Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mardi 11 avril 2017

Non à l'expo universelle de 2025 sur les terres agricoles


Vous ne trouvez pas qu'il manque un beau lotissement dans ce paysage « sans rien » du bocage normand ? Ou une zone commerciale. Ce serait bien une zone commerciale dans ce vide inutile. Non ? Ou un parking pour camping-car. J’y verrais bien un parking. Comme ça on pourrait venir en voiture admirer ce beau paysage … et y jeter quelques déchets gras après le pique-nique. Ou un aéroport. On en manque tellement en France. Ou un Center-parcs écologique. Ou un métro aérien pour regarder, depuis les rames, ces magnifiques espaces agricoles ? Quoiqu’il en soit, nous sommes tous d'accord pour dire qu'il y manque cruellement des aménagements afin de valoriser ces espaces qui ne servent à rien et qu'il faut reprendre les choses en main afin de doper la croissance. Ou une exposition universelle en 2025 ?

Une exposition universelle ?

Une exposition universelle c’est ce qui menace, une fois de plus et après le cluster scientifico-immobilier de Paris-Saclay, les terres agricoles du plateau de Saclay et que soutiennent les villes pilotes des Ulis, de Massy, de Gif-sur-Yvette et d’Orsay avec des arguments à totalement courte vue : 40 à 60 millions de visiteurs, 23 milliard d’euros de retombées économiques et 160 000 création d’emplois selon l’édito, d’avril 2017, de Madame le maire des Ulis. 160 000 créations d’emplois ?!?! Qui et quoi ? Quand et pour quelle pérennité ? Rien n’est dit, mais on nous promet tout de même 160 000 emplois. Du pur foutage de gueule. Qui va croire ça, à par le productivite lambda ou l'adepte du dogme de la croissance ? Mais qu'importe, la magie est lancée et elle justifiera tout. 160 000 emplois !!! Évidemment, avec un El Dorado pareil, la destruction des terres agricoles est ensuite assez facile à vendre. Pour ces gens là, la fin justifie tous les moyens, même la non-durabilité, même hypothéquer l’avenir. Tout cela dans une vision d’un monde merveilleux d’urbanisme gigantesque, selon les propres mots de Madame le Maire, avec un globe terrestre de 127 m de diamètre, des jardins, des activités (temporaires), des promenades (dans un environnement bien maîtrisé et sans nature). Et après ? Que deviendront, une fois la liesse passée, ces terrains définitivement détruis, définitivement stériles pour produire de la nourriture ?

Seront-ils à l’image des 215 hectares de l’exposition universelle à Séville de 1992 qui s’étendent sur l’île de la Cartuja et qui sont dans un état de délabrement avancé. 70% des infrastructures de l’Expo ont été progressivement démolies puis laissées en friche, par manque de projets portés par la ville. De même, le pavillon des Pays-Bas (The Dutch Pavilion), élaboré à l’occasion de l’exposition universelle de Hanovre de 2000, est un bel exemple de la vanité de ces événements extrêmement fuguasses et dispendieux. Après l’exposition, le pavillon a été rapidement abandonné laissant, sur place, une friche atypique. L’exposition universelle de 2000 aura été marquée par un gouffre financier inattendu, accueillant des spectateurs en deçà des attentes, 18 millions de visiteurs au lieu des 40 millions prévus, une différence pas négligeable

Combien d’environnements naturels saccagés, selon les mots du Commandant Cousteau ? Combien de terres agricoles sacrifiées avec de belles incantations totalement greenwashing ? « Homme, nature et technologie » pour Hanovre 2000 ou bien encore « la connaissance à partager, la planète à protéger » pour le Paris-Saclay de 2025. Quelle infamie ! Combien de montagnes défigurées, de rivières détruites ou détournées, de forêts rasées, de biotopes, fragiles et uniques, dévastés, de champs bétonnés pour une éphémère exposition universelle, ou pour des jeux olympiques qui n’enrichissent que les multinationales et les entreprises du BTP ?

Ainsi le contraste entre l’éclat doré des médailles et l’obscurité des après-JO ne semble pas avoir d’égal. La préparation des J.O. fait souvent polémique dans le pays d’accueil : il faut en effet construire des immenses complexes sportifs extrêmement coûteux et parfois chasser des habitants (souvent pauvres) de leurs habitations qui sont détruites. Tout cela pour quoi au final ? L’impact environnemental des cimetières olympiques est considérable, notamment dans les zones montagneuses, où les aménagements survivent rarement à la durée de la compétition. Finalement, toutes ces installations olympiques finissent, pour une grande majorité, abandonnées, désertées et envahies par la nature. Piscine et village olympique de Berlin (JO de 1936), tour de saut à ski à Cortina d’Ampezzo, en Italie (JO d’hiver de 1956), tour de saut à ski à Grenoble (JO d’hiver de 1968), gare de train au stade olympique de Munich (JO de 1972), piste de bobsleigh, piste de saut à ski et complexe olympique transformé en cimetière à Sarajevo à Sarajevo (JO d’hiver de 1984), Court de tennis à Atlanta (JO de 1996), Tribunes, parcours de kayak et canoë, Piscine olympique, fontaines au village olympique, Terrain de beach-volley, bassin de plongée et bassin d’entraînement à Athènes (JO de 2004), Arène de beach-volley, parcours de kayak à Pékin (JO de 2008), Stade olympique de Sotchi (JO d’hiver de 2014) … Le sort réservé aux sites Olympiques est trop souvent réduit à l'abandon, pur et simple, des infrastructures, et trop peu de pays ont réussi la reconversion des lieux. Pour trois semaines de gloire, c’est beaucoup d’argent gaspillé quand on voit les ruines de ces installations. Des terres définitivement détruites pour l’Homme et sa survie.

Qu’importe que l’environnement de leurs concitoyens soit à jamais défiguré, les responsables politique auront eu leur heure de gloire. Ces gens, drapés de la bonne conscience inconsciente, sûr de leur bonne idée, de leur légitimité et de leur bon droit, ne sont pas raisonnables.

Ainsi cette notion « d’espace sans rien » me vient réellement d'une phrase d'un élu des Ulis qui, à l'époque où j’étais moi-même élu, me l'a sorti pour justifier le bétonnage, ne voyant plus le lien entre terres agricoles et bouffe qu'il achète. En substance, il me disait que « ce n’était vraiment pas si grave de bétonner les terres agricoles puisque l'on pouvait toujours aller chez Carrefour ». Cette disjonction, je ne cesse de la retrouver, au cours de mes nombreuses conversations. Mes interlocuteurs ne réalisent plus vraiment que notre nourriture provient de la terre et combien, ce que l’on achète, est dépendant du pétrole. Souvent mes interlocuteurs ne réalisent pas qu’il nous faut beaucoup de pétrole pour produire et acheminer notre nourriture jusqu’à nous et que cela représente une vulnérabilité incroyable. Mes interlocuteurs ne se demandent jamais pourquoi il n’y a pas de famines en France en hivers alors que nos champs sont vides. L'importation massive de nourritures à grand coup de gaz à effet de serre est devenue une chose normale. Un non-problème. Nous sommes des malades perfusés au pétrole, supprimez-nous notre perfusion et nous mourrons. Mes interlocuteurs ne se rendent pas compte que dans une période post-carbone, produire, comme nous le faisons actuellement, ne sera plus possible et qu’il nous faudra impérativement produire local et devenir sobre et frugal. A force de consommer, de consumer la planète, nous sommes passés de l'ère de l'abondance à l'ère de la rareté qu'il faudra gérer.

Ainsi, j’ai pour habitude de montrer, par un modèle simple, combien cette vulnérabilité est une réalité à craindre. Prenez les pâtes alimentaires. Pour les produire, il faut du blé et pour produire ce blé il faut des tracteurs pour labourer, des tracteurs pour semer, des moissonneuses batteuses pour récolter, des camions pour acheminer le grain aux silos puis aux usines, puis des camions pour acheminer les pâtes dans les supermarchés. Que des machines qui consomment du pétrole en grande quantité. Ainsi tout cela n’est « possible » qu’avec un pétrole à moins de 100 dollars le baril. Mais à 400 ou 500 dollars, nos pâtes bon marché seront –elles toujours aussi accessibles ?

Ainsi pour tenter d’enrayer un effondrement possible (cf club de Rome), l’urgence est de produire autrement, de produire localement et de saison … d’engager la conversion écologique de l’agriculture. Mais encore faudrait-il que cela soit encore possible. Pour ce faire, il faut qu’il y ait des terres à profusion et à proximité des villes. Et à raison de 100 000 ha qui partent sous le béton chaque année en France, il n'est pas certain que cela soit encore vraiment possible. Dès lors, ceux qui ne voient pas cela et poursuivent leur volonté de bétonner portent, pour moi, une énorme responsabilité dans le chaos à venir et seront responsables d’un crime contre l’humanité dont j’espère qu’ils seront encore vivant pour répondre de leurs actes inconscients. Vous reprendriez bien un peu de béton ?

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1 commentaire:

A. Nonyme a dit…

J'ai lu avec attention cet article que l'on m'a fait suivre... et je le trouve particulièrement clairvoyant! Merci de dénoncer et de rapporter les propose de ces élus à la vue si courte, et complètement à côté de la plaque. J'ai apprécié de trouver des exemples concrets, car comme dans beaucoup de ces GP2I (ex future ligne 18), on ne parle jamais des échecs (annoncés), et du traitement de l'après des infrastructures de type JO (le cas d'Athènes est exemplaire) et expositions universelles... Des J.O pourquoi pas, bien que nous n'en ayons pas intrinsèquement besoins, mais des JO "raisonnables" avec des infrastructures existantes ou pérennes, construites sur des friches existantes, nous n'en manquons pas. Laissons la terre aux paysans (les vrais) et commençons enfin à respecter notre environnement...