"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

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jeudi 28 février 2019

Quand les écolos seront des saints ...


Le 22 Février, le journal Le Monde titrait « L’avion, plaisir coupable de l’écolo voyageur ». En préambule on pouvait lire « En vacances, j’oublie tout, surtout mon empreinte carbone. Pour le citoyen « responsable », le voyage côté hublot fait partie de ces petits arrangements avec la conscience écologique. Dans de nombreux pays, les incitations à la détox aérienne se multiplient. Ils ont renoncé aux Coton-Tige, au Nutella et même à l’harmonie scandinave de la cuisine depuis l’adoption du lombricomposteur et des moucherons qui vont avec. Alors pas question d’annuler le ­Paris-New York de cet été… […] Malaise et premières tensions entre copains, devant la pizza quatre ­légumes. Peut-on se dire écolo tout en s’envolant pour le week-end à Porto ? L’avion sème la zizanie. D’un côté, ceux qui connaissent les chiffres et commencent à s’interroger. De l’autre, ceux qui ne veulent surtout ne rien savoir de peur d’objectiver ce qu’ils pressentent : tous ces efforts louables pour acheter en vrac ou cuisiner les légumes bizarres du panier Amap n’auront rimé à rien s’ils prennent la direction de l’aéroport. Ne me dites pas… Qu’un aller-retour Paris-New York envoie plus d’une tonne de gaz carbonique dans l’atmosphère par passager, soit autant qu’une année de chauffage et le cinquième des émissions annuelles d’un Français. Que tout trajet national ou européen en avion pollue quarante fois plus que le TGV, sept fois plus que le bus, deux fois plus qu’une voiture avec trois passagers. Que le secteur aéronautique est responsable de 2 % des émissions mondiales de CO2. Soit deux fois plus qu’un pays comme la France. 2 % seulement ? Et vous me priveriez pour si peu de la petite semaine andalouse prévue à Pâques ? »

Alors oui j’en connais des écolos qui s’arrangent avec la réalité, moi aussi, tous les 4 ou 5 ans je retourne au pays (par alliance). On est « Schizophrène », comme le dit Pierre Grante, 30 ans, blogueur « d’Un notre monde ». Oui c’est vrai j’en connais, mais que dire, également, de celui et de celle qui se fout éperdument de tout cela ? Qui se fout de manger de l'huile de palme ? De jeter par terre ses merdes ? De changer de téléphone tous les 6 mois ? De bouffer de l'ananas tous les jours à la cantine ? De bouffer des fraises en hiver ? De bouffer de la viande à outrance ? D'habiter à 60 bornes de son taf (qu'importe le budget essence qu'il demandera à l'état de subventionner car définitivement ces taxes sont Insupportables pour son budget !) pour jouir, le dimanche, de son carré de jardin pris sur les terres agricoles ? D'acheter plus de fringues que de raison ? D'acheter des bouteilles d'eau minérale au bilan écologique et carbone dramatique ? De celui qui pense qu'il existe parce qu'il consomme ? Quid de celui qui roule en Pick-up pour bien faire voir comment il emmerde bien le monde entier ? Quid de celui ou celle qui se fout du changement climatique et de l'effondrement de la biodiversité dont il est aussi la cause ? Quid de celui et celle qui refuse de renoncer, car "on a qu'une vie !" et qui ne laisse donc aucune lueur d'espoir aux générations futures et qui, bien évidemment, prend l'avion pour un oui ou pour un non ? Que dire de tous ces gens-là qui foutent ma planète au tombeau ?

Moi j'ai décidé de ne plus prendre l'avion pour partir en vacances (je me limite à ce que je peux faire en voiture ou en train et, comme dit plus haut, à un retour au pays tous les 4 ou 5 ans) !!! Fini pour moi les belles plongées en Égypte, en Grèce ou aux Seychelles !!! J'ai renoncé avant que la planète ne me l'impose car oui, définitivement oui, l'écologie n'est pas de la philo, ni du fanatisme, ni de l'ordre du religieux, c'est de la biologie, de la géologie et de la physique qui nous indiquent que l'effondrement guette. Par ailleurs, chez nous, nous refusons le tourisme consumériste. Nous avons supprimé une voiture, nous avons un appartement, chauffé au chauffage municipal, qui est à 10 km de nos tafs respectifs et nous co-voiturons. Chez moi, pour aller en ville, je préfère la marche à pied ou le vélo. Nous n'allons jamais en voiture à Paris, le métro et le RER nous conviennent très bien ! Sur Internet je n'utilise jamais le Cloud, j'utilise ECOSIA comme moteur de recherche, je limite au strict minimum mes envois de mails, fait régulièrement le ménage dans ma boîte mail et préfère les favoris plutôt que de faire une recherche sur internet. Je ne recharge jamais mon téléphone la nuit et ne le laisse branché que le strict necessaire. Nous achetons toujours de saison et le plus local possible (AMAP, fermes locales), nous sommes à zéro huile de palme et zéro fruits exotiques autre que ceux des DOM-TOM (et encore ! avec parcimonie), nous limitons notre consommation de viande. Nous préferons cuisiner plutôt que d'acheter des plats préparés. Nous achetons parce que nous avons besoin et non pas parce que nous en avons envie. Les magasins sont, pour moi, des temples de la consommation, cette religion dogmatique source de l'impace dans laquelle est l'humanité. Mes actes d'achats sont des choix politiques, ce que j'achète ou non, participe à déterminer le monde que je laisserai à mes enfants. Je sais que mon pouvoir de non-achat peut faire bouger les choses. Ce n'est pas parce que je peux faire les choses, que j'en ai les moyens et que j'en ai le droit que je fais ... avant d'agir je réflechi à mon impact. Nous préférons faire réparer plutôt que de racheter. Mes habits et mes chaussures vont jusqu'à l'usure. Nous ne jetons jamais de nourriture, le tri sélectif est devenu une évidence et nous travaillons sur notre consommation d'emballages (mais c'est pas encore ça 😕), nous faisons notre compostage sur notre balcon. Mon bilan carbone personnel est de 700 kg de carbone par an (500 kg étant la neutralité climatique) contre 2000 pour un français moyen. Qui dit mieux ? Je travaille dans la Recherche Publique sur le climat et l'Environnement, je participe à enrichir le savoir de l'humanité et non les poches d'actionnaires prédateurs. Chez nous, nous cherchons l'amélioration permanente car la perfection n'est pas de ce monde. Je suis pacifiste, non-violent, anti-raciste, ami des LGBT, contre toutes les discriminations et pour le vivre ensemble ... je soutiens toutes les causes qui ont trait à l'écologie sociale et solidaire, je vote en cohérence avec mes idées (écolo), je me fais beaucoup d'animosités quand je dis ce que je fais, je suis le chieur de service,...

Ce genre d’article fait partie de cette mouvance qui permet à ceux qui ne veulent rien faire de le justifier à moindre coût. « Je me bougerai pour la planète quand les écolos seront des saints », autant dire que ce n’est pas demain la veille.

mardi 1 mai 2018

Il y a 170 ans, l’esclavage était définitivement aboli en France.


Aboli par la Convention le 24 février 1794, l’esclavage avait été rétabli par Bonaparte en 1802. Quand la République est proclamée, en 1848, le Gouvernement provisoire, « considérant que l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine », y met fin définitivement. C’est un décret du 27 avril 1848, qui a aboli définitivement l’esclavage en France. Une victoire pour Victor Schœlcher « Elle n’a plus d’esclaves. Enfin la France a le bonheur d’être une République. ». Victor Schœlcher a participé à l'abolition de l’esclavage par décret, parce que l’Assemblée Nationale constituante n’etait encore réunie le 27 avril 1848. Elle confirmera la mesure à l’article 6 de la Constitution de la IIe République : « L’esclavage ne peut exister sur aucune terre française. ». Auteur du décret abolissant l’esclavage, Victor Schœlcher fut élu député à la Martinique et en Guadeloupe. Il opta pour la Martinique, ce qui fit entrer à l’Assemblée son colistier guadeloupéen Louisy Mathieu, un ancien esclave.

Mais à l’occasion de la commémoration de l'abolition de l’esclavage on voit fleurir des prises de positions qui refusent une certaine forme de repentance et une négation des mécanismes toujours en œuvre dans notre pays et qui sont issues de notre passé colonialiste et esclavagiste. : « Je ne vois aucune raison d'exprimer du regret pour un acte que je n'ai pas commis. Je ne suis responsable que de mes actes propres ainsi que de ceux de mes enfants. Point final. Merci de nous préserver de ce fardeau trop lourd qui ne nous appartient pas. » Mais qui parle de repentance, therme inventé par l’église catholique et repris par François Fillon ou bien encore Nicolas Sarkozi, lors de la dernière campagne présidentielle afin de justifier les bienfaits de la colonisation ? La repentance, ce mot systématiquement utilisé par la droite et les négationnistes... « Pour moi il n'y a pas de repentance à avoir et je suis de droite. C'est juste un moment T de l'histoire. J'assume ma position sans complexe et l'argumente » me dit Gilles Boutiron sur facebook

Pani pwoblèm’ Gilles, mais ceci dit, non, l'esclavage ne fut pas « juste un instant T de l'histoire », car à partir du 14ème siècle, l'Europe, dans sa soif de conquêtes va faire basculer l'Afrique dans une nouvelle ère. Avec les européens, la traite n'aura plus rien de comparable avec tout ce qui s'est passé auparavant. Le trafic d'êtres humains se resserre exclusivement sur l’Afrique équatoriale et par les moyens mis en œuvre, le nombre des déportations atteint des niveaux inégalés jusque-là. Non, l'esclavage ne fut sûrement pas « juste un détail de l’histoire » car cette traite et ses exactions, ses génocides et ses dominations, qui ont suivi, ont forgé des mécanismes de pensées qui sont encore à l'œuvre aujourd'hui. Michel Leeb, pour ne pas le citer, s’étonne toujours que l’on puisse trouver son sketch, « l’Africain », raciste alors qu’il l'a joué devant des publics africains et que ces derniers lui auraient simplement fait des remarques sur l’origine de son « accent africain ». L'humoriste et son sketch, se révèlent comme de formidables exemples de cette culture collective, blindée de clichés racistes, d’ignorance, de condescendance et de suprématie blanche issue de la colonisation et de l’esclavage. Ainsi la politologue, historienne et féministe française, Françoise Vergès reprend la déclaration de Michel Leeb qui évoque l’origine du blues, du jazz, du gospel et qui, selon lui, « l’Africain part des tribus africaines qui étaient prises par les Américains à l’époque comme des esclaves et là, ils ont créé leur monde à eux ». « l’Africain » ce tout abstrait ne « part » pas pour être ensuite « pris » par « les Américains » mais fut capturé, enfermé, déporté, vendu, maltraité par les européens. En vérité, la France aura été la deuxième puissance de la traite transatlantique, Nantes son premier port de traite.

Esclaves, une main d’œuvre maltraitée et crainte.

Sur les plages des caraïbes les captifs débarquent en tant que noirs dans un monde dominé par les blancs. Les noirs ne sont plus du Congo, ou de telle ou telle tribu, ils sont des noirs. De même, les marins ne sont plus de Londres, de Nantes ou de Bordeaux, mais ils sont les blancs. Ce qui se construit dans l’esclavage atlantique et ce qui est différent par rapport aux autres systèmes d’esclavages, c’est la construction de la race. Il y a le blanc-maître et l’esclave-noir. Ce terme de « blanc » n’existe pas avant les sociétés esclavagistes. Le terme de « blanc » se construit précisément dans les Antilles au 17ème siècle et a permis la construction de catégories raciales que nous utilisons toujours actuellement (noirs, blancs, métisses, …). La « race » est une arme de soumission, elle sert à graver dans la chair, la prétendue infériorité des uns et l’infinie supériorité des autres. Coupés de leurs racines, les noirs ne constituaient plus qu’une masse servile, sans nom et sans repère, que le « code noir » ne protégeait en rien, tant les sévices et tortures des maitres blancs n’étaient jamais condamnés. L’espérance de vie des esclaves dans les plantations était de 10 ans. Mal nourris et travaillant de 12 à 15 h par jour, les esclaves maigrissaient à vue d’œil. Leur espérance de vie était de 30 ans mais physiquement en paraissaient 70.

A la fin du 18ème siècle, aux Antilles et au Brésil, les noirs étaient largement majoritaires en nombre. Ils étaient partout, dans les champs, dans les commerces, dans les habitations et cela a commencé à développer une peur paranoïaque chez les blancs minoritaires. Une peur de la rébellion. Une peur de l’assassinat … et la révolte de St Domingue de 1791, qui dura 12 ans, leur donna raison et infligea à Napoléon sa première défaite militaire. Avec la proclamation de la première République Noire, qu’est aujourd'hui Haïti, la victoire de ces esclaves fait peser la peur de la contagion révolutionnaire à toutes les plantations. Cette peur et cette méfiance du noir se sont propagées jusqu’à nos jours dans l’inconscient collectif, même si personne n’acceptera cette idée surtout pas « le raciste non raciste », selon la qualification de Françoise Vergès. A l’instar de la peur du loup, la méfiance vis-à-vis de la personne noire explique encore aujourd’hui beaucoup de choses. Peur que l’on a vu suinter chez les afrikaners, lors de l’accession au pouvoir de Nelson Mandela en 1994 et qu'il s'empressa de rassurer. Et si l'on y réflechit un peu plus, on se rend compte que ce malaise, cette peur irrationnelle, cette méfiance xénophobe, chez l'Homme blanc, vis-à-vis des noirs se rapportent, en sourdine et dans les inconscients, à tous les anciens peulpes colonisés qui finiront tous par se rebeller. Notre société blanche se méfie, sans le dire, sans l'avouer du  « péril Jaune » ou de « l'arabe » qui sont tous vus (cf. les dernières revendications des Français d'orgines asiatiques qui veulent en finir avec les clichés et les préjugés) comme des citoyens annexes. La colonisation se répércute encore et toujours dans notre présent comme un retour de boomerang.

La liberté mais rien de plus !

A partir de la moitié du 19ème siècle, alors que l’esclavage illégale se poursuivait à partir de Zanzibar, s’est développée une idée que l’esclavage, acte condamnable pour les humanistes français ou anglais, était l’œuvre des autres. Aux yeux des philanthropes des plus grandes nations esclavagistes, la barbarie de la traite est maintenant celle des autres. A Zanzibar cette infamie devient celle des marchands arabo-Swahilis et ne concerne plus l’Europe qui s’est rachetée une virginité par la mission civilisatrice de la colonisation. Mais la colonisation de l’Afrique qui suivit, au 19ème siècle, ne fit que remplacer l’esclavage par le travail forcé et imposa la dogmatisation de la notion de « race » afin de faire accepter à l’Afrique - vue comme un tout homogène, reléguée au bas de l’échelle de l’humanité - et aux européens, la supériorité de l’Homme blanc sur l’Homme noir. Avec sa cohorte de médecins, d’anatomistes et de cadres coloniaux, l’Europe se sert de la « race » comme d’un outil scientifique pour justifier sa domination et les bienfaits de la colonisation. Ce mot « race » que beaucoup utilisent encore, alors qu'il n'a aucune consistance scientifique, peine à être éliminé du language quotidien pour parler de l'espèce humaine.

Aux yeux des Français ou des Anglais, les pays d’Amérique étaient inférieurs car ils toléraient l’esclavage. Quant aux africains, ils étaient hors-jeux. En 1865, les Etats-Unis proclament l’abolition de l’esclavage mais pas la ségrégation. La liberté mais rien de plus !

Aujourd’hui, encore beaucoup en France, minimisent le rôle de notre pays et l’ampleur de la traite Atlantique. Ils préférent montrer du doigt, à l’instar de Gilles Boutiron sur Facebook, la traite arabe et dire que (je cite) « l'esclavage ne fut pas un génocide. Les esclaves étant considérés comme valeur mobilière dans le code noir, je ne vois personne ayant intérêt à massacrer ses biens. »

Tourner cette page de l'histoire pour vivre sereinement. C'est du passé très lointain

Non, ce passé n’est pas si lointain que cela car il concerne les arrières-arrières-grands-parents de mes enfants et l’esclavage, ce système criminel, a façonné notre monde d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, au Brésil, aux Etats-Unis ou ailleurs, le simple fait d’être jeune, noir et pauvre peut vous conduire à être abattu en pleine rue. Aux yeux des classes dirigeantes, les jeunes noirs seront toujours rien que des noirs, potentiellement tous des bandits, tous des sous-citoyens, dévisagés à cause des cheveux, des accents ou de l’endroit où ils vivent. La classe dirigeante a toujours des préjugés et 130 ans après l’abolition de l’esclavage, les afro-brésiliens restent la population la plus pauvre du pays. Des citoyens de seconde zone dans un monde clivé entre noirs et blancs.

En France, de nos jours, les plafonds de verre existent toujours pour les noirs, pourtant libres et égaux en droit dans notre pays. Ces plafonds de verre sont la résultante de notre culture collective pas assumée et que le politiquement correct ou la négation des évidences ne brisent pas. Les antillais subissent encore l'esprit du BUMIDOM, pourvoyeur du « Rêve Français », en métropole où ils et elles sont « relégués » aux jobs de services aux blancs (infirmières, postiers, jardiniers, laborantins, faire-valoirs dans les films, ...) jamais de postes à responsabilités … sauf à la marge. Plus on monte dans l'échelle des hiérarchies, plus la couleur s’éclaircie et plus il y a de testostérone. Rien n'est encore réglé dans les esprits métropolitains. C'est désagréable à entendre mais c'est la cruelle réalité. « Monsieur Leeb et ses nombreux compagnons et compagnes du monde raciste non raciste ne se sont jamais demandé ce qu’être Blanc leur donnait comme privilèges. […] Le racisme structurel, ce sont les crimes racistes impunis, la manière dont le racisme contamine la société, la culture, les arts, la politique, dont il constitue un obstacle à l’égalité, impose des critères de beauté, d’intelligence, de succès. » relève Françoise Vergès. Quant à tourner la page, si les « testings » ne montraient pas qu'avec la peau noire ou un nom arabe, il est bien plus difficile de décrocher ne serait-ce qu’un entretien, alors oui, nous pourrions commencer à nous dire qu'il est temps en effet. Mais tant qu'il faudra deux fois plus d’énergie à un noir, pour démontrer ses qualités, qu'à un homme blanc des beaux quartiers, parce que les vieux schémas coloniaux et suprémacistes blancs sont toujours à l'œuvre chez nos dirigeants, alors non, nous ne tournerons pas la page. Ce problème social et bien un problème racial.

Mais ce n'est pas en le ravivant sans cesse que cela arrangera les choses.

Et puis « le raciste non raciste » a deux ou trois arguments qu’il répète à l’envi : « Je ne suis pas raciste, ma meilleure amie est noire (ou arabe) », « On ne peut plus rire de rien », « Mais ça fait rire des Noirs ! (des Arabes, des gays, des femmes…) ». Ainsi donc on laisse aux noirs le soin de supporter les affronts de l'histoire qui impactent encore leur vie pour ne pas raviver une mauvaise conscience chez nous ? La France a vraiment un problème pour assumer son passé d'oppresseur. Cela me fait penser à la polémique qui est apparue lors de la sortie du film « Indigènes » où les braves gens disaient qu'il ne servait à rien de raviver les douleurs issues de la guerre d'Algérie. Cela, alors que l'on n'hésite jamais à parler de l'oppression Nazie... mais c'est vrai que là, c'etait nous les victimes. Moi j'appelle à ce que l'on regarde notre culture collective en face et qu'on accepte, pour mieux les combattre, ce que cela induit dans notre quotidien comme mécanismes ségrégationnistes ... même light pour l'immense majorité d'entre nous ... cela est très bien décrit dans le documentaire de Lucien Jean-Baptiste « pourquoi nous détestent-ils ? » ou bien encore dans le livre « Noire n'est pas mon métier » où seize actrices noires dénoncent, un racisme latent dans le cinémas français où « l'imaginaire est encore empreint de clichés hérités d'un autre temps » comme l'explique l'actrice Aïssa Maïga, co-autrice de ce livre.

L’objet de ce texte était donc de poser, de nommer le problème afin de se donner les moyens de le résoudre, d’essayer de faire comprendre que dans notre pays nous n’avons pas encore su analyser nos blocages collectifs issus d’une colonisation et d’un esclavagisme national pas assumés. En effet, si nous parvenons parfaitement à dire que les problèmes raciaux et stigmatisants qui engendrent violences et ségrégation aux Etats-Unis, proviennent de l’histoire esclavagiste de ce pays, il est toujours étrange de remarquer que ce mécanisme est nié dans la Patrie des Droits de l’Homme. L’esclavage n’a pas existé à cause du racisme, mais c’est l’histoire du racisme qui est liée à celle de l’esclavage. Ainsi, si nous nions cela, il nous est parfaitement impossible de détricoter les mécanismes de pensées ségrégationnistes issus de notre pensée collective, héritage des structures fondamentales des sociétés esclavagistes. Dès lors,  si nous nions cela, jamais les murs ne pourront s'effondrer, les plafonds de verre se briser et le vivre ensemble de prendre tout son essor pour une vie durable, fraternelle et pacifique. De ce que l’on fera de ces inégalités, cela dépend complétement de nous.

dimanche 10 septembre 2017

Les écologistes avaient raison


« Pas besoin de faire de catastrophisme : la situation est catastrophique » nous dit mon collègue et ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) Jean Jouzel. L'avertissement fait froid dans le dos. 

2017, inondations majeures et meurtrières en Sierra-Leone avec au moins 312 morts à la mi août, érosion du littoral en Métropole, éboulement de quatre millions de mètre cubes de boue et de rochers, en Suisse, à cause à la fonte du permafrost alpin qui, en temps normal, assure la cohésion des roches, bilan, 14 disparus et un village rayé de la carte, sécheresses et incendies majeurs encore et toujours, incendie au Groenland et maintenant Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré depuis que l’humanité surveille la météo. Alors s'il est vrai qu’il est encore difficile d’attribuer tels ou tels événements météorologiques ponctuels au changement climatique, on peut, toutefois, s’interroger, au regard de ceux-ci, sur la fragilité de nos sociétés vaniteuses et dénaturées, technologiques et guerrières, face à la puissance de la nature. Ainsi avec les îles de St Martin et St Barth, dévastées par Irma, privées d’eau potable et d’électricité, livrées au désordre et à la détresse, nous avons une mise en lumière du manque de résilience de nos sociétés face aux crises écologique et climatique.

« Avec les dévastations d’Irma, nous avons un exemple concret de ce que le système économique planétaire vorace et désinvolte peut donner. Et c’est le moment de rappeler les ricanements, le mépris supérieur, opposés aux écologistes pendant des décennies. Ils étaient pris pour des hurluberlus, des rêveurs pisse-froids, naïfs promoteurs du retour à la lampe à huile, soixante-huitards ou bobos déconnectés, empêcheurs de se gaver en rond. Et bien en fait, […]… ils avaient raison ! Et si leurs thèses sont désormais acceptées par le monde entier (à un Donald Trump près) ils ne sont toujours pas assez écoutés à propos des priorités à renverser. Le zadiste moyen de NDDL, aussi extrémiste soit-il, est plus raisonnable que n’importe quel climatosceptique qui siège encore à l’Assemblée. » nous rappelle fort justement Thomas Legrand dans son éditorial sur France-Inter du vendredi 8 septembre 2017.

De son coté, Pascal Canfin, sur France Inter, ne dit pas autre chose et je partage : « Si l'on avait écouté les scientifiques et les écologistes, nous ne serions ni surpris-e-s, ni sidéré-e-s que les crises climatiques se fassent plus aiguës, mais nous serions mieux préparé-e-s »

« Ce n'est donc pas faute d'avoir alerté, et pourtant les écologistes ne se réjouissent pas (et ne se réjouiront jamais) d'avoir eu raison, ils se désolent juste de ne pas être entendus » nous dit mon amie Catherine Bassani-Pillot et je partage. Et pourtant je pense qu’il est bon, de temps en temps, de rappeler que nous avions et avons raison quand nous alertons, relais que nous sommes des travaux scientifiques, afin que, dans une sorte de vœu pieux, à l'avenir et sur d'autres sujets, nous puissions espérer être un peu plus écoutés et un peu plus soutenus. Soutenus, non pas pour notre gloire, mais pour que nous puissions enclencher, véritablement, la transition écologique de notre monde et offrir un monde durable et désirable à nos enfants.

Mais je crains, à l’instar de Jean-Marc Jancovici, que demain, Harvey, Irma, José ou bien encore Katia passés, on ne se « désole que les ventes de voitures fléchissent un peu, puis qu’après-demain on ne se désole que la production d'acier fléchisse un peu alors qu’à chaque fois qu'on augmente ça, on augmente aussi les émissions de CO2 ... » et donc les changements climatiques et donc les catastrophes qui vont avec. « Quelque part, il faut qu'on se mette d'accord avec nous-mêmes, c'est à dire à 7 milliards et demi dans une petite boite qu'on appelle la planète Terre dont la taille n'augmente pas, il faut trancher, on est en pleine incohérence : c'est à dire que lundi on dit qu'on veut augmenter la taille de l'économie donc des flux physiques et augmenter les émissions et les rejets en tous genres et Mardi, on dit : ah c'est quand même ennuyeux, il y a des conséquences à cette affaire et on préférerait ne pas les voir » poursuit Jean-Marc Jancovici

Ainsi St Martin et St Barth sont deux exemples à petite échelle, une sorte d'expérience de laboratoire de la vulnérabilité de nos sociétés occidentales. En quelques heures des territoires modernes de la cinquième puissance mondiale ont été réduits à néant par la force de la nature que nous provoquons. Irma devrait nous faire réfléchir sur l'effondrement de notre monde qui nie les crises écologiques, climatique, métallique ou bien encore énergétique en croyant, dans une techno-foi aveugle, que, devant le précipice, nous trouverons la solution et qu'en attendant il ne sert à rien de s'inquiéter, il ne sert à rien d'investir pour anticiper, il ne sert à rien de changer car il est tout de même plus délectable, à l'instar de la cigale de La Fontaine, de jouir de consommation.

Amis, je vous en conjure, réfléchissez, ouvrez les yeux, changez, renoncez, adoptez la sobriété choisie et heureuse avant que les événements ne vous l’impose ... il est plus que temps car la multiplication et l'intensification des extrêmes climatiques va poser de plus en plus de problèmes humains, alimentaires, économiques, géopolitiques. « Ce qui est l'exception dans beaucoup de domaines, y compris chez nous [en métropole], va devenir parfois la norme. Le pire est devant nous », averti Nicolas Hulot et Jean Jouzel de poursuivre « l'intensification des cyclones risque de préfigurer ce que l'on vivra demain ». Et en effet « pour espérer rester en deçà de 2°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, il faudrait que le pic d'émissions de gaz à effet de serre survienne au plus tard en 2020 », conclut Jean Jouzel. Nous n'avons donc plus que trois ans devant nous pour inverser la vapeur.

Crédit photo : TWITTER/AFP - Anna MAZUR : Casino Royale ravagé par l'ouragan Irma dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, le 7 septembre 2017

dimanche 25 juin 2017

Il y a 20 ans, Cousteau disparaissait

Il y a 20 ans, Jacques-Yves Cousteau, le grand homme de la mer, qui inspira mon orientation professionnelle et philosophique, nous quittait. 


Je me souviendrai toujours comment, quand j’étais enfant, je me délectais de ses documentaires qui passaient à la télé, le dimanche après-midi. C’était une époque où la télé de mes parents était en Noir et Blanc et où il n’y avait que deux chaines et demie (FR3 ne diffusait que l’après-midi). Une époque où internet et sa formidable possibilité d’ouverture n’existait pas. Une époque où la seule lucarne, sur le reste du monde, était la télé et où les documentaires n’étaient pas produits à profusion et avec moult effets de caméras GoPro, de drones et d’images HD toutes plus belles et plus spectaculaires les unes que les autres. Je vous parle d’une époque où, alors que je m’ouvrais à autre chose que moi-même, nous découvrions les premières traces de pollutions sur les glaces du pôle Nord, à cause du mode de vie occidental, me faisant réaliser, soudainement, combien notre Terre était petite et limitée, où tout était lié. Je pris conscience ce jour-là de ma propre fragilité. Un vertige immense me pris ce jour-là et je passerai le reste de ma vie à essayer de comprendre. Pour se faire, à l'époque, je passais mon temps, au grand désespoir de mon cher père, devant les émissions animalières comme « Terre des bêtes » ou bien encore « les animaux du Monde » dont je connais encore, par cœur, la chanson du générique.

Ainsi, à cette époque de mon enfance, de grands Hommes nous ouvraient sur le monde, je pense à Christian Zuber, documentariste animalier, journaliste, écrivain, producteur et conférencier, qui fut l'un des pionniers de la protection de la nature et de l'environnement et administrateur du WWF où je fis mon Service National en tant qu’objecteur de conscience. Zuber m’ouvrit sur le monde des animaux, sur les espèces, sur la vie sauvage, … sur la beauté à la fois simple, complexe et multiple. Il me fit voir la vie.

Il y eu également Haroun Tazieff qui me fit découvrir les entrailles de la Terre et me permit d’appréhender les frontières de ce grain de poussière perdu dans l’immensité sidérale. il me fit comprendre la fragilité de ces frêles radeaux de roches flottants sur une masse magmatique dantesque. Il me fit voir la roche et le feu. Je pense à lui tous les jours quand je rentre dans mon atelier, au CNRS de Gif-sur-Yvette, qui se trouve être dans les locaux où il termina sa carrière. J’y vois là comme une évidence.

Il y eu Paul-Emile Victor, Bernard Moitessier ou bien encore à Eric Tabarly qui, par leurs écrits, me firent découvrir le goût de la navigation, le plaisir de la contemplation océanique et de l’insoumission. Ils me firent voir la liberté.

Et bien évidement il y eu Cousteau qui me fit tant rêver, qui me fit si bien comprendre, petit à petit, la fragilité de cet ensemble que les autres me montraient, cet ensemble qui constitue notre seul et unique vaisseau spatial. Cousteau, qui m’ouvrait un monde lointain et maritime, plein d’embruns, d’aventures et de camaraderie, semblait me guider vers mon métier d’océanographe. Il me semble l'avoir compris très tôt. Cousteau qui su si bien montrer les liens qui nous unissent à la Terre mère semblait m’enjoindre gentiment de poursuivre, avec d’autres, le combat de l’écologie. J’ai suivi ce chemin, autant que j’ai pu, mais autant l’avouer, sans grands succès.

A sa suite, comme dans une sorte de filiation évidente, j’ai vu la mer, j’ai vu les tempêtes, j’ai senti les vents, j’ai vu l’Antarctique et l’Arctique, j’ai vu la mer défiler sous la proue des bateaux, j’ai vu les oiseaux marins tournoyer, j’ai vu les baleines et les dauphins, j’ai vu les tortues et les phoques, j’ai vu les manchots et les ours blancs, J'ai vu le soleil de minuit et les aurores australes, j'ai vu et je me suis émerveillé ... mais j’ai vu, aussi, la mer vide de vie, les algues filamenteuses recouvrir les fonds de la Méditerranée, les algues venir remplacer le corail moribond de Guadeloupe, j'ai vu les chalutiers racler le fond de la mer, j'ai vu les bateaux pécher au lamparo ne laissant aucune chance à leurs proies, j'ai vu les espèces invasives se déployer grâce à la bêtise des Hommes et aux changements climatiques, j'ai vu des Hommes tenter la réintroduction d’espèces dans des milieux détruits, j’ai vu le plastique en mer et sur les plages, j’ai vu les macro-déchets dans les abysses, j'ai vu le béton couler sur le littoral, des marinas se créer et d'autres s’agrandir aux détriments des habitats fragiles, j'ai vu des hôtels pieds dans l'eau se construire, j'ai vu des municipalités recharger, de sable et à grand renfort de Gaz à Effet de Serre, leurs plages victimes de leurs aménagements imbéciles, pour que les touristes, cette année encore, soient nombreux à les polluer, j’ai vu tout cela à la suite de Cousteau et de son fidèle ami Falco qui, les premiers, se sont alarmés de l’emballement de la dégradation de l’environnement. Se sont alarmés, en vain, du grand saccage. Je pense à Cousteau à chaque fois que je suis en mer, à chaque fois que je présente ma conférence sur le Développement Durable, aux lycéens car je leur parle de son combat pour les générations futures, pour les générations qui n’existaient pas encore et dont ils sont, aujourd’hui, ceux dont il parlait.

Jacques-Yves Cousteau ne se définissait pas comme un scientifique mais comme un « marin, technicien océanographique et cinématographique ». Il se disait un amoureux de la nature, particulièrement de la mer, en reconnaissant que sa vision avait évolué avec son époque, de l'explorateur-chasseur et pêcheur au logisticien pour scientifiques et protecteurs. J’ai eu la chance de le rencontrer, par deux fois, à la suite des conférences qu’il donnait pour conclure les cycles de séminaires d’océanographie à l’Institut Océanographique de Paris.

Et à sa suite, j’ai goûté à la désillusion d’un combat vain pour préserver une humanité dont le seul souhait est de posséder jusqu’à l’écœurement. Une l’humanité qui se partage entre ceux qui ne pensent qu’à jouir dans une grande turgescence orgiaque, collective et immonde et ceux qui tentent de survivre à cette jouissance de riches. Ainsi la France, pays pourtant tant aimé, n’est peuplée que de gens dont la seule préoccupation est de savoir comment ils vont pouvoir passer leur vacances, des gens qui ne voient pas l'utilité de préserver l'environnement, car « ils sont bien gentils ces écolos, mais il faut être réaliste et arrêter de rêver, c'est pas ça qui relancera ni la consommation ni la croissance ! », mais qui, chaque été, vont chercher, à grand coup de pots d'échappements ou de kérosène à pas cher, le paysage préservé, le petit village pittoresque, le grand air, qui n'existent plus dans leur quotidien bétonné en trouvant que quand même, « c'est beau la nature préservée !».

Il y a 20 ans le grand homme de la mer disparaissait, j'ai une pensée pour lui et pour tous ceux qui l'ont profondément aimé, Jean-Michel, Fabien, Céline, Alexandra, Philippe Junior, Francine, Diane et Pierre-Yves ainsi que tous les anonymes qui, encore aujourd’hui, se retrouvent et se reconnaissent dans son héritage. Que sa mémoire vive toujours.

mardi 1 novembre 2016

Avant le déluge.

Dans les années 50, Albert Falco, alors jeune équipier de la Calypso, découvre le monde et ses dérives. Déjà, à l’époque, il voit la beauté du Monde et pressent les dégradations à venir que l’Homme, au fur et à mesure de son développement, va infliger à son environnement. D’un chasseur sous-marin émérite, Albert Falco, deviendra rapidement une conscience éclairée de l’urgente nécessité de préserver l’environnement. Cela se sent parfaitement dans son livre, « capitaine de la Calypso » (Arthaud Ed.) et en voici trois courts extrait.

Page 167 : "[...] En 1954, nous entrons dans le Port de Mahé, où nous nous accordons plusieurs jours d'escale. Les Seychelles, avant le tourisme : une pure splendeur ! ... Si la notion de paradis terrestre a jamais signifié quelque chose, c'est ici ... [...]". Falco avait parfaitement compris le danger de l’industrie du Tourisme. " [...] Les plus fameuse îles des Maldives subissent la pression des Hommes, notamment des touristes. [...]" se désole-t-il, en 1967. Le Tourisme, l'un des maux du siècle. Le tourisme, une industrie bien aussi polluante et destructive que n’importe quelle autre industrie. Et en effet, le tourisme de masse est une véritable plaie, tant pour les peuples envahis par des hordes de gras touristes profiteurs et vulgaires, en short et en tongues, que pour l'environnement que ces derniers, rien que par leur unique présence, viennent polluer, transportés par des paquebots aussi polluant que des milliers de voitures (Un paquebot, à quai, pollue comme un million de voitures).

En page 201 Falco énonce assez bien la condition de bête humaine que collectivement nous sommes : "[...] Ce ne sera pas la première fois que la Calypso mettra, sans le vouloir, son faux nez dans un coin un peu trop brûlant de la planète. Nous sommes excellents, à bord, pour deviner les réactions des requins ou des barracudas ; mais nuls quand il s'agit de prévoir les brutalités des Hommes. Cela ne m'étonne pas : les animaux obéissent à un petit nombre de stimulus (la faim, le sexe, le territoire, la hiérarchie ...). On peut analyser - donc prédire assez justement - leurs réponses. Rien de tel avec l'espèce humaine : elle agit sans logique, sous l'empire des passions, avec une brutalité qu'aucune autre espèce zoologique n'égale. Elle fait preuve d'une sauvagerie incroyable, qu'elle attribue abusivement aux requins ou aux barracudas. [...]" Constat peu glorieux pour nous mais qui n’émeut pas grand monde autour de moi.

Enfin, en page 204, Falco raconte un épisode qui s'est passé, dans le carré de la Calypso, avec Le commandant Cousteau et qui évoque sa découverte des prémisses de l’inexorable invasion humaine dans les milieux même les plus lointains : "[...] C'était à l'occasion d'une des premières mission du bathyscaphe. Ici-même dans la fosse de Toulon, en 1953 .... [...] Nous atteignons le fond de la tranchée. Mille cinq cent mètres sous la surface : le record du monde à l'époque. [...] Je distingue (dans le faisceau des projecteurs), posée sur le sédiment noir, une forme fantomatique, blanche et plate. Je m'écrie : "Une raie géante !" [...] Quand nous touchons le "monstre sous-marin", je constate qu'il s'agit ... d'un exemplaire déplié du journal Le Figaro, [...] Je me dis que la première fois que l'Homme descend à mille cinq cent mètres de profondeur, il y rencontre un vieux journal jeté à l'eau - une preuve de sa négligence et de sa saleté ... raconte le Commandant Cousteau. En voyageant autour de la Terre, nous aurons - hélas - bien des occasions de déplorer que l'espèce humaine se serve de la mer comme d'une poubelle commode et gratuite ...[...]"

Tous ces exemples d’alertes anciennes pourraient être multipliées à l’infini tant celles-ci ont été nombreuses, et l'on pourrait faire des livres entiers de toutes celles qui ont été lancées jusqu'à aujourd'hui. Ces exemples pour montrer que les alertes sont sonnées depuis des dizaines et des dizaines d’années sans que cela n’ait jamais vraiment stoppé les dégradations, cela n’ait vraiment mobilisé, cela n’ait vraiment freiné notre développement prédateur. Aujourd’hui les résultats sont là. Tous les signaux sont au rouge écarlate et personne n’ose prononcer le nom de notre état, car il n’est pas très vendeur, pas très électoralement correct, mais pourtant il faudra bien, à un moment, nommer un chat, un chat, car la situation est catastrophique.

Ainsi si en 1953 Cousteau découvrait un journal biodégradable au fond de la mer, nous, au XXIème siècle, nous pouvons observer des continents de plastiques dans les gyres océaniques qui détruisent poissons, tortues marines, oiseaux et mammifères marins. De mon coté je me souviens, lors d'une exploration du fond océanique, en 2011, avec le ROV de l'IFREMER, Victor 6000, à 5000 m au large du fleuve Congo, dans le désert de ses lobes de dépôts, que nous sommes tombés sur une bouteille de Jack Daniel's. Je me souviens, également, en Manche, d'avoir croisé, en surface, des ballons de baudruche, posés là, très certainement suite à un lâché de ballons lors d'une fête ou d’une commémoration, dans une cité anglaise ou française. Je me souviens également de cette balade faite en 2013, sur la plage Napoléon, en Camargue, constellée de déchets à perte de vue. Et c’est sans parler des images ramenées de Méditerranée, par l’IFREMER, et qui montrent des quantités affligeantes de macro-déchets en plastiques au fond de la grande bleue. Les Hommes, encore aujourd'hui, et possiblement encore plus aujourd’hui, ne voient dans la mer qu'une poubelle dans laquelle, pourtant, ils puisent leur nourriture ... en clair nous nous nourrissons dans notre poubelle. "[...] Au fil des missions auxquelles je suis associé, je deviens le témoin de la rapidité à laquelle l'environnement marin se dégrade. Je compare la richesse actuelle de la Méditerranée  à ce qu'elle fut du temps que j'apprenais à nager, dans ma calanque de Sormiou. Quel effondrement ! [...] Je constate de plus en plus qu'à une scène de nature superbe succède un spectacle de saccage ou de désolation imputable à la méprisante saleté des Hommes. J'ai mal à ma mer, quand je la vois offerte aux égouts, aux effluents d'usine, au bétonnage, au cancer de l'urbanisation, au tourisme ravageur ou à la surpêche industrielle. [...]" Falco (pg 267)

Tous les signaux sont au rouge et depuis que j’écris ce blog je ne cesse de le dire et de le démontrer mais personne n’entend. En Guadeloupe 80% des récifs de corail ont disparu, d'abord à cause de la surpêche puis de la pollution, puis aujourd’hui à cause du réchauffement climatique qui achève le travail. Résultat, il y a un vrai problème de ressources halieutiques, à tel point que de façon absurde, les Hommes sont obligés de capturer, au large des côtes de l’île aux belles eaux, des alevins puis de les élever en aquarium afin de les relâcher, plus âgées, afin de repeupler des fonds aux habitats détruits. Quelles chances de succès ? Cela me fait penser à la pollinisation manuelle des plantes alimentaires, qui se pratique de plus en plus, afin de palier à la raréfaction des insectes pollinisateurs. Est-ce durable ? Jérôme Salle dit que, pour son film « l’Odyssée » qui retrace la vie de Cousteau, l’un des rares effets spéciaux qu’il a dû utiliser aura été de rajouter des poissons en Méditerranée car lors du tournage il n’y en avait plus.

Tous les signaux sont au rouge, le réchauffement climatique augmente plus rapidement que ce qui était prévu. Chaque année qui passe est plus chaude que la précédente. Les glaciers du Groenland fondent à une vitesse vertigineuse. Le niveau des mers augmente inexorablement inondant et mettant en péril les îles du pacifiques comme les Kiribati ou bien encore Palaos mais aussi les rues de Miami.

Des métropoles comme Pékin sont asphyxiées. Dans le monde, près d’un enfant sur sept, soit quelque 300 millions, vit dans une région où le niveau de toxicité de l’air extérieur dû à la pollution dépasse d’au moins six fois les directives internationales, selon un nouveau rapport de l’UNICEF. La pollution de l’air contribue grandement au décès de quelque 600 000 enfants de moins de cinq ans chaque année.

Les terres agricoles sombrent, à raison de 100 000 ha/an, sous le béton en France, les forêts boréales, au Canada, sont détruites pour extraire les dernières gouttes de pétrole et les forêts en Indonésie sont incinérées pour produire de l’huile de palme au détriment des populations locales, du climat, des derniers rhinocéros asiatiques, des tigres, des derniers orang-outans … de la biodiversité. Les populations de mammifères, poissons, oiseaux, amphibiens et reptiles dans le monde se sont effondrées de 58% en quarante deux ans (entre 1970 et 2012) et ce déclin va se poursuivre si nous ne faisons rien, alerte le WWF dans son rapport Planète vivante 2016. Quand à la biodiversité agricole son sort n'est pas plus enviable, elle est devenue pauvre en espèces et est sous le joug de quelques multinationales aux OGM cancérigènes. "L'Homme n'utilise jamais avec sagesse les richesses de la nature. Sitôt qu'il les connait, et sitôt qu'il en a la possibilité technique, il les surexploite. il puise dans le capital au lieu de se contenter des intérêts." Falco - 1975

Mais au final qu'est-ce qu'on s'en fout de tout ça, hein ? Si on veut voir des animaux on n'a qu'à aller au zoo ou regarder YouTube. Si l'on veut manger on n'a qu'à aller au supermarché ! Y'a quand même plus important dans la vie que de s'occuper de la vie sur Terre, y'a.... Y'a ?!?! Y'a la croissance à maintenir, y'a à sauver les multinationales et leurs profits, y’a à prendre l’avion pour aller se dorer la couenne sur la plage, à l’autre bout de la planète, y’a à frimer avec le dernier téléphone portable ou une belle voiture toute rutilante et toute rugissante, y’a à frimer avec son fric et son harem de filles faciles, y’a à affirmer « puisque je peux, j’ai le droit ! Et fuck le monde !!! » … Y'a plus urgent, point barre !!! Ainsi vous préférez un beau mensonge qui rassure et vous dédouane de vos responsabilités, que cette vérité vous dérange ? Qu'importe ! La réalité est là et à ne pas vouloir ralentir, ni refuser les diktats consumériste et croissantiste, ni renoncer à une bonne partie de ce qui fait notre vie d’occidentaux, ni à retrouver le sens des saisons et du local, ni renoncer aux dernières réserves d'énergies fossiles, ni à devenir sobre et frugal, et bien alors l'Homme disparaîtra par sa faute, par sa stupidité et sa cupidité, dans le sang et les larmes … et bien, bon débarras !!!

samedi 28 février 2015

Banlieue rouge

Lundi 23 février, au dîner du Conseil représentatif des associations juives de France (CRIF), François Hollande reprenait à son compte l’expression fétiche du Front National : "Français de souche".

Nous pourrions lui dire et démontrer que cette expression n'a aucune valeur, aucun sens, aucune justification, mais nous préférerons lui répondre en citant Paul Valéry : "la nation française fait songer à un arbre greffé plusieurs fois, de qui la qualité et la saveur des fruits résultent d’une heureuse alliance de sucs et des sèves très divers, concourant à une même et indivisible existence". Nous aurions également envie de lui rappeler ce que disait François Mitterrand au Colloque à la Sorbonne en 1991 :" La France est un bouquet de fleurs composé en commun. Nous sommes français, nos ancêtres les Gaulois, un peu romains, un peu germains, un peu juifs, un peu italiens, un petit peu espagnols peut-être qui sait , polonais, et je me demande si , déjà, nous ne sommes pas un peu arabes ? "

Oui définitivement ma France est celle-là. Une France aux milles cultures, aux milles couleurs, aux milles orientations. Ma France n'a pas de papier, elle n'existe que par l'amour de ceux qui l'aiment et qui la font vivre.

Mais ce dérapage n'est, finalement, que le révélateur d'une banalisation des avancées identitaires et communautaristes véhiculées par tous les démagogues et prêcheurs en tous genres qui se sont engouffrés dans fissures du délabrement de notre cohésion nationale où les responsabilités sont largement partagées par ceux qui détiennent un peu de pouvoir. Délabrement qui est en train d'atteindre son apogée depuis l'attentat contre Charlie-Hebdo où l'on voit un odieux renversement de valeurs dans notre pays. Tout serait donc arrivé par la faute de notre laïcité sectaire et agressive. Charlie aurait exagéré et nous devrions comprendre ces pauvres assassins, blessés par de pauvres dessins. Nous devrions comprendre qu'il nous faut cesser de blasphémer, qu'il nous faut nous coucher et accepter la censure pour vivre en paix. Quelles infamie !

Mais comment en sommes-nous donc arrivés là ? Qui ? pourquoi ? comment ? Personnellement, j'ai une analyse très à moi, des responsabilités dans l'avènement du terrorisme, de la montée des extrêmes, des communautarismes et des fondamentalismes en France.

Je fais remonter ces responsabilité aux années 80, sous le règne de Mitterrand qui, décidément, était capable du meilleur comme du pire. Souvenons nous que, dans ces années là, la banlieue était tenue majoritairement par le Parti Communiste qui organisait la vie sociale et culturelle des cités par des centres aérés, des colonies de vacances, des fêtes populaires, des aides sociales etc ... or Mitterrand, à son arrivé au pouvoir, décida, à la grande frayeur de Reagan, de mettre des communistes au gouvernement. Reagan, via son vice-président, George Bush père, s'en ému auprès du président français qui le rassura et lui dit que sa stratégie était d'affaiblir le PCF afin de l'éliminer du paysage français. "Avoir des ministres communistes au gouvernement leur fait perdre leur originalité. Ils devraient donc être de moins en moins capables de rallier des voix au-delà [de leur électorat de base]." disait-il. Force est de reconnaître que cela a très bien fonctionné et le PCF n'a eu de cesse de perdre du terrain sans que les nouveaux maîtres de la Gauche ne prennent le relais dans les banlieues populaires. Cette stratégie a créé un vide écologique que les malfaisants se sont empressés de combler. Dans le même temps le politiquement correcte de la Gauche, qui ne voyait, dans les gamins de banlieue, que de perpétuelles victimes du système - alors que les margoulins sont partout - a empêché de prendre les bonnes décisions.

La droite qui a prôné la compétition entre les citoyens et l'individualisation des carrières, surfé sur la mythologie sécuritaire, détruit les services publiques, organisé la chute de l'état et mis en pratique tous les dogmes libéraux, a détruit l'idée de l'universalisme de la République et a, par là-même, une responsabilité majeure dans l'état maladif de notre pays. La droite de Chirac puis de Sarkozy a achevé le travail de sape en supprimant, entre autre, le service national ou la carte scolaire créant des ghettos de riches et d'autres de pauvres, exacerbant les haines, les peurs et les rancœurs.

N'oublions pas également l'un des plus grand fautif : le patronat. Mais dire que le patronat n'a jamais été proactif pour favoriser le vivre ensemble et la diversité, dans toutes les strates de l'entreprise, n'est-ce pas enfoncer une porte ouverte ? Ainsi, selon les statistiques publiées en ce début d'année, les personnes ayant noms et prénoms à consonances africaines ou arabes auront 26% de chances en moins de décrocher un entretien et 32% de chances en moins de décrocher un emploi. De l'art et la manière de semer la misère pour récolter la colère puis la haine.

Mais finalement n'avons nous pas un patronat, à l'image de notre société qui n'a toujours pas intégré l'idée que la France n'est plus blanche et que cela est une chance pour notre intelligence collective. Cet état de refus est régulièrement vérifié par des petits actes manqués ou des paroles perdues révélant cette pensée collective dominante blanche et chrétienne qui nous colle à la peau et qui interdit toute évolution. Ainsi, dans cette veine là, souvenons-nous qu'en ce 16 janvier 2015, après les attentats de Paris, Christian Estrosi eu, sur France Info, cette phrase très révélatrice et qui n'aura choqué que les domiens et leurs amis "[…] cette jeune femme martiniquaise venue défendre les valeurs de la République […]" ?!?! Aurait-il dit la même phrase si Clarissa Jean-Philippe avait été Bretonne ? Ainsi Y'a'bon gentils indigènes qui viennent défendre Mère Patrie ! Que penser, également, quand on découvre que le roman, "L'homme au bâton", d'Ernest PEPIN, écrivain et poète français né au Lamentin, en Guadeloupe, est classé, à la Médiathèque des Ulis, dans les romans étrangers ? Je suis dégoutté. Non la culture Française n'est pas que blanche, n'est pas que métropolitaine. Comment, dès lors, nos compatriotes d'outre-mer pourraient-ils se sentir pleinement français quand, en permanence, ils reçoivent des messages de ce genre ? Je suis révolté par tant d'ignorance.

Ainsi, en vérité je vous le dis, personne n'est innocent dans l'état de délitement de notre République et de sa cohésion où seul le Front National se pourlèche les babines et se frotte les mains car, sur nos ruines, ils construiront leur empire. Le vivre ensemble passe donc par le deuil de notre passé, l'attention que l'on porte aux risques de sous-entendus que l'on exprime et qui propagent, encore et toujours, des résidus, pas très beaux, de notre culture collective, coloniale et dominatrice et qui semblent dire, non sans condescendance, qu'il y a des Français moins Français que d'autres. Le vivre ensemble passe aussi par l'abandon de la victimisation, de la parano et, à l'instar de John Fitzgerald Kennedy, j'ai toujours envie de dire : "ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous mais ce que vous pouvez faire pour la France". Mes voyages (professionnels) m'ont persuadé que l'herbe n'est pas plus verte ailleurs et que nous avons beaucoup de chance de vivre dans ce pays. La France, plus je voyage plus je l'aime car j'y suis libre de penser, de croire ou de ne pas croire, d'écrire, de côtoyer qui je veux sans distinction de couleur, d'origine, de sexe ou de religion, d'aimer, d'être homo ou hétéro, de rire et de pleurer, de manifester, de pétitionner, je n'y ai pas peur de flics ni des militaires. Certes la France n'est pas parfaite mais elle est ce que l'on en fera collectivement. Une France fière de toutes ses régions, de toutes ses couleurs, de toutes ses cultures, de toutes ses origines, de toutes ses gastronomies, toutes ses religions au sein d'une légitime laïcité. Ma France est ce carrefour des peuples qui montre au monde que la paix entre les Hommes est possible.

vendredi 19 octobre 2012

En vrac : Métaux, épandanges et loup

Montebourg : La France doit « redevenir un pays minier » affirme Arnaud Montebourg. A l’occasion d’un colloque sur les métaux stratégiques, le ministre du Redressement productif, déjà favorable à l’exploitation du gaz de schiste, s’est déclaré favorable au retour des mines en France. Entre sa vision d’un redressement économique via la bagnole, une industrie lourde, ou l’exploitation des Hydrocarbures de schiste, Ce ministre est décidément l’ennemi de la conversion écologique si impérieuse, est définitivement le ministre du passé aux idées dépassées … pauvre de nous.

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Épandages : "Vous adorez la chimie, vous adorerez la chimio". La Guadeloupe autorise les épandages aériens et elle persiste et signe en annonçant qu’un nouvel arrêté préfectoral permettait à nouveau de déroger à l’interdiction générale des épandages aériens des pesticides…Bon appétit avec les bananes des Antilles ! Au revoir à la santé de nos compatriotes.

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Loup : Le nouveau groupe national loup (qui y participe ?) a été installé mardi 16 octobre avec pour objectif de terminer le nouveau plan de gestion du loup pour les années 2013-2018, pour le mois de mars prochain. Le député Christophe Castaner, député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence a accepté de représenter le gouvernement et n’a pas trouvé mieux que de dire, en ouverture des travaux, "j'ai tenu à rappeler que le loup était aujourd'hui une menace pour l'élevage et le pastoralisme". Cela a visiblement beaucoup plu à Yves Derbez, président de l'association Éleveurs et Montagnes, qui participait également à cette réunion et qui a déclaré, à sa sortie du ministère, avoir "enfin des raisons d'espérer". A bon entendeur salut ! Les loups n’ont qu’à bien se tenir et les moutons seront bien gardés. Merde ! Merde et merde !!!

samedi 22 août 2009

DD et vacances aux Antilles : compatible ?


Pour couper cours à toute polémique voici un texte pour commenter mon voyage de 6 semaines aux Antilles, cet été 2009.

Pour commencer posons-nous la question de savoir si prendre ses vacances en Guadeloupe alors que l’on habite en métropole à l’heure du réchauffement climatique est compatible avec un engagement pour le Développement Durable ?

La réponse est indubitablement, Non !

Un voyage comme celui que j'ai fais est en total opposition avec ce qu'il faudrait faire pour lutter contre le réchauffement climatique :

• A/R en avion (700 kg de C),
• Utilisation quotidienne de la voiture (pas de transports en commun fonctionnels),
• Pas de tri des déchets,
• Eau chaude et électricité issues du pétrole car pas d'installation de capteurs solaires.
• Etc …

La vie aux Antilles est un crève-coeur pour les écolos.

Aurais-je donc dû ne pas y aller ? Dans l'absolu oui.

Devrais-je vous écrire ce texte ? Dois-je me justifier ? Oui car j’ai été interpellé, à juste titre, par certain de mes colistiers en Mairie ce matin sur cette contradiction (DD et Vacances aux Antilles). Par honnêteté intellectuelle j’ai préféré dire que cet été j’étais aux Antilles car même si je n’avais rien dis cela ce serait su, tout de même, et j'aurai été taxé de ne pas être honnête. J’aurais été taxé d'un "faites ce que je dis et pas ce que je fais !". J'aurais été totalement décrédibilisé. Il est donc normal que je m'explique publiquement auprès de vous.

Maintenant que cela est dis, aurais-je dû ne pas me rendre aux Antilles cet été ? Oui certes, mais c'est oublier que la moitié de ma vie est là-bas, que mes enfants sont de là-bas et qu’ils ont besoin de voir que leur métro de père s’intéresse à leurs origines domiennes afin qu’ils les assument, sans complexe, dans un pays qui ne reconnaît pas les ressortissant des DOM-TOM comme des français à part entière. Dès lors se pose à moi le problème du transport carboné des ultramarins versus la conscience environnementale et le réchauffement climatique.

Maintenant que tous cela est dis et mis sur table, passons aux mathématiques carbonées :

1. Un français moyen consomme 2000 kg de C par an.

2. D'après mon bilan carbone personnel et tous les efforts que je fais dans l'année je suis à 1000 kg de C par an.

3. Pour stabiliser le climat il faudrait que chaque français n'émette plus que 500 kg de C par an.

4. Il me faut donc encore réduire de moitié, ce qui est franchement difficile, mais j'y travail : Réfléchir à manger moins de viande, me séparer de mes deux voitures thermiques pour une électrique etc …

5. Avec mes 700 kg d'avion de cet été, dans l'absolu, j'ai utilisé tout mon quota pour l'année à venir, je ne doit donc plus me nourrir, me loger, me laver, me vêtir, me déplacer ... pendant un an.

6. C'est oublier que, d'un point de vu personnel, j'ai décidé de ne plus jamais prendre l'avion pour partir en vacances (fini donc les belles plongées dans les mers tropicales et exotiques, fini Safaga en Égypte, fini les Seychelles, fini la Nouvelle-Calédonie) si ce n'est tous les 4 ans pour les congés bonifiés en Gwada.

7. Donc ces 700 kg sont à moyenner sur 4 ans (ce n'est pas un tour de passe-passe, c'est comme cela que fonctionne le bilan carbone) ce qui nous donne 175 kg de carbone à rajouter à mes 1000 kg soit : 1175 kg de C par an pour ma personne.

8. Je reste donc en dessous de la moyenne nationale, même si cela n’est pas encore exemplaire.

En conclusion, il est clair qu’il me reste encore des efforts à faire (divorcer pour ne plus devoir me rendre aux Antilles, par exemple ?) pour atteindre l’objectif du facteur 4 du Grenelle de l’Environnement qui vise à n’autoriser que 500 kg de C par an et par français. Je n’ai jamais dis que j’étais vertueux mais je ne m’en contente pas.

jeudi 26 mars 2009

Des petits relents de doudouisme


"UN RETOUR AUX ANTILLES APAISÉ POUR YVES JÉGO
En visite pendant deux jours aux Antilles, le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Yves Jégo, était hier à Marie-Galante le temps d’évoquer l’avenir et de boire un punch coco, ici au côté du maire de Capesterre, Marlène Miraculeux-Bourgeois. Le ministre a présenté son plan Co.rail (Contrat de reprise d’activité et d’initiative locale) destiné à soutenir PME et TPE afin de participer au redémarrage de l’activité économique." Extrait de la page 9 de direct matin du 25 mars 2009

Deux-trois remarques acerbes :

Elle n'a pas du tout de petits relents de doudouisme, ni de colonialisme, cette brève. Une bien belle image du bon maitre blanc qui sait se mettre au niveau des nègres qui, c'est bien connu, mangent et boivent dans des noix de coco, car trop arriérés pour savoir utiliser des verres et des couverts comme toute personne civilisée. Après cela il peut, sans état d'âme, continuer son voyage vers Tahiti pour se faire couvrir de colliers de fleurs face aux langoureuses et ondulantes tahitiennes et finir son périple dans une réserve indienne pour y fumer le calumet de la paix. Qu'ils sont bons ces sauvages !

J'aime aussi le coté "le temps d’évoquer". Pas trop le temps pour s'éterniser car Môsieur doit avoir un emploi du temps très chargé. Pas le temps de construire du concret. Tout juste le temps d'évoquer l'avenir … et de se bourrer la gueule. Car on va aux Antilles pour la plage, les doudous et le rhum. What else ?

J'aime aussi le nom du plan : CO.RAIL. Putain, y'en a au ministère qui ont du s'éclater autour de grands verres de rhum pour trouver un acronyme comme ça. Ça a dû y aller des grandes blagues lourdes au cabinet du ministre. Qu'es ce qui pourrait faire couleur locale ? Tiens y a bien ti' punch, doudou, zouk ! Nan co.rail ce s'ra pas mal. Pi c'est un nom qu'on pourra réutiliser pour établir le plan de privatisation de la SNCF

Ben on n'est pas encore sortie de l'auberge avec des images comme celle-là.

Raz le bol de ces images d'Épinal qui maintiennent l'ordre social bien établi !

Va falloir encore travailler pour obtenir le respect.

dimanche 8 mars 2009

Vivre entre frères

Je ne me suis pas exprimé, sur ce blog, sur les événements qui se passent en ce moment aux Antilles car j'ai préféré rester observateur attentif d'un mouvement essentiel qui marque un tournant capital dans notre société française. J'ai observé avec admiration l'unité et la force, de mes compatriotes d'outre-mer, pour maintenir, dans la durée et de manière populaire, un mouvement social, légitime, contre les profitations. Mais, à l'heure où les principales revendications semblent avoir été prisent en compte en Guadeloupe, j'observe que ce mouvement a également rouvert le débat sur une blessure qui n'avait jamais vraiment cicatrisée depuis l'abolition de l'esclavage et qui fausse, depuis, les relations entre blancs et noirs.

Vous ne voyez pas où je veux en venir ? Alors laissez moi vous raconter cette petite histoire qui m'est arrivé. Cette petite histoire, je n'arrête pas de la raconter dès que je le peux, car je pense qu'elle est significative des mécanismes qui sont en œuvre en France (métropole et DOM-TOM) et qui maintiennent, en filigrane, une ségrégation sournoise dans notre pays.

Voici mon histoire. Mon épouse et moi-même avons créé ce qu'il est de bon ton d'appeler un couple mixte Guadeloupe-Métrople. Aussi, chez nous, nous regardions beaucoup RFO avant que cela ne devienne la triste "France ô". J'ai, de plus, été élevé (ainsi que mon frère et ma soeur de sang) dans le milieu des "cathos de gauche" et antiracistes. J'ai eu deux frères accueillis, l'un venait (il est décédé maintenant) d'Algérie et qui était musulman, et un autre frère, qui était un réfugié de la guerre du Cambodge, qui est plutôt de culture bouddhiste. Ce petit panorama pour dire que l'on ne peut pas franchement me traiter de raciste. La vie avec d'autres cultures et d'autres couleurs m'est familier et nécessaire. Et bien laissez-moi vous raconter cette petite anecdote. Un soir j'étais en train de regarder les infos sur RFO et il y avait un homme politique, noir, qui disait des choses très sérieuses et très intéressantes. Moi il me faisait marrer ! Tout d'un coup je me suis regardé moi-même et je me suis violement demandé pourquoi je rigolais ?!?! J'ai alors réfléchi et je me suis aperçu - je n'en tire aucune gloire, croyez-le bien ! - qu'il me faisait marrer parce qu'il était noir et qu'il avait un fort accent des îles. Alors quoi ? Moi l'antiraciste j'avais ce genre de pensées : Un noir avec un accent ne pouvait être pris au sérieux ! P'tain, je me suis vraiment déçu. J'étais vraiment abattu. Puis j'ai réfléchi et je me suis rendu compte qu'en France (mais c'est valable pour toute autre civilisation) nous sommes tous clapis de culture collective qui remonte à très loin. Cette culture collective est distillée, en dose homéopathique, dans nos idées, tous les jours, sans que l'on ne s'en rendent vraiment compte (*). Ainsi nous avons eu, entre autres choses peu glorieuses, l'esclavage et le colonialisme. Nous n'avons jamais exorcisé et assumé cela, je veux dire collectivement. Ces périodes restent dans notre tête, encrées comme un pou sur un cheveu, comme un morpion sur un poil pubien. Alors j'ai décidé de faire mon "comming out" du colonialisme et de l'esclavage. J'ai décidé de dire à voix haute, dans un acte volontaire et purgatoire, d'abord pour moi, puis pour tous ceux qui souhaitaient l'entendre, que j'étais l'héritier de cette histoire. Héritier certes, mais avec les mains blanches (au sens propre comme au figuré) et que je ne pouvais rien y changer. En revanche la seule chose que je pouvais faire était d'en être conscient et de refuser, ouvertement, que les fantômes du passé ne pourrissent mon esprit. Je décidais de me libérer de cette culture collective. J'étais libre de choisir ma culture, de choisir ce que je trouvais important ou détestable. Et depuis je vais bien. Je n'ai plus jamais cette petite supériorité blanche qui s'imposait à moi. Je suis libre ! Plus rien ne m'empêche de voir en mon frère, issu d'un ailleurs, un égal à moi-même. Je ne me sens plus petit blanc supérieur … je ne me sens pas non plus complexé d'être blanc, je suis juste l'égal, ni plus ni moins, de tout être humain qui habite cette planète que j'aime tant.

Voila mon histoire. Et depuis, je pense que la France n'a jamais fait son "comming out" et qu'elle devrait le faire. Je pense que reconnaître ouvertement que l'on possède, en nous et malgré nous, ces idées peu glorieuses, peut aider grandement à lutter puis à oeuvrer pour arriver au vrai métissage.

Pour conclure, il est toujours amusant de remarquer que lorsque je raconte cela à mes compatriotes blancs et antiracistes, ils me prennent pour un doux-dingue ... mais ils reviennent tous, quelques jours après, en me disant qu'ils ont réfléchi à ma petite histoire et que celle-ci à fait son chemin et qu'elle leur a ouvert les yeux sur une partie d'eux même qu'ils ne connaissaient pas, et qu'ils ont depuis combattu.

Alors oui je pense que ce qui est en train d'être dit aux Antilles sur cette ségrégation, qui est toujours en place, est une réalité qui dépasse les plages de Guadeloupe et de Martinique pour être aussi dénoncée en Métropole. Je pense que la question est enfin ouvertement posée. Le loup est enfin débusqué et nous nous devons de réfléchir collectivement sur notre passé commun, sur notre vision que nous avons de l'autre, sur nos rancœurs et nos minableries. Nous devons profiter que la blessure est enfin à jour pour accepter notre passé, notre couleur afin de dépasser tout cela pour enfin vivre, suivant notre devise nationale, libre, égaux et fraternels. J'attends donc avec impatience et plein d'espoir les états généraux de l'outre-mer en souhaitant des discutions avec de la hauteur, sans tabou ni haine.

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(*) : Pour exemple : Mon frère me faisait remarquer, un soir de février 2009, une pub pour Nouvelles Frontières où l'on voit une succession de lieux peuplés d'hommes de couleurs. Cette succession de lieux est liée par un fil rouge. Le message est clair et potentiellement beau, puisqu il semble être dit que l'ensemble de l'humanité, répartie sur l'ensemble de la planète, est lié. Les voyages, révélant ces liens, favoriseraient les échanges culturels, la connaissance de l'autre et donc la paix. Mais comme dans toutes chose, le défit n'est pas de lire ce qui est écrit mais de décrypter ce qui n'est pas dit. Là, en l'occurrence, ce qui n'est pas dit c'est la volonté de maintenir un certain ordre établi, car qu'y voit-on ? On y voit des gens de toutes les couleurs, dans des pays pauvres mais à potentiel touristique, et une séquence de gamins blancs s'ébattant dans une belle piscine (d'hôtel). En bien j'affirme que par ce genre de montage on maintien la ségrégation entre les blancs et les noirs, car qui es-ce qui à le droit au luxe et à l'oisiveté ? C'est une fois de plus les blancs. On pourrait, également, rajouter une réalité qui consiste à remarquer que plus on monte en hiérarchie, dans notre pays (DOM et Métropole), plus la couleur de peau blanchit, pour ne plus former qu'une blanche élite masculine ... sans que cela ne provoque beaucoup de rebellions au sein de notre société. Cela doit sembler normal et dans l'ordre des choses ... On peut multiplier les exemples à l'infini, en citant, par exemple les pubs, en métropole, qui ne montre que des familles bien blanches maintenant l'idée d'une France uniquement blanche.

mardi 26 décembre 2006

Plongée en Guadeloupe - Part II -

. . . Cependant, et très rapidement, je me suis dit qu'il fallait que j'aille mettre le bout de mes palmes ailleurs car en cet endroit les spots étaient, finalement, assez limités en intérêts.

J'ai alors contacté "Les heures saines", pour mon plus grand bonheur. "Les heures saines", c'est une belle structure commerciale avec hôtel, resto et gros cata pour whale-watching et plongées en gros effectifs deux fois par jour. Ce n'est pas franchement ce que je recherchais. Cependant, en creusant, on y découvre des programmes parallèles, dans des créneaux horaires forts matinaux et pour, au maximum, 6 plongeurs, sur des spots plus intimes et surtout moins fréquentés.

C'est ainsi que je me suis fait une magnifique plongée dans la réserve Cousteau où j'ai enfin touché le bonnet du Commandant à 10 m de profondeur (statue immergée à 10 m), j'y ais vu ma première tortue marine, de superbes éponges marrons ou jaunes et des hordes de poissons multicolores. Certes beaucoup de corail a été cassé par le cyclone Hugo, mais la vie revient et on n'en sort vraiment pas déçu. J'étais comme un enfant découvrant la vie, je touchais à tout, délicatement et de l'extrême bout de mes doigts, car conscients que la plongée a un impact négatif sur des fonds surfréquentés. Belle plongée de 53 minutes au milieu d'un jardin extraordinaire.

La semaine suivante ils proposaient une double plongée dans la matinée, à condition de partir à 7 h 30. Ainsi, j'ai fait la magnifique épave de "l'Augustin Fresnel". Ce Phares-et-Balises a été racheté, il y a quelques années, par "Les heures Saines", alors qu'il était en train de rouiller dans le port de Pointe-à-Pitre. Il a été dépourvu de tous risques pour les plongeurs, notamment les risques d'enfermements, ainsi toutes les portes ont été enlevées, puis il a été coulé pour en faire un site à plongeurs à 30 m. Cette petite balade sous marine, de 49 minutes, fut des plus sympathiques. Balade au sein de l'épave, dans les coursives, dans les machines, dans les cabines encore pourvues de leurs bannettes et de leurs lavabos. Notre guide nous emmène, ensuite, dans la passerelle du navire où une bulle d'air s'est créée. Etrange impression que d'avoir la tête hors de l'eau, sans détendeur (mais tenu toujours en main) à 30 m de profondeur et de se parler de vive voix. Puis nous sommes remontés. Notre accompagnateur nous a proposé d'aller attendre 1 heure de décompression dans une petite anse à pécheurs. Là nous avons accosté une petite crique avec des carbets et des petits bateaux de pêche. Il nous sort alors, de la glacière, de magnifiques fruits tropicaux, du jus, du punch, et autour de cette goûteuse collation, il nous fait un topo sur la plongée nitrox. C'est ainsi qu'après nous être rassasié et instruit, nous sommes allés nous immerger au site dit de "la pointe aux tortues" où ils n'ont jamais vu de tortue. Nous n'avons pas dérogé à la prédiction nous n'avons pas vu de ces touchants reptiles, en revanche la balade fut, une fois de plus, des plus époustouflante. Première plongée nitrox.

Toutes ces plongées ce sont faite en petits effectif, sans jamais de speed, leur devise est "La plongée zen" alors, force est de constater que c'est plutôt cool. Puis je n'ais jamais eu l'impression de subir de pressions commerciales. Je n'ai jamais eu le sentiment, comme ce peut être parfois le cas, d'être pris pour un gogo à qui on va extorquer un maximum d'argent. Les plongées ne sont pas plus chères qu'ailleurs (35 €). Je ne peux que vous conseiller d'aller plonger avec eux lors d'un voyage sur Karukéra.

mercredi 20 décembre 2006

Plongée en Guadeloupe -part I

Cet été 2005, je partais en Guadeloupe, visiter, pour la première fois, cette île tant de fois décrite et aimée par mon épouse qui est de là bas. Et voila c'est chose faite. Cinq semaines passées au soleil et sous les alizés de la mer des caraïbes. Je ne peux que vous conseiller, très fortement, d'y passer quelques jours, immergé dans la vie de nos concitoyens d'outremer, évitant farouchement les Club-Med et autres bulles-autistiques pour métropolitains. Vous découvrirez le plaisir de manger les Bokits et les snowballs sur la Place de la Victoire à Pointe-à-pitre. Vous irez vous perdre dans la forêt luxuriante et tropicale du Parc National de Guadeloupe. Vous visiterez le magnifique fort Delgrès à Basse-Terre. Vous dégusterez les meilleurs Rhums de la planète que sont les Reimonenq, les Bolognes ou bien encore les Damoiseaux. Vous découvrirez la musique, les odeurs, les couleurs, les marchés (où les gens n'apprécient pas d'être pris en photo). Ainsi après la Réunions, les Kerguelen et la Guadeloupe, mes voyages me font découvrir des îles françaises lointaines très diverses, contrastées et toujours magnifiques.

Et puis … Et puis il y a la mer. Mer chaude, belle, claire. Mer bleue, invitant l'homme à une entrée amoureuse. Invitant aux douceurs langoureuses. Invitant au plaisir du retour fœtale. C'est un peu cette invitation qui entraîne un certain nombre d'entre nous à passer du temps sous la surface salée. Je n'ai, bien évidement, pas résisté à plonger dans cet océan de promesses données. Et j'ai profité de mon séjour sur l'île aux belles eaux pour y faire quelque bulles.

Sur le conseil d'un camarade, je suis allé plonger avec "les heures Saines" (Le Rocher de Malendure – Pigeon ; 97132 Bouillante – GUADELOUPE. Tél : 0590 98 86 63 - Fax : 0590 98 77 76. Email : heusaine@outremer.com. http://www.heures-saines.gp/). Seulement, comme je souhaitais éviter les usines à plongeurs, au profit d'un petit club de taille familiale, je me suis tourné, dans un premier temps, vers une toute petite structure (4 plongeurs max par sortie), à Sainte-Anne et qui a eu la gentillesse de m'accueillir.

Nous avons fait l'épave d'une sablière qui avait coulé là, il y a 10 ans. C'est une épave "cubique" dans le sens où ce navire n'est pas un bateau à proprement parler, mais une barge qui est remorquée sur site afin d'être chargée du sable dragué, du fond, par un autre bateau. Ceci dit c'est une épave intéressant car c'est le seul endroit récifal sur un fond désertiquement sableux, cela entraîne une forte densité animale. L'endroit est très poissonneux avec ses poissons sédentaires et ses prédateurs de passage, ainsi j'ai vu mon premier baracuda.

Je fus tout à fait charmé par ma première plongée en eaux chaudes. A la suite de cette découverte, car s'en fut une pour moi, je me suis dis que j'étais heureux d'avoir commencé la plongée, il y a 15 ans, en mer tempérée (voir froide des fois !), car, après des plongées comme celle que je venais de faire, jamais je ne me serais mis à l'eau, en Métropole, dans ses eaux souvent fraîches, vertes et à faible visibilité. Là-bas la plongée y est facile, sans le stress du froid, le vidage de masque y est aisé, la beauté est immédiate. De retour en Métropole, j'aurais raté des fonds, certes plus difficiles d'aspect et moins immédiatement beaux, mais avec du charme quand on les regarde avec optimisme et le plaisir du moment présent.

Cependant, et très rapidement, je me suis dit qu'il fallait que j'aille mettre le bout de mes palmes ailleurs car en cet endroit les spots étaient, finalement, assez limités en intérêts . . .