Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mardi 7 janvier 2014

Pour 2014 ...

Il ne sert à rien à l’Homme 
de gagner la Lune, 
s’il vient à perdre la Terre.

Les atteintes à l'environnement, à la paix et aux Hommes ont encore été nombreuses en 2013, dans le monde en général et en France en particulier.

2013 est une année qui s'est achevée sur le constat d'une transition écologique à l'arrêt ... si tant est qu'elle ait démarré un jour. Une année 2013 aux constats accablants sur l'absence de volonté de prendre en considération l'environnement des Hommes. Entre un pacte de régression pour la Bretagne, le soutien à la pêche profonde, la relance du projet de l’autoroute A 831 dans le Marais poitevin, l'engagement de la route autour de l’île de la Réunion (malgré les avis négatifs du Conseil national de protection de la nature et du Conservatoire botanique), le refus du projet de loi sur l'obsolescence programmée, les autorisations d’abattage des loups (animal protégé par la Convention de Berne), la suspension de l’écotaxe sur les poids lourds, l'absence de traductions concrètes des conclusions de la conférence environnementale, le report de la loi sur la transition énergétique, l'absence d'engagements contraignants contre l’artificialisation des terres dans la loi ALUR, le relèvement du seuil d’autorisation d’installation de porcheries industrielles, le maintien des autorisations des épandages de pesticides par hélicoptère et  (la liste n'est pas exhaustive) le refus obstiné d’abandonner le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, la liste commence à être longue sur ce qu'il n'aurait pas dû être fait par un gouvernement issu de l'union de la Gauche et des écologistes.

Car en effet, si le gouvernement Sarkozy/Fillon nous avait habitué à ce que l'environnement ne soit considéré que comme un sujet annexe et mineur, comme si les français vivaient hors-sol, ne respiraient pas les polluants de nos diesels, ne mangeaient pas leurs 1.5 kg de pesticides par an, ne subissaient pas les risques chimiques, comme si notre nourriture n'était pas issue de la Terre, avec le Président François Hollande et deux ministres écologistes à ses cotés, nous pouvions croire à un changement de vision.

Mais les vieux démons du productivisme, du consumériste et du court-termisme, attisés par des lobbies industriels aux tables ouvertes dans les ministères depuis toujours, ont eu raison du peu de volonté d'un gouvernement où l'absence de culture écologique est criante. Le climat, la biodiversité ont disparu des écrans radars au profit du dogme de la croissance et de la consommation sensé lutter contre un chômage qui trouve ses causes dans la fin d'un monde. Un chômage aux batailles de chiffres récurrentes qui permettent d'occulter tant les causes systémiques de ce mal que les problèmes connexes, que ces mêmes causes engendrent. Pourtant il est un impératif : arrêter de croire au retour de la croissance comme au retour de la bonne fortune et prendre des mesures radicales. La transition énergétique est créatrice de nombreux emplois mais elle suppose un engagement volontariste et massif de l’Etat vers les énergies renouvelables, les circuits courts, une agriculture biologique, le développement des services de proximité, la culture, la recherche et l'éducation qui sont autant de sources d’emplois et de bien être. La préservation de l’environnement et de la biodiversité représentent un potentiel de 250 000 emplois, 700 000 emplois crées par la transition énergétique selon le centre d’analyse stratégique, 75 000 emplois pour une agriculture durable… Bref les sources existent mais sont très dépendantes des politiques publiques menées et nous disposons des moyens d’engager cette transition écologique. Mettons en place un plan Marshall de la transition écologique pour l’emploi, la paix sociale et un développement durable.

Mais en attendant ce vœux pieux, la fuite en avant a d'ors-et-déjà gagnée une bataille avec l'aide béate de citoyens légitimement angoissés par une crise fabriquée dont ils sont à la fois victimes et coupables. Une bataille gagnée avec l'aide de consumateurs soûlés, étourdis, enivrés d'achats compulsifs et carbonés. Une bataille menée par notre humanité contre la nature, qui, si nous la gagnons, nous perdra, nous alerte Hubert Reeves. Une bataille d'humains ivres d'angoisses devant le vide intersidéral que nous propose notre monde technologique et artificialisé. Nous rêvons de la Lune puis de Mars pour mieux oublier la Terre, mais il ne sert à rien à l’Homme de gagner la Lune, s’il vient à perdre la Terre.

Cette année 2014 sera une année d'élections (Municipales et Européennes). En tant que républicain je ne peux qu'appeler à s'exprimer par le vote. Mais voter, oui, mais voter pour quoi ? Tel est la question que nous devrions tous nous poser avant de mettre notre bulletin dans l'urne. Au niveau communal la réflexion devrait, si nous étions sages, nous pousser à décliner, localement, des enjeux globaux. Au niveau européen nous devrions nous interroger sur la pertinence de maintenir un système moribond, un système issu des 30 glorieuses et inadapté aux défis écologiques et énergétiques que nous pose le XXIème siècle. Nous devrions nous interroger sur la pertinence de maintenir une Europe des finances, de maintenir un système capitaliste et libéral où l'environnement et les Hommes ne sont que des variables d'ajustement. Il nous faut le changement partout, ici et ailleurs, maintenant, dans les faits et dans les consciences.

Quatre ans après un "Home" magnifique ou un "syndrome du Titanic" magistral, l'année 2013 aura été, une fois de plus et comme tous les ans, un véritable échec pour la prise de conscience environnementale. Dès lors que faudrait-il pour que, collectivement, nous ouvrions les yeux ? "Ne voyez-vous pas que votre maison est cette Terre ?" A-t-on envie de crier. Devant ces constats, si peu propices à l'espoir, que pourrait-on bien nous souhaiter alors que tout a déjà été souhaité ? Naïvement je souhaiterai que nos dirigeants trouvent le chemin de la sagesse afin de pouvoir ouvrir les yeux devant le dragon. Je souhaiterai qu'ils aient le courage de nos aînés qui, jadis, ont dis "NON !"

Et à nous, nous colibris parmi les colibris, je nous souhaite de trouver les moyens de nous unir afin de pouvoir enfin faire masse et influencer des décisions qui gèrent notre propre survie. Je nous souhaite une année 2014 où l'espoir d'un monde meilleur pourrait ne pas juste être incarné par une belle peinture verte mais par une prise de conscience des urgences. Je nous souhaite une année 2014 de combats pacifiques et de victoires réelles. je nous souhaite une année d'amitiés, de paix, de fraternité, de sobriété heureuse, de partage pour la construction d'un monde durable.

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