"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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vendredi 11 novembre 2016

Trump, ou le plus grand "fuck you" jamais vu dans l'histoire de l'humanité

Quelques semaines avant la triste élection de Donald Trump, Michael Moore, qui garde les yeux ouverts, qui observe et se renseigne sur le Monde dans lequel il vit, prédisait le résultat lors d’une conférence filmée.

« […] Que Trump y croit vraiment ou non (à ses idées antisystème), là n’est pas le problème, ce qui est pertinent, c’est qu'il ait dit ces choses-là aux gens qui souffrent. Et c'est pourquoi tous les misérables, les infâmes, les travailleurs oubliés qui faisaient partie de ce qui s'appelait la «classe moyenne», aiment Trump. Il est le cocktail Molotov humain qu'ils ont attendu. La grenade humaine qu'ils pourront jeter légalement dans le système qui les a dépossédés, le 8 Novembre, jour de l'élection. Ils le pourront, même s'ils ont perdu leur emploi. Même s'ils ont été évincés par la banque et divorcés et maintenant que l'épouse et les enfants sont absents, que la voiture a été reprise, qu'ils n'ont pas eu de vraies vacances depuis des années, même s’ils ont essentiellement tout perdu ce qu'ils avaient... Ils ont encore une chose. La seule chose qui ne leur coûte pas un centime et qui est garantie par la Constitution américaine: le droit de vote! Ils sont peut-être sans le sou. Peut-être sans-abri. Malmenés et brisés. Ça n'a pas d'importance, car tout est égalisé ce jour-là. Un millionnaire a le même nombre de vote qu'une personne sans emploi: UN SEUL! Et il y a davantage de personnes issues de l'ancienne classe moyenne, que de gens dans la classe des millionnaires... Ainsi, le 8 Novembre, les dépossédés marcheront dans l'isoloir, avec un bulletin de vote. Ils fermeront le rideau, prendront ce levier —ou un stylo ou l’écran tactile— et mettront une grosse croix en face du nom de l'homme qui a menacé de bouleverser et de renverser le système qui a ruiné leur vie: Donald J. Trump! Ils voient que ces mêmes élites, qui ont ruiné leur vie, détestent Trump. CorporateAmerica déteste Trump. WallStreet déteste Trump. Les politiciens de carrière détestent Trump. Les médias détestent Trump... après l'avoir aimé et créé. Maintenant, ils le détestent. Et comme l'ennemi de mon ennemi est celui pour qui je vote, le 8 Novembre, l'élection de Trump va être le plus grand FUCK YOU jamais vu dans l'histoire de l'humanité. […] » - Michael Moore.

Ainsi donc le vote Trump, le Brexit ou bien l’abandon, par les citoyens, des idées humanistes de Gauche au profit de l’individualisme de la Droite ou de l’extrême droite, sont bel et bien l'expression absurde d'un raz-le-bol, justifié et légitime, du libéralisme et de la finance toute puissante, qui ne pensent qu'agent, bénéfices, croissance et chiffre d'affaires au détriment des humains. L’accord de libre-échange Nord-Américain (ALENA) qui a eu des effets désastreux, tant au Mexique qu'aux Etats-Unis, ou bien encore l'accord transpacifique, TPP, tant décrié par les Américains, ne sont pas étrangers à l'élection de Trump. Ce système inhumain, construit pour une ultra-minorité de privilégiés, où les salariés et l'environnement ne sont que des variables d'ajustement, où les gens se disent: « et moi là dedans ? Ne suis-je donc qu'une machine à produire de la richesse pour les riches ? », engendre le monstre. Ce sentiment d’abandon et de mépris qui se répand, assez justement, partout, engendre des réponses effrayantes de la part des électeurs

Ainsi une des causes de l'élection de Trump serait la mauvaise répartition des fruits de la croissance américaine. Il a été calculé que le 1 % les plus riches des Américains aura capté, à lui seul, 85 % de la hausse des revenus intervenue entre 2009 et 2013. « Du coup, pour protester, le bon peuple américain a voté pour un milliardaire dont une des rares propositions est de baisser les impôts des plus riches et le taux horaire du revenu minimum. Il y a là une logique qui m'échappe !?!? » me dit mon frère. Mais c'est bien là toute l'absurdité et le seul coté comique de cette élection : les gens ont voté contre un système en mettant aux manettes un homme issu du système, un pur produit de ce système !!! Cette élection est une énorme escroquerie.

L’élection de Trump me confirme ce que je pressentais depuis longtemps : en matière de politique, l'intelligence ne paye pas … c'est pourquoi, l'écologie politique n'a aucune chance d’accéder aux plus hautes fonctions.

Et maintenant ? Quelle leçon tirer de cet événement pour la France et pour une Europe qui refuse de se faire sociale ? Quand donc, les chantres du libéralisme et de la finance mondialisée, les partisans du sauvetage des entreprises mais pas des salariés, reconnaîtront-ils qu’ils sont totalement les responsables du désordre mondial qui ne cesse de monter en puissance et de la montée des nationalismes ? « Rien ne serait pire que de perpétuer le système » nous dit Benoît Hamon, car comme les mêmes causes, dans des systèmes équivalents, produisent les mêmes effets, quand la société ne veut rien faire pour protéger l’individu, ce dernier se tournera vers un(e) démagogue qui lui parle de lui … et de lui d’abord qu’importe le reste du monde. Trump, Sarkozy, Le Pen, Juppé... C’est d’abord le vote du chacun pour soi et fuck le collectif. « Quand on ne protège pas le peuple, il se venge. Il s’est vengé aux états Unis et il se vengera en Europe» - Benoît Hamon. Ainsi nos oppositions aux négociations de traités de libres échanges, que ce soit le CETA ou bien le TAFTA, ainsi qu'au libéralisme et au capitalisme, qui ne sont pas destinés à protéger les Hommes mais bien les intérêts des entreprises et donc des actionnaires, prennent tout leur sens.

Quoi qu’il en soit nous voici donc bien, maintenant, dans un monde plein d’incertitudes. Un monde où les progressistes ont reçu, en pleine face, un véritable uppercut. Un monde nouveau où la première puissance prône la production de gaz de schiste et de charbon, nie l’importance de la pollution industrielle sur la santé et le dérèglement climatique, doute de la science, est partisane des OGM, a à sa tête un belliciste et un chauvin, un xénophobe et un haineux, a un Vice-président, Mike Pence, sexiste, homophobe, ultra-religieux, créationniste et anti-avortement. Alors je me dis que depuis le temps que l'humanité prépare sa disparition, dans une lente mais inexorable agonie, cet événement américain peut, peut-être, nous porter le coup de grâce et abréger les souffrances d'une humanité absurde, dans un chaos et un effondrement planétaire.

vendredi 16 septembre 2016

2017, en avant toute … pour une catastrophe écologique

"Il est étrange de regarder l’état de notre planète et les préoccupations de nos hommes politiques." Nous dit Philippe Torreton dans le journal l'Humanité du 9 septembre 2016. Barbara Pompili précise la pensée dans le Libération du 15 septembre, "Dans la séquence électorale qui s’engage, les questions environnementales ne font pas l’actualité. Pourtant, les candidats à la primaire de la droite préparent en silence un grand retour en arrière."

Déjà en février Luc Chatel, avait prévenu "Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs". De son coté, dans sa région, Xavier Bertrand, abandonne le soutien aux énergies renouvelables et notamment à l’éolien. "Comble de la régression, poursuit Barbara Pompili, voila Nicolas Sarkozy qui nie l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique ! Celui qui avait commencé son quinquennat en recevant Al Gore en est aujourd’hui réduit à singer Donald Trump...". Ainsi donc, Nicolas Sarkozy, ce populiste, arriviste et opportuniste, en saurait plus, sur l'évolution du climat global, que tous les scientifiques du monde. Prochaine étape : la Terre est plate, le Kraken existe et la Terre ne tourne pas sinon les avions ne pourraient pas atterrir... "Ne nous y trompons pas, termine Barbara Pompili : un retour de la droite au pouvoir en 2017 ne marquerait pas, sur le plan environnemental, un coup d’arrêt, mais bien un retour en arrière sans précédent."

De leur coté, dans les territoires, la droite appel, au nom de la productivité et de la compétitivité à la poursuite de la fuite en avant. Inutile de rappeler l'activisme maladif de Bruno Retailleau pour voir le béton couler à Notre Dame des Landes ou bien les fermes-usines, les exploration du sous-sol, les incinération des déchets, les aéroport et lignes à grande vitesse, les centres de loisirs mégalos, les petits et grands projets inutiles et imposés qui fleurissent sur nos territoires et qui font, chaque jour, reculer le vivant devant le béton. Rappelons Roybon, un village vacances « Center Parc » qui doit artificialiser 202 hectares de zone humide ou bien encore EuropaCity, The complexe « ludo-touristico-commercial » du futur qui est vu comme un pôle d’attraction international : 31 millions de visiteurs par an (14,2 à Disneyland Paris), 230 000 m² de surface commerciale, 500 boutiques, 2 700 chambres d’hôtel, un parc aquatique, un cirque, des montagnes russes, un immense parc à neige (3 fois celui de Dubaï) et surtout la destruction des dernières terres agricoles proches de Paris, parmi les plus fertiles d’Europe. De tout cela, la droite en est et en sera l'ardent promoteur comme le prouve l’actuel activisme des élus de droite d’île de France qui œuvrent pour achever le bétonnage du plateau de Saclay. En effet, souvenez vous, l'île de France s'est portée candidate pour accueillir l'exposition universelle de 2025… mais pas à Paris … un des lieux possibles serait le Plateau de Saclay et ses terres agricoles en partie sanctuarisées. Il faut, dès lors, 50 ha pour cette future verrue ! Lors d'une réunion d'aglo, le 15 Septembre 2016 au soir, le maire de Verrières-le-Buisson, Thomas JOLY a été le seul Maire à exprimer des réserves aux cotés de la première adjointe d'Orsay. En revanche les maires de Bures sur Yvette, d'Igny et de Palaiseau ont fait des interventions fortes de soutien à la venue de cette exposition sur le Plateau, prétextant que cela accélérera l'arrivée du métro ! … qui, lui même, du propre aveu du commissaire enquêteur dépêché, à l'époque, sur l'enquête du cluster Paris-Saclay, accélérera l'abrogation de la protection des 2300 ha de terres agricoles et forestières, permettant, de fait, la poursuite du bétonnage du Plateau de Saclay. Car c'est bien connu, en France, les espaces naturels sont protégés jusqu'au premier projet de destruction.

Profitez bien, bande de bobos allumés et rêveurs, des derniers espaces encore non urbanisés de notre territoire car ce n'est pas avec la régression écologique, promise par la droite, que nous pouvons espérer autre chose que du béton, du béton et encore du béton.

Ainsi, la vue de l'arrivée, plus que probable, de la droite en 2017, on se dit que les Socialistes, avec leurs renoncements sociaux et environnementaux, auront bien préparé le terrain de la catastrophe écologique républicaine. Chapeau bas les artistes !

Mais laissons les mots de la fin à celui qui avait commencé ce texte, Philippe Torreton car, comme à son habitude, son franc parlé est salutaire.

"Il est étrange de regarder l’état de notre planète et les préoccupations de nos hommes politiques. C’est un exercice, si vous le faites, qui peut affecter durablement votre moral. Nos hommes politiques pourtant lisent des rapports alarmants sur l’état de notre planète, ils regardent comme vous et moi des documentaires, ils se font interpeller souvent, reçoivent des pétitions, ils sont informés, aucun d’entre eux ne peut affirmer ignorer les dangers qui pèsent sur la planète et qui autorisent des scientifiques tout à fait sérieux à estimer la fin de plus en plus probable de l’espèce humaine. Cette ignorance n’est donc plus permise car elle n’est plus possible, ainsi chaque député, chaque sénateur, chaque eurodéputé, en votant une loi ou un amendement qui va à l’encontre des intérêts écologiques de l’humanité, sait ce qu’il fait. Chaque vote électronique à main levée ou à bulletin secret n’allant pas dans le sens d’un impératif environnemental est donc une décision prise en toute âme et en toute conscience par le délégué européen ou national qui le fait.

Le modèle économique qui consiste à retrouver de la croissance à tout prix est périmé et surtout dangereux, dangereux non seulement pour les acquis sociaux, mais pour le devenir de l’humanité, car cette croissance repose sur un monde consommant et c’est précisément ce monde qui est pénalisant pour l’espèce humaine. La campagne présidentielle qui nous pend au nez ne sera pas centrée autour de l’écologie, il y sera question de migrants, de sécurité et de flexibilité dans les entreprises, le futur président peut être tranquille, il n’aura à faire preuve d’aucun courage, d’aucune vision d’avenir pour la planète. Il pourra faire sa petite popote néolibérale ou sociale-démocrate bien pépère, calé dans son fauteuil aux quatre pieds cloués… À moins qu’une catastrophe climatique ne s’abatte sur le pays dans les prochains mois, il en sera ainsi et il en sera ainsi encore longtemps car les Verts, chez nous, sont tombés dans tous les pièges du pouvoir et de la lutte pour y arriver. Il en sera ainsi car un homme ou une femme politique qui s’émouvrait de la disparition prochaine des gorilles par exemple serait instantanément certain de ne remporter aucun scrutin.

C’est pour cela que j’en appelle aux catastrophes, je m’en remets à la nature et à ses colères, j’appelle la pluie, le vent, le sable à nous venir en aide, j’implore les mers et nos océans à bomber leurs poitrines, la raison nous reviendra lorsque nous aurons un genou à terre, lorsque nos visages pleins de poussière laisseront voir des yeux suppliants, vous savez, ces mêmes yeux dont nous avons confié la gestion à la Turquie pour 6 milliards d’euros."

lundi 5 septembre 2016

Effondrement financier, économique, écologique, démographique, énergétique...

Le point de vue de Gaël Giraud,
Chef économiste de l'AFD,
sur les problèmes économiques, financiers, écologiques,
environnementaux, migratoires... au niveau global...

mardi 16 février 2016

Les républicains, le parti du gaz de schiste et des OGM.


Pour Luc Chatel, « Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs ». Il faut aussi supprimer l’ISF : « La question aujourd’hui n’est plus de savoir si c’est juste ou pas d’avoir un ISF. La seule question qui vaille c’est qu’on est les seuls à en avoir un et ça pèse sur la compétitivité française ».

Maud FONTENOY, sort de ce corps !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Cher Luc ! Tu as sûrement oublié de citer que ton parti devra également être celui des pesticides, de la déforestation, de l'assèchement des zones humides probablement inutiles, à tes yeux, pour la croissance, de l'ultra surveillance des citoyens, de la souffrance animale organisée, de la pétro-agriculture, du soutien à l'automobile, aux camions et aux autoroutes, du transport aérien, du bétonnage des terres agricoles et de Notre-Dame-des-Landes, de la destruction des loups, des ours, des lynx et des requins, obstacles insupportables au tourisme de masse et à l'exploitation de la nature .... Mais aussi le parti des cancers, de la pollution, des lobbies, de TAFTA et du changement climatique qui doit probablement être, pour toi, une invention de crypto écolo-gauchistes. Et vive l'écologie de droite !!!

«Si l’on doit mesurer la modernité de Les Républicains (LR) à l’aune de ses projets environnementaux - nous dit, dans son édito, Alexandra Schwartzbrod Directrice adjointe de la rédaction de Libération - le parti de Nicolas Sarkozy apparaît soudain terriblement ringard. Alors que la COP21 a montré que les mentalités étaient en train de changer et que la préservation de la planète était désormais un combat quotidien et mondial, Luc Chatel, tout juste élu président du conseil national de LR, a cru bon de déclarer dimanche que son parti devait être celui «du gaz de schiste» et «des OGM»,«le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution».

Nul besoin d’être un écolo chevronné pour être consterné par ces propos. Quand on voit la situation catastrophique dans laquelle se trouvent les producteurs de gaz de schiste aux Etats-Unis, on se félicite que la France ait appliqué le principe de précaution lorsque cette technologie est devenue à la mode. Celle-ci nécessite en effet de gros investissements qui ne sont rentables qu’avec un coût du pétrole élevé. Avec la baisse durable des cours du baril de brut, une bonne partie des producteurs américains qui s’étaient rués têtes baissées sur le gaz de schiste se retrouve donc en faillite ou quasi. Et l’on ne parle même pas des dégâts géologiques (ndt : et également écologiques, climatiques et sanitaires) causés par le système de la fracturation hydraulique.

Quant aux OGM, même pour ceux qui y voient un progrès, l’idée de s’en remettre pieds et poings liés à une multinationale comme Monsanto doit inquiéter. A l’heure où le monde tangue, où les politiques font chaque jour la preuve de leur inconséquence et de leur aventurisme, on ne peut s’empêcher de découvrir bien des vertus au principe de précaution. »

Ben au moins il est clair que ces gens sont de grands malades et qu'ils n'apprennent rien.

Il est clair également que ces gens, à l'instar des Socialistes, n'aiment pas l'écologie, la nature, la vie et leurs amoureux.

Il est clair enfin, pour ceux qui en doutait encore, que l'écologie ne peut s'accommoder de partis de droite, libéraux et productivistes. Ainsi entre les OGM et les gaz de schiste, la suppression de l'ISF et la remise en cause, par NKM, du statut des fonctionnaires, on sent bien que l'on risque d'être bien servis avec les Républicains. D'un autre côté on sait maintenant, même si finalement on l'a toujours su, à quoi s'en tenir s'ils reviennent à la tête de l'état.

dimanche 30 août 2015

Comment nourrir l’Europe quand le système s’effondrera ?

Pablo Servigne est ingénieur agronome et docteur en biologie. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agroécologie et des mécanismes de l’entraide, il réalisé des conférences pour faire prendre conscience aux étudiants et à la communauté scientifique du risque d’effondrement de nos systèmes alimentaires.

Dans cette conférence, Pablo Servigne nous invite à ouvrir les yeux sur les limites du système actuel. Sans prendre de pincettes et sur des bases scientifiques solides, ce chercheur démontre les conséquences à court terme de notre mode de vie axé sur la croissance perpétuelle des consommations, et de notre manque de résilience face à la diminution des énergies fossiles. Alors que tous nos efforts semblent se concentrer sur une légère limitation de nos impacts, c’est une profonde remise en question de nos modes de fonctionnement qui est désormais exigée pour éviter « la catastrophe » humanitaire.

Nous savons tous que nous sommes confrontés à une série de problèmes majeurs (pollution globale, extinction des espèces en masse, fin des énergies fossiles,…) mais notre capacité de déni (notamment celles des institutions les plus rigides) nous empêche de vraiment prendre conscience de tout ce que cela implique, ou même d’imaginer les conséquences d’un effondrement de nos sociétés modernes dont la survie repose sur des procès industriels gourmands en énergie.

Se définissant, non sans humour, comme « collapsologue », Pablo Servigne annonce sans détours que l’Europe sera confrontée, avant 2030, à des chocs systémiques graves qui mettront en danger l’ensemble des systèmes alimentaires industriels. Ainsi, notre sécurité alimentaire ne serait pas garantie. Difficile d’imaginer un scénario où nous n’aurions pas le bras à tendre au supermarché pour avoir de quoi nous sustenter. Et pourtant, il faudra y songer, car tout indique de ce mode de fonctionnement n’est pas pérenne. Que faire pour éviter un scénario à la Mad Max ?

Attention, vous ne sortirez sans doute pas indemne de la conférence qui suit. La clarté des explications du chercheur, ses conclusions quasi-inéluctables et sa vision précise de l’avenir à moyen terme risquent de chambouler votre manière de concevoir le monde et votre impact personnel sur celui-ci. Quels sont les chemins à emprunter, les solutions à mettre en place ? Pablo Servigne en mentionne quelques-uns, mais tout reste encore à construire et à inventer sans plus perdre une minute. Et à ce titre, malgré l’impossibilité de connaître l’avenir, nombre de solutions semblent émerger au quatre coins du monde.



dimanche 21 juin 2015

Au service de Sarkozy, la navigatrice Maud Fontenoy fait naufrage

Bombardée déléguée à l’environnement du parti « Les Républicains », elle approuve les OGM, les gaz de schiste et le diesel, et conteste la restriction du Round-up.


Au terme d’une tournée de promotion dans les médias pour faire connaitre ses opinions rétrogrades sur l’écologie, l’ex-navigatrice Maud Fontenoy a logiquement rejoint les rangs de l’ex-UMP dont elle est non moins logiquement devenue la Déléguée à l’environnement pour la commission exécutive du nouveau parti.

Dans son livre peu ou mal contesté par les confrères, Les raisons d’y croire (Plon), l’amoureuse incontestée des océans, reprend à son compte et aux prix de contorsions comiques face à la réalité, la philosophie de la fameuse phrase de monsieur Sarkozy lancée aux agriculteurs : « L’écologie, ça commence à suffire. » Et elle lance sa campagne de mensonges logiquement par une mise en doute des méfaits du Round-up et plus généralement du glysophate qu’il contient. Elle explique tranquillement que l’étude du Centre International sur le Cancer (CIRC) qui dépend de l’Organisation Mondiale pour la Santé, organisme dépendant de l’ONU, n’apporte aucune preuve pour classer le principal composant de ce désherbant comme « probablement cancérigène ». Elle réclame, posture classique de la droite de nouvelles études « pour réfléchir ». Elle oublie de faire remarquer que l’usage de ce produit ne sera limité par la ministre de l’Ecologie que pour les jardiniers amateurs et non pas les agriculteurs et les communes qui en constituent les plus gros utilisateurs (93%). Avec des dosages de glysophate souvent supérieurs.

Comme son maitre Sarkozy dont elle avait rêvé d’être ministre de l’environnement à la grande fureur de Nathalie Kosciusko-Morizet, elle revient sur l’interdiction en France de l’exploitation des gaz de schistes. Avec toujours la même antienne : il n’existe aucune preuve que leur extraction entraine des pollutions. Oubliant au passage qu’il s’agit d’une loi voulu par son président et que ce type d’extractions est en plus d’une incitation au recours plus important aux énergies fossiles dont l’usage contribue au dérèglement climatique. De quoi faire plaisir aux milieux industriels qui soutiennent le président de l’ex-UMP qui a remis récemment en cause de principe de précaution. Comme sa déléguée dont le discours ravit le Medef et la FNSEA qui l’ont fait immédiatement savoir.

Les constructeurs automobiles ont d’ailleurs eux aussi apprécié à sa juste valeur l’affirmation de Maud Fontenoy expliquant que les nouveaux moteurs diesel n’engendraient aucune pollution particulière. Nouvel oubli : ils émettent (un peu) moins de particule grâce aux filtres (quand ils sont régulièrement changés) mais rejettent beaucoup plus de NO2, le dioxyde d’azote qui n’a pas la réputation d’être bon pour le climat et les poumons.

Evidemment, deuxième grande satisfaction pour Monsanto et quelques autres, la navigatrice se déclare en faveur des cultures OGM dont elle ne voit pas « en quoi ils constituent un danger et un problème », écartant de quelques boutades la question des agriculteurs contraints de racheter des semences car celle que les multinationales vendent sont stériles. Argumentation mensongère que, comme tous les autres, elle a écarté en quelques mots lors de ses interventions. Notamment à France-Inter où sa prestation a été, à plusieurs reprises, provoqué les protestations des auditeurs.

Maud Fontenoy, dans le même style que les chroniqueurs de droite et d’extrême droite qui choquent et provoquent pour « faire le buzz », offre aux lecteurs, aux téléspectateurs et aux auditeurs une version très « light » de l’écologie. En prenant à rebrousse-poil tous les rapports, toutes les études des scientifiques. Du pur Sarkozy qui a depuis longtemps oublié le Grenelle de l’Environnement. Surtout quand il s’est rendu compte que sa posture provisoire et son discours cela ne lui avait pas rapporté une seule voix à droite. Il parait que, Nathalie Kosciusko-Morizet étant affectée à d’autres tâches, la navigatrice va orienter toute la campagne environnementaliste de l’ex-UMP. Et inciter son parti à cesser de réclamer une gestion plus écologique de la capitale. Première offensive prévue : une bataille contre la fermeture programmée d’une nouvelle partie des voies sur berge de Paris et la trop grande place annoncée à la bicyclette.

Par Claude-Marie Vadrot (Politis)

mercredi 17 juin 2015

« La "croissance verte" est une mystification absolue »

Auteur de L’âge des Low Tech. Vers une civilisation techniquement soutenable, l’ingénieur Philippe Bihouix alerte sur l’épuisement croissant des ressources de métaux. Et souligne que, en raison de leur besoin de métaux rares, les énergies nouvelles ne sont pas la panacée : une énergie illimitée et propre est un mythe, il faut... économiser, recycler, relocaliser. Un entretien énergisant.



Reporterre - Cinq ans après la sortie de votre livre Quel futur pour les métaux ?, votre diagnostic reste-t-il d’actualité ?

Philippe Bihouix - Mon diagnostic concernant la raréfaction des métaux reste vrai. Il ne peut pas changer, parce que la partie accessible et exploitable des ressources minérales et métalliques est limitée. Ces ressources peuvent être très importantes mais elles sont finies, comme peuvent l’être les ressources d’énergie fossile – pétrole, charbon, gaz – non renouvelables, ou les ressources forestières, halieutiques, et autres, si on les exploite à une vitesse excédant leur taux de renouvellement. Avec une quantité de ressources finie, un pic de production, suivi d’une baisse, est incontournable. C’est mathématique. Comme il y a un pic pétrolier, il y aura un pic énergétique puis, comme production d’énergie et exploitation des ressources sont liées, il y aura au final un pic de tout.

Cela semble inadmissible pour certains, qui s’accrochent au fait que l’énergie solaire incidente est plusieurs milliers de fois supérieure aux besoins énergétiques de l’humanité. Il n’y aurait donc qu’à développer les panneaux photovoltaïques, les centrales solaires à concentration, l’éolien et d’autres énergies renouvelables. Ce ne serait qu’une question de volonté politique, de moyens financiers à mobiliser, de lobbies pétroliers et nucléaires à combattre. Idem pour les métaux. Les géologues nous expliquent que les ressources métalliques sont abondantes, et s’ils reconnaissent que leur qualité et leur accessibilité est en baisse, c’est pour mieux proposer de nouvelles solutions techniques pour les exploiter. On a donc l’impression qu’il n’y a aucun problème.

Or, il y a interaction entre la production énergétique et l’exploitation des ressources. Il faut toujours plus d’énergie pour exploiter des métaux de plus en plus difficiles à extraire : la teneur en métal des minerais tend à diminuer et les mines qui ouvrent aujourd’hui sont moins concentrées que celles qui ferment après épuisement... Il faut aussi toujours plus de métaux pour produire de l’énergie : il faut multiplier les puits pour exploiter le gaz de schiste, par exemple.

Pour appréhender le problème, il est donc nécessaire, comme Dennis Meadows, un des auteurs du rapport au Club de Rome sur la croissance, l’a fait dans les années 1970, d’avoir une approche systémique de ces questions. Et pour moi, le système se tend de plus en plus : la cage à hamster énergético-géologique et minière tourne de plus en plus vite, avec une quantité toujours plus grande de matières et d’énergies englouties pour maintenir la production. Ce processus « extractiviste » devrait encore durer quelques décennies, malheureusement, avec des conséquences environnementales multipliées et aggravées.

Pourquoi la demande mondiale en métaux explose-t-elle ?

L’explosion, relativement récente, de la demande en métaux est due pour l’essentiel à deux phénomènes. D’une part, pour les « grands » métaux industriels (fer, aluminium, cuivre, zinc, plomb…), à l’industrialisation, à l’urbanisation et à la motorisation des pays émergents, Chine et Inde en particulier. D’autre part, pour les « petits » métaux de spécialité, à l’essor des nouvelles technologies. Il y a quarante ans, moins d’une trentaine de métaux étaient utilisés à l’échelle industrielle pour fabriquer les produits du quotidien. D’autres étaient également utilisés, mais en quantités moindres, dans des filières ultra-spécialisées, comme le nucléaire, l’armement, etc.

Aujourd’hui, une soixantaine de métaux sont couramment exploités : le gallium est utilisé dans les diodes électroluminescentes (LED), l’indium dans les écrans plats, le cobalt dans les batteries au lithium, etc. En réalité, tous ces « nouveaux » métaux existaient auparavant, ce sont d’ailleurs souvent des sous-produits issus de l’exploitation industrielle des grands métaux historiques – l’indium est un sous-produit du zinc, le gallium de l’aluminium –, mais ils n’étaient pas raffinés, ou étaient considérés comme des impuretés.

Aujourd’hui, l’industrie leur a trouvé des débouchés. Nous avons « électronicisé » nos vies, alors qu’auparavant nous étions essentiellement entourés d’appareils électriques, ce qui est très différent. Avec l’électronique, et ensuite la micro-informatique, sont apparus de nouveaux besoins et donc de nouvelles contraintes de production : les produits sont plus complexes, doivent être plus petits, plus légers, plus résistants, plus transportables, etc.

Par exemple, il faut utiliser du tantale, assez rare, pour fabriquer des condensateurs plus petits qu’avec l’aluminium, qui est bien plus abondant. Le germanium, lui aussi sous-produit du zinc, est employé pour « doper » la conductivité des fibres optiques. On les retrouve également dans les énergies renouvelables : le néodyme, par exemple, qui présente des caractéristiques magnétiques par unité de poids intéressantes, est souvent préféré à d’autres métaux pour les aimants des générateurs d’éoliennes de forte puissance.

Quand on étudie en profondeur le contenu des produits manufacturés, comme leur procédé de fabrication, il y a toujours, en bout de chaîne, l’exploitation de ressources minérales et métalliques, et tout particulièrement pour les télécoms et l’informatique. L’économie n’est jamais immatérielle.

Que pensez-vous des énergies renouvelables et des technologies dites « vertes » ?

Je ne suis pas contre les énergies renouvelables dans l’absolu. En revanche, je suis contre le mythe d’une énergie qui serait illimitée et propre. Les « technologies vertes » sont, elles aussi, consommatrices de ressources, font appel à des métaux plus rares, et sont en général moins bien recyclables. Dans les énergies renouvelables, on peut trouver le meilleur comme le pire. Les panneaux photovoltaïques au silicium – un métal qui compose 27 % de la croûte terrestre – sont a priori plus vertueux que les panneaux multicouches à haut rendement. Mais même un panneau au silicium contient d’autres métaux, comme du cuivre ou de l’argent pour les contacteurs, par exemple. Idem pour les éoliennes, dont le contenu métallique dépend de la conception, de la puissance, etc. Une solution consisterait à orienter la recherche scientifique en prenant en compte les ressources, plutôt que le seul rendement, physique ou économique.

Mais le problème est plus profond. En France, par exemple, on développe un programme éolien offshore d’un côté, mais de l’autre on multiplie les panneaux publicitaires et les écrans plats énergivores, et on se réjouit du développement des big data et des centres de données ! En réalité, le développement des énergies renouvelables ne permet pas, et ne permettra pas, de maintenir notre niveau effarant de dépense énergétique et d’absorber la croissance continue de notre consommation matérielle.

Il est insensé de croire que l’on peut réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. De ce point de vue, la « croissance verte », qui élude la question de nos modes de vie, est une mystification absolue. Les chiffres le montrent aisément.

Votre dernier livre portait sur les « low tech ». De quoi s’agit-il ?

Cette expression est avant tout un pied-de-nez à la « high tech », au mirage des technologies salvatrices. Dans ce livre, je pose les questions fondamentales suivantes : pourquoi produit-on ? Que produit-on ? Et comment produit-on ? Mon propos est de dire que l’on pourrait d’ores et déjà produire moins sans que notre qualité de vie en pâtisse, bien au contraire. Par exemple, on pourrait supprimer le million de tonnes de prospectus publicitaires qui sont distribués chaque année. On pourrait étendre le rechapage des pneus à tous les véhicules, comme cela se fait déjà pour les avions et les camions. On pourrait rétablir la consigne pour les emballages et favoriser la vente en vrac. On pourrait progressivement limiter la vitesse maximale, brider les moteurs, interdire les voitures trop puissantes. La voiture « propre » n’existe pas, mais en attendant de tous enfourcher un vélo, la voiture à 1 litre au 100 km est à portée de main. Simplement, elle fait 500 kg et ne dépasse pas les 80 km/h, ce qui suffirait pour une large part des besoins de déplacement.

En même temps, il faut pousser l’éco-conception au maximum. Il faut que les produits que l’on utilise tous les jours soient plus facilement réparables, réutilisables, modulaires, à plus longue durée de vie, constitués d’un seul matériau plutôt que de matériaux composites, etc. Il faut accepter d’avoir des produits un peu moins performants, légers, esthétiques.

Enfin, la façon dont on produit ces biens est également cruciale. Aujourd’hui, l’organisation industrielle mondiale est telle que quelques usines fabriquent des quantités phénoménales de produits. La part du travail humain se réduit toujours plus, au profit de la mécanisation, des robots et bientôt des drones. Au contraire, il faut relocaliser une partie de cette production, retrouver l’échelle du territoire, des petites entreprises, des ateliers, de l’artisanat, d’un tissu industriel et commercial à l’échelle de l’Homme.

Se pose alors inévitablement la question – épineuse mais inévitable – du protectionnisme et de l’échelle des territoires à protéger. Soyons là aussi réalistes : comment une industrie chimique locale, nationale ou même européenne, aux normes environnementales élevées et intégrant pleinement un coût du carbone, pourrait-elle résister à l’industrie des gaz de schiste américains, ou au gaz « gratuit » du Qatar ? Comment des élevages de taille moyenne pourraient-ils concurrencer la production brésilienne et les poulets trempés dans le chlore ? La logique du « consomm’acteur » ne suffira pas, il faut se donner les moyens réglementaires et normatifs de faire émerger et prospérer des solutions plus vertueuses.

Comment la civilisation occidentale peut-elle devenir « techniquement soutenable » ?

En travaillant sur la sobriété avant tout, et en déployant des solutions intelligentes en parallèle. Il est nécessaire de réduire notre consommation énergétique – et pas seulement électrique – de 75 à 80 %. On a également besoin de mettre en œuvre un mix pertinent d’énergies renouvelables décentralisées avec, par exemple, du solaire thermique pour l’eau chaude, une part de photovoltaïque, d’éolien, de micro-hydraulique et de biogaz.

Il faut surtout que l’on accepte les contraintes d’une production énergétique intermittente pour renouer avec les rythmes de la nature, car sinon il faudra installer des surcapacités énormes, et le système de stockage qui va avec, et surtout les faire durer dans le temps. Compte tenu de la consommation de ressources non renouvelables, pour partie non recyclables, que cela engendrerait, un tel scénario industriel ne serait effectivement pas soutenable, et absolument pas généralisable au monde entier.

L’économie circulaire a le vent en poupe. Qu’en pensez-vous ?

L’économie circulaire me rappelle furieusement le développement durable. Comme lui, ça va faire « pschitt ! ». L’économie circulaire est un concept très vague, tellement vague que tout le monde s’y retrouve, à la fois les citoyens, les associations, les industriels, les multinationales, les politiques, etc. C’est pour cela que l’économie circulaire est à la mode : il n’y a pas de définition stabilisée, chacun y met ce qu’il y veut et on peut même y « recycler » quelques bon vieux concepts : écologie industrielle, économie de la fonctionnalité, économie du partage...

Selon la définition de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), l’économie circulaire est un système économique qui vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources à tous les stades du cycle de vie des produits. Il s’agit de « faire plus avec moins ». C’est beau, mais utopique, car on ne sait pas découpler de manière absolue croissance du PIB et décroissance de la consommation matérielle et pollution.

Il faudrait plutôt « faire un peu moins avec beaucoup moins » ! Comme les taux de prélèvement des ressources naturelles et le volume d’émission des gaz à effet de serre atteignent des niveaux hallucinants, il faut plutôt écraser la pédale de frein le plus vite possible, mais le plus intelligemment possible, en essayant de maintenir l’essentiel de notre « confort ».

Quelles sont, selon vous, les limites du recyclage ?

Le recyclage présente trois limites, une mineure (à court terme) et deux majeures. La mineure, comme l’a justement perçu l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen, c’est l’usure liée au deuxième principe de la thermodynamique : on ne recycle jamais à 100 %, il y a toujours des pertes.

La première limite majeure, c’est l’existence des alliages. Les métaux ne sont pas utilisés dans leur forme pure, mais de petites quantités de métal sont généralement mélangées à un ou deux « grands » métaux : par exemple, dans l’acier pour améliorer ses qualités, mais aussi pour fabriquer des laitons, ou des alliages « high tech » en très petites quantités dans les appareils électroniques. Selon les mélanges, et en fonction des quantités, une partie de la ressource n’est pas récupérable en fin de vie. Souvent, les métaux non ferreux ou précieux sont physiquement récupérés, mais ils sont perdus fonctionnellement, il y a aussi une dégradation de l’usage : un acier recyclé ne retrouve pas son utilisation première et servira, par exemple, à fabriquer des ferraillages pour la construction.

La seconde limite majeure au recyclage, c’est l’usage dispersif. Les métaux ne sont pas toujours utilisés sous forme métallique, ils le sont aussi beaucoup sous forme chimique. Le cas le plus emblématique, c’est le titane, qui est employé à 95 % comme colorant blanc universel, dans les cosmétiques, les plastiques, etc. Le cobalt, lui, sert à faire du bleu, le chrome du vert ou du jaune, etc. Un autre exemple : l’antimoine est intégré dans les produits électroniques comme retardateur de flammes. L’étain et le cuivre sont présents dans les peintures anti-algues pour les bateaux, etc. Or, il est quasiment impossible de récupérer tous ces métaux dispersés.

Au final, les « grands » métaux industriels (comme l’aluminium, le cuivre, le nickel, etc.) sont recyclés au-delà de 50 % – et même jusqu’à 95 % au moins pour le plomb. Mais les métaux de spécialité, employés en très petites quantités ou dans des alliages – comme beaucoup de métaux utilisés dans l’électronique, ou les terres rares –, ont souvent des taux de recyclage qui se situent entre 1 et 10 %.

Si la fuite en avant énergético-minière se poursuit, quelles pourraient en être les conséquences géopolitiques et socio-politiques ?

Il faut regarder les choses en face, la situation va s’aggraver. Nos dirigeants font semblant d’appuyer sur le frein avec un discours lénifiant sur le développement durable, alors qu’ils appuient à fond sur l’accélérateur ! Il n’y a qu’à voir les appels à l’innovation, les subventions accordées, tous les projets qui sortent concernant les nanotechnologies, la biologie de synthèse, le numérique, les objets connectés, la robotique, etc. Tout le monde s’émerveille face à ces nouveautés, mais la voie que nous poursuivons est en réalité mortifère, tant du point de vue de la consommation de ressources et d’énergie que de la génération de déchets électroniques ingérables.

Quelles en seront les conséquences ? Les tensions géopolitiques autour des ressources minières sont moins prégnantes que celles concernant les ressources énergétiques. Toutefois, un nationalisme minier émerge en Chine, en Australie, en Russie. La France devra sans doute entretenir dans les années à venir de bonnes relations avec ces pays, comme avec le Brésil, l’Afrique du Sud. Mais on n’est pas à l’abri de nouvelles périodes de tension, comme dans les années 2006 à 2008, quand le prix du pétrole a flambé et avec lui le prix des métaux.

En France, de plus en plus de personnes ont conscience que les ressources mondiales sont limitées et qu’il faudra les partager au sein d’une population toujours plus nombreuse. D’un point de vue strictement socio-économique, cela ne peut mener qu’à une augmentation du prix de ces ressources, et donc à une inflation générale des prix, sans l’inflation équivalente des salaires et du pouvoir d’achat bien sûr, puisqu’en gros, il faudra payer toujours plus les matières premières essentiellement importées, alors que la concurrence de la main d’œuvre maintiendra la pression sur les revenus du travail.

Si nous ne savons pas nous passer de ces ressources énergétiques et minières – par la sobriété et un recyclage meilleur –, il y aura une paupérisation, progressive mais inéluctable, de la population. A voir les clivages et les tensions qui traversent la société française, et le sentiment d’appauvrissement partagé par de plus en plus de personnes, nous en prenons effectivement le chemin, et tenter de maintenir le statu quo industriel et économique actuel promet de grandes frustrations et une instabilité politique accrue.

- Propos recueillis par Anthony Laurent

samedi 16 mai 2015

Débarquons Maud Fontenoy des écoles

Monsieur le Président de la République, 
Monsieur le Premier Ministre, 
Madame la Ministre de l'Education Nationale

Sous couvert d'écologie, des grandes entreprises (Bolloré, Euro RSCG, Havas, Carrefour, Hase, etc.) financent l'association de Madame Maud Fontenoy, la “Maud Fondenoy Foundation”. Les thèses de Madame Maud Fontenoy trouvent un large écho dans les grands médias : soutien [...] du gaz de schiste, des OGM ou de la croissance ... Ces thèses vont directement à l'encontre de tout ce qui a été depuis toujours défendu par les écologistes. Madame Maud Fontenoy revendique elle-même "un message différent sur l'écologie" (France 2, 3-4-2015). L’un de ses livres, on ne peut plus clairement intitulé "Ras-le-bol des écolos", a été qualifié de "manifeste éco-capitaliste" par l'association Action Critique Médias (Acrimed, 3-3-2014). Des personnalités médiatiques de sensibilités diverses telles que Natacha Polony, Aymeric Caron ou encore le journaliste écologiste Hervé Kempf, ont dénoncé publiquement ce qu'ils considèrent comme une imposture (France 2, 12-4-2014, Reporterre, 26-3-2015). En effet, le discours développé par Madame Maud Fontenoy vise à cautionner l’idée selon laquelle l’idéologie productiviste et consumériste et la protection de la nature seraient compatibles. On comprend tout l'intérêt de grandes entreprises à financer une telle vision de l'écologie.

Derrière un discours présenté comme "non idéologique", "non partisan", Madame Maud Fontenoy professe son idéologie libérale. Elle est une proche de l'UMP dont elle a été candidate aux élections régionales en Île-de-France derrière Jean-François Copé. Elle fut ensuite un ardent soutien de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Aujourd'hui, avec ses "kits pédagogiques", c'est à l'intérieur même de l'Education Nationale que s'immisce insidieusement la “Maud Fondenoy Foundation”. Ces tentatives d'infiltration des établissement scolaires par des grandes entreprises, par l’intermédiaire de fondations, ne sont pas nouvelles. Des associations de protection de l'enfance ou de lutte contre la publicité les dénoncent depuis longtemps. Nous vous rappelons que dès 1936 l’Assemblée nationale a proclamé l’interdiction absolue de toute publicité à l’école. Ce principe protecteur de l’enfance a été sans cesse réaffirmé, témoignant ainsi de l’existence d’un véritable consensus national sur cette question. Nous vous rappelons le devoir de neutralité de l'école. La “Maud Fontenoy Foundation” et ses sponsors n'y font pas exception. Ils n'ont rien à faire dans les établissements scolaires. Nous vous demandons leur exclusion immédiate des écoles, collèges et lycées.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Madame la Ministre en nos salutations respectueuses.

Texte de "La Décroissance"

Signez la pétition ici

mercredi 6 mai 2015

TAFTA ta gueule à la récré

Pour ceux qui veulent comprendre les risques (et c'est le moins que l'on puisse dire...) des potentiels accords TAFTA entre l'Europe et les USA :

vendredi 20 février 2015

Découvertes de pétrole et de gaz: les plus mauvais chiffres depuis 1952

Depuis le début 2012, Total n’a annoncé, ni mise au jour majeure, ni pléthore de découvertes, 40 % des puits forés en 2012 ont été secs et 60 % en 2013 (le journal "le Marin" du 29/10/2014).


Voilà encore des chiffres qui vont à l'encontre des interprétations trop rapides que l'on peut entendre ici ou là sur la situation énergétique mondiale. Depuis 2009 et le début de l'incroyable progression des gaz et pétrole de schiste aux Etats-Unis, de nombreux rapports et commentaires promettent une disponibilité énergétique sans précédent à l'horizon 2020. Certains articles titraient même que nous risquions d'être noyés sous le pétrole !

Pourtant, le 15 février dernier, le Financial Times titrait: "Les nouvelles découvertes de pétrole et de gaz chutent à leur plus bas niveau depuis 20 ans". En réalité, ce pourrait même être pire.

Alors que les découvertes d'hydrocarbures (Gaz + pétrole) étaient quasiment nulles au début du 20ème siècle, elles ont fortement progressé après la seconde guerre mondiale et ont passé leur pic en 1964, avec 124 milliards de barils équivalent pétrole (Gbep) en une seule année. Nous passions à l'époque ce que l'on appelle le "pic des découvertes".

Comme après chaque passage d'un pic, il y a une descente et depuis 1980, les découvertes ne dépassent plus les 50 Gbep/an, dont 20 Gb de pétrole alors que le monde en consomme chaque année plus de 32 Gb !

Ce graphique complexe, réalisé par Jean Laherrère, montre l'évolution des découvertes et de la production pour le pétrole, le gaz et les deux combinés depuis 1900. On constate que la courbe de production pétrole + gaz (bleu clair) dépasse les découvertes depuis les années 1980.

Depuis 2010, la baisse des volumes découverts est constante malgré les prix très élevés et les investissements colossaux. En 2014, le total des découvertes est estimé à 16 Gbep, c'est-à-dire le plus bas niveau depuis 1952. Autrement dit, le monde a découvert, en 2014, trois fois moins d'hydrocarbures qu'il n'en a consommé

Ajoutons à cela qu'il s'agit uniquement de petits gisements. Aucun "gisement géant" (supérieur à 500 millions de barils) n'a été découvert cette année, ce qui montre que le nombre et la taille des gisements diminuent constamment, malgré les progrès technologiques et les prix élevés.

Ces chiffres n'ont pas d'incidence sur la production actuelle, ni pour les mois qui viennent, mais en revanche, ils présagent de très grandes difficultés avant 2020.

Cela fait plus de vingt ans que nous consommons plus d'énergie que ce que nous découvrons, il est normal que cela ne dure pas. Sans vouloir être catastrophiste ... il y a quand même de bonnes raisons de l'être !

Benoît Thévard

dimanche 2 novembre 2014

Mourir pour la Terre c'est triste mais pas stupide ...


Un mort à zéro pour la police au Testet, bravo Monsieur Pasqua .... Heu ! Bravo Messieurs Hollande et Valls

Notre Dame des Landes, ferme des 1000 vaches, Porcs et volailles en batterie, rejets d'azote, de pesticides et marées vertes, barrage de Sivens, gaz de schiste, destruction de zones sensibles, de terres agricoles et forestières, saignées autoroutières, expansion urbaine, Plateau de Saclay, remise en cause de la loi littorale, zones commerciales périurbaines immondes, malbouffe et cancers, soumission à TAFTA qui sera une catastrophe démocratique, sociale et environnementale .... et maintenant la mort d'un manifestant.

Quand allez-vous donc cesser de détruire notre France ? Quand allez-vous donc cesser de détruire l'avenir ? L'UMP et le PS ne sont donc que des partis destructeurs aux élus mégalomanes qui ruinent une poule aux œufs d'or tant il est remarquable de constater combien l'environnement sauvage est une valeur sûre et vendeuse pour les capitalistes et les fricards. Les fils de pub ne s'y trompent pas quand ils nous vantent les mérites des espaces préservés de la Norvège pour nous vendre leurs saumons, ou bien quand Apple nous vante les espaces vierges de l'Antarctique pour nous vendre son nouveau matériel, même pour vous vendre une Volvo on vous montrera la mer. Remarquons également combien les fonds d'écrans de base de Windows nous emmènent dans le désert, dans la riante campagne verte ou bien méditer devant des pierres zen et des rivières limpides comme autant de fenêtres sauvages et reposantes. Il est remarquable de voir combien les agences de voyages nous aguichent en nous promettant la découverte des grands paysages sauvages qui appellent l'aventure et des monuments historiques inclus dans des écrins préservés nous incitant à un voyage dans l'Histoire. La télé ne s'y trompe pas non plus et met en "prime time" des émissions vendeuses - puisqu'en première partie de soirée - comme "Des racines et des ailes", "Faut pas rêver" ou bien encore "Thalassa" qui célèbrent les espaces naturels et historiques de notre belle France, de notre magnifique Terre. Définitivement il est remarquable de constater que la nature et la culture sont en permanence misent en avant pour vendre et qu'en parallèle, en une logique absurde, nos politiques, soumis aux lobbies du bétons et du pétrole, nous pourrissent notre Terre avec le consentement tacite des gens qui dorment. A force, cette France, déjà bien domestiquée comme un jardin à la française, ne sera plus qu'un souvenir, une icône sublimée et virtuelle, que l'on nous passera en film le jour de notre euthanasie.

Elus saccageurs !!! Voilà ce que vous êtes. Vous êtes des élus qui n'aimez pas la Terre, des élus qui n'aimez pas les Hommes !!! En fait quand je dis que vous n'aimez pas la Terre, j'abuse un peu. Si, vous adorez votre environnement de privilégiés, votre nature bien apprivoisée, aux animaux gentils, aux forêts bien sages sans loups, sans ours, sans lynx, sans renards mais au gibier bien abondant, aux mers bleues turquoises sans requins et aux aimables dauphins, vous aimez vos maisons de campagne et vos appartements à la montagne … votre yacht de Bolloré. vous aimez laisser le béton, le périf et sa pollution, la grisaille et les tristes espaces verts, arides et pelés, aux pauvres, aux gueux, à la plèbe, aux barres de HLM en une sorte de promesse de dupes de lendemain qui chantent. Alors vous si vous êtes cela, nous, nous sommes un peuple d'inconscients de vous maintenir au pouvoir sous le prétexte facile que nous préférons, à la responsabilité et l'implication collective, le moindre mal dans une offre politique médiocre.

Ainsi donc en ce 26 octobre 2014 Rémi Fraisse est mort pour ses idées, mais point de mort lente. Dès lors tout ce que la France possède de gens sérieux monte au créneaux dans les médias pour désamorcer la crise qu'ils ont eux-mêmes provoqué. Aucun n'aura de mots assez forts pour fustiger la violence des écologistes, la pseudo collusion de ceux-ci avec l'ultra-gauche ou les blacks blocks, l'irresponsabilité et le jusqu'au-boutisme des défenseurs de la vie ou bien encore que nous serions contre l'emplois des agriculteurs et la modernité. Ainsi en ce matin du 29 octobre, sur France Inter, le chef de la Police essayait de remettre les choses dans l'ordre et de dire que les forces de l'ordre avaient bien dû faire face à des manifestants violents et que les charges policières n'avaient été qu'une réponse à cette violence. Oui Monsieur le policier nous le savons tous bien que ce n'est jamais la police qui cherche la violence ... que ce ne sont jamais les politiques qui commencent à foutre la merde dans notre pays en proposant des projets imbéciles, imposés, inutiles et d'un autre âge ! Nous le savons tous bien que ce sont toujours les manifestants qui sont la cause des problèmes. Salauds d'écolos, salaud de peuple qui empêche de faire des affaires tranquillement.

"L'arrêt total du projet de barrage à Sivens aurait des conséquences sur l'indemnisation aux entreprises." nous dit, de son coté, Thierry Carcenac, président du conseil général du Tarn ... Mais perdre 600 millions d'euros pour la mise en place des portiques de l'éco-taxe, puis 10 millions de plus pour les démonter et enfin verser 850 millions d'euros de dommages et intérêts pour Ecomouv c'est une bagatelle qui autorise l'abandon honteux de la mesure ? "Mourir pour des idées, c'est une chose, mais c'est quand même relativement bête" poursuit-il pédant. Mais lancer puis soutenir un projet destructeur uniquement pour des intérêts particuliers et contre l'intérêt du plus grand nombre, puis compter sur l'absence d'une mobilisation importante pour engager les travaux, en toute discrétion, sans attendre la fin de recours juridiques. Engager une répression violente et massive avec l'argent public pour faire passer en force un projet très contestable et, une fois les expertises officielles publiées démontrant l'absurdité du projet, se désoler qu'il soit désormais trop tard pour arrêter le projet. Se foutre littéralement de la gueule des personnes qui tentent, avec leurs moyens, de lutter contre ces grands projets inutiles et destructeurs puis enfin sombrer en ridiculisant le fait de mourir pour ses idées, comme si ce jeune avait choisi de mourir et comme si cela avait quoi que ce soit de ridicule ... cela n'est-il pas stupide ?

Il est tout de même remarquable de constater que jamais au grand jamais les élus, si l'on mets de côté qu'ils puissent avoir des intérêts personnels ou de copinages, sont incapable de reconnaître qu'ils se sont trompés dans leurs choix. Ces élus sont incapables de reconnaître qu'un projet qu'ils pensaient un jour, répondre à une problématique, aux vues des arguments contraires et solides qui leurs arrivent ensuite et qui démontrent la nocivité de celui-ci, se doit d'être revu ou possiblement stoppé. Finalement seul le pouvoir de l'argent, de l'industrie et des corporatismes réactionnaires sont capables de les faire revenir en arrière ... jamais la demande du peuple ne le peut. Ces élus confondent allègrement légalité et légitimité, comme l'explique clairement le philosophe Dominique Bourg, et, avec cette histoire, Monsieur Carcenac ou bien encore Jacques Auxiette symbolisent à eux-seuls toute la logique destructrice et inégalitaire de notre société, le sentiment d'impunité absolu et le dédain pour les populations et leurs idéaux. Ils réveillent et amplifient le sentiment de révolte parmi ceux qui agissent pour un monde plus juste, plus vivable, plus durable, plus égalitaire ...

Photo : KAMIL ZIHNIOGLU / Sipa Press

samedi 11 octobre 2014

Ecotaxe, la honte à la française

Comme beaucoup, me voici écœuré et révolté du report sine die (comprendre "enterrement") de l'écotaxe poids lourd par Madame Royal. Même si on le sentait venir, ce énième recul devant le lobby routier pèsera lourd sur les projets de transports en manque de financements, sur la lutte contre le réchauffement climatique mais aussi sur la pollution et donc la santé des Français-es. "Incompréhensible et inacceptable" pour la Fondation Hulot ; "indignés" et "en colère" chez France Nature Environnement ; "une décision irresponsable" selon Agir pour l'environnement ; "prise au détriment de l'intérêt général" pour le Réseau action climat … Les associations ne décolèrent pas.

Rappelons-nous que le principe de l'écotaxe a été adopté à l'unanimité (-4) des députés... en 2009. Mais celle-ci fut rapidement torpillée par des intérêts court-termistes et particuliers, incarnés, notamment, par des actions comme celles des Bonnets Rouges soutenus par ceux là même qui avaient voté cette loi, à savoir la droite.

Pour justifier cette énième reculade certains dénoncent une France des taxes, une France des freins à la croissance, mais qu'en est-il ailleurs en Europe ? Une taxe a été introduite, en Autriche, en 2004 sous forme de péage autoroutier pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes, les gros camping-cars et les bus. Près de 430 portiques ont été placés le long des voies de circulation et la mise en place du système n’a pas donné lieu à d’importants mouvements de protestation. En Allemagne, une taxe est instaurée, depuis 2005, sous la forme d’un péage autoroutier pour les poids lourds. En Suède, depuis 2006, tous les véhicules sont soumis à une taxe carbone, basée sur le niveau de pollution. La Suisse, où l'écotaxe est en vigueur depuis 2001, a mis en place le ferroutage. En dépit d’une forte contestation, la Slovaquie a adopté en 2010 une taxe sur les poids lourds. En Pologne, depuis juillet 2011, une taxe pour les poids lourds de plus de 3,5 tonnes est en vigueur . Le gouvernement du Royaume-Uni, envisage toujours, quant à lui, d’introduire une taxe sur les poids lourds de 12 tonnes. Le Danemark, comme la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède, utilise le système d’Eurovignette qui oblige les poids lourds de 12 tonnes ou plus à payer pour utiliser les autoroutes. Les autres pays européens comme l’Espagne, l’Italie, la Norvège, la Roumanie ou les pays baltes n’ont pas de système de taxation équivalent. La France aura donc failli être le 7ème pays européen à adopter l’écotaxe sur les poids lourds.

Pour justifier cette énième reculade certains dénoncent une France des taxes, une France des freins à la croissance ... une France du chômage. Mais au nom de l'emploi, "alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles" (Sarko), tout projet est-il bon ? Visiblement oui pour certains pour qui, hypocritement (car nous le savons maintenant, ils n'en ont cure du peuple et de son avenir), la fin justifie tous les moyens, même si la fin est plus qu incertaine. Et peut importe les ravages occasionnés ... Chaque fois que l'écologie demande un choix courageux et une volonté politique d'aboutir, il est remarquable d'observer, qu'à chaque fois, il y a recul devant les lobbies. Ainsi donc, à la suite de la Ministre Laurence Rossignol qui rassure la manif pour tous ("La manif pour tous n'a pas de raison de s'inquiéter"), la ministre de l'écologie rassure les lobbies de la mondialisation, du fric, de l'exploitation et de la destruction. Comme j'aimerais entendre ce genre de réconforts quand les salariés manifestent, quand les scientifiques manifestent, quand les sans papiers manifestent, quand les écolos manifestent. Mais non, le peuple de gauche, lui, peut s'inquiéter, ça on avait commencé à le comprendre.

Cet abandon, en bonne et due forme, est une honte absolue pour notre pays. Comment avoir la plus petite once de respect pour les politiciens après 5 ans d'une telle gabegie ? 600 millions d'euros pour la mise en place des portiques et 850 millions d'euros de dommages et intérêts pour Ecomouv. Tout cela c'est bonnet rouge et rouge bonnet à l'âge de la fuite en avant, du manque de courage et d'imagination, de l'immobilisme et du baissage de froc. Une gouvernance à la petite semaine pour essayer de sauver un point dans les sondages. Pathétiques.

Pour compenser les pertes, la nouvelle idée géniale du gouvernement serait de prélever sur les bénéfices (redistribution de 15 milliards d'euros de dividendes depuis la privatisation) des péages des autoroutes... heu ! Et qui est-ce qui paye aux péages ? C'est nous, les vaches à lait !!! Brillante idée donc, qui ne cache pas que la première erreur aura été de privatiser les autoroutes, construites grâce aux finances publiques et privant l'état des subsides qui lui revenaient. Mais rassurez-vous, cette nouvelle annonce sera ensuite, comme le reste, abandonnée sine die devant les gros yeux de Vinci. Cette idée sera abandonnée avec d'autant plus de facilités que les contrats de concession ont été négociés avec moult garanties pour les trois sociétés concessionnaires -Vinci, Eiffage associé au fonds australien Macquarie et l'espagnol Abertis – puisqu'ils imposent de verser des compensations à toute augmentation de la fiscalité. Ces compensations pouvant prendre deux formes, soit l'augmentation des tarifs de péages, soit le rallongement de la durée de concession (article 32). Ainsi et dans ces conditions, il est clair que le projet de taxer les autoroutes laisse plus que sceptique.

En France donc, si en effet on n'a pas de pétrole, il est clair que l'on a des lobbies qui ont leurs propres idées de leurs intérêts, de la probité et du courage de nos politiques. Véritablement ce gouvernement est en dessous de tout.

Ségolène Royal a été récemment encensée par des élus "écologistes" ... résultat ? Elle en profite pour supprimer l'écotaxe, laissant la facture aux français. Une ministre de l'écologie dites-vous ? Comment le penser devant les autorisations systématiques des tirs de loups, la reprise de programmes d'exploration de gaz de schiste, l'attente interminable de l'abandon du projet inutile et imposé de Notre Dame des Landes, son grand amour de la corrida et l'abandon de l'écotaxe ? Ainsi donc à l'instar du gouvernement, Mme Royal est donc la ministre des lobbies, pas celle de l'écologie et ce ne sera pas sa marche pour le climat, à New-York le 23 septembre, qui nous illusionnera.

"Quand ils auront coupé le dernier arbre, empoisonné le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson. Alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas."
Sitting Bull.

dimanche 13 juillet 2014

Notre Dame des Landes et TAFTA ... même combat.


Dans son édito du 5 juillet 2014, dans Reporterre, Hervé KEMPF nous pose la question de quel pourrait être l’avenir de la ZAD et quelles sont les questions qui se posent à ceux qui y vivent et à ceux qui s’en sentent proches par la pensée, l’amitié ou la solidarité ?

En préambule il s'empresse de nous avertir que "la page n’est pas encore tournée" à Notre Dame des Landes et que "la victoire n’est pas encore acquise". Que certes, Jean-Marc Ayrault n’est plus Premier ministre et que l’intérêt des pouvoirs pour le projet d’aéroport est maintenant très limité. Que certes, le lancement par la Commission européenne en avril dernier d’une procédure d’infraction contre la France, sur le dossier de Notre Dame des Landes, est un coup très dur porté aux promoteurs du projet et que certes de nombreux indices permettent de penser que ces promoteurs se fatiguent et perdent de leur énergie. Mais véritablement la victoire n’est pas acquise pour autant. Ainsi "la vigilance, la résistance, dans une veille d’autant plus difficile que l’adversaire semble s’assoupir" sont on ne peut plus nécessaire d'autant plus "que l’attention du public se détache de l’enjeu".

Mais qu'y a-t-il derrière Notre Dame des Landes ? Il y a un emballement des politiques soutenus par les capitalistes qui pensent que le salut de leur monde viendra de la croissance. Une croissance qui passera par l'exploitation des plus humbles et la destruction de l'environnement car il ne peut en être autrement puisqu'il n'y a pas assez, sur cette Terre, pour assouvir toutes les avidités. Notre-Dame des Landes est bien l'exemple concret de cette dynamique mortifère : un programme daté et démesuré, dispendieux et reconnu comme inutile, projeté au détriment d'une nature généreuse et d'un climat malmené. "Une chose frappe dans l’état actuel de déliquescence du capitalisme, c’est qu’il déploie une énergie stupéfiante pour se maintenir malgré le délabrement généralisé qu’il provoque tant dans la vie de la biosphère que dans le champ des relations humaines" poursuit Hervé KEMPF.

"Par exemple, on aurait pu penser qu’après l’échec subi en Europe dans la tentative d’imposer les OGM et qu’au vu des conséquences néfastes de leur culture maintenant visibles aux Etats-Unis ou en Argentine, la bataille contre les OGM était gagnée. Eh bien non. A peine le front des opposants aux OGM a-t-il paru s’affaiblir que les multinationales et les zélateurs des transgéniques sont repartis en Europe à l’assaut." (Hervé KEMPF)

Comme pour s'en convaincre, actuellement, L’Union Européenne et les États-Unis négocient - avec un blanc-seing unanime des députés européens français allant du PS à l'UMP en passant par le centre et les amis de Corinne Lepage - un accord de libre-échange, dit TAFTA (Transatlantic Free Trade Agreement). Ces négociations opaques se déroulent dans le dos des peuples d’Europe et d’Amérique du Nord. Elles visent à établir un grand marché transatlantique qui consacrerait la domination des multinationales européennes et américaines au détriment des citoyens de part et d’autre de l’Atlantique. Sous couvert d’une hypothétique relance de la croissance, ces négociations risquent de niveler par le bas les normes sociales, économiques, sanitaires, culturelles et environnementales. Ces nouvelles normes seraient placées sous le contrôle de tribunaux supranationaux d’arbitrage privés, hors de tout contrôle démocratique.

Ce traité, aux noms et aux périmètres des plus variés pour mieux embrouiller les esprits (TAFTA, PTCI, TTIP, GMT, TTIP, TISA ...), est donc une hydre de plus, inventé par les puissances de l'argent pour profiter encore et toujours plus, aux détriments du reste de l'humanité. "Les capitalistes, les productivistes, les croissancistes, les dominants, appelez-les comme vous voulez, n’abandonnent pas un terrain tant qu’on ne leur a pas fait rendre gorge. L’impunité dont ils jouissent aujourd’hui dans la gestion du système social planétaire fait que, s’ils sont contraints de reculer face à une résistance particulière, ce recul n’est que temporaire." (Hervé KEMPF). L'abandon, en octobre 1998, de l’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI), qui avait été négocié secrètement au sein des vingt-neuf pays membres de OCDE entre 1995 et avril 1997, qui proposait une libéralisation accrue des échanges et qui entraîna de vives protestations de la part des partisans de l'exception culturelle, des mouvements de défense de l’environnement et de quelques mouvements syndicaux lors de sa divulgation au grand public par des mouvements de citoyens américains, en est un exemple. Les capitalistes, tu les chasses par la porte ils reviennent par la fenêtre. Tu les chasses avec l'AMI, ils reviennent avec TAFTA. Mais, comme nous pouvons voir le verre à moitié vide, nous pouvons aussi le voir à moitié plein et vu comme ça cela donne l'espoir de gagner contre cette Nième tentative, des ultra-libéraux, de nous réduire à l'état de potentiel financier pour eux.

Ainsi donc, à n'en pas douter, la liberté et la démocratie auront un sursis de plus grâce à la mobilisation de tous. Comme nous avons fait capoter l'AMI, nous ferons capoter TAFTA et la ZAD, à l'instar du Larzac, restera l'image de la lutte, de la résistance et de la victoire des Hommes libres contre les puissants qui voudraient nous imposer un monde qui n'est pas le notre.

A cette heure et à l'instar de nombreuses collectivités territoriales, villes (Sevran, Morsang sur Orge ...), départements et régions (Région Ile de France, ...), qui, depuis avril 2014, ont adopté une motion pour se déclarer symboliquement « hors TAFTA », Notre-Dame des Landes s'est déclarée, à sont tour, les 5 et 6 juillet 2014 commune refusant ce dictat.

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Dix bonnes raisons de stopper TAFTA

SÉCURITÉ ALIMENTAIRE
Nos normes plus strictes que les normes américaines et que les « normes internationales » (niveaux de pesticides, contamination bactérienne, additifs toxiques, OGM, hormones, etc.), pourraient être condamnées comme «barrières commerciales illégales»

GAZ DE SCHISTE
Les pays européens ne réglementeraient plus les exportations de gaz naturel vers les nations TAFTA. La fracturation hydraulique pourrait devenir un droit pour les sociétés qui pourraient exiger des dommages et intérêts auprès des nations qui s’y opposent.

EMPLOI
Les entreprises souhaitant délocaliser dans les états concernés par le projet TAFTA où les salaires sont inférieurs, seraient protégées. L’Inspection et le code du travail devenant illégaux, plus de préavis de licenciement. Pôle emploi devrait être privatisé ou serait attaqué en justice par les sociétés d’intérim pour concurrence déloyale. Les conséquences du TAFTA sur le taux de chômage en Europe ne seraient que néfastes.

SANTÉ et RETRAITES
Les médicaments pourraient être brevetés plus longtemps, les groupes pharmaceutiques pourraient bloquer la distribution des génériques. Les services d’urgence pourraient être privatisés. Les Assurances privées pourraient attaquer en justice les CPAM pour concurrence déloyale. Les retraites par répartition pourraient être démantelées, les compagnies d’assurances se substitueraient aux CRAM,ARRCO, AGIRC...

EAU et ENERGIE
Ces biens seraient privatisables. Toute municipalité s’y opposant pourrait être accusée d’entrave à la liberté de commerce, idem pour l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable). La sécurité nucléaire serait réduite. Le prix du gaz et du kW serait libres.

LIBERTÉ et VIE PRIVÉE
Grâce à la révolte publique, les sociétés espérant enfermer et monopoliser l’Internet ont échoué l’année dernière à faire adopter leur ACTA répressif ; des textes plus pernicieux sont dans le TAFTA.

SERVICES PUBLICS
Le TAFTA limiterait le pouvoir des États à réglementer les services publics tels que : services à la personne, transports routiers, ferroviaires, etc. et réduiraient les principes d’accès universel et large à ces besoins essentiels.

CULTURE et PRODUCTION ARTISTIQUE
Les gros producteurs d’audiovisuel pourraient interdire les productions privées ou professionnelles à faible budget comme youtube, vimeo, dailymotion, les financements collaboratifs seraient rendus illégaux. Les musées nationaux perdraient leur droit de préemption sur les trésors artistiques nationaux au profit de collectionneurs privés.

ENSEIGNEMENT
Les universités privées pourraient attaquer en justice l’Éducation nationale pour concurrence déloyale. De la maternelle au doctorat, les sociétés privées contesteraient aux écoles, cantines scolaires et resto U, toutes subventions municipales, régionales ou nationales.

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mardi 1 juillet 2014

L’impossible croissance

L'article (lire ci-après) de l’environnementaliste Georges Monbiot, intitulé “The impossibility of growth” et publié dans "the Guardian" le 28 mai 2014, ne pose pas seulement la question, éminemment systémique, de l’impossibilité de la croissance, Mais une autre, éminemment systémique, elle-aussi, de savoir pourquoi, nous humains, qui ne pouvons pas ne pas savoir cela, au moins intuitivement, ne pouvons et surtout ne voulons rien changer. Il semble qu’une sorte de fatalisme destructeur, cosmologique, analogue sous d’autres formes à celui qui avait provoqué la ruine de Vénus et de Mars en tant que planètes habitables, s’exerce implacablement sur la Terre, et sur nous tous. Ne pensez vous pas qu’il faudrait y réfléchir?

Jean-Paul Baquiast

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Imaginons qu’en 3030 avant J.-C, le total des richesses du peuple d’Égypte tenait dans un mètre cube. Et imaginons que ces richesses aient augmenté de 4,5 % par an. Quelle serait la taille du pactole, arrivé à la bataille d’Actium en 30 av. J.-C ? Voici le calcul qu'a effectué le banquier d’affaires Jeremy Grantham.

Allez-y, devinez. Dix fois la taille des pyramides ? Tout le sable du Sahara ? L’Océan Atlantique ? Le volume de la planète ? Un peu plus ? Oui un peu plus ... 2,5 milliards de milliards de systèmes solaires. Ainsi il ne faut pas contempler ce résultat bien longtemps pour parvenir à la conclusion paradoxale que notre salut dépend de notre effondrement.

Réussir est l’assurance de notre destruction. Échouer est l’assurance de notre destruction. Voici le piège que nous nous sommes tendu. Ignorez, si cela vous chante, le changement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’épuisement de l’eau, des sols, des minéraux, du pétrole car même si ces problèmes s’évanouissaient d’un coup de baguette magique, l’arithmétique de la croissance composée prouve qu’il est impossible de continuer comme ça.

La croissance économique est une émanation de l’exploitation des combustibles fossiles. Avant que l’on se mette à extraire de vastes quantités de charbon, chaque pic de production industrielle était compensé par une chute de la production agricole, car la puissance en charbon de bois ou en chevaux exigée par l’industrie réduisait les terres cultivables disponibles. Chacune de ces anciennes révolutions industrielles s’est effondrée, car leur croissance n’était pas soutenable. Mais le charbon a brisé ce cycle en permettant – pour quelques centaines d’années seulement – le phénomène que nous appelons aujourd’hui la croissance soutenue.

Ce n’est ni le capitalisme, ni le communisme qui ont rendu possible les progrès et les pathologies (guerres mondiales, concentration sans précédent des richesses, destruction de la planète) de l’ère moderne. C’est le charbon, suivi du pétrole et du gaz. La méta-tendance, le récit principal, c’est l’expansion dopée au carbone. Nos idéologies ne sont que de simples péripéties secondaires. Mais maintenant que les réserves les plus accessibles sont épuisées, nous devons ravager les coins plus reculés de la planète pour préserver notre proposition intenable.

Le 23 mai 2014, quelques jours après que des scientifiques aient annoncé que l’effondrement de la calotte glacière de l’Antarctique de l’Ouest était désormais inéluctable, le gouvernement de l’Équateur a donné son feu vert aux forages pétroliers dans le parc national de Yasuni. Il avait fait une proposition aux autres gouvernements : s’ils contribuaient pour moitié de la valeur du gisement dans cette partie du parc, on le laisserait reposer sous terre. On peut voir cela comme du chantage, ou comme du commerce équitable. L’Équateur est un pays pauvre mais riche en gisements pétroliers : pourquoi les laisser inexploités sans compensation, a fait valoir son gouvernement, alors que tout le monde creuse jusqu’au premier cercle de l’enfer ? Il a demandé 3,6 milliards de dollars mais il en n'a obtenu que 13 millions. Le résultat, c’est que Petroamazonas, une société avec de drôles d’antécédents en matière de destruction et de marées noires, va pouvoir pénétrer l’une des zones les plus riches en biodiversité de la planète, où selon certains, chaque hectare de forêt vierge contient plus d’espèces que toute l’Amérique du Nord.

La société pétrolière britannique Soco espère, pour sa part, pénétrer le plus ancien parc national d’Afrique, Virunga, en République démocratique du Congo ; l’un des derniers bastions du gorille des montagnes et de l’okapi, des chimpanzés et des éléphants des forêts. En Angleterre, où 4,4 milliards de barils de gaz de schiste potentiels viennent d’être identifiés dans le sud-est, le gouvernement rêve de transformer les banlieues arborées en un nouveau delta du Niger. Pour y parvenir, il modifie le droit régissant la violation de propriété pour permettre les forages sans consentement préalable, et il graisse généreusement la patte des résidents. Ces nouvelles réserves ne règlent rien. Elles ne réduisent pas notre appétit pour ces ressources, elles l’exacerbent.

La trajectoire du taux de croissance indique que le saccage de la planète ne fait que commencer. Avec l’expansion de l’économie mondiale, chaque endroit qui abrite des éléments concentrés, inhabituels ou précieux sera débusqué et exploité, ses ressources extraites et dispersées, réduisant les merveilles du monde si diverses et variées en un tapis de gravats uniformément gris.

Certains essaient de résoudre cette équation impossible en invoquant le mythe de la dématérialisation : l’affirmation selon laquelle l’optimisation des processus et la miniaturisation des gadgets feraient qu’au total, nous utiliserions moins de matériaux. Il n’y a aucune indication que ça soit le cas. La production de minerai de fer a augmenté de 180 % en dix ans. L’organisation professionnelle, Forest Industries, nous dit que "la consommation mondiale de papier a atteint un niveau record et va continuer à croître". Si nous ne parvenons pas à réduire notre consommation de papier à l’ère du numérique, quel espoir y a-t-il pour d’autres produits de base ?

Observez le train de vie des super-riches, qui donnent le "La" de la consommation mondiale. Leurs yachts rétrécissent-ils ? Leurs demeures ? Leurs œuvres d’art ? Leurs achats de bois précieux, de poissons ou de pierres rares ? Ceux qui en ont les moyens achètent des maisons de plus en plus grandes pour y stocker des quantités croissantes de possessions dont ils n’auront jamais le loisir de profiter avant leur mort. Imperceptiblement, une proportion croissante de la surface du globe sert à extraire, fabriquer et stocker des choses dont nous n’avons pas besoin. Ce n’est peut-être pas si surprenant que les rêves de colonisation de l’espace — qui nous permettrait d’exporter nos problèmes au lieu de les résoudre — refont surface.

Comme le souligne le philosophe Michael Rowan, les conséquences inévitables de la croissance composée signifient qu’en projetant la prévision de taux de croissance mondial de 2014 (3,1 %), même si nous parvenions à réduire notre consommation de matières premières de 90 %, nous ne repousserions l’inévitable que de 75 ans. L’efficacité ne résout rien tant que la croissance se poursuit.

L’échec incontournable d’une société bâtie sur la croissance et sa destruction des organismes vivants de la Terre sont les fondements accablants de notre existence. Dès lors, ils ne sont mentionnés pratiquement nulle part. Ils constituent le grand tabou du XXIe siècle, les sujets qui n’ont de cesse d’agacer vos amis et vos voisins. Nous vivons comme si nous étions prisonniers du supplément dominical de nos journaux : obsédés par la célébrité, la mode et par les trois pénibles piliers des conversations des classes moyennes : les recettes, les travaux de décoration et les lieux de villégiature. Tout sauf le sujet qui exigerait notre attention.

Le défonçage de portes ouvertes, le résultat de calculs élémentaires sont traités comme autant de distractions aussi ésotériques que déplacées, tandis que la proposition intenable qui régit nos vies paraît si rationnelle, normale et banale à nos yeux qu’elle n’est même pas digne d’être mentionnée. C’est d’ailleurs à cela que l’on mesure la gravité du problème : à notre incapacité ne serait-ce que d’en débattre.

Georges Monbiot

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" L'homme saccage sa planète et mène une guerre contre la nature, s'il la gagne, il est perdu ! "

Hubert Reeves.