Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mercredi 17 mars 2010

Claude Allègre ou de l'art de se tirer une balle dans le pied ...

. . . et dans celui des copains par la même occasion.
Par Christophe BOMBLED

Avant de commencer, je me dois de remercier Claude Allègre. En effet, ses dernières sorties médiatiques destinées à promouvoir les ventes de son livre « l'imposture médiatique » m'ont contraint à réactualiser mes connaissances sur la question des changements climatiques.

Bien évidemment, je ne prétends nullement donner un quelconque avis scientifique sur la question. Je n'ai aucune compétence en la matière car, bien que doté d'un bac scientifique, je suis juriste de profession. Comme la majorité écrasante de la population mondiale, je n'ai, à un moment donné, pas d'autre choix que de croire ce que nous expliquent les scientifiques sur la question climatique. Le problème est qu'il semblerait qu'il existe un désaccord entre ces derniers. Alors moi, Français moyen, qui dois-je croire : les conclusions du GIEC ou certaines personnes comme Claude Allègre ?

Pour tenter d'y voir un peu plus clair, j'ai repris quelques uns des arguments les plus souvent invoqués par Claude Allègre à l'appui de ses affirmations.

Claude Allègre met tout d'abord en cause la probité même du GIEC et, partant, des personnes le composant.

Rappelons brièvement que le GIEC est une association de quasiment tous les pays du monde. Aucun individu - et donc aucun chercheur - ne peut être membre du GIEC "en direct" : les personnes qui siègent aux assemblées du GIEC ne font que représenter des pays membres.

Le GIEC n'est pas un laboratoire de recherche mais un organisme qui effectue une évaluation et une synthèse des travaux de recherche menés dans les laboratoires du monde entier. Il examine et synthétise ce qui s'est publié dans la littérature scientifique sur la question climatique. Autrement dit, tout chercheur travaillant dans un des domaines concernés - même quelqu'un qui tenterait de remettre en cause l'influence de l'homme sur le climat - verra ses travaux pris en compte dans le cadre des procédures d'expertise organisées par le GIEC dès lors que cela a donné lieu à publication dans une revue scientifique (seules les revues scientifiques à comité de lecture ou les travaux en cours dans les laboratoires de recherche sont pris en compte).

L'organe suprême du GIEC est son assemblée générale, où chaque pays membre dispose d'une voix (le Luxembourg = la Chine), qui définit le programme de travail que le GIEC devra suivre. C'est cette AG qui approuve les publications les plus importantes, appelés rapports d'évaluation.

Un rapport du GIEC démarre toujours par un vote de l'assemblée générale concernant le sommaire prévisionnel (toutes les têtes de chapitre sont déjà prévues) des futurs rapports à remettre (un pour chacun des 3 sous-groupes composant le GIEC). Une fois ce programme approuvé, le bureau du GIEC sollicite comme auteurs, auprès des pays membres, des experts des domaines couverts. A raison de plusieurs dizaines d'auteurs par tête de chapitre, chaque rapport nécessitera donc la contribution de plusieurs centaines de rédacteurs, sans compter ceux plus nombreux encore qui feront part d'un avis sur les projets.

L'architecture d'un rapport d'évaluation est la suivante : chaque chapitre d'un rapport traite d'un domaine particulier (par exemple les propriétés physiques des gaz à effet de serre). Les auteurs du chapitre en question sont chargés de faire la synthèse des connaissances scientifiques disponibles sur ce sujet. Ce qui leur est demandé n'est pas de donner un avis "comme ça" : ils effectuent un long travail de compilation de tous les travaux publiés dans la littérature scientifique spécialisée, ou ceux en cours dans les laboratoires de recherche. La bibliographie est donnée à la fin de chaque chapitre.

Ces synthèses sectorielles permettent de produire un premier projet de rapport, qui sera lu et commenté par d'autres experts des disciplines couvertes, ce qui conduira à une deuxième mouture qui sera soumise aux mêmes relecteurs ainsi qu'à des représentants des gouvernements de tous les pays membres du GIEC. C'est seulement après ces allers-retours, très formalisés, qu'un document définitif est soumis à l'assemblée générale du GIEC pour approbation avant publication.

Au total, plusieurs milliers d'experts - généralement des chercheurs de renom, mais le processus est ouvert à qui veut, voir plus bas - sont impliqués dans les processus de rédaction et d'expertise organisés par le GIEC. Les disciplines couvertes concernent à la fois des sciences "dures" (physique, chimie, biologie...), au travers de multiples spécialités et aussi des sciences "moins dures" : on y trouve aussi des économistes, des sociologues...

Le processus d'expertise du GIEC est ouvert à tout scientifique désirant faire des remarques. A cet égard, il sera précisé que le débat contradictoire est une composante normale de l'activité de n'importe quel scientifique, mais une personne qui est un chercheur compétent pour une discipline donnée procède toujours de la manière suivante pour remettre en cause une théorie généralement admise : elle commence par soumettre au jugement de ses pairs, en publiant dans une revue scientifique spécialisée (où les articles sont examinés par d'autres spécialistes avant publication), un article détaillé indiquant pourquoi l'idée que l'on se faisait jusqu'à maintenant est erronée, présentant les travaux qu'ils a mené pour arriver à cette conclusion, et selon quel raisonnement - et quelles confirmations par l'observation ou l'expérience - les résultats le conduisent à proposer une autre explication.

Il est essentiel de noter que, avant d'être publiés et déclarés "documents du GIEC", les rapports d'évaluation sont explicitement approuvés en assemblée plénière du GIEC. A ce jour, toutes les publications officielles du GIEC ont été approuvées à l'unanimité par les pays représentés dans l'assemblée du GIEC (y compris les USA, ou l'Arabie Saoudite).

Enfin, le GIEC dispose d'un site Internet (www.ipcc.ch) où sont proposés en plusieurs langues, dont le Français :

- des résumés pour décideurs, qui synthétisent les grands axes et les principales conclusions de ce qui figure dans les rapports complets (ces résumés pour décideurs sont même approuvés mot à mot par les assemblées plénières),
- le texte complet du 4è rapport d'évaluation,
- les textes de certains rapports autres que les rapports d'évaluation,
- des contributions de divers groupes à des rapports à venir, ou encore des documents faisant le point sur un problème particulier appelés "technical papers",
- des documents précisant le programme de travail en cours.

Les rapports complets sont tous publics, et peuvent tous être téléchargés.

(pour plus de détails voir http://www.manicore.com/documentation/serre/GIEC.html )

Compte tenu de cette organisation, pour qu'il y ait complot, il faudrait que tous ses membres, sans exception, soient des escrocs ou encore des incompétents. Compte tenu des qualifications des personnes qui participent à l'élaboration des rapports du GIEC, dont le CV n'a rien à envier à celui de Claude Allègre, et des intérêts divergents des Etats qui le composent, il est clair que les théories du complot ou de l'incompétence ne tiennent pas. Peut-il être crédible que plusieurs milliers de personnes dans le monde, dont le seul point commun est de travailler scientifiquement sur un même sujet, se soient réunis pour décider de mentir (dans quel but d'ailleurs ?) au reste de l'humanité ? Ou encore, peut-on raisonnablement penser que le gros des troupes du GIEC se fait gentiment manipuler par une petite minorité de comploteurs ? Enfin peut-on sérieusement croire que quelques pays auraient la main mise sur le GIEC alors même qu'aucun d'entre eux n'a de voix prépondérante et que les conclusions du GIEC appellent, in fine, à une remise en cause des économies des pays les plus puissants de la planète ?

Il apparaît donc sur ce point que Claude Allègre est soit ignorant du fonctionnement du GIEC, soit de mauvaise foi, soit totalement paranoïaque. Je ne sais pas ce qui est préférable ?

Tout cela ne l'empêche nullement de faire ensuite état de prétendues preuves scientifiques qui montreraient que le changement climatique est une vaste fumisterie. Outre le fait que celui-ci prétend ainsi avoir une capacité de travail et de synthèse égale, voire supérieure, à celle des membres du GIEC, il a été rapidement et facilement montré que ses arguments ne résistent pas à l'analyse.

http://sauvonsleclimat.typepad.fr/le_blog_de_lassociation_s/2010/03/mais-quelle-mouche-pique-claude-all%C3%A8gre-.html#more

Par acquis de conscience, je suis allé quand même écouter quelques scientifiques expliquer leurs travaux à l'Académie des sciences (exemple : http://www.canalacademie.com/ida1565-Modelisation-du-climat-et-role-du.html ). Ces conférences confirment que contrairement à ce que prétend Claude Allègre avec un certain aplomb, les scientifiques tiennent parfaitement compte dans leur travail de l'influence du soleil, des nuages, des aérosols, etc. De même nous y apprenons comment sont conçus les systèmes informatiques de modélisation du climat.

Pour l'anecdote, il faut savoir qu'une équipe de modélisateurs se compose de plusieurs dizaines de personnes qui travaillent ensemble environ une dizaine d'année, ce qui représente entre 500 et 1000 ans de travail pour une personne seule. Sachant que cela fait 30 ans que la discipline existe et qu'il existe plusieurs équipes dans le monde, cela représente plusieurs millénaires de travail pour une seule personne. Alors encore une fois qui croire : Claude Allègre, qui assène que le climat n'est pas modélisable car chaotique alors même que ce n'est pas son métier et qu'il consacre à ce sujet spécifique qu'au mieux quelques heures par semaine en dilettante, ou ces centaines de personnes, qui travaillent le sujet depuis des décennies et qui sont capables d'expliquer avec des nuances leur méthodologie et les résultats obtenus ?

En fait, lorsque Claude Allègre parle du climat, c'est comme si Sébastien Chabal commentait un match de football. A première vue, pas de problème : c'est un sportif couvert de publicité qui court en short sur du gazon après une balle et qui fait partie d'une équipe qui en affronte une autre. Pourtant, tout le monde comprendra aisément qu'il n'est pas le mieux placé pour en parler et qu'il vaut mieux écouter sur ce sujet spécifique un Zinedine Zidane. On aura moins de chances d'entendre des bêtises.

La position de Claude Allègre est non seulement mal fondée mais en outre elle est incompréhensible car incohérente.

En effet, celui-ci ne manque pas une occasion de fustiger toutes ces réunions internationales sur le climat dont l'objectif est d'étudier et d'organiser la réduction des émissions de CO². Pour lui, il y a plus important que le dégagement de CO².

Mais dans un second temps, Claude Allègre affirme qu'il y a trop de CO² dans l'atmosphère, que cela est nuisible car cela acidifie l'océan et qu'il convient de lutter contre ce phénomène. Apparemment, il estime qu'il y a urgence à agir car il a organisé récemment un colloque sur la séquestration du CO² ( http://www.canalacademie.com/Comment-capturer-le-CO2-emis-dans.html ).

De même, ces conférences honnies traitent aussi de la maîtrise de la dépense énergétique et de l'organisation efficace de la transition des énergies fossiles vers les énergies « propres », tant la question climatique et la question énergétique sont liées.

Or, Claude Allègre affirme qu'il « faut économiser l'énergie pour ne pas mettre les générations futures dans la panade », qu'il faut « développer de nouvelles formes d'énergies et, en même temps, de cesser de la gaspiller » et qu'il faut cesser de gâcher des ressources » (source : interview en page 42 du magazine « décisions durables » n°2 mars-avril 2010).

Pour simplifier Claude Allègre et ceux à qui il s'oppose, par des chemins différents, aboutissent toutefois aux mêmes conclusions : réduire les émissions de CO² et économiser l'énergie.

Alors, pourquoi tant de haine ? Comprenne qui pourra !

Toujours est-il que si chacun fait un petit sondage autour de lui concernant Claude Allègre, il y a fort à parier que beaucoup diront que c'est une sorte de Galilée qui conteste la réalité du changement climatique mais que bien peu ajouteront que c'est aussi par exemple une personne qui milite pour les économies d'énergie. Ce que Claude Allègre ne comprend pas c'est que les gens ne retiennent que la véhémence de ses propos sur la question climatique ; qu’ils ne retiennent que ce qui les rassure à tort, à savoir que le changement climatique ne serait que du vent et, risquent d’en tirer comme conclusion qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter ni de changer notre mode de vie énergétivore.

Autrement dit l'attitude de Claude Allègre, si elle dessert les partisans de la cause climatique, ne sert pas pour autant la sienne. Quel exemple d’efficacité !

Alors moi, à titre personnel, au regard de ce que je peux comprendre de tous ces éléments, je pense qu'il est plus raisonnable de faire confiance aux rapports du GIEC plutôt qu'aux déclarations de quelques personnes comme Claude Allègre. Il ne s'agit bien évidemment pas d'une confiance aveugle, j'applique simplement le principe de la présomption d'innocence qui veut que ce soit à l'accusateur d'apporter la preuve de la culpabilité du mis en cause. Or, jusqu'à présent, les individus qui s'arrogent le rôle de procureur et dont on ne sait rien, tant sur leurs compétences scientifiques que sur leur légitimité et leurs financements, n'ont pas su mettre en évidence le moindre commencement de preuve de l'existence d'un quelconque complot « giecantesque ». Dans ces conditions, je ne peux qu'exprimer ma solidarité envers toutes les personnes (et au premier chef, les équipes de recherches) qui doivent subir depuis plusieurs mois le feu nourri de quelques-uns dont les motivations obscures trouvent si facilement le chemin de certains médias avides de vendre de la polémique. A tous ceux qui cherchent, à tous ceux qui donnent de leur temps pour réaliser un travail utile à toute l'humanité, à tous j'exprime ma gratitude de citoyen de la terre.

Christophe BOMBLED

1 commentaire:

Jacques a dit…

Vous auriez pu rajouter que pour Claude ALLEGRE il y a effectivement de plus en plus d'accidents climatiques.
En fait ALLEGRE reçoit de la sympathie par son opposition à la pensée unique. Le GIEC n'est pas en cause mais le mode d'information souvent en boucle et qui devient effectivement erreintant. Si les médias ont largement évolué avec des émissions de réflexion assez géniales il faut reconnaître que les infos en sont restées à l'âge propagande.