"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 28 décembre 2018

Paul Watson réagit à la décision du Japon de reprendre la chasse baleinière commerciale.

Le capitaine Paul Watson réagit à la décision du Japon de quitter la Commission Baleinière Internationale. Ok ! Point de vu intéressant d'une personne qui connaît bien le sujet et que je respecte.


"Je ne comprends pas trop pourquoi tant de voix parmi les défenseurs des baleines crient au scandale suite à l'annonce faite hier par le Japon concernant sa décision de de quitter la CBI

Après 16 ans d'interventions contre la flotte baleinière japonaise dans le sanctuaire des baleines de l'océan Austral, j'y vois pour ma part, un développement très positif.

Cela signifie que la guerre baleinière dans l'océan Austral est terminée, Sea Shepherd et les baleines ont gagné.

Ce pour quoi nous nous sommes battus depuis tant d'années vient de se concrétiser : le sanctuaire antarctique va enfin devenir un lieu de paix pour les baleines. a fin de la chasse à la baleine dans l'océan Austral.

En quittant la CBI, le Japon permet aussi à cette même commission de voter et d'adopter la création d'un autre sanctuaire pour les baleines dans l'Atlantique Sud [Le Japon avait toujours fait capoter le projet au sein de la CBI]

Cela signifie donc que l'ensemble de l'hémisphère Sud sera enfin débarrassé des baleiniers pour la première fois dans l'Histoire.

C'est une avancée prodigieuse dont il convient de se réjouir.

Désormais, le Japon ne pourra plus cacher sa chasse commerciale illégale derrière l'alibi de la chasse scientifique.

Le Japon n'a jamais cessé la chasse commerciale à la baleine. Il rejoint maintenant la Norvège, l'Islande et le Danemark dans les rangs des derniers pays chasseurs de baleines sur la planète et la chasse commerciale à la baleine reste illégale. Sans le prétexte scientifique, il sera désormais bien plus facile de s'opposer aux Japonais. Le Japon tue des baleines dans ses eaux territoriales depuis des décennies. Rien n'a changé. Ils ne "reprennent" donc pas la chasse à la baleine puisqu'ils n'ont jamais arrêté.

En d'autres termes, les Japonais comme les Norvégiens, les Danois et les Islandais sont désormais confinés sur leurs propres côtes. Leur expansion est terminée, les baleiniers du monde se replient.

Sans une chasse à la baleine pélagique, le Japon ne construira pas un nouveau navire-usine coûteux. Il y a eu de fortes pressions politiques au Japon pour qu'il ne construise pas ce navire monstrueux.

Mais pourquoi le Japon a t il décidé de jeter l'éponge avec la CBI ?

5 raisons principales :
  1. Les pressions diplomatiques internationales se font de plus en plus agressives.
  2. L'augmentation des coûts de sécurité pour éviter l'intervention de Sea Shepherd a fait de leurs missions en Antarctique un gouffre financier.
  3. L'augmentation des coûts d'exploitation en raison de la nécessité de retirer le Nisshin Maru et de le remplacer par un nouveau navire-usine.
  4. La diminution des marchés pour la viande de baleine au Japon.
  5. Le Japon a réalisé que la CBI n'autorisera jamais le retour de la chasse commerciale à la baleine dans l'océan Austral.

Toute chasse commerciale à la baleine par quiconque, où que ce soit, est illégale depuis 1987.

Sea Shepherd continuera de s'opposer à la chasse illégale à la baleine avec une diversité de stratégies et de tactiques.

Mais aujourd'hui, nous célébrons une énorme victoire pour les baleines.

Le sanctuaire de baleines de l'océan Austral sera bientôt en sécurité et les harpons réduits au silence.

Nous aurons bientôt un autre sanctuaire de baleines dans l'Atlantique Sud.

La chasse à la baleine a pris fin dans tout l'hémisphère sud.

Il n'y a aucune raison de se plaindre de quelque chose qui n'a pas changé. Au lieu de cela, nous devons célébrer les aspects positifs. La moitié de cette planète sera à l'abri des harpons. Toutes les nations traditionnelles de chasse à la baleine de l'hémisphère sud ont mis fin à leurs activités de chasse, notamment l'Australie, le Pérou, le Chili et l'Afrique du Sud. Le Japon était le dernier pays à tuer des baleines dans l'hémisphère sud.

Sea Shepherd accueille donc cette décision du Japon avec satisfaction. Merci au Japon, mais la guerre continue.

Sea Shepherd est intervenu contre la chasse illégale à la baleine dans le sanctuaire des baleines de l'océan Austral sans interruption de 2005 à 2017. Sea Shepherd a envoyé plus d'un millier de volontaires sur de nombreux navires et a sauvé plus de 6 000 baleines des harpons. Plus important encore, Sea Shepherd a considérablement augmenté les coûts opérationnels et de sécurité du Japon, en plus de sensibiliser le monde entier, y compris le public japonais, aux activités illégales du Japon dans l'océan Austral."

samedi 8 décembre 2018

Les violents sont les idiots utiles du pouvoir.

Jeudi 29 Novembre, le mouvement des « Gilets Jaunes » a envoyé, aux médias et aux députés, un communiqué comprenant une quarantaine de revendications : Zéro SDF, retraites, salaire maximum... Pour ma part j’y vois du bon et du moins bon (pourquoi ces quelques cibles, ces quelques lignes vis-à-vis de l'immigration ? Y aurait-il des FN et leurs obsessions, dans le mouvement des gilets jaunes ? Quel est le signal donné par ces lignes ? Que les problèmes des français viennent aussi des immigrés !), mais globalement je me vois très en accord avec la majorité des revendications. Pourtant, le samedi suivant, sur la place de l’étoile et ses alentours, la situation a dépassé l‘entendement républicain. Casses, émeutes, voiture brulés, biens public et privés (même si je ne vais pas pleurer sur les boutiques de luxe des Champs-Elysées) saccagés, violence de toute part. Les "Gilets jaunes" visiblement, c'est une évidence, améliorent le niveau de vie des pauvres casseurs qui peuvent se servir dans les magasins le samedi soir. Révolte dans mon cœur ... et une évidence : Les violences des casseurs, empêchent de parler des 42 revendications des GJ. Les violents sont les idiots utiles du pouvoir.

Révolte dans mon cœur de pacifiste et de non-violent. « Pas en mon nom ! » j’ai envie de crier, car je suis aussi du peuple et je réprouve les violences de Paris. TRÈS EN COLÈRE !!! Je n'ai pas de mots pour exprimer ma colère à son juste niveau. VANDALES !!!, voici le mot que vous m’avez inspiré. Vous n'êtes pas le peuple ! Vous n'êtes pas des manifestants !! Vous n'êtes que des vandales !!! Très en colère contre les saccages d'hier comme je suis en colère, depuis 30 ans, contre la violence des exploiteurs de misère, des patrons, des capitalistes, des actionnaires, des politiques, à la solde des lobbies et des puissants, qui maltraitent et sacrifient salariés et environnement, depuis toujours, pour toujours plus de profits indignes. « C'est de l'enfer des pauvres qu'est fait le paradis des riches » nous dit Victor Hugo. Honte à vous tous casseurs, saccageurs, violents, admirateurs de ces violences, patrons bien gros, capitalistes sans âme, hommes et femmes de droite qui avez semé la misère et qui récoltez la colère, honte à vous tous !!!

Grosse colère également contre la Droite Rutabaga, ces pauvres ères qui gagnent 1200 euros par mois mais qui votent pour des gens qui leur garantissent qu’ils resteront à 1200 euros par mois. Grosse colère car voici des années que la droite-rutabaga vote pour leurs oppresseurs. Des années que nous les syndicalistes et les militants écologistes et de gauche on se bat contre ceux qui nous oppressent sans que la droite-rutabaga ne nous soutienne (beaucoup de Gilets Jaunes avouent que c'est la première fois qu'ils manifestent) voir nous conchient. Des années que les français votent pour le libéralisme et le capitalisme, des années qu'on leur dit que c'est de la merde, mais tant qu'ils avaient espoirs de tirer leur épingle du jeu, ils jouaient la carte du chacun pour soi. Maintenant, la droite-rutabaga pleure. Les français récoltent ce pour quoi ils votent depuis des années !!! La dignité n'est pas de casser l'arc de triomphe ! L'indignité c'était de voter pour ceux qui nous exploiteraient et chier sur ceux qui se vouaient à la défense des travailleurs. La dignité n'est pas de saccager car la fin ne justifie pas les moyens. Et en revanche la violence justifie toutes les oppressions, tous les états d'urgence, toutes les restrictions de libertés par ceux qui ont les moyens de le faire. Les violents sont les idiots utiles du pouvoir.

Et pourtant face à la violence le gouvernement réagit. De ce que j'ai retenu de l'intervention du 1er Sinistre, le 4 décembre, c’est qu'ils reculent, de six mois, l'enculade mais qu'elle viendra quand même. Dès lors quid de la justice sociale ? Quid du rééquilibrage de la charge de la Nation entre riches et plus modestes ? Quid du CICE ? Quid de la lutte contre la fraude fiscale ? Quid de la hausse des salaires ? Quid d'une réelle revalorisation du salaire minimum (150 ; 200 euros) ? Quid d'un salaire maximum ? Rien !!! Aucune volonté de travailler pour les citoyens !!! On lâche temporairement sur l'essence mais surtout on ne s'attaque pas aux causes des inégalités !!! Rien, je vous dis ! Rien si ce n'est qu'on nous entubera plus tard. Ces politiciens sont sourds, mais pourtant face à la violence des « Gilets Jaunes », ils réagissent. Quel est le signal qui est envoyé aux autres mouvements revendicatifs, pacifistes et républicains ? Pour attirer l’attention nous faut-il donc casser, bruler, frapper, taper sur du flic ?

Et que dire de ces politiques qui alternent, depuis 60 ans, l’intérim du pouvoir, qui ont organisé, depuis 60 ans, la richesse des riches et la misère des pauvres et qui viennent, sur les ondes, nous expliquer que le mouvement des « gilets Jaunes », des pauvres, des précaires, des sans-dents était prévisible ? Ainsi donc et sans vergogne et à l'instar des autres, Gérard L'archer, sur France inter, le 5 décembre, nous explique, sans honte, combien c'est injuste (il nous arracherait presque une larme) que les plus pauvres morflent alors qu'il fait partie d'un mouvement qui, depuis des décennies, offre ristournes, cadeaux, subventions, et autres crédits d'impôts aux patrons et aux entreprises sans jamais les conditionner à des engagements sociaux et salariaux mesurables et chiffrables. Il est définitivement insupportable d'entendre ces gens, qui sont responsables de la misère en France, venir nous faire une explication de texte du moment. La décence voudrait qu'ils fassent profil bas. Mais non, ils continuent, tous arrogants qu'ils sont, à venir commenter et nous expliquer qu'ils ont compris la détresse des gens d'en bas, tout en refusant les mea culpa, en refusant de reconnaître que ce sont leurs dogmes libéraux qui sont les causes de la misère. Insupportables, ils sont définitivement Insupportables !!!

« Personnellement, me dis mon frère, je suis toujours aussi désemparé. Après une période de rejet des GJ (Je le dis sans honte car je crois en la taxe carbone et que voir des 4x4 avec un GJ sur la plage avant me débecte) mais j'admets que sans justice sociale, cela ne pourra jamais passer), je partage pas mal d'idée avec la FI, je trouve certains discours de Mélenchon et autres parfaitement justes, ce gouvernement et cette politique "vieux monde relooké nouveau monde" me dégoute, je crois aussi que la violence sociale soft actuellement en vigueur nécessite un rapport de force si l'on veut que les choses bougent. Et pourtant je suis très mal à l'aise (pour ne pas dire plus) avec cette ambiance insurrectionnelle et la violence qui va avec, très inquiet pour mes enfants et ma famille, mon ex-famille, mes amis qui vivent à Paris, pour la démocratie (même si j'aspire à une 6ème république ) car je suis persuadé que des forces fascistes n'attendent que ce genre d'événement pour prendre le pouvoir, je crains aussi un effondrement rapide de notre économie sans possibilité d'organiser ensuite une quelconque transition écologique et plus prosaïquement je crains pour mon emploi qui fait vivre toute ma famille et qui nous permet enfin de devenir propriétaire de notre appartement (je sais, je suis sûrement petit bourgeois). Bref, je suis sûrement confus, mais vous aurez compris que je suis traversé par tout un tas d'émotions souvent contradictoires qui m'empêchent d'être serein en ces moments troublés. Suis-je le seul ou parmi vous, certains sont-ils dans les mêmes errements que moi ? »

Non, p'tit frère tu n'es pas le seul à être troublé, confus, à être traversé par des sentiments contradictoires, je le suis pleinement et totalement. Je partage 100 % de ce que tu dis, mais cela ne m’empêche pas de penser que la violence n'apporte rien, la preuve en est que, ce sur quoi le gouvernement a lâché, ce ne sont pas les choses structurelles qui font qu'il y a tant d'inégalités et tant de violences sociales dans notre pays. Ils ont juste lâché du lest, donné des os à ronger, mais rien de structurellement révolutionnaire. Après ces événements tout recommencera comme avant, le gouvernement aura bien protégé les intérêts des capitalistes et des plus riches. La violence, pour le moment ne paye pas, seule une révolution dans les urnes peut trouver une issue positive... encore faut-il avoir des personnalités qui soient à la hauteur des enjeux et ça ... ce n’est pas gagné, il n'y aura qu'un seul Mandela ... et pourtant il faudra bien que des hommes et des femmes s'y collent.

A ces mots, sur Facebook, un contact me dit « Mais enfin ! Mandela était terroriste et un militaire dont l'organisation s'appelait "Fer de lance de la nation" donc... ».

Donc quoi ? lui réponds-y-je. Mandela fut un homme qui a renoncé à la violence, qui a profondément incarné le « vivre ensemble », qui a rejeté la vengeance et la haine, qui a magnifié la réconciliation et le pardon. J'ai une profonde admiration pour Mandela qui compris que ses combats ne commenceraient à avoir des résultats qu’à partir du moment où il renoncerait à la violence, ce qu’il fit en prison.

« Mais sans la violence - poursuit mon contact Facebook - on ne se serait pas intéressé à l'Apartheid tu sais. Les papous se font massacrer en ce moment ; les Rohingyas aussi... Je ne fais pas l'apologie de la violence et j'ai milité autant que toi (notamment à Nuit debout) sur cette question. »

Vaste sujet pour lequel le média Facebook n’est pas le plus pertinent, lui réponds-t-y-je. Je citerai juste Martin Luther King, « La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour » et Mandela « Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé. ». J'espère en l'amour, je crois au vivre ensemble, j'aspire à la paix, tel est ma philosophie.

A ces mots, mon contact me rétorque que, pour lui aussi, telle est sa philosophie mais que pourtant, MLK, Gandhi ou Mandela seraient arrivés après des affrontements très forts. Que lui aussi « admire ces gens qui sont parmi les plus importants de l'histoire. Mais les pacifistes ont aussi collaboré pendant la guerre et les résistants ont détruit, tué parfois. »

Alors pour finir je lui dis que Gandhi disait « entre la violence et la non-violence je préfère la non-violence mais entre la violence et la lâcheté je préfère la violence ». Les situations de ces trois grands hommes, aux moments ultimes où ils ont prêché la non-violence était bien plus violente, bien plus périlleuse que celle que vivent les gilets jaunes aujourd'hui (sans nier les problèmes des GJ). Aussi justifier la violence, dans un pays où l’on est encore libre de contester, alors que d'autres ont utilisé la non-violence alors que leurs vies étaient menacées, je trouve juste cela énorme. Injustifiable. Insoutenable. Quant aux résistants je l’ai renvoyé à la phrase de Gandhi ci-dessus. La situation en France aujourd'hui n'est pas celle de 1940, n'est pas celle de l'Inde de Gandhi, n'est pas l'Amérique de MLK, n'est pas celle de l'Afrique du Sud de Mandela. Sans nier les problèmes en France.

Définitivement les violents sont les idiots utiles des puissants et pourtant. Et pourtant ... hum !!! Alors que 136 000 de Gilets Jaunes manifestaient partout en France, les marches pour le climat ont rassemblé, ce même jour, presque autant de monde et se sont déroulées dans le calme sans pour autant monopoliser l'attention médiatique et politique. Faut-il donc casser, brûler, voler, saccager, être violent pour que l'on prenne au sérieux les revendications écologiques ? Notre monde prône-t-il la prime à la casse ?

mardi 20 novembre 2018

Gilet Vert, je suis !


Les "Gilets Jaunes" sont donc passés à l’offensive, samedi 17 novembre, avec un bilan dont, si j’avais fait partie du mouvement, je ne serais pas très fier : 1 mort, 400 blessés dont plusieurs gravement et dont, c’est un cas historique dans l’histoire des manifestations modernes en France, non imputables à la police, des insultes racistes, des violences homophobes, de la casse de voitures, des violences souvent, de nombreux dégâts, comme un péage vandalisé, un conseil régional envahi, des migrants remis à la gendarmerie comme n'importe quel groupuscule identitaires l'aurait fait et des citoyens terrorisés. Comment appelle-t-on cela, des gens qui terrorisent des citoyens, déjà ? Et pourtant "au vu du bilan humain et des violences, il apparaît que les Gilets Jaunes bénéficient d’une mansuétude de fait de la part des médias (et des citoyens, ndt). [...] Imaginez l’indignation générale après un tel bilan à l’issue d’une manifestation d’étudiants, de zadistes ou de la CGT ? Imaginez les réactions si ce spectacle avait été le fait de jeunes de banlieues ? Le couvre-feu serait déjà déclaré comme en 2005 ! La mansuétude est surtout due aux politiques. LFI, qui accompagne ce mouvement, est bien discrète à propos des dérives racistes parfois observées, la droite ne dit rien des boules de pétanque lancées sur la police sans répliques de flash-ball, ni des fameuses ‘prises d’otages d’usagers’ qu’elle est toujours prompte à dénoncer." nous dit fort justement Thomas Legrand sur France Inter.

Ainsi donc ce mouvement assez nouveau en France m’a laissé quelque peu dubitatif devant sa violence, son agressivité et la pauvreté du fond des revendications, finalement assez populistes. Voici en fait des sujets de colères que j'aurai bien aimé voir ce week-end et que nous dénonçons (via ce blog par exemple) depuis des décennies, nous les "bobos écolos hors-sol, citadins intellos, pauvres déconnectés de la vraie vie", sans que jamais nous ne soyons suivis par l'opinion, voir le plus souvent fustigés et conchiés. Sujets qui commencent à être récupérés par certains "Gilets Jaunes" devant l'évidente pauvreté de la revendication du prix de l'essence. Ecologiste encore et toujours je suis, #giletvert je suis !

  • Colère contre le CICE
  • Colère contre l'évasion fiscale
  • Colère contre l'optimisation fiscale
  • Colère contre la fraude fiscale
  • Colère contre la fermeture des écoles
  • Colère contre la fermeture des hôpitaux
  • Colère contre la fermeture des maternités
  • Colère contre la fermeture des services publics de proximité
  • Colère contre la casse de notre Sécurité Sociale au profit du privé.
  • Colère contre la fermeture des petites lignes SNCF
  • Colère contre la mise en concurrence de la SNCF
  • Colère contre les attaques systématiques contre les fonctionnaires, Serviteurs de la Nation, bouc-émissaires de choix politiques funestes
  • Colère contre la casse des retraites
  • Colère contre la casse de notre système de Recherche Publique.
  • Colère contre le chômage institutionnalisé
  • Colère contre 60 ans de trahisons politiques
  • Colère contre les pesticides, fongicides, herbicides, glyphosate, ...
  • Colère contre le sauvetage permanent des banques
  • Colère contre les autoroutes et aéroport bradés
  • Colère contre les déchets plastiques, la pollution de l'air, de la terre et de l'eau, la déforestation, le massacre de la biodiversité...
  • Colère contre les additifs alimentaires, des perturbateurs endocriniens
  • Colère contre le bétonnage sans fin
  • Colère contre l'accaparement des terres
  • Colère contre notre système agricole productiviste et polluant, soutenu par la FNSEA et les multinationales de l'agroalimentaire, qui pousse nos agriculteurs au suicide
  • Colère contre la souffrance animale 
  • Colère contre les milliards de dividendes versés et contre les efforts toujours demandés aux familles
  • Colère contre les guerres et toutes les violences sexistes, homophobes, racistes et xénophobes.
  • Colère contre tous les prêcheurs de haines
  • Colère contre une mondialisation inhumaine et destructrice pour l'environnement et le climat
  • Colère contre le kérosène des avions exonérés de TVA, TIPP/TIC, taxe carbone ... Faut pas toucher au tourisme
  • Colère contre un système qui prétend être inquiet du bouleversement climatique, mais qui organise l'importation de saloperies par containers entiers transportés par des cargos exonérés de taxes
  • Colère contre les dogmes de la croissance et de la consommation qui ne sont qu'une fuite en avant d'un système qui nous pousse à notre perte.
  • Colère contre un "chef de l'état" plus préoccupé par sa piscine et sa vaisselle que du bien-être de ses concitoyens pauvres et modestes.
  • Colère contre une précarité orchestrée car utile aux capitalistes.
  • Colère contre toujours les mêmes qui se goinfrent au détriment des salariés et des familles.
  • Colère contre l'argent roi et du veau d'or qui a pris le pas sur la vie
  • ...
Liste emprunté à l’un de mes contacts de Facebook et 
adapté par votre humble serviteur
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Et si je pense depuis très longtemps maintenant que le peuple n’a pas toujours raison et que le "bon sens" n’est pas toujours paysan, je pense cependant qu’il aurait été de bon ton que le gouvernement réponde avec sérieux au mouvement des "Gilets Jaunes". Que ne pensais-je à cela, qu'aussitôt dit, aussitôt fait, dimanche soir, nous avons pu voir Edouard Philippe réagir aux évènements du 17 sur France 2. Fabuleux Édouard Philippe sur France 2, ce soir-là, qui ne répond à rien, qui est droit dans ses bottes, à l'image de son poteau Alain Juppé, et décide de ne rien changer à sa politique, c'est à dire à ne pas taxer le kérosène, ni le gas-oil des cargos et autres paquebots, ni rouvrir les petites lignes SNCF, ni relocaliser les services publics dans les petites villes, ni rétablir l'ISF qui n'a rien fait ruisseller mais que les français se doivent de compenser, ni la cessation de la braderie des biens publics et autres machines à cash, au privé et que les français se devront de compenser, ni la fin du CICE que les français se doivent de compenser, ni rien... Fabuleux bonimenteur qui évoque, jusqu'à la nausée, la transition écologique sans dire ce qu'il entend concrètement faire si ce n'est faire raquer les français. Fabuleux premier sinistre qui n'évoque rien si ce n'est que sa politique et celle du président est la bonne. Je suis #giletvert

vendredi 9 novembre 2018

François Ruffin : Le CICE « Le voila, votre pognon de dingue ! »



François Ruffin
1 novembre, 18:30

Madame la ministre, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur général, en quelle langue faut-il donc vous le dire ?

En anglais : "what a waste !"
En italien :"che spreco !"
Je veux bien, même, essayer en chinois : "touome lang fei !"

En français, tout de même : "quelle gabegie ! Quel gâchis colossal !"

J’ai découvert le scandale, un matin, en écoutant la radio – je roulais dans mon Berlingo : « D’après un rapport de France Stratégie, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi aurait permis de créer ou de sauvegarder 100 000 emplois. » C’est le genre de calcul que j’aime bien faire dans ma tête ; ça fait passer le temps au volant. Allons-y ensemble : le CICE coûte aux alentours de 20 milliards d’euros par an ; si l’on divise cette somme par 100 000 emplois, on obtient 200 000.

J’ai dit à mon collaborateur, Vincent, qui était à côté de moi : « Tu te rends compte : 200 000 euros par emploi et par an ! Ce n'est pas possible, j’ai dû m’emmêler dans les zéros… » Sur le siège passager, Vincent a vérifié sur son téléphone portable : « C’est bien ça : 200 000 euros par an pour un emploi. »

Cela paraissait tellement incroyable, tellement délirant, tellement surréaliste ! Si j’étais informaticien, je fabriquerais un « convertisseur de CICE ». Vous saisiriez le nom d’un métier, « infirmier » par exemple. C’est la débâcle dans les hôpitaux, on le sait tous : les patients attendent des nuits entières aux urgences ; les établissements parisiens épuisent leurs salariés ; dans d’autres, le personnel apporte son propre papier toilette. Bref, l’hôpital est au bord de la crise de nerfs. Donc, embaucher des infirmiers, qui est contre ? Eh bien, ces 20 milliards de CICE, ça fait 625 000 infirmiers !

Mais vous avez raison : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Avec mon convertisseur, chacun pourrait se faire son propre mix, ses embauches idéales : des accompagnants pour les enfants handicapés, des animateurs pour le périscolaire, des auxiliaires pour les personnes âgées, des inspecteurs du travail… et tout ça, par centaines de milliers. Est-ce que vous saisissez, maintenant, l’énormité de ces 20 milliards ?

Et à qui profite ce CICE ? Pour moitié aux multinationales. Le premier bénéficiaire dans le privé, c’est Carrefour, Carrefour qui licencie 4 500 caissières et autres employés, Carrefour qui reçoit, néanmoins, 130 millions d’euros au titre du CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi.

Emploi, emploi… ça ne vous choque pas ? Dans tout le pays, il n’y a qu’ici que ça ne choque pas ! Tous les experts vous le disent : le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi est une gabegie. Le comité de suivi de France Stratégie le dit. La fédération « Travail, emploi et politiques publiques » du CNRS le dit. Le laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques le dit. Toutes ces études aboutissent à la même conclusion : un effet quasi nul.

Malgré ces rapports, ces études, ces évaluations, que décidez-vous ? Que décidez-vous après la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune, après la flat tax, après la suppression de l’exit tax, après la baisse de l’impôt sur les sociétés ? Vous décidez de poursuivre le CICE, de le pérenniser en allègements de charges et même, pour cette année, de le doubler, en le faisant passer à 40 milliards d’euros. Quarante milliards, c’est, pour 2018, douze fois le budget de l’agriculture, quatorze fois celui de la culture, quatre fois celui de l’écologie !

Mais vous êtes sourds.

Vous êtes sourds aux faits ; vous êtes sourds aux Français ; vous êtes aveuglés par votre dogme. Ces chercheurs, de France Stratégie ou du CNRS, devraient abandonner leur langue convenue et convenable. Ils devraient vous l’écrire en très grand, en lettres clignotantes, tout en klaxonnant : Gaspillage ! Gaspillage ! Gaspillage !

Ou alors, comme Cyrano de Bergerac, ils devraient vous le déclamer.

Généreux : « Moi, si j’avais un tel magot dans ma besace, /Il faudrait sur le champ que je le partageasse ! »

Curieux : « Dites-moi, de quoi sert ce fabuleux pécule ? /Aimez-vous à ce point les très grandes fortunes / Que paternellement vous vous préoccupâtes / De leur tendre ce chèque de 40 000 patates ? »

Dramatique : « Ô rage ! Ô désespoir ! C’est le peuple que l’on saigne ! /Mais pour les millionnaires, quelle formidable aubaine ! »

Agressif : « Le voilà donc, monsieur, votre « pognon de dingue » /Pour que l’oligarchie fasse follement la bringue ! »

Quarante milliards, donc ! Quarante milliards ! Et en même temps, vous osez. En même temps, vous osez geler les pensions de retraite. En même temps, vous osez geler les allocations familiales.

En même temps, vous osez geler les pensions d’invalidité.

Vous vous rattrapez sur les familles pauvres, sur les personnes âgées, sur les personnes handicapées. Sur elles, vous allez gratter 7 milliards. À elles, vous criez la nécessité de l’effort budgétaire. Vous osez. Bravo ! Chapeau !

Victor Hugo écrivait : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » Vous êtes les maîtres d’œuvre de cette injustice ! Vous êtes le bras armé de cette iniquité !

samedi 3 novembre 2018

Les trois images de la semaine 48


Brésil : Les brésiliens ont donc voté en toute conscience et toute liberté pour le racisme, l'homophobie, le sexisme, l'oppression des indiens, la violence légale, le réchauffement climatique, la destruction de l'environnement, les religieux et les militaires au pouvoir ... Triste message que le Brésil envoie au monde.



Biodiversité : Entre 1970 et 2014, les populations de vertébrés - poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles - ont chuté de 60% au niveau mondial et de 89% dans les tropiques, l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. Les espèces n’ont jamais décliné à un rythme si rapide, qui est aujourd’hui cent à mille fois supérieur que celui calculé au cours des temps géologiques.

vendredi 2 novembre 2018

Défendre la forêt de Hambach


Agée de 12 000 ans, la forêt de Hambach entre Aix-la-Chapelle et Cologne fait partie des forêts les plus anciennes de l’Europe. Ainsi, elle est le refuge pour de nombreux animaux et plantes uniques. Depuis les années 70, RWE, un des producteurs principaux d’énergie en Allemagne essaie de raser la forêt afin d’agrandir sa mine de charbon à ciel ouvert à Hambach. Des 4000 ha en 1970, il ne reste que 550 ha de forêt aujourd’hui. C’est depuis les années 1970 que la résistance pour défendre la forêt s’est développée. A l’instar de la ZAD de Notre Dame des Landes, une partie de la forêt est occupée, il y a des cabanes au sol ainsi que dans les arbres et une véritable société alternative s’y est développée. On expérimente l’autogestion mais aussi la prise de décisions en assemblée générale, bref, la recherche d’une société meilleure.

En parallèle, depuis quelques années, des ballades pour apprendre à mieux connaître la faune et la flore sont régulièrement programmées. Des rencontres autour la lutte pour le climat, les « climacamps » et des éventements de partage de connaissances, les « skill sharing camps » y sont également organisés.

Enfin, les actions directes de de résistance sont nombreuses : occupations et blocages des pelleteuses gigantesques, blocage des routes et chemins de fer d’accès à la mine, manifestations, ...

Cette année, RWE a tenté de déforester la forêt restante, mais a rencontré une forte résistance. Du début septembre jusqu’à la fin octobre, la police et les forces de sécurité privés ont attaqué les Zadistes de la forêt. La raison officielle était que la sécurité contre les incendies dans les cabanes ne serait pas assurée ?!?! Ce serait donc pour leur propre sécurité que les occupants se doivent d’être expulsés. En réalité, ce fut bien la police qui mit en danger la sécurité des personnes, en coupant les câbles de sécurité qui permettaient aux écologistes de se déplacer d’arbres en arbres.

C’est ainsi que l’irréparable s’est produit. Le mercredi 19 Septembre 2018, on pleurait un premier mort dans ces affrontements. Le jeune journaliste Steffen Horst Meyn est mort. Il a fait une chute de 20 m en essayant de documenter une action des forces spéciales de la police allemande (SEK). Il est évident que nous ne pouvons nous empêcher de penser à Rémi Fraisse tué, en 2014, par une grenade offensive lancée par un gendarme lors d'une manifestation contre le barrage de Sivens. Fractures et ecchymoses témoignent et attestent de la brutalité de la police et des services de sécurité de RWE. Comble de l’ignominie les services du désordre n’ont même pas eu la décence de respecter la minute de silence en souvenir Steffen Horst Meyn en attaquant les manifestants recueillis !

Le week-end 22/23. Septembre plus que 7500 personnes se sont rassemblées pour aller soutenir les occupants de la forêt alors que toutes les manifestations étaient interdites. La police a tenté de mettre des fouilles en place pour éviter que du matériel de construction ou de couchage pourrait être transporté dans la forêt, mais a vite été débordé. Des milliers de personnes ont déjoué les barrages, transportant qui du bois, qui des bâches et d'autres matériels de première nécessité. De nouvelles cabanes au sol et dans les arbres ont été construites, ainsi que des nouvelles barricades. Depuis lundi, 24. Septembre, les tentatives d’expulsion de la police ont recommencé de plus belle.

Vendredi 5 octobre : RWE perds son procès juridique et n’a pas le droit de toucher à la forêt pendant une année ! Le jour suivant, le samedi 6 octobre, 50 000 personnes participent et à une manifestation prévue de longue date et fêtent le gain de temps gagné contre RWE, tout en rappelant la nécessite de sortir du charbon. Néanmoins, la forêt n’est pas encore sauvée. Il reste encore 2 à 3 ans avant que les excavatrices n’arrivent à la lisière de la forêt, c’est suffisant de temps pour RWE de tenter à nouveau d’obtenir les permissions de coupe ou de tenter une déforestation illégale.

Pour attirer à nouveau l’attention médiatique sur l’affaire, 7000 personnes se sont rassemblés du 25 au 29 Octobre et ont tenté des actions divers pour perturber le fonctionnement de la mine et pour attirer l’attention des média : Une excavatrice a été occupée, des gens ont pénétrés dans la mine, le chemin de fer sur lequel on transporte jour et nuit le charbon de la mine a été bloqué pendant une journée et une nuit, des manifestations ont eu lieu et une maison a été occupé dans un village qui est destiné à disparaître pour faire place à la mine.

Dans un contexte du réchauffement climatique, il est irresponsable d’utiliser encore du charbon pour produire de l’électricité !

Pour quelques euros en plus donnés aux actionnaires, une forêt magnifique doit disparaître à jamais !

Défendons la forêt de Hambach, défendons nos alternatives de vie et battons-nous pour un monde qui sera encore habitable pour les générations futures !

Plus d’infos :
https://www.ende-gelaende.org/en/ (en anglais, newsletter disponible en francais)
https://hambacherforst.org/ (en allemand)
https://aufbaeumengegenkohle.de/ (en allemand)

Twitter : #AktionUnterholz et #hambibleibt.

Contact pour transports partagés: busmobi@ende-gelaende.org

Soutien finance:
compte: Spenden & Aktionen
Ref: Hambacher Forst
IBAN: DE29 5139 0000 0092 8818 06
BIC: VBMHDE5FXXX


Liste de matos à envoyer comme soutien:
https://hambachforest.org/join-in/donations/?noredirect=en_US

Matériel de mobilisation: https://www.ende-gelaende.org/en/mobi-material-2/

mardi 30 octobre 2018

L'humanité ne court pas à sa perte, elle y va en bagnole.

Pendant que le gouvernement chinois autorise, après vingt-cinq ans d’interdiction, l’usage des os de tigre et des cornes de rhinocéros en médecine traditionnelle, le WWF annonce qu'entre 1970 et 2014, les populations de vertébrés sauvages ont chuté de 60 % au niveau mondial. Tout va bien ! Je vais bien ! "Agriculture intensive, dégradation des sols, surpêche, dérèglement climatique, pollution plastique…" L'ONG est catégorique : "Les principales menaces qui pèsent aujourd’hui sur la biodiversité sont liées aux activités humaines." La disparition massive des espèces d'animaux sauvages est même directement liée à la "grande accélération", explique WWF. C'est ainsi que des scientifiques nomment la croissance rapide de la demande d'énergie, de terres et d'eau, observée depuis les années 1950. De cette extinction massive dépends la survie ... ou non, de l'humanité mais pourtant, pour l'heure, il semble, qu'en France, l'urgence soit de pouvoir rouler pour pas cher.

« L’homme contemporain, nous dit Gwenaël, est prompt à s’indigner contre les taxes sur l’essence, les péages urbains, le prix de l’autoroute, la limitation des vitesses à 80 à l’heure, la multiplication des radars, la réduction des parkings et le prix de son heure, l’étroitesse et le mauvais état de la chaussée, ses virages prononcés et son encombrement par les piétons et les cyclistes, les tracteurs et les camions poubelles. […] Et le voilà vomissant sa colère sur l’internet, avec tous les fachos de France, menaçant de bloquer le pays, brandissant sa liberté de circuler en voiture comme le plus fondamental des droits. »

Et pourtant, poursuit Carol Galand « si notre objectif est de limiter drastiquement le réchauffement climatique dans les plus brefs délais, comment penser que les changements conséquents que cela impliquera se feront sans heurt ? Oui, les défis qui nous attendent impliqueront d’effectuer des changements colossaux, et de remettre en question ce qu’a été notre vie jusque-là. Alors encore oui, cela va être difficile. Non, cela ne va pas se faire sans efforts individuels et collectifs. Et oui, nous pouvons relever le challenge. Nous le devons, et il va falloir s’y faire. » Depuis des décennies les écologistes demandent une adaptation douce et progressive pour que la transition soit moins douloureuse, les citoyens n'en ont jamais voulu. Le résultat c'est qu'aujourd'hui nous sommes au pied du mur et que la marche est immense et donc choquante, mais les citoyens ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes.

« Ne descendons pas dans les rues pour râler contre la hausse du carburant, termine Carol Galand. C’est un leurre. Le problème n’est pas le prix du carburant. Le problème, C’EST le carburant. Le problème, c’est Total, ses incursions inadmissibles dans les rares lieux de nature encore préservés, sa stratégie d’investissement coûteuse en émissions de gaz à effet de serre… Le problème, c’est Total mais aussi les autres compagnies pétrolières, guère plus vertueuses. […] Le problème, c’est eux. Et puis c’est Danone, c’est Nestlé. C’est le système. Alors ne nous trompons pas de combat.»

Oui ne nous trompons pas de combats, c’est une évidence. Et pourtant, je m'étonnerais, encore et toujours, de voir un certain nombre de personnes fustiger le soi-disant appétit de l'état pour l'argent et ne pas voir ces mêmes personnes s'élever contre la voracité des actionnaires qui, au détriment des salariés et de l'environnement, se gavent de dividendes. D'un côté l'état qui ne capitalise pas mais qui redistribue, de l'autre des entreprises privées qui exploitent, détruisent, saccagent et s'accaparent. Je m'étonnerais toujours de voir un certain nombre de personnes refuser de participer à la solidarité nationale et à la marche de la nation, par l'impôt, mais soutenir, par leur pouvoir d'achats et leur refus de les condamner, des multinationales qui, elles, pour le coup, thésaurisent pour le bénéfice d'un petit nombre. Je m'étonnerais toujours de voir que beaucoup se trompent encore et toujours de combats.

Mais maintenant que l’on a dit cela, il est une évidence à ne pas oublier (même si je ne doute pas un seul instant que le Gouvernement jupitérien n’en fera rien), c’est que l’argent récolté, au nom de la transition écologique, doit y être affecté à 100 % et non à renflouer un budget « d’injustices fiscales imposées par le président Macron, au service des plus riches » comme le dit fort justement François Ruffin. Si tel n’était pas le cas, alors oui, en effet, la colère citoyenne serait légitime. Ces hausses du prix de l’essence ne doivent pas être à l’image de la taxe carbone que dénonce Kevin Puisieux, de la Fondation pour la Nature et l'Homme : « Sur les 9 ou 10 milliards de taxe carbone perçus en 2018, 1,8 milliard est destiné aux énergies renouvelables. Au-delà, plus grand-chose à voir avec la transition écologique. Trois milliards vont au Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), et pour le reste les ressources vont au budget général - un budget marqué en 2018 par le trou créé, entre autres, par la suppression de l'ISF et de ses 4 milliards d'euros de recettes. Mettez-vous dans la peau de nos concitoyens qui, à chaque fois qu'ils vont faire le plein, se disent qu'ils sont là pour renflouer des caisses vidées par des avantages consentis aux ménages les plus fortunés. Ce n'est ni logique, ni cohérent ! Et cela abîme la légitimité populaire de la taxe carbone, qui ne doit pas servir à boucher les trous d'un budget mal ficelé ! ». Mais pour l’heure, la colère citoyenne ne réclame pas de reconversion écologique, ne réclame pas de transports en commun, ni d'aide au rapprochement domicile-travail, ni le rapprochement des services publiques, ni la réouverture des petites lignes SNCF, ni multiplier les pistes cyclables, ni faciliter le transport des vélos dans les transports en commun, ni rien d'autre, juste le droit de rouler, rouler et rouler encore à bord de pickup défiscalisés.

Ainsi donc, en ce qui me concerne, non je ne participerai pas au mouvement du 17 novembre qui souhaite protester contre la hausse des carburants, je ne participerai d'autant moins que si l'on souhaite vraiment rentrer dans un monde décarboné il faut, puisque l'on ne peut compter sur le volontarisme de chacun, rendre les hydrocarbures prohibitifs pour les avions au kérosène actuellement détaxé, les cargos et les porte-containers au fuel lourd également détaxé, le chauffage ... mais aussi pour les voitures personnelles. Après des années de pédagogie ... pour rien, force est de constater que la sobriété devra passer par la contrainte. Oui il faut taxer car il n'y a que cela que les citoyens comprennent. C’est triste comme constat. Quel aveu d’échec pour tous. Mais c’est la triste réalité de notre humanité. Puis selon le principe des abolitionnistes de la prostitution, pour éradiquer un problème, ne faut-il pas pénaliser ceux qui en sont la cause ? Ainsi, selon ce principe puissant, s'il n'y a pas de voyageurs, il n'y aura plus d'avions, plus de paquebots de croisières, etc ...

Définitivement la transition passera par un changement, de préférence volontaire, de comportements et notamment par une autre vision de la mobilité. Quant à la durabilité elle ne pourra pas passer par le « continuons comme avant ... mais sans paille en plastique ». Il est temps de s'interroger sur nos choix (souvent de confort) car c'est bien la masse des habitudes des citoyens qui provoque les problèmes environnementaux actuels dont l’un des marqueurs est cette chute des populations des vertébrés sauvages révélée aujourd’hui par le WWF. Encore une fois les voyants sont au rouge. Encore une fois les voyants sont au rouge et l'humanité regarde ailleurs.

L'humanité ne court pas à sa perte, elle y va en bagnole.

dimanche 21 octobre 2018

Mal barré, on est mal barré !

Environnement.
Pire que le climato-sceptique il y a le climato-j'm'en'foutiste. Pire que l'ignorant il y a l'écocidaire qui s'en fout car il a le droit de vivre sa vie comme lui l'entend, qu'importe les conséquences ... Le droit ! "j'ai tout de même le droit, non ?". Bon, le devoir on verra plus tard ... "je ne dois rien à personne, j'ai le droit !" Mais pas d’inquiétude, on est sauvé !!! Le monde n'est peuplé que de gens qui n'ont aucune responsabilité dans le dérèglement climatique et la dégradation de l'environnement. Chouette bonne nouvelle que cela !!! Le réchauffement climatique ? Ce n’est pas moi, c'est les autres ! Le plastique en mer ? Ce n’est pas moi, c'est les autres ! Les autres ! Mal barré, on est mal barré !

Humanisme.
Esther Benbasa : « Italie néo-fasciste. Salvini veut imposer un couvre-feu à 21h aux "petits magasins ethniques" tenus par des étrangers. Quelle bonne idée ! Ça lui est venu comment ? Ça rappelle des choses, c'est sûr. A propos, les Juifs, Salvini a dit à quelle heure ils devaient fermer ? » Mal barré, on est mal barré !

France.
- Édouard Philippe : "Bon Hulot il a tout grillé en disant qu'on roulait pour les lobbies agroalimentaires ! On fait quoi..?"
- Emmanuel Macron : "Je sais !! On nomme la directrice de com' de Danone au gouvernement !!"
#Génie #MakeTheFoutageDeGueuleGreatAgain #JeSuisYaourt" Guillaume Meurice
Mal barré, on est mal barré !

Economie.
Malgré sa dette, la France reste très attractive pour les capitalistes car son patrimoine est garant de sa solvabilité. En cédant au privé, nos machines à cash (autoroutes, aéroports, …) et nos bijoux de famille, nos gouvernements successifs affaiblissent, petit à petit mais inexorablement, la position de notre pays face aux prédateurs privés qui lorgnent sur nos retraites, notre sécurité sociale, nos hôpitaux... Au final c'est tout notre système social et redistributif qu'ils mettent en péril. Ces gens sérieux n'en sont définitivement pas. 
Mal barré, on est mal barré !



Consumérisme.
Selon Auchan, selon leur pub, tu ne fais plus tes courses... Tu sauves le monde. #consumerisme, #greenwashing.
Mal barré, on est mal barré !

Ecologie.
Ou quand la nouvelle secrétaire d'Etat à l'écologie vantait les mérites de l'huile de palme. Mal barré, on est mal barré.

Le nouveau ministre de l’Agriculture, M. Didier Guillaume vient de déclarer que « C’est aux scientifiques de faire la preuve ou non qu’il y a des conséquences à l’usage des pesticides ou pas ». Mal barré, on est mal barré.

Catherine Candelier dit et je partage : « un député qui veut interdire le VTT en période de chasse 😳, un ministre qui demande des preuves aux scientifiques de la dangerosité des pesticides (comme s'il n'y en avait pas ?!?!)😳, une lanceuse d'alerte licenciée😵, un gouvernement qui refuse de supprimer les avantages fiscaux de la production d'huile de palme 😳 et une ministre de l'environnement pro-huile de palme 😳 ... Je pense que j'ai fait le bilan de la journée, et qu'il n'est pas mauvais hein ? » Mal barré, on est mal barré !

Entre Didier Guillaume, ministre de l'agriculture, qui s'interroge sur l'innocuité des pesticides, et Emmanuelle Wargon, la championne de l'huile de palme à l'environnement on sent bien que la planète est une priorité gouvernementale. Mal barré, on est mal barré.

Santé.
Comment désengorger les Urgences ? Olivier Véran, député LREM, a la solution : créer un « forfait réorientation » de 60 euros pour inciter les urgences à refuser les patients dont l’état peut attendre un rendez-vous en ville. Surtout ne pas s'interroger sur les moyens donnés aux hôpitaux et aux services publics de la santé. Surtout pas ! Mal barré, on est mal barré !

Social.
Castaner trouve que toucher des allocations chômage et partir en vacances est scandaleux ?!?! LREM ? 50 ans de retard. Définitivement ce nouveau monde et bien vieux. Mal barré, on est mal barré !

Biodiversité.
Le quota d'autorisation d'abattage du loup relevé à 51 bêtes. Le fameux "plafond à ne pas dépasser" devient bel et bien un quota à exécuter à tout prix. A quoi peut donc bien servir la protection européenne de la Convention de Berne ? Quand la France sera t'elle condamnée pour ses actes de "destruction d'une espèce protégée" ?... Citoyens, vous remercierez vos élus anti-loups, certains éleveurs qui ne savent pas protéger les troupeaux et les chasseurs qui se délectent de leurs "trophées"... Mal barré, on est mal barré !

mercredi 12 septembre 2018

Réchauffement climatique : «Nous en appelons aux décideurs politiques»

Face à l’urgence, mise en lumière cet été par une succession de catastrophes écologiques, 700 scientifiques français se mobilisent dans «Libération», exhortant les gouvernants français à passer de l’incantation aux actes pour enfin se diriger vers une société sans carbone. D’autant que les solutions sont disponibles.


Nous sommes d’ores et déjà pleinement entrés dans le «futur climatique». Hausse des températures moyennes et récurrence des chaleurs extrêmes, y compris dans le nord de notre hémisphère tout cet été, fonte des glaciers et de la banquise, sécheresses, modification de l’aire de distribution de certains animaux et espèces végétales, destruction d’écosystèmes rares et précieux, hausse du niveau de la mer, désoxygénation et acidification des océans, etc. : les manifestations concrètes du changement climatique ne cessent de s’accumuler. Quant au futur, les projections d’impact sur les milieux, les espèces et les humains sont systématiquement revues à la hausse au fur et à mesure des nouvelles connaissances.

Et pourtant l’essentiel de la lutte pour contenir le réchauffement tarde à être mis en place. L’accord de Paris de décembre 2015 appelle à mener de front la réduction rapide et drastique de nos émissions de gaz à effet de serre et l’adaptation aux impacts déjà bien réels du réchauffement. Le but : limiter la hausse des températures mondiales en dessous de 2°C d’ici à 2100 par rapport aux niveaux préindustriels.

Cela suppose d’engager une révolution de nos modes de développement, de notre rapport collectif à l’énergie et aux ressources naturelles, à la consommation, à la mobilité, au logement, aux loisirs, etc. Un projet d’une telle ampleur ne se réalisera pas en se contentant de signer un accord international. Les discours politiques ne manquent pas, du «make our planet great again» français en réponse à l’annonce du retrait américain de l’accord de Paris, à l’appel des ministres de l’environnement de l’UE, en juin, à relever le niveau d’ambition climatique de l’Europe en 2030.

Mais les discours sont insuffisants, comme le montrent les récents chiffres d’émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion des énergies fossiles, qui indiquent des tendances inquiétantes (+ 1,8 % en Europe et + 3,2 % en France en 2017 par rapport à 2016). Il est tout aussi crucial qu’urgent de sortir du champ de l’incantatoire et de traduire concrètement ces discours en choix politiques forts et clairs au service d’une transformation sociétale profonde.

Cette transformation, si elle est ambitieuse et représente un chemin bien différent de celui que nous suivons, n’est pas une utopie. Elle repose pour beaucoup sur des solutions déjà disponibles : diminution de la consommation d’énergie, recours à des énergies décarbonées, meilleure isolation des bâtiments, mobilité repensée évitant les moteurs thermiques, ferroutage, agriculture écologique, production ­locale, verdissement des villes, économie collaborative et circulaire, révolution numérique, etc., autant de changements qui, s’ils sont bien conçus et combinés entre eux, nous aideraient à atteindre les objectifs climatiques tout en permettant de réduire notre empreinte sur la planète, notamment en diminuant la pollution et notre impact sur la biodiversité.

Si la transition est possible, elle ne va pourtant pas de soi. Encore faut-il se saisir des solutions, puisque notre réussite collective dépendra de l’échelle et surtout de la vitesse à laquelle elles seront déployées. C’est pourquoi se préoccuper du changement climatique doit réellement devenir un objectif politique de premier ordre. Pour être cohérente, cette transition doit être transcrite dans l’ensemble des politiques sectorielles et dans tous les projets d’aménagement et de développement, en sélectionnant les solutions permettant conjointement l’efficacité climatique et la préservation de la biodiversité. Il faut également anticiper et accompagner les reconversions à l’échelle des branches économiques et des territoires. Nous en appelons donc aux décideurs politiques. Nous sommes conscients du rôle qu’ont à jouer d’autres acteurs, notamment les entreprises et la société civile, mais il appartient aux gouvernements et aux Parlements de mettre en place les conditions – législatives, réglementaires, institutionnelles, budgétaires et fiscales – d’une transition vers une société sans carbone. Ils doivent rapidement et fortement réviser leur feuille de route climatique et la rendre à la fois plus transformationnelle et plus opérationnelle. Ils doivent accepter de prendre des mesures pour agir à long terme.

Au niveau international, les opportunités de susciter une telle dynamique seront nombreuses dans les mois à venir : Global Climate Action Summit ce mois-ci en Californie, nouveau rapport du GIEC en octobre, COP 24 en Pologne en décembre, sommet climat du secrétaire général de l’ONU à New York dans un an. La neutralité carbone, qui traduit l’ambition «zéro émission nette de gaz à effet de serre», est l’objectif que les pays signataires de l’accord de Paris se sont engagés à atteindre collectivement au cours de la deuxième moitié du XXIe siècle.

Saisie par une ONG, la justice néerlandaise a condamné l’Etat des Pays-Bas à réduire de 25 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020. Ce type de recours juridique doit être pris au sérieux : un accord international n’est pas la fin mais le commencement d’un processus politique qui doit être mis en œuvre avec rigueur. Seuls des changements immédiats et des engagements de court terme, dans le cadre d’objectifs clairs et ambitieux à horizon 2030, peuvent nous permettre de relever le défi climatique. Celui-ci nous enseigne que le long terme dépend de décisions de court terme, lesquelles permettront aux générations futures de ne pas devoir se résigner au pire.

Premiers signataires : Luc Abbadie, Professeur Institut d’Ecologie et des Sciences de l’Environnement de Paris Sorbonne Université ; Gwenaël Abril, Directeur de Recherche au CNRS Actualité Scientifique de l’IRD Laboratoire EPOC - Environnements et Paléoenvironnements Océaniques et Continentaux ; Anthony Acou, Chercheur, UMS MNHN-CNRS-AFB Patrinat ; Laurence Affre, Maître de Conférences Aix Marseille Université ; Omar Alaoui, doctorant au LSCE ; Samuel Albani, post-doctorant au LSCE ; Cécile Albert, Chargée de recherches CNRS ; Olivier Alemany, Ingénieur de recherche au CNRS ; Antoinette Alias, Ingénieur de recherche au CNRM ; Denis Allard, Directeur de Recherche INRA ; Frédéric Amiel, Chercheur à l’IDDRI ; Sandrine Anquetin, Hydro-climatologue ; Constantin Ardilouze, Chercheur au CNRM ; Laurent Arnaud, Chercheur au CNRS ; Xavier Arnauld de Sartre, Chercheur au CNRS ; Catherine Aubertin, Economiste de l’environnement ; François Auger, Chercheur à l’Institut de Recherche en Énergie Électrique de Nantes Atlantique ; Jean-Christophe Auguet, Chercheur au CNRS ; Laurent Augusto, Chercheur à l’INRA ; Philémon Autin, Doctorant à l’Université Grenoble Alpes ; Alex Ayet, Doctorant à l’IFREMER ; Aurélien Babarit, Chercheur au Laboratoire LHEEA ; Bertrand Badie, Professeur des Universités à Science Po Paris ; Jordi Badosa, Ingénieur de recherche à l’Ecole Polytechnique ; ...

jeudi 30 août 2018

Le futur a déjà eu lieu à Nauru

Peu de gens ont entendu parler de Nauru. Plus rares encore sont ceux capables de situer cette petite île sur une carte. Minuscule État, l’île de Nauru compte un peu plus de 10 000 habitants et 21 km2 de superficie, ce qui en fait le troisième pays le plus petit du monde. Perdue dans le Pacifique Sud, elle semble oubliée du monde moderne. Elle fut, pourtant, durant quelques années, l’un des pays les plus riches du monde, avant de connaître un total effondrement.

La petite île de Nauru est approchée pour la première fois par des Occidentaux en 1798. Ces derniers, impressionnés par la beauté de l’île, nomment celle-ci Pleasant Island. Un siècle plus tard, en 1896, un capitaine de navire rapporte en Australie une étrange pierre trouvée à Nauru. Cette pierre, qui ressemble à du bois pétrifié, traîne sur le sol d’un bureau pendant trois ans, servant à en caler la porte. L’Australie cherche alors à développer son économie agricole, et a grand besoin d’engrais pour augmenter la productivité de ses sols pauvres. Un géologue de la Pacific Island Company, Albert Ellis, cherche ainsi dans tout le Pacifique, sans trop de succès, des gisements de phosphate, composant essentiel des engrais nécessaires au développement de l’agriculture australienne. Ellis, intrigué par l’étrange pierre venant de Nauru, analyse celle-ci en 1899, et se rend alors compte que sa quête est terminée : la pierre se révèle être du phosphate presque pur. À l’orée du XXe siècle, la petite île de Nauru vient de devenir un enjeu minier majeur.

Pleasant Island devient à partir de ce moment une mine à ciel ouvert. Durant des décennies, les compagnies occidentales vont exploiter le phosphate de l’île. Nauru change de mains durant les négociations liées au traité de Versailles en 1919, passant des Allemands aux Anglais, puis des Anglais aux Australiens, en fonction de l’évolution de rapports de force se décidant à des milliers de kilomètres de la petite île. Durant la Seconde Guerre Mondiale, les Nauruans sont occupés, puis intégralement déportés par les Japonais. Durablement traumatisés par cette expérience, les habitants de Nauru décident à partir des années 1950 de prendre le destin de leur île en mains. L’Australie fait cependant tout ce qu’elle peut pour garder la mainmise sur Nauru, allant jusqu’à proposer de relocaliser tous les Nauruans sur l’île Fraser (située au nord de l’État australien du Queensland), cent fois plus grande, mais ne possédant aucune ressource naturelle économiquement stratégique. L’État australien cède finalement sous la pression des Nations unies, habilement manœuvrée par le père de l’indépendance de Nauru et premier président de l’île : Hammer Deroburt. Le 31 janvier 1968, l’État de Nauru devient indépendant, et prend le contrôle de l’exploitation du phosphate. Les habitants de l’île ne le savent pas encore, mais ils viennent de récupérer un incroyable trésor qui, tel celui des Nibelungen, va les mener à leur perte.

Un vrai pays de cocagne

Le nouveau président Hammer Deroburt nationalise l’exploitation du phosphate dans le cadre de la Nauru Phosphate Corporation. Il décide également de reverser une grande partie des revenus de l’exploitation minière aux habitants de l’île. Deroburt crée ainsi un système « collectiviste », où chaque citoyen nauruan jouit d’une aisance financière et matérielle incomparable, assurée directement par l’État. Les Nauruans n’ont ainsi plus besoin de travailler, le travail minier étant essentiellement assuré par des immigrés chinois. L’eau et l’électricité deviennent gratuites pour les habitants de l’île, et ils ne payent évidemment pas d’impôts, les caisses de l’État étant pleines grâce à la manne du phosphate. Nauru se dote aussi d’un hôpital dernier cri, à l’accès entièrement gratuit. Le gouvernement va même jusqu’à payer des femmes de ménage aux Nauruans, qui n’ont ainsi même plus à s’occuper de leur intérieur. De même qu’ils n’ont plus à s’occuper de pêche, activité pourtant traditionnelle à Nauru, puisqu’ils achètent en masse des plats préparés aux nombreux commerçants chinois qui se sont alors installés sur l’île.

Dans les années 1970, chaque foyer nauruan possède six ou sept voitures, que nul sur l’île ne songerait alors à réparer en cas de panne, alors qu’il est si facile de s’en faire expédier une nouvelle. Les Nauruans achètent également en masse des équipements technologiques de pointe, qu’ils n’hésitent également pas à remplacer purement et simplement de façon régulière. La culture traditionnelle de Nauru est alors rapidement victime de l’invention la plus diabolique de l’histoire de l’humanité : la télévision. Toute la vie sociale traditionnelle de l’île disparaît ainsi, du fait de l’omniprésence des cassettes vidéo que les Nauruans regardent seuls chez eux sur leur grand écran importé d’Australie. Mais cela compte alors peu aux yeux des habitants de l’île, Nauru est en effet à ce moment le pays ayant le P.I.B/hab le plus élevé du monde.

Nauru est une véritable « utopie » consumériste, où l’oisiveté et le gaspillage règnent en maîtres. Mais ses ingénieurs ont prévenu le président Deroburt dès la fin des années 1960 : l’exploitation du phosphate ne pourra encore durer qu’une trentaine d’années. Le gouvernement nauruan cherche alors à placer l’argent du phosphate dans des investissements avantageux afin de préparer l’avenir. Hélas, le mélange puissant de corruption, d’incompétence et d’inconséquence régnant au sein du gouvernement nauruan durant des années fera tourner cette initiative clairvoyante à la catastrophe. Nauru se lance dans une série d’investissements désastreux. Citons par exemple une compagnie aérienne, Air Nauru, qui se révèlera être un gouffre sans fond, et des investissements immobiliers démesurés, comme le Nauru House Building (qui sera, lors de son inauguration en 1977, le plus haut gratte-ciel d’Australie avec 190 mètres de hauteur).

La richesse de la petite île, couplée à l’incompétence et à l’absence de scrupules de ses dirigeants, attire également un nouveau genre de requins jusqu’alors inconnu dans ces eaux lointaines du Pacifique : les hommes d’affaires. Ces derniers, rebaptisés « conseillers économiques », feront sciemment perdre des sommes considérables à l’État nauruan, pour mieux les détourner. Le journaliste Luc Folliet rapporte, dans son livre Nauru, l’île dévastée, ces propos d’un avocat australien : « Nauru, c’est une île faite de merde, qui ressemble à une merde, et qui a l’odeur de la merde. Mais si vous êtes bon en affaires, alors vous allez tout de suite vous faire avec ce pays un bon petit paquet d’oseille ». En vingt ans, ce sont ainsi des milliards de dollars que le gouvernement nauruan a gaspillés pour rien.

La fin d’un monde

À partir des années 1990, le ralentissement, puis finalement l’arrêt de l’exploitation du phosphate, va provoquer sur l’île un cataclysme. Privée de ressources, cette société insulaire vivant sous perfusion d’argent facile depuis trop d’années s’effondre totalement. Le gouvernement nauruan est contraint d’emprunter massivement, puis doit chercher de nouvelles ressources afin de rembourser des intérêts exorbitants. L’île monnaye ainsi sa voix à l’O.N.U, votant en faveur de la reprise de la chasse à la baleine en échange de quelques subsides japonais. Le gouvernement nauruan transforme aussi le pays en paradis fiscal, et n’hésite pas à vendre des passeports. Le sommet est atteint lorsque Nauru loue plus de la moitié de son territoire à l’Australie, qui y installe des camps de rétention de migrants. Les Nauruans, appauvris, dépossédés de leur propre île, sont de plus méprisés par la communauté internationale, qui considère l’État nauruan comme un « État voyou ».

Aujourd’hui, l’île, qui avait été surnommée Pleasant Island, demeure dévastée sur le plan écologique par des décennies d’exploitation minière forcenée, et reste parsemée de carcasses de voitures rouillées et de bâtiments en ruines. La culture traditionnelle de Nauru a été totalement oubliée en deux décennies. La société de consommation a ainsi réussi à détruire l’identité culturelle des Nauruans, ce qu’aucun des nombreux colonisateurs de l’île n’avait réussi à faire. L’île cumule de plus les statistiques records : 90% des Nauruans sont au chômage, 80% souffrent d’obésité morbide, et 40% d’un diabète de type II. Le diabète, allié à la vétusté des installations médicales, est ainsi devenu la première cause de mortalité de l’île, allant, aux yeux de certains, jusqu’à hypothéquer la survie du déjà peu nombreux peuple nauruan. D’autres voient dans l’effondrement économique de l’île l’occasion pour ses habitants de renouer avec leur mode de vie traditionnel, espérant guérir de cette façon les terribles effets sanitaires et sociaux engendrés par le mélange d’oisiveté et de surconsommation qui a régné à Nauru durant des années. Mais comment reprendre le fil d’une tradition qui a été rompu par les mirages de l’individualisme et du consumérisme ? Comment renouer avec ce qui a été détruit avec insouciance ?

Une synthèse de la modernité

En quelques années, la petite île de Nauru a réalisé, à une vitesse éclair et de façon particulièrement extrême, l’« utopie » moderne de la « société d’abondance », avant de connaître un effondrement aux conséquences catastrophiques sur les plans humain, sanitaire, social, culturel, économique et écologique. Si la rapacité cupide des affairistes de tout poil et la médiocrité de sa classe politique n’ont évidemment pas aidé l’État nauruan, c’est bien l’épuisement de ses ressources naturelles qui a fini par briser l’île de Nauru.

Lorsque nous nous penchons sur cette trajectoire historique qui fut celle de l’île de Nauru, il est tentant d’y voir une analogie avec nos propres sociétés. Nauru semble en effet avoir parcouru à marche forcée l’histoire séculaire de la modernité occidentale, passant en très peu de temps d’une société traditionnelle à une société de consommation. À partir de cette constatation, nous pouvons nous demander si l’effondrement qu’a connu Nauru n’est pas une image de notre propre avenir. Nous continuons en effet chaque jour à dévaster la planète afin d’en extraire toujours plus de pétrole, de charbon, d’uranium et bien d’autres choses encore. Que se passera-t-il alors lorsque ces ressources non-renouvelables se raréfieront ? Lorsque nous aurons de moins en moins de combustibles disponibles pour faire tourner la grande machine insatiable que sont devenues nos sociétés techno-industrielles ? Lorsque notre système technicien globalisé devra ralentir faute de carburant suffisant ? La catastrophe sera probablement moins brutale, plus étirée dans le temps, que celle qu’a connue Nauru, mais elle n’en sera, à la fin, certainement pas moins dramatique. Elle pourrait même, au contraire, se révéler encore pire. Et ce ne seront alors probablement pas les voitures électriques d’Elon Musk qui nous aideront. L’histoire éminemment tragique de l’île de Nauru nous montre à quel point l’idée d’une croissance infinie dans un monde fini est proprement suicidaire, à quel point le consumérisme est un mirage destructeur pour l’homme et pour le monde, et à quel point le « progrès » mène finalement la civilisation et la culture à l’anéantissement.

mercredi 29 août 2018

Hulot aura essayé, respect M. Hulot.

Hulot a démissionné ! Quel aveu d'échec pour tout le monde, lui-même, d’abord, en n’ayant pas réussi à convaincre, Macron ensuite, qui perd le seul ancrage environnemental qui pouvait le forcer, un tant soit peu, à penser « environnement » et penser que nous pourrions y croire et nous tous qui, à des degrés différents, l’ont défié, ne l’ont pas soutenu alors qu’il avait totalement besoin de nous tous. Quelle mise en lumière du vrai visage du Macronisme. L'illusion est enfin totalement dissipée. Il n'y a pas de place pour l'écologie dans le Macronisme. Avec le départ de Hulot c'est la démonstration imparable que l'écologie n'est pas soluble avec la droite. Hulot aura essayé ! Mais sans une mobilisation populaire, sans aucun soutien de l'opinion, il ne pouvait rien ! Nous étions ses troupes et ses troupes n'étaient pas là. Dès lors, épuisé par les renoncements, les petits pas et les gros arrangements, il a jeté l’éponge.

Ceux qui me connaissent bien savent que depuis très longtemps maintenant, je dis, à qui veut l'entendre, que les petits pas, que les petits gestes, que les petites avancées ne suffisent plus et qu'il faut passer à la vitesse supérieure. Depuis longtemps je compare les avancées environnementales comme la course d'un cycliste avec un motard, les motards étant les pollueurs et autres saccageurs. Alors oui certes nous avançons mais les destructions avancent bien plus vite. "L'état de la planète ne s'accomode pas des petits pas" nous dit Nicolas Hulot. ... heureux de m'entendre donner raison par Nicolas Hulot mais parfaitement triste d'avoir raison.

Tantôt dépressif, tantôt romantique, présenté comme un adepte du "grand soir", Nicolas Hulot n'était, à en croire ses anciens collègues du gouvernement, décidément pas fait pour gouverner car trop fragile, trop idéaliste. Après avoir fustigé ses mauvaises manières, voilà la basse condescendance de ceux qui sont droit dans leurs bottes pour minimiser leurs fautes et amoindrir un geste fort. Finalement pour tous ces sinistres, il n'y aurait que le geste d'un dépressif. Pourquoi pas d'un suicidaire pendant que vous y êtes ? Finalement on fait comme pour les "femmes", les écolos ils ne sont pas sérieux, ils ne sont que dans l'émotion.

Quant à Chevènement il ne trouve rien de mieux à dire que les écologistes "sapent la compétitivité de la France. Celle-ci est le principal problème que nous avons à résoudre, comme en témoigne le déficit (75 milliards d’euros) de notre balance commerciale. Il est temps de se recentrer sur l’essentiel." Et ainsi, pour ce vieillard issu d'un siècle qui nous a entraîné là où nous sommes aujourd'hui, la démission de Nicolas Hulot est une bonne nouvelle car le principal pour un pays c'est ses tunes pas sa durabilité ni celle de l'humanité. La vieillesse est un naufrage.

Ces gens me dégoutent, c'est tellement plus simple de le disqualifier et de se mettre la tête dans le sable.

Hulot a démissionné, pauvre de nous, nous voici seuls, passagers d’un paquebot fou, piloté par d’aveugles dogmatiques aux ordres des lobbies.

Hulot aura essayé, respect M. Hulot.

Ci-après le témoignage touchant d’un de ses compagnons de route, le biologiste et photographe sous-marin montpelliérain, Laurent Ballesta, connu, notamment pour sa participation à Ushuaïa Nature et ses documentaires diffusés sur Arte, qui publie, dans Midi Libre, une tribune émouvante en réaction à la démission de Nicolas Hulot.


"La mer est sublime ce matin, épaisse et limpide à la fois, comme seule la Méditerranée sait l’être. En sortant de l’eau, il n’est pas encore 8h30, la journée s’annonce belle, et puis hélas j’allume la radio. Nicolas Hulot démissionne.



La stupéfaction est aussi grande pour les intervieweurs que pour les auditeurs. Son ton calme et ému, ni rageur, ni vengeur impose le respect et c’est à peine si les journalistes osent l’interrompre. On assiste, presque muet, à un instant de grâce, quand bien même est-il dramatique.

Bien sûr, dans un sursaut d’égo d’animatrice vedette, on lui pose cette question vicieuse pour savoir si ce renoncement ne serait pas l’aveu de son incompétence. Il répond "peut-être" parce que, lui, en a fini depuis longtemps, avec l’orgueil.

Moi je crois savoir que ce boulot il le fait pour de bonnes raisons, pas pour une bonne fonction. Pouvoir d’influence, avantage de la notoriété, Nicolas n’a jamais eu besoin d’être ministre pour posséder ces atouts-là.

Au contraire, en acceptant le poste, il savait qu’il les fragiliserait. Il n’avait rien de personnel à y gagner et il l’a fait quand même, preuve que c’est la cause et les convictions qui l’ont conduit à accepter. Et ce sont ces mêmes convictions qu’il le conduise aujourd’hui à refuser de continuer.

Je l’écoute et mes sentiments sont paradoxaux : je suis rassuré de voir qu’il existe encore des hommes influents avec autant d’intégrité, mais je suis angoissé par ce qui nous attend désormais. Je suis fier d’être l’ami d’un tel homme et déçu qu’il n’ait pas réussi plus longtemps.

J’entends déjà les sarcasmes des cyniques "je l’avais bien dit ! C’était foutu d’avance dans un tel gouvernement". Croyez-vous vraiment que Nicolas Hulot était si naïf ? Il est des causes trop sérieuses pour qu’on les passe au filtre du possible avant de les embrasser.

Je crois que Nicolas ne s’est jamais demandé si les ambitions étaient réalisables, seulement si elles étaient nécessaires. Il aura tout essayé au cours de sa carrière : nous émouvoir avec des films, faire de l’éducation avec sa fondation, du conseil auprès des présidents, du lobbying auprès des plus grandes sociétés, et puis enfin, entrer au gouvernement. On ne peut rien lui reprocher.

Dans ce moment de désespoir, je veux encore croire que le choc de son départ sera le défibrillateur qui va ranimer les consciences des gouvernants et des gouvernés. Il n’y a aucune raison d’être optimiste, mais il n’y aucun intérêt à être pessimiste.

Que l’on dise "ça va s’arranger" ou bien "de toute façon, c’est foutu", ces deux postures sont stériles. Mieux vaut encore se taire et agir. Puisqu’on ne lui permet plus d’agir, il a raison de partir et de se taire. Même si je veux croire à un sursaut futur.

En attendant, demain matin, je retournerai plonger, admirer des petits bouts de notre belle planète, explorer les fonds marins, y prendre du plaisir autant que possible, et même essayer de partager ce plaisir, essayer de profiter sans gaspiller, de jouir sans nuire."

jeudi 19 juillet 2018

Bruno David : «On ne pourra pas toujours s’en tirer, il n’y a pas de planète B»

Il y a dix ans, on était réveillé par les oiseaux, plus aujourd’hui. Un constat parmi mille autres de l’extinction majeure des espèces qui bouleverse la planète de façon irréversible. Le naturaliste Bruno David, président du Muséum d’histoire naturelle, s’alarme.


Le naturaliste Bruno David, président du Muséum national d’histoire naturelle, partage le constat alarmiste de ses pairs. Et craint que l’homme ne soit pas capable de réagir à temps.

Les scientifiques n’ont plus de mots assez durs pour qualifier l’état de la biodiversité : «Anéantissement biologique», «défaunation aux conséquences catastrophiques»… La situation est-elle si grave ?

J’aime bien prendre du recul. Lors des derniers 500 millions d’années, il y a eu cinq crises d’extinction majeures de la biodiversité et une cinquantaine d’autres plus petites. On peut en tirer des leçons. Premièrement, il n’y a pas deux crises identiques, elles sont toujours conjoncturelles. Deuxièmement, les crises ne tuent pas, elles ne provoquent pas une hécatombe mais sont plus pernicieuses : de génération en génération, les espèces sont moins peuplées. Une crise est mondiale et touche différents groupes d’espèces. Dernière caractéristique : elles sont brutales à l’échelle géologique, de l’ordre du million d’années en moyenne. La deuxième leçon à retenir des crises passées est qu’elles ont toutes été multifactorielles.

On serait donc en train de provoquer et vivre la sixième extinction majeure des espèces ?

Rappelons les faits. Nous constatons un déclin mondial et extrêmement brutal de la biodiversité, qui touche des groupes extrêmement divers, les vertébrés, les insectes et la microfaune du sol. Ça n’a jamais été aussi rapide dans l’histoire. La vitesse est le facteur le plus inquiétant.

Si on extrapole les chiffres du Millenium ecosystem assessment (1) étudiant les 200 dernières années, on aboutit à une éradication de tous les mammifères en environ 10 000 ans. Et cela peut s’accélérer. De même pour le changement climatique, on est sur des vitesses de bouleversement qui ne sont pas compatibles avec la vie végétale et animale.

Vous dites que la crise actuelle est multifactorielle. Quels sont ces facteurs ?

On parle beaucoup du réchauffement climatique, mais la plus grosse pression sur la biodiversité est le changement d’usages. C’est l’utilisation qu’on fait de la planète qui touche le plus la biodiversité. Les études sur le déclin des oiseaux communs publiées par le Muséum et le CNRS, fin mars, montrent que dans les plaines agricoles, l’utilisation des produits phytosanitaires et l’intensification des pratiques empêchent les oiseaux de se reproduire correctement. La pollution, l’agriculture, le changement climatique sont autant de facteurs qui s’additionnent.

On peut donc bien parler d’«anéantissement biologique» ?

Oui. Je ne l’aurais peut-être pas dit il y a quelques années parce qu’on n’avait pas toutes les données détaillées sur le déclin des espèces communes. Mais depuis cinq ans, on empile les mauvaises nouvelles. La diminution des oiseaux, des insectes, de la microfaune du sol qu’on observe en France est extraordinairement alarmante. On est en plein milieu d’une crise du passé. Sauf qu’on va beaucoup plus vite.

Est-on en train de la vivre en France ?

Chez nous, dans nos jardins, beaucoup de gens constatent qu’il y a moins de lapins de garenne et de hérissons, par exemple. Il y a dix ans, j’étais réveillé par les oiseaux à 5 heures du matin, qui faisaient un boucan pas possible. Aujourd’hui, je ne le suis plus, et je ne pense pas être devenu sourd. Face à cela, je me dis : «Ce n’est pas possible. Qu’avons-nous fait ?» On détruit leurs environnements. On bourre les champs de produits phytosanitaires. On met des enrobages sur les graines de céréales pour qu’elles ne soient pas mangées par les parasites et cela empoisonne les animaux. On injecte des perturbateurs endocriniens dans l’eau. Les bestioles se reproduisent moins bien, voire s’empoisonnent. On perturbe tout le système écologique.

Un système dont les humains font partie...

Le dualisme nature versus homme est totalement faux. On a deux kilos de bactéries en nous dont notre vie dépend. En tant qu’espèce, on vit en symbiose avec le reste du monde. On en a besoin pour exister, pour manger, boire. Quand on porte atteinte à la biodiversité, c’est à nous, humains, qu’on porte atteinte. On est en train de gravement perturber le fonctionnement des écosystèmes qui nous rendent un tas de services : la purification de l’eau, de l’atmosphère, les ressources alimentaires, la régulation des grands cycles biochimiques et du climat.

Ces fonctionnements peuvent basculer vers de nouveaux équilibres si on les modifie de manière trop importante. Des équilibres dont on ne connaît pas les conséquences. J’aime prendre l’exemple de la tour Eiffel. Si on lui enlève une, deux, trois poutrelles, c’est comme si on enlève des espèces de certains écosystèmes. Au bout d’un moment, la tour Eiffel va s’effondrer. On aura basculé dans un nouvel écosystème qui ne rendra pas les mêmes services. Et dont les humains seront peut-être absents.

Dans votre livre la Biodiversité de crise en crise, vous posez cette question : «l’espèce humaine sera-t-elle la prochaine à disparaître ?»

Je continue de le penser fortement. Elle ne sera pas la toute prochaine à disparaître, mais sûrement une des prochaines. Parce que nous sommes trop prétentieux de penser qu’avec notre technologie, on pourra toujours s’en tirer. Il n’y a pas de planète B. Il faut arrêter de rêver, il n’y a pas d’autre option que de rester sur Terre pour le moment et d’essayer d’y vivre le mieux possible. La deuxième chose, c’est que nous sommes une espèce complexe, donc fragile. On a une physiologie compliquée, on a l’impression d’avoir une bonne carapace, avec notre technologie, notre pharmacopée, qui nous protègent, mais jusqu’à une certaine limite…

La pharmacopée, qui dépend de la biodiversité…

Oui, il y a des tas d’exemples. Un seul, peut-être le plus spectaculaire. Des bactéries symbiotiques qui vivent sur les larves d’animaux marins microscopiques, les bryozoaires, sécrètent un produit qui est un anticancéreux majeur, contre le cancer du pancréas.

Ces alertes provoquent un certain émoi… qui retombe vite. Pourquoi ?

En étant optimiste, je me dis que nous avons conscience de la manière dont on agit sur notre environnement, donc on a une capacité à réagir. Mais si je me tourne vers l’histoire des sociétés, je constate que l’homme a un comportement puéril face à des enjeux majeurs. Il va, à chaque fois, au bout de son erreur. Nous sommes au volant d’un véhicule sur l’autoroute, nous savons qu’il y a un mur et qu’on y va très vite. Mais la réaction n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Je pense qu’on va aller dans le mur. Et ce sera irréversible. Une fois que la tour Eiffel est en mille morceaux sur le Champ de Mars, elle a changé d'état, c'est fini, on est dans le mur.

Sait-on quand se situe ce point de bascule ?

Le paléo-écologiste Anthony Barnosky estime que cela se passera autour de 2050, en extrapolant une tendance : pour le moment, 25 % de la surface des continents est touchée par les changements anthropiques de manière importante. Il continue la courbe et estime que quand on atteindra 50 à 60 %, la planète va commencer à fonctionner autrement. Mais je pense que c’est difficile à évaluer, car on ne sait pas comment on va réagir, quelle sera la pression démographique. En 1980, on était 4,5 milliards d’humains, aujourd’hui, on est plus de 7,5 milliards.

Que faire pour éviter ce basculement ?

Je n’ai pas de solution miracle, je ne suis ni politique ni économiste, je suis naturaliste, je porte un constat. Il faut complètement changer de mode de consommation. Mais la première remise en cause est d’abord démographique. Si on ne veut pas totalement changer de mode de vie, il faut qu’on accepte une réduction de la population. On est dans un modèle économique où il faut qu’elle augmente, mais jusqu’où ? 200 millions, 500 millions, pour la France ? Notre planète est finie, on ne peut pas avoir une croissance infinie, c’est du b.a.-ba. A un moment, il va falloir changer de système. Je pense qu’on ne sera pas capables de le faire, et que ce sont les circonstances qui nous l’imposeront. Le fait que les écosystèmes ne nous rendront plus les mêmes services, que les territoires ne seront plus habitables comme ils l’étaient, risque de provoquer des grandes migrations écologiques extraordinairement violentes et des guerres. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut absolument qu’on freine. Mais rien que l’interdiction de trois insecticides néonicotinoïdes en Europe pour protéger les pollinisateurs, vous avez vu le barouf que ça a fait !

Que pouvons-nous faire en tant que citoyens ?

D’abord, on peut utiliser nos bulletins de vote. On peut aussi manifester : on a le droit de s’exprimer sur l’environnement, de manière démocratique et pacifique. Dans notre vie quotidienne, il faut s’interroger sur chacun de nos petits gestes, sans pour autant renoncer à vivre.

Les petits gestes suffiront-ils ?

Non, peut-être pas. Il faut, après, convaincre les politiques. Nicolas Hulot est sans doute la bonne personne au bon endroit pour le moment, parce qu’il a cette sensibilité.

Qu’attendez-vous de son plan biodiversité ?

Je prends tout ce qui est bon à prendre.

Le gouvernement se montre incohérent, par exemple avec le projet de mine d’or géante en Guyane, soutenu par Emmanuel Macron…

Il y aura forcément des incohérences, car on ne peut pas basculer dans un autre système économique du jour au lendemain. Je pense qu’on en est incapables, moi le premier. Mais il y a quand même le début d’une vraie prise de conscience. Elle ne se traduit juste pas encore en actes.

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(1) Le Millenium ecosystem assessment (Evaluation des écosystèmes pour le millénaire) est né en 2000 à la demande du Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Il vise à fournir des informations scientifiques relatives aux conséquences des changements que subissent les écosystèmes pour le bien-être humain ainsi qu’aux possibilités de réagir.