"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

lundi 23 octobre 2017

La sixième extinction de masse des animaux s’accélère

Dans une étude très alarmante, des chercheurs concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue.

LE MONDE | 10.07.2017 | Par Audrey Garric


C’est ce qu’ils nomment « un anéantissement biologique ». Dans une étude très alarmante, publiée lundi 10 juillet 2017 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), des chercheurs américains et mexicain concluent que les espèces de vertébrés reculent de manière massive sur Terre, à la fois en nombre d’animaux et en étendue. Une « défaunation » aux conséquences « catastrophiques » pour les écosystèmes et aux impacts écologiques, économiques et sociaux majeurs.

Les trois auteurs, Gerardo Ceballos (Université nationale autonome du Mexique), Paul Ehrlich et Rodolfo Dirzo (Stanford) n’en sont pas à leur coup d’essai sur le thème de l’érosion de la biodiversité. En juin 2015, les deux premiers avaient déjà publié une autre étude dans la revue Science Advances, qui montrait que la faune de la Terre était d’ores et déjà en train de subir sa sixième extinction de masse. Ils avaient calculé que les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années.

Disparition des populations

Cette fois, les chercheurs ont cherché à quantifier le déclin non plus du nombre d’espèces mais des populations, c’est-à-dire des groupes d’animaux sur un territoire. « L’accent mis sur l’extinction des espèces peut donner l’impression que la biodiversité terrestre n’est pas dramatiquement et immédiatement menacée, mais qu’elle entre juste lentement dans un épisode d’érosion majeur, que l’on pourra combattre plus tard », expliquent les auteurs.

Cette approche présente plusieurs défauts à leurs yeux : l’opinion publique peine à mesurer la gravité du phénomène à l’œuvre (deux espèces disparaissent chaque année, ce qui paraît faible, surtout quand ces dernières sont peu connues ou peu répandues). Et elle ne permet pas de correctement évaluer le problème en cours. Les espèces les plus communes (dont les populations sont largement présentes) enregistrent des reculs massifs de leurs effectifs, sans pour autant être déjà menacées. « Or, la disparition des populations est un prélude à celle des espèces, préviennent les scientifiques. Une analyse détaillée du déclin des effectifs d’animaux rend le problème bien plus clair et inquiétant. »

Les chercheurs ont alors mené une vaste analyse, sur la moitié des espèces de vertébrés connues : ils ont examiné les évolutions des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres, réparties sur les cinq continents, en utilisant la base de données de la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui constitue l’inventaire mondial le plus complet de l’état de conservation de la biodiversité. Ils ont également passé à la loupe, plus spécifiquement, 177 espèces de mammifères, pour lesquels ils avaient des données sur l’aire de répartition entre 1900 et 2015.


« La réelle ampleur de l’extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique », jugent-ils. Au total, 32 % des espèces étudiées déclinent en termes de population et d’étendue. Plusieurs mammifères qui se portaient bien il y a une ou deux décennies sont maintenant en voie de disparition.

En 2016, la planète ne comptait que 7 000 guépards et 35 000 lions africains (− 43 % depuis 1993). Les populations d’orangs-outans de Bornéo ont chuté de 25 % ces dix dernières années, pour atteindre 80 000 individus, tandis que celles de girafes sont passées de 115 000 spécimens en 1985 à 97 000 en 2015. Celles de pangolins ont été décimées.



30 % des espèces en déclin sont communes

Ce que l’on sait moins, c’est que près de 30 % de ces espèces en déclin sont considérées comme communes. Elles sont (encore) classées en tant que « faible préoccupation » et non pas « en danger » par l’UICN. En France, le chardonneret a, par exemple, enregistré une baisse de 40 % de ses effectifs depuis dix ans. « Qu’autant d’espèces communes voient leurs effectifs diminuer est un signe fort de la gravité de l’épisode d’extinction biologique actuel », prévient Gerardo Ceballos.

Tous les continents sont concernés par cette érosion spectaculaire de la biodiversité. Les zones les plus touchées, notamment pour les mammifères et les oiseaux, sont celles situées aux tropiques (Amazonie, bassin du Congo, Asie du Sud-Est) car ce sont les plus riches en termes de faune. Mais les régions tempérées enregistrent des taux similaires voire plus élevés en valeur relative – c’est-à-dire comparé à la richesse de leur biodiversité.

Corollaire de la perte d’effectifs, la faune voit son territoire diminuer comme une peau de chagrin. Parmi les 177 espèces de mammifères scrutées plus spécifiquement par l’étude, quasiment tous ont perdu au moins 30 % de leur aire de répartition historique depuis 1900 et 40 % en ont perdu plus de 80 %. Cas emblématique, le lion a longtemps régné sur la majeure partie de l’Afrique, du sud de l’Europe et du Moyen-Orient, jusqu’au nord-ouest de l’Inde ; on ne compte aujourd’hui qu’une poignée de populations dispersées en Afrique subsaharienne et une population dans la forêt de Gir, en Inde.

Au total, plus de 50 % des animaux ont disparu depuis quarante ans, estiment les scientifiques, qualifiant leurs résultats de « prudents ». Des conclusions qui confirment celles du dernier rapport « Planète vivante », publié en octobre 2016 par le Fonds mondial pour la nature (WWF) : il estimait que les populations de vertébrés ont chuté de 58 % entre 1970 et 2012. L’intérêt de la nouvelle étude, publiée dans les PNAS, réside dans le jeu de données bien plus vaste (27 600 espèces examinées contre 3 700 pour le WWF) et l’analyse géographique.

Deux ou trois décennies pour agir

« L’approche de cette étude est très intéressante : au lieu de se focaliser sur les extinctions, que l’on a du mal à quantifier, elle se concentre sur l’évolution des populations, qui confirme et renseigne sur la gravité de la situation », juge Benoît Fontaine, biologiste de la conservation au Muséum national d’histoire naturelle, qui n’a pas participé à l’étude.

« Cette publication montre que la situation est très alarmante, plus que ce que peut laisser voir notre liste rouge », abonde Florian Kirchner, chargé du programme « espèces » pour la branche française de l’UICN, qui n’émet qu’une réserve : avoir concentré l’analyse sur les seuls vertébrés terrestres – les plus étudiés – et non les poissons, les invertébrés et les plantes, dont les populations reculent aussi massivement. Selon l’UICN, 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (papillons, vers de terre, etc.) et 25 % de celles d’invertébrés marins (comme les bivalves ou éponges) sont menacés d’extinction.

Les causes de ces reculs sont connues : ils sont imputables, en premier lieu, à la perte et à la dégradation de l’habitat sous l’effet de l’agriculture, de l’exploitation forestière, de l’urbanisation ou de l’extraction minière. Viennent ensuite la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, les espèces invasives, les maladies et, plus récemment, le changement climatique. « Les moteurs ultimes de la sixième extinction de masse sont moins souvent cités, jugent les auteurs. Il s’agit de la surpopulation humaine, liée à une croissance continue de la population, et de la surconsommation, en particulier par les riches. »

« Nous ne disposons que d’une petite fenêtre pour agir, deux ou trois décennies au maximum », préviennent-ils. Il en va de la survie de la biodiversité mais également de l’humanité. « L’érosion des espèces entraîne de graves conséquences en cascades sur l’ensemble des écosystèmes, ainsi que des impacts économiques et sociaux pour l’humain », rappelle Gerardo Ceballos. La faune et la flore nous rendent en effet de nombreux services, qu’il s’agisse de la pollinisation, de l’amélioration de la productivité des terres, de l’assainissement de l’air et de l’eau ou du stockage du CO2.



Parmi les actions prioritaires, les scientifiques appellent à réduire la croissance de la population humaine et de sa consommation, à utiliser des technologies moins destructrices pour l’environnement, à endiguer le commerce des espèces en voie de disparition ou encore à aider les pays en développement à maintenir les habitats naturels et à protéger leur biodiversité.

Photo : JOHN WESSELS / AFP

lundi 9 octobre 2017

La terrible souffrance des gens riches

Le problème de la France, c'est de culpabiliser ceux qui ont de l'argent ?

Par Titiou Lecoq — publié le 06.10.2017 sur Slate

Il y a des phrases, à force de les entendre rabâchées, répétées, redites sans cesse pendant des années, on finit par oublier de les interroger. Ça m’a frappée l’autre jour, dans la matinale de France Inter. L’invité était Philippe Aghion, économiste, professeur au Collège de France et soutien actif d’Emmanuel Macron –Nicolas Demorand l’a même qualifié de «penseur du macronisme économique». Vu mon immense amour pour le Collège de France, je m’attendais à être éblouie. Ça n’a pas vraiment été le cas. Notamment parce qu’il a répété à plusieurs reprises, comme explication des mesures économiques du gouvernement, «il ne faut pas culpabiliser les riches».

Extraits:

«Je crois qu’en France il y a eu une erreur de raisonnement. Je crois qu’en France, il y a une espèce d’obsession des riches et une culpabilisation des riches. Moi je crois que le mérite doit être récompensé. Je crois beaucoup dans ça. Je crois que quelqu’un qui fait une innovation qui marche très bien, il la vend, il doit être récompensé.»
Et Nicolas Demorand de tiquer: «Le problème de la France, c’est de culpabiliser les riches ?».
Philippe Aghion: «C’est pas bien de culpabiliser quelqu’un qui gagne de l’argent parce qu’il a réussi.»

Culpabiliser, c'est humain

Ah ça, si on ne l’a pas entendu mille fois ces dix dernières années… En France, on n’aime pas les riches, on n’aime pas le succès, et on est méchants parce que les riches il faut les laisser être tranquillement riches, il ne faudrait surtout pas venir troubler leurs consciences en leur rappelant que pendant qu’ils se gavent d’autres crèvent la dalle. Il faut cesser de ternir leur bonheur avec cette culpabilisation permanente. Petites créatures fragiles va.

C’est quoi cette idée absurde ? Quand tu gagnes des millions, j’espère bien que tu culpabilises un peu! À mon niveau, quand je passe dans la rue avec mon smartphone à la main et les clés de ma maison pour aller chercher mes gamins à l’école et que je croise une mère et sa fille assises par terre en train de mendier, je culpabilise. Alors oui, c’est un sentiment extrêmement désagréable mais moins que d’être celle qui est assise devant la bouche de métro.

Culpabiliser, c’est prendre conscience de ses privilèges, c’est se mettre l’espace d’un instant dans la peau de l’autre, c’est donc reconnaître à l’autre sa qualité d’être humain. Culpabiliser les riches, c’est aussi les pousser à prendre leurs responsabilités. En plus, Philippe Aghion nous parle de ça alors qu’on l’interrogeait sur la disparition de l’ISF. Ça veut dire quoi ? Que taxer les riches pour qu’ils contribuent directement à la société, c’est les culpabiliser ? On nage en plein délire. Vous avez fumé du crack au Collège de France ou quoi  ?

À les écouter, les riches, c'est toujours Bill Gates

Et en prime, pendant ce temps, on ne se prive pas pour culpabiliser les pauvres qui, s’ils étaient vraiment pauvres et malheureux accepteraient n’importe quel travail, payé n’importe quelle somme. Alors, ok, je n’ai aucun diplôme d’économie. Mais l’argument du «il faut arrêter de culpabiliser les riches», ce n’est pas, ça n’a jamais été et ça ne sera jamais un argument économique. Ça s’appelle de la psychologie de comptoir (et ça, je connais bien).

En plus, dans ce discours, vous noterez que les riches, c’est toujours Bill Gates. Je vous assure. Un millionnaire, c’est quelqu’un qui a inventé un truc qui a été utile à l’ensemble de la communauté. Ce matin-là, Philippe Aghion n’a pas donné l’exemple de Bill Gates mais du mec qui a inventé Skype, «un Scandinave». (En vrai, Wikipédia m’informe que ce sont deux Estoniens.) Et il a martelé à plusieurs reprises:

«Je crois que quelqu’un qui fait une innovation qui marche très bien, il la vend, il doit être récompensé.»

Est-ce qu’on peut être professeur au Collège de France et présenter le riche typique –on parle au minimum de millionnaires hein– comme un inventeur ? Sérieusement ?

Et après «il faut arrêter de culpabiliser les riches», «parce que les riches sont des gens de mérite qui ont inventé un truc fabuleux», on atteint le point «en supprimant l’ISF sur les actions, les riches vont investir dans l’innovation et créer des emplois». Tout naturellement. Comme ça. Parce qu’ils sont gentils et que le système fonctionne à la perfection. D’ailleurs, prendre des actions chez Nestlé c'est égal à investir dans l’innovation. (C’était l’exemple donné par un auditeur.)

Il a vu monsieur Aghion la hausse des dividendes des actionnaires ces dernières années ? Si on fait une déduction fiscale spécifiquement sur l’argent investi dans une jeune entreprise, ou une entreprise qui fait du développement, ok, mais si c’est une suppression totale sur toutes les actions, j’ai du mal à croire que ça marche. Ça me rappelle Pierre Gattaz et sa promesse du million d’emplois.

Il croit aux Bisounours, lui ?

Philippe Aghion postule le non-égoïsme des agents économiques. Quand Nicolas Demorand lui demande s’il y a des études qui prouvent ça, qu’alléger la fiscalité des plus riches entraîne une relance, il dit que oui, sûrement, il ne sait pas, il n’a pas ça sous la main. Or, je vous conseille sur le sujet cet article assez clair Favoriser les riches est-ce bon pour les pauvres (sur le site de France Culture, qui diffuse les leçons du Collège de France) qui le contredit. En fait, c’est comme pour les APL. Quand Macron demande aux propriétaires de prendre leurs responsabilités, d’être solidaires et de baisser les loyers de cinq euros. C’est la même logique.

Philippe Aghion insiste sur un autre élément. La société au mérite, ça fonctionne s’il y a davantage d’égalité des chances. En France, à l’heure actuelle, ce n’est pas le cas. En fonction de son milieu social, de sa couleur de peau, de son genre, etc., on n’a pas les mêmes chances. Il explique donc qu’il va falloir investir en priorité dans l’éducation pour ça. Là, je ne comprends pas.

Comment on va investir massivement alors qu’en même temps, l’État perd 4 milliards de recettes fiscales avec la suppression de l’ISF? (L’ISF rapportait entre 4 et 5 milliards, l’IFI rapportera 850 millions d’après Les Echos… ) Est-ce qu’il ne fallait pas faire les choses dans l’autre sens? Enfin bon, on verra avec la suite des réformes n’est-ce pas. La formation professionnelle, l’assurance chômage et tutti quanti. En attendant, arrêtez au moins d’essayer de nous culpabiliser de culpabiliser les riches parce que ça ressemble à du foutage de gueule.

dimanche 10 septembre 2017

Les écologistes avaient raison


« Pas besoin de faire de catastrophisme : la situation est catastrophique » nous dit mon collègue et ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) Jean Jouzel. L'avertissement fait froid dans le dos. 

2017, inondations majeures et meurtrières en Sierra-Leone avec au moins 312 morts à la mi août, érosion du littoral en Métropole, éboulement de quatre millions de mètre cubes de boue et de rochers, en Suisse, à cause à la fonte du permafrost alpin qui, en temps normal, assure la cohésion des roches, bilan, 14 disparus et un village rayé de la carte, sécheresses et incendies majeurs encore et toujours, incendie au Groenland et maintenant Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré depuis que l’humanité surveille la météo. Alors s'il est vrai qu’il est encore difficile d’attribuer tels ou tels événements météorologiques ponctuels au changement climatique, on peut, toutefois, s’interroger, au regard de ceux-ci, sur la fragilité de nos sociétés vaniteuses et dénaturées, technologiques et guerrières, face à la puissance de la nature. Ainsi avec les îles de St Martin et St Barth, dévastées par Irma, privées d’eau potable et d’électricité, livrées au désordre et à la détresse, nous avons une mise en lumière du manque de résilience de nos sociétés face aux crises écologique et climatique.

« Avec les dévastations d’Irma, nous avons un exemple concret de ce que le système économique planétaire vorace et désinvolte peut donner. Et c’est le moment de rappeler les ricanements, le mépris supérieur, opposés aux écologistes pendant des décennies. Ils étaient pris pour des hurluberlus, des rêveurs pisse-froids, naïfs promoteurs du retour à la lampe à huile, soixante-huitards ou bobos déconnectés, empêcheurs de se gaver en rond. Et bien en fait, […]… ils avaient raison ! Et si leurs thèses sont désormais acceptées par le monde entier (à un Donald Trump près) ils ne sont toujours pas assez écoutés à propos des priorités à renverser. Le zadiste moyen de NDDL, aussi extrémiste soit-il, est plus raisonnable que n’importe quel climatosceptique qui siège encore à l’Assemblée. » nous rappelle fort justement Thomas Legrand dans son éditorial sur France-Inter du vendredi 8 septembre 2017.

De son coté, Pascal Canfin, sur France Inter, ne dit pas autre chose et je partage : « Si l'on avait écouté les scientifiques et les écologistes, nous ne serions ni surpris-e-s, ni sidéré-e-s que les crises climatiques se fassent plus aiguës, mais nous serions mieux préparé-e-s »

« Ce n'est donc pas faute d'avoir alerté, et pourtant les écologistes ne se réjouissent pas (et ne se réjouiront jamais) d'avoir eu raison, ils se désolent juste de ne pas être entendus » nous dit mon amie Catherine Bassani-Pillot et je partage. Et pourtant je pense qu’il est bon, de temps en temps, de rappeler que nous avions et avons raison quand nous alertons, relais que nous sommes des travaux scientifiques, afin que, dans une sorte de vœu pieux, à l'avenir et sur d'autres sujets, nous puissions espérer être un peu plus écoutés et un peu plus soutenus. Soutenus, non pas pour notre gloire, mais pour que nous puissions enclencher, véritablement, la transition écologique de notre monde et offrir un monde durable et désirable à nos enfants.

Mais je crains, à l’instar de Jean-Marc Jancovici, que demain, Harvey, Irma, José ou bien encore Katia passés, on ne se « désole que les ventes de voitures fléchissent un peu, puis qu’après-demain on ne se désole que la production d'acier fléchisse un peu alors qu’à chaque fois qu'on augmente ça, on augmente aussi les émissions de CO2 ... » et donc les changements climatiques et donc les catastrophes qui vont avec. « Quelque part, il faut qu'on se mette d'accord avec nous-mêmes, c'est à dire à 7 milliards et demi dans une petite boite qu'on appelle la planète Terre dont la taille n'augmente pas, il faut trancher, on est en pleine incohérence : c'est à dire que lundi on dit qu'on veut augmenter la taille de l'économie donc des flux physiques et augmenter les émissions et les rejets en tous genres et Mardi, on dit : ah c'est quand même ennuyeux, il y a des conséquences à cette affaire et on préférerait ne pas les voir » poursuit Jean-Marc Jancovici

Ainsi St Martin et St Barth sont deux exemples à petite échelle, une sorte d'expérience de laboratoire de la vulnérabilité de nos sociétés occidentales. En quelques heures des territoires modernes de la cinquième puissance mondiale ont été réduits à néant par la force de la nature que nous provoquons. Irma devrait nous faire réfléchir sur l'effondrement de notre monde qui nie les crises écologiques, climatique, métallique ou bien encore énergétique en croyant, dans une techno-foi aveugle, que, devant le précipice, nous trouverons la solution et qu'en attendant il ne sert à rien de s'inquiéter, il ne sert à rien d'investir pour anticiper, il ne sert à rien de changer car il est tout de même plus délectable, à l'instar de la cigale de La Fontaine, de jouir de consommation.

Amis, je vous en conjure, réfléchissez, ouvrez les yeux, changez, renoncez, adoptez la sobriété choisie et heureuse avant que les événements ne vous l’impose ... il est plus que temps car la multiplication et l'intensification des extrêmes climatiques va poser de plus en plus de problèmes humains, alimentaires, économiques, géopolitiques. « Ce qui est l'exception dans beaucoup de domaines, y compris chez nous [en métropole], va devenir parfois la norme. Le pire est devant nous », averti Nicolas Hulot et Jean Jouzel de poursuivre « l'intensification des cyclones risque de préfigurer ce que l'on vivra demain ». Et en effet « pour espérer rester en deçà de 2°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, il faudrait que le pic d'émissions de gaz à effet de serre survienne au plus tard en 2020 », conclut Jean Jouzel. Nous n'avons donc plus que trois ans devant nous pour inverser la vapeur.

Crédit photo : TWITTER/AFP - Anna MAZUR : Casino Royale ravagé par l'ouragan Irma dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, le 7 septembre 2017

dimanche 3 septembre 2017

L’enfer du miracle allemand


Macron se désole que les Français refusent les réformes, que ce pays est irréformable. Mais les réformes pour les réformes cela n’a aucun sens. Si réformer c’est aller vers toujours plus de précarités et d’inégalités alors je dis « NON ! » et je me range dans le lot de ceux, dénommés par le très talentueux et clairvoyant journaliste de droite Eric Brunet, « les abrutis ». 

Ces abrutis, qui se vautreraient, selon le fantasme libéral, « dans le socialisme bolivarien le plus frustre en ayant pris l'argent du pétrole aux actionnaires milliardaires afin de tenter d'éradiquer la pauvreté qui rongeaient le Venezuela (1) ». Ces abrutis qui refusent « toujours plus de déréglementation, de flexibilité chez les salariés, de stock option et de dividendes pour le CAC 40, de privatisation de services publics […] solutions de ceux qui savent. (1) » car bien évidement « ceci n'a hélas jamais été fait, nulle part, ni en France, ni ailleurs. Mais vraiment jamais jamais ! Et les abrutis que nous sommes ne comprennent pas que si nous le faisions, si nous appliquions ces brillantes solutions libérales, la vie serait à chaque minute du jour et de la nuit une danse du bonheur sous l'abondance du ruissellement. (1) »

Nous sommes vraiment des abrutis de refuser un tel bonheur et il n’y a qu’à demander aux allemands ce qu’ils pensent de ces réformes qu’ils subissent, depuis 12 ans via les lois Hartz, pour se convaincre que nous sommes vraiment des abrutis pour refuser le paradis du modèle économique allemand. Ah, le paradis du modèle économique allemand basé sur les travailleurs pauvres et le retour au travail des retraités ! Que du bonheur ! Avoir du boulot et vivre pauvre tel est le miracle allemand. Près de 1 million de retraités allemands sont aujourd’hui contraints de travailler faute de pension suffisante. Ah ce modèle inégalable vanté par nos chroniqueurs télé de tous poils pourvoyeurs de la lobotomie générale pour le compte du MEDEF et de ses valets En Marche.

Ainsi selon « Le Monde diplomatique » de Septembre 2017, en Allemagne, entre 2000 et 2016 la proportion des travailleurs pauvres — rémunérés au-dessous de 979 euros par mois — passe de 18 à 22 %. 4,7 millions d’actifs survivent aujourd’hui avec un minijob plafonné à 450 euros par mois. L’Allemagne a converti ses chômeurs en nécessiteux. Ainsi pour les deux prophètes de la « social-démocratie moderne » M. Schröder et son homologue britannique Anthony Blair et ceux qui perpétuent aujourd'hui le Hartz IV, il vaut mieux un pauvre qui sue plutôt qu’un pauvre qui chôme.

Huit heures : le Jobcenter du quartier berlinois de Pankow vient à peine d’ouvrir ses grilles que déjà une quinzaine de personnes s’alignent devant le guichet d’accueil, enfermées chacune dans un cocon de silence anxieux, nous relate « Le Monde diplomatique » de Septembre 2017. « Pourquoi je suis ici ? Parce que, si tu ne réponds pas à leurs convocations, ils te retirent le peu qu’ils te donnent, grommelle un quinquagénaire à voix basse. De toute façon, ils n’ont rien à proposer. À part peut-être un boulot de vendeur de caleçons à clous, qui sait. » L’allusion lui arrache un maigre sourire. Il y a un mois, une mère isolée de 36 ans, éducatrice au chômage, a reçu un courrier du Jobcenter de Pankow l’invitant, sous peine de sanctions, à postuler pour un emploi d’agente commerciale dans un sex-shop.

En Allemagne [...] La vie des allocataires est un sport de combat. Leur minimum vital ne leur permettant pas de s’acquitter d’un loyer, le Jobcenter prend celui-ci en charge, à la condition qu’il ne dépasse pas le plafond fixé par l’administration selon les zones géographiques. Un tiers des allocataires (renommés "Clients") ont pourtant des problèmes de logement, le plus souvent parce que l’envolée des loyers dans les grandes villes, notamment à Berlin, les a fait sortir des clous du Jobcenter. Ils doivent soit déménager, mais sans savoir où, car le marché locatif est saturé, soit régler la différence de leur poche en rognant sur leur budget alimentaire.

Le Jobcenter peut aussi débloquer au compte-gouttes des aides d’urgence. Cela lui confère un droit de regard qui s’apparente presque à un placement sous curatelle. Compte en banque, achats, déplacements, vie familiale ou même amoureuse : aucun aspect de la vie privée n’échappe à l’humiliant radar des contrôleurs. Les 408 agences du pays disposant d’une marge d’initiative, certaines débordent d’imagination. Fin 2016, par exemple, le Jobcenter de Stade, en Basse-Saxe, a adressé un questionnaire à une chômeuse célibataire enceinte la priant de divulguer l’identité et la date de naissance de ses partenaires sexuels (2) [...]

[...] Hartz IV fonctionne à la manière d’un service du travail précaire obligatoire. Les menaces de sanctions qui pèsent sur le « client » le tiennent en permanence à la merci d’un guet-apens. M. Jürgen Köhler, un Berlinois de 63 ans, exerce en temps normal le métier de graphiste indépendant. Confronté à la concurrence de gros cabinets qui cassent les prix, il ne reçoit plus assez de commandes pour en vivre et s’est donc inscrit au Jobcenter. « Un jour, raconte-t-il devant un café, un courrier m’annonce que je dois me présenter le lundi et le mardi suivants à 4 heures du matin aux portes d’une agence d’intérim pour être affecté sur un chantier et toucher ma paie le soir même. Et que je dois me munir d’une paire de chaussures de sécurité. Évidemment, je ne possède pas ce genre d’équipement et je n’ai jamais travaillé dans le bâtiment. Commencer à mon âge ne me paraissait pas une bonne idée. » Les délais étant, comme souvent, trop brefs pour tenter un recours, M. Köhler n’a d’autre choix que de contester la mesure devant les tribunaux, en espérant que son affaire sera jugée avant que ne tombe le couperet de la sanction, qui risque d’amputer ses subsides de 10 %, 30 % ou même 100 %. Nul n’est à l’abri du hachoir, pas même les enfants d’allocataires Hartz IV âgés de 15 à 18 ans : en échange de leurs 311 euros mensuels versés au budget de la famille, et même s’ils vont encore à l’école, le Jobcenter peut les convoquer à tout moment pour leur « conseiller » de s’orienter vers tel ou tel secteur sous tension et leur couper les vivres s’ils ratent un rendez-vous. (2) [...]

Dès lors, pourquoi refuser un tel bonheur ? « Peut-être parce que nous n’avons plus les moyens de payer pour tous » selon la phrase fétiche des libéraux ? .... « qui va payer ? nous disent-ils. Qui va payer pour un accès de tous à la santé ? Qui va payer pour éradiquer l'analphabétisme ? Qui va payer pour un retour de la police de proximité ? Qui va payer pour une école de qualité ? C'est vrai que tout compte fait, ce serait beaucoup mieux si seuls les riches se payaient eux-mêmes les services privés, laissant les autres dans le dénuement. C'est sans doute ça, l’idée intelligente d'une société parfaite. (1) »

Pourtant les français n’ont pas toujours été contre les réformes, au contraire même. Ainsi quand en 1936 on a créé les congés payés, quand en 1946, Marcel Paul a nationalisé l’énergie, quand Maurice Thorez a créé le statut de la fonction publique, quand Paul Langevin a conçu le CNRS, quand Ambroise Croizat a bâti la Sécurité Sociale, généralisé les retraites, conçu les Comités d’Entreprises, la médecine du travail, la prime prénatale, l’allocation de salaire unique, du doublement du congé maternité, la reconnaissance des maladies professionnelles … les français ont adorés !!!

Mais, je m’avance peut-être pour expliquer ce vent de refus des Français devant les réformes portées par les libéraux, c’est que, encore une fois peut-être, que ces réformes, aujourd’hui, sont a l’inverse de ce que déclarait Ambroise Croizat « Désormais, dans toutes les phases de sa vie, nous mettrons définitivement l’Homme à l’abri du besoin. Nous en finirons avec les angoisses du lendemain. » et que nous refusons « l’enfer du miracle allemand », ce modèle qui inspire tant Emmanuel Macron et que ce refus est légitime. Non ?



dimanche 27 août 2017

Ou quand l'argumentaire néo-colonialiste est toujours vivant

C'était pendant la campagne de la primaire de la droite. François Fillon n'avait pas encore effectué sa percée. L'émission politique (France 2) choisit de lui opposer le syndicaliste guadeloupéen Elie Domota, en duplex. Dialogue de sourds, au cours duquel Fillon ressortit à Domota la panoplie complète des arguments colonialistes. Mathlide Larrère les démonte un par un.




Pour lire la suite, c'est ici

Retrouvez toutes les chroniques de l'historienne Mathilde Larrère ici 

mercredi 23 août 2017

Poussière d'étoiles.

Juin 1977, 32e Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace au Bourget, je suis avec mon père. Je suis en train de passer un moment père-fils merveilleux avec ce père qui semble connaître tout le monde. Nous y sommes en journées réservées aux professionnels. En journée non ouverte aux visiteurs lambda. Sentiment de privilège. Je suis fier de tenir la main à ce père qui m’explique ces magnifiques machines volantes. Je rentre dans tous les cockpits, je m’assois dans les sièges des pilotes. Tout le monde me sourit et m’offre qui un gadget, qui un poster, qui un autocollant. Je suis aux anges. Mon père m’explique la station spatiale MIR que nous visitons, mais surtout il a la patience extrême de retourner, pour la dixième fois, revoir ce superbe hydravion, exposé sur une piscine et qui me fascine tant. Nous nous arrêtons pour la pose de midi à l’ombre des grands hangars pour manger nos sandwichs que maman nous a préparé avec amour. Fier d’être à ses cotés.

Nuit du 15 Août 2017 Atlanta, Etats-Unis, mon téléphone sonne, Marianne, mon épouse, m’annonce que papa est dans le coma et qu’il est à l’Hôpital Foch à Suresnes. Moment d’incompréhension. Moment d’incrédulité. Cela fait un mois que je ne l’ai pas vu car je termine une mission dans le Golfe du Mexique sur les traces du devenir de la matière organique charriée, en mer, par le Mississippi. Etre en mission, longtemps et loin, c’est accepter de tout laisser derrière soi et de prendre le risque que les gens partent sans nous. Depuis plus de 20 ans j’accepte ce risque sans y croire vraiment, « cela ne peut pas m’arriver à moi ! ». Puis le téléphone sonne à nouveau, papa est mort. Le vide s’ouvre. J’ai mal. Je me tords sur mon lit. Les larmes ne viennent pas tout de suite mais je cherche l’air. Puis l’abîme de la perte m’apparaît, le flot de larmes devient intarissable. Mon esprit n’a plus qu’une seule pensée … lui. Alors je me laisse aller et je repars dans les Vosges, en famille, baskets aux pieds sur les chemins au milieu de ces forêts de sapins envoûtants. Odeurs de sapins dans ces jours d’étés heureux. Promesses de tartes aux Myrtilles au refuge à la fin de la randonnée. Photos prisent sur les grumes. Douleurs due à l’effort et découverte du milieu naturel. Sensation de sécurité entouré de mes parents. Puis visites de châteaux, d’églises, de musées … vacances culturelles ici, là, jamais aux mêmes endroits avec ce père qui semblait tout savoir, avec cette mère en accord parfait. Ils m’ont laissé le goût des visites, du plaisir de laisser les décors et les histoires m’imprégner.

Mon esprit tourne, vire, s’arrête sur les repas du soir, dans la cuisine de la maison familiale, où nous devisions, tous les cinq, toujours sur des sujets sérieux pour se finir par un « preums’ au câlin sur papa ! » que nous nous lancions, à la fin du repas, tour à tour, mon frère, ma sœur et moi. Aujourd’hui encore, chez moi, aux Ulis, le soir, à table, nous devisons mon épouse, mes enfants et moi dans une filiation évidente.

Nous devisions et réfléchissions tous ensemble car mon père ne souffrait pas que nous nous laissions aller à la facilité. A la vérité affirmée par le plus grand nombre, il nous poussait à aller plus loin et mon dieu combien, souvent, cela était difficile de le suivre. Mais il ne souhaitait pas que nous nous rallions à sa cause, ce n’était pas un gourou, il souhaitait juste que nous analysions la complexité des choses. Je me souviendrai toujours de ce « Ah non ! Pas toi !!!! » qu’il me lança, alors que je ne devais avoir qu’une dizaine d’années, ce jour où, à la vue des juifs, dans « les dix commandements » de Cecil B De Mille, adorant le veaux d’or après avoir adoré puis détesté dieu, je lançais dans une réflexion d’enfant, « Mais ! Ils sont vraiment prêts à croire n’importe quoi ! ». Depuis ce jour j’ai compris que je n’avais pas le droit de penser le monde comme on me le montrait, mais qu’il me fallait toujours chercher la justesse de la pensée, sans dogme et en toute liberté. Mon dieu comme souvent je n’y arrive pas.

Je repense aussi à toutes les inquiétudes du père face aux difficultés scolaires du fils que j’étais. En vérité il ne savait pas gérer cette inquiétude et en devenait presque pénible. « Tu as finis tes devoirs ? » me demandait-il, « si oui alors retourne dans ta chambre t’en inventer ». Combien de week-end de merde j’ai passé, seul, dans ma chambre afin de l’éviter !!!! Mais comment lui en vouloir aujourd’hui ? Mon père n’était pas un saint, il avait ses failles, ses faiblesses … et sa faiblesse c’était ses enfants qu’il aimait par-dessus tout et pour lesquels il s’inquiétera jusqu’à la fin de sa vie. Mais s’il n’était pas un saint il avait la sagesse de faire confiance à maman quand celle-ci chercha à me faire rentrer à l’école Nouvelle « La Source » à Meudon. Il lui fit confiance quand elle lui dit que je n’aurai pas d’autres choix, dès l’âge de 9 ans, que de prendre, seul, le train de banlieue pour aller à l’école. Cette école et sa méthode Freinet m’a sauvé la vie, ma mère, en m’y envoyant, m’a sauvé la vie, mon père, en faisant confiance à Maman, m’a sauvé la vie, moi dont le seul idéal était les loubards si bien chantés par mon idole de toujours.

Je repense à ce vieux monsieur affaibli par un cœur fragile, une hypertension difficilement régulée, un diabète pesant et une surdité tenace qui se mettait au service des plus pauvres via les Resto du cœur, ou allait porter les bûches dans les camps des roms avec le secours catholique. Je repense, à l'heure d'une Méditerranée devenue cimetière, à cet évangile (Mt 25, 31-46) que mes parents aiment tant et qui appelle l’humanité à soigner, habiller, nourrir, visiter, accueillir les plus humbles, les plus pauvres d’entre nous. Toute leur vie mes parents auront donc été fidèles à la parole de dieu.

Je repense à tous ces repas, les dimanches, au Mesnil ou aux Ulis, que nous partagions … Oh comme ces années furent douces à l’écouter, à le contredire, à être d’accord, à le convaincre et à me laisser convaincre. Comme j’ai été fier de découvrir sur son ordinateur qu’il avait fait un dossier de photos de moi en politique et en militant, lui qui aura été engagé toute sa vie.

Je repense à ce grand-père merveilleux qu’il a été avec ses petits enfants et à qui il consacrait tout son temps quand ils étaient là, près de lui.

Puis je repense à ce dimanche aux Ulis où il m’a semblé que nous soldions tout en regardant, lui et moi, une émission sur Renaud et où il me dit que oui, cet homme était un mec bien et combien il comprenait que je l’ai tant admiré. Comme je suis heureux d’avoir dit à mon père, de son vivant, combien je l’aimais.

Simple, passant toujours en dernier (même s’il savait recevoir), il ne voulait jamais gêner et ainsi, même pour mourir, il n’a pas voulu déranger. L’attaque cérébrale, qui va lui être fatale, le frappe au moment du coucher après le film du soir. Mais pendant que maman appelle le SAMU, papa récupère suffisamment pour pouvoir se rhabiller et descendre afin d’ouvrir la porte aux secours incrédules. Dès lors il pouvait se laisser aller à la mort, il n’avait pas fait peser cela sur les épaules de ma mère.

Mon père, cette poussière d’étoiles, était un homme bon, il fut un très bon père et un grand père merveilleux, il fut un homme engagé qui essayait de rendre le monde plus juste, il est un exemple difficile à suivre mais je suis fier d’avoir été son fils.

Adieu papa.