Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 6 mai 2018

Jour du dépassement 2018

Le 5 mai 2018, les Français auront donc consommé, depuis le 1er janvier, plus que ce que notre Terre peut créer dans l’année. Si le monde entier vivait comme les Français, l’humanité commencerait à creuser son déficit écologique dès le 5 mai. Soit trois mois avant la date du Jour du dépassement planétaire qui est tombée début août en 2017.

A cette information, mon frère Christophe a déclaré sur Facebook ce qui suit. Déclaration que je me suis permis de partager : « Ainsi donc, si le monde entier vivait comme les Français, les ressources naturelles que la planète peut renouveler en un an, seraient consommées dès le 5 mai contre le 9 février pour le Qatar, le 14 mars pour les USA, le 3 avril pour la Suède (comme quoi ?!?!), le 24 septembre pour le Pérou et le 20 décembre pour le Vietnam. C'est donc bien les riches (et non les pays pauvres surpeuplés) qui sont principalement à l'origine de la destruction de la planète. »

A ces mots, Michel Laval et Jean-Michel Combe, sont entrés dans une polémique et un questionnement légitime, sur Facebook, sur le thème : « surpopulation versus train de vie occidental ». En gros ils nous disent : « Le « donc » n'est pas prouvé. Comparer les impacts par individu fait l'impasse sur le nombre des individus. Un pays sans aucun sens de ses responsabilités démographiques pourrait donc augmenter sa population jusqu'à l'infini ? »

C’est alors que Christophe et moi, avons tenté de leur faire comprendre la notion d'ordres de grandeurs et avons déclaré : « Rien n'augmente jusqu'à l'infini. Tout a des limites. Par ailleurs grosso modo, 20 % de la population consomme 80% de ses ressources et 80 % les 20% restant. Ce sont donc bien les plus riches et non la surpopulation qui détruit la planète. La population du Vietnam est de 92 millions d'habitants et son jour du dépassement est le 20 décembre, la France, quant à elle, a 67 millions d’habitant et son jour du dépassement est le 5 mai … CQFD. Au Sahel, on peut mourir de faim tout en ayant une très faible empreinte écologique. Ce qui détruit la planète c'est la consommation excessive de ses ressources par une minorité et non par la surpopulation … sauf bien évidemment si cette surpopulation finit par consommer à outrance, ce qui n'arrive pas encore mais ce à quoi elle aspire. Ce qui détruit la planète se sont les gaz à effet de serre, liés à une consommation, issu de la combustion des énergies fossiles pour l'industrie, l'agriculture, les transports. C'est la consommation excessive de matières premières pour l'informatique et les smartphones, que l'on change à un rythme effréné, qui détruit l’environnement des humains. Quand on est pauvre on ne consomme que très peu de ces choses même si on est très nombreux. La destruction de l'environnement global et la destruction de la biodiversité sont immensément dues aux technologies bouffeuses de matières premières et d'énergie, dues aux technologies régies par l'obsolescence programmée, dues aux volontés de chacun qui d'avoir son pavillon, qui d'avoir sa bagnole, qui de partir en vacances tous les ans à l'autre bout du monde, qui de changer souvent de téléphone, etc ... c'est bel et bien le monde technologique qui détruit et qui a un impact significatif sur notre environnement. Montrer du doigt ceux qui sont responsables des 5 ou 10% des dégradations, ne retirera, en rien, notre responsabilité de pays industrialisés et de consommateurs, dans les 90 % de responsabilités des dégradations. En matière d'écologie, il faut toujours faire attention aux ordres de grandeur. Sans être un partisan des politiques pro-natalistes il nous semble que, sauf à ce que l’on nous démontre le contraire, que 1 millions d'individus vivants avec 1 € par jour auront toujours moins d'impact que 10 000 personnes vivants avec 100 € par jour. Alors il est possible qu’une personne vivant avec 100 € par jour achètera, en voiture, possiblement du bio, de l’autre bout du monde, qu'elle mettra ensuite dans son frigo bouffeur d’énergie carbonée, mais elle achètera également de la viande, des produits exotiques et des vacances au soleil, à l’autre bout du monde, après de longues heures d’avion carbonées ... Ainsi donc, le reste à vivre quotidien, permet de s'acheter de la mobilité, du chauffage ou de la climatisation, des vêtements, de l'électronique, bref de la consommation carbonnée. Tandis qu'une personne qui n'a que 1 €, elle, n'achètera que l'indispensable pour vivre, peut-être pas du bio, oui, certes, mais certainement pas de viande. Il n'y a qu'à voir en Chine, où, du fait de l'enrichissement le régime alimentaire est bouleversé et devient extrêmement carné. C'est donc bien notre mode de vie d’occidentaux et de profiteurs, qui n'est pas durable ... destruction des insectes, destruction des milieux, destruction du climat, destruction de la biodiversité, cancers environnementaux, etc ... qui nous entraine vers l’effondrement. Tant que nous ne serons pas vertueux il nous faudra regarder la poutre qui est dans nos yeux avant de regarder la paille qui est dans l’œil des plus pauvres de cette planète. Nous ne nions pas les problèmes liés à la surpopulation et à la pression que cela représente sur les milieux naturels, pour autant il faut voir aussi que beaucoup de terres en Afrique sont cultivées, non pas pour la population locale mais pour l'exportation au profit des gens riches, mangeurs de viande. Quant à l'huile de palme, ce n'est pas pour la consommer localement mais pour l'intégrer à la bouffe industrielle ou au diésel occidental. Il est évident que la surpopulation est un vrai sujet, mais cela dit, mis à part la regretter nous ne voyons pas trop ce que l'on peut faire dans les limites du respect des êtres humains et des liberté individuelles ... en dehors de toutes politiques autoritaires et castratrices. À trop se concentrer sur ce point, on court le risque de tomber dans la haine du pauvre et perdre de vue le levier principal qui est d'agir sur nos modes de consommation. Marc Dufumier, professeur honoraire à AgroParisTech et expert auprès de la FAO et de la Banque mondiale, confirme : « Techniquement, il est possible de nourrir durablement et correctement l’humanité et ses 10 milliards d’habitants à l’horizon 2050 grâce à l’agriculture biologique. Cela suppose une utilisation intensive de ce qui est pléthorique, comme l’énergie solaire, le gaz carbonique et l’azote de l’air ainsi que les minéraux du sous-sol. En épargnant, contrairement à l’agriculture industrielle, ce qui est rare et de plus en plus cher, comme les énergies fossiles utilisées pour les carburants et la fabrication des engrais chimiques. ». À trop se concentrer sur la surpopulation des pays pauvres on oublie que les temps d'action ne sont pas les mêmes. Les politiques natalistes visant à réduire très très sensiblement la population mondiale, si elles étaient enclenchées aujourd'hui, mettraient peut-être 150 ou 200 ans à porter leurs fruits et ce temps-là nous ne l'avons pas puisque nous continuons (les riches les premiers) à consommer sans conscience. En fait, à trop détruire notre environnement, nous allons vraisemblablement réduire notre population mondiale mais dans la douleur, par la guerre, la famine ou la maladie et cela nous inquiète beaucoup, notamment pour nos enfants respectifs et les générations futures.»

Bruno et Christophe BOMBLED

mardi 1 mai 2018

Il y a 170 ans, l’esclavage était définitivement aboli en France.


Aboli par la Convention le 24 février 1794, l’esclavage avait été rétabli par Bonaparte en 1802. Quand la République est proclamée, en 1848, le Gouvernement provisoire, « considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine », y met fin définitivement. C’est un décret du 27 avril 1848, qui a aboli définitivement l’esclavage en France. Une victoire pour Victor Schœlcher « Elle n’a plus d’esclaves. Enfin la France a le bonheur d’être une République. ». Victor Schœlcher a participé à l'abolition de l’esclavage par décret, parce que l’Assemblée Nationale constituante n’etait encore réunie le 27 avril 1848. Elle confirmera la mesure à l’article 6 de la Constitution de la IIe République : « L’esclavage ne peut exister sur aucune terre française. ». Auteur du décret abolissant l’esclavage, Victor Schœlcher fut élu député à la Martinique et en Guadeloupe. Il opta pour la Martinique, ce qui fit entrer à l’Assemblée son colistier guadeloupéen Louisy Mathieu, un ancien esclave.

Mais à l’occasion de la commémoration de l'abolition de l’esclavage on voit fleurir des prises de positions qui refusent une certaine forme de repentance et une négation des mécanismes toujours en œuvre dans notre pays et qui sont issues de notre passé colonialiste et esclavagiste. : « Je ne vois aucune raison d'exprimer du regret pour un acte que je n'ai pas commis. Je ne suis responsable que de mes actes propres ainsi que de ceux de mes enfants. Point final. Merci de nous préserver de ce fardeau trop lourd qui ne nous appartient pas. » Mais qui parle de repentance, therme inventé par l’église catholique et repris par François Fillon ou bien encore Nicolas Sarkozi, lors de la dernière campagne présidentielle afin de justifier les bienfaits de la colonisation ? La repentance, ce mot systématiquement utilisé par la droite et les négationnistes... « Pour moi il n'y a pas de repentance à avoir et je suis de droite. C'est juste un moment T de l'histoire. J'assume ma position sans complexe et l'argumente » me dit Gilles Boutiron sur facebook

Pani pwoblèm’ Gilles, mais ceci dit, non, l'esclavage ne fut pas « juste un instant T de l'histoire », car à partir du 14ème siècle, l'Europe, dans sa soif de conquêtes va faire basculer l'Afrique dans une nouvelle ère. Avec les européens, la traite n'aura plus rien de comparable avec tout ce qui s'est passé auparavant. Le trafic d'êtres humains se resserre exclusivement sur l’Afrique équatoriale et par les moyens mis en œuvre, le nombre des déportations atteint des niveaux inégalés jusque-là. Non, l'esclavage ne fut sûrement pas « juste un détail de l’histoire » car cette traite et ses exactions, ses génocides et ses dominations, qui ont suivi, ont forgé des mécanismes de pensées qui sont encore à l'œuvre aujourd'hui. Michel Leeb, pour ne pas le citer, s’étonne toujours que l’on puisse trouver son sketch, « l’Africain », raciste alors qu’il l'a joué devant des publics africains et que ces derniers lui auraient simplement fait des remarques sur l’origine de son « accent africain ». L'humoriste et son sketch, se révèlent comme de formidables exemples de cette culture collective, blindée de clichés racistes, d’ignorance, de condescendance et de suprématie blanche issue de la colonisation et de l’esclavage. Ainsi la politologue, historienne et féministe française, Françoise Vergès reprend la déclaration de Michel Leeb qui évoque l’origine du blues, du jazz, du gospel et qui, selon lui, « l’Africain part des tribus africaines qui étaient prises par les Américains à l’époque comme des esclaves et là, ils ont créé leur monde à eux ». « l’Africain » ce tout abstrait ne « part » pas pour être ensuite « pris » par « les Américains » mais fut capturé, enfermé, déporté, vendu, maltraité par les européens. En vérité, la France aura été la deuxième puissance de la traite transatlantique, Nantes son premier port de traite.

Esclaves, une main d’œuvre maltraitée et crainte.

Sur les plages des caraïbes les captifs débarquent en tant que noirs dans un monde dominé par les blancs. Les noirs ne sont plus du Congo, ou de telle ou telle tribu, ils sont des noirs. De même, les marins ne sont plus de Londres, de Nantes ou de Bordeaux, mais ils sont les blancs. Ce qui se construit dans l’esclavage atlantique et ce qui est différent par rapport aux autres systèmes d’esclavages, c’est la construction de la race. Il y a le blanc-maître et l’esclave-noir. Ce terme de « blanc » n’existe pas avant les sociétés esclavagistes. Le terme de « blanc » se construit précisément dans les Antilles au 17ème siècle et a permis la construction de catégories raciales que nous utilisons toujours actuellement (noirs, blancs, métisses, …). La « race » est une arme de soumission, elle sert à graver dans la chair, la prétendue infériorité des uns et l’infinie supériorité des autres. Coupés de leurs racines, les noirs ne constituaient plus qu’une masse servile, sans nom et sans repère, que le « code noir » ne protégeait en rien, tant les sévices et tortures des maitres blancs n’étaient jamais condamnés. L’espérance de vie des esclaves dans les plantations était de 10 ans. Mal nourris et travaillant de 12 à 15 h par jour, les esclaves maigrissaient à vue d’œil. Leur espérance de vie était de 30 ans mais physiquement en paraissaient 70.

A la fin du 18ème siècle, aux Antilles et au Brésil, les noirs étaient largement majoritaires en nombre. Ils étaient partout, dans les champs, dans les commerces, dans les habitations et cela a commencé à développer une peur paranoïaque chez les blancs minoritaires. Une peur de la rébellion. Une peur de l’assassinat … et la révolte de St Domingue de 1791, qui dura 12 ans, leur donna raison et infligea à Napoléon sa première défaite militaire. Avec la proclamation de la première République Noire, qu’est aujourd'hui Haïti, la victoire de ces esclaves fait peser la peur de la contagion révolutionnaire à toutes les plantations. Cette peur et cette méfiance du noir se sont propagées jusqu’à nos jours dans l’inconscient collectif, même si personne n’acceptera cette idée surtout pas « le raciste non raciste », selon la qualification de Françoise Vergès. A l’instar de la peur du loup, la méfiance vis-à-vis de la personne noire explique encore aujourd’hui beaucoup de choses. Peur que l’on a vu suinter chez les afrikaners, lors de l’accession au pouvoir de Nelson Mandela en 1994 et qu'il s'empressa de rassurer. Et si l'on y réflechit un peu plus, on se rend compte que ce malaise, cette peur irrationnelle, cette méfiance xénophobe, chez l'Homme blanc, vis-à-vis des noirs se rapportent, en sourdine et dans les inconscients, à tous les anciens peulpes colonisés qui finiront tous par se rebeller. Notre société blanche se méfie, sans le dire, sans l'avouer du  « péril Jaune » ou de « l'arabe » qui sont tous vus (cf. les dernières revendications des Français d'orgines asiatiques qui veulent en finir avec les clichés et les préjugés) comme des citoyens annexes. La colonisation se répércute encore et toujours dans notre présent comme un retour de boomerang.

La liberté mais rien de plus !

A partir de la moitié du 19ème siècle, alors que l’esclavage illégale se poursuivait à partir de Zanzibar, s’est développée une idée que l’esclavage, acte condamnable pour les humanistes français ou anglais, était l’œuvre des autres. Aux yeux des philanthropes des plus grandes nations esclavagistes, la barbarie de la traite est maintenant celle des autres. A Zanzibar cette infamie devient celle des marchands arabo-Swahilis et ne concerne plus l’Europe qui s’est rachetée une virginité par la mission civilisatrice de la colonisation. Mais la colonisation de l’Afrique qui suivit, au 19ème siècle, ne fit que remplacer l’esclavage par le travail forcé et imposa la dogmatisation de la notion de « race » afin de faire accepter à l’Afrique - vue comme un tout homogène, reléguée au bas de l’échelle de l’humanité - et aux européens, la supériorité de l’Homme blanc sur l’Homme noir. Avec sa cohorte de médecins, d’anatomistes et de cadres coloniaux, l’Europe se sert de la « race » comme d’un outil scientifique pour justifier sa domination et les bienfaits de la colonisation. Ce mot « race » que beaucoup utilisent encore, alors qu'il n'a aucune consistance scientifique, peine à être éliminé du language quotidien pour parler de l'espèce humaine.

Aux yeux des Français ou des Anglais, les pays d’Amérique étaient inférieurs car ils toléraient l’esclavage. Quant aux africains, ils étaient hors-jeux. En 1865, les Etats-Unis proclament l’abolition de l’esclavage mais pas la ségrégation. La liberté mais rien de plus !

Aujourd’hui, encore beaucoup en France, minimisent le rôle de notre pays et l’ampleur de la traite Atlantique. Ils préférent montrer du doigt, à l’instar de Gilles Boutiron sur Facebook, la traite arabe et dire que (je cite) « l'esclavage ne fut pas un génocide. Les esclaves étant considérés comme valeur mobilière dans le code noir, je ne vois personne ayant intérêt à massacrer ses biens. »

Tourner cette page de l'histoire pour vivre sereinement. C'est du passé très lointain

Non, ce passé n’est pas si lointain que cela car il concerne les arrières-arrières-grands-parents de mes enfants et l’esclavage, ce système criminel, a façonné notre monde d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, au Brésil, aux Etats-Unis ou ailleurs, le simple fait d’être jeune, noir et pauvre peut vous conduire à être abattu en pleine rue. Aux yeux des classes dirigeantes, les jeunes noirs seront toujours rien que des noirs, potentiellement tous des bandits, tous des sous-citoyens, dévisagés à cause des cheveux, des accents ou de l’endroit où ils vivent. La classe dirigeante a toujours des préjugés et 130 ans après l’abolition de l’esclavage, les afro-brésiliens restent la population la plus pauvre du pays. Des citoyens de seconde zone dans un monde clivé entre noirs et blancs.

En France, de nos jours, les plafonds de verre existent toujours pour les noirs, pourtant libres et égaux en droit dans notre pays. Ces plafonds de verre sont la résultante de notre culture collective pas assumée et que le politiquement correct ou la négation des évidences ne brisent pas. Les antillais subissent encore l'esprit du BUMIDOM, pourvoyeur du « Rêve Français », en métropole où ils et elles sont « relégués » aux jobs de services aux blancs (infirmières, postiers, jardiniers, laborantins, faire-valoirs dans les films, ...) jamais de postes à responsabilités … sauf à la marge. Plus on monte dans l'échelle des hiérarchies, plus la couleur s’éclaircie et plus il y a de testostérone. Rien n'est encore réglé dans les esprits métropolitains. C'est désagréable à entendre mais c'est la cruelle réalité. « Monsieur Leeb et ses nombreux compagnons et compagnes du monde raciste non raciste ne se sont jamais demandé ce qu’être Blanc leur donnait comme privilèges. […] Le racisme structurel, ce sont les crimes racistes impunis, la manière dont le racisme contamine la société, la culture, les arts, la politique, dont il constitue un obstacle à l’égalité, impose des critères de beauté, d’intelligence, de succès. » relève Françoise Vergès. Quant à tourner la page, si les « testings » ne montraient pas qu'avec la peau noire ou un nom arabe, il est bien plus difficile de décrocher ne serait-ce qu’un entretien, alors oui, nous pourrions commencer à nous dire qu'il est temps en effet. Mais tant qu'il faudra deux fois plus d’énergie à un noir, pour démontrer ses qualités, qu'à un homme blanc des beaux quartiers, parce que les vieux schémas coloniaux et suprémacistes blancs sont toujours à l'œuvre chez nos dirigeants, alors non, nous ne tournerons pas la page. Ce problème social et bien un problème racial.

Mais ce n'est pas en le ravivant sans cesse que cela arrangera les choses.

Et puis « le raciste non raciste » a deux ou trois arguments qu’il répète à l’envi : « Je ne suis pas raciste, ma meilleure amie est noire (ou arabe) », « On ne peut plus rire de rien », « Mais ça fait rire des Noirs ! (des Arabes, des gays, des femmes…) ». Ainsi donc on laisse aux noirs le soin de supporter les affronts de l'histoire qui impactent encore leur vie pour ne pas raviver une mauvaise conscience chez nous ? La France a vraiment un problème pour assumer son passé d'oppresseur. Cela me fait penser à la polémique qui est apparue lors de la sortie du film « Indigènes » où les braves gens disaient qu'il ne servait à rien de raviver les douleurs issues de la guerre d'Algérie. Cela, alors que l'on n'hésite jamais à parler de l'oppression Nazie... mais c'est vrai que là, c'etait nous les victimes. Moi j'appelle à ce que l'on regarde notre culture collective en face et qu'on accepte, pour mieux les combattre, ce que cela induit dans notre quotidien comme mécanismes ségrégationnistes ... même light pour l'immense majorité d'entre nous ... cela est très bien décrit dans le documentaire de Lucien Jean-Baptiste « pourquoi nous détestent-ils ? » ou bien encore dans le livre « Noire n'est pas mon métier » où seize actrices noires dénoncent, un racisme latent dans le cinémas français où « l'imaginaire est encore empreint de clichés hérités d'un autre temps » comme l'explique l'actrice Aïssa Maïga, co-autrice de ce livre.

L’objet de ce texte était donc de poser, de nommer le problème afin de se donner les moyens de le résoudre, d’essayer de faire comprendre que dans notre pays nous n’avons pas encore su analyser nos blocages collectifs issus d’une colonisation et d’un esclavagisme national pas assumés. En effet, si nous parvenons parfaitement à dire que les problèmes raciaux et stigmatisants qui engendrent violences et ségrégation aux Etats-Unis, proviennent de l’histoire esclavagiste de ce pays, il est toujours étrange de remarquer que ce mécanisme est nié dans la Patrie des Droits de l’Homme. L’esclavage n’a pas existé à cause du racisme, mais c’est l’histoire du racisme qui est liée à celle de l’esclavage. Ainsi, si nous nions cela, il nous est parfaitement impossible de détricoter les mécanismes de pensées ségrégationnistes issus de notre pensée collective, héritage des structures fondamentales des sociétés esclavagistes. Dès lors,  si nous nions cela, jamais les murs ne pourront s'effondrer, les plafonds de verre se briser et le vivre ensemble de prendre tout son essor pour une vie durable, fraternelle et pacifique. De ce que l’on fera de ces inégalités, cela dépend complétement de nous.

mardi 24 avril 2018

Génération Identitaire, ce visage inhumain de la France

Samedi 21 avril, des militants d’extrême droite, membre du groupe « génération identitaire » ont mené une action des plus nauséabonde sur le col de l’échelle. A l’aide d’hélicoptères et de banderoles géantes, ils ont créé une barrière symbolique anti-migrants. Cette action de « génération identitaire » qui s’est déroulée sans que les autorités ne trouvent grand-chose à dire, renforce ma colère (d’autant plus que les actions pacifiques d’aide aux migrants ont, pour leur part, fait l’objet d’arrestations et de poursuites). Ce qui renforce encore plus ma colère c’est ce sentiment que Gérard Collomb, comme à Calais, semble toujours plus proche des identitaires que des humanitaires. En effet le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a annoncé des renforts pour contrôler les frontières à la suite de cette honteuse et dégradante occupation du col de l’Echelle ce week-end. L’art et la manière, en quelque sorte, de donner raison aux fascistes. Cette infamie, qui se déroule depuis des années maintenant - souvenons-nous des milices du métro, ou de la pitoyable opération en Méditerranée - est un révélateur de notre incroyable égoïsme, de notre sens de l’unilatéralité des choses : pillages des pays pauvres et exploitation des plus faibles pour nourrir l’appétit gargantuesque d’un occident jouisseur, nihiliste et totalement égocentrique.

Mais laissons Roberto Saviano exprimer avec brio, ce que je dis si mal

« À Génération identitaire : vous montez la garde le long des frontières françaises pour empêcher l'entrée des migrants. Sur ces montagnes et dans la neige, des centaines de personnes vivent dans des conditions désespérées et risquent leur peau pour trouver un lieu qui les accueille.

Vous êtes arrivés en hélicoptère, chaudement habillés et bien nourris, affichant des sourires arrogants. Vous croyez être plus dangereux que les nuits à l'air libre, dans le noir, traqué par les chiens policiers ? Vous ne l'êtes pas. Vous n'arrêterez pas des gens qui ont deux possibilités : marcher ou mourir. Ce ne sont pas vos grillages à poules ni vos banderoles de stade qui les arrêteront. Il n'y a rien à faire contre ceux qui n'ont pas le choix. Vous, vous l'avez.

Il faut un autre courage pour bloquer l'argent sale qui entre en France que pour arrêter des familles de réfugiés. Empêcher l'évasion fiscale au Luxembourg signifie s'exposer à des procès pour diffamation et à des menaces personnelles. Mais c'est plus facile de s'en prendre à des désespérés qui n'ont rien et pas même la force de se défendre. Courageux descendants de Vercingétorix que vous êtes.

Vous pouviez choisir de vous taire, d'éviter ce cirque. De quel droit montez-vous ces opérations ? Ce que vous faites est illégal. La police française a le devoir de vous interpeller quand vous vous dites prêts à passer les bois au peigne fin à la recherche de clandestins. L'Europe connaît votre lâcheté, elle vient de Vichy et du pire de l'histoire française. Comme les démocrates français répondirent à Vichy, je vous réponds aujourd'hui : NO PASARAN ! »


Pour conclure je souhaitais montrer ce dessin de Daniel Garcia, "Your Own Personal Slaves". L'illustrateur a voulu faire une présentation sur tous les produits dont nous dépendons, qui sont fabriqués ou récoltés par le travail forcé, les enfants travailleurs, les esclaves sexuels, etc. Que voici une remarquable illustration qui résume bien des choses... et même si je ne peux m'exclure de ce dessin car je sais ce que je dois à tous ceux qui, ailleurs, loin, très loin, me permettent d'avoir ma vie confortable, j'ai de suite, en le voyant, pensé aux Identitaires, bien nourris, comme le dit si bien Roberto Saviano, aux belles doudounes faites par des petites mains exploitées, aux selfies ravageurs issus de portables aux composants génocidaires, et qui refusent de rendre aux migrants, par de la compassion, de la bienveillance et de l'acceuil humaniste, ce qu'ils leur ont volé. ? Alors que l'Afrique possède les réserves effectives d'or et que la France ne possède ni gaz, ni pétrole, ni uranium, mais juste des commerciaux, il est assez évident que ce n'est pas la France qui aide l'Afrique mais l'Afrique qui aide la France. L'occident dépend de l'Afrique par tous les aspects possibles de l'économie et des ressources. L'ancien président français, Jacques Chirac, a déclaré lors d'une interview : "Il nous faut être honnête et reconnaitre qu'une grande partie de l'argent dans nos banques est précisément issue de l'exploitation du continent Africain." En 2008, il a expliqué que "sans l'Afrique, la France serait reléguée au rang de puissance du tiers-monde". Voilà ce qui se passe dans le monde des humains, dès lors ce dessin est une magnifique métaphore de toute l'infamie qui se loge dans les esprits de ces fascistes qui font la chasse aux réfugiés, en patrouillant sur les chemins ou sur les mers et qui font honte à notre pays.

dimanche 22 avril 2018

En vrac : en route vers l'essentiel.

Luc Alphand quitte la France après le scandale de ses photos de chasse. L'ancien champion du monde de ski ne supporte plus le flot d'insultes qui dure depuis un an et demi et a décidé de quitter la France. Le bashing était trop important. Le sportif est passionné par la chasse, il ne s'en cache pas, mais il précise tout de même qu'il a uniquement dépecé des animaux « qui n'impactent pas la reproduction ». « Je les tire une fois, ils ne sentent rien », détaille-t-il. Toute cette polémique n'a pas été sans conséquences sur son image et son porte-monnaie : « Un tiers de mes sponsors est parti. Des conventions annulées. La piste de ski à mon nom n'a pas été débaptisée, ils ont juste enlevé le panneau, mais la course de vélo, si », conclut Luc Alphand. Et bien qu'il se casse, bon débarras ! Ce qui est fabuleux c'est qu'il n'y a pas une once de remise en cause de ses actes puisqu'il vous dit que les animaux ne sentent rien !... comme c'est autorisé il ne voit rien à y redire. Tuer des animaux en y prenant du plaisir, pour le plaisir de tuer, c'est, pour moi qui suis adepte de la vision Lakota vis-à-vis des animaux, inconcevable et condamnable au même titre que je condamne la corrida et tous les jeux qui participent à la maltraitance animale.

Dans le même temps la fac de Tolbiac a été évacuée manu-militari et l’on découvre, grâce au Figaro, l’état des dégradations matérielles qu’ont subi les locaux après quelques jours de blocus des étudiants et cela choque les braves gens. Face à ceux qui s'offusquent des tags retrouvés sur les murs de la fac de Tolbiac, mon frère, Christophe, répond et je partage : « Que sont ces tags (d'ailleurs peut-être intéressants dans leur propos pour certains ?) au regard des dégradations et destructions commises par notre économie ultralibérale (destruction de l'environnement, des droits sociaux, ..) et par notre gouvernement (destruction des acquis sociaux, du financement des HLM, des libertés individuelles et collectives, des hôpitaux, des universités,...) ? Parfois j'aimerais autant d'emportement contre ça que contre quelques malheureux graffitis, ça rééquilibrerait la balance des indignations. » Dans notre monde matérialiste, où l'humain et l'environnement ne sont que des variables d'ajustement, pleurer sur la dégradation du matériel a, en effet tout son sens.

Ailleurs la chambre d'agriculture refuse, dans un communiqué de presse, de se faire dicter la loi par les zadistes de Notre dame des Landes. Alors on se dit que ça y est, la FNSEA sort du bois ... un seul rêve pour eux : raser les haies, épandre, épandre et épandre encore, produire à grand coup de labours, de haine de la terre et de ses petits habitants. La FNSEA est à l’unisson avec not’président qui ne voit rien à redire à bombarder la Syrie sans mandat de l’ONU mais qui ne supporte pas que l’on plante trois poireaux sans accord de la préfecture.

Ce même Président, qui après avoir servi les riches, envisagerait bien une seconde journée travaillée sans salaire pour financer l'aide à la dépendance. Et puis quoi encore ? 15 jours ? Un mois ? Je rappelle que nous ne sommes pas bénévoles chez nos employeurs et encore moins esclaves. On bosse pour pouvoir tenter de finir les fins de mois pas trop dans le rouge. A l'instar des cheminots qui ne sont pas responsables des mauvais choix des gouvernements successifs et de leur direction dans les difficultés de la SNCF, les salariés ne sont pas responsables des mauvais choix politiques nationaux et militaires. Une seconde journée à travailler gratuitement alors que not'Président a fait cadeau de 5 miliards d'Euros aux ultra-riches, un cadeau empacté dans une fumeuse théorie du ruisselement ?!?! Et puis quoi encore !!! Stop au storytelling, veiller sur nos aînés oui, mais après une réorientation budgétaire et une véritable chasse aux fraudeurs fiscaux. Cela me fait penser à la prose de Virginie Despente dans le Tome 1 de Vernon Subutex « Les anciens sont accablés de voir ce que la Poste est devenue. C’est comme partout. Ils assistent à la démolition méthodique de tout ce qui fonctionnait, et en plus il leur faut écouter les bouffonneries des tarés sortis d’écoles de commerce qui leur expliquent comment devrait marcher la distribution du courrier alors qu’ils n’ont jamais vu un casier de tri de toute leurs chères études. Ça ne va jamais assez vite pour eux. Le petit personnel coûte toujours trop cher. Foutre en l’air des choses qui tenaient debout est plutôt rapide. Ils sont contents de leurs résultats : ils démolissent bien ces salauds. ». Ce passage met en relief l’hommage que not’président a cru bon d'envoyer aux personnels soignants des EHPAD et des Hôpitaux et qui, selon ses mots, « subissent le stress et vivent la mort au quotidien ». Mais Le personnel soignant n'a pas besoin d’hommage Mr le Président, ils et elles ont besoin de moyens ! Si on veut des paroles dans le vent on a déjà Dalida, alors arrêtez de vous foutre de nous. Arrêtez de vous foutre de nous, députés qui fustigent les pseudo-privilèges des cheminots. C'est un peu l'hôpital qui se fout de la charité.

Pour compléter ce tableau où il me semble que notre monde est en perte de repères, j’ai envie de relater cette nouvelle effarante qui sonne comme un emblème de notre monde où tout se vaut, celle de ces sorties de classe qui sont en général, une visite de musée, la découverte d'un monument ou d'une pièce de théâtre, mais qui, aujourd’hui, sont dépassées : des écoles publiques emmènent aussi vos enfants… dans des magasins Apple !

Alors finalement, Luc Alphand est bien comme tout le monde. Un monde où tout se vaut, sauf la misérables existence d’êtres humains qui fuient la misère et la guerre, par la montagne ou par la mer, et que l’on peut laisser mourir dans la neige des sommets ou l’eau noire de la méditerranée car il faut protéger notre culture occidentale. Un monde où, au nom de nos dogmes de la consommation et de la croissance, il est autorisé de détruire la planète, le climat et la biodiversité. Alors finalement Luc Alphand est comme mes contemporains qui ne voient pas où sont les problèmes, n'y voient rien à y redire dans ce monde qui préfère Hanouna à l’intelligence. Ainsi donc on va laisser un monde sans abeilles, ni oiseaux, ni faune sauvage et une mer gélatineuse mais avec le graal absolu de la voiture qui se gare toutes seule laissant du temps pour regarder, en replay, les dernière mièvreries et médiocrités produites par TPMP. L'essentiel en quelque sorte !

dimanche 15 avril 2018

L’expulsion de la Zad de Notre-Dame-des-Landes vire au fiasco

« Une cabane détruite, deux reconstruites », promettent les habitants de la Zad et leurs soutiens. Une première journée de reconstruction est prévue dès aujourd’hui, ce 15 avril. Après quatre jours d’intervention quasi militaire, une trentaine de lieux – fermes, salles collectives, logements – ont été rasés sur ordre de la préfète de Loire atlantique et du gouvernement. Les démolitions sont, pour l’instant, stoppées. Mais le processus de négociation a lui aussi été dévasté par l’opération : « Nous n’avons plus du tout confiance. C’est terminé, c’est clair », entend-on ici et ailleurs.

Emmanuel Macron avait promis de faire revenir l’état de droit dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes alors que l’ordre y régnait sans lui. Les gens y vivaient sans heurt, en paix, ouvert à la discussion et à la rencontre, les gens s’y aimaient, des enfants naissaient sur la ZAD, on y cultivait à l’écoute de la terre. Ce que qui se vit sur la ZAD, c'est-à-dire, selon Hervé Kempf, « la possibilité d’exister autrement, de chercher la coopération plutôt que la compétition, de s’organiser sans hiérarchie entre les êtres, de régler les conflits sans police ni justice, de partager le commun en harmonie avec ce qu’on appelle la nature, de subsister sobrement, de sortir de l’assujettissement de l’argent » semble clairement menacer l’ordre libéral dont Macron et sa clique se déclarent les farouches défenseurs. Telle est donc la menace que semble représenter la ZAD au point d’inscrire, dans l’urgence, celle de la détruire ?!?! Pourquoi cela, alors que, définitivement, la ZAD n'est pas, et n’a jamais été, une zone de « non droit » mais juste une zone « hors norme » ? C'est donc cela qui vous fait tant peur ? Etes-vous donc tant peu sûr de vous, êtes-vous donc tant aux abois, que vous ayez si peur de 250 zadistes qui « critiquent votre modèle avec lucidité et cela, sans violence, tout en conservant leur optimisme et en proclamant leur amour de la vie » ? Etes-vous donc tant acculés devant la vacuité de votre modèle, que vous craignez tant la contagion, au peuple, par l’expérience humaniste et écologique de la ZAD de Notre Dame des Landes ? Etes-vous donc tant bousculés dans votre zone de confort que vous souhaitiez tant leur mort ?

Finalement la réponse tragique est peut-être dans l’éditorial d’Hervé Kempf paru dans « Reporterre » du 9 avril 2018. « Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes s’inscrit dans une guerre générale menée par l’oligarchie contre les peuples. Lula, a été emprisonné au terme d’une ahurissante procédure, l’État israélien tue des manifestants et des journalistes dans la bande de Gaza. […]. Presque toute l’Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Pérou, Guatemala,...) est passée sous la coupe de régimes durs qui appliquent la recette néo-libérale. En Chine, le président Xi Jinping a récemment renforcé son pouvoir. En Russie, Poutine règne en étouffant toute opposition. Aux Etats-Unis, Trump poursuit sa politique de dérégulation financière et environnementale sans contre-pouvoir réel. En Egypte, aux Philippines, en Pologne, en Inde, dans des dizaines de pays, on retrouve cette combinaison d’un pouvoir fort, défendant les intérêts de l’oligarchie, et détruisant l’environnement au nom de la croissance. De plus en plus, l’Europe évolue vers ce nouveau modèle d’oligarchie autoritaire. C’est en fait une guerre civile mondiale qui se déroule […] »

Ainsi donc l’affront de la victoire des anti-aéroport, en début d’année, ne pouvait pas rester impuni. Pour preuves et par les conditions et la méthode d’expulsion de la ZAD, qu’il a choisi, l'état s’est montré plus que coercitif, il s’est montré vengeur. 

Mais après une semaine d’enlisement, dans la zone humide de Notre Dame des Landes, la seule chose qu’a réussi l’état c’est de cristalliser une violence dont on savait qu'elle surviendrait si la gendarmerie débarquait. Si seulement on avait écouté les écologistes et autres agro-écologues présents sur place pour y créer, dans le calme, un espace dédié à l'agriculture écologique, au partage et à la fraternité, selon les projets déposés en préfecture, on n'en serait surement pas là. En effet ce qui intéresse les violents ce ne sont pas les projets agricoles défendus par les Zadistes et leurs soutiens, mais la violence, le plaisir d'en découdre avec les CRS, là-bas à Notre Dames des Landes, mais aussi à Nantes ou bien dans toutes les manifestations syndicales, pourrissant et brouillant les messages des manifestants pacifistes. S'il n'y avait pas eu de violences produites par le coup de menton de Macron, la ZAD serait subitement devenue totalement inintéressante pour les violents et l'on aurait pu envisager l'avenir avec plus de sérénité. Belle occasion manquée de montrer une certaine intelligence plutôt que ses muscles dans une guerre fratricide où les blessures des zadistes et celles des gendarmes ne sont pas légitimes et ne peuvent réjouir personne.

Dès lors « NDDL, c'est loin d'être réglé », selon Ouest-France. Et pour cause : l'opération militaire de Macron est un fiasco. Elle a montré la crudité de la violence d'état. Elle a réunifié opposants historiques et zadistes. Elle augure d'une belle impasse, tant au plan des inévitables négociations de terrain, que de l'issue de l'opération d'évacuation d'ailleurs loin d'être achevée. Elle attire à nouveau sur zone, comme un aimant, ceux qui, en France et en Europe, croient en d'autres valeurs que le productivisme marchand. « Les zadistes étaient 250 au début des opérations, Ils sont maintenant 700 » explique CNews. Un fiasco je vous dis !

Et pourtant le dialogue était possible pour de beaux projets alternatifs, mais Macron et ses copains capitalistes, n'aiment pas les esprits libres. Après les mensonges d'État sur l'aéroport, la confiance commençait juste à revenir, mais Macron a brisé la dynamique. Pitoyable ! « Pourquoi diable si peu de choses ont été faites ces 2 derniers mois pour réunir les 2 parties alors que les choses étaient annoncés ? » me dit, sur Facebook, Jean-Michel Combe. Peut-être, que justement il n'était pas question, pour l'état de perdre la face une seconde fois et que, ne pas chercher de solutions permettait de donner un excellent prétexte pour frapper avec force et tenter de montrer qu'au final, Macron est le plus fort. Mais il semble que la démonstration de force se solde, une fois de plus, par un échec cuisant pour l'état. Et donc « en ce début d'autopsie du fiasco de Cesar2, il eut été judicieux d'avoir appris quelque chose de Cesar1, mais non... » comme le dit fort justement Elen Debost sur Facebook. Définitivement, ce lieu est dédié au dialogue pas à la violence.

Pour conclure je laisserai à votre réflexion ce passage d’Anthony de Mello, lu dans « Quand la conscience s'éveille » aux éditons Albin Michel : « La première chose dont nous avons besoin pour nous réveiller est de nous dire que nous voulons aimer, que nous voulons être libres, que nous voulons la joie, la paix et la spiritualité. En ce sens, la spiritualité est la chose la plus concrète du monde. Je défie quiconque de penser à une chose plus concrète que la spiritualité telle que je l'ai définie - ni piété, ni dévotion, ni adoration, mais spiritualité. Réveil ! Réveil ! Regardez autour de vous, voyez le chagrin, la solitude, la peur, le désordre, les conflits, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs. Supposez que quelqu'un vous donne les moyens de résoudre tous ces problèmes et de mettre fin à cette incroyable dépense d'énergie, de santé, d'émotions qui découle des conflits et du désordre. Aimeriez-vous cela ? Imaginez que quelqu'un nous montre comment aimer vraiment les autres, comment vivre dans la paix et dans l'amour. Existe-t'-il une chose plus concrète au monde ? Pourtant, il y a des gens qui sont persuadés que les affaires sont plus concrètes, que la politique est plus concrète, que la science est plus concrète. Mais à quoi sert d'envoyer des hommes sur la lune alors que nous sommes incapables de vivre sur la terre ? »

samedi 14 avril 2018

Prostitution : L’ultime hypocrisie

Revenus en baisse, violences en hausse : les travailleuses du sexe jugent «préjudiciable» la loi du 13 avril 2016 qui pénalise leurs clients, selon une enquête d'Hélène Le Bail, chercheuse au CNRS et au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), auprès de plus 600 prostituées publiée jeudi dernier. Le constat est cinglant : « La loi sur la prostitution met en difficulté les personnes qu’elle était censée protéger mieux », résume Hélène Le Bail. De son coté Sergio Coronado dresse, ci-après, un constat, après plusieurs mois d'application de la prohibition prostitutionnelle, identique aux craintes que beaucoup d'opposants à ce texte moralisateur et non humaniste exprimaient à l'époque. Alors ? Les abolitionnistes se soucient elles vraiment des femmes ou plutôt de la vertu ? Qu'importe les méfaits de cette loi inefficace et de pure posture, qui ne s'attaque en rien aux vrais problèmes (proxénétisme, trafic humains, crimes, mafia, ... ), tant que l'honneur des dames patronnesses est sauf puisqu'elles auront cassé du bonhomme, désignés coupables, eux et leur sexualité dégueulasse.

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La loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel procède d’une proposition de loi portée par le groupe socialiste et annoncée par l’engagement de François Hollande au cours de la campagne présidentielle de « pénaliser le client ». Un rapport de Maud Olivier l’a précédée, avec le soutien de la délégation des droits des femmes de l’Assemblée nationale et des titulaires du portefeuille en charge des droits des femmes sous la présidence de François Hollande (Najat Vallaud-Belkacem, Pascale Boistard puis Laurence Rossignol).

Une commission spéciale pour l'examen de la proposition de loi fut mise en place pour mener à bien le travail d’auditions et d’amendements. Guy Geoffroy, député Les Républicains, l’a présidée, lui qui avait été à l’origine, en avril 2011, avec Danielle Bousquet, d’un rapport d’information sur la prostitution, précurseur dans le choix répressif. Maud Olivier en fut la rapporteure, et je fus l’un des secrétaires.

Une opposition fondée

Au nom du groupe écologiste, je fus l’un des rares opposants au texte, épaulé au sénat par Esther Benbassa, sénatrice écologiste du Val-de-Marne. Il convient d’expliquer sur quoi cette position se fondait.

Elle s’appuyait à la fois sur des lectures de travaux de recherche, d’études et de rapports, des auditions que j’avais organisées spécifiquement pour entendre les personnes vivant de la prostitution, des visites des lieux de prostitution (avec le « Bus des femmes » notamment). Elle se fondait également sur une réticence à analyser les pratiques et les faits sociaux sous un angle uniquement idéologique ou moral, doublée d’une opposition à la pente répressive dans laquelle le législateur tombe trop souvent avec insouciance et délectation.

Elle reposait aussi sur l’appréciation du rapport préalable à la proposition de loi, puis sur la proposition de loi elle-même : le déséquilibre était majeur entre mesures répressives fortes, faiblesse du volet social et mesures favorables à la santé des personnes.

Si le rapport de Maud Olivier prend acte des enjeux de santé pour les personnes prostituées, notamment au regard du VIH et des infections sexuellement transmissibles (IST), il ne formule aucune proposition pour y répondre. Quant à la proposition de loi dans sa version initiale, elle ne mentionne même pas la lutte contre le VIH et les IST. Aucun article ne mentionne même les enjeux sanitaires. Il en est seulement fait mention dans l’article 4 de la loi qui se donne comme objectif de « sensibiliser les populations aux effets de la prostitution sur la santé ».

Il fallut les débats en séance de l’Assemblée nationale pour réintroduire la santé dans le texte, par un amendement du Gouvernement, et sous la pression de certaines associations.

Le souci des personnes vivant du travail sexuel

Enfin, mon souci portait sur le texte, ses dispositions et ses conséquences sur une population déjà précaire, stigmatisée, confrontée à des problèmes de santé publique et de violence ; il s’orientait également sur la nécessité absolue de traquer proxénètes et réseaux de traite, et non pas sur une volonté, finalement abstraite, de me situer dans un débat préexistant entre abolitionnisme et réglementaristes.

A ce titre, j’avais été attentif à la mobilisation des associations communautaires et de santé publique et avais lu avec intérêt le courrier adressé aux parlementaires en septembre 2013 par les associations « Élus locaux contre le sida », « Le Planning familial », « Act Up-Paris », « Arcat », « Médecins du Monde » et « AIDES ». Dans ce document, elles notent : « De nombreux rapports d’experts rejoignent nos propres inquiétudes. En France, deux récents rapports de l’Igas et du CNS attestent de la pluralité́ des situations prostitutionnelles, de l’incohérence des politiques publiques actuelles et soulignent la nécessité de mettre la santé et la sécurité des personnes se prostituant au cœur des préoccupations politiques. Au plan international, les instances impliquées dans la santé publique ou dans la lutte contre le sida (Onusida, PNUD, OMS) concluent que des législations répressives, directes ou indirectes, à l’encontre des travailleurs et des personnes qui se prostituent renforcent la discrimination et impactent négativement leur santé. »

Un débat impossible

Le débat s’avéra souvent impossible. La rapporteure et les principaux promoteurs du texte ont posé d’emblée des postulats, jamais questionnés : la prostitution revient à de la traite, de l’esclavage ; il ne saurait y avoir de prostitution consentie. Pareille position a induit comme conséquence le refus d’entendre celles et ceux qui vivent de cette activité, de considérer la variété des situations (qu’y a-t-il de commun entre la prostitution de rue, celle qui s’organise dans les salons, ou celle des escorts qui travaillent sur internet?), de se pencher sur la prostitution masculine... Le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur la prostitution de décembre 2012 ne fut jamais sérieusement abordé.

Tout ce qui pouvait interroger ou mettre à mal ces postulats a été balayé d’un revers de main : les études scientifiques, les positions des organisations internationales (ONU Sida...) ou des associations travaillant avec les personnes prostituées.

Les chiffres, jamais sourcés, ont fusé ; la confusion entre traite et prostitution a été la règle, alors même que les représentants du ministère de l’Intérieur ont fait preuve, lors des auditions, d’une grande prudence sur les chiffres avancés, qui concernaient pour l’essentiel la prostitution de rue.

Puisque la prostitution est une violence, l’achat d’un acte sexuel tarifé est un viol... La logique semble imparable. Le modèle suédois, qui prescrit l’achat de tout acte sexuel, fut le paravent à tout débat.

Faiblesse du volet social, option répressive

Alors, ce texte?

Commençons par ce qui fit consensus : l’abrogation du délit de racolage passif. Institué en 2003 par la loi sur la sécurité intérieure, le délit de racolage passif était puni de deux mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende – auparavant, seul le racolage actif était sanctionné d'une contravention.

La mesure n’avait pas permis de lutter contre le proxénétisme, avait fragilisé les conditions de travail des personnes prostituées, tendu les relations avec les forces de l’ordre et, de surcroît, avait fini par être de moins en moins appliquée. Et, sur l’initiative de la sénatrice Esther Benbassa, une proposition de loi visant à l’abrogation du délit de racolage avait déjà été adoptée par le Sénat le 28 mars 2013.

Le constat d’échec du délit de racolage facilita son abrogation, mais ne mit pas un terme à la multiplication des arrêtés municipaux. Ce fut une posture des plus hypocrites d’une partie des promoteurs du texte; voter la dépénalisation du racolage, tout en encourageant l’adoption des arrêtés municipaux à l’origine d’un harcèlement permanent des personnes prostituées.

Le titre du texte de loi est ambitieux : il s’agit de lutter contre le système prostitutionnel. Mais, à la lecture, l’équation paraît incomplète : la priorité est de réguler la « demande » (les clients) plutôt que l’« offre » (les proxénètes). La lutte contre les réseaux mafieux de proxénètes et de traite se pose en angle mort du texte, alors même qu’il s’agit sans doute l’un des principaux échecs des politiques publiques. « Sans client, pas de prostitution » voulut prophétiser la députée Marie-George Buffet.

23 articles, et 6 chapitres, dont seul le premier chapitre (composé de quatre articles) est consacré à la lutte contre le proxénétisme, avec en réalité une seule disposition qui fait obligation aux fournisseurs d’accès à internet d’empêcher l’accès aux sites hébergés à l’étranger qui contreviennent à la loi française contre le proxénétisme et la traître des êtres humains... Rien d’autre contre les réseaux et autres mafias.

Quiconque connaît le fonctionnement de l’internet, la possibilité offerte par les sites miroirs de démultiplier l’accès, mesure l’inefficacité d’une telle disposition. Et deux ans après la promulgation de cette loi, quelques clics suffisent pour se connecter à ce type de sites.

Lutter contre les proxénètes n’était pas l’objet du texte.

Le parcours de sortie de la prostitution

En réalité, les deux piliers du texte sont, d’une part, la mise en place d’un parcours de sortie de la prostitution, d’insertion sociale et professionnelle au chapitre 2, et l’interdiction de l’achat d’un acte sexuel au chapitre V.

Aider et accompagner les personnes à sortir de la prostitution est une préoccupation partagée. En ce sens, j’ai déposé nombre d’amendements pour améliorer les conditions de prise en charge et de suivi pour celles et ceux qui veulent changer de vie et d’activité. Le bilan ne fut guère probant : le volet social est demeuré un prétexte, un outil au service d’une idéologie prohibitionniste.

Subordonner l’entrée dans un parcours de sortie de prostitution à un arrêt sans délai et définitif de l’activité de travail sexuel revient à exclure les personnes qui ne peuvent s’y plier ou qui ont besoin de temps. Aux yeux des promoteurs du texte, la bonne victime est celle qui est capable d’arrêter du jour au lendemain une activité ; pour les autres, c’est « circulez, il n’y a rien à voir » ...

Sous prétexte de lutter contre l’immigration clandestine et contre tout appel d’air (selon les mots même de la rapporteure), la situation des personnes étrangères demeure scandaleuse : engagées dans ce parcours, elles ne peuvent bénéficier que d’un titre de séjour provisoire qui n’est pas de plein droit, au risque d’une expulsion. Pour celles et ceux qui dénoncent un réseau de proxénètes ou de traite, le titre de séjour est octroyé pour la seule durée de la procédure et en absence de condamnation, l’expulsion demeure l’option la plus probable malgré les risques pris pour la vie du témoin, sa sécurité et celle de sa famille ainsi que de ses proches...

En outre, seules les associations agréées peuvent prendre en charge ce parcours ; et pour avoir accès à l’agrément, il faut se plier à l’idéologie du texte. Cela revient à écarter la plupart des associations communautaires et de santé publique travaillant avec ces populations.

Si l’objectif réel du texte consiste à permettre la sortie de la prostitution, les financements annoncés s’avèrent dérisoires : ils ne représentent en effet que 160 € par an et par personne. Nous savons aujourd’hui que les sommes prévues ont été amputées. Nous savons aussi que les associations ayant soutenu le texte ont vu leurs budgets se maintenir ou augmenter, alors que les associations intervenant sur la santé sexuelle de toutes les femmes (comme le Planning familial), se retrouvent avec des budgets en berne. Dans le budget 2018, les crédits dédiés à la lutte contre le système prostitutionnel, le proxénétisme et la traite des êtres humains connaissent une baisse de 25%.

De même, selon un article du journal Le Monde, daté du 16 novembre 2017, vingt-cinq personnes avaient bénéficié du parcours de sortie de la prostitution instauré par la loi. Dans un article du journal L’Humanité, daté du 15 décembre 2017, le chiffre donné s’élève à trente-sept. Certes, les dispositifs ont mis du temps à être mis en place..., mais le constat dressé par les acteurs associatifs pointe les craintes exprimées lors du débat parlementaire : l’aide de 330 euros par mois est insuffisante pour constituer une alternative sérieuse à l’activité du travail sexuel. Par ailleurs, elle arrive bien souvent des mois après l’entrée dans le parcours de sortie, et demeure conditionnée à l’arrêt immédiat et définitif de l’activité. Les conditions d’accès au parcours de sortie de la prostitution sont irréalistes : comment vivre avec 330 euros par mois, se loger, parfois élever des enfants... et être tout à la fois capable de construire un projet professionnel ?

On ne peut que vivement attendre le rapport prévu dans la loi, deux ans après la promulgation du texte, comme celui des associations de travail communautaire et de santé publique.

Pénaliser le client pour abolir la prostitution

L’interdiction de tout achat d’acte sexuel constitue en réalité la mesure principale de la loi. L’achat d’actes sexuels est donc désormais sanctionné par une contravention de 1 500 euros (jusqu’à 3 500 euros en cas de récidive).

S’inspirant de la politique de pénalisation d’acheteurs d’actes sexuels en vigueur dans quelques pays (dont la Suède), les promoteurs de la loi fixent l’objectif d’en finir avec la prostitution en s’attaquant uniquement à la demande. Comme nous l’écrivions avec Esther Benbassa dans une tribune parue dans Le Monde, le 28 novembre 2013, « cette proposition n'en est pas moins un texte d'inspiration moralisatrice, marqué par un souci d'hygiénisme social, tournant le dos aux préoccupations de santé publique, et niant la complexité des situations de prostitutions pour la réduire à l'esclavage ».

A l’instar de nombre d’associations, d’organismes internationaux, nous considérons que les politiques prohibitionnistes dont cette mesure s'inspire ont pour conséquence une plus grande précarité pour celles et ceux qui ont recours à la prostitution pour vivre.

L’opposition des écologistes, dont j’étais le porte-parole, relève non d’une bienveillance à l’égard des clients du travail sexuel, mais d’une conviction : pénaliser le fait de se prostituer, directement (comme avec la pénalisation du racolage) ou indirectement (comme avec la pénalisation des clients), alors même que se prostituer ne fait pas l’objet d’une interdiction dans la loi, revient à précariser, stigmatiser, affaiblir la capacité de négociation des personnes prostituées. Pénaliser le client ne donne pas plus de pouvoir à la personne prostituée. Cela affecte certainement la demande, ce qui diminue les revenus, aggrave les conditions de travail et exacerbe la concurrence. Cela conduit à de plus grandes prises de risques, à une impossibilité de choisir ses clients ou d’imposer systématiquement l’utilisation du préservatif, à des déplacements des lieux de rencontre et de travail vers des zones plus isolées, ou vers l’internet. Cela expose aussi à des violences plus grandes.

L’isolement et la clandestinité constituent des facteurs d’aggravation des risques en même temps qu’ils restreignent les possibilités d’accès aux dispositifs et moyens de prévention.

A l’invitation que j’ai souvent formulée de considérer véritablement les enjeux de stigmatisation ou de santé, il m’a toujours été opposé une fin de non-recevoir : la présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’Egalité des chances entre les hommes et les femmes s’est contentée d’affirmer « Notre loi n’est pas nuisible pour la santé, au contraire »...

Quand j’ai fait mention des enjeux de lutte contre le VIH dans le débat, la même élue m’a opposé l’absence d’études, niant l’expertise des institutions internationales, et oubliant les études de la revue The Lancet.

Un point a été particulièrement problématique dans ce débat, et notamment sur ce sujet précis : l’impossibilité des promoteurs de la proposition de loi d’une part de concevoir que l’on puisse se livrer à la prostitution par décision propre (balayant ainsi sans discussion toute possibilité de consentement) et, d’autre part, de considérer que, dans toute situation, l’achat d’un acte sexuel constitue une violence si immense qu’il est comparable, comme affirmé dans l’hémicycle, à un viol...

Il m’est toujours difficile de comprendre comment on peut décider de prohiber l’achat d’un acte dont la vente n’est pas interdite.

Enfin, le souci de lutter contre les violences et les stéréotypes de genre est une préoccupation légitime. Ce combat doit-il se mener sur les dos des personnes les plus stigmatisées et des condition d’exercice de leur activité? Peut-on mener cette bataille tout en cédant face aux offensives conservatrices, comme ce fut le cas avec l’abandon des ABCD de l’égalité ?

La sainte alliance entre une droite répressive et une gauche moralisatrice

Le texte fut voté à une très large majorité, la loi promulguée le 13 avril, les cinq décrets d’application et les deux circulaires publiés dans les moins qui ont suivi.

Les associations communautaires et de santé publique font état d’un volet social guère attractif ; les associations abolitionnistes qui ont apporté leur soutien au texte n’affirment pas le contraire. Des centaines de clients de la prostitution de rue ont été pénalisées ; la prostitution ne semble pas avoir diminuée tandis que les conditions de travail des personnes prostituées se sont dégradées.

Ma conviction reste toujours la même : considérer qu’il ne peut en aucun cas exister de consentement pour une personne prostituée est pour moi le contraire de l’humanisme; nier la parole des victimes ne contribue pas à leur émancipation; assurer l’accès au droit commun permet d’octroyer les outils nécessaires à une reprise en main de sa vie.

Le 12 avril 2018, par Sergio Coronado - député EELV des Français à l'étranger

vendredi 30 mars 2018

A Bali comme ailleurs ... la mer poubelle


Si l’on s’en tient au volet économique, le tourisme est un marqueur du monde contemporain né avec les congés payés. Même les mots portent témoignage de son succès. Il ne suffit plus d’« être en vacances » ; il faut « partir en vacances », « faire le Japon ou le Costa Rica » pour être moderne. C’est une injonction !



Rodolphe Christin, auteur du « Manuel de l’antitourisme », dresse un bilan négatif du tourisme tel que l’Occident l’a inventé au XIXe siècle. « Il n’a pas fait progresser la paix entre les peuples, il n’a pas résolu les problèmes du monde. A-t-il seulement contribué à une meilleure compréhension interculturelle ? Pas sûr »


Là-bas comme ici ou ailleurs,
tous responsables, tous coupables.
Qu’il soit « éthique » ou de masse, 

le tourisme épuise le monde.