Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 26 mars 2017

Cousteau ou la sage parole oubliée


Yves Paccalet normalien et philosophe, spécialisé en biologie, botanique et zoologie a publié en 1997 une magnifique biographie de Jacques-Yves Cousteau : "Jacques-Yves Cousteau, dans l'océan de la vie" aux éditions JC Lattès. "J'ai rencontré Jacques-Yves Cousteau voici vingt-cinq ans. Pendant plus de quinze ans, j'ai été l'écrivain de son équipe. Je l'ai accompagné dans sa quête. Je l'ai vu vivre. J'ai appris de lui. J'ai voulu retracer son destin sans égal. Comprendre ce qui a fait d'un simple marin un homme universel. Je me suis employé à restituer ce caractère énergique et séducteur, à la fois réaliste et visionnaire. Je l'ai peint sans omettre ses défauts, ses impatiences, ses fameux accès de mauvaise foi. J'ai tenu à offrir une biographie complète, qui rassemble en une même perspective sa vie personnelle et son ahurissante carrière. On s'apercevra vite que la vie et l'oeuvre du Pacha de la Calypso se comparent à celles du capitaine Cook ou de Bougainville. Un océan d'innovations, d'images et d'idées. Il nous a offert une nouvelle vision du monde. Presque une philosophie." nous dit Yves Paccalet. Je vous livre, ici, cinq passages de son précieux livre, qui m’ont paru forts, symboliques et toujours tristement d’actualité, tant l’Homme n’append rien.

Page 241, les boucs émissaires :

"[...] C'est à cette occasion que Cousteau, pour la première fois (fin des années 60), formule sa théorie dite du "Bouc émissaire". Laquelle se résume de la sorte : les humains détruisent les richesses de la nature. Plutôt que de reconnaître leur responsabilité dans les désastres qui se succèdent, ils les imputent à des prédateurs naturels, qu'ils chargent de tous les péchés et qu'ils se donnent ainsi de bonnes raisons d'éliminer. Les boucs émissaires seront punis ... Ici, les étoiles de mer "ravageuses" de récifs. Là, les phoques qui "pilleraient" les bancs de poissons. Ou encore les cormorans. Les éléphants, les tigres, les loups, les faucons .... [...]"

Page 350, l’effondrement des sociétés :

"[...] Conduits par leur roi légendaire Hotu-Matua, des Polynésiens quittèrent en pirogue les îles Marquises et touchèrent l’île de pâques au VII siècle après Jésus-Christ. Leur civilisation devint sublime. Leur population explosa. Ils abattirent leurs arbres, saccagèrent leur environnement et s'entre-tuèrent. A l'apogée de sa splendeur, le peuple pascuan comptait vingt mille sujets. Il n'en reste que ... cent onze en 1877 ! "Le testament de l'île de Pâques" (C'est le titre que les Cousteau donneront à leur film) n'est pas gai. Il stipule que toute terre dégradée devient l'ennemie de l'Homme. un désert hostile. Cette perspective, hélas ! pourrait concerner, demain, toute notre planète. [...]"

Pages 354-355, révélation du grand saccage :

"[...] Lorsque nous bouclons notre grand tour (de la Méditerranée - 1977), explique Cousteau, et que les laboratoires nous rendent leurs résultats d'analyses, nous n'y comprenons plus rien. Les pollutions d'origine domestique, agricole et industrielles sont localement graves. Mais même additionnées, elles n'expliquent pas la gravité de la dégradation du milieu marin que je constate depuis plus de trente ans que j'y plonge. Certaines baies, certains ports ou estuaires sont sales ; mais pas au point que la vie doive s'y effondrer. Il existe un autre facteur de mort. Plus perfide ....

"Nous reprenons nos études, poursuit le pacha. Et tout devient clair. La pollution (les pollutions), dont on parle sans cesse, n'est que la deuxième cause de la diminution des populations végétales et animales. La première, c'est la destruction mécanique directe. Je regroupe sous cette expression, la pêche industrielle qui ravage les fonds ; la pêche à la dynamite ou à la lampe ; et, surtout, les grands travaux de rectification des côtes. Chaque fois que l'on creuse un nouveau port de commerce ou de plaisance, qu'on bâtit un immeuble "pied dans l'eau" ou qu'on agrandit un aéroport côtier, on détruit la portion la plus riche du corps de la mer : l'herbier littoral. [...] Ces végétaux constituent à la fois le poumon, le garde manger et la pouponnière de la mer. [...] ravager cette prairie c'est tuer la mer ..."

J'ai (l'auteur) été témoin, et un peu l'acteur, de la naissance de cette idée force. L'expression "destruction mécanique" est juste, mais peu médiatique. [...] Au bout du compte, c'est le terme "saccage" que nous choisissons. Pendant 20 ans nous montrerons que le "saccage" incarne bien l’ennemi numéro un de la mer, partout dans le monde. Nous prouverons que l'océan constitue, dans sa grande masse, un désert : il ne produit pas plus de matière vivante par unité de superficie que le Sahara. Mais il recèle des oasis d'une prodigieuse générosité : la prairie littorale d'herbes (en Méditerranée ou aux Caraïbes) ou d'algues (dans les grands océans) ; les récifs de coraux ; les estuaires ; les marais littoraux ; les mangroves tropicales ; les zones de rencontres de courants ; et celles de remontées d'eaux profondes. Or l'Homme investit chacun de ces lieux de vie. Il les détruit par sa grande pêche ou son mur de béton. A coté de ces agressions définitives, les pollutions semblent presque innocentes. Même les consternantes marées noires. Pendant vingt ans, nous lancerons ce slogan : "luttons contre le saccage !" sans succès. Trop d’intérêts en jeu. Pas de bouc émissaire facile à désigner. Même le renom de Jacques-Yves Cousteau n'y suffira pas. Chaque fois, les journalistes reviendront nous demander ce que nous pensons de l'état de la mer menacée par "la" pollution [...]".

Bruno BOMBLED - Aujourd'hui encore, quand nous sommes à quai, et que les badauds nous abordent pour savoir ce que nous faisons à bord de notre navire, la seule question qui leur vient en tête est "est-ce que la mer est polluée ?". Cette constatation du grand saccage, jamais personne ne l'aborde, pourtant ce n'est pas faute de le dénoncer (regardez NDDL pour ne pas le nommer) encore et toujours. Mais accepter, pour le commun des mortels, que son train de vie est la cause directe du grand saccage, serait trop violent et reviendrait à accepter de changer et de renoncer. Alors on préfère accuser (pas complètement à tord) "La" pollution, cela est plus collectif et face aux grandes industries, notre part semble plus dérisoire, plus diluée. Pourtant nous sommes collectivement et individuellement pleinement coupables de l'effondrement de la vie. C'est désagréable à reconnaître mais telle est la vérité qui pique.

Pages 409-410, Mission Amazone - 1983 :

"[…]Les sociétés internationales […] ne respectent que leur profit. Elles saccagent. Routes béantes, mines à ciel ouvert, déchets abandonnés … Au sud de l’Amazonie, dans l’état de Rondônia, près de la ville de Porto Velho, une équipe Cousteau filme l’arrivée massive de colons auxquels le gouvernement brésilien attribue des arpents de forêt à défricher. Les immigrants, venus pour la plupart de la province du Nordeste, quasi désertique, ou de l’énorme banlieue de Sao Paulo, apportent avec eux tous ce qu’ils possèdent. Ils débarquent en train, en voiture brinquebalante, en charrette à cheval. Ils incendient la forêt, labourent, se ruinent en achat de graines et de provisions pour subsister jusqu’à la récolte. La première moisson est abondante, les suivantes de plus en plus médiocres. Sur ces sols tropicaux, la couche d’humus est très fine ; lessivée par les pluies dès que les arbres ne la protège plus. Les sol se transforme en latérites rouge, dure, stérile. Les paysans doivent partir plus loin. Raser et brûler d’autres pans de sylve. Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus que le désert…. […] ".

Bruno BOMBLED - C'était en 1983, rien n’indique que le saccage se soit arrêté, bien au contraire. D'ailleurs la petite fille de Cousteau, Céline Cousteau, est en train de finir un documentaire là dessus, Tribes on The Edge. Elle dresse un constat alarmant qui, en substance, nous dit que si rien ne change, les tribus gardiennes de la forêt vont disparaître et la forêt avec.



Pages 525-527, Rio, sommet de la Terre :

"[...] Juin 1992. Sommet de la Terre. Rio de Janeiro. Jacques-Yves Cousteau […] rayonne. "Un vent d'espoir se lève, me dit-il. Jamais je n'aurais cru à ce point à l'intelligence des hommes. Ils réalisent enfin !". Le pacha a l'impression que tout ce qui l'a bâti en 50 ans prend son sens et se concrétise. Que son ardeur à défendre la vie paye. 116 chefs d'État l’assurent de leur souci de préserver les écosystèmes du globe et de respecter les "fluides de la vie" - l'air et l'eau … "Cette grand-messe de l'écologie, ajoute le pacha, donne aux humains un sentiment d'urgence et de solidarité face aux périls du 21e siècle : mitage la couche d'ozone, risque climatique, montée des eaux, effondrement de la biodiversité, saccage et pollution des terres et des mers, excès de croissance chez les riches, surpopulation chez les pauvres … chacun prend conscience de l'absolue nécessité de réduire les inégalités entre le Nord et le Sud. Et d'offrir aux enfants du Sud la plus indispensables nourriture : l'éducation." le 7 juin pour la cérémonie d'ouverture Maurice Strong, président de la Conférence présente "Captain Planet" aux délégations. Jacques-Yves Cousteau reçoit les applaudissements du monde […] Jamais, peut-être, un homme n'éprouva un tel sentiment de reconnaissance planétaire. On le salut. On le remercie. On l’encense. […] Quand il revient de Rio, nous avons une longue conversation. Il est persuadé qu'il a remporté, sinon la victoire (il est tout sauf naïf), du moins une bataille. Je suis convaincu du contraire. Je lui dis : "JYC, ce sommet de la terre c'est du pipeau. Il n'en sortira rien. Rendez-vous dans 5 ans. Les promesses seront oubliées. Le réalisme politique, financier et industriel l'emportera sur le souci du bien commun." Je désespère un instant le pacha. Il m'a toujours trouvé trop pessimiste. Il me le reproche une fois encore. Puis il éclate de rire. Au fond il est d'accord. Il me remercie pour ma franchise. J'aime ce Cousteau-là. Lucide. Amoureux de la vie parce que – précisément - la mort rôde. Il a mis en chantier, depuis au moins 15 ans, son "livre de philosophie". […] L'ouvrage paraîtra post mortem […] En le lisant, je m’apercevrai - avec le plaisir des philosophes – que, malgré la griserie de Rio, Jacques-Yves Cousteau est resté un authentique, donc précieux pessimiste. Doté de ce regard tragique qui convient à la situation objective des hommes et de leurs terres."

Bruno BOMBLED - L’histoire donnera tristement raison à Yves Paccalet et cette même histoire se répétera, comme une triste farce, à chaque grande messe de l’environnement (conférences environnementales en France, Grenelle de l’environnement de Sarkozy, COP 21, agendas 21 des villes et régions …). L’environnement, pour beaucoup, et un attrape-mouches et un pot de ripolin vert, mais jamais une conviction que les crises écologiques, climatique, énergétique et métallique sont à prendre à bras le corps. Mais ce n’est pas comme si l’effondrement (cf le club de Rome) nous menaçait vers 2030. Pffff !!!!

samedi 18 mars 2017

Le tourisme, une véritable plaie pour notre Terre

"La colère est très vive aux Raja Ampat, archipel indonésien de la Papouasie occidentale où un petit navire de croisière d’expédition, le Caledonian Sky, a talonné sur un récif corallien considéré comme unique au monde, nous relate le magazine "Mer et Marine" du 17 mars 2017. L’incident s’est produit le 4 mars, mais il n’a fait le tour de la planète que cette semaine, provoquant une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. Selon une équipe de scientifiques dépêchée sur place pour évaluer les dégâts, poursuit le journal, 1600 m² de coraux ont été touchés, dévastant l’habitat naturel d’un écosystème marin extrêmement riche et fragile. La coque du navire, s’en est sorti sans avarie sérieuse."


Cet événement nous rappelle, une fois de plus, combien le tourisme de masse - première industrie mondiale - représente une énorme pression sur les zones visitées : érosion des terres, rejets polluants d’eaux usées et de déchets en tout genre, dans les mers et les rivières, destruction des habitats naturels des animaux, pollution de l’air et changements climatiques. Le tourisme de masse induit une consommation démesurée des ressources naturelles comme l'eau douce, gaspillée au sein des grands complexes hôteliers, au détriment des populations locales, pour les piscines ou bien encore les terrains de golfs. Le tourisme émet les mêmes pollutions que n’importe qu’elle autre industrie : pollution de l’air, de l’eau, bruit, déchets solides et liquides, produits pétroliers et résidus chimiques… Le tourisme représente 60% du trafic aérien, il est donc une source majeure d’émissions de Gaz à Effet de Serre, responsables des changements climatiques, de l'acidification des océans et des perturbations des habitats. La biodiversité est largement menacée depuis des années. L’attractivité des milieux riches en biodiversité, qui sont souvent les milieux les plus sensibles aux impacts, subissent le plus, ce que Cousteau appelait "le grand saccage" en raison de l’urbanisation touristique (port de loisirs, hôtels pieds dans l'eau, ...). Les récifs coralliens et les écosystèmes très fragiles sont les victimes de la sur-construction et de la sur-fréquentation des zones littorales.

Comme toute industrie libérale, celle du tourisme n'échappe pas à l'idée fausse, mais largement admise dans ce courant de pensée, que l'Homme est naturellement responsable et saura s'autoréguler sans contrainte. Ainsi peut-on lire sur Wikipedia, que si l'on considère que "les touristes ne cherchent pas vraiment à visiter des contrées polluées, alors le développement du tourisme mondial peut se révéler comme un encouragement à la protection de l’environnement. Les régions touristiques ont donc intérêt à préserver leurs atouts naturels, voire à les développer." Le communiqué de "Noble Caledonia", l’opérateur britannique du navire responsable des dégâts sur le récif de corail de Papouasie, ne dit pas autre choses que cela et se déclare, bien évidement, "fermement attaché à la protection de l’environnement". Entendre le contraire aurait été étonnant. Ainsi cet optimisme libéral serait très beau s'il se confirmait dans les faits. Pourtant partout où l'on regarde, malgré les belles vertes paroles des industriels, aux engagements solennels pour des activités eco-friendly, ce n'est que dégradations, dévastations et saccages. L'exemple des Maldives et de son île poubelle de Thilafushi, en est le symbole criant. Les espaces protégés ne sont que les vitrines de coulisses beaucoup moins "cartes postales" où l'environnement et les habitants sont sacrifiés.



Pour quelques espaces préservés, combien de lieux seront définitivement saccagés dans cette consommation effrénée que rien ne semble pouvoir arrêter ? Combien de populations indigènes seront dépossédées, déplacées, expropriées et exploitées pour que nous jouissions ?

Alors que le voyage devrait être un moment de dépassement de soi et de découvertes mutuelles, le tourisme de masse refuse les spécificités culturelles, qu’il vient niveler, et la conscience de l’Autre, qu’il réduit à une relation marchande. L'objectif principal est désormais de s'amuser et de se détendre, dans des atmosphères qui tendent à s'uniformiser, voire à s'aseptiser. Le tourisme est le luxe occidental par excellence, il est aussi un signe extérieur de puissance, individuelle et vaniteuse, sur les peuples visités qui ne peuvent s’offrir ce luxe. De son coté, la nature est devenue un bien de consommation, qu'il faut posséder sans effort, qu'importe notre impact, qu'importe notre prédation sur cette même nature que l'on vient justement admirer. Et après avoir fait son minable petit safari, après s'être amusé en croisière sur un paquebot polluant comme des milliers de voitures, à l'autre bout du monde, à grand coup de Gaz à Effet de Serre, chacun ira de son selfie, sur les réseaux sociaux, en vantant son "amour pour cette nature si généreuse et sublime" qu'il aura participé à ruiner. Dans le Manuel de l'Antitourisme, Rodolphe Christin observe que "l'un des paradoxes du tourisme d'aujourd'hui est de tuer ce dont il vit, en véritable parasite mondophage. Celui-ci préfère le divertissement à la diversité ; le premier est en effet plus confortable car il ne remet rien en cause. Ainsi le touriste déclare son amour à cette planète dans ses moindres recoins, et, ce faisant, il contribue à l'épuiser impitoyablement"

A ces mots mon cousin Thibault, m’adresse cette pertinente interrogation : "Ainsi donc le but c'est qu'on reste tous dans notre bulle microscopique et qu'on n'aille pas ailleurs expérimenter, rencontrer les autres et essayer de comprendre notre monde ?". Piqué au vif je lui réponds que, premièrement je n'ai aucune solution toute faite à proposer et que je ne fais que pointer du doigt, un véritable énorme problème même si cela n'est pas très populaire et que cela bouscule des certitudes ou un certain déni. Comme dans toutes choses c'est l'excès qui tue et l'absence de conscience qui perverti. Et ainsi le tourisme de masse est l’excès du tourisme écologique, culturel et solidaire. Pour la plupart des voyageurs, pour l'immense majorité des touristes, rencontrer les autres et essayer de comprendre notre monde sont des notions dont ils se moquent éperdument. L'essentiel, pour ces gens en short, sera de consommer du loisir et de la plage, se donnant l'illusion, le temps d'un voyage d'être dans la classe des riches et des puissants. Ainsi, pour moi, l'argument de découverte de l'autre, à l’instar de tout autre bel argument humaniste, est du même niveau que ceux utilisés par les multinationales qui, sous prétexte d'offrir du travail (de misère), aux plus pauvres, justifient tous leurs méfaits sociaux et environnementaux: "si nous ne n'étions pas là, ces gens seraient dans la misère, Mon dieu que nous sommes bons !". Les touristes, gonflés d’orgueil, usent et abusent, pour se donner bonne conscience, de ce même storytelling très paternaliste et très colonial: "Grâce à mon argent ces pauvres hères sont moins pauvres. Bon dieu que je suis bon !"

Les multinationales comme les touristes sont tout, sauf des bienfaiteurs, mais juste des profiteurs d'une mondialisation inhumaine dont ils sont les maîtres et rois. Je maintiens donc que le tourisme est une véritable plaie pour notre Terre. 

samedi 4 mars 2017

Les Ulis: la mairie n'aime pas le développement durable mais adore le béton.

Les Ulis, conçue selon les préceptes de Le Corbusier, est une merveilleuse ville à la campagne … même si elle fut construite, à une époque où la protection des terres agricoles n’était pas devenue une priorité vitale, sur des champs de fraises. Une ville aux trois parcs majeurs (le Parc Nord, le Parc Urbain et le Parc Sud), une ville contrastée, une ville métissée, une ville aux milles couleurs, aux milles origines ou le "vivre ensemble" n’est pas un vain mot, n'est pas un slogan. Jeune ville de 40 ans, les Ulis peut s’enorgueillir d’être une véritable réussite où, malgré la densité urbaine, il fait bon vivre grâce à la vitalité de sa population et aux nombreux espaces verts entretenus, avec passion et talents, par les agents municipaux, à la campagne et aux forêts que l’on atteint après 10 minutes de marche à pied.

Mais ce bien vivre est mis en péril par la politique sécuritaire et anti-écologique de la majorité actuelle.

En effet je viens d'apprendre que la municipalité prévoit, dans le cadre du projet de révision du PLU (actuellement soumis à enquête publique) de détruire une partie du parc urbain de la ville, lieu de respirations et de récréations pour les habitants, afin d'agrandir le temple local de la consommation, "Les Ulis 2". Ce projet sonne comme un exemple visible et symbolique d'un culte de la croissance qui grignote, petit à petit mais inexorablement, l'espace vital des humains.

Je me souviens combien les élus de la majorité actuelle, à l'époque où ils étaient dans l'opposition, avaient bataillés pour que notre majorité ne transfert pas le centre commercial sur la décharge du parc sud, recouverte, encore aujourd'hui, de gravats de chantiers et de déchets en tout genres, et nous empêchaient de libérer de l'espace en ville pour y construire un éco-quartier exemplaire... et maintenant les voici qui souhaitent réduire les espaces verts de la ville.

Mais la mairie ne s’arrête pas là et prévoit d'urbaniser 60% du parc sud. Elle prévoit de noyer, sous le béton, 22 hectares de bois et de biodiversité, réduisant les 35 hectares actuels à une peau de chagrin … Préservant à peine la zone protégée. Ainsi, dans ce projet de bétonnage du parc sud, nos élus souhaiteraient déplacer les jardins familiaux sur la décharge du parc sud et bétonner l’espace libéré, construire sur les terres patiemment travaillées et enrichies, depuis 40 ans, par les Ulissiens qui y cultivent, avec passion et camaraderie, leurs fruits et légumes. Cerise sur le gâteau, à priori, les surfaces prévues ne seraient pas suffisantes pour reconstituer la surface actuelle.

Terres polluées pour les jardins familiaux et espaces verts détruits aux profits de la consommation … Bonjour le symbole !!!

Mais si vous n'étiez pas encore convaincus que Madame le Maire n'aime pas l'environnement, il vous suffit de lire le journal municipal, de ce mois-ci, qui fait la retape pour l'exposition universelle de 2025 qu'il est prévu de bâtir, sur les terres agricoles du plateau de Saclay. Pour justifier ce choix profondément douteux, la Mairie vante à longueur de ligne, l'attractivité du plateau et nous parle des chercheurs, des étudiants du Paris-Saclay, de ses dynamiques entrepreneurs, mais jamais de ses agriculteurs qui tentent la transition écologique de l'agriculture pour sauver les terres les plus fertiles d’Île de France.

Combien de terres agricoles, de montagnes, de forêts ou de rivières ont été suppliciées sur l'autel de jeux olympiques ou d'expositions éphémères et laissées en friches une fois l'extase passée ?

La mairie milite pour le bétonnage des terres agricoles sous le slogan de l'exposition, "la connaissance à partager, la planète à protéger".

Quelle inconséquence !!!

Donnez votre avis (négatif) sur la révision du PLU des Ulis : 

samedi 25 février 2017

Requin à la Réunion : Accuseriez vous la montagne ?


Requin : Accident à la Réunion - Février 2017

Rien n’est plus inadmissible que la mort de celui que l’on aime. Rien n’est plus insupportable que la douleur de la disparition d’un parent, d’un ami brutalement happé en pleine vie. Nous comprenons l’immense peine car nous l’avons vécue.

Pourtant, la douleur n’est pas bonne conseillère. Car la réaction épidermique qu’elle suscite s’apparente à une vengeance, mais n’apporte certainement pas le recul nécessaire à la réflexion. Aucune pêche punitive, aucune vengeance n’apaisera la douleur, aucun massacre ne résoudra le problème.

Nous nous proposons d’apporter ici des éléments qui pourraient permettre d’éviter l’horreur des accidents dus aux requins, sans pour autant mettre en œuvre une politique d’éradication des requins.
Responsabilité

En effet, chers Messieurs Flores et Kelly Slater, vous qui êtes les héros et les idoles d’un sport éblouissant, que diriez-vous à un skieur qui s’engagerait dans un couloir d’avalanche le jour où le risque est maximum ? Vous lui suggéreriez probablement de renoncer à pratiquer sa passion, dans cet endroit, ce jour là. Que penseriez-vous si, malgré vos avertissements répétés et bien que la zone soit interdite au ski, cette personne s’engage dans le couloir et meurt emportée par une avalanche ?

Accuseriez-vous la montagne ? Non, bien sûr, vous diriez : « Cette personne, éprise de liberté, a mesuré le risque et choisi en conscience de pratiquer sa passion. Elle en assume la responsabilité. Il n’y a pas à chercher de coupable, de bouc émissaire ».

Ce 21 février, à l’embouchure de la ravine de Saint André, le risque était maximum. Il avait beaucoup plu. La rivière était en crue depuis 2 jours. L’eau était trouble, chargée de toutes sortes de déchets de matières organiques qui attirent les requins. Ces requins avaient été repérés et signalés. Les bodyboarders avaient été plusieurs fois avertis de leur présence les jours précédents. De plus, toutes activités nautiques étaient interdites dans la zone.

Le risque était maximal, l’horrible accident a eu lieu.

Le requin a été déclaré coupable. Les pêches punitives ont été lancées par la préfecture.

Le 27/08/2016, à Boucan Canot, le surfeur, averti de multiples fois par les maîtres-nageurs-sauveteurs, a rejeté vivement tous les avertissements et s’est engagé le soir après 17h00 : le risque était maximum, l’accident a eu lieu… Alors que la flamme rouge était hissée, et que les activités nautiques étaient formellement interdites ce jour là.

Qui accuse-t-on ? Le requin ! Les pêches punitives sont lancées. Inutile de dire que l’on n’attrape jamais le requin qui est cause de l’accident. En revanche, tous les requins qui passent par là sont mis à mort.

Respecter les règles du milieu dans lequel on pratique son activité

Comme toutes les activités de nature, votre sport magnifique, et que j’admire particulièrement - se pratique dans un écosystème complexe, peu contrôlable – et c’est ce qui en fait sa richesse -. L’eau, les courants, le vent, le récif, les méduses, les requins et bien d’autres éléments le composent. La vague n’est que l’une des composantes de cet écosystème. Elle ne peut être considérée indépendamment. Elle ne peut-être déconnectée du milieu, il donc nécessaire de respecter les règles de ce milieu.

Vous avez raison de revendiquer la liberté de pratiquer votre belle activité, et vous semblez assumer le risque qu’elle vous fait courir, risque des vagues géantes, risque de noyade, risque de heurts violents avec le récif (n’est-ce pas monsieur Flores), risque de collision avec un partenaire… Selon surf prévention, les accidents de surf sont 8 fois sur 10 le résultat d'une collision avec une planche, que ce soit la sienne ou celle d'un autre. Mais le risque requin, lui, vous le refusez.

Si vous ne souhaitez pas respecter les règles du milieu sauvage, il faut pratiquer en indoor. L’escalade en est un bon exemple. Ceux qui pratiquent en falaise respectent les règles imposées par la montagne, ils n’accusent pas le rocher lorsque le piton cède. Ceux qui ne souhaitent pas respecter les règles naturelles pratiquent en salle et peuvent réclamer la sécurité des murs.

L’appâtage massif pour la pêche renforce le problème

Vous demandez l’abattage massif des requins à la Réunion…

Mais c’est la politique qui est mise en œuvre depuis maintenant 3 ans ! Des centaines de requins bouledogues, tigres, blancs ont été tués. Des centaines de requins qui ne seraient probablement jamais restés à la Réunion, s’ils n’avaient été massivement appâtés. Jamais, on a autant massacré joyeusement les requins, parce que jamais on ne les avait autant attirés dans les zones de baignade. Au point que requin bouledogue, requin tigre et requin blanc, qui ne vivent pas dans le même milieu, qui n’ont pas du tout la même écologie, sont capturés dans la baie de Saint Paul le même jour (15 oct 2015) !!!! Pour tous les scientifiques, pour tous ceux qui connaissent les requins, c’est un indice qui ne trompe pas, et qui montre que les requins sont attirés et fixés sur les côtes réunionnaises.

On est en droit de s’interroger sur la pertinence de cette politique d’éradication, que vous souhaitez renforcer, et qui est à l’œuvre depuis 3 ans. On peut même se demander si, depuis mars 2015, les accidents ne sont pas le résultat direct de cette politique massive d’appâtage pour la pêche des requins.

La Réunion est le seul endroit au monde où l’Etat finance massivement (plusieurs millions d’euros engagés ou promis) un programme d’élimination de requins contre l’avis de l’ensemble de la communauté scientifique, sans aucun contrôle des dépenses publiques, sans aucune analyse scientifique sur les pertinence et l’efficacité du programme, sans limite de durée. Comme vous pouvez en juger, ce programme de pêche massive n’a pas obtenu les résultats promis par le Comité régional des Pêches Maritimes de la Réunion qui touche massivement les subventions. Ce programme n’a pas réglé le problème, mais l’a renforcé, en attirant et en fixant toujours plus de requins.

Est-il raisonnable de détruire un écosystème pour pratiquer une activité ludique ?

Doit-on demander l’éradication d’une espèce pour pratiquer une activité ludique, quand on veut, où on veut, sans respecter aucune règle ?

Est-ce raisonnable ? Est-ce acceptable ? Est-il souhaitable de rentrer dans une telle spirale ? Et après les requins, qui faudra-t-il éradiquer ?

Pour éviter les accidents ? Respecter les règles de base du surf comme les disaient les moniteurs de surf en 2006 :

Ce que nous suggérons pour réduire au maximum les risques d’accidents, est exactement ce que les moniteurs de surf eux-mêmes suggéraient, il y a dix ans, après deux accidents, les 21 et 27 août 2006 (Au Pic du Diable à Saint-Pierre). Je cite le Quotidien de la Réunion du 28/08/2006 : « Arrêtons de prendre des risques », voilà le message que l’ensemble des moniteurs de surf ont souhaité faire passer hier après l’attaque de requin, « Il faut arrêter de surfer après 16h00, surtout en hiver, mais également au lever du jour. Cela fait partie des règles de base du surf. Il faut avoir une attitude plus responsable ! »

Dans le même journal Autre adage : « Redoubler de prudence sur les sites dangereux, décider de rayer définitivement les sites dangereux. A chaque accident, on s’aperçoit que l’homme a modifié le milieu, ordures, station d’épuration et chasseurs qui traînent des poissons à la ceinture.» L’appâtage massif actuel pour capturer les requins est l’une de ces perturbations.

Apprendre les règles du milieu, les respecter, c’est cela la liberté du surfeur !

François Sarano
Fondateur de l’association Longitude 181, pour le collectif Longitude 181, ASPAS, Sea Shepherd, Fondation Brigitte Bardot, Requin Intégration, Sauvegarde des requins, Tendua, Vague.

jeudi 16 février 2017

L'illusion d'abondance


EST-CE QUE vous savez le temps que l’on passe dans les
Magasins, avec son caddie en tôle, roues souvent tordues, et
Quelquefois rétives,
Le sac accroché vigilant, la liste dans sa tête ou couplée au
Crayon, pas forcément le temps nécessaire pour tout faire,
Surtout les étiquettes qu’il convient d’ « oeillader » par raison,
Bien pister pour éviter les surprises « composites »,
Ceux qu'il vaut mieux oublier, en réservant les "acceptables"!

APRES, c’est la chasse aux produits, qu’on finit par n’plus voir
Tellement ils se ressemblent, tellement ils nous agressent,
Les marques connues, remisées, les plus ou moins coûteuses,
Les promos, les gondoles qui s’immiscent dans le choix,
Les surprises nouveautés, dérivés, ceux qu’on prend
Ou qu’on a déjà pris, et la tête qui survole les rangées
Pour trouver la réponse avant de décider.

Y A UNE PETITE CHOSE, juste une toute petite mais
Dont je ne me priverai, c’est la jolie rencontre
Des yeux qui se retrouvent, souvent ceux des seniors,
Couples, seuls, avec enfants ou sans, un peu lents,
Qu’on recroise plusieurs fois, quand ils cherchent ou hésitent,

LE SOURIRE QU'ILS te donnent, et auquel tu réponds,
Pour moi « cadeau bonux » dans le rythme effréné
Des travées qui s’allongent.

QUELQUEFOIS le p’tit conseil qu’ils vont te demander,
A toi la « dame » un peu plus jeune mais dont les yeux
Invitent, parce que tout simplement tu les as regardés..
Attraper le sachet ou le pot qui s’étaient refusés
A leur petite taille ou à la main tremblante,
Et ce sont encore les yeux qui se font une parade
Et le souriant merci qui gonfle ses œillades..

L'HUMAIN S'FAUFILE PARTOUT si on veut l’accueillir,
Il n’empêche que ces lieux où l’on se croit « vivants
Sont mortels pour ceux qui n’y font que passer.
Pour moi, résiduellement, une pensée citoyenne et même
Mondialisée, sur la décence inversée des profusions marchandes,
Où l’on se sent coupable rien qu’en les regardant,
Dont nos placards grimacent une fois bien alignés,
Et qu’une fois bien au chaud dans nos maisons celliers,
On peut se dire « merci pour nous d’être bien nés » !!

ALORS NON, là je coince, je dis stop, j’n’en veux plus
De cette fonction d’otages qui nous est imposée,
Même dans les marchés, les « normaux », ou les « bio »,
Toujours en foule légumes, fruits, poissons, victuailles,
L’impression d’être libres d’œuvrer pour sa santé,
Oui certainement pour ceux qui en ont le loisir, le temps,
« les sous » quoi qu’on dise, quoi qu’on nous le martèle..

AU-DELÀ DES MERS, très loin, mais pas forcément
Et souvent par chez nous, y a des caddies qui « pleurent »
De ne pouvoir rouler car y a rien à produire
Y a rien à marchander, presque rien à manger,
Et les images s’arrêtent sur des enfants mourants,
Oui je sais, c’est facile, et pourtant merde, c’est vrai..

ALORS DE TEMPS EN TEMPS, je laisse mes placards
Vider leur profusion, dégeler leur bombance,
Retrouver les gestes des anciens quand un petit oignon
Se prom’nait sur du pain, et que l’économie n’était
Pas encore fric, mais seulement pur bon sens,
Partagé, concerté, reconnu, « paysan ».

ET ENCORE pas parlé du non alimentaire,
De tout dont on s’ passerait si on n'y cédait pas,
Il faut des circonstances pour qu’on retourne notre veste,
Décide de « décroisser », et encore pas facile
Tellement l’caddie des villes, comme le rat de la fable,
Ont l’appel invasif, et inondent nos âmes.

EST-CE QU'ON LE POURRA, est-ce que c’est faisable,
Débrancher la puissance du trop plein consommé ?
Je veux bien le rêver.
En attendant, tenter d’y croire
Et faire ce que je peux.

Francoise Nalet - 9 juin 2012

mercredi 15 février 2017

Pollution industrielle : deux fois plus de cancers autour de l’étang de Berre

Une étude réalisée par une équipe d’universitaires et relayée par le journal en ligne Marsactu révèle que les habitants du pourtour industriel de l’étang de Berre sont victimes des rejets de l'industrie lourde.

Une épaisse fumée s'étend sur l'étang de Berre le 14 juillet 2015, 
lors d'un incendie dans une raffinerie de pétrole. 
Photo Boris Horvat. AFP

C’est un scandale sanitaire qui ne surprend malheureusement personne. Les habitants des villes de Fos-sur-Mer et de Port-Saint-Louis-du-Rhône, dans le département des Bouches-du-Rhône, sont deux fois plus frappés par le cancer, ainsi que par des maladies chroniques comme l’asthme et le diabète. Pouvait-il en être autrement ? Depuis les années 60, la population locale est sacrifiée sur l’autel de l’industrie lourde. Raffineries, dépôts pétroliers, usines chimiques et métallurgiques, traitement des déchets etc., les habitants du pourtour de l’étang de Berre vivent et travaillent à proximité de sites ultra-polluants. L’étude publiée en janvier par un collectif de scientifiques américains et français, mise en exergue par le journal Marsactu, rend compte pour la première fois de façon chiffrée des conséquences sanitaires de ces activités industrielles.

Une étude prise en main par la population

Les autorités ont longtemps cherché à minimiser les risques pour la santé. «Il a souvent été répondu aux habitants qu’il ne s’agissait que de rumeurs, que la pollution n’était pas plus importante ici qu’ailleurs. Et s’il y avait beaucoup de personnes dans leur entourage atteintes de cancer, c’est parce qu’ils se connaissaient tous», explique Yolaine Ferrier, anthropologue doctorante à l’EHESS Marseille et co-auteure de l’étude.

Désormais, les habitants des zones industrialisées de l’étang de Berre pourront brandir l’étude comme une arme afin de défendre leurs intérêts et peser dans les discussions locales. Car les résultats du rapport sont aussi accablants qu’indiscutables. Sur les 800 personnes interrogées, 11,8% «ont ou ont eu un (ou plusieurs) cancers», contre une moyenne française de 6%. A l’intérieur de cette statistique les femmes payent le plus lourd tribut avec 14,5% d’habitantes touchées par le cancer, contre une moyenne nationale de 5,3%.

Cette surreprésentation s’explique par une exposition quotidienne à une très forte pollution atmosphérique. Un «cocktail» formé à partir de centaines de rejets nocifs qui vont de la poussière de métaux, de l’amiante au plomb, en passant par le chlore et les PCB. Le tableau dressé est d’une noirceur absolue. Les risques sont accentués par la consommation de poissons et de coquillages très souvent chargés en perturbateurs endocriniens. La méthode utilisée pour l’étude a été importée des Etats-Unis. Elle a préalablement été testée dans plusieurs sites industriels du monde et consiste à faire directement participer les habitants en soumettant un questionnaire à un échantillon aléatoire, à la manière d’un sondage. Ces personnes sont ensuite invitées à prendre part à l’analyse des résultats via des ateliers organisés dans chacune des deux villes. Afin de «réfléchir à la présentation et à l’utilisation de ces résultats», indique le rapport.

«Sous-estimation»

Fort de cette méthodologie, l’étude se veut extrêmement fiable. «S’il y a un biais dans notre étude, c’est un biais de sous-estimation et non pas de surestimation. Premièrement, parce que les gens les plus gravement malades n’étaient pas en mesure de participer à l’étude. Deuxièmement, il y a beaucoup de pathologies qui ne sont pas encore diagnostiquées, comme les maladies auto-immunes», précise Yolaine Ferrier. Outre le cancer, le rapport présente un taux de diabète et d’asthme deux fois supérieur à la moyenne nationale parmi la population de la zone d’étude. Un premier aperçu des conséquences de la pollution industrielle, car comme l’explique Yolaine Ferrier, «ce n’est qu’un début». Faute de financement, l’étude n’a pas encore pu traiter la totalité des analyses récoltées. Ce qui n’a pourtant pas empêché l’agence régionale de santé PACA de saisir sa tutelle nationale pour analyser les résultats de l'étude.


"Où est le progrès quand les gens meurt trop tôt et en plus grand nombre ...
à cause de ce progrès ?
Bruno BOMBLED

dimanche 5 février 2017

Ce que m’inspire l’affaire Fillon

Celui qui a écris le scénario de cette présidentielle 2017 devrait être nominé aux césars. Je n’ai jamais vu une campagne aussi déroutante, une campagne où tout se mêle, un « dégagisme » - pour reprendre le mot de la France Insoumise - révélateur d’un immense ras-le-bol des élites méprisantes, l’espoir de voir l’idée d’écologie sociale et solidaire émerger enfin à gauche, mais aussi l’ancrage du nationalisme, du remplis sur soi, de la peur, du retour en arrière, de la remise en cause de la République par ceux même qui sont sensés vouloir la représenter et une clémence décomplexée, pour leur train de vie à la moralité douteuse, par ceux qui les soutiennent.

Ainsi depuis quelques semaines nous découvrons, au travers du « PenelopeGate », que « Monsieur Propre » ne semble plus l’être autant que cela. Un « PenelopeGate », qui se transforme, peu à peu, en « Affaire Fillon » tant son épouse ne semble plus qu’être une victime collatérale, une victime suppliciée et non une coupable, victime d’un homme qui se serait servi d’elle pour enrichir - au mieux - sa famille. Titiou Lecoq, dans le Slate du 3 février 2017, résume assez bien le doute qui s’installe : « Je m'étais déjà dit que quand tu filais un emploi fictif à ta femme, ça me paraissait logique de la prévenir. Histoire qu'elle ne dise pas, dans plusieurs interviews, qu'elle n'a jamais travaillé pour toi. Pourquoi cette erreur? À moins que cette femme soit tellement considérée comme quantité négligeable que, du coup, tu ne lui expliques rien. Et des années plus tard, à cause de toi, cette femme se retrouve au milieu d'un scandale politique qui la dépasse largement ». Alors qu’on était en train de se demander comment Monsieur allait se sortir de ce mauvais pas, on a entendu, admiratif d’une telle abnégation, Gérard Longuet déclarer que Pénélope Fillon se serait résignée à un salaire de misère (non mais sur quelle planète vivent-il ?) en étant l'assistante de son époux malgré l'absence de preuves, à l'heure où j'écris ces lignes, de travaux effectués et de présence sur le lieu de travail. C’est alors que leur avocat, pensant trouver l’argument imparable, nous a révélé que la permanence parlementaire de François Fillon se trouvait … dans son manoir (journal 20 minutes). Impayable !!! Avec un avocat comme ça, on n’a pas besoin d'adversaires politiques. Alors c’est lorsqu’enfin a entendu Fillon dire qu’«elle a toujours travaillé dans l’ombre car ce n’est pas son style de se mettre en avant» que l’on s’est dit qu’il ne s'en sortait vraiment pas !

Ainsi à l’entendre dire, « Je le dis ce soir, je la défendrai, je l'aime, je la protégerai et je dis à tous ceux qui veulent s'en prendre à elle qu'ils me trouveront en face », on a envie de lui répondre, «Ce n’est pas ta femme qui est en cause, ballot, c'est toi ! ».

Quoi qu'il en soit, entre vous et moi, vivre comme un nabab du moyen-âge (Le Seigneur de Beaucé se voit recevoir, par fermage, 218kg de viandes fraîches et 21 quintaux de blé), aux frais des français pendant que ces derniers tirent la langue à chaque fin de mois, tout en leur demandant de faire encore et toujours plus d'efforts, a quelque chose de profondément immoral. « Pour le commun des salariés, obtenir une augmentation - en général modeste - peut être un parcours de négociations souvent difficile. Mais certains ont une idée tellement élevée de leur rôle, de leur mérite et de leur personne que leur rémunération ne leur apparait jamais suffisante. Ainsi tous les moyens sont bons, y compris utiliser leur femme (à son insu ?) » Nous dit Marc. Comme quoi, avoir une foi revendiquée, en caution d’une politique que l’on sait violente et antisociale, ne veut pas obligatoirement dire que l'on a une morale. « François Fillon, qui appelle tous les jours les chômeurs et les malades à se serrer la ceinture, qui veut supprimer des milliers d'emplois de fonctionnaires, était non seulement un député fictif (12% de présence à l'assemblée nationale) mais a aussi embauché ou fait embaucher sa femme sur un emploi fictif. C'est scandaleux » résume assez bien Yannick Jadot.

Mais l’affaire Fillon, a révélé d'autres aspects tout aussi choquants. Ainsi, outre une moralité pécuniaire finalement assez douteuse de l’intéressé, nombre de ses soutiens se sont lâchés dans des postures et des idées qui me semblent inquiétantes pour la démocratie.

Ainsi le 3 février au matin sur France-Inter, on a pu entendre, à la sortie du meeting de « sa majesté qui reçoit le bon peuple au château », un militant de déclarer « la presse ça fout la merde ! ». Michèle Alliot-Marie ne dit pas autre chose « toute cette transparence rappelle à une dictature communiste ». Bruno Retailleau, chez Jean-Jacques Bourdin, ira dans le même sens : « le début de la campagne de François Fillon a été volée. On nous aura volé le début de cette campagne, c’est très grave ». Proposons-lui de déposer plainte contre Le Canard enchaîné pour « vol de campagne ». Et alors quoi ? Vous voulez un pays sans presse ou aux ordres ? Hé ! Vous savez ce que c'est qu'un pays sans presse libre ? Ainsi, après les propos, plus que douteux, d'un certains nombres de militants LR de Nice et de ses environs, sur l'immigration, en voici d'autres qui remettent en cause la légitimité de la liberté de la presse. L'extrême droitisation de la droite dite « républicaine » est plus que préoccupante.

De son coté Marine Le Pen, celle-là même qui fait éjecter, violemment, des journalistes (Cf. Paul Larrouturou - « le quotidien » - 1er février 2017), contre tous les principes de liberté de la presse, en réagissant sur « l'affaire Fillon », tape sur les juges. « La République des juges, qui ont le pouvoir de compromettre un homme ! » dit-elle très offusquée ! Mais une république où les juges ne sont pas là pour garantir la justice et appliquer le droit, ça s'appelle comment ? Ceci ne serait-il pas un petit avant goût de ce que nous réserve un FN qui serait au pouvoir ? Bienvenu dans la fachosphère, j'ai envie de dire, mais attention, tout de même, aux chemises brunes qui attendent dans les penderies.



Alors, pour sauver ce qui peut l’être et ripoliner, une dernière fois, ses habits de chevalier blanc, in fine, François Fillon a annoncé qu’il renoncerait à la présidentielle s’il était mis en examen. Quand on connait toutes les étapes qu’il faut passer pour mettre en examen un parlementaire et que l’on apprend qu’il existe une trêve de la justice, de plusieurs semaines, avant le premier tour et pendant toutes la période des présidentielles, on se dit que cette déclaration est une belle posture de pure forme, sans risque et faite à peu de frais ... et il le sait. Ainsi donc il peut se présenter avant d’être mis en examen et s’il est élu ... l’affaire sera balayée !

« Ainsi, aujourd’hui, nous sommes face à une responsabilité historique : ce pays peut basculer du côté du populisme mais aussi choisir l'espoir » nous dit Yannick Jadot. Mais cet espoir ne sera possible qu'avec une coalition EELV-FI-BH, car avec une telle coalition et devant la débandade de la droite, le chemin de l'espoir est un boulevard. Si nous n'arrivons pas à le prendre, ce boulevard, cela démontrera, une fois de plus, que la France possède la Gauche la plus con du monde.