Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 1 novembre 2009

L’insouciant paraître, le nouvel opium du peuple

Il existe des sujets qui ne prennent pas de rides. Des sujets qui continuent à engendrer des controverses stériles. Des sujets qui ressemblent à des marronniers télévisuels. Le sujet de la fourrure en est un bon exemple. La réflexion de ce texte m’est venue, alors que je roulais sur l’autoroute, vers Port-St-Louis du Rhône de 29 novembre 2008 pour rejoindre le Navire Océanographique Téthys II du CNRS qui nous accueillera pour 15 jours d’embarquement sur la Méditerranée et j'édite ce texte en ce début de novembre 2009, car le salon de la fourrure 2009 ouvrira ses portes à la fin de ce mois-ci et il est fort à parier que nous aurons le droit aux mêmes simagrèes. Je roulais donc et j’écoutais France-Inter qui relatait l’ouverture du salon de la fourrure. Je n’ai pu, alors, m’empêcher de me remémorer les affrontements d’il y a 20 sur ce même sujet. J’ai cru vivre un flash-back. Rien n’avait changé. Arrivé à la quarantaine, ce qui était, lors de ma jeunesse, était encore là aujourd’hui. Alors, sur les ondes nationales, se sont succédés les ineffables interviews des pro-fourrures et des défenseurs des animaux … et cela m’a énervé. Alors, une fois n’est pas coutume, je vais faire un billet, que certains pourraient classer d’écolo-animalier, sujet hautement glissant et décalé par rapport aux enjeux planétaires que nous vivons en ce moment et à l’heure de la remonté en crédibilité des Verts, traiter d’un sujet animalier est risqué. Mais bon, je m’y colle quand même, souhaitant que l’on ne me taxe pas d’autre chose que ce que je suis, c'est-à-dire un environnementaliste global qui se préoccupe de l’avenir durable de l’humain sur une planète aux équilibres climatiques, écologiques et biologiques préservés. Un écologiste conscientisé et non pas animalier.

Dés lors, la première réflexion qui m’est venue c’est qu’il était amusant de voir que les arguments avancés par les uns et les autres, dans le débat, n’avaient pas évolué d’un iota et ainsi, en effet, on a pu entendre les opposants argumenter que l’élevage des animaux étaient fait dans des conditions inadmissibles et que la mise à mort par électrocution (électrode dans la gueule et dans l’anus) pouvait plus s’assimiler à de la torture qu’à un acte professionnel et qu’il était possible, si l’on souhaitait vraiment porter de la fourrure, de s’acheter un manteau en fourrure synthétique.

Les partisans de la fourrure argumentant, alors, qu’il fallait mieux, pour le bilan carbone (ça c’est un argument récent soit dit en passant), acheter de la fourrure animale plutôt que de la fourrure synthétique car fabriquée à grand renfort d’énergie fossile et donc émettrice de GES. Les partisans de la fourrure achevant leur rhétorique par l’implacable argument que nous mangeons bien de la viande et que nos chaussures et vestes de cuir étaient bien des objets en peaux animales et que donc nous n'avons aucune leçon à donner puisque nous tuons aussi des animaux.

Les opposants demandant ensuite que soit étiquetée la provenance des fourrures afin que les acheteurs soient informés. Ouais ! Que dire !

Que dire face à ces positions enracinées dans des dizaines d’années de combats stériles ? L’un des problèmes vient, je pense, du fait que tous ces arguments sont valables, réels et recevables.

Il est réel que les animaux sont élevés dans des cages, misent à hauteur d’homme, aux planchers grillagés afin de faciliter le nettoyage des cages en permettant aux excréments de tomber directement au sol et il est réel, aussi, que pour les animaux (visons etc...) vivre, en permanence, sur un grillage entraine des plaies ouvertes, engendrées par le cisaillement des grilles, entre les « doigts » des pattes et donc de probable insupportables souffrances.

Il est vrais également que la mise à mort est cruelle.

Il est probablement vrais qu’il vaut mieux porter de la fourrure naturelle qui participe moins au réchauffement climatique que de la fourrure synthétique, même s’il faudrait faire un bilan carbone complet, des deux activités, pour pouvoir se prononcer de manière aussi définitive et catégorique.

Il est vrais également et évident que tous les vêtements en cuir provient de peaux animales. Personne n’en disconvient.

Mais alors quoi ? Et bien, ne pourrait-on pas faire la moyenne de tout cela ? Ne pourrait-on se dire que lorsque l’on abat une vache ou un cochon, pour s’en nourrir, il est plus intelligent et respectable de récupérer sa peau pour la valoriser ?

Ne pourrait-on pas légiférer pour que les fourrures, travaillées en Europe, proviennent d’élevages respectueux de la vie animale (cage à fonds plein, non surpeuplée, voir des enclos en plein air pour une vie plus agréable) ?

Ne pourrait-on légiférer pour imposer un mode d’abatage qui limite la douleur animale ?

Ne pourrait-on imposer un étiquetage avec un label indiquant que l’élevage est respectueux de la condition animale ?

Ne pourrait-on dire qu’il n’est pas possible de comparer l’utilisation du cuir et celle de la fourrure, car les démarches sont totalement différentes. La démarche d’utilisation du cuir est proche de celle des Inuits, de certains peuples africains ou bien encore des indiens d’Amérique du nord, qui n’ont jamais hésité à tuer un animal pour s’en nourrir, tout en ayant le total respect de celui qui a accepté de mourir pour qu’eux puissent survive, au point de ne rien gâcher et de tout utiliser (viande, os, peau). Alors que la production de fourrure, elle, n’est pas, vous en conviendrez, dans un objectif de survie, mais bel et bien dans celui du luxe et du paraître. On élève des animaux pour n’en prendre que la peau, que fait-on de la viande ? Mange-t-on du vison ? Ceci n’est-il pas que du gâchis comme nos sociétés de l’immédiat savent si bien en créer ? Ceci n’est-il pas une métaphore de ce que nous faisons subir à nos plus proches frères qui produisent, pour nous, de futiles et éphémères biens de consommations alors qu’ils ne font que survivent , concentrés dans des cages sans joies et sans avenir ?

Alors que conclure ? Que dire qui pourrait permettre de clore ce débat stérile afin que nous puissions passer à des choses bien plus impérieuses car, tout de même, l’inacceptable souffrance animal - puisque c’est le premier argument avancé par les protecteurs des animaux - est un sujet éminemment résolvable à coup d’obligations législatives, pourvu que nos assemblées veuillent bien y réfléchir un tant soit peu. Alors que conclure pour élever le débat et revenir à des problématiques plus ultimes ? Nous pourrions dire, par exemple, que ce combat est une image de plus dans l’album photo de notre société basée sur la consommation non vitale, basée sur le gâchis, la création mercantile d’envies et l’égoïsme. Nous pourrions dire que pendant que l’on se disperse sur des sujets solutionables on ne s’attache pas à répondre à l’ultimatum que nous posent les changements climatiques, la chute de la biodiversité, la pauvreté ou bien encore la sortie d'une société pétrolée. Nous pourrions dire que ces débats révèlent l’égoïsme de nos riches sociétés qui pensent qu’elles pourront durablement poursuivre leur train de vie sans se soucier de redistribuer leur richesse. Cela révèle l’insouciance de nos modes de vie qui pensent que l’on pourra s’isoler des autres peuples sans que cela n’ait d’impact sur les équilibres géostratégiques et sur la paix mondiale. L’insouciant paraître voici le nouvel opium du peuple c’est ce que m’inspire, au final, ce combat d’un autre âge et qui aurait déjà dû être résolu depuis de nombreuses années … passons à autre chose maintenant.

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