Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 31 janvier 2016

Valls ou quand la violence est payante

Dans la rubrique : " La France que nous aimons" : Du septennat de Giscard , l’histoire gardera le courage de Simone Veil défendant la loi sur l’interruption volontaire de grossesse en 1974 … Du règne de Mitterrand, l’histoire aura gravé dans le marbre, l’abolition de la peine de mort en 1981, défendue par l’humaniste Robert Badinter… Du passage de Jacques Chirac, à l’Elysée, l’histoire ne retiendra que le sublime et fort discours de Dominique de Villepin, prononcé à l'ONU en 2003, indiquant que la France n'interviendra pas en Irak…. Et, du quinquennat de François Hollande, l’histoire conservera la fraternité de Christiane Taubira, défendant la loi sur le mariage pour tous en 2013… Une toujours belle et digne Christiane Taubira, qui fait ses discours sans note, dans un français sublime et qui récite parfaitement Paul Éluard ou Aimé Césaire pendant que Valls, en bon macho, tellement anxieux de prouver sa virilité, ne peut s’empêcher de prouver, à qui veut l'entendre, que lui aussi en a dans le pantalon et qu'il ne reculera devant rien ni personne. Enfin, ne reculera pas devant les pacifistes, parce que pour ce qui est des violents ce sera une autre histoire ... eux seront reçus aux ministères.

Le 20 janvier des éleveurs bretons ont entamé des blocus avec tracteurs, pneus en feu et dégradations de matériel routier afin de protester contre les conséquences d'un système libéral qu'ils appellent, par ailleurs, de leurs vœux... Le gouvernement allait-il les évacuer avec autant de célérité et de sévérité qu'il l'a fait pour les défenseurs de la vie à Nantes, début janvier ? La police allait-elle confisquer des tracteurs comme elle l'a fait à Nantes ? Allait-il y avoir des comparutions immédiates, des mises en examen ? Le lendemain la RN12 ne rouvrira pas avant 16 h ou 17 h, annoncera le préfet, suite aux dégradations des agriculteurs de la FNSEA. Glissières arrachées, enrobés détruits par le feu, panneaux arrachés, détritus déposés sur les axes routiers, les barrages routiers installés la semaine dernière, en Bretagne, par les éleveurs en colère, ont occasionné près de quatre millions d'euros de dégâts à la charge de la société et du contribuable. Et pas une seule interpellation, ni mise en examen, ni plainte, ni confiscation de matériel. De même, le montant des dégradations des manifestations des pétro-agriculteurs de l'été dernier, dans le Finistère, s'est élevé à un total de un million et demi d'euros. Un million d'euros à la charge de l’État et 500.000 euros à la charge du conseil départemental uniquement pour l'aspect matériel. Alors que la FNSEA déverse des tonnes de lisier devant des magasins rendus inaccessibles, bloque des routes et des villages entiers, brûle et détruit en toute impunité, et que les taxis parisiens paralysent tout sans qu'on ne leur dise rien, qu'ils obtiennent gain de cause et sont tous reçus aux ministères, onze personnes ayant participé à l'opération escargot sur le périphérique nantais, en soutien aux expulsés de Notre Dame des Landes (projet illégal puis qu'il ne respecte pas la loi sur les compensations), ont purement et simplement été placés en garde à vue avec voitures et tracteurs confisqués ... cherchez l'erreur !

Et là, braves français, vous ne dites rien ? Non rien. Votre silence est assourdissant. Non vous ne dites rien car il n'y a rien, finalement à vos yeux, que du très normal dans cette France où seules l'économie et la sécurité, à tout prix, sont légitimes et où le reste de la vie est négligeable. Me revient alors le constat d'échec exprimé par F Benslama, dans l'émission "C dans l'air" de France 5, le 15 janvier : "aujourd'hui où sont les espérances, les utopies, les idéaux dans notre monde moderne ? Il n'y en a plus. Ce que propose DAECH c'est une utopie". Constat d'échec de notre société individualiste, de compétition et consumériste, où l'individu n'est plus un individu mais un consommateur et où toutes les opinions, même les plus nauséabondes, sont considérées comme valables et équivalentes. Ainsi, si les écologistes avaient fait un quart de ce qu'ont fait les agriculteurs de la FNSEA, ils auraient été bon pour la peine capitale. Imaginez les adjectifs auxquels auraient eu droit les participants à la manifestation de Nantes contre le projet inutile de Notre-Dame-des-Landes, s'ils avaient laissé les routes dans cet état !

Force est donc de constater que c'est la violence qui permet d'être entendu. Force est de constater que l'on est moins inquiété lorsque l'on manifeste, avec dégâts, pour un lobby productiviste et capitaliste que pacifiquement pour défendre notre patrimoine naturel..."Brûlez et cassez, vous serez reçu aux ministères" semble nous dire le gouvernement. Côté médias, point de micro-trottoirs qui donnent la parole au venin de la populasse pour qu'elle y vomisse sa haine de ces agriculteurs qui les empêchent de partir au travail ou en vacances comme elle sait si bien le faire quand il s'agit des écologistes et des fonctionnaires. La haine et le mépris sera donc pour les doux et les amoureux de la vie. La non-violence, le calme et le pacifisme ne paieraient-ils donc pas dans notre pays ? Serions-nous condamnés à la lutte violente ? La FNSEA, elle, a répondu à cette interrogation, elle sait qu'elle peut détruire ce qu'elle veut puisque l'impunité est de rigueur à son égard ! Et nous, contribuables, en plus de financer les subventions à l'agriculture intensive et polluante, nous payons pour réparer les dégâts... Par exemple, qui paye la reconstruction du centre des impôts de Morlaix incendié le 19 septembre 2014 ? 16 mois après, aucune arrestation, aucune condamnation ! La justice est bien plus rapide pour frapper les syndicalistes d'Air-France, de Good-Year ou les manifestants écologistes. Et pourtant, ils n'ont pas détruit des biens publics, eux ! Deux ans de prison dont neuf mois ferme aménageables pour avoir retenu sans violences physiques, durant trente heures, deux cadres qui ont retiré leurs plaintes, tout comme l’employeur. "La condamnation des huit anciens salariés de Goodyear dont cinq sont syndicalistes CGT est inédite et est "un avertissement" envoyé au monde du travail, ouvrier, syndical", nous dit la politiste Vanessa Codaccioni, spécialiste de la répression étatique.

Alors il est vrai, comme me le dit mon frère, que la FNSEA ne veut pas changer le système. Elle veut juste de l'argent. Elle ne représente aucun risque pour le système. Donc pas de répression de la classe dominante. Les écologistes, au contraire, veulent changer le système, donc répression. Cela est d'autant plus facile que les écologistes sont, pour leur très grande majorité, pacifistes. Mais c'est bien cette mise en cause radicale du système par les écologistes qui fait qu'ils sont traités comme des terroristes. Peu importe, pour les dominants, qu'il s'agisse d'une révolution pacifique qui a notamment pour modèle Gandhi, ils représentent un vrai risque pour le système.

Ceci est tellement vrai que Xavier Beulin, le tout puissant patron du premier syndicat agricole français, le céréale-killer de la FNSEA comme le nomme "Libération", souvent présenté comme le "véritable ministre de l'Agriculture" tant il obtient tout ce qu’il veut de François Hollande comme de son prédécesseur (Libération du 3 Sept. 2015), se permet en toute impunité de menacer les écologistes "Désormais, face à toute nouvelle tentative de ZAD, on n’attendra pas les forces de l’ordre, on ira nous-mêmes les déloger" (la France agricole - 29 Janv. 2016). Il est vrai que l'agriculture industrielle est représentée par ce genre de personnes, un Xavier Beulin qui ne se départit de son charisme onctueux et ne montre de signes d’agacement que lorsqu’on lui parle des dégâts environnementaux et sociaux causés par l’agriculture industrielle, son modèle absolu. Il est mort le sol, il ne produit plus que sous perfusion, s'alarment des agronomes ? Une fuite en avant, dopée à la pétrochimie, dont les agriculteurs sont les premières victimes ? "Des clichés !" rétorque-t-il. La FNSEA n'est donc plus un syndicat agricole mais une milice ouvertement violente et anti-écolos. Et de son coté, pendant que la FNSEA exprime cette menace non voilée, qui porte atteinte à l'ordre public, Bruno Retailleau, lui, parle de zadistes ultra-violents qu'ils faut, coûte que coûte, évacuer ?!?! Et que dit le gouvernement après cette annonce parfaitement scandaleuse de la FNSEA ? Rien !



Après Sivens et un assassinat, après les rejets toxiques en Méditerranée dans le Parc des Calanques, après la fin de l'écotaxe, après les autorisations de tirs aux loups, après l'obstination autour du projet obsolète de NDDL alors que dans le même temps on supprimera 250 hôpitaux de proximité devenus un luxe intolérable, après avoir empêché toute manifestation pendant la COP21, y-a-t-il encore un seul partisan de l'écologie capable, en 2017, de voter pour Hollande et le PS ?

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