Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 19 novembre 2017

Tout va bien, je vais bien !

Le 22 novembre 2017, Nicolas Sarkozy va rencontrer le bébé panda du zoo de Beauval, nous informent les journaux. C'est tellement mignon cette info. D'un autre côté ce n’est pas comme si on vendait des hommes en Libye ou que 15000 scientifiques alertaient sur notre durabilité.

Dès lors je dois avouer que je me sens narquois quand je vois les maires venir pleurer, à la télé, la désertification de leurs centre-villes conséquence des zones commerciales qu'ils ont eux-mêmes autorisé. Leur désarroi ne m'émeut pas. Je ne m’émeus pas devant les gens qui font des conneries en pleine connaissance de cause et qui, ensuite, demandent de l'aide. Ainsi je ne pleure pas devant les agriculteurs, de droite, victimes du libéralisme et des pesticides, qu'ils prônent par leurs votes et leur soutien à la FNSEA, et qui meurent de leur choix et qui, ensuite, appellent l'état - que par ailleurs ils détestent - au secours. De même, le jour de l'effondrement je ne pleurerai pas sur mes concitoyens souffrants car ils auront été largement prévenus mais n'auront jamais voulu changer pour nous sauver, quand il en était encore temps, de périls connus et qui diront, dans un ultime et inutile sanglot "ha si seulement on avait su !". Mort aux vaches !!!!

Franchement avons-nous vraiment besoin que l'on nous prenne par la main, avons nous besoin de décisions politiques pour commencer la décroissance et user de notre pouvoir de non-achat, afin d'engager la transition écologique ? car quand il est dit que c'est de la responsabilité des décideurs de mettre en place des politiques écologiquement responsables cela ne sous entend-t-il pas que les citoyens ne sont responsables de rien ? Qu'ils n'ont pas de rôles à jouer ? Pourtant il est bien clair que les politiques ne mettront en place que des actions portées par les citoyens. Ainsi, si personne ne vote pour la transition écologique, si tout le monde continue à consommer comme si de rien était, les messages ne seront jamais envoyés et le dogme de la croissance aura encore de beaux jours devant lui. Nous avons tous, dans cette affaire, une responsabilité personnelle qui ne peut se cacher derrière celles des politiques ou des multinationales. D'ailleurs l'appel des 15000 est également adressé aux citoyens de ce monde. À nous tous de montrer ce que nous souhaitons ... durer ou nous effondrer ? Pour le moment, ce qui est montré, c'est que, collectivement, nous souhaitons la poursuite de la fuite en avant en niant les problèmes.

Ainsi donc, ces temps-ci la planète aura connu quatre grands événements : L'animal à peau fine, venant d'Afrique subsaharienne, se négociait aux alentours de 300 balles en Libye et dans le même temps il y aura eu un gros plouc, pété de tunes, qui se sera payé une toile de Léonard de Vinci pour la modique somme de, à peu près, un million d'esclaves. De même, pendant que 15000 scientifiques lancaient un cri d'alarme écologique, sans que cela ne provoque d'électrochoc massif chez les citoyens, Airbus réalisait une vente record, saluée comme une belle et grande victoire de l'Europe. La transition écologique attendra, c'est à pleurer. C'est un monde de merde, sans réserve.

Mais pourquoi ne suis-je donc pas comme la majorité de mes contemporains ? Pourquoi je n'arrive pas en m'en foutre de tout et jouir de ce que m'offre notre monde, la conscience au repos ? Pourquoi j'ai toujours cette petite voix qui dit non ? Pourquoi la gamine qui se fait violer cela me touche et me révolte ? Pourquoi tous ces bidonvilles me retournent ? Pourquoi le sort des réfugiés me questionne ? Pourquoi le sort de ces orangs outans victimes de l'huile de palme m'interpelle ? Pourquoi je me soucie des oiseaux, des arbres, des loups ? Pourquoi le sort des populations exploitées, spoliées, empoisonnées, à l'environnement détruit me soucient ? Pourquoi je pleure devant ces plastiques en mer, devant cet avion qui décolle, devant cette extension de marina, devant cette abondance de bouffe, devant tant d'inégalités, devant la victime, .... ? Pourquoi je souffre pour les animaux torturés pour la science, pour la mode, pour la mal-bouffe ou pour des traditions taurines antiques ? Pourquoi ? Mais putain Pourquoi ? Pourquoi cela me fait-il autant de mal ? Pourquoi toutes ces idées rebelles ? Mes chers parents, qu'avez-vous mis dans ma tête ?

Pour conclure sur un petit non-événement qui vient de m’arriver ce soir, je vous dirais que quand ta voisine te dit, comme pour te rassurer, "non mais pour moi votre femme n'est pas noire, pour moi elle est française" tu sens alors une grande lassitude t'envahir et tu te dis que, vraiment, il y a encore du boulot. Alors tu lui donne sa première leçon de citoyenneté en lui demandant de copier 50 fois "Français n'est pas une couleur ni une religion". Pfff !!!

mardi 14 novembre 2017

Thomas Legrand et l'appel des 15 000

15.000 scientifiques du monde entier alertent sur la dégradation rapide de l’environnement…

Leur texte très alarmant représente –disent-ils- un « avertissement à l’humanité » parce que « le temps presse ». En les lisant, on est pris de vertige. Pourquoi, alors que l’évidence scientifique est établie depuis des années, pourquoi notre débat public n’a pas pris la mesure de l’urgence ? Pourquoi continuons-nous à faire vivre une vie politique, au contenu aussi secondaire, au regard de la gravité des enjeux environnementaux ? Les questions identitaires, celles même de la répartition des richesses, les questions sécuritaires, opposent les gens sérieux de la politique. En 1974, René Dumont alertait le 1er, lors d’une présidentielle, sur l’insoutenabilité de notre mode de vie. On le considérait comme un hurluberlu. Aujourd’hui, dans le débat public, un homme tel que Pierre Rabi est vu comme un sage, pourtant on l’écoute d’une oreille distraite. Son discours doux est en fait une remise en cause radicale. Mais il est moins important –et les 15.000 scientifiques de l’appel avec- pour le spectacle politique et intellectuel quotidien, pour le fond sonore de nos polémiques que Zemour, Onfray, Todd ou n’importe quel bestseller qui aura un avis tranché sur les banlieues, le terrorisme, l’islam, le retour de l’autorité à l’école, la PMA ou l’écriture inclusive. Avez-vous entendu un seul mot sur l’environnement dans le débat pour la présidence de LR ? Non, ce sont, pour eux, des sujets de bobos parisiens. De l’autre côté, JL Mélenchon et Benoit Hamon avaient placé l’écologie au cœur de leur campagne mais leur activité d’opposant n’est pas principalement axée sur ces thèmes et ce n’est pas sur ces sujets que nous les interrogeons, ni qu’ils descendent dans la rue. La gauche comprend lentement que son futur n’est plus la lutte des classes pour la répartition des fruits du productivisme prédateur de biodiversité, mais l’écologie.

Et Emmanuel Macron ?

A-t-il décidé, puisqu’il prétend incarner la modernité, de réorienter notre économie et notre modèle social en vertu de l’impératif environnemental ? Non, pour l’instant ce n’est pas le cas : Nicolas Hulot doit sans cesse mettre, implicitement ou explicitement, sa démission dans la balance, se battre contre les vents contraires. Notre commentaire le plus courant (et le plus dérisoire), à son égard, consiste à mesurer le mètre linéaire de couleuvres avalées. Pourquoi donc le débat politique ne porte pas principalement sur la principale question qui se pose à nos sociétés ? En dehors de notre égoïsme de contemporains matériellement gâtés, il y a une inadéquation croissante entre la réalité de nos problèmes et le cadre de leur résolution : toutes solutions pour sauver ce qui peut encore l’être, de la biodiversité et du climat, résultera non pas des Etats-nations mais de 2 niveaux : le niveau le plus proche, comme la commune (et beaucoup de maires sont très actifs quitte à être décriés comme Anne Hidalgo) et le niveau le plus large, le monde. Le cadre national est peu adéquat et relativement impuissant sur ces sujets. Mais ça reste le cadre principal de nos débats, le cadre institutionnel de la vie démocratique : voilà comment la crise écologique peut engendrer aussi (en rendant nos débats nationaux vains et impuissants) une grave crise démocratique.

Thomas Legrand - France Inter - 14 Novembre 2017.

lundi 13 novembre 2017

Le cri d’alarme de quinze mille scientifiques sur l’état de la planète

« Le Monde » publie le manifeste signé par 15 364 scientifiques de 184 pays, à paraître lundi dans la revue « BioScience ».

LE MONDE | 13.11.2017

Tribune. Il y a vingt-cinq ans, en 1992, l’Union of Concerned Scientists et plus de 1 700 scientifiques indépendants, dont la majorité des lauréats de prix Nobel de sciences alors en vie, signaient le « World Scientists’Warning to Humanity ». Ces scientifiques exhortaient l’humanité à freiner la destruction de l’environnement et avertissaient : « Si nous voulons éviter de grandes misères humaines, il est indispensable d’opérer un changement profond dans notre gestion de la Terre et de la vie qu’elle recèle. » Dans leur manifeste, les signataires montraient que les êtres humains se trouvaient sur une trajectoire de collision avec le monde naturel. Ils faisaient part de leur inquiétude sur les dégâts actuels, imminents ou potentiels, causés à la planète Terre, parmi lesquels la diminution de la couche d’ozone, la raréfaction de l’eau douce, le dépérissement de la vie marine, les zones mortes des océans, la déforestation, la destruction de la biodiversité, le changement climatique et la croissance continue de la population humaine. Ils affirmaient qu’il fallait procéder d’urgence à des changements fondamentaux afin d’éviter les conséquences qu’aurait fatalement la poursuite de notre comportement actuel.

Les auteurs de la déclaration de 1992 craignaient que l’humanité ne pousse les écosystèmes au-delà de leurs capacités à entretenir le tissu de la vie. Ils soulignaient que nous nous rapprochions rapidement des limites de ce que la biosphère est capable de tolérer sans dommages graves et irréversibles. Les scientifiques signataires plaidaient pour une stabilisation de la population humaine, et expliquaient que le vaste nombre d’êtres humains – grossi de 2 milliards de personnes supplémentaires depuis 1992, soit une augmentation de 35 % – exerce sur la Terre des pressions susceptibles de réduire à néant les efforts déployés par ailleurs pour lui assurer un avenir durable. Ils plaidaient pour une diminution de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), pour l’abandon progressif des combustibles fossiles, pour la réduction de la déforestation et pour l’inversion de la tendance à l’effondrement de la biodiversité.

En ce vingt-cinquième anniversaire de leur appel, il est temps de se remémorer leur mise en garde et d’évaluer les réponses que l’humanité lui a apportées en examinant les données de séries chronologiques disponibles. Depuis 1992, hormis la stabilisation de l’amenuisement de la couche d’ozone stratosphérique, non seulement l’humanité a échoué à accomplir des progrès suffisants pour résoudre ces défis environnementaux annoncés, mais il est très inquiétant de constater que la plupart d’entre eux se sont considérablement aggravés. Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d’un changement climatique potentiellement catastrophique, dû à l’augmentation du volume de GES dégagés par le brûlage de combustibles fossiles, la déforestation et la production agricole – notamment les émissions dégagées par l’élevage des ruminants de boucherie. Nous avons en outre déclenché un phénomène d’extinction de masse, le sixième en 540 millions d’années environ, au terme duquel de nombreuses formes de vie pourraient disparaître totalement, ou en tout cas se trouver au bord de l’extinction d’ici à la fin du siècle.

L’humanité se voit aujourd’hui adresser une seconde mise en garde motivée par ces inquiétantes tendances. Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale, et de prendre conscience que la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales. En échouant à limiter adéquatement la croissance de la population, à réévaluer le rôle d’une économie fondée sur la croissance, à réduire les émissions de GES, à encourager le recours aux énergies renouvelables, à protéger les habitats naturels, à restaurer les écosystèmes, à enrayer la pollution, à stopper la « défaunation » et à limiter la propagation des espèces exotiques envahissantes, l’humanité omet de prendre les mesures urgentes indispensables pour préserver notre biosphère en danger.

Les responsables politiques étant sensibles aux pressions, les scientifiques, les personnalités médiatiques et les citoyens ordinaires doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils prennent des mesures immédiates car il s’agit là d’un impératif moral vis-à-vis des générations actuelles et futures des êtres humains et des autres formes de vie. Grâce à un raz-de-marée d’initiatives organisées à la base, il est possible de vaincre n’importe quelle opposition, aussi acharnée soit-elle, et d’obliger les dirigeants politiques à agir. Il est également temps de réexaminer nos comportements individuels, y compris en limitant notre propre reproduction (l’idéal étant de s’en tenir au maximum au niveau de renouvellement de la population) et en diminuant drastiquement notre consommation par tête de combustibles fossiles, de viande et d’autres ressources.

La baisse rapide des substances destructrices de la couche d’ozone dans le monde montre que nous sommes capables d’opérer des changements positifs quand nous agissons avec détermination. Nous avons également accompli des progrès dans la lutte contre la famine et l’extrême pauvreté. Parmi d’autres avancées notables, il faut relever, grâce aux investissements consentis pour l’éducation des femmes et des jeunes filles, la baisse rapide du taux de fécondité dans de nombreuses zones, le déclin prometteur du rythme de la déforestation dans certaines régions, et la croissance rapide du secteur des énergies renouvelables. Nous avons beaucoup appris depuis 1992, mais les avancées sur le plan des modifications qu’il faudrait réaliser de manière urgente en matière de politiques environnementales, de comportement humain et d’inégalités mondiales sont encore loin d’être suffisantes.

Les transitions vers la durabilité peuvent s’effectuer sous différentes formes, mais toutes exigent une pression de la société civile, des campagnes d’explications fondées sur des preuves, un leadership politique et une solide compréhension des instruments politiques, des marchés et d’autres facteurs. Voici – sans ordre d’urgence ni d’importance – quelques exemples de mesures efficaces et diversifiées que l’humanité pourrait prendre pour opérer sa transition vers la durabilité :

  1. privilégier la mise en place de réserves connectées entre elles, correctement financées et correctement gérées, destinées à protéger une proportion significative des divers habitats terrestres, aériens et aquatiques – eau de mer et eau douce ;
  2. préserver les services rendus par la nature au travers des écosystèmes en stoppant la conversion des forêts, prairies et autres habitats originels ;
  3. restaurer sur une grande échelle les communautés de plantes endémiques, et notamment les paysages de forêt ;
  4. ré-ensauvager des régions abritant des espèces endémiques, en particulier des superprédateurs, afin de rétablir les dynamiques et processus écologiques ;
  5. développer et adopter des instruments politiques adéquats pour lutter contre la défaunation, le braconnage, l’exploitation et le trafic des espèces menacées ;
  6. réduire le gaspillage alimentaire par l’éducation et l’amélioration des infrastructures ;
  7. promouvoir une réorientation du régime alimentaire vers une nourriture d’origine essentiellement végétale ;
  8. réduire encore le taux de fécondité en faisant en sorte qu’hommes et femmes aient accès à l’éducation et à des services de planning familial, particulièrement dans les régions où ces services manquent encore ;
  9. multiplier les sorties en extérieur pour les enfants afin de développer leur sensibilité à la nature, et d’une manière générale améliorer l’appréciation de la nature dans toute la société ;
  10. désinvestir dans certains secteurs et cesser certains achats afin d’encourager un changement environnemental positif ;
  11. concevoir et promouvoir de nouvelles technologies vertes et se tourner massivement vers les sources d’énergie vertes tout en réduisant progressivement les aides aux productions d’énergie utilisant des combustibles fossiles ;
  12. revoir notre économie afin de réduire les inégalités de richesse et faire en sorte que les prix, les taxes et les dispositifs incitatifs prennent en compte le coût réel de nos schémas de consommation pour notre environnement ;
  13. déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital.

Pour éviter une misère généralisée et une perte catastrophique de biodiversité, l’humanité doit adopter une alternative plus durable écologiquement que la pratique qui est la sienne aujourd’hui. Bien que cette recommandation ait été déjà clairement formulée il y a vingt-cinq ans par les plus grands scientifiques du monde, nous n’avons, dans la plupart des domaines, pas entendu leur mise en garde. Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse. Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer.

Traduit par Gilles Berton

jeudi 2 novembre 2017

Climat, lettre à mes lecteurs

A l’issu de la COP21 je fus l’un des rare à ne pas me réjouir dans l’euphorie générale. En 2015 j’écrivais sur ce blog le texte « COP21 : Sauver la planète sans contrarier le système qui la détruit. » qui montrait combien cet événement de com internationale était une grande farce. Je disais que définitivement, la communication aura été bien faite alors que nous étions toujours sur la trajectoire des +3 degrés et, après ma démonstration, je concluais que le temps n’était vraiment pas aux réjouissances !!!! Combien de fois me suis-je fait traiter de pisse froid ? Et pourtant, encore une fois, j’avais raison sur ce sujet et aujourd’hui, l'ONU alerte les pays signataires de la COP 21 que l’on est plutôt sur une trajectoire à +3°C d'ici 2100. C'est catastrophique selon l'organisation internationale.

Depuis des années, moi et beaucoup d’autres, nous alertons. Depuis des années j’explique que nous ne sommes pas que les victimes des méchantes entreprises qui pourrissent le climat et la planète mais qu’à ne pas vouloir renoncer, à ne pas vouloir utiliser notre pouvoir de non-achat, à ne pas voter pour la transition écologique nous sommes tous, à différents niveaux, responsables et coupables de cette situation. Il est des vérités qui ne sont pas toujours agréables à entendre - je vous l’accorde - mais oui, toi, cher lecteur de ce billet, tu es aussi responsable de cette situation. A continuer à prendre l’avion, car il t’est « impossible d’imaginer de ne pas voir le soleil en hivers ! ». A continuer à acheter des fruits exotiques car tu as « absolument besoin de ces vitamines ! ». A continuer à acheter des produits manufacturés plein d’huile de palme, car tu « n'y peux rien s'il y'en a partout ! ». A continuer à prendre ta voiture seul, pour faire tes 120 km A/R, pour aller au boulot car tu voulais « absolument avoir ta maison avec ton jardin pour respirer le week-end, pas question d'habiter en immeuble ! ». A continuer à t’acheter moult saloperies électroniques car « c'est trop bien la dernière version de ce téléphone » et que « t'en as totalement besoin car ça va tellement te simplifier la vie ! ». A continuer à ne pas faire réparer ton électroménager, car c'est pas de ta faute si « ça coûte moins cher d'acheter du neuf ! ». A continuer à ne pas trier, recycler, composter, tendre vers moins de déchets, car tu n'as « pas la place et pas le temps, pi toute façon les autres le font pas ! ». A continuer à te railler des écologistes et soutenir tacitement, silencieusement et par ton inaction le bétonnage des terres agricoles et forestières. En cédant, sans résistance, aux sirènes de la consommation et en croyant au dogme de la croissance et à ses grands prêtres, tu fais, cher lecteur, parti de ces gens responsables de la dégradation de notre environnement.

Pourtant, cher lecteur, tu ne peux pas invoquer l’ignorance des problèmes. Partout et par tous les moyens untel aura tenté de t’interpeller qui avec un documentaire, qui par une bande-dessinée, qui par une fiction, qui par un roman, qui par le théâtre, qui par l'humour, qui par une thèse, qui par une interview, qui par un reportage, qui par un court texte, qui par une chronique télé ou radio, qui par une poésie, qui par une conférence, ... il y en aura eu pour tous les goûts, pour tous les niveaux. Il y aura bien eu un média qui t’aura touché, cher lecteur. Non pas un seul ?

Depuis des années j’écris et souvent j’ai de bons retours mais rien n’y fait, la bataille des deux degrés est perdue selon l’ONU. « Qu’importe ! », dira notre humanité demain, 2100 c’est loin, « moi je veux vivre, je veux profiter ». « Profiter » … c’est bien ce mot que chacun souhaite au copain qui part à l’autre bout du monde pour passer quinze jours de vacances. Nous nous souhaitons de « profiter » sans nous soucier des conséquences de cette « profitation » comme on dit aux Antilles. Nous jouissons, sans conscience, de nos richesses, de notre puissance et de notre pouvoir, mais aujourd’hui l’ultime alerte nous parvient. Quelles seront les autres avant l’effondrement ? Nous avons déjà nié, parce que cela nous arrangait, cela nous rassurait, le pic pétrolier qui a eu lieu en 2006. Nous refusons de croire, car nous nous pensons immortel et notre monde permanent et stable, que nous entrons dans l’ère de la pénurie. Finalement nous n’avons pas vraiment beaucoup évolué depuis l’époque où les hommes croyaient que la Terre était plate, aujourd’hui nous ne croyons toujours pas que la Terre est finie et les ressources non-renouvelables. Nous continuons la fête.

On est donc sur la trajectoire à +3°C d'ici 2100 et c'est catastrophique. Si l'on prend 2016 comme exemple, c'est une année de records. De records de températures, mais aussi de concentration de carbone dans l'atmosphère. Principalement à cause des énergies fossiles, pétrole, charbon, gaz... mais aussi du méthane, de la déforestation, qui nous prive des arbres qui captent le carbone, de toute notre folie collective que nous, individuellement, nous réclamons en vivant comme nous le faisons, en refusant de vivre simplement mais en consommant toujours plus, en voyageant toujours plus car le billet d’avion « c’est pas cher, alors je serais con de ne pas en profiter et de toute façon, que j'y aille ou pas, l'avion décollera quand même ! ». Mon père me donnait, comme image, que notre humanité est comme ces rats abandonnés, au milieu de l’océan, sur un bateau en bois et qui grignotent, pour se nourrir, la coque. Moi je lui disais que nous étions comme ces moisissures qui ne se développent qu’en détruisant leur support. Quoi qu’il en soit l’image est la même, nous sommes une espèce absurde car savante mais est incapable de se sauver elle-même.

Aujourd’hui donc « les engagements actuels des Etats couvrent à peine un tiers des réductions d'émissions nécessaires, creusant un écart dangereux » annonciateur de grands dérèglements (canicules, inondations, super-ouragans...), souligne Erik Solheim, directeur du Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE), « Gouvernements, secteur privé, société civile doivent combler cet écart catastrophique ». Selon le rapport du PNUE, synthèse des dernières études scientifiques, il faut à la fois « urgemment accélérer les actions à court terme et renforcer l'ambition à long terme ». Tous les pays sont concernés, notamment ceux du G20 qui représentent 3/4 des émissions.

Et vous, maintenant, qu’allez-vous faire pour, comme le dit Érik Solheim, « éviter un avenir misérable à des centaines de millions de personnes » ? Qu’allez-vous faire pour respecter la promesse que nous avons faite à nos enfants de protéger leur avenir ?

Avec toute mes amitiés, votre dévoué.

Bruno BOMBLED

lundi 23 octobre 2017

La sixième extinction de masse des animaux s’accélère

Dans une étude très alarmante, des chercheurs concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue.

LE MONDE | 10.07.2017 | Par Audrey Garric


C’est ce qu’ils nomment « un anéantissement biologique ». Dans une étude très alarmante, publiée lundi 10 juillet 2017 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains et mexicain concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue. Une « défaunation » aux conséquences « catastrophiques » pour les écosystèmes et aux impacts écologiques, économiques et sociaux majeurs.

Les trois auteurs, Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique), Paul Ehrlich et Rodolfo Dirzo (Stanford) n’en sont pas à leur coup d’essai sur le thème de l’érosion de la biodiversité. En juin 2015, les deux premiers avaient déjà publié une autre étude dans la revue Science Advances, qui montrait que la faune de la Terre était d’ores et déjà en train de subir sa sixième extinction de masse. Ils avaient calculé que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années.

Disparition des populations

Cette fois, les chercheurs ont cherché à quantifier le déclin non plus du nombre d’espèces mais des populations, c’est-à-dire des groupes d’animaux sur un territoire. « L’accent mis sur l’extinction des espèces peut donner l’impression que la biodiversité terrestre n’est pas dramatiquement et immédiatement menacée, mais qu’elle entre juste lentement dans un épisode d’érosion majeur, que l’on pourra combattre plus tard », expliquent les auteurs.

Cette approche présente plusieurs défauts à leurs yeux : l’opinion publique peine à mesurer la gravité du phénomène à l’œuvre (deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues). Et elle ne permet pas de correctement évaluer le problème en cours. Les espèces les plus communes (dont les populations sont largement présentes) enregistrent des reculs massifs de leurs effectifs, sans pour autant être déjà menacées. « Or, la disparition des populations est un prélude à celle des espèces, préviennent les scientifiques. Une analyse détaillée du déclin des effectifs d’animaux rend le problème bien plus clair et inquiétant. »

Les chercheurs ont alors mené une vaste analyse, sur la moitié des espèces de vertébrés connues : ils ont examiné les évolutions des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres, réparties sur les cinq continents, en utilisant la base de données de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation de la biodiversité. Ils ont également passé à la loupe, plus spécifiquement, 177 espèces de mammifères, pour lesquels ils avaient des données sur l’aire de répartition entre 1900 et 2015.


« La réelle ampleur de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique », jugent-ils. Au total, 32 % des espèces étudiées déclinent en termes de population et d’étendue. Plusieurs mammifères qui se portaient bien il y a une ou deux décennies sont maintenant en voie de disparition.

En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.



30 % des espèces en déclin sont communes

Ce que l’on sait moins, c’est que près de 30 % de ces espèces en déclin sont considérées comme communes. Elles sont (encore) classées en tant que « faible préoccupation » et non pas « en danger » par l’UICN. En France, le chardonneret a, par exemple, enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans. « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel », prévient Gerardo Ceballos.

Tous les continents sont concernés par cette érosion spectaculaire de la biodiversité. Les zones les plus touchées, notamment pour les mammifères et les oiseaux, sont celles situées aux tropiques (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est) car ce sont les plus riches en termes de faune. Mais les régions tempérées enregistrent des taux similaires voire plus élevés en valeur relative – c’est-à-dire comparé à la richesse de leur biodiversité.

Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde.

Au total, plus de 50 % des animaux ont disparu depuis quarante ans, estiment les scientifiques, qualifiant leurs résultats de « prudents ». Des conclusions qui confirment celles du dernier rapport « Planète vivante », publié en octobre 2016 par le Fonds mondial pour la nature (WWF) : il estimait que les populations de vertébrés ont chuté de 58 % entre 1970 et 2012. L’intérêt de la nouvelle étude, publiée dans les PNAS, réside dans le jeu de données bien plus vaste (27 600 espèces examinées contre 3 700 pour le WWF) et l’analyse géographique.

Deux ou trois décennies pour agir

« L’approche de cette étude est très intéressante : au lieu de se focaliser sur les extinctions, que l’on a du mal à quantifier, elle se concentre sur l’évolution des populations, qui confirme et renseigne sur la gravité de la situation », juge Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Muséum national d’histoire naturelle, qui n’a pas participé à l’étude.

« Cette publication montre que la situation est très alarmante, plus que ce que peut laisser voir notre liste rouge », abonde Florian Kirchner, chargé du programme « espèces » pour la branche française de l’UICN, qui n’émet qu’une réserve : avoir concentré l’analyse sur les seuls vertébrés terrestres – les plus étudiés – et non les poissons, les invertébrés et les plantes, dont les populations reculent aussi massivement. Selon l’UICN, 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et 25 % de celles d’invertébrés marins (comme les bivalves ou éponges) sont menacés d’extinction.

Les causes de ces reculs sont connues : ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et à la dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction minière. Viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives, les maladies et, plus récemment, le changement climatique. « Les moteurs ultimes de la sixième extinction de masse sont moins souvent cités, jugent les auteurs. Il s’agit de la surpopulation humaine, liée à une croissance continue de la population, et de la surconsommation, en particulier par les riches. »

« Nous ne disposons que d’une petite fenêtre pour agir, deux ou trois décennies au maximum », préviennent-ils. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain », rappelle Gerardo Ceballos. La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.



Parmi les actions prioritaires, les scientifiques appellent à réduire la croissance de la population humaine et de sa consommation, à utiliser des technologies moins destructrices pour l’environnement, à endiguer le commerce des espèces en voie de disparition ou encore à aider les pays en développement à maintenir les habitats naturels et à protéger leur biodiversité.

Photo : JOHN WESSELS / AFP

lundi 9 octobre 2017

La terrible souffrance des gens riches

Le problème de la France, c'est de culpabiliser ceux qui ont de l'argent ?

Par Titiou Lecoq — publié le 06.10.2017 sur Slate

Il y a des phrases, à force de les entendre rabâchées, répétées, redites sans cesse pendant des années, on finit par oublier de les interroger. Ça m’a frappée l’autre jour, dans la matinale de France Inter. L’invité était Philippe Aghion, économiste, professeur au Collège de France et soutien actif d’Emmanuel Macron –Nicolas Demorand l’a même qualifié de «penseur du macronisme économique». Vu mon immense amour pour le Collège de France, je m’attendais à être éblouie. Ça n’a pas vraiment été le cas. Notamment parce qu’il a répété à plusieurs reprises, comme explication des mesures économiques du gouvernement, «il ne faut pas culpabiliser les riches».

Extraits:

«Je crois qu’en France il y a eu une erreur de raisonnement. Je crois qu’en France, il y a une espèce d’obsession des riches et une culpabilisation des riches. Moi je crois que le mérite doit être récompensé. Je crois beaucoup dans ça. Je crois que quelqu’un qui fait une innovation qui marche très bien, il la vend, il doit être récompensé.»
Et Nicolas Demorand de tiquer: «Le problème de la France, c’est de culpabiliser les riches ?».
Philippe Aghion: «C’est pas bien de culpabiliser quelqu’un qui gagne de l’argent parce qu’il a réussi.»

Culpabiliser, c'est humain

Ah ça, si on ne l’a pas entendu mille fois ces dix dernières années… En France, on n’aime pas les riches, on n’aime pas le succès, et on est méchants parce que les riches il faut les laisser être tranquillement riches, il ne faudrait surtout pas venir troubler leurs consciences en leur rappelant que pendant qu’ils se gavent d’autres crèvent la dalle. Il faut cesser de ternir leur bonheur avec cette culpabilisation permanente. Petites créatures fragiles va.

C’est quoi cette idée absurde ? Quand tu gagnes des millions, j’espère bien que tu culpabilises un peu! À mon niveau, quand je passe dans la rue avec mon smartphone à la main et les clés de ma maison pour aller chercher mes gamins à l’école et que je croise une mère et sa fille assises par terre en train de mendier, je culpabilise. Alors oui, c’est un sentiment extrêmement désagréable mais moins que d’être celle qui est assise devant la bouche de métro.

Culpabiliser, c’est prendre conscience de ses privilèges, c’est se mettre l’espace d’un instant dans la peau de l’autre, c’est donc reconnaître à l’autre sa qualité d’être humain. Culpabiliser les riches, c’est aussi les pousser à prendre leurs responsabilités. En plus, Philippe Aghion nous parle de ça alors qu’on l’interrogeait sur la disparition de l’ISF. Ça veut dire quoi ? Que taxer les riches pour qu’ils contribuent directement à la société, c’est les culpabiliser ? On nage en plein délire. Vous avez fumé du crack au Collège de France ou quoi  ?

À les écouter, les riches, c'est toujours Bill Gates

Et en prime, pendant ce temps, on ne se prive pas pour culpabiliser les pauvres qui, s’ils étaient vraiment pauvres et malheureux accepteraient n’importe quel travail, payé n’importe quelle somme. Alors, ok, je n’ai aucun diplôme d’économie. Mais l’argument du «il faut arrêter de culpabiliser les riches», ce n’est pas, ça n’a jamais été et ça ne sera jamais un argument économique. Ça s’appelle de la psychologie de comptoir (et ça, je connais bien).

En plus, dans ce discours, vous noterez que les riches, c’est toujours Bill Gates. Je vous assure. Un millionnaire, c’est quelqu’un qui a inventé un truc qui a été utile à l’ensemble de la communauté. Ce matin-là, Philippe Aghion n’a pas donné l’exemple de Bill Gates mais du mec qui a inventé Skype, «un Scandinave». (En vrai, Wikipédia m’informe que ce sont deux Estoniens.) Et il a martelé à plusieurs reprises:

«Je crois que quelqu’un qui fait une innovation qui marche très bien, il la vend, il doit être récompensé.»

Est-ce qu’on peut être professeur au Collège de France et présenter le riche typique –on parle au minimum de millionnaires hein– comme un inventeur ? Sérieusement ?

Et après «il faut arrêter de culpabiliser les riches», «parce que les riches sont des gens de mérite qui ont inventé un truc fabuleux», on atteint le point «en supprimant l’ISF sur les actions, les riches vont investir dans l’innovation et créer des emplois». Tout naturellement. Comme ça. Parce qu’ils sont gentils et que le système fonctionne à la perfection. D’ailleurs, prendre des actions chez Nestlé c'est égal à investir dans l’innovation. (C’était l’exemple donné par un auditeur.)

Il a vu monsieur Aghion la hausse des dividendes des actionnaires ces dernières années ? Si on fait une déduction fiscale spécifiquement sur l’argent investi dans une jeune entreprise, ou une entreprise qui fait du développement, ok, mais si c’est une suppression totale sur toutes les actions, j’ai du mal à croire que ça marche. Ça me rappelle Pierre Gattaz et sa promesse du million d’emplois.

Il croit aux Bisounours, lui ?

Philippe Aghion postule le non-égoïsme des agents économiques. Quand Nicolas Demorand lui demande s’il y a des études qui prouvent ça, qu’alléger la fiscalité des plus riches entraîne une relance, il dit que oui, sûrement, il ne sait pas, il n’a pas ça sous la main. Or, je vous conseille sur le sujet cet article assez clair Favoriser les riches est-ce bon pour les pauvres (sur le site de France Culture, qui diffuse les leçons du Collège de France) qui le contredit. En fait, c’est comme pour les APL. Quand Macron demande aux propriétaires de prendre leurs responsabilités, d’être solidaires et de baisser les loyers de cinq euros. C’est la même logique.

Philippe Aghion insiste sur un autre élément. La société au mérite, ça fonctionne s’il y a davantage d’égalité des chances. En France, à l’heure actuelle, ce n’est pas le cas. En fonction de son milieu social, de sa couleur de peau, de son genre, etc., on n’a pas les mêmes chances. Il explique donc qu’il va falloir investir en priorité dans l’éducation pour ça. Là, je ne comprends pas.

Comment on va investir massivement alors qu’en même temps, l’État perd 4 milliards de recettes fiscales avec la suppression de l’ISF? (L’ISF rapportait entre 4 et 5 milliards, l’IFI rapportera 850 millions d’après Les Echos… ) Est-ce qu’il ne fallait pas faire les choses dans l’autre sens? Enfin bon, on verra avec la suite des réformes n’est-ce pas. La formation professionnelle, l’assurance chômage et tutti quanti. En attendant, arrêtez au moins d’essayer de nous culpabiliser de culpabiliser les riches parce que ça ressemble à du foutage de gueule.