Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

samedi 16 juin 2012

Une seule terre vous manque et tout est déséquilibré.

Début mai j'ai passé quatre jours à Barcelone, quatre jours de déambulations dans une ville magnifique à l'empreinte de Gaudi si présente. Atmosphère de jeunesse, d'ancien et de modernité désuète ... ville qui ne laisse pas indifférente et que l'on quitte avec regrets. Ces quatre jours furent notre Gaudi tour à nous, par l'admiration de la "sagrada familia", de la "Casa Vicens", du "Palau Güell", du "Parc Güell" ou bien encore de la "Casa Batllô" ... de pures merveilles. Ce fut la déambulation sur la "Ramblas" et dans le Barcelone médiéval. Ce fut un "Chocolate con churros" exceptionnel au "café de l'opéra" un des cafés les plus anciens de Barcelone où l'on peut se plonger et imaginer l'ambiance moderniste du début du 20ème siècle. Ce fut l'admiration, également, devant la prouesse technique et architecturale, de "la Arena de Barcelona", ce complexe commercial construit dans d'anciennes arènes totalement restaurées pour faire, d'un temple de la mort, un temple de la consommation ... autre forme de mort, en fait ! Ce fut aussi un festival de couleurs et d'odeurs dans le marché de la Boqueria. Barcelone ... hum un régal !


Pour visiter tout cela, Barcelone dispose d'un très bon réseau de métro et de bus ... et c'est au sein de ce métro barcelonais que m'est venu un flash apocalyptique. Pourtant elle était belle et propre cette station de "Liceu". Les aménageurs s'étaient remués les méninges pour en faire une station qui respire la fraîcheur matinale, le printemps qui entour de vie le contemplatif, l'arbre qui rassure, la nature généreuse pour celui qui l'aime. Ils avaient fait quelque chose de beau et de sobre qui, si l'on ne la regarde pas avec un œil en alerte, apporte beaucoup de sérénité dans ce boyau sous-terrain. Ils l'ont aménagé, cette belle station, avec des tons verts heureux, des rouilles d'automne et de belles feuilles d'érable sur des murs lumineux. C'est beau et véritablement serein ... mais pourtant je n'ai pu éviter d'y ressentir un certain malaise. On ne peut éviter de se sentir immergé dans "Blade Runner" ou bien dans "soleil vert", ces film-cultes et prophétiques, ces films de science-fiction qui alertent l'humanité sur les dangers de la surpopulation et la dégradation de l'environnement où toute trace de nature a disparu engendrant, pour le spectateur un certain trouble, une lourdeur et, pour les personnages, une survie plutôt qu'une vie. Ces états d'inquiétudes seront levés, au cours de la séquence cinématographie, par des explosions de nature tant à la fin de "Blade Runner", quand Harisson Ford survole d'immenses paysages, fuyant une ville et une vie devenue inhumaine que lorsque l'ami de Charlton Heston demande, à l'officiant, que lui soit projeté, au mur de la salle d'euthanasie, des images à jamais disparues de nature et de printemps en écoutant "les quatre saisons" de Vivaldi afin de mourir au sein d'un paradis perdu.

Cela n'est que du cinémas me direz-vous, cela ne sort que de l'imagination d'artistes et pourtant ... Et pourtant souvenons-nous de ce que disait Jules Verne : "tout ce que l'Homme imagine, l'Homme peut !". Je pense que, jusqu'à un certain niveau, cette phrase est juste. Aussi, souvent je m'inquiète en voyant comment l'on traite la planète et comment nous ne voyons pas que des images de "Blade Runner" ou de "soleil vert" commencent à devenir réalité. Face à l'expansion urbaine, face à la surpopulation et à la perte de nature toujours plus croissante, l'Homme est de plus en plus cet animal dénaturé si cher à Vercors.


Ces images, qui s'imposent à mon esprit, sont ces décors de nature que l'on retrouve dans les métros, sur les façades de centres commerciaux comme celui des Ulis 2, dans ces parkings aux évocations sonores de vent, d'oiseaux, de mer, ces économiseurs d'écrans qui évoquent les fonds marins, ces noms écolos d’enseignes commerciales comme ces "Carrefour-planète", ou ces "Nature et Découverte" etc ... au delà du Green-washing il y a beaucoup de tristesses dans ces ersatz , il y a beaucoup de misères en germe dans ce monde artificialisé à la nature domestiquée, que l'on nous construit.

Faudra-t-il attendre de ne pouvoir, à coup de finance, plus qu'aller admirer un reste de nature dans une serre, à l'instar de celle de "soleil vert", pour ouvrir les yeux et se dire qu'il est vraiment bien trop tard pour agir ? Je suis souvent en admiration devant le génie humain mais souvent, également, en grand désarrois devant sa capacité à dégrader ce qui le fait vivre ... la nature. Pourtant tout le monde se rends compte, au point de la recréer artificiellement, que lorsque la nature est absente combien elle nous manque, combien elle nous est indispensable.

Dès lors, ne vaudrait-il pas mieux, lorsque l'on se rends compte de cela, préserver la pachamama, notre seule source de vie, afin de pourvoir, durablement et pacifiquement, en profiter ? Afin de pourvoir, encore et toujours, s'y réfugier quand le poids de la ville se fait trop lourd. Puissions nous, un jour, nous rappeler combien notre terre est notre mère, combien elle nous est indispensable, combien, quand nous nous en éloignons elle peut nous manquer, combien, plutôt que de lui être reconnaissant de nos offrir toutes ses fruits et beautés, nous nous sommes conduit en prédateurs d'une nature unique dans l'univers connu. Puissions nous, un jour, ouvrir les yeux. Puissions-nous le faire avant qu'il ne soit trop tard.

Texte et photo : Bruno BOMBLED

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