Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 27 décembre 2013

Ma France, réveille-toi, ils sont (re)devenus fous !

Celui qui ne connait pas son histoire
est condamné à la revivre.

D'un peuple issu de la révolution, de la résistance ou de mai 68, nos élites, aux services et pour les puissances de l'argent (celui qui "n'a pas de visage, pas de parti, qui ne présentera jamais sa candidature, qui ne sera jamais élu et pourtant qui gouverne", F. Hollande 2012) et de l'industrie, ont réduit une grande partie des français à l'état de troupeau bêlant, en une population désorientée dans les anneaux de Kaa. On leur a dit qu'ils étaient trop fatigués pour, une fois rentrés chez eux, réfléchir. On leur a dit reposez-vous, consommez mais ne réfléchissez pas. On leur a dit que tout se valait, que toutes les opinions se valaient, alors ils ont donné du temps de cerveau à TF1 et ils ont préféré la télévision aux livres.

Ils ont rejeté la culture pour le foot.
Ils ont préféré Jean-Pierre Pernaut à Molière.
Ils ont préféré à l'information, la rumeur lue sur la toile.
Préféré "les feux de l'amour" à Maupassant, Balzac ou Rimbaud.
Préféré "secret story" à l'amour de son prochain.
Ils ont préféré le bling-bling au partage.
Préféré la presse people au Monde.
Préféré les FM minables et les animateurs blaireaux à la musique.
Préféré au français, la pauvreté du langage.
Préféré Coca-Cola et MacDo à la découverte culinaire.
Préféré les jeux vidéo au théâtre.

Ils ont rejeté les livres, le cinéma, le théâtre, les arts pour le vide technologique et ultra-connecté qu'on leur disait de préférer. Ils ont abandonné leur libre arbitre et, abreuvés de craintes puis de haines, ils entament, rigolards et sûr d'eux, la route 33.

Aujourd'hui le résultat est là : il y a des relents nauséabonds, des remugles confinés qui suintent en notre belle France. Des murs sont en train de se bâtir, des herses sont en train de s'abaisser, des fossés sont en train d'être creusés et des ponts sont en train d'être détruits. Des armes sont en train de s’affûter. Des positions sont en train de se prendre. Je n'aime pas ce qui est en train de se tramer sur un terreau d'anti-sémitisme, de complot judéo-maçonnique, d'importation d'un conflit israélo-palestinien d'un coté et, d'autre part, d'une soit-disant ultra tolérance pour la religion musulmane qui nous envahirait jusque dans nos rayons de viandes industrielles et qui souhaiterait abattre nos bucoliques clochers au profit de leurs minarets. Je n'aime pas ce qui est en train de se tramer sur le terreau d'une soit-disant perte de valeurs chrétiennes à coup de dénonciation d'une quelconque politique contre la famille (sous entendu blanche, chrétienne et hétérosexuelle). Je n'aime pas ce qui est en train de se monter en France, une paranoïa généralisée où tout le monde semble être persuadé être victime des autres, où tout le monde est persuadé de subir une chasse aux sorcières, une épuration ethnique, semblant donner raison au replis sur soi et ses semblables.


Ce dimanche 26 Janvier 2014, les réactionnaires manifestent à Paris [1]

Je n'aime pas ce qui est en train de se construire en France à coup de quenelles, grossier fist-fucking, "ce mouvement de bras de type fasciste, qui n’ose même pas s’affirmer pour ce qu’il est : un membre raide, mais trop lâche pour se dresser" (Charlelie Couture), de prêcheurs imbéciles ou bien encore de pensées à la Morano. Je me souviens d'un temps où il y avait un geste - un geste anti-système par excellence - qui exprimait la révolte des petits, des ouvriers et des opprimés et utilisé sans interprétation sulfureuse pour le dire, un geste qui criait,  qui hurlait le refus des puissants et de leur monde injuste, c’était le poing gauche levé. A la triste "quenelle" je préfère encore et toujours lever mon poing.

Je vois, je lis, j'entends ... la haine couve sous la roche tendre de notre démocratie, pour mieux tenter une sortie sous forme d'une banane adressée à une ministre noire. Je sens des vents mauvais se lever sur notre vivre ensemble, sur notre république laïque, sur notre fraternité. Des années de luttes contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples sont en train de fondre comme une banquise sous l'effet d'un réchauffement climatique dont tout le monde se fout.

Le dicton dit que l'union fait la force. Depuis plus de 40 ans nous sommes en crise, une crise organisée par les puissants pour diviser puis asservir un peuple qui pouvait croire en sa liberté et en sa force. Depuis les années 80 nous sommes entrés dans une période de perturbations climatiques d'origine anthropique, depuis quelques années nous sommes entrés dans l'ère de la rareté des ressources. Depuis des années la fin des trente glorieuses est une réalité qui nous ouvre des horizons nouveaux, inédits pour l'espèce humaine et potentiellement périlleux pour notre propre survie. Notre modèle n'est pas durable et nous le sentons bien alors il nous faudra des boucs émissaires afin de nous défausser et pouvoir dire que nous ne sommes pas responsables de notre chute.  "C'est pas moi, c'est les autres ! Les autres !". Nous devons faire face à des défis inédits que nous devrions - si nous étions sages - envisager ensemble car il y a de l'intelligence dans l'union alors qu'il y a faiblesse, il y a mort, il y a pleurs, il y a souffrance à se tromper d'ennemis.

"Lorsqu'un peuple, ou une partie importante, n'y croit plus.
Lorsque l'impression d'avoir essayé ici ou là.
Lorsque le désarroi ou la colère sont.
Lorsque la culture historique et économique est faible.
Lorsque le discernement n'est plus.
Lorsqu'il y a généralisation excessive :
Un politique est menteur,
Un immigré est ceci,
Un homme est cela.
Voilà des généralités stupides.
Bref lorsque les rôles deviennent les êtres.
Alors il y a danger.
J'écoute, en effet, autour de moi, des paroles dites décomplexées,
Des rejets de l'autre devenir des opinions.
Oui oui ça dérape fort"
(Mustapha Laroussi)

Ma France, la belle, la rebelle, celle de Hugo, celle des lumières, celle du carrefour des peuples, des mondes, des cultures, celle de schoelcher, celle de la résistance, celle de Stéphane Hessel, réveille-toi, ils sont (re)devenus fous !

Bruno


[1] Ce dimanche 26 Janvier 2014, les réactionnaires manifestent à Paris en un rassemblement, dénommé "Jour de colère". Défilé hétéroclite d'intégristes catholiques, d'opposants au mariage homosexuel, de partisans de Dieudonné, d'identitaires, de patrons en colère et de familles au saluts nazis, quenelles, slogans xénophobes, racistes et antisémites, la manifestation a fédéré les franges les plus extrémistes de la fachosphère..

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