Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mardi 23 janvier 2018

"l’Etat a été faible et a cédé devant la violence et les zadistes"

Une phrase que l’on entend beaucoup à propos de Notre Dame Des Landes. Oui, il est convenu de dire que « l’Etat a été faible et a cédé devant la violence et les zadistes ».



Sans la radicalité de ces derniers et leur action hors la loi, les travaux auraient commencé depuis longtemps. Mais, en réalité –et même s’il s’agit bien d’une question de rapport de force-, cette affirmation est trop simple. Et même fausse ! Il ne s’agit pas juste de squatter mais de militants d’une cause qui, par sa nature et l’écho qu’elle rencontre dans la société, créent une situation qui les a rendus invulnérables et inattaquables. Ce ne sont pas leurs armes de fortune, leurs soit-disant pièges à flics, leur tour de guet futuriste et médiévale à la fois qui ont fait reculer la police… les zadistes auraient facilement pu être évacués, mais la société dans son ensemble, même très agacée par eux, ne comprendrait pas qu’un policier risque sa vie pour une piste d’aéroport décidée il y a 50 ans, qu’un écologiste, même exaspérant, soit tué pour avoir tenté de sauver une zone humide.

Ce ne sont pas des djihadistes ! Là, la société aurait toléré… et même exiger que des policiers risquent leurs vies et que les djihadiste soient tués.

L’actualité montre que nous sommes prêts à utiliser la violence pour nous défendre. Sans faiblesse aucune.

Oui mais le propre d’une démocratie, c’est le discernement dans l’utilisation de la force. Et il est intolérable (et ça se produit pourtant plus souvent qu’on ne le croit) que des militants écologistes, même radicaux, soient fichés S, comme des terroristes… le revirement des deux têtes de l’exécutif sur NDDL n’est pas la preuve d’un manque d’autorité, c’est l’évaluation juste de la façon dont l’autorité doit être exercée. Parfois, les moyens qu’il faut déployer pour rétablir l’ordre public risquent de créer encore plus de trouble à l’ordre public ! Un trouble à l’ordre public ne se mesure pas en dégâts matériels ou en nombre de victimes mais en dégâts matériels et nombre de victimes tolérables par la société, par rapport aux causes défendues. Personne ne déplore la mort des terroristes de l’immeuble littéralement détruit par la police à Saint-Denis en 2015… Mais tout le monde déplore la mort de Rémi Fraisse à Sivens. La violence politique des militants est, de fait, condamnable, à des degrés divers qui ne dépendent pas uniquement des lois, mais aussi des circonstances et de la résonance de leurs combats pour le reste de la société. Qui dirait aujourd’hui qu’il aurait fallu réprimer violemment les militants du Larzac ? Qui dirait même qu’ils avaient tort ? La violence légale, elle, (légitime, pour reprendre le terme de Max Weber) doit être constamment évaluée et questionnée dans un état de droit… Et l’autorité n’est pas toujours là où l’on croit. C’est par exemple justement par un manque d’autorité et de caractère que le gouvernement est violent, outre mesure, avec les migrants à Calais ou dans les Alpes. La violence légale qu’il aurait fallu déployer pour déloger les zadistes a été rendue inacceptable par la justesse et la popularité de leur cause, en général. C’est donc d’abord la cause des écologistes qui a gagné, pas leur violence, toute relative d’ailleurs !

Thomas Legrand

dimanche 21 janvier 2018

La France renonce à l'Exposition universelle 2025


« La France n'organisera pas l'Exposition universelle 2025. Samedi, Pascal Lamy, président du Groupement d'intérêt public Expofrance 2025, en a été informé dans un courrier de deux pages signé par Edouard Philippe. "J'ai décidé de ne pas donner suite à la candidature de la France à l'exposition universelle, qui sera retirée", écrit le Premier ministre. […] Dans la lettre adressée à Pascal Lamy, le Premier ministre pointe les "faiblesses structurelles" du modèle économique du projet. […] Dans le contexte de "redressement de nos finances publiques", le chef du gouvernement refuse donc de "grever l'avenir [...] d'engagements supplémentaires non maîtrisés". » nous relate le JDD du 20 janvier 2018.

Ainsi donc Edouard Philippe annonce le retrait de la candidature française à l'Exposition universelle 2025 pour et uniquement pour des raisons financières. Je ne peux que saluer, après l’interdiction de la pêche électrique et l’abandon de Notre Dame des Landes cette nouvelle excellente nouvelle. De mon coté, j’avais pointé du doigt, dans mon texte du 9 décembre 2017, cette absurdité économique : « Pour combattre la misère ou bien pour financer la recherche ou les hôpitaux publics, on nous affirme qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'état et qu'il faut arrêter de rêver mais, qu'en revanche, pour organiser des JO ou une écocide Exposition Universelle, totalement mégalo, consumériste et détruire, par la même occasion, des terres nourricières, on trouve, comme par miracle, les budgets, sans aucun problème. » Le premier Ministre nous confirme que l’on ne peut pas tout, et c’est une excellente chose.

Cependant nous pourrons avoir un petit sentiment d’amertume, en regardant les raisons pour lesquelles le gouvernement a été amené à abandonner les deux projets inutiles de notre Dame de Landes et l’écocide Exposition Universelle … ce n’est jamais la protection de l’environnement, les raisons écologiques ou la recherche de la durabilité qui apparaissent dans les raisons qui poussent nos dirigeants à renoncer. On renonce toujours pour des raisons financières jamais pour protéger l’environnement. En cela les « En Marche » n’ont toujours pas entamés leur conversion à l’écologie et sont toujours des productivistes, certes peut-être plus pragmatiques que des PS ou bien des LR, mais des productivistes toujours partant pour bétonner si, économiquement, cela est rentable.

Quoi qu’il en soit, une fois de plus, on ne va pas bouder notre joie de voir un projet absurde et destructeur être abandonné. Cette semaine aura été faste pour les luttes écolo, on n’a pas l’habitude … mais c’est bon quand même. J’en ai presque la tête qui tourne.

Ainsi donc des batailles se gagnent, même si l’honnêteté nous oblige à dire qu’on ne les gagne pas avec notre vision, mais on en gagne quand même en ce moment. Mais la guerre contre les saccageurs n’est pas terminée. Il nous reste beaucoup de travail pour faire comprendre, au plus grand nombre, l’urgence environnementale. Il nous reste à faire comprendre qu’un métro lourd sur le plateau de Saclay serait la mort des terres agricoles. Il nous reste à faire comprendre, dans le cadre des crises climatiques et énergétiques, l’urgence de protéger les terres agricoles périurbaines comme celles du triangle de Gonesse. Il nous reste à faire comprendre que notre modèle économique, basé sur la consommation et la croissance, n’est qu’une fuite en avant et qu’il ne peut être la solution puisqu’il est le problème. Reste à faire comprendre que la protection de notre environnement vital est incompatible avec un mode de vie où nous ne changerions rien, où nous ne renoncerions pas, où nous refuserions la sobriété. Il nous reste à faire comprendre que nous n’avons qu’une seule planète, qu’un seul habitat et qu’il nous faut le protéger si nous ne voulons pas disparaitre et n’être qu’un phénomène fugace dans l’histoire de ce vaisseau spatial aussi beau qu’il est fragile.

vendredi 19 janvier 2018

NDDL : entretien avec Hervé Kempf

Notre-Dame-des-Landes : 
L’abandon du projet de l’aéroport est le résultat d’une mobilisation humaine magnifique


Selon Hervé Kempf rédacteur en chef de “Reporterre”, “Notre-Dame-des-Landes était devenu un symbole de l’opposition entre deux mondes”. L’expert en écologie retrace la spécificité du long combat mené sur place par les zadistes.

Finalement, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) ne verra donc pas le jour. Retour sur une décision historique, qui survient après une cinquantaine d’années de batailles, de tergiversations, avec Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre, un magazine en ligne consacré à l’écologie, auteur entre autres de Notre-Dame-des-Landes, au Seuil (2014) et de Tout est prêt pour que tout empire, également au Seuil (2017).

Télérama : Comment réagissez-vous à l’annonce de l’abandon du projet ?

Hervé Kempf : C’est une excellente nouvelle ! A commencer pour la préservation de ce lieu magique – de bocages, de zones humides, de champs, de bois, de lumière... Mais Notre-Dame-des-Landes est aussi un territoire où vivent des gens ordinaires, très attachants, que cette lutte exemplaire, qui dure depuis plusieurs décennies, a rendus forts, tenaces. L’abandon du projet de l’aéroport est le résultat de cette mobilisation humaine magnifique, et la victoire, au demeurant pacifique, d’une vision du monde, plus écologique, face à celle d’un ancien monde qui ne rêve que croissance et artificialisation.

T : Déjà, dans le livre que vous y avez consacré, vous souligniez que ce combat met aux prises deux visions du monde qui se disputent l’écriture de l’avenir...

HK : Oui, plus généralement, NDDL était devenu un symbole de l’opposition entre deux mondes. D’une part, le monde de celles et ceux qui rêvent d’avions, de voitures, de parcs de loisirs, d’autoroutes comme si la question du changement climatique n’existait pas, et de l’autre, le monde de celles et ceux qui sont les « vrais » modernes et savent qu’on ne peut plus imaginer le destin humain sans le penser par rapport au climat, à l’écologie, à la biosphère.

T : Mais est-ce vraiment la vision du monde plus écologique qui l’a emporté ? Dans son discours, Edouard Philippe a aussi beaucoup parlé de développement du trafic aérien...

HK : Effectivement, le Premier ministre n’est pas devenu miraculeusement opposé à la croissance, au développement aérien. Mais faisons bien la différence entre le discours et le fait. Le discours est celui d’Edouard Philippe, qui reste tout à fait cohérent avec sa vision du monde et cette contradiction du capitalisme actuel qui consiste à croire qu’on peut résoudre la question écologique sans toucher fondamentalement au système économique. Le fait concret, c’est que le gouvernement a dû abandonner le projet d’aéroport de NDDL. Une bataille est finie. Ce n’est pas la victoire définitive. Mais dans quel état d’abattement serions-nous aujourd’hui si ce projet avait été confirmé ? Cela voudrait dire que toutes les autres luttes, tous les autres espoirs, auraient été à nouveau foulés aux pieds et qu’on continuerait dans le grand délire dont Trump est le représentant aux Etats-Unis…

Par ailleurs, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne prennent pas les décisions ex-nihilo. Ils les prennent car il y a eu ces paysans, ces élus, ces associations, ces habitants de la ZAD (zone à défendre), ces citoyens qui se sont opposés à un nouvel aéroport. Le président et le Premier ministre ont décidé en fonction d’un rapport de force et d’une longue bataille faite de contre-expertises, de manifestations, de grèves de la faim, de résistances à l’évacuation policière, de tous ces actes multiples, tenaces, inflexibles. C’est en cela que NDDL est vraiment le symbole d’une bataille plus générale dans laquelle se reconnaissent des milliers de Français, bien au-delà des seuls habitants de la ZAD.

T : L’un des slogans de la ZAD est « ni travaux ni expulsion ». Edouard Philippe a été très clair, la ZAD est une « zone de non-droit », et non pas un laboratoire écologique et politique…

HK : On ne peut pas demander à Edouard Philippe de défendre une vision de l’utopie, de la sobriété et d’autres types de relations humaines ! Mais j’ai trouvé son ton mesuré. La circulation doit revenir sur les routes, a-t-il dit. En fait, la circulation marche très bien sur les routes de la zone de NDDL, sauf sur la D281 qu’on appelle la route de la chicane, qui est une route étroite et qui n’a jamais été un grand axe de circulation. J’étais sur place il y a une dizaine de jours et j’ai eu l’impression que tout le monde ou presque était d’accord pour rouvrir cette route.

Le Premier ministre a aussi annoncé que les habitants illégaux devraient partir d’ici le printemps. C’est une bonne nouvelle. Ça veut dire que les quelque milliers de gendarmes et CRS qui sont remontés autour de NDDL ne vont pas envahir cette zone. On va donc prendre le temps de réfléchir, de parler avec celles et ceux qui vivent ici, qui y ont créé une activité, qui font de la culture, de la boulangerie, une belle bibliothèque, un atelier bois… et qui ont contribué à la décision d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe ! On ne peut pas seulement les traiter comme des habitants en état de non-droit. Ils se sont rebellés, ils ont désobéi pacifiquement et ce qui était, auparavant, le non-droit, est devenu le droit. Le projet d’aéroport est abandonné, il n’est donc plus légal, et peut-être les occupants illégaux peuvent-ils aussi devenir légaux. J’espère qu’on continuera avec sagesse à faire en sorte que tout se passe bien, pourquoi pas avec l’accord de la Confédération paysanne, de la FNSEA, etc.

T : Pourquoi êtes-vous tant attaché à cette ZAD ?

HK : Je ne connais pas d’autre lieu semblable, un tel creuset de résistances individuelles transformées en un collectif. Les gens que j’ai rencontrés là-bas sont d’une formidable force humaine, et tout cela a contribué à créer du commun au meilleur sens du terme. Il ne s’agit pas de dire que c’est un paradis, mais c’est un lieu où les gens ont pu sortir d’eux-mêmes et travailler ensemble, pour faire des choses bien, par-delà leurs différences. Et puis, à chaque fois que je quitte cette zone extraordinaire de bocages, ces changements de lumière, ce type de paysage qui existait partout dans la région mais devenu si rare avec l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, je suis saisi par la même sensation. Je me retrouve sur l’espèce d’autoroute ou de voie rapide qui mène à Nantes, face à Ikea, Conforama, But et autres hangars qui se succèdent et j’ai l’impression de passer à travers le miroir. On change de monde. Savoir qu’il existe des lieux où des femmes et des hommes ont décidé de vivre différemment, de créer un équilibre harmonieux et prometteur, me fait du bien. Et je pense que c’est ce que ressentent beaucoup de gens en France, même s’ils ont suivi cette bataille de loin.

Entretien : Weronika Zarachowicz - Télérama
Photo : MATHIEU PATTIER / AP

mercredi 17 janvier 2018

NDDL : L'Ayraultport est mort, vive la ZAD !!!


Aujourd’hui est une journée historique pour les luttes écolo. Le projet inutile et imposé, vieux de 50 ans et totalement anachronique, de Notre Dame des Landes vient d’être abandonné. Je suis fier d'avoir participé à cette victoire. Joie, joie immense !!!

J’ai envie de crier un immense « BRAVO » à tous ceux qui ont lutté et qui ont permis cette grande victoire, les Zadistes, l’ACIPA, le collectif des élus doutant de la pertinence de l'aéroport (CEDPA), les syndicats paysans, les associatifs, les comités de soutien, les artistes engagés et bien évidement tous les citoyens écologistes. Cette victoire est notre victoire à tous.

Ce jour est un jour d'espoir et de grande allégresse que nous ne devons pas bouder car au delà de la décision de ce gouvernement, la preuve est donnée que les combats citoyens peuvent encore être victorieux. La vie, l'espoir et la détermination ont vaincu le saccage et le béton .... « Depuis longtemps, ce qui se joue sur la ZAD dépasse en outre largement l'opposition au projet d'aéroport. Cette lutte se distingue en effet par sa capacité à re-situer le projet dans « son monde » - un monde dans lequel le béton l'emportait jusqu'alors irrémédiablement sur les tritons. » nous disent Maxime Combes et Nicolas Haeringer dans le blog de Médiapart, pendant que, de son coté, Nicolas Hulot nous dit, dans Le Parisien : « Il faut aussi [maintenant] s'interroger sur les procédures de consultation publique qui sont parfois de simples informations de la population conduisant à la validation d'un projet alors que la décision est déjà prise. A l'avenir, les élus locaux devront écouter davantage les critiques et les oppositions et ne pas proposer à leurs administrés un projet déjà ficelé à l'avance comme cela pourrait être le cas dans d'autres projets en France. » Merci à lui de rappeler cette évidence, si souvent énoncée par les écolos, mais faudrait-il encore que les élus aient de la considération pour leurs compatriotes pour qu'ils puissent comprendre ce bon sens.

« [...] Ainsi dès aujourd’hui, la demande de prorogation d’utilité publique sera retirée. La déclaration d’utilité publique deviendra caduque le 8 février prochain. Les trois routes doivent être rendues à la libre circulation. Les squats qui débordent sur la route devront être évacuées ; à défaut, les forces de l’ordre interviendront. La vocation agricole des terres sera préservée. Les agriculteurs expropriés pourront récupérer leurs terres. Les habitants illégaux devront partir d’eux-mêmes d’ici le printemps prochain. Des installations agricoles pourront avoir lieu à partir d’avril dans un cadre légal. L’État engagera une cession progressive des terres. C’est une décision d’apaisement dans une situation locale tendue. [...] » a déclaré, aujourd’hui Édouard Philippe. Je trouve cette fin de déclaration très ouverte et très positive où il n'est pas demandé d'évacuation de la ZAD ... Dès lors, Monsieur le premier Ministre, rappelez vos CRS.

Reste maintenant encore plein d'autres combats pour l’avènement d’une écologie sociale et solidaire et pour relever le défi de la durabilité (luttes contre les projets inutiles comme l'exposition universelle prévue sur les terres agricoles du plateau de Saclay, Europa-city prévu sur les terres agricoles du triangle de Gonzesse, le Center Parc à Roybon, l'accueil des réfugiés ou bien encore les luttes anti-racistes et pour l'égalité pour tous, ...). reste aussi à faire vivre ce qui a été construit sur la ZAD de NDDL. « Depuis la ZAD s’inventent et s’expérimentent des réponses à des questions aussi essentielles pour notre avenir commun que : comment vivre, comment penser, comme s’aimer, comment s’opposer, comment construire, comment détruire, comment rêver, comme tester, comment tâtonner, comment faire société. Bref : comment rester (ou redevenir) humain.e.s dans un monde qui s'approche de plus en plus du chaos ? Parcourir un chemin de la ZAD, se baigner dans l'un de ses étangs ou de ses lacs, y habiter, y aimer, y rêver, y cultiver un champ, est un acte fort, préfigurant ce à quoi pourrait ressembler un futur libéré de l'horizon dystopique dont nous nous approchons à grand pas. » poursuivent Maxime Combes et Nicolas Haeringer. Monsieur le Président, si vous ne voulez plus de ZAD,  il vous suffit juste de cessez les saccages, le bétonnage et la destruction de la nature.

Et dans cette attente, je dis haut et fort, vive la ZAD ! Vive l'esprit de la ZAD ! Longue et belle vie à cette expérience fabuleuse, peuplée de désobéissants qui proposent une réflexion alternative pour un projet de société humaniste et écologique.

Dessin : Reporterre

lundi 1 janvier 2018

Que nous souhaiter pour 2018 ?


Que nous souhaiter pour 2018 qui ne l’aura pas été pour 2017, mais avant également pour 2016 ou 2015 ? Nous nous sommes souhaités la paix et l’amour et tous deux ne sont pas arrivés. J’ai une pensée très émue pour tous ces hommes vendus en Syrie en 2017, comme aux pires temps de l’esclavage en Europe. J’ai une pensée compassionnelle pour tous les morts et survivants des traversées méditerranéennes. J’ai une pensée pour tous les martyres de la cause environnementale, à l’instar d’Isidro baldenegro Lopez, de Mias Mascarinas-Green, de Gordom Strom, de Santiago Maldonato, de Wayne Lotter ou bien encore de Ruben Arzaga, tous morts, en 2017 pour avoir voulu protéger notre Terre des saccageurs assassins. En 2017, 185 défenseurs de l’environnement auront été tués. Nous nous sommes souhaités une prise de conscience environnementale, mais force est de constater que les voyants sont toujours autant au rouge car même les écolos partent en vacances à l’autre bout de la planète, en avion et la plèbe s’enthousiasme pour une écocide et inutile Exposition Universelle 2025, prévue sur le Plateau de Saclay, en lieu et place de terres agricoles. Nous nous sommes souhaités la santé et le bonheur mais le glyphosate coule toujours de nos aliments et la consommation ne nous contente toujours pas. Mais d'un autre coté il est vrai que "la France n'a pas besoin de gens heureux, elle a juste besoin de consommateurs" comme nous le rappelle Nicole Ferroni dans son sketch sur la méditation.

Dès lors cela a-t-il encore du sens de se souhaiter des choses que, de toute manière, nous ne mettrons pas en œuvre ?

Mais sans souhaits et donc sans espoirs, la lutte pour la survie de nos enfants n’est pas possible. Aussi rappelons-nous toujours que l’espoir fait vivre et ainsi j’ai espoir que nous trouvions le chemin de la sagesse et que les religieux lâchent un peu du lest sur leurs certitudes et se détendent.

Espoir que nous trouvions le chemin de la sobriété heureuse … heureux de participer à la durabilité de l’espèce humaine qui est, reconnaissons-le, aussi stupide que magnifique.

J’ai espoir que cette année, le projet inutile d’Ayraultport de Notre-Dame des Landes soit enfin et définitivement enterré et la ZAD pérennisée, confirmée dans son rôle d’expérience alternative, écologique et solidaire. Le Gouvernement saura-t-il enfin écouter les arguments objectifs des opposants, légitimés par le rapport des experts ou bien cédera-t-il aux lobbies du béton et de la destruction ? Janvier 2018 sera le mois de la grande décision entre saccage et sagesse. Le mois de tous les dangers.

J’ai espoir, à l’instar du sociologue, Jean-Baptiste Comby que nous ne passions plus « sous silence les causes collectives et structurelles de la destruction de l’Environnement : l’aménagement des villes et des transports, l’organisation du travail, le fonctionnement de l’agriculture, le commerce international, l’extension infinie des marchés. C’est en imaginant et en luttant pour d’autres organisations sociales que nous rendrons possible l’adoption durable de styles de vie à la fois moins inégaux et plus respectueux des écosystèmes naturels. »

J’ai espoir que nous nous regardions enfin avec respect et fraternité, espoir que les plafonds de verre explosent enfin. J’ai espoir que les femmes ne soient plus méprisées, maltraitées, humiliées, vues comme des proies. J’ai espoir que nos frères noirs ne soient plus relégués, avec condescendance, à des travaux de services aux blancs révélant un simulacre d’égalité française, vestige d’une culture collective coloniale niée mais finalement toujours présente dans notre inconscient collectif. J’ai espoir que la juste colère contre les extrémismes religieux ne soit plus un prétexte de haine envers les croyants et que nous retrouvions l’esprit de la laïcité, seule garante des libertés de tous. J’ai espoir que les plus pauvres, les plus précaires d’entre nous ne soient plus vus comme les causes mais bien comme les victimes d’une crise systémique mondiale, et encore moins comme de vils profiteurs d’un système qui favorise, pourtant et quoi qu’on en dise, les plus riches sans que les envieux n’y voient a y redire. J’ai espoir que nous retrouvions la raison et que nous cessions d’inverser les valeurs car l’argent et la convoitise ne sont que de bien piètres maître et maîtresse. 

Et ainsi devant ces 326 jours de production d’électricité, 100 % renouvelables, au Costa-Rica, en 2017, j’ai espoir. Le pays vise le zéro CO2 en 2021. J’ai espoir devant la réduction record du trou de la couche d’ozone, qui a atteint sa plus petite taille en 2017 depuis 1988 et devrait continuer à se résorber. J’ai espoir devant la plus grande réserve naturelle, préservée pour 16 ans, en Arctique et grande comme la Méditerranée à l’instar des 1,5 million de km2 préservés en Antarctique et qui en font la plus grande réserve marine du monde. J’ai espoir quand je vois les deux espèces de Kiwis de Nouvelle-Zélande passer, grâce à des mesures de protections, d’espèces "en danger" à espèces "vulnérables" éloignant le risque d’extinction. J’ai espoir devant les 66 millions d’arbres plantés, en 12 heures, au nord de l’Inde pour lutter contre les changements climatiques. J'ai espoir quand le vois que la Chine, autrefois premier marché pour les défenses d'éléphants de contrebande, vient de promulguer, le 28 décembre 2017, l'interdiction totale du commerce de l'ivoire. "A partir d'aujourd'hui, l'achat et la vente d'ivoire et de produits de l'ivoire par les marchés, les magasins et les commerçants est hors-la-loi", a déclaré le ministère des Forêts sur son compte Weibo. Le ministère précise que l'interdiction porte aussi sur le commerce en ligne et sur les souvenirs achetés à l'étranger. J’ai espoir quand les Hommes sont de bonnes volontés même si j’exhorte à passer à la vitesse supérieure afin de gagner la guerre engagée contre la nature (selon les mots d'Hubert Reeves) et voir la conservation des équilibres écologiques l'emporter sur la destruction et l'effondrement.

Ainsi donc en 2018 je ne change ni d'idéaux, ni d'objectifs, ni de rêves, j’ai toujours espoir que la paix, la compassion et l’amour de l’autre et de notre Terre soient portés comme des étendards modernes et universels même si 2017 aura été une année catastrophique pour la Terre des Hommes. Et c’est avec cet espoir, accompagné d’une conscience éveillée, que j’aborde cette nouvelle année que je vous souhaite belle, heureuse, bienveillante, pleine de réussites décroissantes et d’amour.

vendredi 22 décembre 2017

« Évacuer la Zad » ? Et si on se calmait, plutôt ?

À peine les médiateurs avaient-ils remis leur rapport sur le projet de Notre-Dame-des-Landes que les médias s’obsédaient de l’« évacuation de la Zad », explique, Françoise Verchère, l’auteure de cette tribune, qui juge cette prise de position malhonnête et simpliste. D’autant qu’une évacuation immédiate serait, selon elle, illégale. Comme à son habitude, Françoise Verchère exprime, avec passion, lucidité et justesse, dans cette tribune publiée dans Reporterre, ce qui n'est que sagesse ... « Évacuer la Zad » ? Et si on se calmait, plutôt ?

Par Françoise Verchère, membre du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (CéDpa).

« Évacuer la Zad » : trois petits mots répétés sur tous les tons pour ajouter à la confusion et empêcher une sortie non violente de l’impasse de Notre-Dame-des-Landes. À peine le rapport des médiateurs sur le projet de nouvel aéroport était-il rendu et analysé — et parfois déformé — que beaucoup de médias sont passés au seul sujet qui leur semble d’importance : l’évacuation de la Zad, quel que soit le choix du gouvernement.

Balayé le fond même du dossier, c’est-à-dire la preuve enfin faite que le processus de décision a été pipé dès 2003. Que l’on n’avait pas étudié l’alternative de l’optimisation de Nantes-Atlantique, et que des mensonges (pardon, des « constats erronés », page 19 du rapport des médiateurs), sont à la base de la déclaration d’utilité publique.

Oubliée aussi la proposition des médiateurs de donner du temps à la négociation pour permettre que se continuent les expériences les plus intéressantes sur un territoire qui serait rendu à sa vocation agricole et naturelle. Sujet trop technique ? Ou trop politique, qui obligerait à s’interroger enfin sur le pouvoir qui décide pour les citoyens mais enrobe ses décisions du voile de la merveilleuse « démocratie participative », avec force débat public, enquêtes publiques et autres garants et commissaires ? Sujet pas assez croustillant, en tout cas. Car, ce qui ferait de belles photos, de beaux reportages à l’heure du JT, et de beaux discours sur l’ordre et l’État de droit, ce serait l’affrontement entre les forces de l’ordre et les gueux, les voyous, les ultraviolents, les ZADISTES.

En France, il y a partout des zones de non-droit

On parle donc d’« évacuation, quelle que soit la décision prise sur l’aéroport ». Comme on a parlé de « référendum » en juin 2016 alors qu’il s’agissait d’une « consultation pour avis », on utilise le même mot pour deux cas de figure différents, ajoutant ainsi au malheur du monde en nommant mal les choses.

Il y aurait bien évacuation si le gouvernement décidait malgré tout de construire le nouvel aéroport, évacuation de tous, agriculteurs, habitants anciens et nouveaux, vaches et tritons sans compter les milliers de soutiens qui viendront avec d’autant plus d’incompréhension et de colère qu’aujourd’hui on sait inutile la destruction de ce bocage si précieux. Évacuation, donc, avec un lourd tribut à payer, destruction de toutes les habitations et bétonnage.

Mais, si le gouvernement décide d’arrêter ce mauvais projet, la Zone à défendre change immédiatement de statut. Plus besoin de défendre 1.600 ha de la destruction. Plus besoin de barrages. Les chemins sont déjà ouverts à tous, la seule route qui ne le soit pas à ce jour, vestige de l’épisode « opération César », s’ouvrira de nouveau, car c’est la logique. La libre circulation fait partie des droits de tous, zadistes ou pas. Mais les cabanes illégales, les voyous qui occupent illégalement des terrains qui ne leur appartiennent pas, diront les tenants de l’ordre ?

Eh bien, oui, ils sont de fait dans l’illégalité, comme tant d’autres en France et en Navarre. Quel maire — je l’ai été — n’a pas à faire face à ces difficultés de stationnement et/ou de constructions illégales ? Le bocage serait-il la seule zone de non-droit ? Le seul où il faille intervenir ? Vaste programme que de rétablir l’ordre et la loi partout… Chacun s’accordera, je l’espère, pour admettre d’abord que, dans un État de droit, seule la justice peut autoriser une intervention.

Il n’est donc pas possible en janvier, toutes affaires cessantes, d’envoyer la troupe nettoyer la Zad parce que ce ne serait pas légal. Pour admettre ensuite que la même sévérité doit valoir pour tous les squatteurs, et toutes les infractions, caravanes et autres yourtes sans autorisation, belles résidences agrandies sans permis, propriétaires des bords de l’Erdre — la plus belle rivière de France coulant à Nantes — qui refusent, malgré la loi, le droit de passage sur leurs terrains (mais il faut dire que ceux-là sont des gens bien, qui peuvent payer les astreintes de la justice qui les a condamnés…).

Ces expériences ont leur place dans un futur apaisé

Ancienne élue, je sais la difficulté de l’équilibre à respecter pour vivre ensemble, j’ai passé des décennies à expliquer la nécessité des règles et à faire face « en même temps », comme on dit aujourd’hui, à la réalité qui oblige à trouver des solutions acceptables. La Zad est née de la volonté de défendre un territoire face aux mensonges et à l’obstination coupable des partisans du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ; elle a vu naître et croître de belles expériences, n’en déplaise à ceux qui en parlent sans rien connaître réellement de cet espace de vie. Ces expériences-là, de production, de solidarité, de rapports différents à la nature et aux autres ont leur place dans un futur apaisé.

Parce que je ne suis ni naïve ni angélique, je dis aussi qu’il y a sur la Zad des gens avec qui je ne passerais pas une journée ni même une heure, de même que je ne passerais pas une heure avec des tas de gens apparemment bien sous tous rapports (je ne donnerai pas de noms…), mais je dis qu’il y a aussi d’autres habitants, beaucoup d’autres dont je serais fière qu’ils soient mes enfants pour les plus jeunes, parce que je suis admirative de leur créativité et de leurs valeurs. Je constate aussi que chaque jour nous apporte son lot de faits divers, parfois très glauques, sur Nantes et l’agglomération, que je vois dans les rues toujours plus de mendiants, de gens visiblement malades, de pauvres. Dans une indifférence générale. Notre vie collective me semble pourtant plus menacée par cette réalité et notre impuissance collective que par ce qui se passe sur la Zad.

Le verbe est créateur : à force de parler des « armes de destruction massive » que l’Irak était censé avoir (on le savait, on le répétait de source sûre, on y croyait, donc c’était vrai, n’est-ce pas ?), on a eu la guerre. La vérité a fini par être révélée, il n’y avait pas d’armes de destruction massive. Ceux qui présentent la Zad comme un repaire de quasi-terroristes, ne devraient-ils pas s’en souvenir ?

Avec un peu d’avance sur le calendrier, je forme le vœu que le gouvernement abandonne ce projet destructeur et inutile, et qu’il fasse preuve de lucidité et de réalisme en donnant du temps au temps pour trouver les meilleures solutions locales. Qui peut honnêtement penser que cela mettrait en péril la République, à part des fous, des pyromanes ou des journaux comme Le Journal du dimanche et Valeurs actuelles ?

Photos : chapô : Une des voies d’accès de la Zad de Notre-Dame-des-Landes.

samedi 16 décembre 2017

Notre-Dame-des-Landes : et maintenant, gagner la bataille de la paix

Avec ou sans projet inutile et imposé à Notre Dame des Landes, la ZAD reste une belle expérience alternative, écologique et pacifiste qui montre ce qu'est l'essentiel dans la vie et je comprends combien ce doigt, pointé sur notre consumérisme, bouscule notre tranquillité, notre chacun pour soi, notre compétitivité, notre monde artificialisé et monétarisé, nos certitudes technologiques et modernistes, notre haine pour la nature sauvage et qu'ainsi elle devienne la priorité à abattre. Longue vie à la ZAD !!!

Bruno Bombled

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La remise du rapport de médiation sur Notre-Dame-des-Landes, mercredi 13 décembre, marque un tournant majeur dans une longue et passionnante histoire. Les trois médiateurs concluent - conclusion avalisée par le Premier ministre Edouard Philippe - que l’aménagement de l’aéroport nantais existant est réaliste, possible, et moins coûteux que la construction d’un nouvel aéroport dans le bocage.

C’est la confirmation de ce que suggéraient les opposants depuis de longues années. Un rapport gouvernemental vient enfin donner raison à ce que les citoyens proposaient bien antérieurement. Que de temps et d’énergie perdus !

À mots couverts - « constats erronés » -, la mission de médiation constate aussi les erreurs commises, pour ne pas dire les mensonges, par la Direction générale de l’aviation civile, et dont Reporterre avait établi plusieurs exemples, dont une ahurissante manipulation des chiffres.

Les médiateurs éclaircissent aussi la question des nuisances sonores et innovent en soulignant les enjeux d’étalement urbain qu’impliquerait la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes.

En revanche, ils ne remettent pas en question les perspectives de trafic aérien, et continuent à tabler sur 9 millions de passagers en 2050 - comme si les émissions de gaz à effet de serre du trafic aérien pouvaient être négligées, et comme si les prévisions passées n’incitaient pas à la prudence : en 1973, une étude prédisait pour l’an 2000 six millions de passagers à Nantes [1] - un chiffre qui n’a toujours pas été atteint en 2017 (5,7 millions de passagers)...

En tout cas, le gouvernement a en main les éléments lui permettant de prendre la décision rationnelle qui s’impose : abandonner enfin ce projet de Notre-Dame-des-Landes.

L’ordre public, c’est la paix, pas les gaz lacrymogènes

On ne peut affirmer qu’il le fera. Mais il est légitime d’en faire l’hypothèse. C’est alors un autre problème qui se pose : celui du destin des 1.650 hectares de terres disputés, et que l’on appelle la « Zone à défendre », la Zad.

Des pro-aéroport, des députés, des "sources" au ministère de l’Intérieur multiplient les déclarations sur le terrible danger que représenteraient les zadistes et appellent à l’évacuation, comme si le sort de la République était en jeu. Un article délirant de Valeurs actuelles assure même que des zadistes « menacent de se jeter du haut d’un arbre pour se tuer sur un gendarme ».

Il ne fait pas de doute que le gouvernement soupèse la possibilité de tenter une « évacuation » de la Zad, avec force gendarmes, CRS, drones, et autres engins et armes de toutes sortes. Mais si M. Macron avait assuré en février qu’il se « préoccupait de l’ordre public », il assurait : « Je ne veux pas d’évacuation, il n’y aura pas de brutalité ».

Mercredi, M. Philippe a parlé d’ordre public : la décision du gouvernement permettra « de garantir un retour à la normale, notamment s’agissant des questions relatives à l’ordre public ». Mais l’ordre ne signifie pas mécaniquement la présence de soldats et de policiers ; il désigne une situation calme, où l’on vaque à ses activités dans le respect des règles collectives et d’autrui.

Voici la porte qui s’ouvre : les paysans et les habitants de ce qu’on appelle encore la Zad veulent simplement vivre là, dans un coin de bocage qui reste un milieu écologique riche et divers. Un lieu où s’est élaborée en quelques années une façon d’être ensemble différente de la société de consommation, mais originale et prometteuse, où se vit la sobriété matérielle qui est une voie d’avenir pour éviter le chaos climatique et la dégradation accélérée de l’environnement. Des naturalistes, des paysans observent qu’il est possible de mettre en œuvre, ici, une agriculture fructueuse mais respectant le milieu. Et les médiateurs proposent que la Zad devienne « un terrain d’expérimentation de pratiques agroenvironnementales rénovées, sous le pilotage des acteurs locaux. »

Il est temps de transformer la Zad en Zaï : Zone à imaginer. De la concevoir comme un bien commun, un terrain d’expérimentation, une zone où le collectif de celles et ceux qui y vivent pourrait élaborer les formes écologiques et sociales d’une communauté écologique exemplaire. Il faut du courage imaginatif des deux côtés : du côté du gouvernement, pour ne pas céder aux sirènes hystériques qui l’appellent à la guerre civile ; du côté des opposants - zadistes, paysans, associatifs, naturalistes, habitants, élus - pour accepter de la rendre possible cette évolution, en négociant avec l’Etat. Il s’agit au fond d’imaginer la paix, qui est l’ordre librement consenti par tous.

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Notre-Dame-des-Landes. Des consultations défaillantes ?

Dans leur rapport sur le projet du futur aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les médiateurs abordent, pour le balayer, l’argument du non-respect du choix démocratique.

Les supporteurs du transfert, au premier rang desquels l’ancien Premier ministre et maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, crient à l’avance au « déni de démocratie » si le projet était abandonné.

Dans leur rapport, les médiateurs commencent par fustiger le processus de consultation du débat public de 2002. Puis ils poursuivent leur raisonnement jusqu’à celle de 2016, au terme de laquelle les électeurs de Loire-Atlantique s’étaient prononcés en faveur du transfert (55,17 %).

Ils parlent de « défaillances de fond dans le déroulement du processus » . Selon eux, le public était dans « l’impossibilité d’appréhender globalement les différents enjeux et impacts du projet » . Ils remontent pour cela au débat public de 2002-2003 mené « sans vision globale » , notamment sur les dessertes en transports collectifs ou sur les impacts environnementaux. « Des questions qui sont pourtant apparues ensuite essentielles » .

État de malaise

Ils évoquent, il y a quinze ans déjà, un « état de malaise et de suspicion manifeste dès le démarrage des procédures » .

Les médiateurs estiment que « la question de l’opportunité du transfert n’a jamais été tranchée aux différentes étapes de la procédure consultative » . Et le nombre des décisions de justice (178) en faveur du transfert ne constitue pas, à leurs yeux, un argument solide. C’est au contraire un « révélateur du dysfonctionnement du processus de construction de la décision publique » .

Pour eux, la « défaillance » se poursuit jusqu’à la consultation demandée par François Hollande, alors président de la République, en 2016. « Elle n’a fait que cristalliser la situation » en raison de son périmètre (La Loire-Atlantique), de la question posée et du contenu du dossier d’information.