Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 10 janvier 2014

Suis-je vraiment un khmer vert ? courriel à mes oncle et tante.

Merci mes chers oncle et tante, d’avoir pris le temps de me donner vos impressions sur mon positionnement écologique que l’on peut découvrir sur mon blog, aussi je vais prendre le temps de vous répondre. Je vais répondre à une notion que vous avez employé tous les deux : celle de « l’intégrisme » ou de « l’intransigeance » écolo que vous détecteriez chez moi. Je balaierai dans un premier temps ces idées pour me concentrer, ensuite, sur le fond de mon engagement au service d’une écologie sociale et solidaire. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Je ne suis pas écologiste pour les beaux yeux des baleines et des oiseaux (même si j’aime les baleines et les oiseaux), mais parce que je pense, je vois et je sais que notre mode vie martyrise notre humanité.

Ainsi premièrement le terme intégriste est un terme fort et pour lequel il ne faut pas être susceptible pour le recevoir. Je vais donc le prendre entouré de l’amour familial et de la confiance que nos liens de sang m’autorisent à y voir accolés. Pourtant, souvent, quand j’entends ce terme pour me définir, je me demande quelle sera la prochaine étape ? Irons-nous jusqu’au terme de terroriste, comme Sarkozy l’a souvent fait (cf : déplacement à Bayonne le 1er mars 2012 par exemple) devant des militants pacifiques ? Irons-nous jusqu’au terme de terroriste ? Telle est la question que je me pose même si la réponse est déjà, plus ou moins, une réalité puisque toutes les personnes activistes, dans le domaine de la protection de l’environnement sont, depuis le mandat précédent, classées personnes à surveiller. De son côté le FBI considère l'écologie comme la deuxième menace terroriste la plus importante après le fondamentalisme islamique. Concernant l’intransigeance écolo, je réfute également ce qualificatif tant mon action municipale démontre le contraire. Je passe mon temps à transiger, à négocier, à faire des compromis et des concessions dans le cadre de mon action d’élu aux Ulis. Mais si l’on qualifie mes convictions profondes et l’énergie que je mets à les défendre d’intégrisme écolo, alors oui, je suis cela. Mais suis-je vraiment un facho vert ? Ne dit-on pas que, « qui veut tuer son chien, l’accuse d’avoir la rage » ? Suis-je vraiment un Khmer Vert ? Si je le suis ce ne peut être qu’en réaction à la pensée unique qui s’articule autour du dogme de la croissance et portée par, ce que je nomme, les Khmers consuméristes et productivistes. Cela est tellement vrai qu’en France, s’opposer à ce dogme est perçu comme être un mauvais patriote, presque comme une trahison nationale et donc un danger potentiel pour le pays. Pour être un bon Français il faudrait consommer. Mais je n’ai, avec d’autres, que ma réflexion, mes mots et mon pouvoir de non-achat comme arme, alors qu’eux ont tous les pouvoirs, celui des médias, de l’industrie, des finances et de la politique. Et ces gens, réunis au sein d’associations comme le « Siècle » par exemple, nous font vivre dans une matrice. Nous font vivre dans une illusion (que nous acceptons quand nous les laissons faire) de stabilité, d’abondance et de permanence, le tout aidé par la cupidité, l’envie et la peur. Ces gens nous font vivre dans une illusion alors que les réalités géologiques, physiques et chimiques de la planète sont toutes autres : nous sommes limités aux stocks non-renouvelables de matières premières, de pétrole, nous sommes contraints dans une très fine couche d’atmosphère respirable. Alors quand je vois que la balance n’est pas en ma faveur je me dis que ce n’est pas obligatoirement moi l’intégriste et l'irréaliste.

Mais alors quelle est cette énergie qui me pousse ? Je suis comme Ferrat qui se questionne, « je ne sais ce qui me possède et me pousse à dire à voix haute, ni pour la pitié ni pour l'aide, ni comme on avouerait ses fautes, ce qui m'habite et qui m'obsède ». Eveillé depuis une trentaine d’année par des gens comme Cousteau, Wangari Muta Maathai, Hulot ou bien encore Hubert Reeves, Jean-Marie Pelt, Pierre Rabhi, Edgar Morin ou Jean-Marc Jancovici, je ne peux plus fermer les yeux. Depuis mes 18 ans la réalité me saute aux yeux et je sais. Je sais que notre monde carboné n’est qu’un épiphénomène dans la grande Histoire de l’Homme. Notre confort, notre santé, notre espérance de vie sont directement corrélés au nombre de barils que nous brûlons. Il y a eu un avant pétrole, il y aura un après-pétrole … avec les conséquences que cela aura si nous n’anticipons pas. Nier cela n’arrangera pas l’avenir. Depuis mes 18 ans la réalité me saute aux yeux, je ne peux rien y faire et je ne peux me taire. Et surtout je ne vais pas me taire parce que mes concitoyens ont mal aux yeux.

Mon métier, que j’ai choisi en fonction de cette conscience, confirme toutes ces craintes. Mon métier, qui tourne autour de l’observation de la planète, m’amène à côtoyer nombre de scientifiques (cf mes deux préfaceurs de mon blog) dont, aux incertitudes près, les constats convergent vers une dégradation de notre environnement. Ce n’est pas nous, scientifiques et écologistes, qui créons les problèmes mais c’est bien l’observation du globe qui nous les révèle. Un satellite ou un dosage n’a pas d’opinion politique. Dans le cadre de mon métier, je suis amené à beaucoup voyager (en me disant qu’il y a des maux nécessaires) et je vois. Je vois les plastiques en mer, les glaces qui auraient dues être là et qui n’y sont pas, les efforts désespérés qui sont fait pour sauver, de la naïveté passée, le biotope des Kerguelen, la poussée suicidaire des métropoles chinoises. Je vois, j’écoute, j’observe et j’en déduis que notre monde n’est pas durable à court terme. Mon dernier voyage en Chine fut la démonstration de cela. En effet les chinois, qui envient et copient notre modèle occidental, remplacent, aujourd’hui, un vélo par une voiture et construisent, à coups de béton, de sable, de fer, d’énergie et de gaz à effets de serre, des milliers de tours d’habitations détruisant aussi bien leur histoire que les champs et les espaces naturels. Comme nous ne pouvons les blâmer de vouloir accéder, comme nous, au confort et à la facilité, j’en ai déduis que nous devions, nous, nous interroger sur notre propre modèle de vie, sur notre propre compatibilité avec les contraintes géologiques, climatiques et écologiques que notre petite Terre, aux espaces finis, nous impose. Nous devrions nous poser en permanence la question de notre durabilité … et, collectivement, nous ne le faisons pas. Ce qui est de la totale inconscience.

Se questionner, voilà bien le propre de l’Homme, non ? Et c’est à partir de cette réflexion que je vais tenter de répondre à ta question, mon oncle : que doit-on faire pour ces embouteillages permanents à la Réunion si ce n’est construire toujours plus de routes ? J’y suis allé deux fois là-bas et, en effet, j’ai vu ces interminables queues de voitures et cette impossibilité à se déplacer correctement démontrant qu’il y a trop de voitures pour un si petit territoire. Alors que pouvons-nous faire ? Un, je pense qu’il faut se poser la question de savoir si cela peut durer ? La réponse est clairement non, tant cela est néfaste pour les gens et pour l’environnement. Deux, il faut faire un constat et se demander si la géographie d’une île ronde et montagneuse, où la majeur partie de la population se trouve sur une fine tranche de littoral est compatible avec une augmentation permanente du nombre de véhicules personnels ou si travailler loin de son domicile est une bonne chose ? Constater, également, que jamais au grand jamais, le fait d’adapter une route au trafic n’a, à terme, arrangé les choses, puisque cela pousse les automobilistes qui alors avaient refusé de prendre leur voitures, devant la facilité qui leur est faite, se mettent à prendre leur véhicule. In fine les embouteillages reviennent avec encore plus de voitures et plus de pollution. Les embouteillages sont la résultante de la politique du «tout voiture» développée en France depuis l'après-guerre. Bref pour répondre à ta question, il faut, dans un premier temps, changer de paradigmes et accepter de réfléchir autrement, accepter de réfléchir sur cette bougeotte que nous avons tous, réfléchir en pensant proximité, en pensant transports en commun etc … La Réunion ne serait-elle pas un bon modèle de la durabilité de notre monde moderne, comme le fut l’île de Pâque en un autre temps, tant en terme d’espace, que de ressources, que d’énergie, que de peuplement ?

Enfin je terminerai sur le thème de l’écologie sociale et solidaire avec « cet émerveillement » que tu décris, mon oncle, « devant les spectacles magnifiques que nous propose toujours la nature ». Tel est bien un privilège de riches (dont nous sommes) qui peuvent s’évader, le temps des vacances, loin de leur ville, loin de la pollution. Mais ceux qui sont les plus pauvres, les plus précaires, ne profitent pas de « ces spectacles magnifiques que nous propose toujours la nature ». Quand tu vis le long du périf. ou de l’autoroute, à respirer les pots d’échappements à longueur de jours et de nuits et que la mer, tu ne la vois qu’une après-midi par an parce que le secours populaire t’y emmène, « les spectacles magnifiques que nous propose toujours la nature » sont franchement bien loin. La nature (apprivoisée et domestiquée s’entend) est pour les riches … le béton et la grisaille pour les pauvres, voici le modèle de notre société. Plus loin de nous, les plus pauvres des plus pauvres subissent, dans notre totale indifférence, les affres de notre confort, ils sont les migrants chinois, les saigneurs de latex au Libéria, les habitants du Golf du Niger, de Lagos ou bien encore des bords du lac Victoria. Ils démontrent que la dégradation de l’environnement touche d’abord les plus pauvres et cette réalité nous oblige à ne pas nous contenter. Je ne m’en contente pas, cela m’empêche souvent de dormir mais comme je ne peux sauver le monde j’agis là où je le peux quand et je le peux, je cris et j’écris pour ne pas être le premier à laisser tomber.

Voici un court résumé de ma pensée j’espère que vous me comprendrez un peu mieux. Court résumé, car si vous voulez l'approfondir vous avez mon blog que j’alimente depuis 2006.

Votre pénible et étrange neveu Bruno qui vous embrasse et vous aime.

3 commentaires:

Naudin Aurore a dit…

Merci pour ce témoignage complet, plein de recul, de bon sens et d'humanité, qui donne de la voix à ceux qui procèdent de la même dynamique.

Marc POSIERE a dit…

Je retrouve dans cette synthèse tout ce qui nous préoccupe depuis trop longtemps les Khmer destructeur de la planète sont à l'action agissons avant de nous précipiter dans le Mur.

Marc POSIERE

Olivier Pfister a dit…

Cette appellation est un véritable mensonge déguisé en manipulation. http://www.lelision.com/Djihadistes-verts-l-imposture-des.html