Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mardi 24 avril 2018

Génération Identitaire, ce visage inhumain de la France


Samedi 21 avril, des militants d’extrême droite, membre du groupe « génération identitaire » ont mené une action des plus nauséabonde sur le col de l’échelle. A l’aide d’hélicoptères et de banderoles géantes, ils ont créé une barrière symbolique anti-migrants. Cette action de « génération identitaire » qui s’est déroulée sans que les autorités ne trouvent grand-chose à dire, renforce ma colère (d’autant plus que les actions pacifiques d’aide aux migrants ont, pour leur part, fait l’objet d’arrestations et de poursuites). Ce qui renforce encore plus ma colère c’est ce sentiment que Gérard Collomb, comme à Calais, semble toujours plus proche des identitaires que des humanitaires. En effet le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a annoncé des renforts pour contrôler les frontières à la suite de cette honteuse et dégradante occupation du col de l’Echelle ce week-end. L’art et la manière, en quelque sorte, de donner raison aux fascistes. Cette infamie, qui se déroule depuis des années maintenant - souvenons-nous des milices du métro, ou de la pitoyable opération en Méditerranée - est un révélateur de notre incroyable égoïsme, de notre sens de l’unilatéralité des choses : pillages des pays pauvres et exploitation des plus faibles pour que nourrir l’appétit gargantuesque d’un occident jouisseur, nihiliste et totalement égocentrique.

Mais laissons le mot de la fin à Roberto Saviano

« À Génération identitaire : vous montez la garde le long des frontières françaises pour empêcher l'entrée des migrants. Sur ces montagnes et dans la neige, des centaines de personnes vivent dans des conditions désespérées et risquent leur peau pour trouver un lieu qui les accueille.

Vous êtes arrivés en hélicoptère, chaudement habillés et bien nourris, affichant des sourires arrogants. Vous croyez être plus dangereux que les nuits à l'air libre, dans le noir, traqué par les chiens policiers ? Vous ne l'êtes pas. Vous n'arrêterez pas des gens qui ont deux possibilités : marcher ou mourir. Ce ne sont pas vos grillages à poules ni vos banderoles de stade qui les arrêteront. Il n'y a rien à faire contre ceux qui n'ont pas le choix. Vous, vous l'avez.

Il faut un autre courage pour bloquer l'argent sale qui entre en France que pour arrêter des familles de réfugiés. Empêcher l'évasion fiscale au Luxembourg signifie s'exposer à des procès pour diffamation et à des menaces personnelles. Mais c'est plus facile de s'en prendre à des désespérés qui n'ont rien et pas même la force de se défendre. Courageux descendants de Vercingétorix que vous êtes.

Vous pouviez choisir de vous taire, d'éviter ce cirque. De quel droit montez-vous ces opérations ? Ce que vous faites est illégal. La police française a le devoir de vous interpeller quand vous vous dites prêts à passer les bois au peigne fin à la recherche de clandestins. L'Europe connaît votre lâcheté, elle vient de Vichy et du pire de l'histoire française. Comme les démocrates français répondirent à Vichy, je vous réponds aujourd'hui : NO PASARAN ! »

dimanche 22 avril 2018

En vrac : en route vers l'essentiel.

Luc Alphand quitte la France après le scandale de ses photos de chasse. L'ancien champion du monde de ski ne supporte plus le flot d'insultes qui dure depuis un an et demi et a décidé de quitter la France. Le bashing était trop important. Le sportif est passionné par la chasse, il ne s'en cache pas, mais il précise tout de même qu'il a uniquement dépecé des animaux « qui n'impactent pas la reproduction ». « Je les tire une fois, ils ne sentent rien », détaille-t-il. Toute cette polémique n'a pas été sans conséquences sur son image et son porte-monnaie : « Un tiers de mes sponsors est parti. Des conventions annulées. La piste de ski à mon nom n'a pas été débaptisée, ils ont juste enlevé le panneau, mais la course de vélo, si », conclut Luc Alphand. Et bien qu'il se casse, bon débarras ! Ce qui est fabuleux c'est qu'il n'y a pas une once de remise en cause de ses actes puisqu'il vous dit que les animaux ne sentent rien !... comme c'est autorisé il ne voit rien à y redire. Tuer des animaux en y prenant du plaisir, pour le plaisir de tuer, c'est, pour moi qui suis adepte de la vision Lakota vis-à-vis des animaux, inconcevable et condamnable au même titre que je condamne la corrida et tous les jeux qui participent à la maltraitance animale.

Dans le même temps la fac de Tolbiac a été évacuée manu-militari et l’on découvre, grâce au Figaro, l’état des dégradations matérielles qu’ont subi les locaux après quelques jours de blocus des étudiants et cela choque les braves gens. Face à ceux qui s'offusquent des tags retrouvés sur les murs de la fac de Tolbiac, mon frère, Christophe, répond et je partage : « Que sont ces tags (d'ailleurs peut-être intéressants dans leur propos pour certains ?) au regard des dégradations et destructions commises par notre économie ultralibérale (destruction de l'environnement, des droits sociaux, ..) et par notre gouvernement (destruction des acquis sociaux, du financement des HLM, des libertés individuelles et collectives, des hôpitaux, des universités,...) ? Parfois j'aimerais autant d'emportement contre ça que contre quelques malheureux graffitis, ça rééquilibrerait la balance des indignations. » Dans notre monde matérialiste, où l'humain et l'environnement ne sont que des variables d'ajustement, pleurer sur la dégradation du matériel a, en effet tout son sens.

Ailleurs la chambre d'agriculture refuse, dans un communiqué de presse, de se faire dicter la loi par les zadistes de Notre dame des Landes. Alors on se dit que ça y est, la FNSEA sort du bois ... un seul rêve pour eux : raser les haies, épandre, épandre et épandre encore, produire à grand coup de labours, de haine de la terre et de ses petits habitants. La FNSEA est à l’unisson avec not’président qui ne voit rien à redire à bombarder la Syrie sans mandat de l’ONU mais qui ne supporte pas que l’on plante trois poireaux sans accord de la préfecture.

Ce même Président, qui après avoir servi les riches, envisagerait bien une seconde journée travaillée sans salaire pour financer l'aide à la dépendance. Et puis quoi encore ? 15 jours ? Un mois ? Je rappelle que nous ne sommes pas bénévoles chez nos employeurs et encore moins esclaves. On bosse pour pouvoir tenter de finir les fins de mois pas trop dans le rouge. A l'instar des cheminots qui ne sont pas responsables des mauvais choix des gouvernements successifs et de leur direction dans les difficultés de la SNCF, les salariés ne sont pas responsables des mauvais choix politiques nationaux et militaires. Stop au storytelling, veiller sur nos aînés oui, mais après une réorientation budgétaire et une véritable chasse aux fraudeurs fiscaux. Cela me fait penser à la prose de Virginie Despente dans le Tome 1 de Vernon Subutex « Les anciens sont accablés de voir ce que la Poste est devenue. C’est comme partout. Ils assistent à la démolition méthodique de tout ce qui fonctionnait, et en plus il leur faut écouter les bouffonneries des tarés sortis d’écoles de commerce qui leur expliquent comment devrait marcher la distribution du courrier alors qu’ils n’ont jamais vu un casier de tri de toute leurs chères études. Ça ne va jamais assez vite pour eux. Le petit personnel coûte toujours trop cher. Foutre en l’air des choses qui tenaient debout est plutôt rapide. Ils sont contents de leurs résultats : ils démolissent bien ces salauds. ». Ce passage met en relief l’hommage que not’président a cru bon d'envoyer aux personnels soignants des EHPAD et des Hôpitaux et qui, selon ses mots, « subissent le stress et vivent la mort au quotidien ». Mais Le personnel soignant n'a pas besoin d’hommage Mr le Président, ils et elles ont besoin de moyens ! Si on veut des paroles dans le vent on a déjà Dalida, alors arrêtez de vous foutre de nous. Arrêtez de vous foutre de nous, députés qui fustigent les pseudo-privilèges des cheminots. C'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité.

Pour compléter ce tableau où il me semble que notre monde est en perte de repères, j’ai envie de relater cette nouvelle effarante qui sonne comme un emblème de notre monde où tout se vaut, celle de ces sorties de classe qui sont en général, une visite de musée, la découverte d'un monument ou d'une pièce de théâtre, mais qui, aujourd’hui, sont dépassées : des écoles publiques emmènent aussi vos enfants… dans des magasins Apple !

Alors finalement, Luc Alphand est bien comme tout le monde. Un monde où tout se vaut, sauf la misérables existence d’êtres humains qui fuient la misère et la guerre, par la montagne ou par la mer, et que l’on peut laisser mourir dans la neige des sommets ou l’eau noire de la méditerranée car il faut protéger notre culture occidentale. Un monde où, au nom de nos dogmes de la consommation et de la croissance, il est autorisé de détruire la planète, le climat et la biodiversité. Alors finalement Luc Alphand est comme mes contemporains qui ne voient pas où sont les problèmes, n'y voient rien à y redire dans ce monde qui préfère Hanouna à l’intelligence. Ainsi donc on va laisser un monde sans abeilles, ni oiseaux, ni faune sauvage et une mer gélatineuse mais avec le graal absolu de la voiture qui se gare toutes seule laissant du temps pour regarder, en replay, les dernière mièvreries et médiocrités produites par TPMP. L'essentiel en quelque sorte !

dimanche 15 avril 2018

L’expulsion de la Zad de Notre-Dame-des-Landes vire au fiasco

« Une cabane détruite, deux reconstruites », promettent les habitants de la Zad et leurs soutiens. Une première journée de reconstruction est prévue dès aujourd’hui, ce 15 avril. Après quatre jours d’intervention quasi militaire, une trentaine de lieux – fermes, salles collectives, logements – ont été rasés sur ordre de la préfète de Loire atlantique et du gouvernement. Les démolitions sont, pour l’instant, stoppées. Mais le processus de négociation a lui aussi été dévasté par l’opération : « Nous n’avons plus du tout confiance. C’est terminé, c’est clair », entend-on ici et ailleurs.

Emmanuel Macron avait promis de faire revenir l’état de droit dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes alors que l’ordre y régnait sans lui. Les gens y vivaient sans heurt, en paix, ouvert à la discussion et à la rencontre, les gens s’y aimaient, des enfants naissaient sur la ZAD, on y cultivait à l’écoute de la terre. Ce que qui se vit sur la ZAD, c'est-à-dire, selon Hervé Kempf, « la possibilité d’exister autrement, de chercher la coopération plutôt que la compétition, de s’organiser sans hiérarchie entre les êtres, de régler les conflits sans police ni justice, de partager le commun en harmonie avec ce qu’on appelle la nature, de subsister sobrement, de sortir de l’assujettissement de l’argent » semble clairement menacer l’ordre libéral dont Macron et sa clique se déclarent les farouches défenseurs. Telle est donc la menace que semble représenter la ZAD au point d’inscrire, dans l’urgence, celle de la détruire ?!?! Pourquoi cela, alors que, définitivement, la ZAD n'est pas, et n’a jamais été, une zone de « non droit » mais juste une zone « hors norme » ? C'est donc cela qui vous fait tant peur ? Etes-vous donc tant peu sûr de vous, êtes-vous donc tant aux abois, que vous ayez si peur de 250 zadistes qui « critiquent votre modèle avec lucidité et cela, sans violence, tout en conservant leur optimisme et en proclamant leur amour de la vie » ? Etes-vous donc tant acculés devant la vacuité de votre modèle, que vous craignez tant la contagion, au peuple, par l’expérience humaniste et écologique de la ZAD de Notre Dame des Landes ? Etes-vous donc tant bousculés dans votre zone de confort que vous souhaitiez tant leur mort ?

Finalement la réponse tragique est peut-être dans l’éditorial d’Hervé Kempf paru dans « Reporterre » du 9 avril 2018. « Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes s’inscrit dans une guerre générale menée par l’oligarchie contre les peuples. Lula, a été emprisonné au terme d’une ahurissante procédure, l’État israélien tue des manifestants et des journalistes dans la bande de Gaza. […]. Presque toute l’Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Pérou, Guatemala,...) est passée sous la coupe de régimes durs qui appliquent la recette néo-libérale. En Chine, le président Xi Jinping a récemment renforcé son pouvoir. En Russie, Poutine règne en étouffant toute opposition. Aux Etats-Unis, Trump poursuit sa politique de dérégulation financière et environnementale sans contre-pouvoir réel. En Egypte, aux Philippines, en Pologne, en Inde, dans des dizaines de pays, on retrouve cette combinaison d’un pouvoir fort, défendant les intérêts de l’oligarchie, et détruisant l’environnement au nom de la croissance. De plus en plus, l’Europe évolue vers ce nouveau modèle d’oligarchie autoritaire. C’est en fait une guerre civile mondiale qui se déroule […] »

Ainsi donc l’affront de la victoire des anti-aéroport, en début d’année, ne pouvait pas rester impuni. Pour preuves et par les conditions et la méthode d’expulsion de la ZAD, qu’il a choisi, l'état s’est montré plus que coercitif, il s’est montré vengeur. 

Mais après une semaine d’enlisement, dans la zone humide de Notre Dame des Landes, la seule chose qu’a réussi l’état c’est de cristalliser une violence dont on savait qu'elle surviendrait si la gendarmerie débarquait. Si seulement on avait écouté les écologistes et autres agro-écologues présents sur place pour y créer, dans le calme, un espace dédié à l'agriculture écologique, au partage et à la fraternité, selon les projets déposés en préfecture, on n'en serait surement pas là. En effet ce qui intéresse les violents ce ne sont pas les projets agricoles défendus par les Zadistes et leurs soutiens, mais la violence, le plaisir d'en découdre avec les CRS, là-bas à Notre Dames des Landes, mais aussi à Nantes ou bien dans toutes les manifestations syndicales, pourrissant et brouillant les messages des manifestants pacifistes. S'il n'y avait pas eu de violences produites par le coup de menton de Macron, la ZAD serait subitement devenue totalement inintéressante pour les violents et l'on aurait pu envisager l'avenir avec plus de sérénité. Belle occasion manquée de montrer une certaine intelligence plutôt que ses muscles dans une guerre fratricide où les blessures des zadistes et celles des gendarmes ne sont pas légitimes et ne peuvent réjouir personne.

Dès lors « NDDL, c'est loin d'être réglé », selon Ouest-France. Et pour cause : l'opération militaire de Macron est un fiasco. Elle a montré la crudité de la violence d'état. Elle a réunifié opposants historiques et zadistes. Elle augure d'une belle impasse, tant au plan des inévitables négociations de terrain, que de l'issue de l'opération d'évacuation d'ailleurs loin d'être achevée. Elle attire à nouveau sur zone, comme un aimant, ceux qui, en France et en Europe, croient en d'autres valeurs que le productivisme marchand. « Les zadistes étaient 250 au début des opérations, Ils sont maintenant 700 » explique CNews. Un fiasco je vous dis !

Et pourtant le dialogue était possible pour de beaux projets alternatifs, mais Macron et ses copains capitalistes, n'aiment pas les esprits libres. Après les mensonges d'État sur l'aéroport, la confiance commençait juste à revenir, mais Macron a brisé la dynamique. Pitoyable ! « Pourquoi diable si peu de choses ont été faites ces 2 derniers mois pour réunir les 2 parties alors que les choses étaient annoncés ? » me dit, sur Facebook, Jean-Michel Combe. Peut-être, que justement il n'était pas question, pour l'état de perdre la face une seconde fois et que, ne pas chercher de solutions permettait de donner un excellent prétexte pour frapper avec force et tenter de montrer qu'au final, Macron est le plus fort. Mais il semble que la démonstration de force se solde, une fois de plus, par un échec cuisant pour l'état. Et donc « en ce début d'autopsie du fiasco de Cesar2, il eut été judicieux d'avoir appris quelque chose de Cesar1, mais non... » comme le dit fort justement Elen Debost sur Facebook. Définitivement, ce lieu est dédié au dialogue pas à la violence.

Pour conclure je laisserai à votre réflexion ce passage d’Anthony de Mello, lu dans « Quand la conscience s'éveille » aux éditons Albin Michel : « La première chose dont nous avons besoin pour nous réveiller est de nous dire que nous voulons aimer, que nous voulons être libres, que nous voulons la joie, la paix et la spiritualité. En ce sens, la spiritualité est la chose la plus concrète du monde. Je défie quiconque de penser à une chose plus concrète que la spiritualité telle que je l'ai définie - ni piété, ni dévotion, ni adoration, mais spiritualité. Réveil ! Réveil ! Regardez autour de vous, voyez le chagrin, la solitude, la peur, le désordre, les conflits, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs. Supposez que quelqu'un vous donne les moyens de résoudre tous ces problèmes et de mettre fin à cette incroyable dépense d'énergie, de santé, d'émotions qui découle des conflits et du désordre. Aimeriez-vous cela ? Imaginez que quelqu'un nous montre comment aimer vraiment les autres, comment vivre dans la paix et dans l'amour. Existe-t'-il une chose plus concrète au monde ? Pourtant, il y a des gens qui sont persuadés que les affaires sont plus concrètes, que la politique est plus concrète, que la science est plus concrète. Mais à quoi sert d'envoyer des hommes sur la lune alors que nous sommes incapables de vivre sur la terre ? »

samedi 14 avril 2018

Prostitution : L’ultime hypocrisie

Revenus en baisse, violences en hausse : les travailleuses du sexe jugent «préjudiciable» la loi du 13 avril 2016 qui pénalise leurs clients, selon une enquête d'Hélène Le Bail, chercheuse au CNRS et au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), auprès de plus 600 prostituées publiée jeudi dernier. Le constat est cinglant : « La loi sur la prostitution met en difficulté les personnes qu’elle était censée protéger mieux », résume Hélène Le Bail. De son coté Sergio Coronado dresse, ci-après, un constat, après plusieurs mois d'application de la prohibition prostitutionnelle, identique aux craintes que beaucoup d'opposants à ce texte moralisateur et non humaniste exprimaient à l'époque. Alors ? Les abolitionnistes se soucient elles vraiment des femmes ou plutôt de la vertu ? Qu'importe les méfaits de cette loi inefficace et de pure posture, qui ne s'attaque en rien aux vrais problèmes (proxénétisme, trafic humains, crimes, mafia, ... ), tant que l'honneur des dames patronnesses est sauf puisqu'elles auront cassé du bonhomme, désignés coupables, eux et leur sexualité dégueulasse.

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La loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel procède d’une proposition de loi portée par le groupe socialiste et annoncée par l’engagement de François Hollande au cours de la campagne présidentielle de « pénaliser le client ». Un rapport de Maud Olivier l’a précédée, avec le soutien de la délégation des droits des femmes de l’Assemblée nationale et des titulaires du portefeuille en charge des droits des femmes sous la présidence de François Hollande (Najat Vallaud-Belkacem, Pascale Boistard puis Laurence Rossignol).

Une commission spéciale pour l'examen de la proposition de loi fut mise en place pour mener à bien le travail d’auditions et d’amendements. Guy Geoffroy, député Les Républicains, l’a présidée, lui qui avait été à l’origine, en avril 2011, avec Danielle Bousquet, d’un rapport d’information sur la prostitution, précurseur dans le choix répressif. Maud Olivier en fut la rapporteure, et je fus l’un des secrétaires.

Une opposition fondée

Au nom du groupe écologiste, je fus l’un des rares opposants au texte, épaulé au sénat par Esther Benbassa, sénatrice écologiste du Val-de-Marne. Il convient d’expliquer sur quoi cette position se fondait.

Elle s’appuyait à la fois sur des lectures de travaux de recherche, d’études et de rapports, des auditions que j’avais organisées spécifiquement pour entendre les personnes vivant de la prostitution, des visites des lieux de prostitution (avec le « Bus des femmes » notamment). Elle se fondait également sur une réticence à analyser les pratiques et les faits sociaux sous un angle uniquement idéologique ou moral, doublée d’une opposition à la pente répressive dans laquelle le législateur tombe trop souvent avec insouciance et délectation.

Elle reposait aussi sur l’appréciation du rapport préalable à la proposition de loi, puis sur la proposition de loi elle-même : le déséquilibre était majeur entre mesures répressives fortes, faiblesse du volet social et mesures favorables à la santé des personnes.

Si le rapport de Maud Olivier prend acte des enjeux de santé pour les personnes prostituées, notamment au regard du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST), il ne formule aucune proposition pour y répondre. Quant à la proposition de loi dans sa version initiale, elle ne mentionne même pas la lutte contre le VIH et les IST. Aucun article ne mentionne même les enjeux sanitaires. Il en est seulement fait mention dans l’article 4 de la loi qui se donne comme objectif de « sensibiliser les populations aux effets de la prostitution sur la santé ».

Il fallut les débats en séance de l’Assemblée nationale pour réintroduire la santé dans le texte, par un amendement du Gouvernement, et sous la pression de certaines associations.

Le souci des personnes vivant du travail sexuel

Enfin, mon souci portait sur le texte, ses dispositions et ses conséquences sur une population déjà précaire, stigmatisée, confrontée à des problèmes de santé publique et de violence ; il s’orientait également sur la nécessité absolue de traquer proxénètes et réseaux de traite, et non pas sur une volonté, finalement abstraite, de me situer dans un débat préexistant entre abolitionnisme et réglementaristes.

A ce titre, j’avais été attentif à la mobilisation des associations communautaires et de santé publique et avais lu avec intérêt le courrier adressé aux parlementaires en septembre 2013 par les associations « Élus locaux contre le sida », « Le Planning familial », « Act Up-Paris », « Arcat », « Médecins du Monde » et « AIDES ». Dans ce document, elles notent : « De nombreux rapports d’experts rejoignent nos propres inquiétudes. En France, deux récents rapports de l’Igas et du CNS attestent de la pluralité́ des situations prostitutionnelles, de l’incohérence des politiques publiques actuelles et soulignent la nécessité de mettre la santé et la sécurité des personnes se prostituant au cœur des préoccupations politiques. Au plan international, les instances impliquées dans la santé publique ou dans la lutte contre le sida (Onusida, PNUD, OMS) concluent que des législations répressives, directes ou indirectes, à l’encontre des travailleurs et des personnes qui se prostituent renforcent la discrimination et impactent négativement leur santé. »

Un débat impossible

Le débat s’avéra souvent impossible. La rapporteure et les principaux promoteurs du texte ont posé d’emblée des postulats, jamais questionnés : la prostitution revient à de la traite, de l’esclavage ; il ne saurait y avoir de prostitution consentie. Pareille position a induit comme conséquence le refus d’entendre celles et ceux qui vivent de cette activité, de considérer la variété des situations (qu’y a-t-il de commun entre la prostitution de rue, celle qui s’organise dans les salons, ou celle des escorts qui travaillent sur internet?), de se pencher sur la prostitution masculine... Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la prostitution de décembre 2012 ne fut jamais sérieusement abordé.

Tout ce qui pouvait interroger ou mettre à mal ces postulats a été balayé d’un revers de main : les études scientifiques, les positions des organisations internationales (ONU Sida...) ou des associations travaillant avec les personnes prostituées.

Les chiffres, jamais sourcés, ont fusé ; la confusion entre traite et prostitution a été la règle, alors même que les représentants du ministère de l’Intérieur ont fait preuve, lors des auditions, d’une grande prudence sur les chiffres avancés, qui concernaient pour l’essentiel la prostitution de rue.

Puisque la prostitution est une violence, l’achat d’un acte sexuel tarifé est un viol... La logique semble imparable. Le modèle suédois, qui prescrit l’achat de tout acte sexuel, fut le paravent à tout débat.

Faiblesse du volet social, option répressive

Alors, ce texte?

Commençons par ce qui fit consensus : l’abrogation du délit de racolage passif. Institué en 2003 par la loi sur la sécurité intérieure, le délit de racolage passif était puni de deux mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende – auparavant, seul le racolage actif était sanctionné d'une contravention.

La mesure n’avait pas permis de lutter contre le proxénétisme, avait fragilisé les conditions de travail des personnes prostituées, tendu les relations avec les forces de l’ordre et, de surcroît, avait fini par être de moins en moins appliquée. Et, sur l’initiative de la sénatrice Esther Benbassa, une proposition de loi visant à l’abrogation du délit de racolage avait déjà été adoptée par le Sénat le 28 mars 2013.

Le constat d’échec du délit de racolage facilita son abrogation, mais ne mit pas un terme à la multiplication des arrêtés municipaux. Ce fut une posture des plus hypocrites d’une partie des promoteurs du texte; voter la dépénalisation du racolage, tout en encourageant l’adoption des arrêtés municipaux à l’origine d’un harcèlement permanent des personnes prostituées.

Le titre du texte de loi est ambitieux : il s’agit de lutter contre le système prostitutionnel. Mais, à la lecture, l’équation paraît incomplète : la priorité est de réguler la « demande » (les clients) plutôt que l’« offre » (les proxénètes). La lutte contre les réseaux mafieux de proxénètes et de traite se pose en angle mort du texte, alors même qu’il s’agit sans doute l’un des principaux échecs des politiques publiques. « Sans client, pas de prostitution » voulut prophétiser la députée Marie-George Buffet.

23 articles, et 6 chapitres, dont seul le premier chapitre (composé de quatre articles) est consacré à la lutte contre le proxénétisme, avec en réalité une seule disposition qui fait obligation aux fournisseurs d’accès à internet d’empêcher l’accès aux sites hébergés à l’étranger qui contreviennent à la loi française contre le proxénétisme et la traître des êtres humains... Rien d’autre contre les réseaux et autres mafias.

Quiconque connaît le fonctionnement de l’internet, la possibilité offerte par les sites miroirs de démultiplier l’accès, mesure l’inefficacité d’une telle disposition. Et deux ans après la promulgation de cette loi, quelques clics suffisent pour se connecter à ce type de sites.

Lutter contre les proxénètes n’était pas l’objet du texte.

Le parcours de sortie de la prostitution

En réalité, les deux piliers du texte sont, d’une part, la mise en place d’un parcours de sortie de la prostitution, d’insertion sociale et professionnelle au chapitre 2, et l’interdiction de l’achat d’un acte sexuel au chapitre V.

Aider et accompagner les personnes à sortir de la prostitution est une préoccupation partagée. En ce sens, j’ai déposé nombre d’amendements pour améliorer les conditions de prise en charge et de suivi pour celles et ceux qui veulent changer de vie et d’activité. Le bilan ne fut guère probant : le volet social est demeuré un prétexte, un outil au service d’une idéologie prohibitionniste.

Subordonner l’entrée dans un parcours de sortie de prostitution à un arrêt sans délai et définitif de l’activité de travail sexuel revient à exclure les personnes qui ne peuvent s’y plier ou qui ont besoin de temps. Aux yeux des promoteurs du texte, la bonne victime est celle qui est capable d’arrêter du jour au lendemain une activité ; pour les autres, c’est « circulez, il n’y a rien à voir » ...

Sous prétexte de lutter contre l’immigration clandestine et contre tout appel d’air (selon les mots même de la rapporteure), la situation des personnes étrangères demeure scandaleuse : engagées dans ce parcours, elles ne peuvent bénéficier que d’un titre de séjour provisoire qui n’est pas de plein droit, au risque d’une expulsion. Pour celles et ceux qui dénoncent un réseau de proxénètes ou de traite, le titre de séjour est octroyé pour la seule durée de la procédure et en absence de condamnation, l’expulsion demeure l’option la plus probable malgré les risques pris pour la vie du témoin, sa sécurité et celle de sa famille ainsi que de ses proches...

En outre, seules les associations agréées peuvent prendre en charge ce parcours ; et pour avoir accès à l’agrément, il faut se plier à l’idéologie du texte. Cela revient à écarter la plupart des associations communautaires et de santé publique travaillant avec ces populations.

Si l’objectif réel du texte consiste à permettre la sortie de la prostitution, les financements annoncés s’avèrent dérisoires : ils ne représentent en effet que 160 € par an et par personne. Nous savons aujourd’hui que les sommes prévues ont été amputées. Nous savons aussi que les associations ayant soutenu le texte ont vu leurs budgets se maintenir ou augmenter, alors que les associations intervenant sur la santé sexuelle de toutes les femmes (comme le Planning familial), se retrouvent avec des budgets en berne. Dans le budget 2018, les crédits dédiés à la lutte contre le système prostitutionnel, le proxénétisme et la traite des êtres humains connaissent une baisse de 25%.

De même, selon un article du journal Le Monde, daté du 16 novembre 2017, vingt-cinq personnes avaient bénéficié du parcours de sortie de la prostitution instauré par la loi. Dans un article du journal L’Humanité, daté du 15 décembre 2017, le chiffre donné s’élève à trente-sept. Certes, les dispositifs ont mis du temps à être mis en place..., mais le constat dressé par les acteurs associatifs pointe les craintes exprimées lors du débat parlementaire : l’aide de 330 euros par mois est insuffisante pour constituer une alternative sérieuse à l’activité du travail sexuel. Par ailleurs, elle arrive bien souvent des mois après l’entrée dans le parcours de sortie, et demeure conditionnée à l’arrêt immédiat et définitif de l’activité. Les conditions d’accès au parcours de sortie de la prostitution sont irréalistes : comment vivre avec 330 euros par mois, se loger, parfois élever des enfants... et être tout à la fois capable de construire un projet professionnel ?

On ne peut que vivement attendre le rapport prévu dans la loi, deux ans après la promulgation du texte, comme celui des associations de travail communautaire et de santé publique.

Pénaliser le client pour abolir la prostitution

L’interdiction de tout achat d’acte sexuel constitue en réalité la mesure principale de la loi. L’achat d’actes sexuels est donc désormais sanctionné par une contravention de 1 500 euros (jusqu’à 3 500 euros en cas de récidive).

S’inspirant de la politique de pénalisation d’acheteurs d’actes sexuels en vigueur dans quelques pays (dont la Suède), les promoteurs de la loi fixent l’objectif d’en finir avec la prostitution en s’attaquant uniquement à la demande. Comme nous l’écrivions avec Esther Benbassa dans une tribune parue dans Le Monde, le 28 novembre 2013, « cette proposition n'en est pas moins un texte d'inspiration moralisatrice, marqué par un souci d'hygiénisme social, tournant le dos aux préoccupations de santé publique, et niant la complexité des situations de prostitutions pour la réduire à l'esclavage ».

A l’instar de nombre d’associations, d’organismes internationaux, nous considérons que les politiques prohibitionnistes dont cette mesure s'inspire ont pour conséquence une plus grande précarité pour celles et ceux qui ont recours à la prostitution pour vivre.

L’opposition des écologistes, dont j’étais le porte-parole, relève non d’une bienveillance à l’égard des clients du travail sexuel, mais d’une conviction : pénaliser le fait de se prostituer, directement (comme avec la pénalisation du racolage) ou indirectement (comme avec la pénalisation des clients), alors même que se prostituer ne fait pas l’objet d’une interdiction dans la loi, revient à précariser, stigmatiser, affaiblir la capacité de négociation des personnes prostituées. Pénaliser le client ne donne pas plus de pouvoir à la personne prostituée. Cela affecte certainement la demande, ce qui diminue les revenus, aggrave les conditions de travail et exacerbe la concurrence. Cela conduit à de plus grandes prises de risques, à une impossibilité de choisir ses clients ou d’imposer systématiquement l’utilisation du préservatif, à des déplacements des lieux de rencontre et de travail vers des zones plus isolées, ou vers l’internet. Cela expose aussi à des violences plus grandes.

L’isolement et la clandestinité constituent des facteurs d’aggravation des risques en même temps qu’ils restreignent les possibilités d’accès aux dispositifs et moyens de prévention.

A l’invitation que j’ai souvent formulée de considérer véritablement les enjeux de stigmatisation ou de santé, il m’a toujours été opposé une fin de non-recevoir : la présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’Egalité des chances entre les hommes et les femmes s’est contentée d’affirmer « Notre loi n’est pas nuisible pour la santé, au contraire »...

Quand j’ai fait mention des enjeux de lutte contre le VIH dans le débat, la même élue m’a opposé l’absence d’études, niant l’expertise des institutions internationales, et oubliant les études de la revue The Lancet.

Un point a été particulièrement problématique dans ce débat, et notamment sur ce sujet précis : l’impossibilité des promoteurs de la proposition de loi d’une part de concevoir que l’on puisse se livrer à la prostitution par décision propre (balayant ainsi sans discussion toute possibilité de consentement) et, d’autre part, de considérer que, dans toute situation, l’achat d’un acte sexuel constitue une violence si immense qu’il est comparable, comme affirmé dans l’hémicycle, à un viol...

Il m’est toujours difficile de comprendre comment on peut décider de prohiber l’achat d’un acte dont la vente n’est pas interdite.

Enfin, le souci de lutter contre les violences et les stéréotypes de genre est une préoccupation légitime. Ce combat doit-il se mener sur les dos des personnes les plus stigmatisées et des condition d’exercice de leur activité? Peut-on mener cette bataille tout en cédant face aux offensives conservatrices, comme ce fut le cas avec l’abandon des ABCD de l’égalité ?

La sainte alliance entre une droite répressive et une gauche moralisatrice

Le texte fut voté à une très large majorité, la loi promulguée le 13 avril, les cinq décrets d’application et les deux circulaires publiés dans les moins qui ont suivi.

Les associations communautaires et de santé publique font état d’un volet social guère attractif ; les associations abolitionnistes qui ont apporté leur soutien au texte n’affirment pas le contraire. Des centaines de clients de la prostitution de rue ont été pénalisées ; la prostitution ne semble pas avoir diminuée tandis que les conditions de travail des personnes prostituées se sont dégradées.

Ma conviction reste toujours la même : considérer qu’il ne peut en aucun cas exister de consentement pour une personne prostituée est pour moi le contraire de l’humanisme; nier la parole des victimes ne contribue pas à leur émancipation; assurer l’accès au droit commun permet d’octroyer les outils nécessaires à une reprise en main de sa vie.

Le 12 avril 2018, par Sergio Coronado - député EELV des Français à l'étranger

vendredi 30 mars 2018

A Bali comme ailleurs ... la mer poubelle


Si l’on s’en tient au volet économique, le tourisme est un marqueur du monde contemporain né avec les congés payés. Même les mots portent témoignage de son succès. Il ne suffit plus d’« être en vacances » ; il faut « partir en vacances », « faire le Japon ou le Costa Rica » pour être moderne. C’est une injonction !



Rodolphe Christin, auteur du « Manuel de l’antitourisme », dresse un bilan négatif du tourisme tel que l’Occident l’a inventé au XIXe siècle. « Il n’a pas fait progresser la paix entre les peuples, il n’a pas résolu les problèmes du monde. A-t-il seulement contribué à une meilleure compréhension interculturelle ? Pas sûr »


Là-bas comme ici ou ailleurs,
tous responsables, tous coupables.
Qu’il soit « éthique » ou de masse, 

le tourisme épuise le monde.

mercredi 21 mars 2018

Les oiseaux disparaissent des campagnes françaises à une « vitesse vertigineuse »


Ce déclin « catastrophique », d’un tiers en quinze ans, est largement dû aux pratiques agricoles, selon les études du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle


Le printemps risque fort d’être silencieux. Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) annoncent, mardi 20 mars, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français et évoquent un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse, précisent les deux institutions dans un communiqué commun. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »

Attribué par les chercheurs à l’intensification des pratiques agricoles de ces vingt-cinq dernières années, le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, « une période qui correspond, entre autres, à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune [européenne], à la flambée des cours du blé, à la reprise du suramendement au nitrate permettant d’avoir du blé surprotéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes », ces fameux insecticides neurotoxiques, très persistants, notamment impliqués dans le déclin des abeilles, et la raréfaction des insectes en général.

Plus inquiétant, les chercheurs observent que le rythme de disparition des oiseaux s’est encore intensifié ces deux dernières années.

Résultats de deux réseaux de surveillance

Le constat est d’autant plus solide qu’il est issu de deux réseaux de surveillance distincts, indépendants et relevant de deux méthodologies différentes. Le premier, le programme STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) est un réseau de sciences participatives porté par le Muséum national d’histoire naturelle. Il rassemble les observations d’ornithologues professionnels et amateurs sur l’ensemble du territoire et dans différents habitats (ville, forêt, campagne). Le second s’articule autour de 160 points de mesure de 10 hectares, suivis sans interruption depuis 1994 dans la « zone-atelier du CNRS » Plaine et val de Sèvre, où des scientifiques procèdent à des comptages réguliers.

« Les résultats de ces deux réseaux coïncident largement et notent une chute marquée des espèces spécialistes des plaines agricoles, comme l’alouette », constate l’écologue Vincent Bretagnolle, chercheur au Centre d’études biologiques de Chizé, dans les Deux-Sèvres (CNRS et université de La Rochelle). « Ce qui est très inquiétant est que, sur notre zone d’étude, des espèces non spécialistes des écosystèmes agricoles, comme le pinson, la tourterelle, le merle ou le pigeon ramier, déclinent également. »

Sur la zone-atelier du CNRS – 450 km2 de plaine agricole étudiés par des agronomes et des écologues depuis plus de vingt ans –, la perdrix est désormais virtuellement éteinte. « On note de 80 % à 90 % de déclin depuis le milieu des années 1990, mais les derniers spécimens que l’on rencontre sont issus des lâchers d’automne, organisés par les chasseurs, et ils ne sont que quelques rescapés », précise M. Bretagnolle.

Déclin massif des insectes

Pour le chercheur français, « on constate une accélération du déclin à la fin des années 2000, que l’on peut associer, mais seulement de manière corrélative et empirique, à l’augmentation du recours à certains néonicotinoïdes, en particulier sur le blé, qui correspond à un effondrement accru de populations d’insectes déjà déclinantes ».

A l’automne 2017, des chercheurs allemands et britanniques conduits par Caspar Hallmann (université Radboud, Pays-Bas) ont, pour la première fois, mis un chiffre sur le déclin massif des invertébrés depuis le début des années 1990 : selon leurs travaux, publiés en octobre dans la revue PloS One, le nombre d’insectes volants a décliné de 75 % à 80 % sur le territoire allemand.

Des mesures encore non publiées, réalisées en France dans la zone-atelier Plaine et val de Sèvre, sont cohérentes avec ces chiffres. Elles indiquent que le carabe, le coléoptère le plus commun de ce type d’écosystème, a perdu près de 85 % de ses populations au cours des vingt-trois dernières années, sur la zone étudiée par les chercheurs du CNRS.

« Or de nombreuses espèces d’oiseaux granivores passent par un stade insectivore au début de leur vie, explique Christian Pacteau, référent pour la biodiversité à la Ligue de protection des oiseaux (LPO). La disparition des invertébrés provoque donc naturellement un problème alimentaire profond pour de nombreuses espèces d’oiseaux et ce problème demeure invisible : on va accumuler de petites pertes, nid par nid, qui font que les populations ne sont pas remplacées. »

Dégradations profondes de l’environnement

La disparition en cours des oiseaux des champs n’est que la part observable de dégradations plus profondes de l’environnement. « Il y a moins d’insectes, mais il y a aussi moins de plantes sauvages et donc moins de graines, qui sont une ressource nutritive majeure pour de nombreuses espèces, relève Frédéric Jiguet, professeur de biologie de la conservation au Muséum et coordinateur du réseau d’observation STOC. Que les oiseaux se portent mal indique que c’est l’ensemble de la chaîne trophique [chaîne alimentaire] qui se porte mal. Et cela inclut la microfaune des sols, c’est-à-dire ce qui les rend vivants et permet les activités agricoles. »

La situation française n’est pas différente de celle rencontrée ailleurs en Europe. « On est dans la continuité d’une tendance lourde qui touche l’ensemble des pays de l’Union européenne », note M. Jiguet. Est-elle réversible ? « Trois pays, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni, ont mis en œuvre des politiques nationales volontaristes pour inverser cette tendance lourde, en aménageant à la marge le modèle agricole dominant, explique Vincent Bretagnolle. Aucun de ces trois pays n’est parvenu à inverser la tendance : pour obtenir un effet tangible, il faut changer les pratiques sur des surfaces considérables. Sinon, les effets sont imperceptibles. Ce n’est pas un problème d’agriculteurs, mais de modèle agricole : si on veut enrayer le déclin de la biodiversité dans les campagnes, il faut en changer, avec les agriculteurs. »

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Merci Nicolas Hulot pour cette interpellation dans l’Hémicycle. 
Ils ont applaudi ... ils ont donc approuvé ? On est sauvé ?

Bruno BOMBLED : Les insectes ont commencé par disparaître, aujourd'hui ce sont les oiseaux, demain ce sera nous. On peut créer des abeilles "robotisées" pour permettre la pollinisation, mais empêcher Monsanto de tuer les "vraies", ça on peut pas ?!?! A la lumière de cette réflexion, de bon sens lue sur Facebook et que je partage, n'est on pas en droit de ce demander s'il existe-t-il une forme d'intelligence sur cette terre ailleurs que chez les écolos ? Quel avenir pour demain ? L'effondrement à n'en pas douter, comme le club de Rome, "ces gens qui ont eu raison trop tôt", selon mon collègue Jean Jouzel, l'a annoncé si nous ne changeons rien. L'effondrement à n'en pas douter car l'essentiel, pour mes concitoyens, c'est qu'ils puissent partir en vacances à l'autre bout de la planète, avoir le dernier i-phone et bouffer du Nutella. Alors les oiseaux et les petites fleurs, vous comprenez que de cela, ils s'en foutent comme de leur première chemise. L'humanité disparaîtra ... bon débarras !


Signez la pétition 
lancée par Pierre LUCOT sur Change.org

Photo : Mike Lane. Naturimages

samedi 10 mars 2018

Protéger jusqu’à la destruction


A quoi cela sert-il de créer des espaces protégés si c'est pour les détruire à la moindre occasion consumériste ? A quoi cela sert-il de protéger le vivant si nous n’y voyons qu’une épine dans le pied du développement ? Dernièrement on aura pu voir, au JT de France 2, et lire sur leur site, des informations intéressantes sur le peu de valeur que nous portons à ce que nous protégeons.

Ainsi à Pyeongchang, le site de Jeongseon, réservé aux épreuves de ski alpin, aura été entièrement créé pour ces Jeux olympiques 2018. Pour cela, les organisateurs ont abattu des dizaines de milliers d'arbres vieux de 500 ans. Les associations environnementalistes sud-coréennes s'y sont opposées depuis des années. En vain. Avant les travaux, il n'y avait que de la forêt à cet endroit, pas l’ombre d’une station de ski. Après les travaux, on découvre une large cicatrice dans la montagne. 78 hectares de forêt auront été rasés, plus de 50 000 arbres abattus dans une zone classée « zone protégée » … enfin, protégée … jusqu’aux jeux ! « Cela n’aurait jamais dû arriver. C’est grâce à une loi spécialement votée, pour les Jeux olympiques, que la forêt a pu être détruite. C’est un désastre sans précédent », se désole Kim Kyoung Jun, membre de la fédération coréenne du mouvement environnementaliste.

Un autre jour nous apprenions les dangers qui s’abattent sur le Parc National de Tulum, zone côtière constituée de mangrove et de cénotes (puits naturels). Tulum, ville située sur la côte caraïbe de la péninsule mexicaine du Yucatan, petit paradis de sable blanc et à la mer turquoise, est connue pour ses vestiges très bien préservés d'une cité portuaire antique maya. Mais la beauté de la nature et de la culture attire - comme partout et comme toujours, telle des mouches à merde - de plus en plus les touristes et devient victime de son succès. Les lieux attirent chaque année des millions de touristes. Tulum va-t-elle devenir une station balnéaire défigurée par le béton comme Cancún ou Playa del Carmen, ces autres villes mexicaines vouées au tourisme de masse ? Des hôtels en béton commencent à sortir du sol à Tulum. Sur la plage, les autorités continuent à donner des permis de construire. Mais certains établissements sont construits même sans autorisation. Les avis de fermeture ne sont pas respectés sur des restaurants de plage. Le scénario est toujours le même : les exploitants installent d'abord une simple cabane sur le sable puis s'étendent et construisent des chambres et un hôtel illégal dans un espace protégé. Les déchets liés au tourisme provoquent des décharges à ciel ouvert. Dans moins de dix ans, la population aura été multipliée par quatre selon les autorités. Où quand les réserves naturelles ne valent pas grand-chose face au tourisme. Tulum, Cozumel, Holbox... même désastre me dit mon amie Mélina qui vit au Mexique.

En France la loi sur l’eau, la loi littorale ou bien encore celles sur les espèces protégées sont de merveilleux outils pour préserver les espaces et les espèces. Pourtant chaque jour amène son lot d’exemples où ces outils sont attaqués, remis en cause, soumis à des dérogations, bafoués sur l’autel du pragmatisme et de la croissance. On nous avait ainsi expliqué que si l’Exposition Universelle se faisait, sur le Plateau de Saclay, il aurait fallu accepter des dérogations aux lois d'urbanisme et environnementales comme cela est le cas pour les JO de Paris.

Dès lors que valent ces lois, qui sont censées protéger les plus faibles, si les plus fort peuvent les fouler ? 

Ces lois qui protègent les espèces vulnérables, précisent que sont interdits, sur tout le territoire et en tout temps la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux protégés dans le milieu naturel. Bien ! Sont interdites, également sur les parties du territoire où l’espèce est présente, ainsi que dans l’aire de déplacement naturel des noyaux de populations existants, la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux. Excellent ! Excellent et pourtant on ne cesse de traquer et de fragiliser les populations d’ours, de loups, de chauve-souris ... Par un jugement du 6 mars 2018, le Tribunal administratif de Toulouse a reconnu la carence de l'Etat français dans son obligation de maintenir la population d'ours bruns dans un état de conservation favorable. « L'objectif des associations est atteint : faire reconnaître pour la première fois par la Justice que l'Etat a bien une obligation légale de restaurer la population d'ours dans les Pyrénées, et qu'il ne la respecte pas », réagissent les deux associations requérantes, « Pays de l'ours » et « Ferus ». Celles-ci réclament, au Gouvernement, l'adoption rapide d'un nouveau plan de restauration, le dernier ayant expiré en 2009, et des lâchers d'ourses dès le printemps pour éviter la disparition imminente de l'espèce dans les Pyrénées occidentales. Et on ne fait rien pour le castor d’Europe, pour le hamster commun, pour le hérisson d’Europe ou bien encore pour le chat sauvage...

Finalement notre relation au vivant est un peu à l’image de ce qui arrive à la Clausilie romaine (Leucostigma candidescens) cet escargot qui ne vit que dans les Apennins en Italie, près de Rome et … à Nîmes … uniquement localisé dans les arènes où il est probablement arrivé il y 2000 ans avec les matériaux de construction de l'édifice romain. Cet escargot est un trésor de biodiversité pour la Ville de Nîmes ! Mais un trésor dont la ville se fiche éperdument lorsqu’il a fallu programmer des travaux d'étanchéité des arènes ... Déplacement de la population vers Mèze sans aucune garantie de succès et de retour dans l'amphithéâtre romain dont les nouvelles conditions d'habitat pour l'espèce ne sont plus garanties... « On avait aucune obligation à protéger cette population » déclare Christine Lavergne de la Ville de Nîmes. « Si ces escargots ne survivent pas, ce n'est pas grave en termes de conservation. » renchéri Vincent Prié du Bureau d'Etudes Biotope. Avec de telles considérations décomplexées, qui ne révèlent, qu’à voix haute, que ce que notre monde pense tout bas, on voit mieux pourquoi Hubert Reeves nous dit que « l'Homme poursuit une guerre contre la nature ». Notre vision du vivant est à l’image de celles utilisées, ce mois-ci, par la RATP pour lutter contre les violences sexistes dans les transports en commun, à l'image de celle de la ferme des milles vaches ou bien encore de celle de Chanel qui abat des arbres pour quelques heures de défilé lors de la « Fashion Week », des clichés mensongers d’hostilités, attisés dans la culture populaire par la littérature et le cinéma ou une vision utilitaire et productiviste, mais jamais comme étant fragile, essentiel et à préserver coûte que coûte.

Fuck les Jeux et autres Expositions Universelles qui outrepassent les lois pour quelques semaines de bonheur consumériste et où l'écologie n'est que du greenwashing ! Fuck les touristes ! « Je ne suis pas d'accord, tu ne peux pas arrêter de vivre, de construire, de faire des événements. Les expositions universelles ont permis de nombreuses avancées technologiques. OK avec toi pour Saclay car rien n'oblige à détruire des terres pour ça. Mais pas d'accord pour les JO car on ne peut pas faire de ski sans couper des arbres. Oui on peut remettre en question l'existence des stations. Dans ce cas je remets en question.... le béton. Et donc les villes.... cela s'apparenterait à de l'extrémisme débile.... » me rétorque mon ami Patrick.

Nous devons trouver les moyens de nous développer sans détruire, c'est le défi de la durabilité, c'est l'esprit de l'appel des 15000 scientifiques. Il nous faut parler et penser « développement durable », il nous faut penser global et agir local, il nous faut protéger, sauvegarder, laisser vivre, ralentir, renoncer, partager notre espace. Seule la somme de nos décisions durables et locales peut donner l’espoir que l’humanité pourra poursuivre son aventure sur son seul et unique vaisseau spatial. Maintenant on peut toujours dire que cela est cesser de vivre mais j'ai plus l'impression que c'est notre développement actuel qui risque de nous faire cesser de vivre.