Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

lundi 4 juillet 2016

NDDL : Nous avons perdu la consultation du 26 juin, avons-­nous, pour autant, perdu tout droit à nous opposer ?

Enseignante, maire de Bouguenais (44) et maman de plusieurs enfants, conseillère générale de Loire-Atlantique chargée de l’environnement, cela fait près de 40 ans que Françoise Verchère accumule les responsabilités depuis sa commune du sud de l’agglomération nantaise. Françoise Verchère est particulièrement connue, aujourd'hui, pour sa résistance au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et est l'auteure d'un livre accusateur sur le sujet "la fabrication d'un mensonge d'Etat". Ci-après elle nous livre, sur la consultation du 26 juin dernier, une tribune, comme à son habitude, d'une pertinence remarquable et bizarrement reprise par aucun journal. Je me permets donc de vous la livrer là, n'hésitez pas à partager.

Depuis le 27 juin, on entend en boucle cette critique prévisible : « Vous avez perdu, vous devez respecter le suffrage universel, vous portez un mauvais coup à la Démocratie en continuant votre opposition. »

Cette réaction n’est pas étonnante, elle paraît même au premier abord « logique », mais pour ne pas rester à la surface des choses, la pensée mérite toujours un peu de temps, de raisonnement et plus de 140 caractères… Essayons donc d’y voir plus clair.

Première critique : on nous renvoie à l’épisode encore douloureux du referendum de 2005 sur la constitution européenne. Le peuple vote « Non », et l’on bafoue son vote quelques mois plus tard en faisant adopter par le parlement le traité de Lisbonne qui permet l’essentiel de ce qui était inscrit dans la constitution refusée. Que ce scandale démocratique réel soit utilisé pour discréditer notre position est d’une parfaite mauvaise foi. J’ai pour ma part quitté à ce moment ­là le Parti Socialiste avec les conséquences que l’on sait. Ceux qui nous rappellent au respect de La Démocratie aujourd’hui peuvent-­ils d’abord me rappeler leur réaction écrite, orale ou les actes qu’ils ont posés à ce moment-­là ? Juste pour mémoire. Cela devrait en inciter quelques­ uns à plus de modération, voire au silence
Sur le fond maintenant : la consultation du 26 juin était une consultation pour avis, pas un referendum (extrait de la lettre reçue par chaque électeur : « Cette consultation a la valeur d’un avis. ».) Un avis n’engage pas et n’a pas valeur de loi. D’ailleurs, c’est ce que nous expliquent régulièrement les autorités qui ont balayé d’un revers de la main l’avis négatif du Comité de scientifiques chargés d’évaluer la méthode de compensation, l’avis négatif par voie de conséquence de la Commission d’enquête publique au titre de la loi sur l’eau, l’avis négatif du Conseil National de Protection de l’Environnement, l’avis négatif du Conseil Supérieur du Patrimoine naturel. Tout récemment et sur un autre sujet, le gouvernement a déclaré d’utilité publique la ligne LGV du Sud­ Ouest malgré l’avis négatif de la commission d’enquête. Qui s’en scandalise ?

Admettons pour le raisonnement que l’avis du peuple ait plus de poids. L’avis du peuple abolit­-il la loi ? NON. La question posée n’étant pas « Êtes-­vous pour l’abolition de la loi sur l’eau ? », tout le monde conviendra que même si le peuple dit vouloir un nouvel aéroport, ce désir ne peut effacer les règles fixées par la loi. Visiblement, cela n’a pas l’air d’émouvoir ceux qui ne cessent de nous rappeler au respect des règles républicaines. A ce jour le résultat de dimanche ne fait donc pas du projet de NDDL un projet légal, ni au niveau national ni au niveau européen.

Seconde critique : on nous dit que, si nous n’acceptons pas de jeter l’éponge, nous n’aurions pas dû participer à la consultation mais appeler au boycott. Quelqu’un peut-­il me donner l’exemple d’un boycott réussi de consultation populaire ? Certes la participation aurait été en baisse mais des électeurs se seraient évidemment déplacés pour voter non. Le score final aurait parfaitement convenu au gouvernement car on oublie bien vite le taux de participation de toute élection. La remplaçante de JM Ayrault a été élue dernièrement par 14,5 % des électeurs, compte tenu du taux d’abstention ; la voit­-on douter un instant de sa représentativité ?Nous étions piégés de toute façon : le périmètre de la consultation a été choisi pour que le OUI l’emporte, à partir d’un sondage. Participer, c’était perdre et nous avons perdu mais en faisant baisser le score du Oui par rapport au sondage. Ne pas participer, c’était perdre aussi. Et dans ce cas que n’aurions ­nous entendu sur notre peur de passer par les urnes et notre refus de la démocratie ? !

C’est pourquoi nous avons dit dès le début collectivement que nous participerions mais que le vote ne nous engagerait pas à arrêter toute contestation ( cf supra, sur la légalité du projet).

Sur le principe même d’une consultation : en mars 2015, lors de notre audition par la commission spécialisée d’Alain Richard, nous avions dit notre méfiance sur le principe d’une consultation en ces termes : « Le Président de la République a évoqué le recours au referendum pour trancher des situations bloquées. Est­ce une bonne solution ? Nous sommes circonspects sur cette proposition car les questions que pose un referendum sont nombreuses : le périmètre, la formulation de la question (pour ou contre un projet ou bien un choix entre plusieurs solutions ?) le temps de l’information de la population, les moyens matériels et financiers donnés aux parties présentes, tout peut être sujet à débat… et à
La France n’a pas la culture de la « votation citoyenne » contrairement à la Suisse. Dès lors proposer un referendum in fine n’est-­ce pas surtout révélateur d’un sérieux déficit de concertation et de débat en amont ?

Bien que félicités pour notre travail d’analyse, nous n’avons évidemment pas été entendus. Et toutes nos craintes ont été confirmées : périmètre biaisé, pas d’alternative alors que le rapport des experts de Ségolène Royal aurait dû servir de point d’appui à la consultation comme l’avait promis la ministre, information de la population de manière discutable pour le moins, utilisation anormale de moyens publics (bulletins municipaux, site internet et extranet, position des maires). Inutile au demeurant de se lancer dans un contentieux post­électoral, nous n’avons aucune chance de gagner. Où sont les dénonciations de tout cela par les zélateurs de la Démocratie ?

Dernière critique déjà entendue : il semble qu’on ne puisse plus utiliser le simple mot de résistance sans se faire reprocher de bafouer les héros de La Résistance. Qu’on ne puisse plus non plus rappeler que légalité et légitimité sont parfois en opposition. Qu’à part contre une dictature à la Pinochet (chacun mettra le nom du dictateur de son choix), seule l’obéissance serait de règle, parce que c’est pire ailleurs et que malgré tout « on est encore en démocratie ». Même si notre
« démocratie » est malade gravement, même si ceux qui se gargarisent du mot le vident de son sens et de ses valeurs, même si petit à petit nous allons vers une démocratie d’apparence, comme dans les meilleurs romans d’anticipation… Pour un peu, c’est nous qui serions coupables de la montée du Front National, du climat social dégradé, et peut-­être même de l’échec de la lutte contre le terrorisme…

Il y aurait tant à dire… et le bac de philo est derrière nous. Qui se soucie de la philo du reste ? En quelques mots cependant : Antigone et Créon sont les figures de l’affrontement entre légalité et légitimité (bien avant De Gaulle et Pétain !). Or Créon n’est pas un tyran, ni un nazi avant l’heure. Il veut la paix pour sa ville, après les affrontements meurtriers entre les frères d’Antigone ; il pense que le bien public et la restauration de l’ordre nécessitent qu’il y ait un bon et un méchant (pour édifier le peuple qui ne vote pas à l’époque), d’où son refus de la sépulture pour un des frères d’Antigone. D’où la rébellion de cette dernière. Au nom d’une valeur pour elle supérieure : son respect des rites funéraires.

Ce qui fait que nous maintenons notre opposition et notre résistance au nouvel aéroport, c’est précisément que la consultation ne fait pas de NDDL un bon projet, ni un projet anodin. Le réduire à la destruction de quelques hectares de terres agricoles, sans plus de conséquences, est un raccourci édifiant.

Mes valeurs supérieures à moi, qui ne me suis jamais prise pour Antigone, sont les suivantes : la recherche de la vérité, le refus de la destruction irréversible, le respect du vivant. Et si je me bats avec tant d’autres pour les tritons de NDDL, ou pour la poignée d’agriculteurs qui y restent (pour reprendre la moquerie habituelle des pro­aéroport), c’est parce que je ne peux plus regarder mes tout petits­enfants sans être terrorisée, à tout point de vue, par le monde que nous allons leur laisser.

Françoise Verchère, coprésidente du CéDpa

mardi 28 juin 2016

NDDL, pour nous ce sera toujours NON !!!!

Écologistes et amoureux de l’environnement, scientifiques et habitants de Notre-Dame-des-Landes se réveillent avec le mal de crâne. La stratégie du gouvernement, à travers une consultation contestée au Conseil d’État, aura fini par payer. Le « Oui » à l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes l’emporte avec l’abstention de la moitié de la population. « Une bien mauvaise nouvelle de plus pour la biodiversité qui n'en a pas besoin. » nous dit Nicolas Hulot


Il est bon, en préambule, de rappeler que CE pseudo-référendum n'a JAMAIS été demandé par les opposants et que ses modalités et périmètre n'ont jamais été discutés ni négociés. Ce n'était pas négociable, c'était un dictât. Pourtant, en démocratie, pour que le résultat d'un vote soit accepté , il faut que le processus de vote le soit aussi. Et ici, l'aire de vote, réduite au seul département de la Loire Atlantique, a été choisie pour justement choisir le résultat du vote. Pour que cette consultation ne puisse pas être contestée, il eu fallut trouver un consensus dans le corps électoral et ne pas l'imposer... La démocratie ce n'est pas la loi du plus fort, mais le respect des minorités dans une décision majoritaire acceptée et comprise par tous. Mais de cela les socialistes n'en n'ont cure. Dimanche nous avons donc eu un résultat sur mesure pour une consultation sur mesure. Là-dessus, au moins, les bétonneurs ne se seront pas trompés.

Cet Ayraultport n'est donc plus l'aéroport du Grand-Ouest, ni même celui de Nantes ou de Notre-Dame-des-Landes car le Grand-Ouest n'aura pas pu donner son avis, comme le reste des contribuables qui payeront, tout de même, un « bel » investissement pour Vinci et les territoires les plus directement concernés n'en veulent pas. Appelez le, ch'ais pas moi, Ayraultport Valls-Vinci.

Ainsi donc, 55% des électeurs (qui ont pris part au vote) ont voté en faveur de ce grand projet inutile. « Ainsi, le bétonnage, l’étalement urbain, le remplacement de la campagne par un magma urbain informe ne sont pas seulement l’apanage des décideurs, des lobbies, des grands distributeurs, des bétonneurs de toutes professions, des élus que l’on soupçonne souvent (et pas forcément à raison) d’être corrompus. Le bétonnage, ce sont aussi des électeurs qui le veulent. » nous rappelle Olivier Razemon (Le Monde - 27 juin 2016)

Ainsi donc, dimanche 26 juin 2016, 55% des électeurs ont dit "OUI"...

OUI au dérèglement climatique et à la destruction de la nature.
Oui à la destruction d'espèces rares et protégées.
OUI à l'imperméabilisation des zones humides
OUI à l'impossible compensation,
OUI à l'artificialisation des terres agricoles,
OUI surtout si ce n'est pas derrière chez moi !
OUI à un projet inutile, énergivore et dispendieux
OUI à la toute puissance des multi-nationales

Mais qu'est allé faire le PCF dans cette galère ? Comment ont-ils pu faire campagne pour le projet d'une multinationale capitaliste qui ne créera pas d'emplois (ce n'est pas le but d'une multinationale, son but est de faire de l'argent avec un minimum de salariés) mais qui, de plus, emploiera (exploitera), le temps du bétonnage, des travailleurs détachés ? « Le premier ministre Manuel Valls l’a reconnu lui-même puisqu’en décembre dernier il a déclaré que la construction de l’aéroport de Notre-Dame des landes conduirait à la fermeture d’aéroports à la pointe bretonne. Quimper et l’aéroport civil de Lorient sont particulièrement concernés alors même qu’aucune garantie n’a été donnée pour la construction de la Ligne grande vitesse entre Quimper-Brest et Rennes. » Christian Troadec (maire de Carhaix – Ouest-France – 27-06-16). Comment ont-il pu accepter cela ? D'un autre coté rien de vraiment étonnant, comme me le rappelle Yves Paccalet, « le PCF s'est violemment insurgé contre ces écolos moralisateurs et irresponsables qui mettent en danger l'emploi dans les abattoirs infâmes , inhumains, sadiques... »

« Bien sûr, ceux qui ont demandé ce référendum doivent respecter sa conclusion. Ce n’est pas notre cas. Nous ne sommes donc nullement tenus. Mais au-delà de cela, voyons le fond. La démocratie et le vote sont un système de décision, pas un mode de conviction. On vote, une majorité est réunie, sa décision s’applique. Mais personne n’est obligé de changer d’avis. Ni de stopper son action d’opposition. C’est bien pourquoi les partis qui perdent les élections ne se dissolvent pas après leur défaite et continuent à défendre leur point de vue. » Jean-Luc Mélenchon (29-06-16)

Ainsi les opposants se sont toujours opposés à CE référendum là !!! Cette opposition n'est pas nouvelle, il n'est donc pas étonnant que nous refusions d'en reconnaître le résultat. Cette consultation, actée uniquement par Vinci et ses valets, reste, pour nous, inique et infâme puisque organisée pour plébisciter une décision sans réelle équité ni impartialité de la part des communes et de l'état.

« Pour beaucoup, ce « Oui » est une victoire symbolique d’un modèle de société malade où tous les coups sont permis, de la manipulation des électeurs à la transgression politique des lois » Mr Mondialisation (27-06-16)

L’ACIPA, malgré ses réserves, avait choisi de faire campagne pour le NON aux côtés des autres organisations de la Coordination des opposants. Il était naturellement impensable de laisser le champ libre aux porteurs du projet et de ne pas profiter de cette fenêtre médiatique pour dénoncer sans cesse leurs mensonges et continuer à porter à la connaissance du plus grand nombre les justes raisons de son long combat sur un dossier si complexe.

Qu’aurait-on entendu si l’écart des voix avait été bien supérieur par absence d’un des deux camps ? Si les opposants avaient boycotté cette campagne, les partisans du « Oui » auraient su nous le reprocher. Reproché de ne pas accepter la démocratie directe alors que cela fait parti de nos fondamentaux. Reproché de de faire la politique de la chaise vide. Reproché de ne pas vouloir trouver de voie de sortie. Cette consultation était, dans tous les cas, un piège pour les opposants. Les socialistes sont passés maîtres dans ce domaine (Cf la primaire de la Gauche).

Mais in fine « le piège s’est refermé [sur le gouvernement - ndt]. La consultation organisée le 26 juin 2016 en Loire-Atlantique ne résout pas le problème de fond. Elle va cristalliser les positions. » nous dit José Bové et rien ne dit que le Président, embourbé dans son propre piège, « n'envisage pas de laisser la patate encore fumante au prochain président de la République, qui, selon toutes probabilités, ne devrait pas être du genre à s'attendrir sur le cas de militants dans le maquis... » (Le point – 27-06-16). Oui car pour la Droite, un bon écologiste est un écologiste mort. Le risque est bien là. Combien de morts faudra-t-il pour que cette folie cesse ? Et quand le saccage de la zone humide exceptionnelle de Notre-Dame-des-Landes aura bien commencé, sera enfin révélé au grand jour combien ses partisans auront été les Nigel Farage du bocage. Des menteurs, des manipulateurs et, si l'on considère, comme le fait Hubert Reeves, que l'Homme poursuit une guerre contre la nature, alors ces gens sont des criminels, coupables de crimes contre l'Humanité, qui devraient être jugés et condamnés pour cela. Moi, au fond de moi-même, je les frappe d'ores et déjà d'indignité. Ceux qui s'opposent à ces criminels sont des héros qui redonnent de l'honneur à l'humanité.

Et que vive la ZAD de Notre-Dame-des-Landes !!!! 
Longue vie à la ZAD.

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Regardez en face ce que vous allez détruire à Notre-Dame-des-Landes ... 
après il sera trop tard ... 
définitivement.



dimanche 26 juin 2016

Après le brexit, appelons à un sursaut européen

Après des semaines d’une campagne tendue, manipulée et souvent nauséabonde, les britanniques ont tranché et se sont prononcé-es en faveur de la sortie du pays du projet européen. Ce vote constitue un coup porté à l’Union européenne et aux valeurs qui ont donné lieu à la naissance du projet européen : l’union pour la paix et le rapprochement des peuples sur le continent.

"Le Brexit est un électrochoc. Il faut revenir à l'essentiel : écouter les peuples pour refonder l'Europe." nous dis Manuel Valls. Quand le Matador au 49.3 se fend d'un trait d'humour qui peut le croire ? Mais sur le fond et le constat, il n'a pas tort, ce Brexit est bien l'échec de L'Europe du fric, des lobbies, des libéraux, des entreprises et des multinationales, graals tout puissants encensés au détriment des citoyens ... citoyens suppliciés sur l'autel des marchés. Ce Brexit est le résultat de l'abandon des familles face à la misère et la précarité que notre mondialisation inhumaine réclame. Ce Brexit est la victoire éclatante des xénophobes et des égoïsmes. Victoire qui aura fait jouir tous les populistes et haineux aux blonds cheveux que l'Europe possède.

L'Europe porteuse de tous les maux ? Europe technocratique et loin des préoccupations réelles ? Je veux bien mais d'un autre coté, nous rappelle Lodovico Cassinari, "les Britanniques (ou du moins leurs gouvernements successifs) ont beaucoup contribué à réduire le projet européen à sa seule dimension de marché commun" … des gouvernements britanniques qui n'ont vu en l'Europe qu'un marche pied utilitaire au service exclusif de leurs intérêts nationaux sans jamais en accepter la philosophie des pères fondateurs, celle du partage et de la redistribution afin de porter tous ses membres et assurer la paix sur un continent qui n'avait jamais connu que guerres et conflits comme fonctionnement. À la décharge des anglais, il est vrai aussi que cet idéal est depuis longtemps foulé du pied par la finance qui ne voit pas L'Europe comme une terre d'Hommes mais comme une réserve de consommateurs. La finance qui après avoir détruit les entreprises aura détruit l'idéal européen. Les libéraux n'ont pas de quoi pavoiser.

Pourtant, au lendemain du résultats certains, en Grande-Bretagne semblent avoir la gueule de bois. Selon The Washington Post, de nombreux Britanniques auraient voté sans avoir réellement pris connaissance de ce qu'est l'Union européenne. Une Londonienne, dont le tweet est relevé par Slate.fr, assure avoir entendu une dame déclarer au pub avoir voté "'Leave' parce que je pensais que nous resterions".Sur Twitter, un député conservateur a ainsi indiqué que, dans sa circonscription, il a croisé de nombreux électeurs "qui ont voté 'Leave' pour que le 'Remain' ne l'emporte pas avec une grande majorité". "Je suis choqué, je ne pensais pas que cela allait arriver" "Je ne pensais pas que mon vote allait être aussi important" (il est vrai qu'à la décharge de cet électeur on est pas très habitué à ce que nos votes changent quoi que ce soit) : certains partisans du Brexit regrettent déjà leur choix .. mais on aura les mêmes en 2017 en France, nous dit, sur Facebook et avec pertinence, Cyril Cognéras ... "Non mais tu vois ?... je croyais pas vraiment qu'elle serait élue... et Ali je lui achetais des kebabs... euh je croyais pas qu'elle l'expulserait en Turquie... il était communiste kurde... et la CGT, ils m'ont aidé... euh je croyais pas qu'elle l'interdirait... et le droit à l'avortement je n'aurais jamais cru qu'elle reviendrait dessus ni sur les droits des femmes ... Je vote FN juste pour protester, ch'uis pas raciste, mais euh je regarde Nrj12 et TF1, alors tu vois ? Euh... tu vois?..." Oui je vois... Je vois aussi, à l'instar de Yves Paccalet, que sans l'Europe, "il n'y aurait pas Natura 2000, mais des Center Parcs, des pistes de ski ou des grands magasins partout à la place des zones humides ou naturelles; les loups et toute la faune sauvage se retrouveraient sans aucune protection ; il n'y aurait pas non plus d'Erasmus, ni de redistribution d'argent pour les zones défavorisées et l'agriculture bio, il n'y aurait pas d'euro ni de libre circulation de personnes, etc. Je veux bien qu'on soit anti-européen effréné, mais il faut se renseigner un peu avant de voter "out" sur ce qu'on perdra quand on se retrouvera en Franxit, sous l'autorité de Marine Le Pen."

Espérons pourtant que nous serons collectivement sages pour en tirer toutes les conclusions et pour, enfin, construire une Europe sociale et écologique porteuse d'espoirs et de désirs d'avenir ... TAFTA sera un bon test. Mais l'honnêteté me pousse à avouer que j'ai des doutes devant tant d'année "d'après élections" où nos politiques nous affirment, inlassablement, la main sur le cœur, persuadés que nous les croyons, qu'ils ont entendu le message des électeurs et que plus rien ne sera jamais comme avant. L'histoire leur a toujours donné tort ... the show must go on for business as usual. Les affaires ont toujours continué sans trêve, au détriment des peuples et de l'environnement, pour finir par stopper le projet européen, miné par l’accaparement des décisions par quelques aux profits d'une minorité possédante. Le choix semble donc désormais se situer entre le repli nationaliste ou la refondation du projet européen. Pour les écologistes, dont je me réclame, ce renouveau n’a jamais été aussi nécessaire et le statu quo ne peut être envisageable. L’Union européenne doit redevenir ce qu'elle à toujours été, c'est à dire une terre porteuse d'espoirs, de réponses aux défis actuels des crises sociales, écologiques, climatique, énergétique et métallique, de paix et de vivre-ensemble, de prospérité partagée dans la liberté et les équilibres écologiques, de protection des plus humbles contre la prédation d'un petit nombre, redistributive et consciente de ses dettes vis-à-vis des pays dit du sud.

Alors au lendemain de ce jour historique je garderai tout de même mon amitié pour nos voisins et amis anglais car je n'oublie pas notre histoire commune, je n'oublie pas comment, après des siècles de guerres et suite à la proposition faite, le 16 juin 1940, au gouvernement français par Jean Monnet et Winston Churchill, nos deux pays ont failli fusionner afin d'unir leurs forces face au péril nazi et j'aime combien, eux comme nous, nous aimons mutuellement faire vivre, dans une véritable et profonde tendresse fraternelle, notre rivalité ancestrale. Je suis juste triste de cette frontière qui se dresse maintenant entre nous.

mercredi 22 juin 2016

Ce n'est plus du ras le bol, c'est de l’écœurement et de l'inquiétude.


Aujourd'hui le gouvernement a interdit* une manifestation syndicale prévue demain. Un gouvernement qui se dit de gauche vient d'interdire l'expression légitime et constitutionnelle d'un mécontentement social. Selon le gouvernement, la police serait fatiguée d'être sur tous les fronts (ce qui est son travail soit dit en passant). Terrorisme, Euro-2016, manifestations... Ainsi pour alléger le fardeau de la police, Valls plutôt que d’éliminer l'une des sources des perturbations actuelles, en l’occurrence la loi El Khomri/travail refusée par près de 80% des Français, il décide d'interdire la manifestation du 23 Juin tout en sachant pertinemment que les manifs auront lieu quand même. Tu parles d'un temps de repos !

Ainsi donc l'UEFA, exonérée d'impôt, mobilise trop le service publique de sécurité pour que les citoyens, qui paient pour lui, puissent manifester en toute sécurité ? Mais il est vrai que le foot c'est - nous dit-on - la fête, contrairement aux rabat-joies de la CGT, que c'est un grand moment de communion des peuples et, surtout, que ça rapporte des tunes aux multinationales qu'importe les blessés lors des heurts entre supporters et les dégradations des biens privés et publics. Et puis c'est pas comme si cela donnait une mauvaise image de la France puisque c'est du foot !!!! C'est du foot !!!! Du foot on vous dit !!! C'est génial le foot malgré son monde de merde et parfaitement détestable, son monde de fric, de sous-culture omniprésente, de marketing et de consommation carbonée, de haine, de nationalismes et de régionalismes, de violences, de béton dégueulasse, d'exploitation des plus pauvres... la pelouse du stade de Lille a été transportée par camion frigorifique depuis la Slovaquie par le fournisseur autrichien. Certains rouleaux ayant gelé pendant le transport, ils auront été repeint en vert avant les matchs pour masquer l'aspect déplorable. D'autres stade sont équipés de rampes de « luminothérapie » et ventilateurs pour permettre à la pelouse de pousser décemment. Le foot est à l'image de notre monde : Absurde, futile et inconséquent. Mais c'est quand même génial le foot, on vous dit !  C'est génial le foot et il ne faudrait pas que les méchants militants de la CGT entravent l'expression de la joie des gentils footeux.

Interdire une manifestation syndicale ou quand l'entêtement se mélange à l'aveuglement sur l'échelle des valeurs, cela donne l'autoritarisme. Mais il serait pourtant injuste de dire que ce Gouvernement va de renoncements en trahisons, car ce serait oublier ses ridicules tergiversations en tout genre. Hollande ou l'art consommé de mécontenter les « pour » comme les « contre », il y a du génie dans ce Gouvernement. Hollande, Président de notre meilleur des mondes, ou l'art d'amalgamer, sans honte, en désignant les casseurs, qui sévissent lors les manifestations, comme issus de la ZAD de NDDL et des rangs de la CGT. Not'president serait-il allé faire un stage de désinformation et de manipulation en Corée du Nord ? Pitoyable !!!! Mais qu'est-ce qui est le plus pitoyable ? Qu'il l'ait dit ou que le bon peuple croit à ce mensonges éhonté ?

je suis tellement déçu de ce gouvernement, et cela depuis des années, que cet énième événement n'arrive plus à me révolter comme il se devrait. Pas plus révolté que cela car pas vraiment étonné. Ils sont capables de tout pourvu que les lobbies et les footeux soient contentés. De Gauche ce gouvernement ? Quelle honte que de se prétendre de ce si noble courant de pensées et de le trahir depuis tant de temps ! Je commence vraiment à être fatigué d'être indigné, cela a commencé avec le « bruit et l'odeur » de Chirac puis s'est poursuivi avec le quinquennat de Sarkozy puis celui de Hollande. Cela commence a être long. Même les résistants de 39-45 n'avaient pas dû se battre aussi longtemps. Nous auront-ils à l'usure ?

« Ce n'est plus du ras le bol, c'est de l’écœurement que je ressens. Et dire qu'il faut encore patienter un an !!! » me dit mon ami et très « Les Républicain », Franck D.B. « Mais qu'est ce que vous ferez de mieux dans un an que vous ne l'avez fais avant ? » lui répondis-je. « Interroge toi - continuais-je - sur le pourquoi nous ne voulions plus de vous ? Parce que vous avez été aussi nuls que les socialistes au pouvoir aujourd'hui sont nuls et décevants. Demain vous serez toujours aussi nuls mais, en plus, vous serez méprisants, comme vous savez l'être, pour les plus humbles, préférant servir vos copains milliardaires et lobbyistes. Et en plus vous voulez supprimer le droit de manifester comme dans une bonne dictature. Raffarin (sur I-Télé) voudrait interdire les manifestations sous prétexte qu'elles « dérivent de façon scandaleuse ». Quand à Juppé il ferait, dit-il, un « État de guerre total, sans manifestations ». Cela doublé d'un programme économique à la papa qui n'est que le retour d'une politique d'un passé qui a fait faillite mais qui flatte la nostalgie d'un temps révolu. Devant les défis écologiques, climatiques et énergétiques qui se posent aujourd'hui et demain et qui interrogent sur notre durabilité, la solution n'est sûrement pas dans vos solutions dépassées et qui ont prouvé combien elles étaient inefficaces (augmentations des inégalités, précarité en hausse, destruction de l'environnement en totale progression). Vous ne prenez jamais rien à bras le corps si ce n'est la démagogie. Votre politiques c'est ordre et sécurité aux détriments des libertés fondamentales, c'est stigmatisation et exploitation, c'est productivisme, consommation carbonée, gaz de schiste, soutien à l'agriculture polluante et cancérigène, soutien au TAFTA, bétonnage et expansion urbaine.... Vous avez tout faux sur toute la ligne. De votre monde je n'en veux pas. »

Ainsi et plus j'y réfléchi, plus l'une des solutions me semble parfaitement et totalement évidente pour nous sortir du bourbier dans lequel nous sommes. Ces solutions passent par l'éducation, la culture et l'écologie sociale et solidaire. L'éducation et la culture afin de mettre en marche des peuples libres qui pourraient alors refuser les idées prémâchées, porteuses de tous les fléaux, concoctées par les multinationales et relayées par les partis dit de Gouvernements d'ici et d'ailleurs. Des peuples libres qui œuvreraient pour la construction d'un monde moins prédateur et plus en équilibre avec la Terre nourricière, un mode plus humain, un monde plus durable, un monde aux priorités inversées, un monde alternatif, … un monde plus désirable. Il y a de l'urgence dans l'air et l'honnêteté devrait pousser tout un chacun à reconnaître que cette urgence et les espoirs ne sont uniquement portées que par les écologistes associatifs et politiques du monde entier. Pourtant le doute sur cette possible prise de conscience s’installe en moi quand je ressors de conversations telles que celle que j'ai eu, dernièrement, avec un collègue qui était d'accord avec moi pour reconnaître que Hulot serait potentiellement un excellent candidat, car il semble être un homme honnête, avec des idéaux essentiels et qui entrent dans le nécessaire changement de priorités si l'on souhaite relever les défis de la durabilité. D'un autre coté il était également d'accord avec mon constat d'échec des politiques actuelles et passées, qu'elles aient été portées par le PS ou l'UMP, et que ces partis (englobant le FN of course !) ne pouvaient rien résoudre puisque que leurs politiques libérales, productivistes et croissantistes, tant nationales, qu'européenne, qu'internationales étaient Le problème. Il était d'accord avec moi pour dire que nos politiques actuels sont nuls, médiocres et parfaitement incompétents pour relever les vrais défis qui conditionnent la durabilité et éviter l'effondrement qui guette comme d'autres civilisations l'ont subit dans le passé.

Ainsi je croyais que la conclusion, en matière de vote, allait de soi, s'imposait, mais je me trompais. Mon collègue de me dire que, malgré tout l'intérêt qu'il voyait de mettre à la tête du pays un candidat qui porte les idées de l'urgence écologique et sociale et de la pertinence de cela, il préférait voter pour « les nuls » car eux avaient plus de chance de passer ?!?!

Ce n'est pas la première fois que j'entends ce raisonnement mais il ne cesse de m'interroger. 

Et ce n'est pas la montée des populistes tel que Trump aux Etats-Unis, tel que Virginia Raggi en Italie, tel que Marine Le Pen en France, tel que le Parti de la Liberté d’Autriche (FPÖ) en Autriche, tel que Aube Dorée en Grèce, tel que Rodrigo Duterte aux Philippines, tel que Jaroslaw Kaczynski en Pologne, tel que le Brexit en Grande-Bretagne et la montée de l'Euroscepticisme, qui sonnent comme de mauvais règlements de compte des peuples sur leurs élites et le peu d’appétence de ces mêmes peuples pour leur habitat, qui sont susceptibles de me rassurer.

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* Au final, en fin de journée, nous apprenons que la manifestation de demain est autorisée. A l'instar d'autres personnes, je me félicite que la raison l’ait emporté et que la manifestation de demain soit finalement autorisée. Toutefois, le gouvernement, pour ne pas sembler perdre totalement la face, rappelle qu'aucun débordement et aucune violence ne sauraient être tolérés. Rappelons qu'il n'est pas de la responsabilité des organisations syndicales d'assurer la protection de biens et des personnes mais de celle des forces de l'ordre. Pour autant, le fait d’avoir annoncé dans un premier temps l’interdiction de la manifestation marque une tentation autoritaire de l’exécutif très inquiétante pour notre pays déjà dénoncée par l'Europe et les Nations Unies lors de la COP21 : « L'état d'urgence en vigueur en France et la loi sur la surveillance des communications électroniques imposent des restrictions excessives et disproportionnées sur les libertés fondamentales » avait averti en janvier dernier un groupe d'experts en droit de l'homme des Nations Unies. Un comble pour le pays des droits de l'Homme.

vendredi 17 juin 2016

De l'instrumentalisation des vitres de l'Hôpital Necker - Témoignage d'un parent.

"Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ?"



Un lecteur de lundimatin a fait parvenir ce témoignage à vif.

"Hier, il y avait des centaines de milliers de manifestants dans les rues de Paris. En tête, des milliers de personnes, cagoulées ou non, syndiquées ou pas, se sont retrouvées pour tenir la dragée haute à un dispositif policier hors norme.

Je comprends facilement ce qu’il peut y avoir de désespérant là-dedans pour le gouvernement. Alors que l’on pouvait imaginer qu’au fil des semaines et des mois, la rue se fatigue et la violence soit de plus en plus isolée, c’est tout le contraire qui se passe : la peur de la police ne dissuade pas.

Hier, les manifestants ont commis de nombreuses dégradations. Pour celles que j’ai pu constater, elles étaient toutes « ciblées » : banques, assurances et publicités. Je ne suis pas sûr que cela nécessite beaucoup de débat. Il n’est pas certain que le monde de la finance tremble à chaque fois qu’un distributeur de billet est vandalisé mais que la jeunesse y voie un symbole, je le comprends parfaitement. Qu’une assurance doive appeler son assureur et demander le coût de la franchise, je dois avouer que lorsque j’y ai pensé, ça m’a fait rigoler. Ces gens engrangent des milliards en ponctionnant la solidarité. Quant aux publicités détruites, c’est — malgré la méthode—, la meilleure chose qui puisse leur arriver.

Au milieu de tout cela, quelques vitres de l’hôpital Necker ont été brisées. Bien que les vitres en question n’aient pas d’autre rôle que celui d’isolant thermique : j’en conviens grandement, ce n’est pas très malin.

Certes, briser les vitres d’un hôpital, même par mégarde, c’est idiot ; mais sauter sur l’occasion pour instrumentaliser la détresse des enfants malades et de leurs parents pour décrédibiliser un mouvement social, c’est indécent et inacceptable. Et c’est pourtant la stratégie de communication mise en œuvre depuis hier, par MM. Cazeneuve et Valls. Allègrement reprise par la droite et relayée sur un plateau doré par tous les médias.

Je le dis d’autant plus volontiers que l’hôpital Necker, j’y ai passé beaucoup de temps et que la détresse et l’angoisse des parents d’enfants très malades, je vois particulièrement bien ce que c’est. Instrumentaliser cette souffrance à des fins aussi bassement politiciennes est abjecte.

Cette indécence est d’autant plus choquante lorsque l’on connaît la situation de l’hôpital public aujourd’hui. MM. Valls et Cazeneuve, « révoltés » du fond du cœur par cinq vitres brisées, le sont-ils autant par les conditions de travail effarantes des personnels hospitaliers ? Lorsqu’un généticien clinique doit travailler 70h par semaine car la direction de son hôpital n’a pas les moyens d’employer un nouveau docteur ni même une secrétaire, quelles en sont les conséquences sur tous ces gentils petits enfants malades au chevet desquels nos ministres accourent depuis hier ? Quand les aides-soignantes et les infirmières sont épuisées, usées jusqu’à la moëlle et rémunérées au minimum, qu’en est-il de la qualité des soins et de l’attention nécessaires à ceux qui passent des mois voire des années dans des couloirs d’hôpitaux ?

Lorsqu’ils mettent sur le même plan « émotionnel » des plaques de verres cassées et ces centaines de milliers de familles éprouvées, MM. Valls et Cazeneuve, n’ont-ils pas honte ? Et tous ces journalistes qui ont titré sur cet horrible assaut contre l’hôpital des « enfants malades », prennent-ils la mesure du sens de leurs mots ?

La palme de l’infamie revient évidemment à M. Cazeneuve qui a tout de même réussi à ajouter à l’équation le fils des deux policiers tués avant-hier.

Des centaines de milliers de personnes défient le gouvernement dans la rue. Une ou deux cassent le double vitrage d’un hôpital. Une ordure tue deux policiers à l’arme blanche. Leur fils de trois ans est en soin à Necker. M. Cazeneuve établit un rapport émotionnel, affectif et psychique entre ces deux séries de faits : la lutte contre la Loi Travail et son gouvernement, le choc produit par la brutalité de ce double meurtre et la situation dramatique de cet enfant. Si les jeunes émeutiers qui ont cassé les vitres de Necker ont été idiots, MM. Valls et Cazeneuve, eux, sont obscènes.

Plutôt que de courir les plateaux télés pour dire des conneries pareilles, retirez la loi travail, financez correctement les hôpitaux et épargnez aux enfants et à leurs parents votre ignoble instrumentalisation. Merci d’avance."

Un parent d’enfant très malade de l’hôpital Necker

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Pour approfondir le sujet :

Libération : 
"L'hôpital Necker a-t-il vraiment été «dévasté» par les «casseurs» ?"

L'Obs et Rue 89 : 
"Prétexte providentiel : l’enfant, les casseurs et l’hôpital Necker"

Le Monde : 
"Dégradations à l’hôpital Necker - ce qu’il s’est passé"

BFM TV : 
"Un syndicat de policiers dénonce les consignes reçues pendant les manifs"

jeudi 9 juin 2016

L’humanité triomphe, elle gagne, s’étale, prend la place.

Il y a un an Yves Paccalet écrivait ce texte et son constat est malheureusement amère, en un an, hélas, zéro progrès pour la nature ... et avec l'euro et ses jeux du stade, ce n'est pas près de changer. Je partage complètement ce texte, merci à Yves de l'avoir écrit.


Loups, requins, renards, blaireaux, corbeaux, serres d’Auteuil : détruisons au plus vite tout ce qui est beau !

L’humanité triomphe. Elle gagne, s’étale, prend la place. Elle élimine ce qui la dérange sur la planète, voire ce qui a la simple audace d’exister. Elle tolère quelques végétaux et animaux si c’est pour les manger ou les asservir à ses activités économiques ; pour en faire des attractions touristiques ou des jouets familiers ; pour les torturer dans une arène ou un cirque ; pour les dépouiller de leurs plumes, de leurs défenses ou de leur fourrure…

Toute autre présence de ces « étrangers » (y compris celle des Homo sapiens immigrés) est tenue pour une agression, à laquelle nous répondons avec nos armes de destruction quotidienne. Nous éliminons. Nous traquons. Nous déterrons. Nous « effarouchons » (ah ! la belle litote, pour une balle en plein cœur !). Nous « prélevons » pour équilibrer le milieu. Nous luttons contre les « envahisseurs » que nous voyons immanquablement « pulluler » ou « grouiller », alors que nombre de ces espèces sont menacées d’extinction. Nous continuons d’inscrire quantité de « nuisibles » sur des listes écologiquement absurdes et humainement atroces, mais grâce auxquelles nous offrons à nos chasseurs et à nos cracheurs de pesticides un permis de tuer à perpétuité.

Dans une seule journée de la semaine dernière, j’ai appris qu’en Tanzanie, les populations d’éléphants se sont effondrées de 103 000 à 43 000 sujets en cinq ans ; que le rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest est officiellement éteint ; que les requins continuent d’être pêchés dans toutes les mers pour leurs ailerons ou leur foie, et éliminés parce qu’ils gênent les baigneurs et les surfeurs ; que 120 000 antilopes saïgas d’Asie centrale sont mystérieusement mortes en trois semaines au Kazakhstan, certains disent de pollution chimique ou nucléaire…

J’enregistre la litanie de ces désastres. Or, dans le même temps, de quoi les journaux (radio, télé, Internet ou papier) forment-ils leurs gros titres ? Ils mettent à la « Une » les déclarations fumeuses d’un berger de 16 ans, nommé Romain Ferrand. Celui-ci affirme avoir été « menacé » dans la forêt de la Blanche, près de Seyne-les-Alpes, par une meute de loups. Le jeune homme dit avoir observé ces prédateurs en pleine nuit, quoique sans lampe. Il a vu « luire leurs yeux jaunes », et les fauves « couraient à une vitesse phénoménale »…

J’ai l’impression de relire les « témoignages » hallucinés de certains habitants du Gévaudan, à l’époque de la « Bête ». L’adolescent aurait compté treize de ces animaux diaboliques, qu’il aurait pourtant mis en fuite d’un simple coup de fusil tiré en l’air… Sur le site du journal La Provence, le journaliste de service transmue l’histoire en délire : « Il a échappé au pire : encerclé par la meute, Romain Ferrand a dû tirer pour s’en sortir ! » Quasiment un héros de roman d’aventures dans le Grand Nord ! Je rappelle que le précédent « cas » supposé d’attaque de loup contre un humain s’est déroulé en 2001, dans le Mercantour. Lui aussi a fait les gros titres. C’était une affabulation : l’éleveur était tombé dans un éboulis, et avait tenté de faire croire que ses blessures étaient dues aux crocs de la « bête féroce ».

En France, en tout et pour tout, ne vivent que 300 loups. Ces animaux n’ont pas été réintroduits par un quarteron d’écolos irresponsables, mais sont venus d’eux-mêmes dans notre pays, en 1992, depuis l’Italie où ils étaient protégés, en franchissant la crête alpine qui sépare l’Argentera du Mercantour. On dénombre (chiffres ronds) plus d’un millier de ces animaux en Italie, 2 000 en Espagne et 2 500 en Roumanie. Ces « fauves » ne causent guère de souci dans ces derniers pays, où les troupeaux sont correctement gardés. En France, ils servent de prétexte à certains potentats locaux, plutôt à droite sur l’échiquier politique, pour ne rien faire en faveur des éleveurs, et attiser des passions plus efficaces que la raison pour gagner les élections.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’on voie des préfets ou des maires prendre des arrêtés illégaux, où figurent des « quotas » de loups à fusiller, piéger ou empoisonner, et jusqu’au cœur du parc national des Écrins. Rien de surprenant, dans ces conditions, à ce que le nombre des « prélèvements » autorisés, pour l’ensemble du pays, fasse un bond de 24 sujets pour la campagne 2013-2014, à 36 pour la campagne 2014-2015 (projet gouvernemental). Une augmentation de 50% : mais en un an, la population de l’espèce n’a pas crû dans cette proportion…

En France, nous tuons des loups dont l’espèce est protégée par la Convention européenne de Berne, que nous avons signée. Ce pourrait être pis ! L’obsession assassine des autorités et de leurs bras armés, les lieutenants de louvèterie (une institution fondée par Charlemagne !), se heurte au travail des associations de protection de la nature, lesquelles (pour le coup) hurlent à juste titre avec les loups, et attaquent en justice chaque texte abusif. Merci Ferus (qui m’a fait l’honneur d’être son vice-président) ! Merci l’Aspas, le WWF et les autres !

Les humains sont partout pétris des mêmes peurs et des mêmes préjugés. Ce qui arrive aux loups n’est qu’un exemple de l’ignorance et de la violence qui caractérisent notre espèce, laquelle continue néanmoins à se prétendre la plus sage. La vérité est assez dure à formuler. Au fond, nous ne supportons pas la beauté sauvage, celle qui nous précède et (probablement) nous survivra… Nous sommes, sinon heureux, du moins recadrés et rassurés dans l’univers de l’artifice, du béton, du macadam, de la bagnole, de la malbouffe et de la pollution.

Quelques exemples supplémentaires ?

À la Réunion, l’hystérie ne se calme pas. Les autorités autorisent la mise à mort de nombreux requins tigres et bouledogues afin de « sécuriser » les lieux de baignade et les « spots » de surf. Sous prétexte que ces prédateurs sont attirés par les poissons des zones protégées de l’océan, certains ennemis des squales vont jusqu’à exiger qu’on détruise à la dynamite et au cyanure la splendide réserve marine de l’île, qui fut si longue et difficile à créer !

En métropole, des chasseurs, appuyés par leurs édiles, ont récemment lancé de nouvelles battues au renard – ce « nuisible » qui attrape et mange environ 10 000 campagnols par an ; et ne « vole » à peu près aucune poule… D’autres Nemrods de sous-préfecture préfèrent massacrer le corbeau – ce « nuisible » qui incarne aussi le plus intelligent des oiseaux. Sur la côte atlantique, on élimine non seulement les « nuisibles » cormorans amateurs (comme nous) de poissons, mais les « nuisibles » ibis, que les ornithologues qualifient plutôt de rarissimes. Ailleurs, d’autres obsédés de la gâchette continuent de déterrer le blaireau – ce « nuisible » qu’ils asphyxient au fond de son trou avec ses petits, et dont ils oublient qu’il joue un rôle éminent dans l’équilibre de la forêt…

Si j’étais plus méchant que de nature envers mon espèce, j’écrirais que l’homme n’aime que ce qui lui est « utile » selon les critères de l’économie marchande. Il tient en horreur le loup, l’ours, le requin, le dauphin, le crocodile ou l’éléphant parce qu’il ne goûte que ce qu’il a créé, perverti et sali lui-même. Raison pour laquelle il déteste également les étoiles du ciel… En formulant cela, je reste encore indulgent. La preuve ? À Paris, nos prédécesseurs avaient bâti un joyau d’architecture qu’ils avaient rempli d’orchidées, de broméliacées et d’autres fleurs du monde entier, lesquelles nous font l’offrande de la magnificence de leurs corolles et de la subtilité de leurs parfums. Ils avaient nommé cet édifice « les Serres d’Auteuil ». Or, les autorités s’apprêtent à détruire une partie de ce trésor botanique pour augmenter la superficie des terrains de tennis de Roland-Garros.

« Tchip ! Tchop !... Tchip ! Tchop !... Trente-quarante !... Jeu, set et match !... » Vous parlez d’une esthétique et d’une poésie ! Mais il en va ainsi dans notre civilisation : quiconque détruit la nature et la beauté du monde gagne le droit de rebaptiser son œuvre « progrès ».