Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 25 juin 2017

Il y a 20 ans, Cousteau disparaissait

Il y a 20 ans, Jacques-Yves Cousteau, le grand homme de la mer, qui inspira mon orientation professionnelle et philosophique, nous quittait. 


Je me souviendrai toujours comment, quand j’étais enfant, je me délectais de ses documentaires qui passaient à la télé, le dimanche après-midi. C’était une époque où la télé de mes parents était en Noir et Blanc et où il n’y avait que deux chaines et demie (FR3 ne diffusait que l’après-midi). Une époque où internet et sa formidable possibilité d’ouverture n’existait pas. Une époque où la seule lucarne, sur le reste du monde, était la télé et où les documentaires n’étaient pas produits à profusion et avec moult effets de caméras GoPro, de drones et d’images HD toutes plus belles et plus spectaculaires les unes que les autres. Je vous parle d’une époque où, alors que je m’ouvrais à autre chose que moi-même, nous découvrions les premières traces de pollutions sur les glaces du pôle Nord, à cause du mode de vie occidental, me faisant réaliser, soudainement, combien notre Terre était petite et limitée, où tout était lié. Je pris conscience ce jour-là de ma propre fragilité. Un vertige immense me pris ce jour-là et je passerai le reste de ma vie à essayer de comprendre. Pour se faire, à l'époque, je passais mon temps, au grand désespoir de mon cher père, devant les émissions animalières comme « Terre des bêtes » ou bien encore « les animaux du Monde » dont je connais encore, par cœur, la chanson du générique.

Ainsi, à cette époque de mon enfance, de grands Hommes nous ouvraient sur le monde, je pense à Christian Zuber, documentariste animalier, journaliste, écrivain, producteur et conférencier, qui fut l'un des pionniers de la protection de la nature et de l'environnement et administrateur du WWF où je fis mon Service National en tant qu’objecteur de conscience. Zuber m’ouvrit sur le monde des animaux, sur les espèces, sur la vie sauvage, … sur la beauté à la fois simple, complexe et multiple. Il me fit voir la vie.

Il y eu également Haroun Tazieff qui me fit découvrir les entrailles de la Terre et me permit d’appréhender les frontières de ce grain de poussière perdu dans l’immensité sidérale. il me fit comprendre la fragilité de ces frêles radeaux de roches flottants sur une masse magmatique dantesque. Il me fit voir la roche et le feu. Je pense à lui tous les jours quand je rentre dans mon atelier, au CNRS de Gif-sur-Yvette, qui se trouve être dans les locaux où il termina sa carrière. J’y vois là comme une évidence.

Il y eu Paul-Emile Victor, Bernard Moitessier ou bien encore à Eric Tabarly qui, par leurs écrits, me firent découvrir le goût de la navigation, le plaisir de la contemplation océanique et de l’insoumission. Ils me firent voir la liberté.

Et bien évidement il y eu Cousteau qui me fit tant rêver, qui me fit si bien comprendre, petit à petit, la fragilité de cet ensemble que les autres me montraient, cet ensemble qui constitue notre seul et unique vaisseau spatial. Cousteau, qui m’ouvrait un monde lointain et maritime, plein d’embruns, d’aventures et de camaraderie, semblait me guider vers mon métier d’océanographe. Il me semble l'avoir compris très tôt. Cousteau qui su si bien montrer les liens qui nous unissent à la Terre mère semblait m’enjoindre gentiment de poursuivre, avec d’autres, le combat de l’écologie. J’ai suivi ce chemin, autant que j’ai pu, mais autant l’avouer, sans grands succès.

A sa suite, comme dans une sorte de filiation évidente, j’ai vu la mer, j’ai vu les tempêtes, j’ai senti les vents, j’ai vu l’Antarctique et l’Arctique, j’ai vu la mer défiler sous la proue des bateaux, j’ai vu les oiseaux marins tournoyer, j’ai vu les baleines et les dauphins, j’ai vu les tortues et les phoques, j’ai vu les manchots et les ours blancs, J'ai vu le soleil de minuit et les aurores australes, j'ai vu et je me suis émerveillé ... mais j’ai vu, aussi, la mer vide de vie, les algues filamenteuses recouvrir les fonds de la Méditerranée, les algues venir remplacer le corail moribond de Guadeloupe, j'ai vu les chalutiers racler le fond de la mer, j'ai vu les bateaux pécher au lamparo ne laissant aucune chance à leurs proies, j'ai vu les espèces invasives se déployer grâce à la bêtise des Hommes et aux changements climatiques, j'ai vu des Hommes tenter la réintroduction d’espèces dans des milieux détruits, j’ai vu le plastique en mer et sur les plages, j’ai vu les macro-déchets dans les abysses, j'ai vu le béton couler sur le littoral, des marinas se créer et d'autres s’agrandir aux détriments des habitats fragiles, j'ai vu des hôtels pieds dans l'eau se construire, j'ai vu des municipalités recharger, de sable et à grand renfort de Gaz à Effet de Serre, leurs plages victimes de leurs aménagements imbéciles, pour que les touristes, cette année encore, soient nombreux à les polluer, j’ai vu tout cela à la suite de Cousteau et de son fidèle ami Falco qui, les premiers, se sont alarmés de l’emballement de la dégradation de l’environnement. Se sont alarmés, en vain, du grand saccage. Je pense à Cousteau à chaque fois que je suis en mer, à chaque fois que je présente ma conférence sur le Développement Durable, aux lycéens car je leur parle de son combat pour les générations futures, pour les générations qui n’existaient pas encore et dont ils sont, aujourd’hui, ceux dont il parlait.

Jacques-Yves Cousteau ne se définissait pas comme un scientifique mais comme un « marin, technicien océanographique et cinématographique ». Il se disait un amoureux de la nature, particulièrement de la mer, en reconnaissant que sa vision avait évolué avec son époque, de l'explorateur-chasseur et pêcheur au logisticien pour scientifiques et protecteurs. J’ai eu la chance de le rencontrer, par deux fois, à la suite des conférences qu’il donnait pour conclure les cycles de séminaires d’océanographie à l’Institut Océanographique de Paris.

Et à sa suite, j’ai goûté à la désillusion d’un combat vain pour préserver une humanité dont le seul souhait est de posséder jusqu’à l’écœurement. Une l’humanité qui se partage entre ceux qui ne pensent qu’à jouir dans une grande turgescence orgiaque, collective et immonde et ceux qui tentent de survivre à cette jouissance de riches. Ainsi la France, pays pourtant tant aimé, n’est peuplée que de gens dont la seule préoccupation est de savoir comment ils vont pouvoir passer leur vacances, des gens qui ne voient pas l'utilité de préserver l'environnement, car « ils sont bien gentils ces écolos, mais il faut être réaliste et arrêter de rêver, c'est pas ça qui relancera ni la consommation ni la croissance ! », mais qui, chaque été, vont chercher, à grand coup de pots d'échappements ou de kérosène à pas cher, le paysage préservé, le petit village pittoresque, le grand air, qui n'existent plus dans leur quotidien bétonné en trouvant que quand même, « c'est beau la nature préservée !».

Il y a 20 ans le grand homme de la mer disparaissait, j'ai une pensée pour lui et pour tous ceux qui l'ont profondément aimé, Jean-Michel, Fabien, Céline, Alexandra, Philippe Junior, Francine, Diane et Pierre-Yves ainsi que tous les anonymes qui, encore aujourd’hui, se retrouvent et se reconnaissent dans son héritage. Que sa mémoire vive toujours.

mercredi 21 juin 2017

Du velcro et du téflon dans notre cerveau ?

D'où vient cette propension, même quand apparemment tout va bien dans notre vie, à quotidiennement nous focaliser plus facilement sur le négatif plutôt que sur le positif ?

Personnellement, je suis assez séduit par l'explication de ce processus telle qu'elle est présentée dans le livre « Le cerveau de Bouddha » écrit par Rick HANSON.

En substance, selon l'auteur, l'esprit est ce que fait le cerveau. Or le cerveau est le fruit de millions d'années d'évolution. Nos ancêtres, des plus primaires jusqu'aux plus récents, vivaient dans un monde rude où l'accès à la nourriture était plus difficile, où chacun vivait dans la perspective d'être attaqué et dévoré par des prédateurs et où les causes de maladies et de blessures étaient légions.

Dans ce monde, la vie ne tenait qu'à un fil et c'est ce monde qui a été la matrice de notre cerveau ; faisant de lui une machine à détecter et à réagir au danger. De son bon fonctionnement dépendait la capacité de nos ancêtres à transmettre leurs gènes par la reproduction.

Cette perspective évolutionniste permet ainsi de mieux comprendre le penchant de l'esprit à préférer s'attacher aux événements négatifs plutôt qu'à ceux positifs.

En terme de survie, il est plus important de repérer et de se souvenir des sources de danger, autrement dit des expériences négatives, que des expériences positives, comme une source de nourriture par exemple.En effet, le fait de rater une opportunité est rarement mortifère et l'on peut toujours saisir la suivante, en revanche, rater un danger, comme par exemple un prédateur, et s'en est terminé pour vous, votre histoire s'arrête.

C'est pourquoi, il est dans la nature de l'esprit d'agir « comme du velcro » sur les expériences négatives et « comme du teflon » sur les expériences positives.

Si en terme de survie, cette façon de fonctionner de notre esprit est salutaire, dans notre monde actuel, bien plus sûr, celle-ci peut devenir problématique puisque « même quand vous vous sentez détendu, heureux et connecté, votre cerveau continue à scruter les dangers, les déceptions et les problèmes interpersonnels potentiels ». C'est pour cette raison, qu'alors que tout va bien, nous nous focalisons sur le moindre détail qui va de travers.

Cette propension a voir plus facilement le négatif est par ailleurs renforcée par le fait démontré que le cerveau traite plus rapidement les informations négatives. Et à trop voir le négatif et à s'y accrocher, volontairement ou non, on peut finir par avoir tendance à ruminer nos idées noires et par dégrader notre bien être.

Réaliser que ce mode de fonctionnement de notre cerveau entraîne une vision biaisée de notre existence est un premier pas vers le mieux être car il nous permet de comprendre que s'il est normal d'être attiré par le négatif, pour autant celui-ci ne constitue pas l'intégralité ni même la majeur partie de notre expérience du monde.

Et c'est ainsi qu'en développant notre attention, notamment grâce à la pratique de la pleine conscience, il devient possible, instant après instant, de lâcher-prise le négatif et d'identifier, pour s'en nourrir, tout le positif qui traverse notre existence.

Bonne journée à vous !

Christophe BOMBLED

lundi 5 juin 2017

Le climat, Trump, la COP21 et ... nous.

Le président Donald Trump a annoncé, jeudi 1er juin 2017, une sortie des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat.

"Afin de remplir mon devoir solennel de protection de l’Amérique et de ses citoyens, les États-Unis se retireront de l’accord de Paris sur le climat", a annoncé Donald Trump depuis la roseraie de la Maison Blanche, sous les applaudissements.

"J’ai été élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas ceux de Paris", a-t-il dit.

Il a martelé qu’il ne "voulait rien qui puisse se mettre en travers" de son action pour redresser l’économie de la première puissance mondiale.


Petit bilan de la COP 21 :

   • Malgré les engagements volontaires des pays, nous sommes toujours sur trajectoire de + 3°C d’augmentation globale.

   • Il est écrit de viser "un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible" ?!?! C'est quand, dès que possible ?

   • Les objectifs chiffrés, jugés trop contraignant, ont été gommés.

   • Il n'y a pas de référence à la nécessite de réduire la consommation des énergies fossiles.

   • L'accord n’évoque pas les énergies renouvelables ni la taxation du gaz carbonique

   • L'agriculture industrielle (30% des GES) est le grand absent des négociations, le texte soulignant que les réductions d’émissions de gaz à effet de serre ne doivent pas menacer la production agricole.

   • L'accord se dit contraignant mais sans dire ce qui sera mis en place pour contraindre et l’expression « doit » a été remplacée par « devrait ».

   • L'accord prévoit qu'à tout moment, après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de l’accord pour un pays, celui-ci pourra s’en retirer, sur simple notification.

L'accord de Paris n'est donc qu'un accord à minima mais à la communication parfaite. L'accord de Paris c'est du greenwashing dans toute sa splendeur dont le seul intérêt était d'exister.

Alors ce qu'a fait TRUMP ne bouleversera pas la lutte contre le changement climatique, puisque qu'aucune puissance ne s'y est vraiment engagée si ce n'est qu'au niveau du storytelling, en revanche il démontre, une fois de plus, son ignorance des problèmes, sa vision autocentrée, sans compassion et égoïste du monde et son absence totale d'intérêt pour tout ce qui n'est pas américain.

Honte à lui !


Maintenant j'espère que tout ceux qui s'offusquent (à juste titre) de la décision de Trump de quitter l'accord de Paris ne prennent pas l'avion pour partir en vacances, n'achètent pas, en métropole, de produits exotiques, achètent bio, local et de saison, limitent leurs consommation de viande, recyclent et compostent comme il faut, n'utilisent pas la climatisation en voiture, vivent en immeuble ou en maison passive, refusent le consumérisme et le dogme de la croissance, savent renoncer .... Sont à 500 kg de carbone par an.


Ainsi, si, comme moi, vous êtes choqués par la décision honteuse de Trump, alors il ne vous reste plus qu'une chose à faire : faire entrer massivement l'écologie sociale et solidaire à l'assemblée et soutenir le seul ministre écologiste d'un absurde gouvernement Philippe et faire de la France le leader mondial de la transition écologique. 

Aux arbres, citoyens !!!!
  

samedi 3 juin 2017

Où sont passés tous les insectes ?

Les entomologistes appellent cela le phénomène du pare-brise. « Si vous parlez à des gens, ils ont un sentiment d'intuition. Ils se souviennent comment, dans le temps, les insectes s’écrasaient sur leur pare-brise », déclare Wolfgang Wägele, directeur de l'Institut Leibniz pour la biodiversité animale à Bonn, en Allemagne. Aujourd'hui, les conducteurs passent moins de temps à gratter et à frotter. « J’ai tendance à ne me fier qu’aux données scientifiques », explique Scott Black, directeur exécutif de la Société Xerces pour la conservation des invertébrés à Portland, en Oregon. « Mais quand vous réalisez que vous ne voyez plus tout ce bazar [sur votre pare-brise], ça vous prend aux tripes. »

Certaines personnes affirment que les voitures d’aujourd'hui sont plus aérodynamiques et qu’elles sont donc moins mortelles pour les insectes. Mais Black répond à cela en parlant avec fierté de sa « Ford Mustang », de son adolescence, et de ses lignes très longilignes. « J'avais l'habitude de laver ma voiture tout le temps. Elle était toujours couverte d'insectes ». A l’inverse, aujourd’hui, Martin Sorg, un entomologiste, a constaté l’exact contraire: « Je conduis un Land Rover, avec l'aérodynamique d'un réfrigérateur et le pare-brise reste propre ».

Ainsi sont les observations sur les insectes, il existe peu de données fiables sur l’abondance des espèces d'insectes, même si les scientifiques ont suivi des déclins alarmants chez les abeilles domestiques, les papillons monarques et les insectes du type vers luisant au cours du temps. Cependant peu ont prêté attention aux mites, aux mouches, aux coléoptères et ainsi qu’à d'innombrables autres insectes qui pullulent pendant les mois chauds.

Parmi les enregistrements qui existent, beaucoup viennent de naturalistes amateurs, qu'ils soient des collectionneurs de papillons ou des observateurs d'oiseaux. Ainsi de nouvelles séries de données à long terme sont issues de groupes d'entomologues, pour la plupart des amateurs, qui ont suivi l'abondance des insectes dans plus de 100 réserves naturelles, en Europe occidentale, depuis les années 1980. Il en est ainsi des membres de la société Krefeld (land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie) qui ont observé, enregistré et rassemblé des insectes de la région - et du monde entier - depuis 1905 et écrit plus de 2000 publications sur la taxonomie, l'écologie et le comportement des insectes.

C’est ainsi qu’en 2013 le groupe de la Société d'entomologie de Krefeld, a constaté quelque chose d'alarmant. Lorsqu'ils sont revenus à l'un de leurs premiers sites de piégeage démarré en 1989, la masse totale de leurs prises avait chuté de près de 80%. Peut-être était-ce une année particulièrement mauvaise ? Ont-ils pensé. Dès lors ils ont remis en place des pièges en 2014 et les chiffres ont tout été aussi dramatiques. Grâce à des comparaisons plus directes, le groupe - qui a conservé des milliers d'échantillons sur trois décennies - a constaté, également, des baisses spectaculaires dans plus d'une douzaine d'autres sites.

De telles pertes se répercutent sur la chaîne alimentaire. « Si vous êtes un oiseau qui mange des insectes vivant dans cette région, vous observerez que les quatre cinquièmes de votre nourriture a disparu au dernier quart de siècle, ce qui interroge », explique Dave Goulson, écologiste de l'Université du Sussex au Royaume-Uni, qui travaille avec le groupe Krefeld.

Même si, au premier coup d'œil, la « Liste rouge » d'insectes en voie de disparition de l'Allemagne ne semble pas alarmante puisque peu d'espèces y sont répertoriées comme éteintes car se trouvant encore dans un ou deux sites, il ne faut pas oublier que beaucoup ont disparu de vastes zones où elles étaient autrefois communes. En Allemagne, trois espèces d'abeilles ont disparu, mais la région de Krefeld a perdu plus de la moitié des deux douzaines d'espèces d'abeilles que les membres de la société ont documentés au début du 20ème siècle.

Au siège de la société, les salles stockent plus d'un million d'échantillons d'insectes individuellement fixés et nommés dans des vitrines. La plupart ont été recueillies à proximité, mais certaines proviennent de contrées plus exotiques. Parmi ceux-ci figurent ceux de la collection d'un prêtre local, membre actif dans les années 1940 et 1950, qui a persuadé ses collègues du monde entier à lui envoyer des spécimens. Des dizaines de millions d'autres insectes flottent dans des bouteilles d'alcool soigneusement étiquetées provenant de projets de monitoring initiés par la société Krefeld, dans les réserves naturelles des alentours. Heinz Schwan, membre de la société de longue date et qui a pesé des milliers d'échantillons de pièges, explique que la société a commencé à recueillir des enregistrements long terme, de l'abondance des insectes, en partie par hasard.

Au début des années 1980, les autorités locales ont demandé, au groupe, d'aider à évaluer comment différentes stratégies de gestion des réserves pouvaient affecter les populations d'insectes et leur diversité. Les membres ont donc surveillé chaque site, une fois par ans, en installant des pièges à insectes identiques aux mêmes endroits, à chaque fois, afin d’assurer des comparaisons pertinentes. En conservant tous les échantillons, car chacun représentait un instantané des populations d'insectes potentiellement intéressant, à une époque où la notion de « biodiversité »n'existait pas, cela a permis au groupe Krefeld de publier quelque résultats qui apparaissent inquiétants.

Au-delà de la baisse frappante de la biomasse globale des insectes, les données indiquent des pertes dans des groupes négligés jusqu’alors. Dans les données de Krefeld, les pollinisateurs importants présentent un déclin particulièrement important. En 1989, les pièges du groupe, dans une réserve naturelle, ont collecté 17291 insectes volants se répartissant en 143 espèces. En 2014, dans les mêmes endroits, ils ont trouvé seulement 2737 individus se répartissant en 104 espèces.

Depuis leurs premières découvertes en 2013, le groupe a installé de plus en plus de pièges chaque année. En collaboration avec des chercheurs de plusieurs universités, les membres de la société ont recherché des corrélations avec la météo, les changements de végétation et d'autres facteurs. Aucune cause simple n'a alors émergé. Même dans les réserves où la diversité et l'abondance des plantes se sont améliorées, Sorg déclare que « les insectes ont encore continué à disparaitre ».

Les changements dans l'utilisation des terres entourant les réserves naturelles jouent probablement un rôle. « Nous avons perdu énormément d'habitat, ce qui a certainement contribué à toutes ces diminutions », dit Goulson, écologiste de l'Université du Sussex au Royaume-Uni, qui travaille avec le groupe Krefeld. Au fur et à mesure que les champs s'étendent et que les haies disparaissent, les îlots d'habitats isolés préservés peuvent supporter moins d'espèces. L’utilisation accrue d’engrais sur les pâturages favorise également les graminées au détriment des fleurs sauvages que beaucoup d'insectes préfèrent pourtant. Et lorsque le développement remplace la campagne, les rues et les bâtiments génèrent de la pollution lumineuse qui égare les insectes nocturnes et les stoppent.

Les pesticides à base de néonicotinoïdes, déjà impliqués dans la crise généralisée des populations d'abeilles, sont un autre suspect majeur. Introduit dans les années 1980, ils sont maintenant les insecticides les plus utilisés de part le monde. Initialement considérés comme relativement bénins parce que souvent appliqués directement sur les graines, plutôt que par pulvérisation, ils sont devenus suspects parce que solubles dans l'eau et qu’ils ne restent donc pas dans les champs où ils sont utilisés. Goulson et ses collègues ont signalé, en 2015, que le nectar et le pollen des fleurs sauvages, à côté des champs traités, peuvent avoir des concentrations plus élevées de néonicotinoïdes que les plantes cultivées. Bien que les études initiales sur la sécurité aient montré que les niveaux admissibles des composés ne menaçaient pas directement les abeilles, elles influent cependant, selon des recherches, sur les capacités des insectes à naviguer et à communiquer. Les chercheurs ont trouvé des effets similaires chez les abeilles solitaires sauvages.

On sait moins de choses sur la façon dont ces produits chimiques affectent d'autres insectes, mais de nouvelles études sur les parasitoïdes suggèrent que ces effets pourraient être importants. Cependant, personne ne peut vraiment prouver que les pesticides sont responsables du déclin. « Il n'y a pas de données sur les niveaux d'insecticide et en particulier dans les réserves naturelles », dit Sorg. Le groupe a essayé de déterminer les types de pesticides utilisés dans les champs proches des réserves, mais cela s'est avéré difficile. Mais les pare-brise propres sont une indication.

De leur coté, entre 1970 et 2002, les pièges posés dans le sud de l'Angleterre n’avaient pas montré de diminution significative de la biomasse. Cependant les prises dans le sud de l'Écosse, ont diminué de plus des deux tiers au cours de la même période et Bell note que les chiffres globaux en Écosse étaient beaucoup plus élevés au début de l'étude. « C'est peut-être qu'une grande partie de l'abondance [des insectes] dans le sud de l'Angleterre avait déjà été perdue » depuis 1970, a-t-il dit, après les changements dramatiques de l'après-guerre dans l'agriculture et l'utilisation des terres.

La biomasse stable, dans le sud de l'Angleterre, peut être en partie attribuable à des niveaux constants de parasites tels que les pucerons, qui peuvent prospérer lorsque leurs prédateurs d'insectes sont absents. De tels parasites peuvent profiter de divers environnements, se déplacer sur de grandes distances et se reproduire plusieurs fois par an. Certains peuvent même bénéficier des pesticides car ils se reproduisent assez rapidement ce qui leur permet de développer une résistance, alors que leurs prédateurs diminuent. « Ainsi donc, beaucoup d'insectes vont bien, mais les insectes que nous « aimons » ne le sont peut-être pas », dit Black.

De leur coté les espèces d'oiseaux, en Amérique du Nord et en Europe, qui mangent des insectes volants, comme les alouettes, les hirondelles et les martinets sont en forte baisse. La perte d'habitat joue certainement un rôle, dit Nocera, « mais le facteur évident qui les lie tous ensemble est leur alimentation ». Certains indices proviennent de décennies de déjections stratifiées de Martinet ramoneur. Nocera et ses collègues ont échantillonné des cheminées désaffectées à travers le Canada où les Martinets ramoneurs avaient construit leurs nids depuis des générations. À partir de ces excréments, lui et ses collègues ont pu reconstituer un historique des régimes alimentaires de ces oiseaux qui mangent presque exclusivement des insectes capturés en vol.

Les strates ont révélé un changement frappant dans les régimes des oiseaux dans les années 1940, à peu près au moment où le DDT a été introduit. La proportion de coléoptères a été abandonnée, ce qui suggère que les oiseaux mangent des insectes plus petits - et reçoivent par la même occasion moins de calories par capture. La proportion de morceaux de coléoptères a légèrement augmenté après que le DDT ait été interdit, dans les années 1970, mais sans jamais retrouver ses niveaux antérieurs. Le manque de données directes sur les populations d'insectes est frustrant, affirme Nocera. « Tout est corrélatif. Nous savons que les populations d'insectes ont changé, engendrant la baisse que nous observons maintenant, mais nous n'avons pas suffisamment de données historiques, et nous ne les aurons jamais, car nous ne pouvons pas remonter dans le temps ».

Alors s’il est vrai que nous n’éliminerons pas tous les insectes, car les vertébrés disparaitront d’abord, nous sommes, par contre, parfaitement en capacité de causer des dommages massifs à la biodiversité qui nous est utile.

mardi 23 mai 2017

Huile de palme "durable" : un outil de greenwashing pour berner le consommateur

Produire une huile de palme "durable" est-il possible ? Face à la fronde contre les effets dévastateurs de cette industrie sur l'environnement, certaines marques mettent en avant un label vert, garant d'une huile de palme qui respecterait la biodiversité. Un énorme mensonge, dénonce Laurence Duthu, présidente de l'association L'Huile de palme : NON !


En Europe et plus particulièrement dans deux pays, la France et la Belgique, apparaît la mouvance de l'huile de palme durable. Orchestrée par l'industrie agro-alimentaire et le WWF, elle tente de rendre la culture industrielle de l'huile de palme vertueuse de l'environnement aux yeux des consommateurs. Cette approche est savamment réfléchie et soutenue par grand renfort financier du lobby de l'industrie palmière dont les multinationales sont le chef d'orchestre.

Un écran de fumée pour berner le consommateur

L'huile de palme "durable" est un concept créé en 2004 par la RSPO (Roundtable on sustainable palm oil ou Table ronde pour une huile de palme durable). Les membres fondateurs de cette organisation sont, entre autres, les producteurs (MPOA – Malaysian palm oil association), les multinationales (Unilever qui détient Dove, Cajoline, Carte d'Or, Timotei, Planta Fin, Knorr, etc.), les banques (la banque néerlandaise Rabobank) et le WWF (ONG au célèbre panda créée en 1961 et cotée en bourse).

Leur but, il y a déjà dix ans de ça, était de rendre l'huile de palme conventionnelle – utilisée plus que largement dans leurs produits et qui commençait à être décriée par les ravages qu'elle produisait – "durable" via des règles auto-édictées et auto-contrôlées ! En somme, un écran de fumée afin de tromper le consommateur et n'entachant pas les profits fort rentables pour toute la filière.

Un savant outil de greenwashing

Un fait tout simple permet, en quelques secondes, de comprendre la supercherie qu'est la RSPO. Pour l'année 2012/2103, Unilever, membre fondateur je vous le rappelle, n'utilisait que 3% d'huile de palme durable dont une (grande) partie en certificat GreenPalm.

Ce dernier est un savant outil de greenwashing inventé une fois de plus pour berner le consommateur. Un produit estampillé GreenPalm ne veut pas dire qu’il contient de l’huile de palme "durable" mais que l’industriel a acheté des certificats vendus par un producteur d’huile de palme "durable". Ces certificats sont mis sur une plateforme de vente (système de la Bourse) et il est impossible pour l’acheteur de connaitre la provenance de l’huile qu’il a contractée et la façon dont elle a été produite.

Un détail important est à connaître également : une société peut être membre de la RSPO mais rien ne l'oblige à utiliser de l'huile de palme "durable" portant alors le sigle CSPO. Cette confusion est volontairement entretenue.

Le filon très rentable qu'est la culture industrielle de l'huile de palme, qu'elle soit conventionnelle, durable ou biologique, a balayé dès le départ les deux fondements pourtant indispensables pour que cet oléagineux devienne durable : absence de déforestation et respect des populations autochtones et des petits paysans.

L'huile de palme durable n'empêche pas la déforestation

En effet, selon l'étude de Belinga Margono, la déforestation ne fait que s'accélérer. Entre 2010 et 2012, la forêt indonésienne a perdu plus de 6 millions d'hectares de forêt primaire, soit une surface comparable à l'Irlande. Cette déforestation est le fait même de sociétés membres de la RSPO comme le démontre très régulièrement Chanee via son association Kalaweit ou l'association indonésienne Centre of Orangutans Protection.

De même, cette demande toujours plus importante d'huile de palme et ses dérivés nécessite constamment de nouvelles terres afin de faire pousser de nouveaux palmiers à huile. Ces derniers donnent un rendement satisfaisant pendant 25 ans, après quoi il est abandonné. Seulement, ce palmier ne peut pas être remplacé en lieu et place, le sol étant "vidé" de ces éléments nutritifs et gorgé de pesticides et herbicides, le paraquat notamment (puissant neurotoxique commercialisé par Syngenta membre de la RSPO et interdit en Europe depuis 2007). Il faut donc de nouvelles terres vierges afin d'assurer un bon rendement.

Cette déforestation s'accompagne de rejets très importants de CO2 qui classe l'Indonésie troisième pays émetteur de CO2 au monde. La cause est liée, outre la déforestation massive et les feux de forêt s'accompagnant, à la nature du sol qui est souvent composée de tourbières amplifiant le phénomène de rejets de dioxyde de carbone.

Selon les règles édictées par la RSPO, les palmiers à huile plantés sur d'anciennes parcelles déboisées avant 2005 obtiennent la certification "durable". Sauf que dans les faits, cela est très loin d'être le cas ! En 2014 bien trop de cas ont été recensés.

De plus, cette décision efface le massacre d'une biodiversité perpétré avant cette date, massacre qui englobe la destruction de millions d'hectares de forêts primaires, la mort de centaines de milliers d'espèces animales amenant certaines à l'extinction, le déplacement et l'accaparement des terres de milliers d'autochtones et de petits paysans.

Cette décision de la RSPO n'est qu'une honte, n'ayant jamais empêché de certifier encore et toujours de l'huile de palme qui ne l'a jamais été et ne pourra jamais l'être de toute évidence.

La culture "durable" bafoue les droits de l'Homme

Que cela soit en Asie du Sud-Est, en Afrique ou en Amérique du Sud, la culture industrielle "durable" n'a que faire des populations autochtones.

L'accaparement des terres est une pratique assez répandue et dénoncée à maintes reprises par les ONG humanitaires. Les ouvriers sont payés une misère où les enfants sont aussi de la partie. Ils sont à la merci de des producteurs peu scrupuleux les réduisant malheureusement trop régulièrement en esclaves des temps modernes.

Le bio n'est en pas en reste ! L'essentiel de la production vient de Colombie et est "durable" via sa certification de la RSPO et biologique par ses méthodes de culture certifiées par Ecocert entre autres.

Cependant, derrière se cachent scandales, expropriations, accaparements des terres, déforestation et recours aux paramilitaires. La majorité de la production colombienne vient du groupe Daabon, un empire aux airs de mafia qui se cache derrière un visage d'entreprise familiale. Les membres de cette large famille ont les pieds également en politique facilitant la main mise sur les terres.

Se tourner vers des produits sans huile de palme

Il y a dix, vingt ans de cela, le concept de l'huile de palme durable et sa mise en application plus drastique et indépendante aurait pu peut-être sauver les forêts primaires d'Asie du Sud-Est.

La monoculture industrielle des palmiers à huile va très souvent de pair avec les sociétés sylvicoles qui exploitent les forêts afin de fournir la matière première des industries de l'ameublement et de la pâte à papier. Ces sociétés appartiennent pour beaucoup à de mêmes groupes détenant celles du volant palmiers à huile.

À l'heure actuelle, 80% des forêts tropicales de la partie malaisienne de Bornéo sont exploitées. Rien ne semble empêcher ce rouleau compresseur d'avancer, que cela soit en Asie du Sud-Est, en Afrique ou en Amérique du Sud.

Un espoir subsiste qui se tient dans les mains des consommateurs : le choix de dire non et de se tourner vers des produits sans huile de palme et ses dérivés. Pour se faire, le fait maison avec des produits locaux de saison sera toujours le meilleur allié, la garantie d'une alimentation saine et le respect d'une biodiversité si nécessaire au bien être de tout être vivant.

Laurence Duthu,
19-01-2015, "le plus - L'Obs"



dimanche 14 mai 2017

Notre-Dame-des-Landes : l'impossible compensation écologique de l'aéroport



Les sénateurs ont analysé l'impact environnemental de quatre grands projets d'infrastructure

Peut-on compenser les atteintes faites à la nature lors d'un grand chantier en protégeant ou en réparant ailleurs ce qui y est détruit ? La question anime sans fin les experts de l'écologie. Cette fois, ce sont les sénateurs qui s'en mêlent. Ils ont formé une commission qui a examiné quatre cas concrets : l'autoroute A65 reliant Pau à Langon (Gironde), la ligne à grande vitesse entre Tours et Bordeaux, la réserve d'actifs -naturels de Cossure dans la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône) et... le projet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Ce dernier dossier n'en finit pas de semer le trouble, jusque dans le rapport que le Sénat a rendu public jeudi 11 mai. Une commission d'enquête de la Chambre haute, mise en place le 29 novembre 2016, s'est penchée sur "la réalité des mesures de compensation des atteintes à la biodiversité engagées sur des grands projets d'infrastructure". Ce travail établit de fait la quasi-impossibilité de compenser les pertes de terres agricoles et de zones humides là où doit être construit le futur aéroport, au nord de Nantes.

Les membres de cette commission se gardent bien de commenter le bien-fondé de cette infrastructure ni d'ailleurs d'aucun des autres cas étudiés. "Donner un avis a tout simplement été impossible à cause des divisions sur le sujet de Notre-Dame-des-Landes, mais notre but était d'abord de définir des mesures compensatoires plus claires et de préciser le cadre d'application de la loi biodiversité - adoptée le 20 juillet 2016 - ", explique Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique et rapporteur de la commission.

Coûts sous-évalués

Pour aboutir à un compromis que M. Dantec juge finalement " ambitieux ", les membres de la commission ont dû éviter les questions sensibles. Ils avancent trente-cinq propositions, sans s'accorder sur le cas du futur aéroport. Mais pour l'élu, aucun doute n'est permis. La conduite du projet actuel ne répond pas au principe " éviter-réduire-compenser ", introduit en droit français par la loi du 10 juillet 1976 relative à la protection de la nature. Ce concept a, depuis, notamment été renforcé par la législation européenne sur la question de l'obligation de résultats. Mais, ainsi que le suggère le rapport, il reste à préciser comment l'appliquer et comment encadrer sur le plan juridique le contenu des mesures à prendre.

Ronan Dantec explique que le projet de Notre-Dame-des-Landes et le choix de sa future implantation, arrêté dans les années 1960, ont été décidés " sans prise en compte de la biodiversité ". La phase dite d'évitement - autrement dit l'étude d'alternatives - n'a pas été menée, comme en ont témoigné les représentants des agriculteurs ainsi que les associations d'opposants auditionnés par la commission. L'étape de la réduction des atteintes à la biodiversité n'a pas été mieux respectée.

Enfin, s'agissant de la compensation, elle serait de fait impossible. Les mesures envisagées par l'Etat et le porteur du projet, Aéroport du Grand Ouest, filiale de Vinci, ont été " surévaluées ", avance-t-il, et les surfaces nécessaires à la compensation tout autant sous-évaluées. De même que le coût, qui pourrait s'élever " en moyenne de 1 à 2 millions d'euros par an, alors que les -maîtres d'ouvrage annoncent 300 000 euros ". Enfin, la réalisation d'une nouvelle ligne ferroviaire Ouest-Bretagne - Pays de la Loire, destinée à améliorer la desserte entre le futur aéroport et les deux régions n'a pas été prise en compte dans la compensation.

Au-delà de ce cas d'espèce, les sénateurs, après plus de soixante-quatre heures d'auditions et des visites sur les quatre sites étudiés, ont retenu plusieurs propositions innovantes. Parmi les plus marquantes, on relève la nécessité de définir dans le code de l'environnement les principes applicables à la mise en oeuvre de l'évitement et de la réduction, comme cela existe pour la compensation.

Sont également avancées la prise en compte des atteintes à la biodiversité " ordinaire ", comme les oiseaux communs ou les pollinisateurs, dans les processus d'autorisation; la nécessité d'appliquer aux travaux eux-mêmes le principe éviter-réduire-compenser, et l'association plus étroite du monde agricole à toutes les étapes de définition et de mise en oeuvre de ces mesures. Les sénateurs soulignent, par ailleurs, la nécessité de davantage de transparence dans les coûts. Ceux-ci sont en effet très rarement déterminés avant la réalisation d'un projet lors de la phase d'étude.

Rémi Barroux

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De son coté, Emmanuel Macron, sur le projet de NDDL, s'est montré ouvert à l'étude d'une modernisation de l'aéroport actuel. « Aujourd'hui, on ne lancerait pas un projet du type de Notre-Dame-des-Landes », a-t-il concédé, tout en disant ne pas vouloir « écarter » le résultat de la consultation publique de l'an dernier, qui a débouché sur un avis favorable au projet. Ainsi dans les six mois suivant son élection à l'Élysée, il a dit vouloir nommer « un médiateur » pour qu'on « regarde en parallèle (...) le projet Nantes-Atlantique », l'actuel aéroport qui pourrait être modernisé. Dans ce dossier, le candidat souhaite « une dernière fois, regarder les choses » en termes « économiques, environnementaux, d'empreinte carbone, de capacité à développer ». Et enfin il a écarté l'idée d'une évacuation des opposants à un nouvel aéroport : « Je ne veux pas d'évacuation (...) il n'y aura pas de brutalité. »

N’étant pas du genre à faire des procès d’intentions, j’attends donc de voir s’il respectera sa parole, et alors, s’il est honnête, je n’ai aucun doute sur le fait qu’il ne pourra que se rendre à l’avis des opposants et reconnaîtra que ce projet se doit d’être abandonné. Mais en attendant on ne lâche rien !!!

samedi 13 mai 2017

L’ONU appelle à renoncer à l’agriculture industrielle

Par : Marine Jobert | Le Journal de l'Environnement | 8 mars 2017

La rapporteuse spéciale sur le droit à l’alimentation de l’ONU, Hilal Elver, dresse un réquisitoire des conséquences délétères des pesticides sur la faune, la flore et l’être humain.

«Être tributaire de pesticides dangereux est une solution à court terme qui porte atteinte au droit à une alimentation suffisante et au droit à la santé des générations actuelles et des générations futures.» Hilal Elver n’a pas la notoriété d’un Olivier De Schutter ou l’aura d’un Jean Ziegler, mais, tout comme ses prédécesseurs au poste de rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, cette juriste turque a la plume acérée. Dans un rapport consacré aux méfaits écologiques, sanitaires et sociaux des pesticides, elle dresse un réquisitoire implacable contre ces substances. Certes, elles ont «sans conteste contribué à permettre à la production agricole de faire face à des hausses sans précédent de la demande alimentaire», mais au prix de désastres sur «la santé humaine et l’environnement». Un procès à charge contre les transnationales, dont certaines activités devraient être pouvoir être encadrées et, le cas échéant, sanctionnées.

Toxiques, mais légaux

200.000. C’est le nombre de personnes qui, chaque année, meurent d’intoxication aigüe, dont 99% surviennent dans les pays en développement, «où les réglementations dans le domaine de la santé, de la sécurité et de l’environnement sont plus souples et appliquées moins rigoureusement». Les preuves des effets à moyen et long terme des pesticides, sur le vivant en général et l’être humain en particulier, sont plus ardues à apporter, d’autant que «l’ampleur des dommages causés par ces produits chimiques est systématiquement contestée [par l’industrie des pesticides et l’industrie agroalimentaire]». Et d’égrener la liste des pathologies, de mieux en mieux connues, imputables aux pesticides: Parkinson, Alzheimer, troubles hormonaux, troubles de la fertilité, etc. Avec quelles conséquences, en termes de politique publique ? Les États du monde entier semblent sur la même ligne: celle de l’inaction. «Bien que les graves risques pour la santé que présentent nombre de pesticides soient clairement établis, ceux-ci sont encore utilisés», constate la rapporteuse.

Droit à une alimentation sans pesticides

Le droit à une alimentation suffisante, reconnue par la Déclaration universelle des droits de l’homme, s’arrête-t-il là où commence la contamination par les pesticides ? Oui, considère le Comité des droits économiques, sociaux et culturels, «car ce droit englobe le droit à une nourriture exempte de substances nocives». Pour aujourd’hui et pour demain, insistent ces représentants de l’ONU. Or, avec des eaux de ruissellement contaminées, des populations de ravageurs perturbées, des écosystèmes déstabilisés et des sols privés de vie dont les rendements s’effondrent, les générations futures sont lésées. «Les arguments selon lesquels les pesticides seraient indispensables pour préserver le droit à l’alimentation et à la sécurité alimentaire entrent en contradiction avec le droit à la santé, compte tenu des nombreux impacts sanitaires associés à certaines pratiques d’utilisation des pesticides.»

Transnationales dans l’impunité

Derrière les États défaillants se dressent les multinationales toutes-puissantes. «L’industrie des pesticides est dominée par quelques sociétés transnationales qui exercent un pouvoir extraordinaire sur la recherche agrochimique, les initiatives législatives et les orientations en matière de réglementation au niveau mondial, dénonce le rapport. Elles ont aussi des responsabilités en termes de droits de l’homme.» Et c’est là tout le nœud du rapport: comment les rendre comptables et responsables de leurs agissements ?

Des États trop bienveillants

Certes, il existe bien des traités, comme la convention de Stockholm ou celle de Montréal, qui ont débarrassé le monde (au moins sur le papier) d’affreux polluants. Mais pour des centaines de pesticides - très dangereux, mais qui n’entrent pas dans les clous de la réglementation - les étapes cruciales de leur cycle de vie échappent à toute réglementation. Et ces instruments juridiques recèlent quantité de subtilités (clauses d’exemption, règles de vote léonines…) qui permettent à des Etats de laisser sur le marché des produits toxiques, comme le Paraquat par exemple. Quant aux réglementations nationales, outre qu’elles sont fondées sur des études scientifiques discutables, elles sont peu mises en œuvre et peu contrôlées, faute de moyens. Résultat, des pesticides interdits au Nord finissent souvent dans les pays en voie de développement sans que personne n’y trouve à redire.

Renoncer à l’agriculture industrielle

Le 28 février, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) alertait sur l’impossibilité, pour un monde en expansion démographique incontrôlée et aux rendements agricoles stables, de combattre la famine dans les décennies à venir, mais elle ne préconisait pourtant pas de réelles pistes pour tenter de sortir de la crise. Hilal Elver, elle, achève son réquisitoire sur une série de recommandations très fermes en direction des États. Car c’est à eux qu’il appartient de soutenir une agriculture libérée des pesticides dangereux et l’agroécologie, de protéger les femmes enceintes et les enfants de l’exposition à ces produits toxiques, de financer des études indépendantes sur leurs effets potentiels, de cesser de les subventionner et renforcer leur taxation ou de promouvoir une alimentation issue de l’agriculture biologique. Mais interdire et réglementer ne suffit plus: le moyen le plus efficace à long terme de réduire l’exposition à ces produits chimiques toxiques «est de renoncer progressivement à l’agriculture industrielle», conclut la rapporteuse.