Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 7 mars 2010

Ecologie, social même combat

A ceux qui ne comprennent pas qu'une politique écologique est aussi une politique sociale je propose la réflexion suivante sur la précarité énergétique comme exemple concret.

Quel constat en France ?

A ce jour c'est 2 millions de ménages qui habitent des logements peu ou mal chauffés et près de 10% de la population française est concernée par une situation de précarité énergétique. C’est également environ 3,4 millions de ménages qui dépensent plus de 10% de leurs revenus à régler leurs factures d'énergie, les mettant dans une situation de ''précarité énergétique''. 87% d'entre eux vivent dans le parc privé, 70% appartiennent au premier quartile de niveau de vie, c'est-à-dire aux 25% de la population percevant les plus faibles revenus, 62% sont propriétaires de leur habitation et 55% ont plus de 60 ans. En outre, 300.000 ménages ne se chauffent plus ou mal, du fait de leur situation économique. Conséquences : risques d'intoxications, humidité, moisissures, stress, pathologies respiratoires et surmortalité hivernale.

Le développement exceptionnel en France du chauffage électrique cumulé à la mauvaise qualité des logements est le principal responsable de cette double précarité : les ménages concernés ont du mal à payer leurs factures et le système électrique sature.

Le chauffage est responsable de plus du tiers de la consommation d’électricité en période de pointe hivernale. Dans le même temps, des centaines de milliers de familles ont froid dans leurs logements car elles ne peuvent tout simplement faire face à ces charges. Le paiement des factures d’énergie impayées coûte chaque année des millions d’euros aux fonds sociaux départementaux en Ile de France, pouvant même devenir le premier poste de dépense de la CAF, comme en Seine Saint-Denis.

Un rapport remis au gouvernement préconise un plan de près de 4 milliards d'euros en 10 ans pour aider les plus démunis à réduire leurs factures de chauffage et d'électricité

Quels sont les problèmes qui vont s'ajouter à ce constat ?

"Je suis de plus en plus écœuré et lassé de mentir à propos du problème de l’état de nos réserves …" Cette petite phrase, tirée d’un courrier électronique adressé en 2003 par le directeur de la branche exploitation de Shell à sa direction provoquera en son temps un scandale.

De quoi parlons-nous là ? Nous parlons d'un phénomène plusieurs fois lancés sur les ondes mais rapidement étouffé par les puissants de ce monde qui ne souhaitent pas reconnaitre l'approche du pic pétrolier comme le révèle, en 2001, la réponse du commissariat européen à l'énergie à l'invitation de l'association pour l'étude du pic pétrolier (ASPO), à un séminaire organisé à Paris pour parler de la baisse des réserves et qui a répondu, au téléphone, "le sujet est trop grave pour que l'union européenne puisse admettre en être officiellement informée …".

Dans la même veine, en 2002, Poutine a fait passer une loi qui punit de peine de prison la divulgation de l'état réel des réserves de Russie.

Et pourtant ce n'est pas faute d'alerter. Ainsi en 2009, un groupe de multinationales britanniques que l'on ne peut pas taxer d'écologistes intégristes (UK Industry Taskforce for Peak Oil and Energy Security) a rendu public un rapport (Crise pétrolière : assurer l’avenir énergétique du Royaume-Uni) inquiétant sur les conséquences à court terme du pic pétrolier. Prenant exemple sur la crise financière mondial, elles ont tiré la sonnette d'alarme en évoquant des réserves "toxiques". Elles ont déclaré que le déclin de la production mondiale de pétrole impactera l’économie britannique d’ici 5 ans faute de mesures suffisantes. C’était la première fois qu’un avertissement de ce type était adressé par un groupe d’entreprises. Alors certes si ce rapport vise en priorité la Grande-Bretagne, il intéresse bien évidement également des pays comparables comme la France. Réunies au sein de ce groupe, créé pour alerter le gouvernement britannique de l’impact économique du pic pétrolier mondial à court terme, ces huit multinationales britanniques concluent à la grave menace pour l’économie du Royaume-Uni, et du monde en général, constituée par le déclin de la production de pétrole bon marché et aisément disponible d’ici 2013.

Alors certain diront que ce ne sont que des prospectives et que nous continuons à trouver des gisements, et que la technologie nous permettra d'aller chercher des réserves difficiles d'accès, mais quelle est la réalité à ce jour ? A ce jour, les nouveaux gisements de pétrole découverts sont plus petits, moins riches en pétrole et plus difficiles d’accès. Et c'est ainsi qu'en 2000, treize gisements d’une capacité supérieur à 500 millions de barils/jours ont été découverts, puis six en 2001, deux en 2002 et depuis … plus aucun.

Quel vont en être les conséquences ? Une hausse dramatique des prix du baril qu'il n'est pas absurde de voire flirter aux alentours des 300, 400 ou 500 $. Pour l'anecdote, n'oublions pas que les émeutes de la faim ont été engendrées par un pétrole à 120 $. Dés lors quid du monde avec un pétrole si cher, si rien n'est anticipé aujourd'hui ? Un plein reviendra à 400 ou 500 €. Comment payer son chauffage ? Comment payer son eau chaude ? Comment survivre dans un monde auquel nous aurons retiré la perfusion pétrolière ? Il faut bien le reconnaitre pour le moment notre monde (dirigeants et citoyens) réagis comme ce singe asiatique qui se bouche les yeux et pense "business as usual".

Mais, à l’approche du pic pétrolier, l'enjeu est de taille car il est à parier, en l’état actuel du parc d’habitation en France que la précarité énergétique ne fera que croitre. Seul les plus riches pourront se payer le chauffage en hivers. Il est donc de la responsabilité des politiques de tout mettre en œuvre pour offrir à leurs compatriotes des logements qui les mettent à l'abri du péril pétrolier à venir.

Mais alors que propose l'écologie politique ?

Nous proposons une anticipation des problèmes. Nous proposons de ne plus autoriser la construction de bâtiments énergivores mais de logements qui ne nécessitent plus l'usage de chauffages comme cela existe déjà dans les éco-quartiers de Londres (bedzed) ou bien encore de Fribourg. C'est ainsi que certains logements collectifs (privé ou publics) ou individuels, construits suivant des préceptes écologiques permettent à leur habitants de ne plus avoir de charges de chauffage et de s’émanciper, sur ce poste là, de la dépendance pétrolière. Nous sommes donc bien loin de l'écologie petites fleurs et petits oiseaux, mais dans une écologie responsable, raisonnable, à fois sociale et économique.

Mais la première étape, pour maintenir notre confort, sera de faire des économies énergétique, de devenir sobre, c’est ensuite que les solutions alternatives de production d’électricité (solaire, éolien, etc…) deviendront pertinente.

Ainsi il nous faudra investir, massivement, dans la rénovation des logements et entrer dans l'ère de la Rénovation Urbaine Bioclimatiques. L'ère des villes où l'habitat tire le meilleur parti du rayonnement solaire passif, abondant et non polluant. L'ère des villes où l'habitat tire le meilleur parti de l'inertie thermique des matériaux, du sol et de la circulation de l'air. Capter la chaleur, la transformer, la diffuser et la conserver sont ainsi les axes du bioclimatisme. Cela passe par une meilleure mise en adéquation de l'habitat, avec le comportement de ses occupants et le climat, pour réduire au maximum les besoins de chauffer ou de climatiser.

L'économie d'énergie doit donc être une des priorités de notre monde pour permettre, à tous, de profiter d'un confort propre. A l'instar de la chasse au gaspi inventée pour palier au de choc pétrolier des années 1970, notre monde doit, aujourd'hui, par obligation réinventer cette action et devenir raisonnable pour anticiper la sortie de l'ère du pétrole. Notre monde ne doit plus se leurrer sur d'hypothétiques réserves, ou de futurs progrès techniques qui ne font que maintenir de notre fuite en avant. Il faut bien avoir en tête que plus on tarde à appuyer sur le frein (renoncement et sobriété) plus les dégâts corporels et matériels seront importants. Notre monde doit ouvrir les yeux devant les réfugiés climatiques ou bien devant la précarité énergétique qui ne sont que les signes avant coureurs d'une situation qui porte en elle les germes de la déstabilisation, chemin royal pour l'engrenage conflictuel.

Sources : Les amis de la terre, actu-environnement.com, Europe-Ecologie, Réparer la planète (JC Lattès ed.).

1 commentaire:

Jean R a dit…

je suis tout à fait d'accord avec toi: il se prépare une crise sociale sans précédent liée à la problématique de l'accès à l'énergie et son prix. les personnes vivant dans des immeubles collectifs notamment mal isolés, avec un chauffage électrique ou à gaz individuel vont être en difficultés car elles ne pourront payer leurs factures d'énergie. il me parait urgent de mobiliser des fonds des collectivités locales notamment pour engager au plus vite un programme de maitrise de la demande en énergie!