"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 23 mars 2012

Gaz de schiste : Les coups bas du gouvernement


L'hypocrisie du gouvernement sur les gaz et huiles de schiste :
comment contourner en douce une interdiction mise en scène à travers la loi ?

Paris, le 22 mars 2012

Alors que le gouvernement se targue d'être le premier au monde à avoir « interdit » le recours à la fracturation hydraulique, technique jugée « mal maîtrisée et dangereuse » par la ministre de l'Environnement, nous apprenons aujourd'hui la création d'une Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation de cette technique ayant pour mission « d'évaluer les risques environnementaux liés à la fracturation hydraulique et émettre un avis sur les conditions de mise en œuvre des expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique ».

Pourquoi cette évaluation des risques alors que tant d'études scientifiques indépendantes démontrent de manière certaine la dangerosité de cette technique (pollution massive des sols, contamination des nappes phréatiques, risques sanitaires majeurs) ? Pourquoi ces expérimentations scientifiques alors que les citoyens français ne cessent d'exprimer leur totale opposition à l'utilisation de cette technique mortifère pour notre environnement et notre climat ?

Sous couvert de recherches scientifiques, le gouvernement joue aux apprentis sorciers pour le plus grand bonheur des lobbies pétroliers et gaziers.

L'analyse du décret portant création de cette Commission nationale achève de démontrer le parti pris gouvernemental. Certes, une place est laissée à trois représentants d'associations agréées pour la protection de l'environnement mais, à côté des cinq représentants de l’État, y siégeront aussi trois représentants des entreprises gazières et pétrolières, ainsi que trois représentants du personnel de ces industries. Trois personnalités qualifiées au vu de leurs compétences scientifiques seront également de la partie, cette compétence étant laissée à l'appréciation du seul ministre de l'Industrie… L'équilibre des forces et intérêts en présence est donc loin d'être assuré.

Nos associations rappellent en outre que le problème de l'exploration et de l'exploitation des gaz et huiles de schiste ne se limite pas à la question de la fracturation hydraulique. Selon le Potsdam Institute for Climate Impact Research, si l'on veut éviter le pire et contenir le réchauffement global moyen en deçà de 2°C d'ici à la fin du siècle, seul moins du quart des réserves prouvées en combustibles fossiles (pétrole, gaz et charbon) peut être utilisé d'ici à 2050 ! Dans ces conditions, pourquoi sonder le sous-sol ?

Alors que la Bulgarie vient, elle, d'interdire définitivement le recours à la fracturation hydraulique et d'abroger les permis délivrés à Chevron, nos associations dénoncent cet énième pied de nez du gouvernement à l'écologie et à la démocratie. Nul besoin d'une Commission à l'indépendance douteuse pour affirmer notre rejet total de toute utilisation de la fracturation hydraulique et, plus largement, de toute exploration ou exploitation de gaz et d'huiles de schiste en France ou ailleurs.

La conférence de Rio+20 en juin au Brésil sera l'occasion de montrer que la mobilisation citoyenne ne faiblit pas et qu'elle compte bien faire entendre sa voix, comme ce fut le cas il y a peu lors du Forum Mondial de l'Eau à Marseille.

Gaz et huiles de schiste : ni ici ni ailleurs, ni aujourd'hui ni demain !

Signataires : Amis de la Terre, France Libertés, ATTAC, AITEC, RAC, Greenpeace, Helio, CRID, WECF ...

Contact presse Attac :
Maxime Combes 06 24 51 29 44

mercredi 14 mars 2012

Ruiner son capital pour s'enrichir


Pourquoi les politiques d’austérité, en œuvre en Europe, semblent quand même en partie acceptées par l’opinion ? Deux arguments liés l’un à l’autre font mouche en général :
  • un Etat ne peut pas durablement dépenser plus qu’il ne gagne ; nous ne pouvons pas "vivre au-dessus de nos moyens"
  • il va bien falloir payer maintenant pour les excès passés et "purger nos montagnes de dettes"
Ce "bon sens" apparent est difficile à contrer frontalement, même si les conséquences prévisibles des politiques fondées sur un tel raisonnement sont dévastatrices au plan économique, social et bien sûr écologiques parce que l’environnement attendra !

Et pourtant il nous faut ouvrir les yeux sur le fait qu'une vision étroitement comptable peut conduire à faire des choix stupides au plan collectif.

Un petit détour par ce qui se passe en ce moment dans le domaine des énergies renouvelables pourrait peut-être nous aider à ouvrir les yeux. En effet, dernièrement une centaine de députés conservateurs anglais viennent de publier une lettre ouverte contre l’éolien. Leur argument central ? En pleine cure d’austérité, dépenser de l’argent pour les énergies propres est, selon eux, un gaspillage financier. L’argument avancé peut s’appliquer à l’ensemble des dispositifs visant à la transition vers une économie sobre en ressources et bas-carbone. Le propre, l’écologique (dit autrement l’économe en ressources naturelles) coûtent cher et en période de rigueur, il nous faut donc se résigner au sale et se contraindre à ne pas économiser nos ressources naturelles. Pour aller mieux au plan économique, il faudrait donc dilapider notre patrimoine ? Le préserver serait un luxe de riche.

Nous avons perdu ce vrai bon sens pour le remplacer par un "bon sens" inverse qui nous dit qu’il faut détruire la nature (gaspiller nos ressources) au nom de la saine gestion (ne pas gaspiller l’argent). Le diagnostic me semble clair : nous sommes en plein délire.

A quoi cela est-ce dû ? A mon avis, à ce qui pourrait apparaître comme une subtilité sémantique : l’usage inapproprié des mots "coût" ou bien encore "richesse", dont on ne sait ce qu’ils veulent dire tant que l'on ne précise pas "coût pour qui ?" ou que l'on ne défini pas la notion de richesse.

Et ainsi nous tombons dans le délire d’inversion quand nous appliquons des critères et des raisonnements microéconomiques à des enjeux macroéconomiques. C’est alors que nous justifions la destruction de nos richesses au motif que ce serait un moyen de cesser de s’appauvrir ! Tout comme le mot coût, le mot richesse est une source de confusion permanente. La richesse d’un citoyen est-ce son patrimoine (un stock) ou son revenu (un flux) ? Première confusion. Deuxième confusion encore plus grave : la richesse d’une collectivité c’est son patrimoine (naturel, culturel, industriel, humain) ou son PIB ? La réponse est évidente. Peut-on et doit-on appauvrir une nation (au sens réel de son patrimoine) pour l’enrichir (au sens conventionnel de son PIB) ?

Dans l'histoire de l'humanité les exemples de ce délire d'inversion sont légions et montrent, par l'extinction des civilisations qui l'ont subit, combien il est dangereux. Pour s'en convaincre souvenons-nous que c’est bien ce qui est arrivé, comme l’a montré Jared Diamond, à des civilisations entières qui n’ont pas su préserver leur patrimoine naturel dont elles dépendaient. Que l’on pense à la salinisation des sols due aux réseaux d’irrigation de la civilisation mésopotamienne ou bien encore à l’île de Pâques, symbole d’une civilisation détruite par idolâtrie des indicateurs comptables, il s'agit là de ce même aveuglement vis-à-vis de l'environnement dont dépend la vie.

Dès lors les réalistes ne sont pas ceux que l'on croit et les idéalistes sont bien ceux qui pensent que l'on va pouvoir indéfiniment puiser et épuiser notre environnement, sans que cela ne se retourne contre nous. Alors, en vérité je vous le dis, la seule voie sage pour une vie humaine durable est celle de l'écologie car issue de l'observation des équilibres planétaire que notre vanité humaine nous ordonne d'ignorer alors que nous dépendons de ceux-ci.

La seule voie sage pour une vie humaine durable est celle de l'écologie il est plus que temps d'ouvrir les yeux, ce n'est pas faute de prévenir !


Texte très largement emprunté à Alain Grandjean

Économiste et co-auteur des livres "Le plein s'il vous plaît" et "C'est maintenant", collaborateur de.M Jancovici , il travail à concevoir et pousser des mesures visant à faire émerger un nouveau modèle économique, sobre et solidaire.

lundi 12 mars 2012

La presse souligne les «contradictions» de Nicolas Sarkozy face à l'Europe

Nicolas Sarkozy ayant annoncé vouloir réformer les accords de Schengen, dimanche à Villepinte, de nombreux éditorialistes pointent la contradiction, le candidat PS ayant été vilipendé par l'UMP pour avoir annoncé son intention de renégocier un traité pas encore appliqué.

Dans Libération, Paul Quinio trouve que "le président sortant est apparu plein de contradictions. A force d'avoir compris beaucoup de choses et de se repentir à longueur de discours, Nicolas Sarkozy frôle le tête-à-queue". Et de souligner comme d'autres qu'il y encore contradiction "quand il s'arroge la possibilité de modifier les traités européens mais l'interdit à son adversaire."

Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger fait chorus: "Quand Hollande réclame la renégociation d'un traité qui n'est pas encore appliqué, le président-candidat n'hésite pas à envisager la suspension de traités en vigueur depuis des années. Il veut coller au plus près des préoccupations des électeurs, ce qui le mène à des acrobaties spectaculaires. Et en l'occurrence, au tête-à-queue."

"Ainsi donc, quand Nicolas Sarkozy reproche vertement à François Hollande de vouloir renégocier le traité européen sur la stabilité et la gouvernance signé le 2 mars, jure-t-il qu'il se soustrairait, lui, à la règle commune si celle-ci ne changeait pas" s'étonne Ivan Drapeau de La Charente Libre.

"Hier accusé par Nicolas Sarkozy de vouloir remettre en cause la parole de la France, François Hollande va sans doute apparaître ce matin comme un réformateur très modéré aux yeux de nos voisins européens!" ironise Hervé Favre dans La Voix du Nord.

"Pour en avoir dit bien moins encore pour ce qui est de l'ampleur des points à renégocier, François Hollande était qualifié voici peu "d'irresponsable", par François Fillon", note Jean-Michel Helvig La République des Pyrénées.

"Ses homologues conservateurs de Londres, Madrid ou Berlin, qui refusent de recevoir François Hollande parce que celui-ci veut renégocier le dernier traité européen, vont-ils aussi boycotter Nicolas Sarkozy qui veut à son tour renverser la table ?» se demande Bruno Dive dans Sud-Ouest.

Hier donc, un Sarko identique à lui même, sans programme, sans vision pour la France, plein d’incantations testostéronées, plein de promesses qui n’engageront que ceux qui voudront bien y croire, plein de stigmatisation, plein d’œillades vers l’extrême droite. Bref un Sarko qui n'a pas changé et qui prend toujours autant les Français pour des truffes, croyant qu'il pourra leur refaire le coup des promesses sans que le peuple ne s’aperçoive de la supercherie.

D'après 20minutes.fr

vendredi 24 février 2012

La Recherche : Appel de l’Enseignement supérieur et de la Recherche aux candidats à l’élection présidentielle et aux citoyens

L’actuel gouvernement présente la réforme de l’Université comme l’une des grandes réussites du quinquennat. Il prétend avoir donné aux universités leur autonomie, avoir fait, en faveur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « des efforts financiers sans précédent », avoir engagé une politique de l’excellence qui commencerait à porter ses fruits au niveau international et avoir réformé la formation des maîtres pour parvenir à une « meilleure formation des enseignants ».

Tout cela est faux !

Vous avez dit « autonomie » ?

- Les universités subissent une tutelle du Ministère toujours plus tatillonne et dépendent de plus en plus de financements privés et d’impératifs de rentabilité immédiate. L’attribution des crédits récurrents de l’État est toujours aussi parcimonieuse et opaque. Et les « Responsabilités et Compétences Élargies » imposées aux universités ne contribuent en rien à leur autonomie puisque l’État leur délègue de nouvelles charges financières sans les compenser.

- Alors que le gouvernement affiche l’Enseignement comme secteur prioritaire, aucun poste d’enseignant n’a été créé dans le supérieur depuis 2008. Le budget des universités, hors inflation, est en baisse d’environ 1 %. La liste des universités en déficit structurel ne cesse de s’allonger, imposant à l’État une mise sous tutelle contraire à l’autonomie qu’il prétend donner. Partout le développement des emplois précaires sert de variable d’ajustement à des budgets très contraints.

- L’indépendance scientifique et les libertés académiques des universités, des enseignants-chercheurs et des chercheurs ne sont plus respectées.

Vous avez dit « excellence » ?

- Le culte de l’excellence – mot magique jamais défini – ne peut faire oublier comment la recherche est malmenée dans notre pays : diminution des financements récurrents des universités et des organismes de recherche (jusqu’à – 90 % dans certains laboratoires), suppression de 10 % des emplois administratifs du CNRS, sans lesquels les chercheurs ne peuvent travailler.

- L’application de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) ravale des établissements de recherche comme le CNRS ou l’INSERM, que le monde entier nous envie, au rang de simples « agences de moyens ».

- Pour faire remonter les universités dans des classements internationaux aux critères très discutables, le gouvernement a poussé aux regroupements en tous genres. Cette course au gigantisme a fait naître un système à plusieurs vitesses. Les disparités entre universités se creusent et menacent les équilibres inter et intra-régionaux, obligeant les étudiants à une mobilité qui pénalise les moins favorisés.

- Une concurrence généralisée s’est instaurée, entretenue par deux agences de pilotage et d’évaluation très coûteuses, au fonctionnement opaque : l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES). Les universitaires et les chercheurs gaspillent désormais une part considérable de leur temps à rédiger rapports d’activité, dossiers de demande de financement et appels à projets, au détriment de leurs missions fondamentales de recherche et d’enseignement.

Vous avez dit « une meilleure formation des enseignants » ?

- Des rapports de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes l’ont désormais établi : la réforme de la formation des enseignants des premier et second degrés est un échec flagrant.

- Elle aura finalement provoqué la chute du nombre de candidats aux concours, le démantèlement ou l’affaiblissement des IUFM et la désorganisation des UFR, l’augmentation du nombre d’enseignants précaires, et conduit de jeunes professeurs à exercer à temps plein sans formation professionnelle suffisante.


Nos concitoyens doivent savoir que le monde de
l’Enseignement supérieur et de la Recherche
est au bord de l’asphyxie.


C’est pourquoi nous, enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs, bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé, étudiants, lançons un appel solennel pour que soit mis un terme à toutes ces réformes, dont les effets sont dévastateurs.


Nous demandons une nouvelle politique pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, en rupture avec les réformes destructrices que nous subissons depuis des années. Celle-ci devrait reposer sur les dix principes et objectifs suivants :

  1. Remplacer la loi LRU
  2. Abroger le décret du 23 avril 2009 modifiant le statut des enseignants-chercheurs.
  3. Rouvrir en urgence le dossier de la formation des maîtres
  4. Élaborer un plan pluriannuel de création de postes et un programme de résorption de la précarité pour les universités et les organismes de recherche
  5. Garantir à tous nos organismes de recherche les moyens humains et financiers nécessaires
  6. Revenir à un traitement équitable entre universités
  7. Doter tous les établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche de conseils décisionnaires où les élus des personnels et des étudiants soient largement majoritaires et limiter l’empilement des structures
  8. Redonner confiance à tous les personnels en mettant fin aux dispositifs qui créent des discriminations et un climat de concurrence permanente
  9. Améliorer les conditions de vie des étudiants
  10. Abroger le décret Guéant du 31 mai 2011

Signez la pétition ICI

Les marchants de doutes

L’Heartland Institute, la machine à plomber le climat

La publication de documents internes du think-tank américain révèle sa stratégie pour contrer la réalité scientifique du changement climatique. Au menu : modification des programmes scolaires, salaires versés aux climato-sceptiques, influence sur les médias...

Aux Etats-Unis, c’est bien connu, on aime faire les choses en grand. Après les 111,3 millions d’accros au football américain du Super Bowl, les 45 millions de dindes dévorées pour Thanksgiving, voici une autre nouvelle « super machine » : celle à démonter la réalité scientifique du changement climatique anthropique. Le nom de cet exterminateur ? Le Heartland Institute. Les documents internes récemment révélés par le blog DeSmogBlog et par Think Progress étalent sans scrupules les stratégies mises en place par ce think-tank pour que le droit à polluer soit remis au goût du jour. En cinq points, Terra eco vous explique comment ce groupe s’y prend pour casser la baraque climatique.

- Aux écoliers, tu diras que le changement climatique est un canular.

« Beaucoup de personnes déplorent l’absence de matériels éducatifs, qui ne soit ni alarmistes ni surpolitisés, sur le changement climatique pour les écoliers du 12ème grade (l’équivalent de la classe de terminale, en France, ndlr). Heartland a essayé de rendre ce matériel disponible, mais n’a eu qu’un succès limité », peut-on lire dans le paragraphe consacré à l’éducation. Heureusement, le think-tank a une solution : le Dr. David Wojick. Ce sauveur n’est autre qu’un des consultants, issus de l’industrie du charbon, du bureau de l’information scientifique et technique du Département de l’Energie américain, pour lequel il a notamment planché sur la question de l’éducation des sciences et de l’environnement. Questions stratégies et contacts dans le milieu, c’est donc peu dire qu’il en connaît un rayon. Son plan ? Un programme scolaire destiné à démonter la bien-pensance climatique qui devrait avoir « un grand succès », comme l’espère Heartland.

Le Dr. Wojick a en effet imaginé quels concepts les enseignants devraient aborder, grades après grades, pour avoir le plus d’impacts. Les 17-18 ans se verront enseigner des modules comme « l’activité humaine change le climat est une controverse scientifique majeure » ou « le CO2 est un polluant controversé ». Les enfants de 12 à 15 ans devront apprendre que « les impacts sur l’environnement sont souvent difficiles à déterminer. Par exemple, il y a une importante controverse sur le fait que les humains changent ou non le climat ». Un « donneur anonyme » tel que le nomme le think-tank, semble emballé par ce projet : il lui a donné 100 000 dollars (75 516 euros), en partie reversés au Dr. Wojick, rémunéré à hauteur de 5 000 dollars (3 775 euros) pour chaque module proposé.

- Aux « anti-climat », tu donneras beaucoup d’argent

Grâce à Heartland, Anthony Watts se remplit aussi les poches. Cet ancien présentateur météo tient un des blogs les plus connus parmi les « anti-climat », Watts up with that ?. « Hearland s’est engagé à aider Anthony à lever 88 000 dollars (66 457 euros) en 2011 », atteste en effet un document, et ce afin de créer un nouveau site dédié au suivi des températures de surface. Pour Watts, les températures enregistrées depuis des décennies ne pourraient en effet pas être prises au sérieux, car parasitées par les micro-conditions régnant autour des thermomètres, à cause des radiations issues des bâtiments, des machines, des routes (révélant qu’il méconnaît de fait que les modélisations réalisées par les scientifiques sont pensées pour éliminer ces données parasites).

D’autres « anti » sont généreusement arrosés par Heartland, afin qu’ils continuent à répandre leurs messages climato-sceptiques, d’après cet autre mémo, résumant la stratégie du think-tank pour 2012. C’est le cas de Craig Idso, fondateur du Centre pour l’étude du CO2 et du changement climatique, payé 11 600 dollars par mois, soit 8 760 euros, par Heartland. Ou encore de Fred Singer, professeur émérite de sciences environnementales à l’Université de Virginie (5 000 dollars par mois, soit 3 775 euros), de Robert Carter, chercheur à la James Cook University, en Australie (1 667 dollars par mois, soit 1 258 euros). Le trio a déjà publié un ouvrage, Climage Change Reconsidered, disponible en ligne et coproduit par le Heartland Institute. Au total, le groupe dépenserait quelques 300 000 dollars (226 539 euros) en salaires pour payer des experts, rassemblés dans ce qu’ils nomment le « Nongouvernemental panel on climate change », afin de démonter les conclusions de l’Intergovernemental Panel on Climate Change (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), établi par le Programme pour l’environnement des Nations Unies et l’Organisation météorologique mondiale.

- Des conférences anti-climatiques, tu organiseras

C’est le point d’orgue des actions menées par le think-tank : organiser de grandioses contre-conférences allant à l’encontre des annuelles et officielles « Conferences of the parties »mises en place par l’IPCC. La quatrième conférence s’est tenue à Chicago, dans l’Illinois. En 2009, Suzanne Goldenberg, du Guardian, s’était aventurée dans les couloirs de l’une de ses réunions à New York, où se tenaient des sessions aux intitulés aussi improbables que « changement climatique et événements extrêmes : mensonges et statistiques », (voir la vidéo ici).

- Les grands médias, tu mettras dans ta poche

Certains médias ont été des alliés efficaces pour relayer les propos climato-sceptiques. Mais certains, à l’instar de Forbes, semblent avoir cassé le pacte. « Les efforts auprès de médias tels que Forbes sont particulièrement importants maintenant qu’ils ont commencé à permettre à des scientifiques très en vue, comme Peter H.Gleick, (un spécialiste des liens entre environnement, développement économique et sécurité internationale au Pacific institute d’Oakland, en Californie, ndlr) de publier des essais sur la science du changement climatique qui contrent les nôtres. Cette audience très suivie était anti-climat et il est important de continuer à y garder nos voix adverses », mentionne ce document sur la stratégie climatique pour 2012 (ici). Heartland envisage aussi d’approcher le journaliste Andrew C. Revkin, qui tient le blog DotEarth, en utilisant l’antipathie que celui-ci exprime vis-à-vis des plus extrêmes défenseurs du changement climatique anthropique.

- Des fonds des grands industriels, tu récolteras

En 2012, Heartland compte bien récolter 7, 7 millions de dollars (5,8 millions d’euros), soit 170% de budget en plus, auprès de ses donateurs, décrit le document dédié à la récolte de fonds. Parmi eux, un très secret (et très riche !) « anonymous donor » a promis 1,2 millions de dollars (900 000 euros). Pour boucler son budget, Heartland table sur de grandes compagnies, déjà partenaires, pour renouveler leurs dons. C’est le cas des géants du tabac Altria et Reynolds America, ou des « Big Pharma » que sont GlaxoSmithKline, Pfizer et Eli Lilley. Plus surprenant, des entreprises s’engageant pourtant publiquement en faveur de la lutte contre le changement climatique... versent aussi de l’argent à Heartland, à l’instar de Microsoft. Contribution au think-tank en 2009 : près de 60 000 dollars (45 300 euros). Réponse des intéressés : la société de micro-électronique aurait fait cette donation dans le cadre d’un autre programme mené par Heartland, qui donne l’accès à des logiciels à des organisations à but non lucratifs. « Notre position sur le climat demeure inchangée », a affirmé au Guardian une porte-parole de l’entreprise.

Après la publication de ces documents internes, la réponse du Heartland Institute n’a pas traîné : dans un communiqué de presse, le think-tank a promis de s’attaquer aux blogs et aux sites qui avaient repris ces documents avant qu’ils n’aient pu répondre. Car Heartland ne dément pas vraiment : à ses yeux, seul un des documents serait un « faux », titré « Confidential memo : 2012 Heartland climate strategy » (Note confidentielle : Heartland, la stratégie 2012 pour le climat).

Alice Bomboy - terraeco.net

mardi 21 février 2012

L'Environnement perd son ministère

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait commencé avec la création d'un superministère de l'Environnement, engagement de campagne. Il va se terminer sans ministère de l'Environnement… La nomination de Nathalie Kosciusko-Morizet au porte-parolat du président-candidat le 18 février va en effet entraîner la disparition de cette entité. Les portefeuilles du ministère de l'Environnement seront bientôt rattachés au Premier ministre, a indiqué le chef de l'Etat. La démission de NKM est l'affaire de "quelques jours" : "J'ai quelques dossiers à finir, notamment la clause de sauvegarde sur les OGM. (…) Après je m'occuperai à plein temps de la campagne", a-t-elle expliqué.

"La disparition du poste de ministre de l'Ecologie illustre jusqu'à la caricature la phrase prononcée par Nicolas Sarkozy en 2010 : « l'environnement, ça commence à bien faire »", a commenté Philippe Martin, secrétaire national adjoint à l'environnement au Parti socialiste, ajoutant : "Quant à confier le sort de l'écologie au Premier ministre François Fillon, c'est aussi enthousiasmant que de confier la lutte contre le réchauffement climatique à Claude Allègre".

Pour Stéphen Kerckhove, délégué général d'Agir pour l'environnement, "il y a des symboles qui en disent parfois autant que les petites phrases du chef de l'Etat qui estimait que « l'environnement, ça commence à bien faire ». La réalité institutionnelle a été mise en adéquation avec l'orientation politique du président-candidat". Stéphen Kerckhove estime qu'il "est grand temps de réinsuffler une dynamique à la politique environnementale française en lui donnant une constance et une orientation qu'elle n'a pas eues durant cinq longues années".  

Un portefeuille déjà allégé en 2010

Le ministère de l'Environnement avait déjà été affaibli en novembre 2010, lors de la passation de pouvoir entre Jean-Louis Borloo et NKM. Le ministre d'Etat, numéro 2 du gouvernement, laissait sa place à une "simple" ministre, qui reculait de deux places dans le gouvernement (numéro 4). Le ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat était alors devenu le ministère de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement (MEDDTL), perdant en route le portefeuille de l'Energie (rattaché à l'Economie) et l'Aménagement du territoire (rattaché à l'Agriculture).

Sophie Fabrégat. Actu-Environnement.com

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Et après cela on me dit que l'écologie n'est ni de droite ni de Gauche. Foutaise que ces rhétoriques à la con ! la droite prouve, aujourd'hui, qu'elle n'a pas pris les défis environnementaux au sérieux et que nous avons bien raisons, nous les écolos, de nous situer à la Gauche de l'échiquier politique.

 Là est notre vraie famille.

Bruno

jeudi 16 février 2012

En 2012, un grenelle de la Recherche

La recherche à reconstruire après les années Sarkozy

Par Alain Trautmann, le 4 janvier 2012 - Mediapart

Fin novembre 2011, on a appris que, sur décision du ministère de la recherche et de l’enseignement supérieur, l’ANR (Agence Nationale de la Recherche) avait annulé son programme 2012 de financement sur les contaminants de l’environnement et leurs effets, programme qui avait été lancé à peine un an plus tôt... On sait que les cancers liés à l’environnement sont en forte croissance, et que l’étude de l’impact des contaminants environnementaux sur les écosystèmes, les organismes et la santé humaine sont des sujets de recherche d’une grande importance sociétale. La décision ministérielle appliquée par l’ANR indique l’importance réelle qu’accorde notre gouvernement à ces questions. Pour protester contre cette irresponsabilité, des chercheurs viennent de lancer une pétition demandant le rétablissement immédiat de ce programme de l’ANR.

Mais il ne faut pas se contenter de cela et, à partir de la question de la recherche sur les contaminants de l’environnement, poussons un peu plus loin l’analyse de l’organisation actuelle de la recherche et de la pérennité de son financement. Dans le contexte électoral actuel, un tel approfondissement de l’analyse peut avoir quelque utilité.

L’ANR est une agence de financement dont on voit une fois de plus qu’elle constitue une structure grâce à laquelle le gouvernement peut décider seul des sujets de recherche qui lui paraissent conjoncturellement importants, en se passant de l’avis des scientifiques et des parlementaires. Son horizon est politique, ce sont les prochaines élections, et non pas le développement à long terme de la recherche. Or les questions de toxicité environnementale ne sont évidemment pas des questions conjoncturelles, susceptibles d’être réglées avec des programmes de 3 ans -en imaginant même qu’ils ne soient pas annulés au bout d’un an-. De telles questions de long terme devraient être prises en charge et financées par des structures sachant fonctionner sur cette durée : les organismes de recherche (CNRS, INSERM, INRA) et les universités. Pour les étudier, il faut créer des postes, car le développement d’un secteur de recherche ne peut se faire sans investissement humain. Et d’ailleurs, parmi les promesses du Grenelle de l’environnement, figuraient la création de postes d’enseignants-chercheurs. Ces postes n’ont existé que sous forme d’annonce, puis ils ont été oubliés. Lorsqu’il s’adresse aux médias, le souriant ministre de la recherche, Laurent Wauquiez, est un ardent défenseur du Grenelle de l’environnement. Puis il décide de faire le contraire de ce qu’il a annoncé, pour des raisons sur lesquelles on peut s’interroger. Volonté de faire des économies tous azimuts ? Volonté de satisfaire des lobbies de l’industrie chimique qui n’aiment pas que l’on examine de trop près les risques liés à leurs produits, que l’on développe une expertise indépendante sur ces sujets qu’ils aimeraient contrôler ?

Les citoyens-électeurs doivent savoir que, concernant les recherches portant sur les risques environnementaux, comme pour toutes les recherches, y compris fondamentales, dont on ignore l’utilité immédiate mais dont notre pays a également besoin, nous disposons d’universités et d’organismes de recherche dont certains, en particulier le CNRS, attirent des chercheurs du monde entier. C’est à ces structures que des moyens importants doivent être attribués. Y compris en période de crise, la recherche a besoin d’investissements soutenus. La solution ne saurait être de multiplier les nouvelles structures du type ANR (agence de financement) ou AERES (agence d’évaluation de la recherche), ou LABEX et IDEX (outils de restructuration de la recherche et de l’enseignement supérieur qui, dans les faits, retirent aux organismes de recherche la possibilité de mener une politique scientifique). Il faudrait au contraire renforcer les structures de recherche conçues pour travailler sur le long terme. La politique actuelle, en tournant complètement le dos à ces principes, nous mène droit dans le mur, vers une recherche désarticulée, hoquetant au rythme de la conjoncture politique immédiate. Nicolas Sarkozy a amplement démontré son savoir-faire en matière d’annonces non suivies d’effets, son ignorance abyssale des principes de fonctionnement de la recherche. S’il est réélu, l’avenir de ce secteur d’activité sera extrêmement sombre.

Dans le contexte actuel, les petits ajustements et autre demi-mesures ne sauraient suffire. Pour pouvoir développer la recherche dans notre pays, dans sa dimension fondamentale comme dans les aspects plus appliqués (comme l’étude des risques environnementaux), il faut rompre avec les structures d’organisation de la recherche mises en place au cours des années Sarkozy, il faut donner aux organismes de recherche et aux universités les moyens de mener une politique scientifique au long terme. Cette analyse a été abondamment développée par les professionnels de la recherche et de l’enseignement supérieur. On pourrait espérer que le candidat du Parti Socialiste s’engage clairement dans cette remise à plat radicale, puis dans l’annonce d’un programme précis, chiffré. Hélas, pour l’instant on n’a rien entendu de tel dans la bouche d’un François Hollande, indécis et flou en la matière. S’il ne s’engageait pas franchement sur ces questions, son élection ne changerait pas fondamentalement la donne pour l’avenir de la recherche et de l’enseignement supérieur.

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Les investissements d'avenir : une politique absurde, dirigiste et anti-démocratique

Toulouse vient d'obtenir son IDEX (initiatives d'excellence), avec une gouvernance qui sera une université unique ayant statut de grand établissement. Les universités actuelles se transformeront en collège. L'Université de Toulouse sera ainsi dirigée par un directeur exécutif qui ne rendra compte que devant un conseil de surveillance de 12 membres dont 3 seulement seront élus ( 1 Enseignant, 1 ATOS, 1 étudiant). Pour rendre le processus irrévocable, il est prévu de faire signer un pacte dès 2012 à toutes les universités et écoles de Midi Pyrénées.

En clair, la grande place donnée à des élus dans les systèmes de gouvernance universitaire ou les comités d'évaluation hérissent les libéraux. Il s'agit donc de profiter de la disparition des structures universitaires existantes au profit des nouveaux IDEX, des ensembles géants susceptibles d'être shangaïsés en 1ère colonne, pour mettre en place des Directions Générales Exécutives nommées, avec un Conseil d'Administration où on laisse un minimum d'élus juste pour faire joli. A côté de cela, ce qui est proposé à Toulouse c'est qu'il puisse y avoir des sanctions quasi-automatiques à l'encontre des Directions des composantes de l'IDEX qui n'appliqueraient pas la politique de la Direction Exécutive : il faudrait qu'il y ait unanimité d'un "panel composé d’une majorité de membres indépendants réuni pour évaluer les dérives et proposer un recours ou des sanctions adaptées" contre les sanctions pour qu'elles ne soient pas appliquées ! N'est-ce pas merveilleux ?

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L'autonomie des Universités : une duperie dangereuse

Extrait de la lettre d'Anne Fraisse, présidente de l'Université Montpellier 3 à François Hollande - 7 Février 2012.

"comment voulez-vous que je préfère une université sous tutelle à une université autonome ?" déclarait Axel Kahn en mai 2009. C'est tout le danger de la "com" que d'enfermer les esprits savants dans une dialectique perverse. Mais comment peut-on croire que les universités sont autonomes quand elles doivent maintenant obtenir l'accord préalable de l'Etat pour voter leur budget alors que ce contrôle était exercé a posteriori lorsqu'elles n'étaient pas autonomes ? comment croire un instant que les universités sont autonomes lorsque les crédits de fonctionnement sont supprimés au profit de financements "sur projet" qui font d'elles les prestataires de service d'une politique définie par d'autres ?

Même les plus favorables à l'autonomie dénoncent aujourd'hui l'investissement financier insuffisant qui oblige les universités à geler des postes, fermer des formations, réduire les heures de cours aux étudiants ou stopper leurs investissements ... Les universités sont victimes, comme en leur temps les collectivités territoriales, d'un transfert de charges sans transfert de moyens.