Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mardi 6 mars 2018

Harcèlement : Non les animaux ne sont pas des harceleurs !

Saluée par la Secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, la nouvelle campagne contre le harcèlement et les agressions sexuelles dans les transports en Île-de-France ne fait pourtant pas l'unanimité. Les affiches, visibles dans les couloirs du métro et des trains de la région depuis ce lundi 5 mars, mettent en scène des femmes en milieu hostile, menacées par des animaux, ours, requin ou encore loup.


« Pour dénoncer le harcèlement sexuel en Île-de-France, on ne pouvait pas concevoir affiches plus idiotes. Ni plus absurdes. Ni plus connes (pour rester vulgaire, tels ces objets eux-mêmes). Ni plus injustes pour des animaux innocents que les humains massacrent à longueur d'année et amènent au bord de l'extinction (requins, ours, tigres, loups, etc.). Ni plus fausses sur le plan scientifique. Ni plus crétines, sortant du cerveau d'un publicitaire. Ni plus indignes du ministère de l'Egalité Hommes-Femmes s'il a donné son aval... » s’indigne, à juste titre, Yves Paccalet sur Facebook.

De son côté Vincent Message, sur Facebook, nous dit la même chose, « Pour lutter contre le harcèlement dans les transports, ce fléau qui pourrit la vie de centaines de milliers de femmes chaque jour, la Région Ile de France, présidée par Valérie Pécresse, et la RATP n'ont rien trouvé de mieux que de représenter les harceleurs sous les traits d'un requin, d'un ours et d'un loup. C'est essayer de sortir d'une idéologie nauséabonde et meurtrière (le sexisme) en montrant qu'on n'est pas sortis du tout d'une autre idéologie dévastatrice (le spécisme) et qu'on n'a rien, mais rien compris aux enjeux du XXIe siècle.

Jusqu'à preuve du contraire, poursuit Vincent, les requins, les ours et les loups n'agressent pas les femmes dans le métro, ne violent pas les femmes dans les forêts. Les femmes sont emmerdées, agressées, violées par des hommes tout ce qu'il y a de plus banal. Les requins, les ours et les loups sont peut-être des prédateurs dans leurs écosystèmes, mais ils sont surtout des proies. Nos proies. Les requins blessent environ 70 personnes par an et en tuent entre 4 et 10. Les hommes tuent 100 millions de requins par an - entre autres pour manger leurs ailerons, en les rejetant à la mer agonisants une fois ces ailerons prélevés. Les loups ont été exterminés en France entre la fin du 18e siècle et 1940. Ils n'étaient plus que 5000 en 1800, ils ne sont réapparus qu'en 1992 et ne sont que 300 aujourd'hui. Les ours aussi ont été chassés méthodiquement, assujettis et exploités dans les cirques, baladés chaînes au cou avant d'être tués. »


« Il y en a marre des poncifs éculés sur les "dents de la mer" et la "cruauté" des prédateurs soi-disant "sanguinaires". Ces espèces superbes et qui ne sont à coup sûr jamais "perverses", ne devraient pas pouvoir être utilisées en tant que cauchemars pour dénoncer des agressions dont les auteurs ne sont pas des animaux, mais bel et bien sans exception des êtres humains. » renchéri Yves Paccalet

« Les agresseurs sexuels ne sont pas des animaux mais des humains rien qu'humains, trop humains, nous dit Vincent Message. Le sexisme et le spécisme ont d'ailleurs les mêmes origines historiques : la croyance des mâles qu'ils peuvent dominer et violenter celles et ceux sur lesquelles leur force physique ou leur habileté technique leur permettent de prendre le dessus. C'est pour cela que Jacques Derrida parlait de carnophallologocentrisme. Ce mot-valise peut faire peur mais il est en réalité limpide : le sujet mâle s'est défini comme celui qui tue les animaux pour manger de la viande, s'approprie les corps féminins de gré ou de force, et se vante de maîtriser la raison. "Ce ne sont pas les hommes que l'on stigmatise, ce sont les prédateurs", s'est justifiée Valérie Pécresse. Mais comment faire tomber nos préjugés en s'aveuglant aussitôt avec d'autres œillères ? Incitons la région et la RATP à revoir leur copie et, ce coup-ci, à y réfléchir à deux fois. Notre génération doit tout faire pour faire progresser la cause des femmes et pour faire reculer les violences faites aux femmes. Mais la cause des femmes mérite mieux que les mauvaises idées de communicants qui semblent n'avoir rien compris à ce qu'est la domination. »


« Après le porc, voici les ours, les loups, les requins associés aux pires comportements humains. Non contents d'anéantir la grande faune sauvage, nous projetons sur elle notre propre perversité. Cette campagne, essentielle sur le fond, est désastreuse sur la forme. Un scandale à un moment où les scientifiques ne cessent de nous alerter sur la 6eme extinction des espèces.» ajoute Nicolas Thierry, sur facebook.

« Exigeons le retrait immédiat et définitif de ces affiches infantiles (requin, ours et loup), infantiles au mauvais sens du mot, c'est-à-dire fantasmées pour un âge mental de quatre ou cinq ans ; et finalement nuisibles au juste propos qu'elles prétendent appuyer. » conclu Yves Paccalet.

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