Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 1 janvier 2016

2016 pour un plan Marshall de la durabilité mondiale

Quand on demande à Pierre Rabhi comment faire bouger les lignes et comment faire comprendre à l'humanité que l'écologie est le fondement même de la vie ? Celui-ci répond que « Le premier maillon de l’action est déjà de prendre conscience de notre inconscience. Nous sommes installés dans ce qui est proposé comme une vérité mais qui détruit la vie. Nous avons besoin de la nature mais la nature n’a pas besoin de nous. Une fois que nous aurons compris cela, nous pourrons sortir de notre inconscience. »


Ainsi et c'est un fait, notre humanité, grisée d'inconscience, est en péril de part une mondialisation inhumaine et destructive, basée sur la consommation d'énergies fossiles et de matières premières toujours plus rares. Au vingt-et-unième siècle nous héritons - ce n'est pas une découverte - d'un monde organisé non pas pour durer mais pour produire du bénéfice. La Terre n'est plus vue comme le berceau de nos vies mais comme une mine à ciel ouvert où nous puisons sans conscience. Toutes nos vies, toutes nos villes, toutes nos sociétés sont basées sur la jouissance de l'avoir immédiat, jetable et non sur la prise en compte de réalités physiques et géologiques que nous impose notre planète. « De l'ère de l'abondance nous entrons dans l'ère de la rareté » nous dit Nicolas Hulot, pourtant nous regardons ailleurs. Les alertes sont pourtant là, mais nous regardons ailleurs. Ainsi à une échelle très locale, lorsque j'étais élus, je me suis battu pour que le renouvellement urbain prenne en compte les conséquences, pour les Ulissiens, le pic pétrolier survenu en 2006, car je voyais bien que nos logements n'étaient pas viables, en hiver, dans un monde d'après-pétrole. La courte expérience de ce mois de décembre 2015, aux Ulis, où des travaux ont obligé le fournisseur de chaleur à couper l'approvisionnement d'eau chaude, pendant 24 h, nous l'a parfaitement démontré. Il n'aurait pas fallu que cette coupure soit plus longue sinon la situation serait vite devenue invivable entre le froid des appartements et l'eau glacée des douches. Ainsi je m'étais battu afin que nous construisons en habitat passif mais personne ne m'a suivi à l'époque ... « Trop cher, coups partis, faut être réaliste Bruno, faut être pragmatique et arrêter de rêver, les ulissiens ne peuvent pas se l'offrir » (NDA : par contre raquer toute leur vie pour pourrir le climat et alimenter les multinationales, ça ils peuvent se l'offrir !), m'a-t-on rétorqué à chaque fois que je revenais à la charge. Malheureusement quand la fainéantise intellectuelle d'une majorité est plus forte que la raison d'un seul, il n'y a rien à faire. Dans la même veine, je me souviens de cette coupure, volontaire, d’électricité, d'une journée, au labo et qui a complètement paralysé toutes activités, plus de hottes, plus d'étuves, plus d'appareil de mesure, plus d'ordinateur … l'activité professionnelle et donc la production (de science) était complètement à l'arrêt. Ces courtes et innocentes expériences devraient nous alerter, nous interroger sur notre dépendance. Cela devrait nous interpeller sur notre vulnérabilité face à ce pétrole et cette électricité qui coulent dans nos veines. Comment se nourrir avec du pétrole hors de prix ? Que donnerait un black-out dans les grandes régions industrialisées, à l'autonomie alimentaire de quelques jours ? Je pense que tout cela tournerait rapidement à l'émeute. Nos villes françaises sont des malades perfusés au pétrole Arabe, au gaz Russe et à l'uranium Nigérien, supprimez-leur leur perfusions et les malades décéderont. Cela s’appelle l'effondrement. Cela devrait nous interroger sur notre vulnérabilité, mais force est de constater que cela n'interpelle pas grand monde.

Nous n'avons plus le temps de tergiverser.

Pourtant nous nous devons de relever le défi de la durabilité. Ce n'est plus un choix mais la seule urgence qui vaille. Nous n'avons plus le temps de nous contenter de mesurettes qui s'apparentent plus à du greenwashing qu'à une véritable prise de conscience des dangers qui sont devant nous. Il est temps de regarder, dans les yeux, les dragons des crises climatiques, environnementales, énergétiques, métalliques et finalement sociales et pacifiques, afin de les combattre efficacement et espérer en venir à bout.

Partout dans le monde des expérimentations, des projets alternatifs et industriels démontrent qu'il est possible de produire et de vivre autrement et mieux, tout en épargnant les Hommes et leur environnement. Partout des pionniers réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. Ces expériences ont démontré leur efficacité, nous nous devons de nous en inspirer, de les amplifier afin de dépasser le stade de l'expérimentation. Nous nous devons de les intégrer les unes entre elles, sur un même territoire, afin de repenser notre façon de vivre ... une façon de vivre moins prédatrice mais plus humaine, plus solidaire … plus noble.

« Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

C'est pourquoi nous devons lancer un immense plan Marshall de la durabilité mondiale et passer à la vitesse supérieure dans un esprit volontariste. Les indispensables et courageux colibris ne suffiront pas à éteindre l’incendie, il va nous falloir utiliser des armées de pompiers et de canadairs. Nous devons tous nous retrousser les manches, abandonner et dépasser tout ou partie de nos intérêts personnels, égoïstes et égocentriques. Si nous sommes tous de potentiels colibris, nous pouvons aussi être ces pompiers, mais pour cela nous nous devons de tuer nos dieux divins et consuméristes. Nous devons unir nos énergies, nos connaissances, nos influences pour nous sauver de la chute finale. Seul nous ne pouvons rien, mais ensemble et pour tous, nous pouvons beaucoup et pour ce faire, si nous devons penser global il nous faudra agir local. Ainsi il nous faut trouver le périmètre pertinent pour être efficace et visible : Les communautés d'agglomérations me semblent la bonne taille. Nous devons réunir tout ce que nos métropoles rassemblent de décideurs économiques, éducatifs et politiques, d'agriculteurs, d'associations environnementales et issues de l'ESS, d'agences pour l’emploi dans de grandes sessions de travail annuelles, loin des conférences d'auto-congratulation, sorte de « grandes messes qui font croire aux citoyens que l’on agit pour la planète alors qu’en réalité, nous continuons à épuiser partout ses ressources » … Loin des « agenda 21 » qui ont tous démontré leurs limites, car, à l'instar de Pierre Rabhi, je pense « qu’il y a beaucoup trop de théories dans ce monde et pas assez d’actions ».

Cet immense plan Marshall de la durabilité mondiale, se doit de passer par du travail collectif technique, organisationnel, de coordination, de modifications et d'engagements concrets des uns et des autres, autour des alternatives expérimentées ici et ailleurs confrontées au réel. Il nous faudra accepter, comme le dit si justement mon père, de jouer ensemble, collectif, à tous les niveaux, et non en additionnant nos produits finis personnels. Ce travail se devra d'être suivit d'évaluations, de recalages et d'ajustements annuels, suivant des indicateurs concrets, et de la prise d'engagements supplémentaires afin d'entrer dans un cercle vertueux et salvateur. Ces expériences de volontarisme durable devront être parfaitement exemplaires afin de pousser toutes les autres collectivités à emboîter le pas de la durabilité.

Je suis bien conscient des contraintes économiques, des « lois du marché » que nous imposent notre monde de compétition et de productivité qui freine toute volonté de changements. J'ai bien conscience des freins idéologiques, psychologiques et des intérêts personnels qui rendent une démarche de changements systémiques proche de l'impossible, mais nous n'avons plus le choix : c'est cela ou être condamné à court terme (50 ans pour la NASA) à disparaître.

J’exhorte à la révolution pacifique, culturelle et écologique.

J'exhorte donc tous les Hommes de bonnes volontés à déclencher ce travail impérieux autour de l'éducation et de la culture pour toutes et tous (nécessaires et indispensables points de départ de toute révolution), du renoncement accepté et de la sobriété heureuse pour un monde enfin durable et désirable.

J'exhorte donc toutes les forces vives de nos cités à déclencher ce travail impérieux autour des économies d'énergies, de la sortie, à court terme, des énergies fossiles et du développement des énergies renouvelables.

J'exhorte toutes les forces vives de nos cités à déclencher ce travail autour du développement de nouvelles formes de mobilités plus sobres en émissions de Gaz à Effet de Serre ... à réduire la place de la voiture. A questionner tout projet urbain (infrastructures routières, habitats, commerces …) aux regards des impératifs climatiques, sociaux et environnementaux, à avoir une vision innovante et audacieuse, dans tous nouveaux projets de constructions neuves, afin de limiter l'usage du béton, fort émetteur de Gaz à Effet de Serre, et a les réaliser suivant tous les principes du développement durable.

J'exhorte toutes les forces vives à protéger les terres agricoles, à soutenir et promouvoir l'agriculture urbaine (permaculture, agroforesterie, biologique ...) et de proximité, de saison et sources d'emplois durables, vivrière, saine et aux circuits court, sur tout les territoires des agglomérations et métropoles. A promouvoir auprès des populations, de manière constante, adaptée et volontariste les principes du développement durable, de la sobriété heureuse, de la solidarité et à soutenir les initiatives citoyennes pour le climat, la transition énergétique et l'économie décarbonée.

J'exhorte tous nos décideurs à réinventer l'économie pour la remettre à sa juste place, c'est à dire au service de l'humanité. A promouvoir l'économie circulaire et à condamner l'obsolescence programmée qui est un crime contre l'humanité. A orienter les investissements et les marchés publics vers des choix et des filières sobres en carbone, à entamer des dialogues constants avec leurs partenaires financiers sur leurs investissements et leur émissions de gaz à effet de serre, sur les moyens mis en œuvre pour contribuer à la transition énergétique et écologique de l'économie et de la société, à l'équité sociale et à ne plus soutenir les multinationales pour préférer, autant que possible, l'économie sociale et solidaire, alternative, biologique, de proximité et écologique.

Ce travail est immense, presque impossible, je sais, mais avons nous une autre alternative si nous ne voulons pas l'effondrement mondial de l'humanité ? J'exhorte donc notre monde à amplifier et accélérer les politiques actuelles en faveur du climat, de la préservation de l'environnement naturel et agricole, de la sobriété énergétique et de l'égalité sociale et culturelle afin de relever le défit de la durabilité. Je nous exhorte tous à cesser cette guerre contre la nature qui, si nous la gagnons, signera notre fin comme nous le dit, si bien, Hubert Reeves. Cette humble prière sera mon vœux pour la nouvelle année qui s'annonce et que je vous souhaite belle, pacifique, écologique, pleine de conscience des urgences, de dépassements de soi et de renoncements acceptés, de volontés d'agir et de rêver, d'amour et d'amitiés.

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