Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mercredi 14 février 2018

Notre Dame des Landes, enracinons l'avenir !

prise de parole commune au nom du mouvement contre l'aéroport

Bonsoir à tous/toutes ! Et tout d'abord un immense merci pour votre présence !

Lorsque nous avons choisi ce slogan pour notre rassemblement « Nddl enracinons l'avenir » nous étions encore dans cette interminable période où nous attendions et espérions l'annonce de l'abandon, sans encore oser y croire. Nous avons fait ce choix moins parce qu'il nous semblait pertinent pour tous les cas de figure possibles que parce que depuis de longues années déjà nous nous projetons vers l'avenir.

Aujourd'hui, la victoire est totale pour ce qui était la première phase de notre lutte : l'abandon de l'aéroport confirmée par l'expiration de la Déclaration d'Utilité Publique (DUP). Nous la fêtons ensemble aujourd'hui, dans un soulagement immense, dans les cris, les pleurs, les étreintes avec vous tous/toutes qui nous avez soutenu-e-s.

Cette première phase a été une lutte populaire et fraternelle, qui au fil des années a su faire agir côte à côte ce que nous avons appelé ses « composantes » formelles ou moins formelles. Ce sont des paysan-ne-s, des propriétaires, des citoyen-ne-s de la région, des associations et organisations syndicales (paysannes et ouvrières), environnementales, citoyennes, politiques, d'élus... sans oublier des collectifs à base professionnelle (juristes, pilotes, chefs d'entreprise... ), les bien nommé-e-s « naturalistes en lutte », les occupant-e-s venus défendre la zone à partir de 2007, les paysan-ne-s de COPAIN, les 200 collectifs Nddl créés partout en France. Cette liste est non chronologique et non exhaustive, tant toutes les énergies se sont interpénétrées avec des formes d’actions très différentes pour parvenir à la première victoire : l'abandon du projet d'aéroport. La DUP, cet outil de destruction préméditée, ce véritable vol de terres au profit d’intérêts privés sous couvert d'Utilité Publique, a expiré hier. Les mensonges de l’État et la faillite de ses procédures de décision ont éclaté aux yeux de tous.

Aujourd'hui, le mouvement a dégagé collectivement la D281 pour rendre à ses usager.es/voisin.es la possibilité d'une utilisation partagée. Il faut répondre à leurs besoins de circulation et prendre en compte les problèmes de sécurité des riverains (ralentisseurs, limitations de vitesse, corridors pour amphibiens et autres hôtes du bocage..), tout ceci en discussion entre les services de l’État et les Naturalistes en Lutte notamment. Les divers chantiers nécessaires à la remise en état de la route sont en cours. Ils vont durer encore plusieurs semaines.

Cette victoire, nous la fêtons dans une ambiance particulière, car nous sommes trois jours avant le mardi gras, en pleine période de carnaval. C'est la fête des humbles chahutant les puissants, la fête des passages, où une saison vient de se finir sans que l'on ait encore basculé dans la suivante. La fin de cette lutte d’un demi-siècle contre l’aéroport laisse place à de nouveaux enjeux et combats, ici et ailleurs. Le carnaval ne célèbre pas un changement d’ère, il l’accompagne, voire le suscite.

Nous sommes ici pour enraciner l'avenir : car enracinés, nous le sommes depuis longtemps déjà, enracinés par nos pères et mères dans ces landes qu'ils ont travaillées, choyées ... Ils et elles sont présent-e-s ici avec nous, comme le sont tant de camarades qui ont puisé sans compter dans leurs forces pour notre lutte. Nous avons une pensée très forte pour tous ceux et celles qui nous ont quitté-e-s avant de voir notre victoire.

Enraciné-e-s, nous le serons plus encore par tous ces arbres dont nous allons prendre soin et que nous planterons dès que le temps le permettra.

Ces plantes sont venues de partout, certaines apportées par des collectifs venus d'autres luttes. Nous avons très délibérément placé notre fête de la victoire sous le signe de la solidarité avec ces collectifs. Cette solidarité s'est construite depuis longtemps déjà, lorsque nous nous sommes rendu-e-s compte très concrètement à travers nos rencontres que nous racontions tous et toutes la même histoire : destruction de terres nourricières et de bio-diversité, gaspillage d'argent public, mépris des populations, cadeaux à Vinci ou à d'autres multinationales […]

Dans notre fête de ce jour, nous avons tenu à laisser une large parole à ces luttes sœurs, qui portent leurs messages depuis ce matin dans les déambulations, qui ont brûlé avec nous les projets dont elles exigent la disparition. Elles nous ont soutenu-e-s, nous ont inspiré-e-s autant que nous-mêmes avons pu le faire. Nous les invitons à saisir avant leur départ, si elles le souhaitent, les bâtons plantés le 8 octobre 2016, gages de notre serment de défendre le bocage de Nddl. Ils deviendront ainsi les gages de notre solidarité vis-à-vis d'eux. Ils deviendront les canaux de ce grand réseau de luttes par où circulera notre commune énergie... Saluons la présence de camarades en lutte contre différents projets […] Pour toutes ces luttes sœurs, nous sommes là, nous serons là !

Enfin voici les principaux éléments sur le projet d'avenir commun que nous envisageons pour la zad. Une délégation commune du mouvement est prête à le porter auprès des différentes structures institutionnelles qui se penchent déjà sur la propriété des terres, sur leur usage et celui des communs de la zad... Dans l'objectif de la réalisation de nos six points, nous avons envisagé deux étapes principales :

La première étape qui s’ouvre aujourd’hui concerne en priorité l'usage des terres et des communs. Elle a quelques objectifs majeurs.

  • Nous voulons faire entendre le plus rapidement possible notre refus d'expulsions qui n'ont plus aucune raison d'être une fois acté l'abandon du projet. La date annoncée du 31 mars est très proche. Et ce message doit être entendu immédiatement. C’est l’une des raisons de cette mobilisation.
  • Nous voulons que les habitant-e-s qui le souhaitent puissent se projeter dans un avenir commun sur la zad. Cet avenir sera construit de manière collective et solidaire. Nous veillerons à la sauvegarde des éléments naturels fragiles.
  • Pour obtenir cela, dans l'immédiat nous exigeons le gel de la redistribution institutionnelle des terres afin qu'elles n'aillent pas à l'agrandissement d'exploitations déjà existantes.
  • La création d'une entité juridique provisoire, reconnue et représentative de l'ensemble du mouvement, est en cours. Elle doit permettre de réaliser les actes officiels concernant la zone : des mandats de gestion des terres ou des communs, des signatures de convention précaires d'exploitation... Il s'agit de permettre par le biais de cette association la meilleure protection possible pour tous les types de projets, agricoles ou non agricoles, conventionnels ou hors cadre... Cela peut se faire en particulier par la reconnaissance d'un droit d'expérimentation sur la zone. Il s'agit d'élargir les possibles.
  • Cette première étape devra également porter une exigence d'amnistie pour les faits et procédures engagées dans le cadre de la lutte contre le projet d'aéroport.
Tous ces points exigeront un important travail collectif, le maintien du rapport de force que nous avons su créer, et votre soutien à tous et toutes.

La deuxième étape doit nous permettre la mise en place d'une entité pérenne issue du mouvement qui prenne en charge les terres de la zad. Il nous faut du temps pour bâtir cette structure : rappelons que la solution pour les terres du Larzac par la création de la Société Civile des Terres du Larzac a mis trois ans à s'élaborer.

La situation est inédite. Il va être très long de démêler les questions de propriété sur la zone, et nous ne disposons d'aucune jurisprudence.

De nombreuses réflexions, des rencontres avec d'autres lieux, et d'autres structures (personnes utilisant les fonds de dotation...) ont déjà eu lieu et vont se poursuivre. Nous devons exiger du temps.

Nous nous projetons ensemble dans l’avenir, confiant-e-s face à nos incertitudes, aux difficultés qui ne manqueront pas de survenir mais que nous saurons dépasser.

Nous sommes au premier jour des saisons futures !

Acipa, 
Adeca, 
Copain44, 
Naturalistes en lutte, 
habitant.e.s et occupant.e.s de la zad, 
Coordination des orgas opposantes

dimanche 11 février 2018

Ou comment un peu de neige peut interroger sur notre durabilité.

Jeudi matin, les huit départements de la région parisienne ont été maintenus en vigilance orange neige et verglas. Les autorités françaises ont renouvelé leur appel à la vigilance en Île-de-France en raison du froid. Le gel et le verglas devaient remplacer la neige tombée en masse la veille. L’épisode qui a touché depuis lundi de nombreux départements, engendrant notamment la pagaille sur les routes, est notable mais pas inédit ni exceptionnel, des événements comparables ont été vécus en Île-de-France et Paris en janvier et mars 2013, ainsi qu’en décembre 2010. Rien de bien étonnant en hivers mais pourtant cela a provoqué la fermetures d'axes majeurs comme la N118 et l'interdiction de circulation des camions.

Trois jours après je me suis rendu au carrefour des Ulis et j'ai pu me rendre compte combien notre système était fragile. Trois jours d'aléas climatiques et Carrefour nous démontre combien notre société n'est pas durable, combien notre ville des Ulis est vulnérable et pas résiliente aux phénomènes extrêmes puisqu'un phénomène pas extrême montre déjà nos limites. Rayons vides, dévalisés et pas ravitaillés (cf photos ci-dessous) que se serait-il passé si le phénomène avait duré ou si un autre lui avait succédé ?

Quid, dès lors, de notre ville face aux changements climatiques qui s'annoncent comme l'augmentation des phénomènes extrêmes ?

Quid de notre ville, complètement dépendante des camions, face à la crise énergétique qui annonce l'avènement du post-carbone ?

Quid de notre ville, complètement artificielle, où rien n'a jamais été anticipé puisque les défis ont toujours été niés ?

Reportage photo.







Moi ce passage chez Carrefour m'a interpellé, pas vous?

Cyclones aux Antilles, inondations et neige en métropole où comment la météo met une claque à nos vaniteuses sociétés dénaturées.

Mais bon, surtout ne changeons rien.

C'est quoi l'autonomie alimentaire de l'île de France déjà ?

Notre Dame des Landes, Triangle de Gonesse, Plateau de Saclay, ... même combat : protection des terres agricoles et reconversion écologique de notre économie pour une société résiliente.

mardi 23 janvier 2018

"l’Etat a été faible et a cédé devant la violence et les zadistes"

Une phrase que l’on entend beaucoup à propos de Notre Dame Des Landes. Oui, il est convenu de dire que « l’Etat a été faible et a cédé devant la violence et les zadistes ».



Sans la radicalité de ces derniers et leur action hors la loi, les travaux auraient commencé depuis longtemps. Mais, en réalité –et même s’il s’agit bien d’une question de rapport de force-, cette affirmation est trop simple. Et même fausse ! Il ne s’agit pas juste de squatter mais de militants d’une cause qui, par sa nature et l’écho qu’elle rencontre dans la société, créent une situation qui les a rendus invulnérables et inattaquables. Ce ne sont pas leurs armes de fortune, leurs soit-disant pièges à flics, leur tour de guet futuriste et médiévale à la fois qui ont fait reculer la police… les zadistes auraient facilement pu être évacués, mais la société dans son ensemble, même très agacée par eux, ne comprendrait pas qu’un policier risque sa vie pour une piste d’aéroport décidée il y a 50 ans, qu’un écologiste, même exaspérant, soit tué pour avoir tenté de sauver une zone humide.

Ce ne sont pas des djihadistes ! Là, la société aurait toléré… et même exiger que des policiers risquent leurs vies et que les djihadiste soient tués.

L’actualité montre que nous sommes prêts à utiliser la violence pour nous défendre. Sans faiblesse aucune.

Oui mais le propre d’une démocratie, c’est le discernement dans l’utilisation de la force. Et il est intolérable (et ça se produit pourtant plus souvent qu’on ne le croit) que des militants écologistes, même radicaux, soient fichés S, comme des terroristes… le revirement des deux têtes de l’exécutif sur NDDL n’est pas la preuve d’un manque d’autorité, c’est l’évaluation juste de la façon dont l’autorité doit être exercée. Parfois, les moyens qu’il faut déployer pour rétablir l’ordre public risquent de créer encore plus de trouble à l’ordre public ! Un trouble à l’ordre public ne se mesure pas en dégâts matériels ou en nombre de victimes mais en dégâts matériels et nombre de victimes tolérables par la société, par rapport aux causes défendues. Personne ne déplore la mort des terroristes de l’immeuble littéralement détruit par la police à Saint-Denis en 2015… Mais tout le monde déplore la mort de Rémi Fraisse à Sivens. La violence politique des militants est, de fait, condamnable, à des degrés divers qui ne dépendent pas uniquement des lois, mais aussi des circonstances et de la résonance de leurs combats pour le reste de la société. Qui dirait aujourd’hui qu’il aurait fallu réprimer violemment les militants du Larzac ? Qui dirait même qu’ils avaient tort ? La violence légale, elle, (légitime, pour reprendre le terme de Max Weber) doit être constamment évaluée et questionnée dans un état de droit… Et l’autorité n’est pas toujours là où l’on croit. C’est par exemple justement par un manque d’autorité et de caractère que le gouvernement est violent, outre mesure, avec les migrants à Calais ou dans les Alpes. La violence légale qu’il aurait fallu déployer pour déloger les zadistes a été rendue inacceptable par la justesse et la popularité de leur cause, en général. C’est donc d’abord la cause des écologistes qui a gagné, pas leur violence, toute relative d’ailleurs !

Thomas Legrand

dimanche 21 janvier 2018

La France renonce à l'Exposition universelle 2025


« La France n'organisera pas l'Exposition universelle 2025. Samedi, Pascal Lamy, président du Groupement d'intérêt public Expofrance 2025, en a été informé dans un courrier de deux pages signé par Edouard Philippe. "J'ai décidé de ne pas donner suite à la candidature de la France à l'exposition universelle, qui sera retirée", écrit le Premier ministre. […] Dans la lettre adressée à Pascal Lamy, le Premier ministre pointe les "faiblesses structurelles" du modèle économique du projet. […] Dans le contexte de "redressement de nos finances publiques", le chef du gouvernement refuse donc de "grever l'avenir [...] d'engagements supplémentaires non maîtrisés". » nous relate le JDD du 20 janvier 2018.

Ainsi donc Edouard Philippe annonce le retrait de la candidature française à l'Exposition universelle 2025 pour et uniquement pour des raisons financières. Je ne peux que saluer, après l’interdiction de la pêche électrique et l’abandon de Notre Dame des Landes cette nouvelle excellente nouvelle. De mon coté, j’avais pointé du doigt, dans mon texte du 9 décembre 2017, cette absurdité économique : « Pour combattre la misère ou bien pour financer la recherche ou les hôpitaux publics, on nous affirme qu'il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'état et qu'il faut arrêter de rêver mais, qu'en revanche, pour organiser des JO ou une écocide Exposition Universelle, totalement mégalo, consumériste et détruire, par la même occasion, des terres nourricières, on trouve, comme par miracle, les budgets, sans aucun problème. » Le premier Ministre nous confirme que l’on ne peut pas tout, et c’est une excellente chose.

Cependant nous pourrons avoir un petit sentiment d’amertume, en regardant les raisons pour lesquelles le gouvernement a été amené à abandonner les deux projets inutiles de notre Dame de Landes et l’écocide Exposition Universelle … ce n’est jamais la protection de l’environnement, les raisons écologiques ou la recherche de la durabilité qui apparaissent dans les raisons qui poussent nos dirigeants à renoncer. On renonce toujours pour des raisons financières jamais pour protéger l’environnement. En cela les « En Marche » n’ont toujours pas entamés leur conversion à l’écologie et sont toujours des productivistes, certes peut-être plus pragmatiques que des PS ou bien des LR, mais des productivistes toujours partant pour bétonner si, économiquement, cela est rentable.

Quoi qu’il en soit, une fois de plus, on ne va pas bouder notre joie de voir un projet absurde et destructeur être abandonné. Cette semaine aura été faste pour les luttes écolo, on n’a pas l’habitude … mais c’est bon quand même. J’en ai presque la tête qui tourne.

Ainsi donc des batailles se gagnent, même si l’honnêteté nous oblige à dire qu’on ne les gagne pas avec notre vision, mais on en gagne quand même en ce moment. Mais la guerre contre les saccageurs n’est pas terminée. Il nous reste beaucoup de travail pour faire comprendre, au plus grand nombre, l’urgence environnementale. Il nous reste à faire comprendre qu’un métro lourd sur le plateau de Saclay serait la mort des terres agricoles. Il nous reste à faire comprendre, dans le cadre des crises climatiques et énergétiques, l’urgence de protéger les terres agricoles périurbaines comme celles du triangle de Gonesse. Il nous reste à faire comprendre que notre modèle économique, basé sur la consommation et la croissance, n’est qu’une fuite en avant et qu’il ne peut être la solution puisqu’il est le problème. Reste à faire comprendre que la protection de notre environnement vital est incompatible avec un mode de vie où nous ne changerions rien, où nous ne renoncerions pas, où nous refuserions la sobriété. Il nous reste à faire comprendre que nous n’avons qu’une seule planète, qu’un seul habitat et qu’il nous faut le protéger si nous ne voulons pas disparaitre et n’être qu’un phénomène fugace dans l’histoire de ce vaisseau spatial aussi beau qu’il est fragile.

vendredi 19 janvier 2018

NDDL : entretien avec Hervé Kempf

Notre-Dame-des-Landes : 
L’abandon du projet de l’aéroport est le résultat d’une mobilisation humaine magnifique


Selon Hervé Kempf rédacteur en chef de “Reporterre”, “Notre-Dame-des-Landes était devenu un symbole de l’opposition entre deux mondes”. L’expert en écologie retrace la spécificité du long combat mené sur place par les zadistes.

Finalement, l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) ne verra donc pas le jour. Retour sur une décision historique, qui survient après une cinquantaine d’années de batailles, de tergiversations, avec Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre, un magazine en ligne consacré à l’écologie, auteur entre autres de Notre-Dame-des-Landes, au Seuil (2014) et de Tout est prêt pour que tout empire, également au Seuil (2017).

Télérama : Comment réagissez-vous à l’annonce de l’abandon du projet ?

Hervé Kempf : C’est une excellente nouvelle ! A commencer pour la préservation de ce lieu magique – de bocages, de zones humides, de champs, de bois, de lumière... Mais Notre-Dame-des-Landes est aussi un territoire où vivent des gens ordinaires, très attachants, que cette lutte exemplaire, qui dure depuis plusieurs décennies, a rendus forts, tenaces. L’abandon du projet de l’aéroport est le résultat de cette mobilisation humaine magnifique, et la victoire, au demeurant pacifique, d’une vision du monde, plus écologique, face à celle d’un ancien monde qui ne rêve que croissance et artificialisation.

T : Déjà, dans le livre que vous y avez consacré, vous souligniez que ce combat met aux prises deux visions du monde qui se disputent l’écriture de l’avenir...

HK : Oui, plus généralement, NDDL était devenu un symbole de l’opposition entre deux mondes. D’une part, le monde de celles et ceux qui rêvent d’avions, de voitures, de parcs de loisirs, d’autoroutes comme si la question du changement climatique n’existait pas, et de l’autre, le monde de celles et ceux qui sont les « vrais » modernes et savent qu’on ne peut plus imaginer le destin humain sans le penser par rapport au climat, à l’écologie, à la biosphère.

T : Mais est-ce vraiment la vision du monde plus écologique qui l’a emporté ? Dans son discours, Edouard Philippe a aussi beaucoup parlé de développement du trafic aérien...

HK : Effectivement, le Premier ministre n’est pas devenu miraculeusement opposé à la croissance, au développement aérien. Mais faisons bien la différence entre le discours et le fait. Le discours est celui d’Edouard Philippe, qui reste tout à fait cohérent avec sa vision du monde et cette contradiction du capitalisme actuel qui consiste à croire qu’on peut résoudre la question écologique sans toucher fondamentalement au système économique. Le fait concret, c’est que le gouvernement a dû abandonner le projet d’aéroport de NDDL. Une bataille est finie. Ce n’est pas la victoire définitive. Mais dans quel état d’abattement serions-nous aujourd’hui si ce projet avait été confirmé ? Cela voudrait dire que toutes les autres luttes, tous les autres espoirs, auraient été à nouveau foulés aux pieds et qu’on continuerait dans le grand délire dont Trump est le représentant aux Etats-Unis…

Par ailleurs, Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne prennent pas les décisions ex-nihilo. Ils les prennent car il y a eu ces paysans, ces élus, ces associations, ces habitants de la ZAD (zone à défendre), ces citoyens qui se sont opposés à un nouvel aéroport. Le président et le Premier ministre ont décidé en fonction d’un rapport de force et d’une longue bataille faite de contre-expertises, de manifestations, de grèves de la faim, de résistances à l’évacuation policière, de tous ces actes multiples, tenaces, inflexibles. C’est en cela que NDDL est vraiment le symbole d’une bataille plus générale dans laquelle se reconnaissent des milliers de Français, bien au-delà des seuls habitants de la ZAD.

T : L’un des slogans de la ZAD est « ni travaux ni expulsion ». Edouard Philippe a été très clair, la ZAD est une « zone de non-droit », et non pas un laboratoire écologique et politique…

HK : On ne peut pas demander à Edouard Philippe de défendre une vision de l’utopie, de la sobriété et d’autres types de relations humaines ! Mais j’ai trouvé son ton mesuré. La circulation doit revenir sur les routes, a-t-il dit. En fait, la circulation marche très bien sur les routes de la zone de NDDL, sauf sur la D281 qu’on appelle la route de la chicane, qui est une route étroite et qui n’a jamais été un grand axe de circulation. J’étais sur place il y a une dizaine de jours et j’ai eu l’impression que tout le monde ou presque était d’accord pour rouvrir cette route.

Le Premier ministre a aussi annoncé que les habitants illégaux devraient partir d’ici le printemps. C’est une bonne nouvelle. Ça veut dire que les quelque milliers de gendarmes et CRS qui sont remontés autour de NDDL ne vont pas envahir cette zone. On va donc prendre le temps de réfléchir, de parler avec celles et ceux qui vivent ici, qui y ont créé une activité, qui font de la culture, de la boulangerie, une belle bibliothèque, un atelier bois… et qui ont contribué à la décision d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe ! On ne peut pas seulement les traiter comme des habitants en état de non-droit. Ils se sont rebellés, ils ont désobéi pacifiquement et ce qui était, auparavant, le non-droit, est devenu le droit. Le projet d’aéroport est abandonné, il n’est donc plus légal, et peut-être les occupants illégaux peuvent-ils aussi devenir légaux. J’espère qu’on continuera avec sagesse à faire en sorte que tout se passe bien, pourquoi pas avec l’accord de la Confédération paysanne, de la FNSEA, etc.

T : Pourquoi êtes-vous tant attaché à cette ZAD ?

HK : Je ne connais pas d’autre lieu semblable, un tel creuset de résistances individuelles transformées en un collectif. Les gens que j’ai rencontrés là-bas sont d’une formidable force humaine, et tout cela a contribué à créer du commun au meilleur sens du terme. Il ne s’agit pas de dire que c’est un paradis, mais c’est un lieu où les gens ont pu sortir d’eux-mêmes et travailler ensemble, pour faire des choses bien, par-delà leurs différences. Et puis, à chaque fois que je quitte cette zone extraordinaire de bocages, ces changements de lumière, ce type de paysage qui existait partout dans la région mais devenu si rare avec l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, je suis saisi par la même sensation. Je me retrouve sur l’espèce d’autoroute ou de voie rapide qui mène à Nantes, face à Ikea, Conforama, But et autres hangars qui se succèdent et j’ai l’impression de passer à travers le miroir. On change de monde. Savoir qu’il existe des lieux où des femmes et des hommes ont décidé de vivre différemment, de créer un équilibre harmonieux et prometteur, me fait du bien. Et je pense que c’est ce que ressentent beaucoup de gens en France, même s’ils ont suivi cette bataille de loin.

Entretien : Weronika Zarachowicz - Télérama
Photo : MATHIEU PATTIER / AP

mercredi 17 janvier 2018

NDDL : L'Ayraultport est mort, vive la ZAD !!!


Aujourd’hui est une journée historique pour les luttes écolo. Le projet inutile et imposé, vieux de 50 ans et totalement anachronique, de Notre Dame des Landes vient d’être abandonné. Je suis fier d'avoir participé à cette victoire. Joie, joie immense !!!

J’ai envie de crier un immense « BRAVO » à tous ceux qui ont lutté et qui ont permis cette grande victoire, les Zadistes, l’ACIPA, le collectif des élus doutant de la pertinence de l'aéroport (CEDPA), les syndicats paysans, les associatifs, les comités de soutien, les artistes engagés et bien évidement tous les citoyens écologistes. Cette victoire est notre victoire à tous.

Ce jour est un jour d'espoir et de grande allégresse que nous ne devons pas bouder car au delà de la décision de ce gouvernement, la preuve est donnée que les combats citoyens peuvent encore être victorieux. La vie, l'espoir et la détermination ont vaincu le saccage et le béton .... « Depuis longtemps, ce qui se joue sur la ZAD dépasse en outre largement l'opposition au projet d'aéroport. Cette lutte se distingue en effet par sa capacité à re-situer le projet dans « son monde » - un monde dans lequel le béton l'emportait jusqu'alors irrémédiablement sur les tritons. » nous disent Maxime Combes et Nicolas Haeringer dans le blog de Médiapart, pendant que, de son coté, Nicolas Hulot nous dit, dans Le Parisien : « Il faut aussi [maintenant] s'interroger sur les procédures de consultation publique qui sont parfois de simples informations de la population conduisant à la validation d'un projet alors que la décision est déjà prise. A l'avenir, les élus locaux devront écouter davantage les critiques et les oppositions et ne pas proposer à leurs administrés un projet déjà ficelé à l'avance comme cela pourrait être le cas dans d'autres projets en France. » Merci à lui de rappeler cette évidence, si souvent énoncée par les écolos, mais faudrait-il encore que les élus aient de la considération pour leurs compatriotes pour qu'ils puissent comprendre ce bon sens.

« [...] Ainsi dès aujourd’hui, la demande de prorogation d’utilité publique sera retirée. La déclaration d’utilité publique deviendra caduque le 8 février prochain. Les trois routes doivent être rendues à la libre circulation. Les squats qui débordent sur la route devront être évacuées ; à défaut, les forces de l’ordre interviendront. La vocation agricole des terres sera préservée. Les agriculteurs expropriés pourront récupérer leurs terres. Les habitants illégaux devront partir d’eux-mêmes d’ici le printemps prochain. Des installations agricoles pourront avoir lieu à partir d’avril dans un cadre légal. L’État engagera une cession progressive des terres. C’est une décision d’apaisement dans une situation locale tendue. [...] » a déclaré, aujourd’hui Édouard Philippe. Je trouve cette fin de déclaration très ouverte et très positive où il n'est pas demandé d'évacuation de la ZAD ... Dès lors, Monsieur le premier Ministre, rappelez vos CRS.

Reste maintenant encore plein d'autres combats pour l’avènement d’une écologie sociale et solidaire et pour relever le défi de la durabilité (luttes contre les projets inutiles comme l'exposition universelle prévue sur les terres agricoles du plateau de Saclay, Europa-city prévu sur les terres agricoles du triangle de Gonzesse, le Center Parc à Roybon, l'accueil des réfugiés ou bien encore les luttes anti-racistes et pour l'égalité pour tous, ...). reste aussi à faire vivre ce qui a été construit sur la ZAD de NDDL. « Depuis la ZAD s’inventent et s’expérimentent des réponses à des questions aussi essentielles pour notre avenir commun que : comment vivre, comment penser, comme s’aimer, comment s’opposer, comment construire, comment détruire, comment rêver, comme tester, comment tâtonner, comment faire société. Bref : comment rester (ou redevenir) humain.e.s dans un monde qui s'approche de plus en plus du chaos ? Parcourir un chemin de la ZAD, se baigner dans l'un de ses étangs ou de ses lacs, y habiter, y aimer, y rêver, y cultiver un champ, est un acte fort, préfigurant ce à quoi pourrait ressembler un futur libéré de l'horizon dystopique dont nous nous approchons à grand pas. » poursuivent Maxime Combes et Nicolas Haeringer. Monsieur le Président, si vous ne voulez plus de ZAD,  il vous suffit juste de cessez les saccages, le bétonnage et la destruction de la nature.

Et dans cette attente, je dis haut et fort, vive la ZAD ! Vive l'esprit de la ZAD ! Longue et belle vie à cette expérience fabuleuse, peuplée de désobéissants qui proposent une réflexion alternative pour un projet de société humaniste et écologique.

Dessin : Reporterre

lundi 1 janvier 2018

Que nous souhaiter pour 2018 ?


Que nous souhaiter pour 2018 qui ne l’aura pas été pour 2017, mais avant également pour 2016 ou 2015 ? Nous nous sommes souhaités la paix et l’amour et tous deux ne sont pas arrivés. J’ai une pensée très émue pour tous ces hommes vendus en Syrie en 2017, comme aux pires temps de l’esclavage en Europe. J’ai une pensée compassionnelle pour tous les morts et survivants des traversées méditerranéennes. J’ai une pensée pour tous les martyres de la cause environnementale, à l’instar d’Isidro baldenegro Lopez, de Mias Mascarinas-Green, de Gordom Strom, de Santiago Maldonato, de Wayne Lotter ou bien encore de Ruben Arzaga, tous morts, en 2017 pour avoir voulu protéger notre Terre des saccageurs assassins. En 2017, 185 défenseurs de l’environnement auront été tués. Nous nous sommes souhaités une prise de conscience environnementale, mais force est de constater que les voyants sont toujours autant au rouge car même les écolos partent en vacances à l’autre bout de la planète, en avion et la plèbe s’enthousiasme pour une écocide et inutile Exposition Universelle 2025, prévue sur le Plateau de Saclay, en lieu et place de terres agricoles. Nous nous sommes souhaités la santé et le bonheur mais le glyphosate coule toujours de nos aliments et la consommation ne nous contente toujours pas. Mais d'un autre coté il est vrai que "la France n'a pas besoin de gens heureux, elle a juste besoin de consommateurs" comme nous le rappelle Nicole Ferroni dans son sketch sur la méditation.

Dès lors cela a-t-il encore du sens de se souhaiter des choses que, de toute manière, nous ne mettrons pas en œuvre ?

Mais sans souhaits et donc sans espoirs, la lutte pour la survie de nos enfants n’est pas possible. Aussi rappelons-nous toujours que l’espoir fait vivre et ainsi j’ai espoir que nous trouvions le chemin de la sagesse et que les religieux lâchent un peu du lest sur leurs certitudes et se détendent.

Espoir que nous trouvions le chemin de la sobriété heureuse … heureux de participer à la durabilité de l’espèce humaine qui est, reconnaissons-le, aussi stupide que magnifique.

J’ai espoir que cette année, le projet inutile d’Ayraultport de Notre-Dame des Landes soit enfin et définitivement enterré et la ZAD pérennisée, confirmée dans son rôle d’expérience alternative, écologique et solidaire. Le Gouvernement saura-t-il enfin écouter les arguments objectifs des opposants, légitimés par le rapport des experts ou bien cédera-t-il aux lobbies du béton et de la destruction ? Janvier 2018 sera le mois de la grande décision entre saccage et sagesse. Le mois de tous les dangers.

J’ai espoir, à l’instar du sociologue, Jean-Baptiste Comby que nous ne passions plus « sous silence les causes collectives et structurelles de la destruction de l’Environnement : l’aménagement des villes et des transports, l’organisation du travail, le fonctionnement de l’agriculture, le commerce international, l’extension infinie des marchés. C’est en imaginant et en luttant pour d’autres organisations sociales que nous rendrons possible l’adoption durable de styles de vie à la fois moins inégaux et plus respectueux des écosystèmes naturels. »

J’ai espoir que nous nous regardions enfin avec respect et fraternité, espoir que les plafonds de verre explosent enfin. J’ai espoir que les femmes ne soient plus méprisées, maltraitées, humiliées, vues comme des proies. J’ai espoir que nos frères noirs ne soient plus relégués, avec condescendance, à des travaux de services aux blancs révélant un simulacre d’égalité française, vestige d’une culture collective coloniale niée mais finalement toujours présente dans notre inconscient collectif. J’ai espoir que la juste colère contre les extrémismes religieux ne soit plus un prétexte de haine envers les croyants et que nous retrouvions l’esprit de la laïcité, seule garante des libertés de tous. J’ai espoir que les plus pauvres, les plus précaires d’entre nous ne soient plus vus comme les causes mais bien comme les victimes d’une crise systémique mondiale, et encore moins comme de vils profiteurs d’un système qui favorise, pourtant et quoi qu’on en dise, les plus riches sans que les envieux n’y voient a y redire. J’ai espoir que nous retrouvions la raison et que nous cessions d’inverser les valeurs car l’argent et la convoitise ne sont que de bien piètres maître et maîtresse. 

Et ainsi devant ces 326 jours de production d’électricité, 100 % renouvelables, au Costa-Rica, en 2017, j’ai espoir. Le pays vise le zéro CO2 en 2021. J’ai espoir devant la réduction record du trou de la couche d’ozone, qui a atteint sa plus petite taille en 2017 depuis 1988 et devrait continuer à se résorber. J’ai espoir devant la plus grande réserve naturelle, préservée pour 16 ans, en Arctique et grande comme la Méditerranée à l’instar des 1,5 million de km2 préservés en Antarctique et qui en font la plus grande réserve marine du monde. J’ai espoir quand je vois les deux espèces de Kiwis de Nouvelle-Zélande passer, grâce à des mesures de protections, d’espèces "en danger" à espèces "vulnérables" éloignant le risque d’extinction. J’ai espoir devant les 66 millions d’arbres plantés, en 12 heures, au nord de l’Inde pour lutter contre les changements climatiques. J'ai espoir quand le vois que la Chine, autrefois premier marché pour les défenses d'éléphants de contrebande, vient de promulguer, le 28 décembre 2017, l'interdiction totale du commerce de l'ivoire. "A partir d'aujourd'hui, l'achat et la vente d'ivoire et de produits de l'ivoire par les marchés, les magasins et les commerçants est hors-la-loi", a déclaré le ministère des Forêts sur son compte Weibo. Le ministère précise que l'interdiction porte aussi sur le commerce en ligne et sur les souvenirs achetés à l'étranger. J’ai espoir quand les Hommes sont de bonnes volontés même si j’exhorte à passer à la vitesse supérieure afin de gagner la guerre engagée contre la nature (selon les mots d'Hubert Reeves) et voir la conservation des équilibres écologiques l'emporter sur la destruction et l'effondrement.

Ainsi donc en 2018 je ne change ni d'idéaux, ni d'objectifs, ni de rêves, j’ai toujours espoir que la paix, la compassion et l’amour de l’autre et de notre Terre soient portés comme des étendards modernes et universels même si 2017 aura été une année catastrophique pour la Terre des Hommes. Et c’est avec cet espoir, accompagné d’une conscience éveillée, que j’aborde cette nouvelle année que je vous souhaite belle, heureuse, bienveillante, pleine de réussites décroissantes et d’amour.