiel de transformation radicale de nos sociétés. SI nous voulons, comme certains le prétendent, « déminoriser » l’écologie, il faut maintenant prendre nos responsabilités en devenant une des forces motrices d’une recomposition qui commencera sur le terrain dès les prochaines législatives.

La prochaine élection présidentielle consacrera la défaite de la gauche sociale libérale qui durant cinq ans aura trahi toutes nos aspirations, tous les engagements signés, toutes les promesses faites à des partenaires vassalisés et réduits à jouer les utilités. Et ce ne sont pas les dernières gesticulations d’une aile « gauche » du PS étrangement silencieuse en dehors des périodes électorales qui y changeront quoique ce soit, même si elles pourront duper certain-es électeurs/électrices. De ce fait, les électrices et électeurs de gauche n’auront que le choix entre des solutions par défaut : soit s’abstenir, soit témoigner, soit désobéir. Comme nous estimons que le vote est un acte politique de citoyenneté minimum, nous ne nous abstiendrons pas. Comme nous considérons que les candidatures de témoignage sont inutiles dans une période où l’écologie politique est dévoyée par le capitalisme vert, nous choisirons la désobéissance, car l’insoumission est le seul vote utile dans une période où le chaos est la règle et la cohérence dans la conviction, l’exception.

Désobéir à la Vème République et à son système présidentialiste qui, avec les primaires, a transformé notre pays en hippodrome de courses de chevaux entraînés par des écuries où suiveurs, courtisans et sponsors cherchent à miser sur le meilleur canasson pour l’emporter tous les cinq ans.

Désobéir à un système partidaire qui s’est coupé du peuple en choisissant la voie de l’oligarchie, de la soumission au gouvernement invisible des lobbies et des multinationales.

Désobéir à son parti politique, défait et laminé par les petites ambitions d’une partie de ses cadres et inviter ses militant-es à considérer avec nous la gravité de la situation et à en tirer toutes les conséquences.

C’est pourquoi nous faisons le choix de participer au front commun qui se dessine. Nous ne ne le faisons ni en fan, ni en groupie, ni en supporter de Jean-Luc Mélenchon. Nous avons des désaccords avec lui : son tropisme jacobin et centralisateur, sa vision géopolitique «campiste » datant de l’affrontement Est/Ouest, ses déclarations à l’emporte pièce, notamment sur l’immigration ou le « récit national » qu’il faudrait adopter « à partir du moment où on est français » … et nous comptons bien le dire haut et fort. Mais il a au moins trois qualités essentielles à nos yeux :

1) Il a réconcilié une partie de la gauche profonde avec l’écologie en faisant la jonction entre justice sociale et justice écologique. En prônant l’éco socialisme, la règle verte, la lutte déterminée contre les Grands projets inutiles et Imposés, [...], il permet à une partie des syndicalistes, de la gauche sociale, de converger avec l’écologie politique. En rompant notamment [...] avec l’immobilisme du PCF et du PS, il écologise en profondeur la gauche et prépare l’étape suivante, celle où l’écologie politique sera le moteur de la gauche.

2) Il a le rôle de voiture bélier dans cette présidentielle où il s’agit enfin de rompre avec une sociale-démocratie qui a rejoint le camp de la droite avec sa politique économique et sociale de régression (CICE, politique de l’offre, lois Macron, loi travail, répression antisyndicale, anti-jeunes, en particulier quand ils ou elles sont issu-es des milieux populaires, anti-militant-es, en particulier quand ils ou elles sont écologistes … ), sa politique productiviste anti écologiste (Notre Dame des Landes, Sivens, boues rouges, algues vertes, diesel, …) sa politique sociétale (déchéance de nationalité, expulsions des Rom, enterrement du droit de vote des étrangers et du contrôle au faciès, Etat d’urgence permanent, méga fichage TES, …), sa politique étrangère (logique de guerre en Afrique et au Moyen Orient, soutien aux dictatures, …). Il faut «hacker» cette présidentielle pour en finir avec le cycle d’Epinay sur lequel a prospéré un PS qui a renié un par un tous ses engagements de départ. Jean-Luc Mélenchon, parce qu’il a toujours dénoncé depuis le début du quinquennat, la présidence et la majorité autour de François Hollande a pour des millions de français cette crédibilité là. Nous devons empêcher non seulement le face-à-face entre les deux derniers présidents complices de la même politique d’austérité mais plus largement faire exploser définitivement le champ politique français constitué depuis des décennies et œuvrer à sa recomposition. Comme en Espagne, au Portugal, aux Etats Unis avec Bernie Sanders et Jill Stein, il faut pirater le système électoral en vigueur.

3) Jean-Luc Mélenchon par son combat permanent pour la VIème République, pour des mandats révocables, pour la proportionnelle, pour une Constituante, pour une majorité rose rouge verte peut enfin être l’occasion de la recomposition du paysage politique à gauche et au delà des partis constitués. Nuit Debout et le mouvement contre la loi Travail, les zadistes, les initiatives citoyennes et écologistes montrent que la recomposition se fera par le bas, qu’elle s’ancrera localement comme à Barcelone et à Madrid dans le communalisme libertaire. Mais l’implosion de ce système doit aussi venir par en haut. Le PS comme le PC (qui vient d’ailleurs de faire le choix de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon) et à certains égards ce qui reste d’EELV sont des freins qui bloquent cette recomposition par le bas. Si Jean-Luc Mélenchon dépasse ne serait-ce que d’une voix François Hollande ou n’importe quel représentant du social libéralisme, la crise sera telle au PS que nous pourrons nous engager enfin dans une autre voie, celle de la construction d’un mouvement de type nouveau, un bloc social et écologiste où pourront s’agréger les forces motrices du changement issues des mouvements de la protestation sociale, de l’écologie, du féminisme, de l’antiracisme, du pacifisme. La recomposition est à ce prix. Elle ne dépendra pas du Parti de Gauche ou de la France Insoumise car il ne peut y avoir de recomposition par le haut, par le fait du prince. Un présidentiable ne peut jouer le rôle fédérateur d’une force politique au XXIème siècle et c’est une bonne chose. Et ce même si « La France Insoumise » en expérimentant des moyens d’organisation horizontaux où la liberté de chacun de faire campagne, est un mode d’organisation qui pourrait être utile comme on l’a vu avec Momentum, le mouvement pro Corbyn ou avec la campagne de Bernie Sanders.

Nous espérons que notre choix sera l’occasion de reposer au sein d’EELV, la question de l’opportunité d’une candidature écologiste à la présidentielle dans les conditions que nous avons à nouveau spécifiées ici. Si tel n’était pas le cas, celles et ceux qui parmi nous sont à EELV, utiliseront leur droit de retrait durant la campagne des présidentielles en même temps que nous nous battrons pour des candidatures les plus unitaires sur la base de plate–formes citoyennes, de gauche et écologistes aux élections législatives. Nous avons toujours décidé de notre orientation, sans a priori et en fonction de l’analyse d’une situation donnée. Aujourd’hui, au moment où les périls se rapprochent, si nous voulons une recomposition dont l’axe soit la convergence entre le social et l’écologie, il faut savoir rompre avec les attitudes boutiquières et faire le choix d’un front commun.

Article publié, par la Coopérative Ecologie Sociale, dans le Blog des invités de Médiapart, le 2 Décembre 2016

lundi 21 novembre 2016

La droite m'aura fait passer une excellente soirée

"Franchement - me dit, hier soir, mon ami Olivier Bardin, sur facebook, en me parlant de la soirée consacrée aux résultats de la primaire à droite - je m'en foutais pas mal de la primaire de droite ... je ne mesurais pas comme cette soirée me ferait plaisir !!" Je n'ai pu qu'être d'accord avec cette réflexion, car je me suis dis exactement la même chose en fin de soirée. Je me suis dis que j'avais finalement passé une excellente soirée devant ma télé.

Pourtant c'était mal parti. En effet en début de soirée, je me disait que ça faisait quand même mal au cul de passer une soirée, devant la TV, à ne voir que des tronches très propres sur elles, très "premiers de la classe", très blanches, très catho ... des tronches de droite. Un avant-goût amer, âpre et détestable des cinq prochaines années ? C'est à craindre. Un grand merci au parti socialiste pour tous ces renoncements, ces lois travail, cette tentation pour la déchéance de nationalité, ces concessions faites à la finance et aux bonnets rouge et qui ont engendré tant de déceptions, tant de désillusions et tant de désertions à Gauche. "Beaucoup, écœurés par le monde politique, par les promesses trahies, par les difficultés et les injustices du quotidien, par l'absence de perspectives d'avenir et par la fin des utopies - me dit Paquito Perez sur facebook - ont tiré le rideau pour ne plus voir le vieux monde en train de se recroqueviller sur ses fantasmes sécuritaires."

Je me désolais de ce que je lisais sur facebook. Tout le monde disait qu'il y avait eu un monde fou et des queues incroyables pour aller voter au premier tour de ces primaires, en ce dimanche 20 Novembre. Je ne pouvais m'empêcher de mettre cela en parallèle avec les bureaux de vote vides lors de vraies élections et je me disais que décidément les gens avaient des priorités qui m'échappaient et m’interrogeais sur la finalité de tout ce cirque pitoyable ? Tout cela pour bonnet blanc et blanc bonnet ?!?! Tout ce cirque pour que des vieux décident que les plus jeunes régressent socialement et que l'environnement et l'avenir, des générations futures, soient fusillés sur l'autel de la croissance. "C'est, en regardant les images d'hier, assez pour constater que la Primaire de la Droite n'est que la revanche des vieux et, le triomphe de Fillon, celui d'une vieille France [...]. Hier, la jeunesse de ce pays est restée totalement hors-jeu." Paquito Perez (Facebook).

Puis la première satisfaction est venue quand les premières estimations sont tombées et que j'ai vu la tronche de Ciotti afficher une immense déception. Quel bonheur que de le voir dans cette situation. Ce n'est pas très charitable comme sentiment, je le confesse, mais c'est comme ça, je n'ai pu retenir un certain plaisir sadique et revanchard.

La seconde satisfaction est arrivée immédiatement après quand j'ai vu que Copé ne recueillait que 0,3 % des voix. Du pur bonheur !!!!

Je n'ai pu, ensuite, qu'être d'accord avec Raffarin (GLUPS !!!) quand celui-ci s'est désolé de la division de la Gauche qui faisait le jeu du FN. Mais alors que faire puisque la machine à perdre, à Gauche, est en marche ? En effet, il y a des logiques, à Gauche, qui m'échappent : sous prétexte de ne pas vouloir voir un duel LR-Mélenchon, certains me disent qu'ils voteront soit EELV, soit PCF (deux choix très respectables par ailleurs. Suicidaires mais respectables), ou pire, PS - tous pourtant assurés de ne pas être au second tour - préférant voir un duel FN-LR plutôt qu'un duel entre les Républicains et les progressistes rassemblés qui ne seraient pas de leur camps ?!?! La politique m'apparaît comme un grand jeu dans une cour d'école où tout le monde joue, tant les joueurs que les spectateurs. On joue au mec très sérieux sans prendre la mesure de la gravité de la situation du pays et du monde. On joue la posture. On joue dans une grande guignolade de primaires. On joue en faisant semblant. On tente le jeu du bonimenteur. On joue mais la réalité on s'en fout, l'essentiel c'est que notre équipe ne soit pas éliminée. On joue pour notre équipe et pas pour résoudre les problèmes. Seule notre équipe compte, le reste on s'en tape. On joue même contre les équipes amies parce que "si j'ai toutes les chances de perdre il ne faut surtout pas que les copains gagnent". Voilà pourquoi je ne suis pas partisan et que je me range derrière Mélenchon qui a l'avantage d'être crédité de pourcentages (quoi qu'aujourd'hui comment donner foi aux sondage ?) très honorables qui lui permettent d'imaginer d'être au second tour, qui porte une radicalité sociale évidente et qui a pris les urgences écologiques au sérieux (selon Nicolas Hulot) au point de dire que l'écologie doit être au centre de son programme.

La troisième, et non des moindres, des satisfactions, celle que j'attendais, celle pour laquelle je suis resté devant ma télé est venue quand Sarkozix a reconnu sa défaite et pour la seconde fois a fait ses adieux à la vie publique. Putain, que c'était bon !!! Aller !!! Casse toi !!!

Mais que l'on ne s'y méprenne pas, mon immense plaisir de voir Sarkozix éliminé de la course, n'implique pas, chez moi, le plaisir de voir Fillon arriver en tête. Non, car son avènement est bien l'avènement de la droite chrétienne traditionaliste, homophobe (en 1981, il votait contre la dépénalisation de l'homosexualité, en 1999 il votait contre le PACS, aujourd'hui il se retrouve proche de la Manif pour Tous et contre l'adoption pour tous les couples) et anti-avortement.

Une droite qui pense que la colonisation visait juste à "partager sa culture".

Une droite ultra-libérale et anti-sociale : Fin de l'ISF, aides aux actionnaires via les allègements de charges des entreprises (parce qu'il ne faut pas croire que les allègements de charges des entreprises ira à l'embauche, cela n'a jamais été le cas, cela ne le sera jamais), allongement du temps de travail pour ceux qui en ont et même plus, plus de limitation, par la loi, de la durée du temps de travail (avec négociations au sein des entreprises comme si les salariés étaient en position de négocier) et plus de majoration de salaire pour les heures sup, baisse des allocations chômage, fin de la revalorisation systématique du SMIC, allongement du temps de cotisations pour la retraite alors que des jeunes souhaiteraient bosser, augmentation de la TVA, impôt injuste par excellence qui frappe, pauvres et puissants, sans prise en compte des situations… Quand t'es chrétien on ne t'apprend pas le partage et la justice ? Enfin moi, c'est ce que mes parents m'ont inculqué. Dès lors où sont-elles, ces notions, chez Fillon qui prône plus d'avantages pour ceux qui en ont déjà beaucoup et plus d'efforts pour ceux qui triment ? Elle est où l'égalité sociale chez le très chrétien Fillon ?

Fillon c'est le retour d'une droite violente et stigmatisante vis-à-vis des fonctionnaires (500 000 postes à supprimer). Quels métiers font ces centaines de milliers de feignasses de fonctionnaires que veulent supprimer les Républicains ? Enseignants, policiers, infirmiers, chercheurs ... ? Finalement que des gens inutiles pour la Nation, non ? Quelqu'un peut-il me dire s'il y a des salariés et des fonctionnaires parmi les électeurs de Fillon ? Si oui, sont-ils adeptes du sadomasochisme ?

Une droite partisane des OGM, "Osons relancer les recherches qui ont été interrompues au nom du principe de précaution, notamment en génétique", a lancé le député de Paris dans une tribune adressée aux agriculteurs avant de souhaiter faire de la France le "leader en Agriculture 3.0". Une droite partisane des gaz de schiste, du béton pour les pauvres et de l'air pur de la campagne pour les riches, des pesticides pour les pauvres et du bio pour les riches, de la fin du principe de précaution, jugé "dévoyé et arbitraire" .... Une droite, productiviste, croissantiste et totalement anti-écologique où les notions de biodiversité et de protection de la nature sauvage n'existent pas. Une droite qui suivra un François Fillon qui aura réaffirmé son soutien au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, en appelant, il y a deux semaines, à "évacuer de façon musclée […] les hors-la-loi qui occupent un territoire de la République et contrôlent les identités". Ainsi les habitants de la ZAD de Notre-Dame des Landes ont bien des cheveux blancs à se faire, car cette droite-là ne s'embarrassera pas de bons sentiments face à ceux qui s'opposent à leurs folies. Pour la droite, un bon écologiste est un écologiste mort, semblent nous dire les yeux de Bruno Retailleau. Pour la raison d'état ils n'hésiteront pas à tuer et avec l'approbation du bon peuple de droite qui veut de l'ordre et qui flippe d'insécurité dans leurs résidences secondaires au coin du feu. "La France d'hier, celle de Fillon, n'est que la moitié visible de la France, celle des petits vieux terrorisés." Paquito Perez

Après Trump, Fillon est un très mauvais signal envoyé aux générations futures. Nous ne sommes pas prêts de cesser les combats.

mardi 15 novembre 2016

NDDL ou l'entêtement pour un avenir sombre écologiquement et politiquement


Lettre à mon fils et à vos enfants, vous les obscurantistes...

Et bien tu vois mon petit Valentin, après ta belle rentrée dans ton nouveau collège Diwan et tes gentils mots d'encouragement pour le verdict du tribunal de Nantes sur Notre Dame des Landes, la journée à été un vrai tragico-comique ! Sept juges ont désavoué les préconisations de la rapporteure publique recommandant l'annulation des autorisations de travaux.

J'ai eu la confirmation mon fils que nous vivions dans un pays ou la justice est à géométrie variable. Que ce projet de NDDL était plus un symbole qu'un projet aéroportuaire.

Alors, j'ai honte de payer des impôts dans un pays ou on ne respecte pas les lois et notamment le Code de l'environnement. Je suis écoeuré de voir comment "une caste" organise les ramifications qui conduisent à ces décisions iniques.

Je n'ai plus confiance dans la justice de mon pays.

Européen convaincu, je souhaite que la commission européenne qui a mis la France en procédure d'infraction sur ces questions depuis 2014, soit saisie et puisse dire si Me la rapporteuse a préconisé l'application des directives européennes et si la justice Française s'est conformée à ces directives.

Triste journée, mon fils, j'ai surtout des doutes que de telles pratiques puissent fabriquer des hommes et des citoyens. Cette oligarchie, c'est l'encouragement aux Trump et à ses jumeaux Français.. Beurk !

Mais attention, ils ont montré par les violations permanentes du droit qu'à NDDL, rien n'est comme ailleurs, rien n'est normal... Si Ayrault- Retailleau- Valls et leurs sbires veulent intervenir, ce sera terrible.... Qui sème le vent récolte la tempête !

Je veux que tu saches mon fils que ton père et d'autres s'opposent et vont continuer à le faire. Qu'ils ne seront aucunement responsables de cet avenir sombre écologiquement et politiquement que ces irresponsables vous préparent au nom d'un monde dépassé par lui-même.Un jour, leurs enfants les accuseront !

Oui, les loups sont entrés dans.....ton monde Valentin.

Ton papa qui t'aime.

Gilles Denigot

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communiqué commun du mouvement anti-aéroport
après la décision de la cour administrative d’appel de Nantes

Fait très exceptionnel, la cour d'appel a choisi d'aller à l'encontre de l'avis, développé le 7 novembre devant la juridiction administrative de Nantes, de Madame le rapporteur public. Pour la première fois devant un tribunal, dans son réquisitoire, celle­-ci avait démontré le caractère destructeur du projet, mis en avant à partir de textes officiels de la DGAC l'existence de l'actuel aéroport de Nantes Atlantique comme alternative crédible et validé bon nombre des arguments des opposants en s'appuyant sur le droit européen et français (éviter, réduire, compenser... les dégâts environnementaux). Elle a demandé l'annulation des arrêtés préfectoraux autorisant les travaux d'aménagement de l'aéroport et ne l'a pas obtenue. Les requérants examinent dès demain la poursuite des recours.

La décision de la Cour d'appel n'entame en rien la légitimité de notre combat face à la destruction du vivant et à la marchandisation du monde. L'ensemble du mouvement anti­-aéroport réaffirme qu'il ne laissera place à aucun début de travaux ni d'expulsion sur la zad de Notre­ Dame­ des­ Landes.

Nos appels à soutien et réactions immédiates et massives, au niveau local, régional et au ­delà, restent inchangés en cas de démarrage de chantiers ou de tentative d'expulsion. Nous les mettrons en oeuvre avec toute la détermination nécessaire.

Il n'y aura pas d'aéroport à Notre-­Dame­-des-­Landes. La zad fleurira !

Le 14 novembre 2016, l'ensemble du mouvement anti-­aéroport : l’ensemble des organisations de la Coordination des opposants au projet d'aéroport – Copain 44 -­ Naturalistes en lutte – des occupant.e.s de la zad

Zone A défendre - http://zad.nadir.org/

vendredi 11 novembre 2016

Trump, ou le plus grand "fuck you" jamais vu dans l'histoire de l'humanité

Quelques semaines avant la triste élection de Donald Trump, Michael Moore, qui garde les yeux ouverts, qui observe et se renseigne sur le Monde dans lequel il vit, prédisait le résultat lors d’une conférence filmée.

« […] Que Trump y croit vraiment ou non (à ses idées antisystème), là n’est pas le problème, ce qui est pertinent, c’est qu'il ait dit ces choses-là aux gens qui souffrent. Et c'est pourquoi tous les misérables, les infâmes, les travailleurs oubliés qui faisaient partie de ce qui s'appelait la «classe moyenne», aiment Trump. Il est le cocktail Molotov humain qu'ils ont attendu. La grenade humaine qu'ils pourront jeter légalement dans le système qui les a dépossédés, le 8 Novembre, jour de l'élection. Ils le pourront, même s'ils ont perdu leur emploi. Même s'ils ont été évincés par la banque et divorcés et maintenant que l'épouse et les enfants sont absents, que la voiture a été reprise, qu'ils n'ont pas eu de vraies vacances depuis des années, même s’ils ont essentiellement tout perdu ce qu'ils avaient... Ils ont encore une chose. La seule chose qui ne leur coûte pas un centime et qui est garantie par la Constitution américaine: le droit de vote! Ils sont peut-être sans le sou. Peut-être sans-abri. Malmenés et brisés. Ça n'a pas d'importance, car tout est égalisé ce jour-là. Un millionnaire a le même nombre de vote qu'une personne sans emploi: UN SEUL! Et il y a davantage de personnes issues de l'ancienne classe moyenne, que de gens dans la classe des millionnaires... Ainsi, le 8 Novembre, les dépossédés marcheront dans l'isoloir, avec un bulletin de vote. Ils fermeront le rideau, prendront ce levier —ou un stylo ou l’écran tactile— et mettront une grosse croix en face du nom de l'homme qui a menacé de bouleverser et de renverser le système qui a ruiné leur vie: Donald J. Trump! Ils voient que ces mêmes élites, qui ont ruiné leur vie, détestent Trump. CorporateAmerica déteste Trump. WallStreet déteste Trump. Les politiciens de carrière détestent Trump. Les médias détestent Trump... après l'avoir aimé et créé. Maintenant, ils le détestent. Et comme l'ennemi de mon ennemi est celui pour qui je vote, le 8 Novembre, l'élection de Trump va être le plus grand FUCK YOU jamais vu dans l'histoire de l'humanité. […] » - Michael Moore.

Ainsi donc le vote Trump, le Brexit ou bien l’abandon, par les citoyens, des idées humanistes de Gauche au profit de l’individualisme de la Droite ou de l’extrême droite, sont bel et bien l'expression absurde d'un raz-le-bol, justifié et légitime, du libéralisme et de la finance toute puissante, qui ne pensent qu'agent, bénéfices, croissance et chiffre d'affaires au détriment des humains. L’accord de libre-échange Nord-Américain (ALENA) qui a eu des effets désastreux, tant au Mexique qu'aux Etats-Unis, ou bien encore l'accord transpacifique, TPP, tant décrié par les Américains, ne sont pas étrangers à l'élection de Trump. Ce système inhumain, construit pour une ultra-minorité de privilégiés, où les salariés et l'environnement ne sont que des variables d'ajustement, où les gens se disent: « et moi là dedans ? Ne suis-je donc qu'une machine à produire de la richesse pour les riches ? », engendre le monstre. Ce sentiment d’abandon et de mépris qui se répand, assez justement, partout, engendre des réponses effrayantes de la part des électeurs

Ainsi une des causes de l'élection de Trump serait la mauvaise répartition des fruits de la croissance américaine. Il a été calculé que le 1 % les plus riches des Américains aura capté, à lui seul, 85 % de la hausse des revenus intervenue entre 2009 et 2013. « Du coup, pour protester, le bon peuple américain a voté pour un milliardaire dont une des rares propositions est de baisser les impôts des plus riches et le taux horaire du revenu minimum. Il y a là une logique qui m'échappe !?!? » me dit mon frère. Mais c'est bien là toute l'absurdité et le seul coté comique de cette élection : les gens ont voté contre un système en mettant aux manettes un homme issu du système, un pur produit de ce système !!! Cette élection est une énorme escroquerie.

L’élection de Trump me confirme ce que je pressentais depuis longtemps : en matière de politique, l'intelligence ne paye pas … c'est pourquoi, l'écologie politique n'a aucune chance d’accéder aux plus hautes fonctions.

Et maintenant ? Quelle leçon tirer de cet événement pour la France et pour une Europe qui refuse de se faire sociale ? Quand donc, les chantres du libéralisme et de la finance mondialisée, les partisans du sauvetage des entreprises mais pas des salariés, reconnaîtront-ils qu’ils sont totalement les responsables du désordre mondial qui ne cesse de monter en puissance et de la montée des nationalismes ? « Rien ne serait pire que de perpétuer le système » nous dit Benoît Hamon, car comme les mêmes causes, dans des systèmes équivalents, produisent les mêmes effets, quand la société ne veut rien faire pour protéger l’individu, ce dernier se tournera vers un(e) démagogue qui lui parle de lui … et de lui d’abord qu’importe le reste du monde. Trump, Sarkozy, Le Pen, Juppé... C’est d’abord le vote du chacun pour soi et fuck le collectif. « Quand on ne protège pas le peuple, il se venge. Il s’est vengé aux états Unis et il se vengera en Europe» - Benoît Hamon. Ainsi nos oppositions aux négociations de traités de libres échanges, que ce soit le CETA ou bien le TAFTA, ainsi qu'au libéralisme et au capitalisme, qui ne sont pas destinés à protéger les Hommes mais bien les intérêts des entreprises et donc des actionnaires, prennent tout leur sens.

Quoi qu’il en soit nous voici donc bien, maintenant, dans un monde plein d’incertitudes. Un monde où les progressistes ont reçu, en pleine face, un véritable uppercut. Un monde nouveau où la première puissance prône la production de gaz de schiste et de charbon, nie l’importance de la pollution industrielle sur la santé et le dérèglement climatique, doute de la science, est partisane des OGM, a à sa tête un belliciste et un chauvin, un xénophobe et un haineux, a un Vice-président, Mike Pence, sexiste, homophobe, ultra-religieux, créationniste et anti-avortement. Alors je me dis que depuis le temps que l'humanité prépare sa disparition, dans une lente mais inexorable agonie, cet événement américain peut, peut-être, nous porter le coup de grâce et abréger les souffrances d'une humanité absurde, dans un chaos et un effondrement planétaire.

mardi 1 novembre 2016

Avant le déluge.

Dans les années 50, Albert Falco, alors jeune équipier de la Calypso, découvre le monde et ses dérives. Déjà, à l’époque, il voit la beauté du Monde et pressent les dégradations à venir que l’Homme, au fur et à mesure de son développement, va infliger à son environnement. D’un chasseur sous-marin émérite, Albert Falco, deviendra rapidement une conscience éclairée de l’urgente nécessité de préserver l’environnement. Cela se sent parfaitement dans son livre, « capitaine de la Calypso » (Arthaud Ed.) et en voici trois courts extrait.

Page 167 : "[...] En 1954, nous entrons dans le Port de Mahé, où nous nous accordons plusieurs jours d'escale. Les Seychelles, avant le tourisme : une pure splendeur ! ... Si la notion de paradis terrestre a jamais signifié quelque chose, c'est ici ... [...]". Falco avait parfaitement compris le danger de l’industrie du Tourisme. " [...] Les plus fameuse îles des Maldives subissent la pression des Hommes, notamment des touristes. [...]" se désole-t-il, en 1967. Le Tourisme, l'un des maux du siècle. Le tourisme, une industrie bien aussi polluante et destructive que n’importe quelle autre industrie. Et en effet, le tourisme de masse est une véritable plaie, tant pour les peuples envahis par des hordes de gras touristes profiteurs et vulgaires, en short et en tongues, que pour l'environnement que ces derniers, rien que par leur unique présence, viennent polluer, transportés par des paquebots aussi polluant que des milliers de voitures (Un paquebot, à quai, pollue comme un million de voitures).

En page 201 Falco énonce assez bien la condition de bête humaine que collectivement nous sommes : "[...] Ce ne sera pas la première fois que la Calypso mettra, sans le vouloir, son faux nez dans un coin un peu trop brûlant de la planète. Nous sommes excellents, à bord, pour deviner les réactions des requins ou des barracudas ; mais nuls quand il s'agit de prévoir les brutalités des Hommes. Cela ne m'étonne pas : les animaux obéissent à un petit nombre de stimulus (la faim, le sexe, le territoire, la hiérarchie ...). On peut analyser - donc prédire assez justement - leurs réponses. Rien de tel avec l'espèce humaine : elle agit sans logique, sous l'empire des passions, avec une brutalité qu'aucune autre espèce zoologique n'égale. Elle fait preuve d'une sauvagerie incroyable, qu'elle attribue abusivement aux requins ou aux barracudas. [...]" Constat peu glorieux pour nous mais qui n’émeut pas grand monde autour de moi.

Enfin, en page 204, Falco raconte un épisode qui s'est passé, dans le carré de la Calypso, avec Le commandant Cousteau et qui évoque sa découverte des prémisses de l’inexorable invasion humaine dans les milieux même les plus lointains : "[...] C'était à l'occasion d'une des premières mission du bathyscaphe. Ici-même dans la fosse de Toulon, en 1953 .... [...] Nous atteignons le fond de la tranchée. Mille cinq cent mètres sous la surface : le record du monde à l'époque. [...] Je distingue (dans le faisceau des projecteurs), posée sur le sédiment noir, une forme fantomatique, blanche et plate. Je m'écrie : "Une raie géante !" [...] Quand nous touchons le "monstre sous-marin", je constate qu'il s'agit ... d'un exemplaire déplié du journal Le Figaro, [...] Je me dis que la première fois que l'Homme descend à mille cinq cent mètres de profondeur, il y rencontre un vieux journal jeté à l'eau - une preuve de sa négligence et de sa saleté ... raconte le Commandant Cousteau. En voyageant autour de la Terre, nous aurons - hélas - bien des occasions de déplorer que l'espèce humaine se serve de la mer comme d'une poubelle commode et gratuite ...[...]"

Tous ces exemples d’alertes anciennes pourraient être multipliées à l’infini tant celles-ci ont été nombreuses, et l'on pourrait faire des livres entiers de toutes celles qui ont été lancées jusqu'à aujourd'hui. Ces exemples pour montrer que les alertes sont sonnées depuis des dizaines et des dizaines d’années sans que cela n’ait jamais vraiment stoppé les dégradations, cela n’ait vraiment mobilisé, cela n’ait vraiment freiné notre développement prédateur. Aujourd’hui les résultats sont là. Tous les signaux sont au rouge écarlate et personne n’ose prononcer le nom de notre état, car il n’est pas très vendeur, pas très électoralement correct, mais pourtant il faudra bien, à un moment, nommer un chat, un chat, car la situation est catastrophique.

Ainsi si en 1953 Cousteau découvrait un journal biodégradable au fond de la mer, nous, au XXIème siècle, nous pouvons observer des continents de plastiques dans les gyres océaniques qui détruisent poissons, tortues marines, oiseaux et mammifères marins. De mon coté je me souviens, lors d'une exploration du fond océanique, en 2011, avec le ROV de l'IFREMER, Victor 6000, à 5000 m au large du fleuve Congo, dans le désert de ses lobes de dépôts, que nous sommes tombés sur une bouteille de Jack Daniel's. Je me souviens, également, en Manche, d'avoir croisé, en surface, des ballons de baudruche, posés là, très certainement suite à un lâché de ballons lors d'une fête ou d’une commémoration, dans une cité anglaise ou française. Je me souviens également de cette balade faite en 2013, sur la plage Napoléon, en Camargue, constellée de déchets à perte de vue. Et c’est sans parler des images ramenées de Méditerranée, par l’IFREMER, et qui montrent des quantités affligeantes de macro-déchets en plastiques au fond de la grande bleue. Les Hommes, encore aujourd'hui, et possiblement encore plus aujourd’hui, ne voient dans la mer qu'une poubelle dans laquelle, pourtant, ils puisent leur nourriture ... en clair nous nous nourrissons dans notre poubelle. "[...] Au fil des missions auxquelles je suis associé, je deviens le témoin de la rapidité à laquelle l'environnement marin se dégrade. Je compare la richesse actuelle de la Méditerranée  à ce qu'elle fut du temps que j'apprenais à nager, dans ma calanque de Sormiou. Quel effondrement ! [...] Je constate de plus en plus qu'à une scène de nature superbe succède un spectacle de saccage ou de désolation imputable à la méprisante saleté des Hommes. J'ai mal à ma mer, quand je la vois offerte aux égouts, aux effluents d'usine, au bétonnage, au cancer de l'urbanisation, au tourisme ravageur ou à la surpêche industrielle. [...]" Falco (pg 267)

Tous les signaux sont au rouge et depuis que j’écris ce blog je ne cesse de le dire et de le démontrer mais personne n’entend. En Guadeloupe 80% des récifs de corail ont disparu, d'abord à cause de la surpêche puis de la pollution, puis aujourd’hui à cause du réchauffement climatique qui achève le travail. Résultat, il y a un vrai problème de ressources halieutiques, à tel point que de façon absurde, les Hommes sont obligés de capturer, au large des côtes de l’île aux belles eaux, des alevins puis de les élever en aquarium afin de les relâcher, plus âgées, afin de repeupler des fonds aux habitats détruits. Quelles chances de succès ? Cela me fait penser à la pollinisation manuelle des plantes alimentaires, qui se pratique de plus en plus, afin de palier à la raréfaction des insectes pollinisateurs. Est-ce durable ? Jérôme Salle dit que, pour son film « l’Odyssée » qui retrace la vie de Cousteau, l’un des rares effets spéciaux qu’il a dû utiliser aura été de rajouter des poissons en Méditerranée car lors du tournage il n’y en avait plus.

Tous les signaux sont au rouge, le réchauffement climatique augmente plus rapidement que ce qui était prévu. Chaque année qui passe est plus chaude que la précédente. Les glaciers du Groenland fondent à une vitesse vertigineuse. Le niveau des mers augmente inexorablement inondant et mettant en péril les îles du pacifiques comme les Kiribati ou bien encore Palaos mais aussi les rues de Miami.

Des métropoles comme Pékin sont asphyxiées. Dans le monde, près d’un enfant sur sept, soit quelque 300 millions, vit dans une région où le niveau de toxicité de l’air extérieur dû à la pollution dépasse d’au moins six fois les directives internationales, selon un nouveau rapport de l’UNICEF. La pollution de l’air contribue grandement au décès de quelque 600 000 enfants de moins de cinq ans chaque année.

Les terres agricoles sombrent, à raison de 100 000 ha/an, sous le béton en France, les forêts boréales, au Canada, sont détruites pour extraire les dernières gouttes de pétrole et les forêts en Indonésie sont incinérées pour produire de l’huile de palme au détriment des populations locales, du climat, des derniers rhinocéros asiatiques, des tigres, des derniers orang-outans … de la biodiversité. Les populations de mammifères, poissons, oiseaux, amphibiens et reptiles dans le monde se sont effondrées de 58% en quarante deux ans (entre 1970 et 2012) et ce déclin va se poursuivre si nous ne faisons rien, alerte le WWF dans son rapport Planète vivante 2016. Quand à la biodiversité agricole son sort n'est pas plus enviable, elle est devenue pauvre en espèces et est sous le joug de quelques multinationales aux OGM cancérigènes. "L'Homme n'utilise jamais avec sagesse les richesses de la nature. Sitôt qu'il les connait, et sitôt qu'il en a la possibilité technique, il les surexploite. il puise dans le capital au lieu de se contenter des intérêts." Falco - 1975

Mais au final qu'est-ce qu'on s'en fout de tout ça, hein ? Si on veut voir des animaux on n'a qu'à aller au zoo ou regarder YouTube. Si l'on veut manger on n'a qu'à aller au supermarché ! Y'a quand même plus important dans la vie que de s'occuper de la vie sur Terre, y'a.... Y'a ?!?! Y'a la croissance à maintenir, y'a à sauver les multinationales et leurs profits, y’a à prendre l’avion pour aller se dorer la couenne sur la plage, à l’autre bout de la planète, y’a à frimer avec le dernier téléphone portable ou une belle voiture toute rutilante et toute rugissante, y’a à frimer avec son fric et son harem de filles faciles, y’a à affirmer « puisque je peux, j’ai le droit ! Et fuck le monde !!! » … Y'a plus urgent, point barre !!! Ainsi vous préférez un beau mensonge qui rassure et vous dédouane de vos responsabilités, que cette vérité vous dérange ? Qu'importe ! La réalité est là et à ne pas vouloir ralentir, ni refuser les diktats consumériste et croissantiste, ni renoncer à une bonne partie de ce qui fait notre vie d’occidentaux, ni à retrouver le sens des saisons et du local, ni renoncer aux dernières réserves d'énergies fossiles, ni à devenir sobre et frugal, et bien alors l'Homme disparaîtra par sa faute, par sa stupidité et sa cupidité, dans le sang et les larmes … et bien, bon débarras !!!

samedi 29 octobre 2016

Les crèches en Mairies ... le retour.

Le 27 Octobre, sur Facebook, Sylvie a partagé un lien qui propose de dire si nous sommes pour ou contre la présence de crèches de Noël dans les lieux publics ? Ce post a relancé, là, un débat que l’état n’a pas eu le courage de trancher dans le sens de la Laïcité et a laissé la décision aux maires. A cette heure, 36400 personnes ont répondu à cette question et 86% se déclarent « pour ». Ça fait peur. Beaucoup, en parallèle, on répondu au post de Sylvie en affirmant qu’ils étaient « pour » et d’autres « contre ». Je me suis permis de mettre mon grain de sel dans ces échanges, car il ne faut rien lâcher devant les coups de boutoirs des religieux, et cela a entraîné un bon échange avec mon ami Marc. Je me suis permis de le reprendre ici.

Moi : Contre, contre et archi-contre comme mon texte de décembre 2014, sur mon blog, l'indique. "Et pourquoi pas - comme me le dit très justement, mon frère - des crucifix dans les salles de classe, après tout c'est un beau message d'amour (Jésus qui donne sa vie pour racheter les péchés des hommes) ? Et pourquoi ne pas jurer sur la bible pour les prestations de serment ?" Les crèches dans les mairies c'est contraire au principe de séparation de l'église et de l'état. C'est affirmer, faussement, que la France est chrétienne. C'est imposer une foi à ceux pour qui cela ne représente rien (imposer est le fondement de toute dictature). C'est un mélange des genres qui affirme la prévalence d'une foi sur d'autres, c'est donc porteur d'exclusions et donc de divisions entre citoyens donc de conflits ce qui est un comble pour une image qui se veut « message de paix ».

Marc : ni pour, ni contre bien au contraire. Une crèche, ce n’est pas plus religieux qu'un père noël en fait, et la crèche a au moins un aspect culturel (et même un aspect interreligieux, car Noël est aussi fêté sans problème par les musulmans, pensez-y). La culture c'est important, sinon on en arrive vite à la beauferie généralisée.

Moi : Pas religieux le p'tit Jésus ?!?! Juste culturel ?!?! Jésus, pour les Chrétiens, n'est-il pas le fils de dieu ? Ha si ! C'est bien le fils de dieu, voir même l'incarnation de dieu sur Terre, selon les dogmes, on est donc bien au niveau de la foi, de la religion et non du culturel. Cela doit donc être séparé de la République. De plus, ce n'est pas parce qu'il y a des crèches dans les mairies que les beaufs seront moins beaufs. J'ai même le sentiment que c'est l'inverse qui se passe. La culture c'est tous les jours que ça se cultive dans l'ouverture d'esprit et l'esprit critique, l'envie d'ouverture et de mélange, dans les livres, le théâtre, le cinéma, la musique, les visites des monuments, des châteaux, des lieux d'histoires, des musées... Je crois que c'est cela qui manque aux beaufs au quotidien. Réduire la culture à une crèche c'est un peu pauvre. Puis c'est marrant (je précise que je ne dis pas ça pour toi Marc), mais de nos jours où la culture est vue comme un truc annexe, pour bobos, où sur FB on préfère la beauferie, les LOL-cats, les incroyables talents, les diatribes anti-réfugiés et autres théories du complot bidons, où à la télé les Peoples sont les rois, le seul moment où les gens te ressortent l'argument culturel c'est pour imposer, aux autres, leur religion.

Marc : "Jésus, pour les Chrétiens, n'est pas le fils de dieu" ben oui et alors ? Tu crois que le père noël, c'est un symbole neutre ? (à part ça si quand tu lis " la crèche a au moins un aspect culturel" tu interprètes "Réduire la culture à une crèche", là tu as un problème d'explication de texte.

Moi : Et alors ? Ben donc si Jésus est le fils de dieu c'est que l'on est bien dans le domaine du religieux. Non ? Le père Noël est le symbole du consumérisme que par ailleurs je combats, tu le sais bien. Je ne comprends pas comment on peut dire que Jésus est le fils de dieu et ne pas reconnaître que cette affirmation est un acte de foi religieux. C'est d'ailleurs pourquoi, quand je dis cela je précise toujours "pour les Chrétiens".

Marc : Ben c'est un acte de foi pour ceux qui en font un acte de foi. C'est un choix qui en soi, ne me semble pas dramatique pour la communauté. Car en allant au fond du raisonnement, on pourrait demander (exiger ?) de raser les cathédrales car ce sont des symboles éminemment religieux placés dans l'espace public.

Moi : Voici un argument qui n'est pas digne de toi, mon ami. Tu vaux mieux que ça.

Marc : pourquoi et en quoi ?

Moi : Parce-que tu connais aussi bien que moi les principes de la laïcité et que tu es un homme cultivé.

Marc : bon je précise pour qu'on ne se méprenne pas sur mes intentions. Ma religiosité personnelle se limite à cela : vivre et laisser vivre. Le catholicisme aujourd'hui n'est pas une menace pour la laïcité. Le manque de repères culturels, l'oubli du passé, le manque de la moindre nuance, là ce sont de véritables menaces pour l'humanité entière.

Moi : Les Chrétiens ont aussi leurs intégristes qui n'attendent qu'une chose : soumettre l'ensemble de l'humanité à leur religion, à leur mode de vie. Il n'existe aucune religion sans danger.

Marc : laïcité = neutralité de l’État en matière de religion. Mais dès lors qu'on fête Noël avec force sapins et pères Noël, et puis plein de scènes avec des élans et autres symbolismes creux de partout, je ne vois pas pourquoi une crèche ici ou là, qui permet à une partie de la population de s'y retrouver, devrait forcément gêner l'autre partie de la population. Où alors, il faudrait éradiquer Noël complètement.

Moi : Oui je suis totalement pour éradiquer toutes les fêtes religieuses de l'espace public. Si les gens veulent fêter leur religion, pani pwoblèm, qu'ils prennent des jours de congés et qu'ils fassent cela chez eux sans s'imposer aux autres. C'est d'ailleurs ce que font les musulmans.

Marc : " Il n'existe aucune religion dans danger" cela n'est pas la question. Par exemple la revendication d'athéisme qui est une affirmation en général très péremptoire, est une posture également très religieuse - avec ses propres danger, voir certaines dictatures. En cela, je ne vois pas que la tolérance laïque ne pourrait s'accorder d'une crèche ici ou là, comme symbolisme de noël parmi d'autres. "Qu’ils fassent cela chez eux sans s'imposer aux autres." en général, c'est bien ce qui se passe, la situation n'est pas dramatique.

Moi : Non ce n'est pas ce qui se passe. Toutes nos vacances scolaires sont calées sur les fêtes chrétiennes, les catholiques s'arc-boutent sur les crèches dans les mairies tout en demandant aux juifs et aux musulmans d'être discrets dans leurs pratiques, pendant la période de Noël, à la téloche, nous n'avons que des navets américains qui montrent des gens aller à la messe le soir de Noël, pendant que les écoles privées catholiques ne posent de problème de conscience à personne, on ignore les écoles juives et nous refusons (collectivement s'entend) les écoles musulmanes, etc... Quelle autre religion, en France, a le droit au même traitement ? Aucune. Ce qui ce passe en France est digne du reste des autres pays qui ont tous une religion d'état. Moi je refuse cet état de fait.