"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

jeudi 8 août 2019

Ne pas culpabiliser le consommateur

A l’occasion du jour du dépassement 2019, qui a été encore plus tôt que l’année dernière, notre chère Nathalie Loiseau a twitté « Nous consommons trop. Le comprendre et agir chacun à son échelle est l’affaire de tous et l’urgence est là. La dette écologique que nous laissons à nos enfants s’aggrave sans cesse. Joignons nos efforts ». Je lui réponds alors la phrase de Bossuet « Le Ciel se rit des fous qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». #liberalisme #consumerisme #capitalisme #CETA #croissance

Ne pas culpabiliser le quidam

Amusant de lire cela de la part de Nathalie Loiseau. Amusant et triste à la fois de lire cela, car pourtant, à l'orée de la catastrophe écologique, les adeptes du libéralisme, du consumérisme, du productivisme et du dogme de la croissance, se répandent d'articles adjurant le quidam à n'avoir aucune culpabilité à poursuivre sa vie de consommateur, de voyageur aérien, de bouffeur de fruits exotiques et de bidoche, de moteur de la croissance écocidaire car il n'aurait aucune responsabilité dans les crises écologiques, climatiques et de biodiversité qui sont devant nous, ce n'est pas lui qui serait la cause de toute cette merde, ce n'est pas lui c'est ... les autres. Et ces articles, ou tweets ou post sur Facebook d’adjurer le quidam de ne surtout pas écouter les très méchants écolos parisiens, bobos anti-pauvres, gauchos bien-pensants et même pas LREM, qui ne font rien que de le culpabiliser, lui le quidam, avec leurs gourdes en métal et leur eau du robinet, leurs AMAP et leurs fruits et légumes bio, décarbonés, locaux et de saison, leurs vélos et leurs composteur, leur sobriété heureuse et leur renoncement mortifère ... pour les dividendes des entreprises. Le monde du fric et de la crasse, accompagné de ses kapos, entre en résistance contre tout ce qui met en péril ses profits, car il faudra bien essorer la Terre jusqu'à la dernière goutte et qu'importe si nous sommes obligés de boire le calice jusqu'à la lie. Le monde du fric et de la crasse entre en résistance et elle est violente. Leurs idées et leurs mots sont violents. A mon avis les soubresauts de l'effondrement sont là, dans cette résistance qui se met en place.

La consommation le moteur du système

Et pourtant, s'il est un fait établi c’est que notre système économique est basé sur la consommation. Ainsi donc, si nous voulons changer le système il faut agir sur le moteur de ce système : la consommation et donc sur le consommateur. Devant la désaffection des consommateurs pour ses produits à l'huile de palme et non bio, Ferrero a perdu en trois ans, 10 points de part de marché, aux États Unis beaucoup d'américains commencent à se détourner de la mal bouffe et ainsi, chaque année la multinationale Heinz perd des parts de marché de façon non négligeable. Les multinationales ne pourront ignorer cela longtemps si la pression des consommateurs perdure et s'accentue. En démocratie on a deux cartes pour changer le monde, la carte d'électeur et la carte bleue car si nous avons un pouvoir d'achat nous avons aussi un pouvoir de non-achats. Tant que les consommateurs achètent les produits merdiques il n'y a aucune raison pour que les entreprises changent leurs process. Qui est-ce qui achète des voitures ? Qui est-ce qui achète de l'essence de Total pour les faire avancer ? Qui est-ce qui écluse les produits manufacturés, la bouffe industrielle ? Qui est-ce qui achète de l'eau en bouteille plastique ? Qui est-ce qui achète des saloperies chinoises et souvent inutiles, si ce n'est les consommateurs ? Les multinationales profitent juste du marché de la consommation et font tout pour l'entretenir, entretenir le désir de consommation."[...] Fondamentalement, les industriels s'adaptent à une demande et la demande, c'est nous. Donc, nous sommes tous complices de cette manière de produire, basée sur un marché de masse, un recours massif aux matières premières, la recherche d'économies d'échelles… C'est un modèle de société hérité de la seconde guerre mondiale, construit sur une croissance et une démographie fortes. On est en train de le changer mais on ne peut reprocher à l'industrie de nous avoir servis pendant 70 ans. Elle n'est que le reflet des consommateurs. [...] " Agnès Pannier-Runacher (secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Lemaire). Tant qu'il y aura consommation il y aura des entreprises criminelles. Et tant que les électeurs voteront pour le libéralisme, les multinationales seront libres de faire de la merde.

Rendez-vous dans 18 mois

Et pourtant. Et pourtant si l'humanité, dont chacun de mes amis et moi-même faisons partie, veut contenir, d’ici à 2100, le réchauffement climatique en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, si nous voulons réellement atteindre cet objectif ambitieux, alors les émissions mondiales d’origine anthropique doivent obligatoirement atteindre leur plus haut niveau entre 2015 et 2020, puis décroître très rapidement et de façon très très significative. Mais nous en sommes loin puisqu'aucun signe ne montre que l'humanité commence à penser à réduire la voilure. Les derniers événements climatiques majeurs – vagues de chaleur, inondations, ouragans – nous rappellent en effet que d’importants et douloureux efforts vont devoir être entrepris par les principaux décisionnaires et par les citoyens. En clair, si l'on souhaite contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 ° cela se joue maintenant, cela se joue dans les 18 prochains mois, ensuite il sera trop tard. Ceci dit comme jamais l'humanité n'a voulu cesser d'émettre des gaz à effet de serre, n'a jamais voulu renoncer à la consommation, au fric et aux voyages, préférant foncer dans le mur plutôt que d'être raisonnable et responsable et cela malgré plus de 40 années d'alertes des scientifiques, relayées par les écologistes, je ne vois pas pourquoi, tout à coup, elle se réveillerait et freinerait, dans un sursaut de lucidité, pour se sauver du dragon qu'elle a elle-même réveillé. Et là on ne parle "que" du réchauffement climatique. En clair je crois sincèrement que c'est foutu. Moi j'aurais fait ma part de boulot, mais j'ai échoué au même titre que tous les écologistes. "J’ai longtemps pensé que les principaux problèmes environnementaux étaient la perte de biodiversité, l’effondrement des écosystèmes et le changement climatique. Je pensais qu’avec 30 ans de bonne science nous pourrions résoudre ces problèmes. Mais j’avais tort. Les principaux problèmes environnementaux sont l’égoïsme, la cupidité et l’apathie ... et pour gérer cela nous avons besoin d’une transformation spirituelle et culturelle. Et nous, scientifiques, nous ne savons pas faire cela." Gus Speth

mercredi 7 août 2019

Un bon dessin vaut mieux qu'un long discours

Ne jamais oublier que la Méditerranée est le grand cimetière de réfugiés en détresse et celui de nos valeurs européennes. Jamais plus je ne pourrais regarder cette mer comme je la regardais avant. Ne jamais oublier.


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Plateau de Saclay, Triangle de Gonesse, et tous les projets de bétonnages même combat ... Lutter contre la mort et ses valets.


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Le pyromane fou ... no comment !


mercredi 3 juillet 2019

La crevette, une histoire pas si rose que cela


Peu caloriques, riches en protéines, vitamines et sels minéraux, ces charmants invertébrés sont un mets de choix que l'on consomme, sans modération et sans conscience, partout dans le monde et en toute saison. Mais quelles sont les conséquences, pour l'environnement, de notre appétence pour la crevette ?

L'élevage d'abord. Il est connu et maintenant bien documenté que cette pratique est la cause d’une forte déforestation, de dégâts environnementaux (destruction des coraux, des mangroves et de leur faune et pollution des littoraux) et sources d'émissions de gaz à effet de serre (un sachet de 450 grammes de crevettes surgelées = 1 tonne de CO2). Outre l'élevage lui-même, le bilan carbone est également aggravé par l’impact de la nourriture, des emballages, du stockage et de la logistique nécessaire pour les envoyer à l’autre bout du monde.

Les 3/4 de la production de crevettes proviennent d'Asie (Indonésie, Thaïlande, Philippines, etc.), là où les conditions climatiques permettent une croissance rapide (plus la température de l’eau est élevée plus la crevette grandit vite). L'autre quart de la production mondiale de crevettes d'élevages provient d'Amérique latine. Les élevages de crevettes ont explosé dans les années 1970, grâce à la demande des consommateurs aux États-Unis, en Europe de l'ouest et au Japon. Au total, plus de 4 millions de tonnes de crevettes sont vendues chaque année dans le monde. D’immenses surfaces de mangroves ont été défrichées pour installer des élevages de crevettes, ce qui a gravement perturbé de nombreux écosystèmes très fragiles et causé de fortes érosions. De plus, pour nourrir ces élevages, les producteurs n'hésitent pas, contre toute réglementation, à faire ratisser, au chalut, les mangroves (nurseries pour nombre d'espèces animales) pour surpêcher tout ce qui peut être pêché (poissons adultes, juvéniles, et autres animaux vivant là) afin d'en faire de la farine animale qui sera donnée aux crevettes. Ainsi l'élevage des crevettes, à l'instar de l'élevage de poissons, n'évite en rien la surexploitation des mers. Et une fois de plus, la destruction de l'environnement, la destruction des mangroves met en péril les populations locales qui, depuis toujours, savaient prélever leur nourriture sans détruire ces milieux extrêmement fragiles.

Par la suite, au bout de 3 à 5 ans, les étangs d’élevages de crevettes sont abandonnés à cause des maladies qui prolifèrent dans les bassins (les crevettes développent des bactéries multi-résistantes), de l’acidité et de la contamination des sols. En effet au bout de quelques années d'exploitation intensive, il se forme des dépôts importants de boues toxiques, au fond des bassins (mélange d’excréments et de produits chimiques), formant ainsi une zone inexploitable. Pour que les sols se régénèrent, il faut entre 35 et 40 ans de "jachère".

Quel parcours !

Mais la crevette sauvage n'est pas indemne de tous reproches, ainsi les crevettes surgelées que nous trouvons dans nos assiettes ont une histoire assez incroyable et sont un excellent exemple du partage du travail dans l’économie mondialisée où chaque pays se spécialise sur telle ou telle tâche. Les crevettes sont pêchées en Scandinavie, en Norvège ou en Suède, par des bateaux de pêche spécialisés. Puis elles sont expédiées par camion et vont traverser douze frontières jusqu’au Maroc où elles sont lavées, épluchées par des ouvrières payées, en Dirhams, beaucoup moins cher qu’en Scandinavie. Elles repartent ensuite en camion vers ….la Scandinavie. De là, elles sont réexportées vers toute l’Europe. Pour chaque tonne de crevettes ainsi traitée, on dépense 150 litres de gasoil pour parcourir 10 000 kilomètres avant que les crevettes n’atterrissent dans votre assiette.

Enfin et pour couronner le tableau, la pêche intensive des crevettes conduit à la destruction de la faune marine. En effet, pour 1 kg de crevettes pêchées, jusqu'à 10 kg d'animaux marins et de poissons sont pris dans les filets de pêche. La pêche à la crevette, à elle seule, est à l'origine de plus de 30 % des poissons pêchés puis rejetés à la mer.

L’exemple des crevettes est valable pour d’autres produits. Chaque jour sont acheminés par la route 70 kg de marchandises par européen, soit 25 tonnes par an et par personne !

Une fois de plus et dans un nécessaire changement de comportements, afin de prendre en compte les défis écologiques, climatiques, énergétiques et de biodiversité qui conditionnent, suivant les réponses que l'on apportera, notre durabilité, privilégions une alimentation locale (française), artisanale, de qualité et de saison et si l'on ne trouve pas … et bien l'on s'en passe, on y renonce !

Sources : Conso-globe, Futura planète, Radio Télévision Suisse, 

mardi 2 juillet 2019

Sauver des vies n'est pas un crime !!!

Après la capitaine Pia Klemp qui risque 20 ans de prison pour avoir sauvé des milliers de vies, voici que Carola risque 10 ans de prison pour avoir également sauvé des vies. La prison alors qu'elles devraient être célébrées comme des héroïnes qui honorent l'Europe ?!?! ... Définitivement l'humanisme a quitté l'Europe, c'est sans conteste, une victoire idéologique et philosophique majeure des fascistes et de ceux qui votent pour eux ... Honte à vous tous qui soutenez et votez pour ces gens-là. Shame on you !!! "Je ne sais pas quel monstre cela va enfanter, mais il y a lieu de s'inquiéter", insiste Pierre Henry délégué général de France Terre d'asile.

Un appel international

Au gouvernement italien
Au Parlement européen, à la Commission européenne et aux gouvernements de l'Europe
A tous les citoyens et citoyennes de l'Europe

En faisant arrêter la capitaine Carola Rackete comme « hors la loi » et l’accusant de « rébellion » militaire, en séquestrant son navire comme « bateau pirate », en menaçant l’ONG propriétaire d’une « maxi-sanction » de dizaines de milliers d’euros, le Ministre Matteo Salvini qui semble exercer désormais dans son pays un pouvoir sans limites vient d’ajouter le délire à l’infamie. C’est lui qui place l’Italie en dehors du droit international et des principes fondamentaux dont nos Etats tirent leur légitimité démocratique. De graves conséquences vont s’ensuivre si on n’y fait pas obstacle.

De son côté, en « forçant le blocus » de la douane italienne après 14 jours d’atermoiements de l’UE et l’aveu d’incapacité lamentable de la CEDH, en accostant malgré l’interdiction à Lampedusa pour sauver ses passagers en détresse, la Capitaine du Sea Watch 3 n’a fait que son devoir. Elle en a assumé les risques mais ne doit pas en payer injustement le prix. Il appartient aux citoyens d’Europe et à leurs gouvernements – premiers concernés et impliqués – de faire immédiatement le nécessaire pour que cesse la persécution illégale et déshonorante contre les sauveteurs et l’équipage du Sea Watch 3.

Ne l’oublions pas cependant : une autre capitaine allemande est jugée en Italie pour avoir sauvé plus d’un millier de vies en Méditerranée : accusée d’aide à l’immigration clandestine et de complicité avec les « passeurs », Pia Klemp risque vingt ans de prison et une amende de 15 000 euros pour chaque vie qu’elle aura sauvée – ce qui provoque l’indignation de beaucoup en Europe et dans le monde mais ne semble pas émouvoir nos gouvernements. On veut faire peur aux sauveteurs, mais Carola et Pia ne seront pas les dernières à prendre de tels risques alors que l’hécatombe des noyades se poursuit en Méditerranée avec la complicité des Etats qui devraient l’empêcher.

Nous exigeons donc que le gouvernement italien se ressaisisse, abandonne ses poursuites, libère immédiatement la capitaine Rackete et débloque le Sea Watch 3 pour qu’il puisse poursuivre sa mission. Nous exigeons qu’il accueille les hommes, femmes et enfants rescapés de la guerre et de la noyade, en concertation avec les ONG et les autres pays européens, et instruise correctement leur demande d’asile. Nous exigeons qu’il cesse de criminaliser la solidarité exercée au nom des droits humains par ses propres citoyens. Nous exigeons qu’il cesse d’ameuter l’opinion publique contre les migrants dénués de tout et forcés de quitter l’Afrique.

Nous appelons le nouveau Parlement européen à proposer, la Commission à élaborer, et les Gouvernements à décider enfin, dans l’esprit de la Convention de Genève, la politique commune de l’asile, ainsi que les règles de répartition équitable des personnes qui permettront à l’Europe de remplir ses obligations, de restaurer sa légitimité morale, en faisant preuve de sa capacité politique. Nous les appelons à respecter les conventions SOLAS et SAR qui imposent le débarquement en lieu sûr des personnes secourues en mer, en déclarant que ni la Libye ni la Tunisie ne sont aujourd’hui des lieux sûrs. Nous les appelons à ordonner la reprise des sauvetages en mer et à cesser de financer et d’entraîner les garde-côtes libyens qui traquent et torturent les fugitifs sous prétexte de lutter contre les trafics. Toute autre attitude est en réalité criminelle, elle relève de la lâcheté et de l’idiotie. En voulant épargner des conflits à l’Europe, elle les aiguise et détruit son propre avenir.

Enfin nous appelons tous les citoyens et citoyennes d’Europe à s’élever contre la politique d’hostilité envers les réfugiés et les migrants dont l’Italie aujourd’hui se fait gloire et que d’autres pays pratiquent de façon hypocrite. Nous les appelons à se solidariser avec Carola Rackete et Pia Klemp. A l’heure où Matteo Salvini et d’autres cherchent ainsi à nous entraîner dans l’ignominie, ces femmes courageuses, avec leurs équipages, sont l’honneur du continent européen. Citoyens et citoyennes de l’UE, battons-nous pour les libérer et rejoignons-les dans leur combat qui s’amplifie. Il est certes difficile, mais ses enjeux sont incontestables : contre l’arbitraire, contre l’hystérie xénophobe et le racisme, pour le droit, pour la vie humaine, pour l’hospitalité et aux côtés de tous ceux qui la font vivre. Ne restons pas spectateurs.

Texte proposé par le Comité Européen contre la Criminalisation du Sauvetage en Mer (CECCSM)

lundi 1 juillet 2019

L'écologisme est-il un totalitarisme? Réponse à Pascal Bruckner

Ce matin, vous pointez une tendance à la mode… 

Oui, certains intellectuels, politiques, polémistes de chaines d’info qui trouvent envahissante la préoccupation écologiste, se demandent si elle ne va pas finir par engendrer un nouveau totalitarisme. Le texte le plus abouti est celui publié ce week-end dans le Figaro par Pascal Bruckner. L’essayiste voit dans l’écologie, seule pensée originale de ce siècle, un potentiel totalitaire. Il compare l’écologie d’aujourd’hui aux débuts du socialisme, quand celui-ci s’est scindé en deux courants, l’un démocratique, l’autre totalitaire. Bruckner perçoit dans l’injonction morale du ‘l’écologie ou la mort’, une pression liberticide. Il y a sur ce créneau de la critique de l’écologie (qui ne nie pas- ou plus- l’urgence climatique) de nombreux libéraux, conservateurs ou socialistes.

La possibilité du totalitarisme verts existe-elle vraiment ?

Elle est intrinsèque à toute idée politique. L’écologisme, c’est vrai, pourrait, puisqu’il s’agit plus d’un impératif existentiel que d’un projet collectif précis, comporter une inclinaison totalitaire. Pour autant, ce procès ne parait pas justifié. D’abord l’écologie politique, très largement émanation du monde associatif, ne connait pas de branche violente ni antidémocratique. Les ZAD et la culture de désobéissance civile y tiennent une bonne place pas vraiment musclée mais il n’y a ni grand manitou ni hommes providentiels. C’est quand même étonnant que Pascal Bruckner sente sa liberté menacée par une jeune fille comme Greta Thunberg, dépeinte en marionnette manipulée. L’image de ces militants écologistes assis sur le pont de Sully, recevant du gaz lacrymogène, donne l’impression d’une force déterminée mais certainement pas totalitaire ! Au contraire, les organisations écolos sont généralement des caricatures de démocratie bavarde et inefficace. On les brocarde assez à ce sujet. Quant à l’injonction morale écologiste qui serait insupportable aux oreilles libérales ou socialistes, constatons qu’elle est loin d’être triomphante. Elle n’a tué ni enfermé personne et fait penser à cet automobiliste citadin, qui, dans ses 2 tonnes de ferraille, explique que c’est le vélo qui est dangereux… Généralement Bruckner se dresse contre l’obscurantisme, comme lorsqu’il démonte (efficacement pour le coup) le piège de l’islamophobie… ici il décrit l’écologie en nouvelle religion. Où a-t-il vu ça ? Les adorations dominantes ne seraient-elles pas plutôt toujours consuméristes ? Pourquoi, sur l’écologie, ne se range-il pas du côté de la rationalité ? Les scientifiques, dans leur ensemble, considèrent que l’urgence climatique exige des changements drastiques. Il y a de nombreuses façons d’y répondre et beaucoup de formes d’écologie possibles. Peu de catéchisme, beaucoup de concret. Rien de totalitaire donc. Ce sont justement les obscurantistes d’aujourd’hui qui refusent la transition : je ne parle pas de l’islamisme (son aspect moyen-âgeux ne lui permet même pas d’appréhender cette question). Mais Donald Trump et Mike Pence, son vice-président fondamentaliste chrétien, climato-sceptique tout comme le massacreur de l’Amazonie Jair Boslonaro, lui aussi religieux ultra. Voilà les obscurantistes du moment ! Quelle liberté fondamentale l’écologie, pour l’instant, a-t-elle tué ? C’est étonnant comme cette obsession anti-politiquement correcte, cache-sexe de ceux qui sont en train de perdre des batailles culturelles, peut faire déraisonner !

Thomas Legrand Éditorialiste politique à France Inter

mercredi 26 juin 2019

L'avocat du diable

Au classement des plus grands importateurs d’avocats, la France obtient la seconde place, juste après les États-Unis, mais devant le Japon. Les Français raffolent des avocats... et contribuent ainsi à la déforestation du Mexique et aux bénéfices des cartels de la drogue. Au Chili, les avocats assèchent les cours d'eau. L'engouement culinaire pour l'avocat dans les pays occidentaux n’est pas sans conséquences sur le plan social, économique et surtout environnemental.

Le Chili en fait les frais depuis presque 30 ans. Avec une exportation en constante augmentation, le Chili a fourni plus de 159 700 tonnes d’avocats à des pays étrangers en 2016. Lorsque l’on sait que pour irriguer un hectare d’avocats, 100 000 litres d’eau quotidiens sont nécessaires (l'équivalent de la consommation d’eau de 1000 habitants), on saisit l’enjeu écologique relatif. Enjeu auquel s’ajoutent les conditions très spécifiques de transport et d’exportation du fruit, très énergivores.

La province de Petorca, située dans la région centrale du Chili, a vu ses cultures traditionnelles de pommes de terre, de tomates et ses vergers disparaître pour laisser place à l’exploitation écrasante des avocatiers. On y trouve aujourd’hui plus de 16 000 hectares de culture, soit une augmentation de 800 % en moins de 30 ans. Les habitants n’ont plus d’eau pour vivre, s’hydrater ou se laver et doivent faire venir l’eau par camion ; les sols étant complètement asséchés par les exploitants agricoles, nous relate le "National Geographic".

Les lits de plusieurs rivières, comme Ligua et Petorca, sont à sec depuis plus de dix ans. Les poissons et autres agents de la faune et de la flore ont également disparus, déréglant considérablement l’écosystème de la zone. Mais plus grave encore : l’absence de cours d’eau rend impossible toute évaporation et ainsi le processus de formation de nuages et donc de précipitations. Dotée d’un climat subtropical, la province de Petorca connaît depuis des années de longues périodes de sécheresse, amplifiées par le phénomène météorologique El niño, poursuit le "National Géographic".

Au Mexique aussi la production d’avocat à grande échelle demande énormément d’eau, ce qui a fait baisser le niveau des rivières, reculer les zones humides et tarir des nappes phréatiques tout en augmentant la température des régions. Par ailleurs, les propriétaires d’exploitations n’hésitent pas à utiliser des produits agrochimiques synthétiques pour protéger leurs récoltes, dont certains sont hautement toxiques et parfois mêmes interdites au Mexique. Ces pesticides pénètrent dans les nappes phréatiques et les ruisseaux qui alimentent en eaux la faune sauvage ainsi que les habitants. Le seul mot d’ordre : la productivité, nous dit fort justement Mr Mondialisation.

Par ailleurs même s'il est légalement, au Michoacán, interdit de convertir des terrains de forêts en zone d’agriculture, la loi autorise de le faire si les arbres sont coupés à la hache ou s’ils ont été incendiés. En 2009, plusieurs incendies géants ont détruit 12 500 hectares de forêts. L’année d’après, la zone a été recouverte de 8 000 hectares d’avocatiers. En 2016, les incendies ont dévasté 9 % de la surface forestière du Michoacán avec une issue similaire. Une pratique également observée en Asie pour le commerce d’huile de palme poursuit Mr Mondialisation

Et comme si tout cela ne suffisait pas, toujours au Mexique, premier producteur mondial d'avocats, c'est racket, enlèvements, exécutions... Les cartels sèment la terreur chez les producteurs d'avocats mexicains. Dans l’état mexicain du Michoacán, en trente ans, les plantations d’avocatiers ont triplé. Pour les habitants de Tancitaro, ville sinistrée par le chômage, l'avocat a représenté un vrai miracle économique. "L'or vert" leur a pourtant coûté très cher. Cette manne attire, en effet, la convoitise des mafias locales qui prélèvent au minimum 10% des revenus des producteurs. L'un des gangs les plus sanguinaires du Mexique, Los Caballeros Templarios ("Les Chevaliers templiers"), sème depuis des années la terreur dans la région, nous révèle l'émission "Envoyé spécial".

Chez nous, nous n'en achetons plus depuis longtemps, exactement pour toutes ces raisons. Plus d'avocats, plus d'ananas, plus de fruits et légumes exotiques chez nous, plus que des fruits locaux et de saison. Si nous avons un pouvoir d'achat nous avons aussi un pouvoir de non-achats qui permet de changer le monde.

samedi 25 mai 2019

Le sable est surexploité et c'est une catastrophe environnementale selon l'ONU

Il est partout. Dans les infrastructures, les ponts, les routes, le verre, les cosmétiques... Le sable est la matière première la plus utilisée après l'eau. Or cette ressource n'est pas illimitée et son extraction a des conséquences désastreuses sur l'environnement. À ce rythme, d'ici 2100, la quasi-totalité des plages pourrait avoir disparu. Un nouveau rapport de l'ONU plaide pour un encadrement international de son utilisation.



C’est la matière première la plus utilisée après l’eau. Le sable, composant essentiel du béton, est utilisé partout. Dans les routes, les ponts, les immeubles, le verre et même les cosmétiques. Chaque année 40 à 50 millions de tonnes de sable sont extraites. La construction d’une maison moyenne nécessite par exemple l’utilisation de 200 tonnes de sables. Or, la demande de cette ressource ne cesse d’augmenter, alerte un nouveau rapport de l’ONU.

"Déplacement, habitudes de consommation, croissance démographique, urbanisation et développement des infrastructures… la demande de sable a triplé au cours des deux dernières décennies", note Joyce Msuya, directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement. "Nous avons maintenant besoin de 50 milliards de tonnes par an, en moyenne de 18 kg par personne et par jour".

Disparition de 24 îles indonésiennes

Or l’extraction du sable a un vrai impact environnemental. "Le fait de prendre du sable sur la plage enlève les défenses naturelles que l’on a contre les vagues de tempête. Cela a un impact sur les inondations côtières", a rappelé chez RFI Pascal Peduzzi, du Programme des Nations unies pour l’environnement. "Quand vous extrayez du sable sur les rivières, si vous creusez le fond, la dynamique de la rivière va changer. Il peut y avoir des ralentissements, soit des accélérations, donnant lieu des inondations plus fréquentes ou plus intenses, soit à des sécheresses".

Singapour est le plus gros importateur de sable au monde. Selon le rapport, la ville-État a augmenté sa superficie de 20 % au cours des 40 dernières années pour répondre à la croissance démographique. Le sable est principalement importé d’Indonésie. Or cette importation serait responsable de la disparition de 24 îles indonésiennes.

L'impact sur la biodiversité est également pointé du doigt. Les industriels draguent de plus en plus les rivières, lacs et fonds marins, la plupart des mines et carrières de sable étant épuisées. Une pratique qui participe à la destruction des espaces sous-marines et qui dérègle des écosystèmes.

Encadrer l'extraction du sable

"Pour l’une des matières les plus échangées sur la planète, la prise de conscience des impacts généralisés est très faible", atteste le rapport. "C’est l’une des activités les moins réglementées dans de nombreuses régions". Les chercheurs pointent ainsi la présence d'une Mafia du sable au Maghreb et particulièrement au Maroc.

Pour répondre aux enjeux de durabilité, l’ONU propose l’instauration de réglementations internationales pour encadrer l’extraction du sable et obliger à plus de transparence. Les auteurs soulignent la nécessité de réduire la construction des infrastructures et d’utiliser des alternatives au béton.