"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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mercredi 29 mai 2024

Les névroses d’internet


L'histoire d'Internet remonte au début des années 1960. L'idée d’un réseau informatique, permettant aux utilisateurs de différents ordinateurs de communiquer, se développa par de nombreuses étapes successives pour arriver, dans les années 1990, à sa popularisation moderne mondiale lors de l’apparition du World Wide Web. 

L’idée des débuts de l’internet était de mettre en réseau les ordinateurs des scientifiques du monde entier afin de partager plus vite les informations et ainsi de faciliter la croissance du savoir de l’humanité, mais … 

Mais aujourd’hui la légende dit que 50% du trafic mondial d’internet serait pour diffuser du porno, 25% serait pour montrer des vidéos de petits chats et les 25 % restant seraient réservés au reste de l’information mondiale. Je ne parviens pas à vérifier ces chiffres mais les ordres de grandeurs sont là. On est donc très loin des ambitions initiales de formation des masses populaires à la culture, la science et le savoir. 

On voulait un monde plus intelligent mais au final on fabrique des crétins. On voulait un monde de science et on voit le nombre de platistes croitre. On voulait un monde du savoir et l’on voit des enfants remettre en cause le théorème de Pythagore. Adieu le savoir, bonjour le « bon sens », la « sagesse populaire », l’irrationnel, le « vu sur Internet » et l’évaluation au doigt mouillé. Le travail d’éducation populaire que fit, au moins en France, la télé dans les années 70 et 80 a été réduit à néant avec un Internet vampirisé par les extrémistes, les complotistes, les pornographes, les influenceurs et les influenceuses, les scientifiques du dimanche et les spécialistes de comptoirs. 

On pensait que plus d’informations rendrait les gens plus citoyens, résultat, le complotisme explose. X, avec l’arrêt de la modération voulu par Elon Musk, fait croitre les théories du complot avec la fuite des gens censés, comme le montre le « complément d’enquête » de FranceTV de mai 2024. Les complotistes sont des esprits perdus qu'il est impossible de récupérer car il n'y a aucun moyen rationnel de combattre l'irrationnel. Jamais vous ne parviendrez à récupérer les anti-vax, les climato-sceptiques, tous les complotistes des Chemtrails et conspirationnistes en tous genres avec des arguments rationnels. Ils et elles sont tombé.e.s du côté obscur de l'irrationnel, rien ne peut leur faire ouvrir les yeux. Pire encore ! Plus vous leur montrez, plus vous leur démontrez leurs erreurs d'appréciation, plus vous apparaissez comme élément du complot. 

Alors que ce n’est pas l’outil qui fait le mal mais bien ce que l’on fait de l’outil, Internet a produit une société de l’image et les réseaux sociaux, relayés par les télé-réalités, ont libéré ce qu’il y a de pire chez l’Homme, ont libéré l’égocentrisme et le narcissisme. Monde du selfie, monde du trash, du buzz, de la radicalité, de la haine et de la violence sans limite. Société du procès permanent, de la condamnation sans savoir dans les tribunaux du Net, de la remise en cause de l’État de droit, de l’autorité légitime, de la représentativité alimentée par la médiocrité de nos élites. Société qui ne supporte plus le temps long, qui est dans l’immédiateté. 

Or la réflexion demande du temps. 

Dès lors, sans prendre le temps de la réflexion, la complexité du monde se confronte à la simplicité des analyses de Monsieur Blanc-Cassis et de TataDoc012. Idées simples vs la complexité voici l’une des clefs du problème puisque sur internet tout est devenu simple. La vie est simple sur internet, il y a les bons et les méchants, il y a les hommes et les femmes, il y a les blancs et les noirs, il y a les hétéros et les LGBT, il y a les cathos et les musulmans, il y a les Israélien.ne.s et les palestinien.ne.s, il y a les Flics et les gamins de banlieue, il y a les wokes déclaré.e.s anti-France, … toutes et tous se sentant victimes des un.e.s et des autres. « Plus on divise, plus on affaiblit peut-on lire dans libération du 16 mai 2024. Plus on dresse les travailleurs contre les chômeurs vilipendés comme assistés, les agriculteurs contre les défenseurs du climat, les français contre les étrangers, les centres-villes contre les banlieues, les « parisiens » contre « la terre qui ne ment pas », les «vieux » contre les « jeunes » et plus on aggrave injustice, inégalités, préjugés et discriminations. Et au bout du compte tout le monde y perd…. Sauf les nostalgiques d’un pouvoir autoritaire derrière qui toute la société marcherait au pas. ». 

Sur Internet le monde est binaire et l’on nous somme de prendre position car, comme le dit un certain Dark Vador, dans La Revanche des Sith, « Si tu n'es pas avec moi, alors tu es contre moi!». Difficile de résister aux injonctions du groupe et pourtant il le faut pour garder sa liberté. Toutes et tous se sentent légitimes de se radicaliser pour défendre leurs causes. C’est tout l’objet de la série « La fièvre », une production 2024 de Canal+ qui se termine en se demandant si la guerre civile est commencée ou si elle va débuter. « La fièvre », fiction qui traite de l'emballement infernal des réseaux sociaux et des radicalités, se trouve validée par le documentaire « complètement d'enquête » sur les climato-sceptiques, sur France TV, qui croissent notamment grâce à X. Ces deux productions télévisuelles, diffusées concomitamment, se complètent … le documentaire donnant raison à la fiction. Ces deux programmes nous montrent deux exemples de ce qui se passe quand les modéré.e.s, quand les progressistes abandonnent la partie et désertent le terrain ... Il n'y a plus que les radicalités comme offre politique. 

« La complexité n’est pas un complot. L’extrême polarisation tue la démocratie. Informer, c’est résister aux simplistes et aux manipulateurs. » nous dit très justement Caroline Fourest 

Au final Internet aura échoué là où il voulait faire grandir l’humanité et à lire l’article de Slate du 14 mai, « Les jeunes galèrent de plus en plus à se faire des amis » on comprend combien le virtuel montre ses limites pour améliorer la qualité de la vraie vie. Les jeunes sont de plus en plus isolés et cet isolement n'est pas sans conséquences sur leur bien être mental et physique. 62% des jeunes de 18-25 ans se sentent régulièrement seuls et en souffrent. Avant le COVID, 6% des appels reçus par SOS Amitiés étaient des jeunes, aujourd'hui c'est 25%. Les causes ? La précarité et les réseaux sociaux et leurs amitiés virtuelles nous dit Slate. Je rajouterais le mirage de la vie de rêve des influenceurs et influenceuses, le narcissisme, l'individualisme et le culte du fric qui engendrent des relations faussées et superficielles. Pour lutter contre l'isolement il existe plusieurs solutions et notamment s'engager dans la vraie vie, associations, clubs sportifs, syndicats, groupes politiques ... mais que des trucs de vieux boomers aux yeux des jeunes … et bonjour la fracture générationnelle. 

 Au final Internet aura échoué là où il voulait faire grandir l’humanité. L’IA sera peut-être la fossoyeuse de ce qui reste d’intelligence dans notre humanité. Une humanité qui rédigera, peindra, imaginera, légiférera, délibérera, aimera au travers d’algorithmes, laissant ce qui fait l’Homme et sa liberté au bon vouloir de machines. Une humanité qui, en France, préfèrera le TPMP d’un Hanouna effrayant, une Sonia Mabrouk aux ordres d’un Bolloré fanatisé et bien décidé à sauver la France catholique, une Christine Kelly porte flingue d’un Zemmour fascisant ou bien encore un imbuvable Pascal Praud aux analyses politique dignes de fins de soirées à … « La Grande Librairie», à « En société », à « C Politique », à « France Culture » ou bien encore à « Arte ». car tout est maintenant imbriqué, Internet influence la TV et vis-et-versa. Et nous voici donc avec une France peuplée d’heureux consommateurs et d’heureuses consommatrices, abruti.e.s de certitudes simplistes, qui conchient les écolo-bobo-gaucho-wokes, qui conchient les intellectuel.le.s, qui menacent les scientifiques et cela pour la plus grandes joies des capitalistes, des multinationales, des lobbies et des fascistes qui font leur beurre avec. Et pourtant il n’est pas possible de revenir en arrière, Internet et les réseaux sociaux sont là, impossible de les interdire dans les démocraties. Les démocraties se doivent donc d’encadrer les réseaux sociaux et l’IA. 

Dès lors deux choix se posent à nous, citoyens et citoyennes, soit l’on refuse de rentrer dans le jeu (qui n’en est pas un) et on laisse la voie libre au pire du pire et l’on ne s’étonne pas que la société aille de plus en plus mal, ou bien on rentre, avec prudence et en groupe, dans la bataille et on fait sa part sans garantie que cela ait un impact. En vérité je vous le dis, il nous faut également et véritablement occuper le terrain du virtuel qui a des conséquences très concrètes dans la vraie vie. Des gens meurent à cause des réseaux sociaux !!! 

Rien ne nous oblige à faciliter la vie des pires. 

Et pourtant, malgré tout ce marasme, pour moi, il y a une petite lueur d’espoir dans ce monde virtuel et elle se trouve dans Facebook (Précisons que je n’ai aucune action et aucun intérêt chez Meta), même s’il est de bon ton de lui cracher dessus comme étant un réseau social ringard et de boomers. J’ai juste envie de dire que, pour moi, Facebook est définitivement le seul réseau social qui permet la réflexion. La réflexion étant le propre de l'Homme j'aime m'exprimer sur Facebook qui me laisse l'espace nécessaire à la complexité. Facebook est le seul réseau social qui préfère la réflexion à la réaction. Facebook le seul réseau social qui me permet d'expliciter, de développer ma réflexion, qui me laisse l'espace pour développer ma pensée. À la réaction stérile et souvent à côté de la plaque de X ou autre, je préfère l'espace de réflexion qu'offre Facebook. Ainsi donc le problème de notre société n'est pas l'avènement des réseaux sociaux mais bel et bien l'abandon de la réflexion. Facebook me permet de sortir de ma bulle de mes 10 ami.e.s de la vie réelle et d'avoir un tout petit peu d'influence pour une société, une Europe Écologique, Sociale et solidaire. Facebook est pour moi le seul espace qui permet des échanges intellectuels. Facebook est, pour moi, le seul réseau social intelligent, dès lors je comprends qu'il soit moqué et dénigré.

lundi 1 juillet 2019

L'écologisme est-il un totalitarisme? Réponse à Pascal Bruckner

Ce matin, vous pointez une tendance à la mode… 

Oui, certains intellectuels, politiques, polémistes de chaines d’info qui trouvent envahissante la préoccupation écologiste, se demandent si elle ne va pas finir par engendrer un nouveau totalitarisme. Le texte le plus abouti est celui publié ce week-end dans le Figaro par Pascal Bruckner. L’essayiste voit dans l’écologie, seule pensée originale de ce siècle, un potentiel totalitaire. Il compare l’écologie d’aujourd’hui aux débuts du socialisme, quand celui-ci s’est scindé en deux courants, l’un démocratique, l’autre totalitaire. Bruckner perçoit dans l’injonction morale du ‘l’écologie ou la mort’, une pression liberticide. Il y a sur ce créneau de la critique de l’écologie (qui ne nie pas- ou plus- l’urgence climatique) de nombreux libéraux, conservateurs ou socialistes.

La possibilité du totalitarisme verts existe-elle vraiment ?

Elle est intrinsèque à toute idée politique. L’écologisme, c’est vrai, pourrait, puisqu’il s’agit plus d’un impératif existentiel que d’un projet collectif précis, comporter une inclinaison totalitaire. Pour autant, ce procès ne parait pas justifié. D’abord l’écologie politique, très largement émanation du monde associatif, ne connait pas de branche violente ni antidémocratique. Les ZAD et la culture de désobéissance civile y tiennent une bonne place pas vraiment musclée mais il n’y a ni grand manitou ni hommes providentiels. C’est quand même étonnant que Pascal Bruckner sente sa liberté menacée par une jeune fille comme Greta Thunberg, dépeinte en marionnette manipulée. L’image de ces militants écologistes assis sur le pont de Sully, recevant du gaz lacrymogène, donne l’impression d’une force déterminée mais certainement pas totalitaire ! Au contraire, les organisations écolos sont généralement des caricatures de démocratie bavarde et inefficace. On les brocarde assez à ce sujet. Quant à l’injonction morale écologiste qui serait insupportable aux oreilles libérales ou socialistes, constatons qu’elle est loin d’être triomphante. Elle n’a tué ni enfermé personne et fait penser à cet automobiliste citadin, qui, dans ses 2 tonnes de ferraille, explique que c’est le vélo qui est dangereux… Généralement Bruckner se dresse contre l’obscurantisme, comme lorsqu’il démonte (efficacement pour le coup) le piège de l’islamophobie… ici il décrit l’écologie en nouvelle religion. Où a-t-il vu ça ? Les adorations dominantes ne seraient-elles pas plutôt toujours consuméristes ? Pourquoi, sur l’écologie, ne se range-il pas du côté de la rationalité ? Les scientifiques, dans leur ensemble, considèrent que l’urgence climatique exige des changements drastiques. Il y a de nombreuses façons d’y répondre et beaucoup de formes d’écologie possibles. Peu de catéchisme, beaucoup de concret. Rien de totalitaire donc. Ce sont justement les obscurantistes d’aujourd’hui qui refusent la transition : je ne parle pas de l’islamisme (son aspect moyen-âgeux ne lui permet même pas d’appréhender cette question). Mais Donald Trump et Mike Pence, son vice-président fondamentaliste chrétien, climato-sceptique tout comme le massacreur de l’Amazonie Jair Boslonaro, lui aussi religieux ultra. Voilà les obscurantistes du moment ! Quelle liberté fondamentale l’écologie, pour l’instant, a-t-elle tué ? C’est étonnant comme cette obsession anti-politiquement correcte, cache-sexe de ceux qui sont en train de perdre des batailles culturelles, peut faire déraisonner !

Thomas Legrand Éditorialiste politique à France Inter

vendredi 3 mai 2019

La fête du travail est celles des droits des travailleurs à vivre !!!



"Toujours prêt à décrocher le pompon, Emmanuel Macron, le prêcheur de la République, transforme le 1er Mai, journée internationale des travailleurs et travailleuses en lutte pour leurs droits - en fête du travail, de la patrie et du productivisme ... La famille n’est pas loin." nous dit, sur facebook, Esther Benbasa à la parution du tweet du président Macron à l'occasion du 1er mai.

Et en effet, pour moi, la fête des travailleurs est là pour nous rappeler que la vraie vie, celle qui a du sens n'est pas celle enchaînée au poste de travail pour produire des choses mortes, des choses inutiles, des services imbéciles, pour produire de la richesse chez les capitalistes mais, bel et bien, celle que l'on trouve auprès des amis, de la famille, de la nature, de la culture, de l'engagement humaniste et pacifiste. Le travail est evidement nécessaire, mais il faut le laisser à sa place car définitivement il ne sert à rien de perdre sa vie à la gagner.

Mais, je laisse à Jean-Louis Alessandri, la place dans cette publication car je ne saurais mieux dire les choses.

"Putain de Travail!


Depuis quelques années déjà, la réthorique sur le 1er mai tend à faire célébrer le travail. Du “vrai travail” de Pétain à Sarkozy ou encore le dernier tweet de Macron tendent à dévoyer le réel sens de ce jour hautement symbolique pour les travailleurs. Il ne s’agit pas de célébrer “ceux qui aiment le travail” ou le “chérissent parce qu’ils produisent” 1. Au delà du caractère apophasique de cette remarque qui sous entend que le travail est synonyme de “plaisir”, (on aime ce qui nous plaît, on chérit ce qui nous est cher), et que donc seuls les “amoureux” de leur travail, ceux qui le placent au dessus de tout le reste comme valeur humaine, sont les vrais travailleurs, il est évident que cette forme de langage cherche à nous faire penser que nous célébrons le travail tous les 1er mai. Néanmoins, il n’en est rien. L’histoire du mouvement ouvrier depuis le 19ème siècle cherche à s’émanciper du labeur. Au vu des chiffres d’une étude menée en Grande Bretagne, où 49% des travailleurs haïssent leur emploi, il est évident que le travail, pour une moitié d’entre nous, ne revêt pas ce caractère “amoureux” que les politiques veulent nous laisser croire. La révolution industrielle ayant fortement changé le paradigme économique a transformé le terme “métier” en “emploi”. Changement sémantique hautement symbolique puisque l’emploi revêt une idée de “tâche” accomplie étant évaluée à une rémunération, le terme métier, lui, implique une formation, des compétences et des qualités reconnues par la société toute entière. La vision de la société sur le “travail” est devenue biaisée et la horde de travailleurs pauvres n’a fait qu’augmenter tout au long des décennies. Certes, il est évident qu’un travail constitue une forme d’émancipation sociale il n’en reste pas moins que l’idée “de chérir” le travail n’est pas nécessairement en lien avec ce que les travailleurs pensent de leur emploi. Si ce n’est donc as le travail que l’on célèbre le 1er mai, qu’en est-il?

La lutte ouvrière s’est faite dans le sang et les larmes. C’est le combat pour la réduction du temps de travail, pour de meilleures rémunérations, des conditions de labeur plus humaines qui ont été au centre du mouvement ouvrier et syndicaliste. Peu de revendications sociales se basent sur “Aimer son travail”, “le chérir”. Il n’est certes pas incompatible de travailler et d’aimer ce que l’on fait tous les jours, mais pour cela, il faut que les conditions d’emplois soient suffisamment “humaines”. On ne peut aimer ce qui fait souffrir, ce qui ne nous rend pas heureux.

Les manifestants de Hay Market de 1886 tombés sous les balles de la police de Chicago, de Trafalgar Square et du premier Bloody Sunday de l’histoire, le 13 novembre 1887 où 300 manifestants furent arrêtés après avoir vu tomber trois des leurs sous les tirs de la police londonienne, des mineurs de Decazeville en 1886; de Marie Blondeau à Fourmies en 1892, tombée, parmi huit de ses camarades sous les balles des fusils Lebel, des grèves des mineurs à Pontypryd au Pays de galles matées par la troupe, des cheminots dans la vallée de la Rhonda et Tonypandy battus à mort pour certains par les Bobbies anglais, ont tous le point commun d’avoir lutté pour une réduction du temps de travail, des meilleurs salaires et des conditions de labeur humaines. Tous ces événements ont été entachés du sang des manifestants, des exécutions sans preuves et des arrestations. Car, comme le Procureur de la République le dira au sujet des journalistes Roche et Duc Quercy : "Ils ont soutenu des théories sociales. Or, le socialisme est un vain mot"

Un vain mot, voilà ce que le pouvoir a toujours pensé de la lutte ouvrière, une vaine lutte, c’est ÇA le 1er mai, la commémoration de ces luttes ouvrières, de ces tombés sous les coups de buttoirs des différents états, non pas l’amour du travail et de ceux qui le chérissent. Les ouvriers chériront leur travail lorsque leurs revendications sociales, légitimes seront entendues. Que la 7ème puissance mondiale se regarde enfin en face, qu’elle analyse la situation et alors le peuple aimera son travail, le chérira. Jusque là, le 1er mai sera le jour de la commémoration des leurs tombés pour leurs droits à vivre dignement de leur labeur.

lundi 1 janvier 2018

Que nous souhaiter pour 2018 ?


Que nous souhaiter pour 2018 qui ne l’aura pas été pour 2017, mais avant également pour 2016 ou 2015 ? Nous nous sommes souhaités la paix et l’amour et tous deux ne sont pas arrivés. J’ai une pensée très émue pour tous ces hommes vendus en Syrie en 2017, comme aux pires temps de l’esclavage en Europe. J’ai une pensée compassionnelle pour tous les morts et survivants des traversées méditerranéennes. J’ai une pensée pour tous les martyres de la cause environnementale, à l’instar d’Isidro baldenegro Lopez, de Mias Mascarinas-Green, de Gordom Strom, de Santiago Maldonato, de Wayne Lotter ou bien encore de Ruben Arzaga, tous morts, en 2017 pour avoir voulu protéger notre Terre des saccageurs assassins. En 2017, 185 défenseurs de l’environnement auront été tués. Nous nous sommes souhaités une prise de conscience environnementale, mais force est de constater que les voyants sont toujours autant au rouge car même les écolos partent en vacances à l’autre bout de la planète, en avion et la plèbe s’enthousiasme pour une écocide et inutile Exposition Universelle 2025, prévue sur le Plateau de Saclay, en lieu et place de terres agricoles. Nous nous sommes souhaités la santé et le bonheur mais le glyphosate coule toujours de nos aliments et la consommation ne nous contente toujours pas. Mais d'un autre coté il est vrai que "la France n'a pas besoin de gens heureux, elle a juste besoin de consommateurs" comme nous le rappelle Nicole Ferroni dans son sketch sur la méditation.

Dès lors cela a-t-il encore du sens de se souhaiter des choses que, de toute manière, nous ne mettrons pas en œuvre ?

Mais sans souhaits et donc sans espoirs, la lutte pour la survie de nos enfants n’est pas possible. Aussi rappelons-nous toujours que l’espoir fait vivre et ainsi j’ai espoir que nous trouvions le chemin de la sagesse et que les religieux lâchent un peu du lest sur leurs certitudes et se détendent.

Espoir que nous trouvions le chemin de la sobriété heureuse … heureux de participer à la durabilité de l’espèce humaine qui est, reconnaissons-le, aussi stupide que magnifique.

J’ai espoir que cette année, le projet inutile d’Ayraultport de Notre-Dame des Landes soit enfin et définitivement enterré et la ZAD pérennisée, confirmée dans son rôle d’expérience alternative, écologique et solidaire. Le Gouvernement saura-t-il enfin écouter les arguments objectifs des opposants, légitimés par le rapport des experts ou bien cédera-t-il aux lobbies du béton et de la destruction ? Janvier 2018 sera le mois de la grande décision entre saccage et sagesse. Le mois de tous les dangers.

J’ai espoir, à l’instar du sociologue, Jean-Baptiste Comby que nous ne passions plus « sous silence les causes collectives et structurelles de la destruction de l’Environnement : l’aménagement des villes et des transports, l’organisation du travail, le fonctionnement de l’agriculture, le commerce international, l’extension infinie des marchés. C’est en imaginant et en luttant pour d’autres organisations sociales que nous rendrons possible l’adoption durable de styles de vie à la fois moins inégaux et plus respectueux des écosystèmes naturels. »

J’ai espoir que nous nous regardions enfin avec respect et fraternité, espoir que les plafonds de verre explosent enfin. J’ai espoir que les femmes ne soient plus méprisées, maltraitées, humiliées, vues comme des proies. J’ai espoir que nos frères noirs ne soient plus relégués, avec condescendance, à des travaux de services aux blancs révélant un simulacre d’égalité française, vestige d’une culture collective coloniale niée mais finalement toujours présente dans notre inconscient collectif. J’ai espoir que la juste colère contre les extrémismes religieux ne soit plus un prétexte de haine envers les croyants et que nous retrouvions l’esprit de la laïcité, seule garante des libertés de tous. J’ai espoir que les plus pauvres, les plus précaires d’entre nous ne soient plus vus comme les causes mais bien comme les victimes d’une crise systémique mondiale, et encore moins comme de vils profiteurs d’un système qui favorise, pourtant et quoi qu’on en dise, les plus riches sans que les envieux n’y voient a y redire. J’ai espoir que nous retrouvions la raison et que nous cessions d’inverser les valeurs car l’argent et la convoitise ne sont que de bien piètres maître et maîtresse. 

Et ainsi devant ces 326 jours de production d’électricité, 100 % renouvelables, au Costa-Rica, en 2017, j’ai espoir. Le pays vise le zéro CO2 en 2021. J’ai espoir devant la réduction record du trou de la couche d’ozone, qui a atteint sa plus petite taille en 2017 depuis 1988 et devrait continuer à se résorber. J’ai espoir devant la plus grande réserve naturelle, préservée pour 16 ans, en Arctique et grande comme la Méditerranée à l’instar des 1,5 million de km2 préservés en Antarctique et qui en font la plus grande réserve marine du monde. J’ai espoir quand je vois les deux espèces de Kiwis de Nouvelle-Zélande passer, grâce à des mesures de protections, d’espèces "en danger" à espèces "vulnérables" éloignant le risque d’extinction. J’ai espoir devant les 66 millions d’arbres plantés, en 12 heures, au nord de l’Inde pour lutter contre les changements climatiques. J'ai espoir quand le vois que la Chine, autrefois premier marché pour les défenses d'éléphants de contrebande, vient de promulguer, le 28 décembre 2017, l'interdiction totale du commerce de l'ivoire. "A partir d'aujourd'hui, l'achat et la vente d'ivoire et de produits de l'ivoire par les marchés, les magasins et les commerçants est hors-la-loi", a déclaré le ministère des Forêts sur son compte Weibo. Le ministère précise que l'interdiction porte aussi sur le commerce en ligne et sur les souvenirs achetés à l'étranger. J’ai espoir quand les Hommes sont de bonnes volontés même si j’exhorte à passer à la vitesse supérieure afin de gagner la guerre engagée contre la nature (selon les mots d'Hubert Reeves) et voir la conservation des équilibres écologiques l'emporter sur la destruction et l'effondrement.

Ainsi donc en 2018 je ne change ni d'idéaux, ni d'objectifs, ni de rêves, j’ai toujours espoir que la paix, la compassion et l’amour de l’autre et de notre Terre soient portés comme des étendards modernes et universels même si 2017 aura été une année catastrophique pour la Terre des Hommes. Et c’est avec cet espoir, accompagné d’une conscience éveillée, que j’aborde cette nouvelle année que je vous souhaite belle, heureuse, bienveillante, pleine de réussites décroissantes et d’amour.

jeudi 9 juin 2016

L’humanité triomphe, elle gagne, s’étale, prend la place.

Il y a un an Yves Paccalet écrivait ce texte et son constat est malheureusement amère, en un an, hélas, zéro progrès pour la nature ... et avec l'euro et ses jeux du stade, ce n'est pas près de changer. Je partage complètement ce texte, merci à Yves de l'avoir écrit.


Loups, requins, renards, blaireaux, corbeaux, serres d’Auteuil : détruisons au plus vite tout ce qui est beau !

L’humanité triomphe. Elle gagne, s’étale, prend la place. Elle élimine ce qui la dérange sur la planète, voire ce qui a la simple audace d’exister. Elle tolère quelques végétaux et animaux si c’est pour les manger ou les asservir à ses activités économiques ; pour en faire des attractions touristiques ou des jouets familiers ; pour les torturer dans une arène ou un cirque ; pour les dépouiller de leurs plumes, de leurs défenses ou de leur fourrure…

Toute autre présence de ces « étrangers » (y compris celle des Homo sapiens immigrés) est tenue pour une agression, à laquelle nous répondons avec nos armes de destruction quotidienne. Nous éliminons. Nous traquons. Nous déterrons. Nous « effarouchons » (ah ! la belle litote, pour une balle en plein cœur !). Nous « prélevons » pour équilibrer le milieu. Nous luttons contre les « envahisseurs » que nous voyons immanquablement « pulluler » ou « grouiller », alors que nombre de ces espèces sont menacées d’extinction. Nous continuons d’inscrire quantité de « nuisibles » sur des listes écologiquement absurdes et humainement atroces, mais grâce auxquelles nous offrons à nos chasseurs et à nos cracheurs de pesticides un permis de tuer à perpétuité.

Dans une seule journée de la semaine dernière, j’ai appris qu’en Tanzanie, les populations d’éléphants se sont effondrées de 103 000 à 43 000 sujets en cinq ans ; que le rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest est officiellement éteint ; que les requins continuent d’être pêchés dans toutes les mers pour leurs ailerons ou leur foie, et éliminés parce qu’ils gênent les baigneurs et les surfeurs ; que 120 000 antilopes saïgas d’Asie centrale sont mystérieusement mortes en trois semaines au Kazakhstan, certains disent de pollution chimique ou nucléaire…

J’enregistre la litanie de ces désastres. Or, dans le même temps, de quoi les journaux (radio, télé, Internet ou papier) forment-ils leurs gros titres ? Ils mettent à la « Une » les déclarations fumeuses d’un berger de 16 ans, nommé Romain Ferrand. Celui-ci affirme avoir été « menacé » dans la forêt de la Blanche, près de Seyne-les-Alpes, par une meute de loups. Le jeune homme dit avoir observé ces prédateurs en pleine nuit, quoique sans lampe. Il a vu « luire leurs yeux jaunes », et les fauves « couraient à une vitesse phénoménale »…

J’ai l’impression de relire les « témoignages » hallucinés de certains habitants du Gévaudan, à l’époque de la « Bête ». L’adolescent aurait compté treize de ces animaux diaboliques, qu’il aurait pourtant mis en fuite d’un simple coup de fusil tiré en l’air… Sur le site du journal La Provence, le journaliste de service transmue l’histoire en délire : « Il a échappé au pire : encerclé par la meute, Romain Ferrand a dû tirer pour s’en sortir ! » Quasiment un héros de roman d’aventures dans le Grand Nord ! Je rappelle que le précédent « cas » supposé d’attaque de loup contre un humain s’est déroulé en 2001, dans le Mercantour. Lui aussi a fait les gros titres. C’était une affabulation : l’éleveur était tombé dans un éboulis, et avait tenté de faire croire que ses blessures étaient dues aux crocs de la « bête féroce ».

En France, en tout et pour tout, ne vivent que 300 loups. Ces animaux n’ont pas été réintroduits par un quarteron d’écolos irresponsables, mais sont venus d’eux-mêmes dans notre pays, en 1992, depuis l’Italie où ils étaient protégés, en franchissant la crête alpine qui sépare l’Argentera du Mercantour. On dénombre (chiffres ronds) plus d’un millier de ces animaux en Italie, 2 000 en Espagne et 2 500 en Roumanie. Ces « fauves » ne causent guère de souci dans ces derniers pays, où les troupeaux sont correctement gardés. En France, ils servent de prétexte à certains potentats locaux, plutôt à droite sur l’échiquier politique, pour ne rien faire en faveur des éleveurs, et attiser des passions plus efficaces que la raison pour gagner les élections.

Rien d’étonnant, dès lors, à ce qu’on voie des préfets ou des maires prendre des arrêtés illégaux, où figurent des « quotas » de loups à fusiller, piéger ou empoisonner, et jusqu’au cœur du parc national des Écrins. Rien de surprenant, dans ces conditions, à ce que le nombre des « prélèvements » autorisés, pour l’ensemble du pays, fasse un bond de 24 sujets pour la campagne 2013-2014, à 36 pour la campagne 2014-2015 (projet gouvernemental). Une augmentation de 50% : mais en un an, la population de l’espèce n’a pas crû dans cette proportion…

En France, nous tuons des loups dont l’espèce est protégée par la Convention européenne de Berne, que nous avons signée. Ce pourrait être pis ! L’obsession assassine des autorités et de leurs bras armés, les lieutenants de louvèterie (une institution fondée par Charlemagne !), se heurte au travail des associations de protection de la nature, lesquelles (pour le coup) hurlent à juste titre avec les loups, et attaquent en justice chaque texte abusif. Merci Ferus (qui m’a fait l’honneur d’être son vice-président) ! Merci l’Aspas, le WWF et les autres !

Les humains sont partout pétris des mêmes peurs et des mêmes préjugés. Ce qui arrive aux loups n’est qu’un exemple de l’ignorance et de la violence qui caractérisent notre espèce, laquelle continue néanmoins à se prétendre la plus sage. La vérité est assez dure à formuler. Au fond, nous ne supportons pas la beauté sauvage, celle qui nous précède et (probablement) nous survivra… Nous sommes, sinon heureux, du moins recadrés et rassurés dans l’univers de l’artifice, du béton, du macadam, de la bagnole, de la malbouffe et de la pollution.

Quelques exemples supplémentaires ?

À la Réunion, l’hystérie ne se calme pas. Les autorités autorisent la mise à mort de nombreux requins tigres et bouledogues afin de « sécuriser » les lieux de baignade et les « spots » de surf. Sous prétexte que ces prédateurs sont attirés par les poissons des zones protégées de l’océan, certains ennemis des squales vont jusqu’à exiger qu’on détruise à la dynamite et au cyanure la splendide réserve marine de l’île, qui fut si longue et difficile à créer !

En métropole, des chasseurs, appuyés par leurs édiles, ont récemment lancé de nouvelles battues au renard – ce « nuisible » qui attrape et mange environ 10 000 campagnols par an ; et ne « vole » à peu près aucune poule… D’autres Nemrods de sous-préfecture préfèrent massacrer le corbeau – ce « nuisible » qui incarne aussi le plus intelligent des oiseaux. Sur la côte atlantique, on élimine non seulement les « nuisibles » cormorans amateurs (comme nous) de poissons, mais les « nuisibles » ibis, que les ornithologues qualifient plutôt de rarissimes. Ailleurs, d’autres obsédés de la gâchette continuent de déterrer le blaireau – ce « nuisible » qu’ils asphyxient au fond de son trou avec ses petits, et dont ils oublient qu’il joue un rôle éminent dans l’équilibre de la forêt…

Si j’étais plus méchant que de nature envers mon espèce, j’écrirais que l’homme n’aime que ce qui lui est « utile » selon les critères de l’économie marchande. Il tient en horreur le loup, l’ours, le requin, le dauphin, le crocodile ou l’éléphant parce qu’il ne goûte que ce qu’il a créé, perverti et sali lui-même. Raison pour laquelle il déteste également les étoiles du ciel… En formulant cela, je reste encore indulgent. La preuve ? À Paris, nos prédécesseurs avaient bâti un joyau d’architecture qu’ils avaient rempli d’orchidées, de broméliacées et d’autres fleurs du monde entier, lesquelles nous font l’offrande de la magnificence de leurs corolles et de la subtilité de leurs parfums. Ils avaient nommé cet édifice « les Serres d’Auteuil ». Or, les autorités s’apprêtent à détruire une partie de ce trésor botanique pour augmenter la superficie des terrains de tennis de Roland-Garros.

« Tchip ! Tchop !... Tchip ! Tchop !... Trente-quarante !... Jeu, set et match !... » Vous parlez d’une esthétique et d’une poésie ! Mais il en va ainsi dans notre civilisation : quiconque détruit la nature et la beauté du monde gagne le droit de rebaptiser son œuvre « progrès ».

dimanche 31 janvier 2016

Valls ou quand la violence est payante

Dans la rubrique : " La France que nous aimons" : Du septennat de Giscard , l’histoire gardera le courage de Simone Veil défendant la loi sur l’interruption volontaire de grossesse en 1974 … Du règne de Mitterrand, l’histoire aura gravé dans le marbre, l’abolition de la peine de mort en 1981, défendue par l’humaniste Robert Badinter… Du passage de Jacques Chirac, à l’Elysée, l’histoire ne retiendra que le sublime et fort discours de Dominique de Villepin, prononcé à l'ONU en 2003, indiquant que la France n'interviendra pas en Irak…. Et, du quinquennat de François Hollande, l’histoire conservera la fraternité de Christiane Taubira, défendant la loi sur le mariage pour tous en 2013… Une toujours belle et digne Christiane Taubira, qui fait ses discours sans note, dans un français sublime et qui récite parfaitement Paul Éluard ou Aimé Césaire pendant que Valls, en bon macho, tellement anxieux de prouver sa virilité, ne peut s’empêcher de prouver, à qui veut l'entendre, que lui aussi en a dans le pantalon et qu'il ne reculera devant rien ni personne. Enfin, ne reculera pas devant les pacifistes, parce que pour ce qui est des violents ce sera une autre histoire ... eux seront reçus aux ministères.

Le 20 janvier des éleveurs bretons ont entamé des blocus avec tracteurs, pneus en feu et dégradations de matériel routier afin de protester contre les conséquences d'un système libéral qu'ils appellent, par ailleurs, de leurs vœux... Le gouvernement allait-il les évacuer avec autant de célérité et de sévérité qu'il l'a fait pour les défenseurs de la vie à Nantes, début janvier ? La police allait-elle confisquer des tracteurs comme elle l'a fait à Nantes ? Allait-il y avoir des comparutions immédiates, des mises en examen ? Le lendemain la RN12 ne rouvrira pas avant 16 h ou 17 h, annoncera le préfet, suite aux dégradations des agriculteurs de la FNSEA. Glissières arrachées, enrobés détruits par le feu, panneaux arrachés, détritus déposés sur les axes routiers, les barrages routiers installés la semaine dernière, en Bretagne, par les éleveurs en colère, ont occasionné près de quatre millions d'euros de dégâts à la charge de la société et du contribuable. Et pas une seule interpellation, ni mise en examen, ni plainte, ni confiscation de matériel. De même, le montant des dégradations des manifestations des pétro-agriculteurs de l'été dernier, dans le Finistère, s'est élevé à un total de un million et demi d'euros. Un million d'euros à la charge de l’État et 500.000 euros à la charge du conseil départemental uniquement pour l'aspect matériel. Alors que la FNSEA déverse des tonnes de lisier devant des magasins rendus inaccessibles, bloque des routes et des villages entiers, brûle et détruit en toute impunité, et que les taxis parisiens paralysent tout sans qu'on ne leur dise rien, qu'ils obtiennent gain de cause et sont tous reçus aux ministères, onze personnes ayant participé à l'opération escargot sur le périphérique nantais, en soutien aux expulsés de Notre Dame des Landes (projet illégal puis qu'il ne respecte pas la loi sur les compensations), ont purement et simplement été placés en garde à vue avec voitures et tracteurs confisqués ... cherchez l'erreur !

Et là, braves français, vous ne dites rien ? Non rien. Votre silence est assourdissant. Non vous ne dites rien car il n'y a rien, finalement à vos yeux, que du très normal dans cette France où seules l'économie et la sécurité, à tout prix, sont légitimes et où le reste de la vie est négligeable. Me revient alors le constat d'échec exprimé par F Benslama, dans l'émission "C dans l'air" de France 5, le 15 janvier : "aujourd'hui où sont les espérances, les utopies, les idéaux dans notre monde moderne ? Il n'y en a plus. Ce que propose DAECH c'est une utopie". Constat d'échec de notre société individualiste, de compétition et consumériste, où l'individu n'est plus un individu mais un consommateur et où toutes les opinions, même les plus nauséabondes, sont considérées comme valables et équivalentes. Ainsi, si les écologistes avaient fait un quart de ce qu'ont fait les agriculteurs de la FNSEA, ils auraient été bon pour la peine capitale. Imaginez les adjectifs auxquels auraient eu droit les participants à la manifestation de Nantes contre le projet inutile de Notre-Dame-des-Landes, s'ils avaient laissé les routes dans cet état !

Force est donc de constater que c'est la violence qui permet d'être entendu. Force est de constater que l'on est moins inquiété lorsque l'on manifeste, avec dégâts, pour un lobby productiviste et capitaliste que pacifiquement pour défendre notre patrimoine naturel..."Brûlez et cassez, vous serez reçu aux ministères" semble nous dire le gouvernement. Côté médias, point de micro-trottoirs qui donnent la parole au venin de la populasse pour qu'elle y vomisse sa haine de ces agriculteurs qui les empêchent de partir au travail ou en vacances comme elle sait si bien le faire quand il s'agit des écologistes et des fonctionnaires. La haine et le mépris sera donc pour les doux et les amoureux de la vie. La non-violence, le calme et le pacifisme ne paieraient-ils donc pas dans notre pays ? Serions-nous condamnés à la lutte violente ? La FNSEA, elle, a répondu à cette interrogation, elle sait qu'elle peut détruire ce qu'elle veut puisque l'impunité est de rigueur à son égard ! Et nous, contribuables, en plus de financer les subventions à l'agriculture intensive et polluante, nous payons pour réparer les dégâts... Par exemple, qui paye la reconstruction du centre des impôts de Morlaix incendié le 19 septembre 2014 ? 16 mois après, aucune arrestation, aucune condamnation ! La justice est bien plus rapide pour frapper les syndicalistes d'Air-France, de Good-Year ou les manifestants écologistes. Et pourtant, ils n'ont pas détruit des biens publics, eux ! Deux ans de prison dont neuf mois ferme aménageables pour avoir retenu sans violences physiques, durant trente heures, deux cadres qui ont retiré leurs plaintes, tout comme l’employeur. "La condamnation des huit anciens salariés de Goodyear dont cinq sont syndicalistes CGT est inédite et est "un avertissement" envoyé au monde du travail, ouvrier, syndical", nous dit la politiste Vanessa Codaccioni, spécialiste de la répression étatique.

Alors il est vrai, comme me le dit mon frère, que la FNSEA ne veut pas changer le système. Elle veut juste de l'argent. Elle ne représente aucun risque pour le système. Donc pas de répression de la classe dominante. Les écologistes, au contraire, veulent changer le système, donc répression. Cela est d'autant plus facile que les écologistes sont, pour leur très grande majorité, pacifistes. Mais c'est bien cette mise en cause radicale du système par les écologistes qui fait qu'ils sont traités comme des terroristes. Peu importe, pour les dominants, qu'il s'agisse d'une révolution pacifique qui a notamment pour modèle Gandhi, ils représentent un vrai risque pour le système.

Ceci est tellement vrai que Xavier Beulin, le tout puissant patron du premier syndicat agricole français, le céréale-killer de la FNSEA comme le nomme "Libération", souvent présenté comme le "véritable ministre de l'Agriculture" tant il obtient tout ce qu’il veut de François Hollande comme de son prédécesseur (Libération du 3 Sept. 2015), se permet en toute impunité de menacer les écologistes "Désormais, face à toute nouvelle tentative de ZAD, on n’attendra pas les forces de l’ordre, on ira nous-mêmes les déloger" (la France agricole - 29 Janv. 2016). Il est vrai que l'agriculture industrielle est représentée par ce genre de personnes, un Xavier Beulin qui ne se départit de son charisme onctueux et ne montre de signes d’agacement que lorsqu’on lui parle des dégâts environnementaux et sociaux causés par l’agriculture industrielle, son modèle absolu. Il est mort le sol, il ne produit plus que sous perfusion, s'alarment des agronomes ? Une fuite en avant, dopée à la pétrochimie, dont les agriculteurs sont les premières victimes ? "Des clichés !" rétorque-t-il. La FNSEA n'est donc plus un syndicat agricole mais une milice ouvertement violente et anti-écolos. Et de son coté, pendant que la FNSEA exprime cette menace non voilée, qui porte atteinte à l'ordre public, Bruno Retailleau, lui, parle de zadistes ultra-violents qu'ils faut, coûte que coûte, évacuer ?!?! Et que dit le gouvernement après cette annonce parfaitement scandaleuse de la FNSEA ? Rien !



Après Sivens et un assassinat, après les rejets toxiques en Méditerranée dans le Parc des Calanques, après la fin de l'écotaxe, après les autorisations de tirs aux loups, après l'obstination autour du projet obsolète de NDDL alors que dans le même temps on supprimera 250 hôpitaux de proximité devenus un luxe intolérable, après avoir empêché toute manifestation pendant la COP21, y-a-t-il encore un seul partisan de l'écologie capable, en 2017, de voter pour Hollande et le PS ?

dimanche 16 août 2015

J'ai pas voté!! (Film Complet)

"Si voter changeait quelque chose,
il y a longtemps que ça serait interdit."
Coluche

"La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader. Un système d'esclavage où, grâce la consommation et au divertissement, les esclaves "auraient l'amour de leur servitude" 
Aldous Huxley - "le Meilleur des Mondes" - 1931.

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Extraits :

[...] "le vote est ce qui consacre cette élite de gouvernance. Sans le vote ils ne sont rien." [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "Face à cette crise démocratique, aucun changement n'est envisagé" [...]

[...] "L'élection est-elle réellement le fondement de notre démocratie ?" [...]

[...] "Pour une petite fraction de la population tout se passe bien dans le meilleur des mondes, aujourd'hui, puisqu'ils tirent profit de la démocratie. Donc pour eux, la démocratie va bien, mais pour l'immense majorité, pour les 99 %, dont parlait le mouvement occupy, la démocratie, objectivement, va mal." [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "La crise de 2008 a révélé la servitude volontaire des gouvernements à l'égard de pouvoirs économiques, à l'égard de marchés, qui ne représentent les intérêts que d'une petite fraction de la population qui n'a cessé de s'enrichir depuis un quart de siècle au détriment de l'immense majorité de la population". [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "C'est vrai que de déceptions en déceptions et d'impuissances en impuissances, c'est vrai que ce qui se développe c'est fondamentalement l'abstention, non plus comme avant, il y a des décennies c'était "les vieux qui ne s'occupaient pas trop de politique", "les égoïstes", aujourd'hui on s'aperçoit que la structure idéologique, politique des abstentionnistes est extrêmement politisée." [...] Jean-Paul Jouary (Philosophe)

Jean-Paul Jouary (Philosophe) nous rappel que [...] le début de la révolution française c'est encore l'idéal d’Athènes qui prédomine : C'est le peuple qui décide, c'est le peuple dans la rue, c'est le peuple qui décide de discuter, de déclarer des droits universels et puis, au milieu de la révolution française, il y a un petit texte de l'abbé Sieyès qui dit à un moment donné : "Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi, ils n'ont pas de volonté particulière à imposer. s'ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet état représentatif ce serait un état démocratique". Ainsi l'abbé Sieyès, leader révolutionnaire, qui fut l'un des fondateurs du système représentatif actuel, rejettera jusqu'au bout l'idée de créer un véritable gouvernement démocratique et s'opposera fermement à tout système intégrant le peuple aux décisions politiques. [...] malgré l'analyse de Jean-Jacques Rousseau qui considère la représentation comme oligarchique et préférera la démocratie directe, "le peuple ne peut avoir de représentants, parc qu'il est impossible de s'assurer qu'ils ne substitueront point leurs volontés aux siennes et qu'il ne forceront point les particuliers d'obéir en son nom à des ordre qu'il n'a ni donné, ni voulu donner", la révolution donnera naissance à la représentation. C'est bien l'abbé Sieyès qui dictera les réformes politiques. [...] C'est cela qui fonde, encore aujourd'hui, notre système actuel.

[...] "C'est le vote qui est le fondement du lien représentatif dans notre système représentatif" [...] Loïc Blondiaux (professeur de science politique)

[...] "L'acte électoral est, par essence, démocratique, mais si cet acte électoral est conçu comme une délégation de pouvoirs à des représentants qui, ensuite, dirigeront sans consultation du peuple, c'est vrai que cet acte électoral est perçu comme une perte de souveraineté." [...] Jean-Paul Jouary (Philosophe).

[...] "Il faut voter ! Seul moyen d'expression démocratique ! Pour nous en convaincre les pouvoirs publiques organisent des campagnes publicitaires. L'objectif est d'inciter à voter et de réduire l'abstention à un acte anti-démocratique. A l'école on nous apprends à voter pour être un bon citoyen, mais ne l'oublions pas le vote n'est pas le fondement de la démocratie, juste une de ses composantes. Les révolutionnaires ne sont pas morts pour le droit de vote mais pour plus d'égalités et de libertés. Seulement cette idée est tellement inculquée comme un devoir dès le plus jeune âge, qu'il est difficile de s'en défaire."[...]

[...] "Il ne suffit pas de dire qu'on a le suffrage universel pour dire qu'on est en démocratie" Matthieu Aurouet (rédacteur de Causeries-républicaines). L'article 3 de la constitution indique que "la souveraineté nationale appartient au peuple qu'il exerce par ses représentants et par la voie du référendum", le référendum on a vu le résultat, vous vous souvenez, quand aux représentants ils doivent incarner la volonté du peuple mais sans lui ressembler sociologiquement. La constitution n'évoque aucunement l'idée d'avoir une assemblée à l'image du peuple. Actuellement l'assemblée nationale est constituée de 577 représentants du peuple. C'est bien ! Cela devrait permettre une bonne représentation du pays. Mais regardons ça de plus près : En France les ouvriers et les employés représentent plus de 50 % de la population. A l'assemblée, seulement 1,9 % des députés sont de ce milieu. A l'inverse les cadres supérieurs ne représentent que 16 % de la population alors qu'ils composent à plus de 81 % l'assemblée nationale. Quelles en sont les conséquences ? la défense de leurs propres intérêts. Un exemple : 20 % des ménages les plus riches bénéficie de 79 % des réductions d'impôts. On voit bien que l'intérêt général n'est pas à l'ordre du jour de nos députés. [...]
. . .
« Sous la poussée d’une surpopulation qui s’accélère et d’une sur-organisation croissante et par le moyen de méthodes toujours plus efficaces de manipulation des esprits, les démocraties changeront de nature. Les vieilles formes pittoresques — élections, parlements, Cours suprêmes, et tout le reste — demeureront, mais la substance sous-jacente sera une nouvelle espèce de totalitarisme non violent. Toutes les appellations traditionnelles, tous les slogans consacrés resteront exactement ce qu’ils étaient au bon vieux temps. La démocratie et la liberté seront les thèmes de toutes les émissions de radio et de tous les éditoriaux. Entretemps, l’oligarchie au pouvoir et son élite hautement qualifiée de soldats, de policiers, de fabricants de pensée, de manipulateurs des esprits, mènera tout et tout le monde comme bon lui semblera. » Aldous Huxley - "Retour au Meilleur des Mondes" - 1958.

mardi 7 juillet 2015

Quand 60 ans après, les journalistes redécouvrent "le monde du silence"

Leur indignation cache notre aveuglement actuel

Il aura fallu 60 ans pour que le romancier et cinéaste français, Gérard Mordillat, attire l’attention des gens, avec sa chronique "Le Monde du silence, un film naïvement dégueulasse", sur le premier grand film de cinéma du commandant Cousteau. La question que l'on peut se poser légitimement est : "mais pourquoi maintenant ?". Pourquoi maintenant, 60 ans après la sortie du film et 18 ans après la disparition du Pacha de la Calypso ? Pourquoi maintenant si ce n'est pour mettre en relief le chemin parcouru dans la prise de conscience environnementale, si ce n'est pour montrer - et c'est un bon point pour tous ceux qui nous ont ouvert les yeux sur l'écologie dont Cousteau fut l'un des grands artisans - combien nos normes changent et les méthodes aussi. Mais je doute que l'objectif fut tel.

Alors oui, l'attaque de Mordillat est dure, surtout 60 ans après. Pourtant ce qui est dit dans cette chronique est assez juste même si cela traduit, évidement, que le film a beaucoup vieilli et que ce qui était acceptable hier, ne l’est plus aujourd’hui et en voilà un bel exemple. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Notre vision du monde a changé grâce, notamment à des films comme "le monde du silence", les documentaires de Christian Zuber, ou les films, plus récents, de Nicolas Hulot, d'Al Gore ou de Marie-Monique Robin . Il est ainsi parfaitement exact qu'aujourd'hui ce film ne pourrait plus passer. Il serait défoncé, fort justement, par les écolos en général et par moi en particulier.

Mais il faut, bel et bien, le replacer à son époque où la conscience environnementale et la connaissance de la fragilité de la mer n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. Ainsi, nous dit Franck Machu, "Les explorateurs du Monde du Silence découvrent de nouveaux territoires avec l’innocence des pionniers. Le débarquement aux Seychelles est éloquent : on touche à tout, on grimpe sur tout, on se disperse en tous sens, tel une classe de mer en villégiature. Leurs seules limites sont celles qu’ils se fixent, libres et aventureux, croquant une nature vierge, vaste, inépuisable, sans préoccupations morales. La nature est généreuse, personne ne saurait avoir la moindre gêne à agrémenter les repas d’œufs et de steaks de tortue (hors film) ; un exemple symptomatique de l’évolution des mœurs et des pratiques. Le Monde du Silence est le témoignage d’une époque et d’un monde disparus. C’est un mirage de paradis invulnérable, monde naïf né de nos imaginations d’enfants, où l’on peut chevaucher une tortue par jeu, taquiner un gros poisson par envie, faire sauter un récif à la dynamite par bêtise, harponner une baleine par instinct, battre un requin par haine. Un monde de jeu, un univers de conte, où tout est permis, même de s’y perdre, pour se réveiller, attristé, mais responsable, dans un monde d’adultes"

N'oublions pas, non plus, que Cousteau, issu de la Marine, se définissait, à ce moment-là, comme un océanographe aventurier et surement pas comme écologiste. A l'instar de Nicolas Hulot qui dit qu'il n'est pas né écologiste mais qu'il l'est devenu, Cousteau ne viendra à l'écologie qu'avec le temps et au fil de ses pérégrinations. "Il suffit de rapprocher le commentaire du Monde du Silence du commentaire de Requins, premier film de la série de l’Odyssée sous-marine, pour mesurer le chemin parcouru, en dix ans. Dans le premier, Cousteau donne l’image du requin, ennemi mortel du marin, dans le second, il prend soin de dédramatiser l’animal, l’assimilant à un poltron qui fuit plus souvent qu’à son tour. Aujourd'hui, nul doute que Cousteau ferait parti des voix pour mettre fin au massacre. Il aurait même surement une idée d'avance sur tous ces donneurs d'opinion qui découvrent aujourd'hui la mer." poursuit Franck Machu.

Ainsi définitivement ce film a ouvert les yeux de son temps avec les yeux de ce temps-là sur un monde totalement ignoré du plus grand nombre. Il ne faut pas le voir autrement que comme une archive qui marque l'évolution positive de la conscience environnementale de notre Monde. Une fois n'est pas coutume, je trouve qu'il est plutôt réconfortant de voir que nous sommes allés dans le bon sens même s'il faut bien le reconnaître nous ne sommes pas sortis du tunnel et qu'il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir si nous voulons poursuivre notre route sur cette Terre que nous continuons à maltraiter. Car dans cette veine-là, comment, dans 60 ans, nos enfants nous jugeront ils à l'aune des crises climatique, énergétique, métallique, écologique et sociale connues mais pas anticipées et surtout niées par nous ? Sommes nous en mesure de jeter la première pierre à Cousteau et ses camarades ? Non, définitivement non, car " le passé ne peut jamais être "jugé" que dans son contexte" nous dit Marc.

Dans sa grande sagesse et pour finir, mon frère Christophe nous propose une conclusion heureuse que j'ai aimé reprendre ici et où il trouve que finalement "tout cette polémique (ndt : un peu vaine) a du bon puisque cela montre que Cousteau a été un homme comme tous les autres (avec ses ignorances) et qui, à force d'ouvrir les yeux, a su évoluer vers une plus grande compréhension du monde, de la nature, et de la place de l'homme. Je ne sais pas comment il était dans le privé, mais en tous les cas, il est l'exemple que tout le monde est capable d'évoluer et de gagner en sagesse". Merci mon frère, merci à tous.

mardi 2 juin 2015

Deux ou trois brèves énervées.

Ridicule : Les pastilles vertes de Ségolène Royal ?!?! Pas obligatoire, pas contraignante ?!?! Tu pollues grave mais avec la vignette ... alors ce n’est pas grave. Avec la vignette tu deviens un véritable écolo ... à la sauce Royal.

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Parti Socialiste : Cambadélis veut co-organiser l'université d'été du PS avec EELV et le PCF afin de lancer «un processus de rassemblement» de la Gauche, alors qu'aucun infléchissement de la politique gouvernementale ne se fait ressentir. Entre nous, le terme progressiste répété à l'envie par ceux qui ne défendent que le conservatisme des mauvais fonctionnements, le libéralisme, la destruction des milieux naturels mais surtout leurs prés carrés, me fait penser que le PS, une fois de plus, se fout de la tête du monde, ne renonce pas à l'hégémonie et à la vassalisation des autres afin de mieux les détruire. La Gauche n'a rien à faire avec le PS, qui a réaffirmé son soutien à la politique anti-écologique gouvernementale, en l'état actuel des choses.
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Europe : Il y a dix ans les français votaient majoritairement "Non" au référendum de projet de constitution Européenne. Moins de trois ans après, l'Assemblée Nationale et le Sénat volaient le vote des français en choisissant de mépriser le choix fait par le peuple le 29 mai 2005, par une large adoption du traité européen de Lisbonne de la part des élus. la République et la démocratie étaient déshonorées. Les dirigeants français démontraient alors que la démocratie c'était "cause toujours". Je n'oublie pas.

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Choc de simplification : le gouvernement présente 92 mesures à destination des particuliers et des entreprises dont 52 nouvelles mesures bénéficiant aux entreprises et destinées à réduire les contraintes environnementales :

  • Par exemple par le remplacement "quand cela est possible" des contrôles sur place dans les exploitations agricoles par des contrôles sur pièce à partir de janvier 2016, par exemple pour les vérifications des surfaces.
  • L'industrie sera également délestée de plusieurs obligations environnementales, à commencer par les analyses de rejets dans l'air et l'eau, dont la fréquence "pourrait être réduite sur la base d'une justification de l'exploitant" dès le second semestre 2015.
  • La taxe générale sur les activités polluantes (TAGP) des installations classées pour la protection de l'environnement (IPCE) sera supprimée fin 2015 et le délai de recours contre les autorisations accordées à ces sites potentiellement dangereux sera réduit à six mois à compter de l'avis de publication.
  • Dans le bâtiment, les travaux d'extension jusqu'à 40 mètres carrés pourront être effectués avec une simple déclaration préalable dans les zones couvertes par un plan local d'urbanisme ...

Mais j'y peux rien moi s'ils font tout pour m'énerver !!!!!

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Étonnement : Je suis toujours étonné de voir que les gens ne se posent jamais la question du pourquoi il n'y a plus de disettes en France en hivers ? Ne se demandent jamais comment et par quel miracle il est possible d'avoir autant de ravitaillement en hivers alors que la majorité des champs sont vides de production ? Ne se demandent jamais si cela est durable à l'heure de la crise climatique et énergétique ?

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« La dégradation du capital naturel est un risque autrement plus sérieux que tout le reste. Cela est la véritable dette. La ‘dette publique’ dont on nous rabâche les oreilles est une blague ! C’est un pur jeu d’écriture » Thomas Piketty

lundi 12 janvier 2015

Le temps des questions

Intervention de François PERINET, au nom de la section du Parti Communiste Français, lors du rassemblement du 10 janvier 2015, à la Pierre de la Liberté, aux Ulis, en hommage aux victimes de la barbarie qui a touché la France les 7, 8 et 9 janvier 2015 :

"Nous sommes, dans notre diversité, très nombreux aujourd'hui pour une raison simple. Nous avons eu envie de nous dresser face à des tueurs, des obscurantistes au front bas, des flingueurs qui ont emprunté leur savoir -faire à la mafia. Leur but était de semer la peur. Ils ont, au contraire, provoqué un sursaut citoyen et populaire. Cela fait chaud au cœur. Maintenant des questions se posent et j'en vois quatre

La première, quels dangers ?

Je crois que l'un des plus grands est de voir dans l'autre, notre voisin un peu différent de nous, la menace. Entendez déjà ces commentaires, venus de loin et de haut : « La France est en guerre, ses vrais ennemis sont à l'intérieur ». On veut nous faire croire que l'ennemi, c'est l'immigré, le musulman, le sans-papiers. Refusons ces amalgames odieux.

Deuxième question : Pourquoi « Charlie Hebdo » a-t-il été attaqué ?

Parce que c'était une voix irrévérencieuse. qui contestait l'ordre établi, qui brocardait les intégristes de tout bord, en papillotes, barbus ou en robes de bure, qui brocardait les racistes, les machos, les grands patrons arrogants soi-disant écrasés par les coûts salariaux. Ce journal était réalisé par une équipe de garnements attentifs au monde, inquiets, lucides, avec pour arme le crayon et le rire. La presse indépendante des grands groupes, qui ose dire que le monde ne tourne pas rond, sachons la défendre contre l'étranglement financier.

Troisième question : Pourquoi une société peut-elle enfanter de tels monstres ?

Les dérives fondamentalistes se construisent avec des faibles d'esprit. Mais aussi en s'appuyant sur des frustrations. Aujourd'hui le libéralisme prône la guerre de chacun contre chacun et de tous contre tous. Les grands projets solidaires et collectifs d'émancipation humaine sont traités d'utopies archaïques. Ne faut-il pas s'interroger sur les dégâts que provoquent de tels discours ?

Enfin, question essentielle, comment prévenir la répétition de tels crimes ?

Bien évidemment, des mesures de sécurité plus efficaces sont indispensables. Mais on sent bien que cette réponse ne suffit pas, est trop courte.

Pour que la République- liberté, égalité, fraternité- fasse corps, il faut qu'elle ne soit pas en souffrance. Il faut que l'égalité de l'accès au travail, à l'éducation, à la santé, aux bonheurs de la vie devienne une réalité pour tous, alors nous nous sentirons libres, alors la fraternité des luttes ressurgira, alors les prédicateurs de haine auront les plus grandes peines à recruter des criminels. Jaurès qui fut, lui aussi, assassiné, il y a 100 ans, le disait avec ses mots à lui : « La république doit devenir sociale pour vivre et se développer. »

Que le choc que nous subissons nous fasse aussi réagir dans ce sens."

jeudi 1 janvier 2015

Parce qu’un autre monde est possible, en 2015, soyons des artisans de paix.


Comme tous les ans je cherche à écrire un message qui résume l'année écoulée et qui ouvre sur l'année qui suit. Mais cette année l'inspiration n'est pas venue facilement tant la lassitude grignote peu à peu ma colère.

Il y a des ZAD partout

La lassitude grignote peu à peu ma colère car j'observe un monde humain qui se délite, comme si l'humanité était saoule, ivre morte dans un bus au conducteur participant à la fête, lancée à pleine vitesse vers un précipice. J'observe une humanité qui se comporte comme une moisissure ne sachant que détruire son propre support. J'observe une humanité heureuse de consumer une planète aux ressources limitées, heureuse de pouvoir s’afficher avec les derniers modèles de portables au bilan humain et environnemental insupportable, heureuse d'ouvrir un Coca-Cola dans un Center-Parc, heureuse de prendre l'avion été comme hivers, heureuse de manger des denrées venant de l'autre bout du monde à grand coup de Gaz à Effet de Serre. J'observe une humanité heureuse de ne jamais se poser la question de la durabilité ni de l'impact social et environnemental de leurs actes. J'observe une humanité souffrir d'une mondialisation inhumaine et s'en contenter. J'observe une crise écologique, une crise climatique, une crise métallique, une crise énergétique, une crise démographique, une crise économique entretenues par les capitalistes et les ultralibéraux aux mortels dogmes croissantistes et consuméristes … j'observe un monde qui est passé de l'abondance à la rareté sans que cela n'interpelle une humanité qui ne souhaite que consommer, consumer et polluer afin de satisfaire les grands maîtres de la croissance. Je vois des ZAD partout. J'observe les voyants passer, un à un, au rouge. Je regarde le dragon dans les yeux sans être capable de faire bouger l'humanité. J'observe, à l'instar d'Hubert Reeves "l'espèce la plus insensée qui vénère un dieu invisible et massacre une nature visible sans savoir que cette nature qu'elle massacre est ce dieu qu'elle vénère. L'Homme poursuit une guerre contre la nature, s'il la gagne il est perdu." J'observe un parti écolo, auquel je croyais, peuplé de militants extraordinaires mais noyauté par quelques ambitieux à la culture environnementale proche de la nullité. J'observe des colibris qui s'épuisent devant l'inertie de dirigeants, faibles, apathiques, corrompus et menteurs, soumis aux gourous des lobbies. J’observe ma lâcheté, mon inertie et mes limites sans aucune fierté. J'observe mon propre échec de 30 ans de militantisme à n'avoir pas suffisamment su mobiliser pour, qu'à leur tour, les autres mobilisent autour d'eux. J'observe que cette année aura été particulièrement violente : Agressions vis-à-vis de l'environnement et du climat comme autant de crimes contre l'humanité et les générations futures, forfaitures barbares des fous de dieu, radicalisation des croyants dans des traditions, au mieux, imbéciles, au pire, iniques, cyber-violence et agressions filmées dans les collèges, violences policières aux Etats-Unis, violences israélo-palestiniennes, kidnapping de masse au Nigéria ... "La liste est bien trop longue de tout ce qui m'écœure, depuis l'horreur banale du moindre fait divers, il n'y a plus assez de place dans mon cœur, pour loger la révolte, le dégoût, la colère" (Renaud - "Fatigué" 1985). Alors, comme le poète, je suis fatigué devant le constat d'échec de notre humanité douée de raison. Ces constats de fatigue et d'échec mettent à l'épreuve ma foi en la non-violence et je me prends à penser aux corses qui, avec leurs dynamiques manières, ont réussi à préserver leur terre pour en faire l'ile de beauté, la perle de la Méditerranée. Je regarde avec délectation l'action des ZADistes à Notre Dame des Landes ou celle de Sea Shepherd. Est-ce la solution ?

La non-violence, un chemin difficile mais juste

Alors pour ne pas sombrer je me suis replongé dans les pensées du Mahatma Gandhi afin revenir à l'essentiel c'est à dire à la paix. Car "en opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur" nous dit Gandhi. "La faiblesse ultime de la violence est que c'est une spirale descendante, faisant naître la chose même qu'on cherche à détruire. Au lieu de diminuer le mal, elle le multiplie. Par la violence, vous tuez celui qui haït, mais pas la haine. En fait, la violence ne fait qu'accroître la haine. (…) Répondre à la violence par la violence multiplie la violence, obscurcissant encore plus une nuit déjà dépourvue d'étoiles. L'obscurité ne peut pas chasser l'obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l'amour le peut." Comme la voie de la non-violence est un chemin difficile même si on la sait juste.

Souvent quand je vois les bulldozers sur les terres agricoles, quand je vois la haine dans les yeux des fanatiques de Daech, quand je vois l'inhumanité dans les yeux des riches, quand je vois la vacuité de notre société, la colère me monte au nez et des envies de bombes me viennent en tête. Envie de tout détruire, de tout exploser et de mourir avec. Alors je repense au Mahatma Gandhi et à ses manifestations pacifiques faites devant les murs des forces de l'ordre et accepter la bastonnade sans répliquer afin de montrer que "la non-violence est la seule forme de défense possible et la seule voie pour sauver le monde. La haine n’engendre que la haine et la haine ne se combat que par l’amour." Oui, mille fois oui, Gandhi était dans le vrai et l'histoire lui aura donné raison. Alors, l'espace d'une lecture, je ranges mes sombres envies car, comme le grand homme, je suis persuadé que vous et moi ne formons qu'un et que je ne peux pas vous blesser sans me blesser moi-même. "L’humanité est une famille entière et indivisible. Je ne peux me désolidariser même de l'âme la plus noire". Alors je réaffirme que "Je suis contre la violence car quand elle semble apporter du bon, ce bon n'est que temporaire. Le mal qu'elle entraîne est permanent"

Celui qui ne se bat pas a déjà perdu

Avec cette réaffirmation, un second pas vers la paix est alors fait, même si le désespoir reste. Dès lors, quel autre choix aurais-je, que de poursuivre dans la lutte ? Si j'abandonne, j'ai perdu ! Trop éveillé, je ne peux fermer les yeux et faire comme si tout était condamné ou me dire, comme un naïf optimiste, qu’au pied du mur nous trouverons la solution. Alors "Tuez vos dieux à tout jamais, Sous aucune croix l'amour ne se plaît" nous dit Renaud pendant que Gandhi nous rappelle cette évidence qu'"à travers l'histoire il y eut des tyrans et des meurtriers qui pour un temps, semblèrent invincibles. Mais à la fin, ils sont toujours tombés". Y a déjà moins de soucis à se faire et, ne dit-on pas que, tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir ? "Je ne veux condamner ni mes portes ni mes fenêtres, je veux que les cultures du monde entier puissent circuler librement dans ma maison" afin d’atteindre ce "bonheur, qui est quand ce que l'on pense, ce que l'on dit et ce que l'on fait sont en harmonie." Voici donc mon programme pour cette année nouvelle : être toujours plus en harmonie avec ce que je pense, ce que je dis et ce que je fais afin d’être un artisan de paix.

J'espère bien faire cette route de paix et de bonheur avec vous. Me suivrez-vous ?

Pour 2015.

Dans l'espoir de vous voir rejoindre l'armée des combattants de l'arc-en-ciel, je vous souhaite de passer une belle et heureuse année 2015. Une année sobre, sans convoitise ni cupidité car "il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'Homme, mais pas assez pour assouvir son avidité". Je vous souhaite une année recentrée sur l'essentiel, c'est à dire la Vie, la Liberté, l'Egalité et la Fraternité ... une année d'éveil écologique. Je vous souhaite une année pleine de joies et d'amour sur la plus belle et unique planète que nous ayons à notre disposition et que nous devrons partager, qu'on le veuille ou non, tant aujourd'hui que demain.

vendredi 1 novembre 2013

Débat : Pourquoi en arrive-t-on à en avoir ras-le-bol des écolos ?

Mon post, du 24 octobre 2013, sur Facebook où je disais simplement, en réponse au titre du dernier livre de Maud Fontenoy, "ras-le-bol des écolos", Ras-le-bol de Maud FONTENOY !!! a donné lieu à un bel échange entre Catherine P. et Christophe, mon frère. J'ai voulu en garder trace et le mettre sur mon blog tellement je le trouve intelligent et constructif, toujours dans le respect et l'avancé. merci à eux.



Ainsi à ce "Ras-le-bol de Maud FONTENOY !!!" Elisabeth P. me demandait "Pourquoi ? Son action me semble tout à fait louable, en particulier auprès des scolaires." je lui répondais alors que "si elle n'aime pas les écolos, qu'elle en a ras-le-bol. Ben ok ! On en prend acte et ainsi nous non plus on ne l'aime pas car il y a d'autre façon d'entrer dans un débat, avec des gens, que de le débuter par un coup de poing envoyé dans la gueule de ses contradicteurs potentiels. Que le titre de son bouquin n'ouvre pas le débat mais le ferme.". A cela Christophe me répond :

Christophe B. : Pour une fois, je ne suis pas d'accord avec toi Bruno. J'ai écouté son interview et je suis plutôt d'accord avec elle sur le fond. Il ne faut pas confondre écologie (qui est une science) et écologisme (qui est un courant de pensée politique). Elle est critique envers EELV (Nicolas Hulot l'est aussi), elle en a bien le droit, c'est même sain dans une démocratie. C'est très bien que des gens de droite réfléchissent à ce sujet, se l'approprient, reformulent les problématiques avec leur langage, ils feront ainsi avancer un certain nombre d'idées dans leur camps. Maintenant, elle fait mine de ne pas comprendre ce qu'est la décroissance car tout d'abord il s'agit d'un mot obus destiné à dynamiter la pensée croissanciste dominante, ensuite les décroissants n'ont pas pour discours de voir tout décroitre et partout, mais simplement l'inutile (comme l'i-phone 5 par exemple). Elle a d'ailleurs une pensée décroissante quand elle prône le passage de l'agriculture actuelle à l'agriculture raisonnée (puisque c'est faire moins, mais mieux et dans un meilleur respect de l'environnement même si cela ne vaut pas le bio). De même, elle ne va pas jusqu'au bout de son raisonnement concernant l'épuisement des ressources et le changement climatique car cela lui fait peur, il me semble. Mais cela viendra, les prémices sont bons. Bref EELV n'a pas le monopole de l'écologisme et c'est tant mieux.

Bruno B. : Oui je peux entendre ce que tu dis, mais quand tu veux entrer dans le débat tu ne commence pas par le fermer en insultant tes contradicteurs. Elle en a ras-le-bol des écolos (politiques et associatifs) et bien nous on en a rien à foutre d'elle, qu'elle retourne cajoler ses greenwasheurs d'UMP et les vaches seront bien gardées.

Catherine P. : un p'ti tour sur sa page facebook et effectivement, Bruno, c'est une belle opération de greenwashing... Ce n'est pas la question d'avoir le monopole ou pas de l'écologie, un peu simpliste comme argumentation pour masquer la collusion de la politique et des lobbies économiques qui nous envoient dans le mur depuis des décennies que représente si bien l'UMP... il est temps de lever le subterfuge... Et toujours aussi amusée de voir comme il est si simple de manipuler les esprits : 
  1. Titre accrocheur et assassin: bien vu... comme quasiment personne n'ira lire le contenu, on en reste à ce constat et comme Mme Fontenoy est une grande navigatrice et qu'elle défend la cause, ben elle doit avoir raison... la peopolisation de la politique, un vrai bonheur !!! 
  2. Son contenu : en résumé, le programme politique écologique de l'UMP, pensée et solutions écologiques à minima... faut pas fâcher... et hop, tu mets sous le tapis toutes les réflexions, politiques et solutions qui proposent une transition de fond indispensable pour sortir du merdier... 

Faut pas fâcher mais surtout, faut pas trop réfléchir... Exemple: l'agriculture raisonnée prônée par cette chère dame et pourquoi pas le bio, le bio issue d'une agriculture paysanne bien entendu ? Aucune traçabilité, aucune charte, de l'OGM si tu veux, de la productivité encore et encore aux mains des lobbies agro industriels etc... et toute sa conception de l'écologie est résumée dans cet exemple... Du survol, aucune réflexion de fond... de la bouillie !!! Si certains en ont "ras le bol des écolos", d'autres en ont ras le bol des écolo tartuffes...

Christophe B. : C'est typiquement ce que je n'aime pas chez nous, les écolos, c'est cette incapacité à envisager que d'autres personnes, d'un autre bord politique, puissent partager quand même un certain nombre d'idées. Tout de suite, leur discours est dénigré au seul motif qu'ils sont proches du PS, ou pire de l'UMP. Souvent, les écolos passent leur temps à se déchirer sur ce qui les sépare et sans essayer de se regrouper autour de valeurs communes et à agir. Il est normal qu'il y ait des divergences de vues (et plus on creuse le sujet de l'écologie, moins on a de certitudes). Mais non, le débat se résume à : c'est à celui qui sera le plus vert, le plus saint. Nicolas Hulot, lors des primaires avait ressenti la chose quand il avait indiqué qu'il avait l'impression d'être devant une sorte de tribunal de l'inquisition écolo. J'ai lu pendant des années "la décroissance, le journal de la joie de vivre" (la décroissance j'ai vu, la joie de vivre j'attends encore) qui a inventé le concept d'écolo-tartuffe et qui s'est autoproclamé juge de ce qui est bon ou non en la matière. J'ai cessé de lire cette revue, car si elle m'a ouvert les yeux sur certaines problématiques, il n'en demeure pas moins qu'elle est mortifère dans le sens où elle n'a d'autre projet que de critiquer le système en place. Rien n'est parfait dans ce monde, tout est compromis. Le défis aujourd'hui c'est de faire évoluer massivement les mentalités. J'ai beaucoup d'admiration pour les avant-gardistes comme les fondateurs du hameau des buis, qui font en quelque sorte de la recherche fondamentale. Mais, il ne faut pas non plus être naïf, leur mode de vie demeure dépendant d'un process industriel moderne (ils ont des voitures, des ordinateurs et internet, des panneaux photovoltaïques, ils ont recours à l'hôpital et à tous les services publics, ils roulent sur des routes goudronnées,...). La question n'est pas donc de rejeter la modernité technologique (je serai bien embêté sans lave linge qui, soit dit en passant, à largement participé à l'émancipation des femmes dixit mes grand-mères et mère), mais de l'interroger sans cesse, de faire en permanence la balance avantages/inconvénients afin que le plus grand nombre et de manière durable puisse correctement vivre (car c'est quand même cela le but ultime, il me semble). Les idéaux sont par nature inatteignables. Le fait de ne pas les atteindre ne doit pas pour autant nous empêcher d'avancer. Ils doivent être la source de notre inspiration. Ils ne doivent pas être des obstacles, mais des guides puissants.

Catherine P. : Vous êtes à ce point naïf... il ne s'agit pas d'être plus vert que le voisin mais les compromis ne se font pas avec des renoncements de fond... l'exemple de l'agriculture raisonnée est quand même parlant, on va vous faire une p'tite touche de verditude et pendant ce temps on ne touche pas aux lobbies des OGM et on ne réforme ainsi surtout pas la PAC parce que l'agriculture raisonnée, ça va aussi de pair avec la productivité et le modèle concentrationnaire agricole... y'a pas de transformation de fond, pas de heurt et tout le monde est content... il faut vous secouez un peu, vous faiblissez... Les écolo tartuffes, oui... ceux qui survolent les dossiers sans vision systémique , ceux qui font de l'écologie light sans approfondir les connaissances et les ramifications de fond, ceux qui donc entretiennent la pauvreté du discours politique et ainsi la paresse citoyenne... le livre de Mme Fontenoy, c'est aussi tout ça...

Bruno B. : @ Catherine : Pour info, mon frangin est tout sauf naïf, sa pensée est issu d'une profonde réflexion qui oblige à la prendre en compte. J'aime sa pensée qui cherche toujours à construire des ponts plutôt que de creuser des fossés. Non il n'est pas naïf, sois en sûr.

Catherine P. : construire des ponts, pas de problème mais pas avec ceux qui veulent le dynamiter...

Bruno B. : Oui c'est ce que je reproche au titre du bouquin de Maud Fontenoy, c'est qu'il creuse un fossé et ne construit pas de ponts, son ouvrage est donc inutile dans le débat qui devrait être partout.

Catherine P. : et pas seulement le titre...

Christophe B. : "construire des ponts, pas de problème mais pas avec ceux qui veulent le dynamiter...", je suis désolé, mais avec de telles idées on ne va pas bien loin. Penser ainsi, c'est empêcher tout débat. Non, mon expérience (je n'ai pas à montrer patte verte, si quelqu'un doute de mon engagement et de mes actions, qu'il commence par m'expliquer ce qui lui permet de penser que lui il sait ce qu'il faut faire et qu'en plus il fait "bien" les choses) montrent que pour faire avancer les choses, il faut discuter, discuter, discuter, discuter et accepter de faire des compromis pour permettre à chacun de s'approprier les changements de ligne, que chacun puisse être entendu et se sentir gagnant. Arriver dans un débat en disant : écoute coco, t'es bien gentil mais je vais t'expliquer la vie et tu vas voir comme tu te trompes et comme j'ai la lumière, c'est (d'expérience) le meilleur moyen de se casser les dents. En revanche, écouter l'autre, le questionner, essayer de comprendre ses convictions, ses besoins, ses craintes, avoir la modestie de savoir que l'on ne connait jamais tout d'un sujet et que d'autres personnes ont des savoirs complémentaires, proposer ses solutions, laisser les autres les critiquer afin de voir si celles-ci sont de bonnes idées ou de fausses bonnes solutions, voilà les bases d'une discussion plus riche me semble-t-il. Mais c'est long, diablement long. Ainsi, pour l'agriculture, évidemment que le bio (mais à quel niveau de label, le label bio européen, le label Nature et progrès, ou encore le label demeter ?) est le but à atteindre (cela dit penser bio sans penser réduction de la consommation de viande, ce n'est pas possible). Mais maintenant, entre une agriculture dite conventionnelle massive actuelle et une agriculture raisonnée massive demain matin, je préfère la seconde. Une personne qui se lance dans cette démarche est sur la bonne piste, il ne faut donc pas la décourager en lui faisant la leçon, mais l'encourager à pousser sa réflexion. Idem pour le consommateur. Pour ce qui est de l'habitat, que vaut-il mieux : des maisons bioclimatiques neuves perdues dans la pampa comme on en voit plein dans les pages de "la maison écologique" qui entretient le mythe de la maison individuelle pour tous, ou alors des logements collectifs rénovés BBC bien desservis par des transports en commun ? Evidemment que l'idéal se sont des immeubles passiv'hauss dans des zones d'habitation plus denses, mais pour l'instant, ce n'est pas possible de façon massive pour beaucoup de raisons. Il faut y aller progressivement et réfléchir collectivement à la question. Au lieu de tirer à boulets rouges sur Maud Fontenoy qui a l'outrecuidance de nous critiquer, nous ferions bien de nous demander comment se fait-il qu'une personne comme elle, sensible à nos thématiques, réagisse ainsi ? Quel est le point de blocage dans notre discours ?

Catherine P. : Je comprends bien votre désir de rassembler mais la réalité est bien plus cruelle: reprenons, l'exemple de l'agriculture raisonnée, vous vous en satisferiez et bien pas moi.....un seul exemple: les OGM, l'agriculture raisonnée non seulement ne la remet pas en question mais l'intègre donc vous amplifiez le pouvoir des multinationales comme Mosanto, Syngenta, Dupont and co, vous amplifiez la dépendance des paysans pour l'achat des semences, vous amplifiez la contamination des parcelles sur laquelle ces mêmes multinationales réclameront leur dû de brevet, donc vous appauvrissez les paysans ce qui implique la disparition des agricultures à échelle humaine, la prise en main de l'agro-industrie et en prime vous mettez en péril la biodiversité du vivant qui elle sait produire de l'adaptation pourtant... c'est pour demain, non, c'était déjà hier et c'est aujourd'hui... et c'est ainsi que Mme Fontenoy soutient ce qu'elle nomme le développement durable et auquel vous semblez souscrire... cette écologie là, désolée mais je n'y souscris pas, pas parce que je suis plus verte qu'une autre mais parce qu'elle met en péril le devenir du monde...

Christophe B. : Effectivement l'agriculture raisonnée n'interdit pas les OGM. Toutefois, en France, sauf erreur de ma part, seul le maïs OGM peut être cultivé et encore sous certaines réserves. Dès lors, je ne vois pas en quoi l'agriculture raisonnée intègre nécessairement, du moins chez nous, les OGM. Maintenant je ne souscris à rien, j'essaye (mais c'est difficile) de ne pas m'enfermer dans une case (je suis DD, je suis décroissant,...). Une fois encore il y a des idéaux et puis il y a la réalité humaine qui a du mal à tenir compte des réalités physiques. L'homme n'est pas un animal censé, c'est un émotionnel. Si vous le braquez vous n'arrivez à rien. Cela ne sert à rien d'avoir raison tout seul, sauf à se faire plaisir (quoique). Il faut plus de subtilité, il faut accompagner le mouvement qui ne peut se faire qu'en douceur. La plupart des gens adorent le Mac Do et de but en blanc vous voulez les convertir à une alimentation bio limite végétarienne ? Moi aussi j'aimerais bien, mais ce n'est pas possible. L'écologisme (du moins tel que je le conçois) doit être pacifiste, il n'est pas question d'imposer sa volonté par la force. C'est pourquoi, en fois encore, il faut être subtile. Par ailleurs, je repose ma question, comment se fait-il qu'une personne comme MF, plutôt, quoique vous en disiez, proche de nos idées (protection des océans, réalité du changement climatique, épuisement des ressources énergétiques,...) en arrive à produire un tel titre ? Quel est le point de blocage dans notre discours ?

Catherine P. : Pour ce qui concerne les OGM, vous êtes quand même au courant des combats constants qui doivent être menés pour ne pas les voir inonder l'Europe...En résumé, votre position très louable omet les rapports de force qui sont loin d'être en faveur de l'écologie, je ne pense avoir à vous citer le poids des lobbies de tout poil (pétrole, OGM, etc...) qui n'ont rien de pacifique, ni de démocratique... un petit exemple comme l'accaparement des terres par Bolloré et le Crédit Agricole vous parle, je pense... Mme Fontenoy leur laisse la porte grande ouverte... dans le développement dit durable ou capitalisme vert, il y a capitalisme, je ne pense pas là aussi devoir vous rappeler, ce qui est son "éthique" et sa finalité... si cela vous convient... Et pourquoi ce serait "notre discours" qui serait un point de blocage ? Quel est "notre discours"? Je pense que c'est celui qui ne remet pas en cause des fondamentaux : un monde au service de l'écologie et des générations futures et pas l'inverse...Pourquoi arrive-t-elle à produire un tel titre... là, il faudrait lui demander... on peut quand même retenir qu'elle a été candidate de l'UMP et qu'elle souscrit à leurs thèses sur l'écologie... Vous voulez accompagner les choses en douceur mais n'y a-t-il pas urgence ? Vous prenez la rhétorique, comme Mme Fontenoy, de remettre en question ceux qui alertent depuis des décennies et qui proposent un autre projet de société qui doit se construire sur le fond et non pas des mesurettes et des petits pas, ne faisant que renforcer ceux qui nous amènent dans le mur....pour ma part, je reste sur celle qui consiste à ce que ce soit ceux qui nous mènent droit dans le mur qui soient bousculés... ceux qui se sont imposés par la force de leur pouvoir hégémonique, Mac Do par exemple....et woui, la force est quand même de ce côté ci, il me semble... ne vous trompez pas d'ennemi... vous invoquez le pacifisme, pas de problème... dans ce cas, un des seuls moyens en notre possession pour marquer les choses à grande échelle, est celui des urnes, à l'échelle nationale et européenne... mon choix est tout trouvé et ce sera celui qui porte l'écologie comme fondement et non comme substrat... vous êtes dans le "ce n'est pas possible"... il fut un temps où contre le servage, ce n'était pas non plus possible et on peut multiplier les exemples... vous invoquez la passion contre la raison, effectivement là, gros problème, on peut aussi évoquer le principe de plaisir et celui de réalité: en psychologie, celui qui attend le principe de réalité, c'est l'adulte... effectivement nous sommes dans une société consumériste (merci les multinationales et le primat de l'économie sur tout le reste) basée sur le principe de plaisir qui fait de nous des immatures centrés sur notre toute puissance... vous voulez en rester là, pas moi...

Bruno B. : Oui il y a beaucoup de choses justes dans ce que tu dis là, mais non je ne crois pas que mon frère ait jamais dit qui souhaitait "en rester là". Il a juste une approche plus pragmatique que la notre qui sommes des révoltés et des impatients, mais comme nous, il est conscient des méfaits des notre monde et s'il le pouvait il changerait tout d'un seul coup ... mais il sait très bien que ce n'est pas possible, qu'il faut faire avec les humains qui l'entour, aussi il déplore que les choses soit longues à changer mais il n'y peut rien, aussi il passe par l'explication, les petites avancées. Et c'est utile car il est crédible pendant que nous, nous qui nous agitons, qui vociférons, qui râlons contre tout (à juste raison par ailleurs) nous perdons chaque jours plus d'audience ... ce qui est contre productif. Nous ne pouvons malheureusement pas faire le bonheur des gens contre eux, il nous faut faire avec eux. Et c'est lent, très lent, trop lent.

Catherine P. : J'ai bien compris son point de vue... mais pourquoi n'avons nous pas d'audience ? vous voulez vous soumettre à la grande majorité qui n'a pas d'exigence, qui ne veut pas se remettre en question, qui n'entend répondre qu'à ses désirs de toute puissance... c'est de ça que nous sommes malades... désolée mais je ne choisis pas le nivellement par le bas...

Christophe B. : J'entends très bien vos arguments avec lesquels je suis d'accord pour la plupart. Je pense aussi que Bruno a été très clair sur ma position. Ce que je nous reproche, c'est l'absence de discours positif, nous sommes au fond des conservateurs qui nous opposons à tout. Je ne dis pas qu'il faut tout accepter, être naïf, la critique est indispensable, mais il faut quand même reconnaître que si nous sommes doté d'une certaine lucidité pour faire certains constats, nous ne sommes pas doués pour ce qui est d'entraîner la société dans notre sillage. Maintenant j'irai plus loin, nous reprochons à "nos adversaires" leur incapacité à changer de logiciel. Mais nous, sommes nous capables de changer de logiciel et d'interroger nos modèles de pensée qui, pour beaucoup, sont nés dans les années 1970, au regard des enjeux présents et futurs et des savoirs actuels ? Par exemple (attention, je m'attaque à un sujet tabou, âme sensible s'abstenir), plus le temps passe, plus je m'interroge sur la fixation que nous faisons sur le nucléaire. Les choses étant ce qu'elles sont et compte tenu de l'urgence et de la gravité climatique, je pense par exemple qu'il conviendrait de faire un moratoire sur la lutte contre le nucléaire et se mobiliser nos forces sur les économies d'énergie et l'efficacité énergétique et sur notre sevrage au pétrole qui passe par une réorganisation du territoire (en gros, repeupler les petites villes et vider les banlieues pavillonnaires) et par une réflexion sur les transports en commun et par un travail sur les huiles d'algues auxquelles je crois beaucoup pour le remplacer (au moins partiellement). Je m'explique, compte tenu du niveau de notre consommation d'énergie électrique en France, il est illusoire de penser que l'on pourra remplacer (et en plus rapidement) celle-ci par de l'électricité issue exclusivement des énergies renouvelables (sauf à noyer des vallées entières dans les Alpes, couvrir le pays d'éoliennes, couvrir les toits de PV, repenser entièrement le réseau électrique, le tout à un prix astronomique, cela me fait beaucoup de mal de le dire, mais c'est malheureusement le constat que l'on peut faire quand on se penche sur les chiffres). En plus, l'exemple allemand montre que les énergies renouvelables (qui sont extrêmement consommatrices en métaux dans des proportions bien plus importantes que les autres énergies) ne viennent pas remplacer les énergies fossiles et nucléaires, mais viennent se rajouter à elle. Par ailleurs, la sortie du nucléaire entraîne chez nos voisins un boum du charbon qui est une vraie saloperie. Le Japon va pour sa part se doter massivement de centrales au gaz, ce qui, compte tenu de sa consommation, va tendre un peu plus le marché et donc creuser encore plus les déficits publics français ce qui va encore plus nous ralentir dans la prise de virage nécessaire, encourager l'exploitation des gaz de schiste (étant précisé que les japonais travaillent à récupérer les hydrates de méthane pour sortir de leur dépendance énergétique, s'ils y arrivent, ce sera une vraie catastrophe climatique car les réserves mondiales sont immenses) et accélérer le relargage de tonnes supplémentaires de co² dans l'atmosphère. Est-ce cela que nous voulons ? Moi pas. Je me répète, si je ne crois pas, pour beaucoup de raisons, que la solution à terme passe par le nucléaire, je pense qu'actuellement, nous devons peut-être accepter de faire avec, pour nous concentrer sur les économies d'énergie qui rendront certainement a terme plus pertinentes les énergies renouvelables. Je ne sais pas si la vérité est là, ce que j'essaye de faire, c'est d'interroger mon logiciel et de voir honnêtement si je suis capable de le changer face à des arguments pertinents. C'est un exercice bien difficile(en tous les cas pour moi) et qui force à la modestie.

Catherine P. : "Il faut sans cesse s'appuyer sur une avant-garde agissante. Il n'existe jamais de consensus préalable à l'innovation. On n'avance pas à partir d'une opinion moyenne qui est, non pas démocratique, mais médiocratique ; on avance à partir d'une passion créatrice. Toute innovation transformatrice est d'abord une déviance." Edgar Morin...

Christophe B. : Intéressant, Edgard Morin parle de passion et non de raison (voir plus haut). Toutefois, cette phrase n'est qu'un constat et ne démontre nullement qu'être à la marge est suffisant pour penser que l'on a raison. Hitler, Staline, Pol pot et beaucoup d'autres grands criminels (la liste est effroyablement longue) étaient d'abord à la marge, mais ils ont su, en jouant sur le registre émotionnel et en bridant tout débat démocratique, entraîner des millions d'hommes dans leur folie de haine destructrice. Maintenant, je pense qu'effectivement il est indispensable qu'il y ait des gens à la marge qui remettent en cause le fonctionnement de nos sociétés, mais pour autant cela ne doit pas les dispenser de se soumettre à la critique démocratique, c'est même le seul moyen pour tout le monde d'évaluer si les thèses qu'ils défendent sont bénéfiques (fin de l'esclavage, égalité des sexes, mariage homosexuel,...) ou maléfiques.

Catherine P. : Passion CREATRICE et INNOVATION transformatrice... n'oubliez pas tous les termes...on est dans la conviction mais aussi la transformation, le projet et pas le projet DESTRUCTEUR (à la différence de Hitler, Staline PolPot) donc la raison... E.MORIN se situe dans le champ de la démocratie...On n'avance pas à partir d'une OPINION MOYENNE qui est, non pas démocratique mais MEDIOCRATIQUE"... L'opinion moyenne aujourd'hui, c'est celle qui s'incarne dans le consumérisme et donc la toute puissance (passion) qui n'a rien de créateur (soumission au pouvoir des marchés et perte de la notion du politique par la PERTE DU LIBRE ARBITRE, condition essentielle pour bouleverser les choses : un beau conditionnement... Hitler et consort doivent être vexés car on peut savoir réagir à la force physique, mais peu à la force mentale et psychologique, en tout cas, c'est encore trop long dans nos sociétés peu au fait de ces mécanismes)... l'opinion moyenne est donc bien médiocratique (constat et non jugement) et le désir de rassemblement pour une transformation ne tient donc pas... l'absence de conscience de cette opinion moyenne est bien un obstacle car elle se suffit seulement d'ajustements et non de transformation...

Christophe B. : Certains vous diront que votre projet n'est pas créateur puisqu'il consiste au préalable à détruire le système capitaliste. Par ailleurs, les monstres sanguinaires dont nous parlons étaient dans une passion créatrice (délirante et abjecte) et une innovation transformatrice (mais destructrice). Maintenant, je suis d'accord, il est exact que l'innovation ne provient pas du consensus (ce serait d'ailleurs contraire au principe de l'homéostasie). En revanche, il est nécessaire qu'il y ait consensus pour que l'innovation perdure. Une innovation imposée de force ne survit pas très longtemps (car là encore contraire à l'homéostasie). Il suffit de voir ce qu'a donné comme résultat le mythe de la dictature du prolétariat. On ne commence pas à avancer à partir d'une opinion moyenne, certes, mais on ne peut pas continuer à avancer sans cette opinion moyenne (sauf à vouloir considérer que la société est au service de nos idées personnelles, ce qui est de la dictature). On en revient donc à ce que je soutenais au début de ce long échange (dont je vous remercie bien chaleureusement au passage), à savoir que pour qu'une idée innovante perdure, elle doit nécessairement faire l'objet au minimum d'une adhésion majoritaire en démontrant qu'elle n'est pas mortifère lors du passage de l'application particulière à l'application générale pour ensuite faire consensus jusqu'à la prochaine innovation. Dans ce processus, l'idée innovante initiale fera nécessairement l'objet d'ajustements et de compromis (notamment en raison du changement d'échelle : on passe d'une application micro à une application macro : par exemple, c'est peut-être une bonne idée au niveau individuel d'avoir une piscine particulière de 40 m², cela l'est surement moins au niveau collectif si tout le monde en a une de cette surface, le compromis serait peut-être que soit chacun ait une petite piscine à boudins ou encore qu'il y ait de grandes piscines collectives) afin que la majorité puisse se l'approprier et en bénéficier. Et tout cela, de mon point de vue, ne peut se faire que dans le dialogue, ce qui est long, très long.

Catherine P. : Nous sommes d'accord : ce qui est long, très long... or, il y a urgence, on fait comment ? "on ne peut pas continuer à avancer sans cette opinion moyenne", certes mais je pense que vous ne prenez pas assez en compte l'état des mentalités de nos sociétés : l'opinion moyenne est aujourd'hui dans une démarche individualiste qui a oublié le sens de l'intérêt général, un beau travail de la pensée consumériste, bien joué... on opère sur le terrain du conditionnement et ce n'est pas une mince affaire, il est en marche à l'échelle mondiale depuis la fin de la guerre, je vous raconte pas le boulot... des générations entières sont inscrites dans ce conditionnement... pourquoi l'écologie politique (qui a pour essence l'intérêt général et un intérêt général élargie à tout le vivant) ne marche pas et bien pour cette essentielle raison, je pense... On est dans l'esprit social d'avoir pour être... Votre exemple de la piscine est intéressant comme illustration : la piscine collective suffit, je pense, il y en a à foison, car elle s'inscrit dans une rationalisation de l'eau et offre l'ouverture vers l'autre...la piscine à boudins est encore une manifestation de l'avoir pour être car elle est à multiplier en millions (et woui, nous ne sommes pas seuls) et pas de rationalisation de l'eau, utilisation de matières douteuses à la fabrication et peu d'ouverture à l'autre... et mieux que tout cela, il y avait les rivières, les lacs... pollués ou à sec par notre soif d'avoir... dommage... urgence et dégradation du sens de l'intérêt général... on fait comment? Et merci aussi pour cet échange...

Bruno B. : C'est moi qui vous remercie tous les deux pour ces échanges véritablement intéressants.