Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 7 octobre 2012

Notre hiver ne sera pas nucléaire ... ou chronique d'une pénurie désormais annoncée

Poussant, en un flot ininterrompu, leurs chariots blindés de promesses électroniques aux mille réalités virtuelles, les yeux pétillants de bonheur, ces pauvres innocents ne savent pas qu'ils transportent, avec le sourire du contentement, ce qui causera leur chute et celle de ceux qu'ils aiment. Et, pour ne pas sortir de cet état hypnotique, le lendemain, ces mêmes inconscients iront voter pour des bonimenteurs qui leur garantiront que rien ne changera et que toujours ils auront leur dose.


Ce matin je me remémore ce que me disait certain, à propos des manifs des fascistes islamistes contre la crasse cinématographique "l’innocence des musulmans". On me disait que tout cela était monté de toute pièce afin d'occulter, pour un temps, la crise économique : "tu entends parler, toi, de la crise économique en ce moment ? non, hein ! ben cette crise religieuse est faite pour nous détourner l'esprit des vrais problèmes. C'est une muleta.". Bon, possible me disais-je. Mais en poussant la réflexion je me suis demandé qui parlait, aujourd'hui, de la crise énergétique et métallique qui arrive et qui menace physiquement nos vies d'occidentaux et, plus largement, toutes les civilisations perfusées au pétrole ? La crise économique ne serait-elle pas la muleta de la crise énergétique, métallique et écologique qui arrive et que personne n'anticipe ?

Et pourtant il suffit de lire et de chercher pour trouver des alertes et ouvrir les yeux sur l'état réel de notre situation. Ainsi Agnès Rousseaux (Bastamag.fr) nous dit : " L’humanité est accro aux métaux. Câbles électriques et circuits électroniques, transports individuels ou collectifs, électroménager ou BTP... Les métaux sont partout. On en oublierait presque qu’ils constituent une ressource non renouvelable. Or, côté consommation, la tendance est à l’emballement et les réserves ne sont pas infinies. Une cinquantaine de métaux – sur la soixantaine exploités – seraient menacés de pénurie. Il reste plus d’un siècle de réserve pour le cobalt ou le platine. Celles de l’argent, de l’antimoine (utilisé notamment dans l’électronique), de l’indium (utilisé dans les cellules photovoltaïques ou les écrans LCD) se limiteraient à 20 ans, pointe l’étude de Philippe Bihouix (Quel futur pour les métaux ? EDP Sciences Ed.) . Et il ne resterait que 30 à 60 ans de réserve pour la plupart des grands métaux industriels : zinc, cuivre, nickel, plomb…

500 Tours Eiffel par jour

Environ 2 milliards de tonnes de métaux sont consommés chaque année, surtout du fer. L’équivalent de 200 000 Tours Eiffel par an ! Soit plus de 500 par jour. Et chaque Français « consomme » en moyenne l’équivalent de 700 grammes de métaux en 24h !

Pourquoi s’inquiéter, rétorqueront certains, les métaux sont présents partout : dans la roche, dans chaque poignée de terre, dans l’eau de mer. La quantité totale de cuivre dans les terres émergées – jusqu’à une profondeur de 1 km sous terre – serait d’environ 20.000 milliards de tonnes. Soit un million d’années de notre consommation actuelle. Tout irait bien... S’il n’était pas impossible de passer l’ensemble de la croûte terrestre au tamis. Ainsi les réserves de cuivre sont ainsi 10 000 fois moindres que la quantité totale présente sur la planète, augurant une pénurie de cuivre en 2040. Et l’or à franchi son « pic » de production, aujourd'hui son extraction n’augmente plus. « Une mine d’or, en Afrique du Sud ou en Australie, produit à peine 5 grammes par tonne, contre 20 il y a un siècle. Vu le prix, on peut aller chercher quelques grammes d’or par tonne de terre, mais on ne pourra pas se le permettre pour le cuivre », explique Philippe Bihouix. De même, alors qu’on produisait 18 kg de cuivre par tonne de roches extraite dans les années 1930, on n’en trouve plus que 8 kg aujourd’hui. Ainsi le défi à relever n’est pas tant la diminution des dernières réserves, que l’énergie croissante nécessaire pour exploiter les futurs filons.

Métaux et ressources énergétiques sont étroitement liés. Il faut toujours plus d’énergie pour extraire des métaux moins concentrés. Et les métaux sont toujours indispensables pour produire de l’énergie...

Sans métaux, plus d’énergie

Toutes nos sources d’énergie actuelles sont dépendantes des métaux. Des raffineries pétrolières aux gazoducs, des cellules photovoltaïques aux turbines d’éoliennes, des moteurs de véhicules aux batteries électriques… Les énergies renouvelables, nucléaires ou fossiles ne peuvent se passer des métaux. Côté nucléaire, « les « crayons » de combustible sont emballés dans des gaines de zirconium : 50 ans de réserves. Les centrales et les conteneurs pour les déchets nécessitent nickel, chrome, titane, cobalt, tungstène et plomb : 50 à 100 ans de réserves pour les plus abondants », détaille Philippe Bihouix. « On ne pourra pas tenir 10 000 ans avec le nucléaire. » Comment sans ces métaux renouveler les parcs nucléaires une ou deux fois par siècle ?

L’impératif du recyclage

Que faire face à cette situation ? Mieux recycler les métaux semble une évidence. Les grands métaux, comme le fer, l’aluminium ou le cuivre sont, en théorie, recyclables à 100%. Et leur recyclage est très rentable énergétiquement : récupérer de l’aluminium consomme 20 fois moins d’énergie que la production de métal neuf ! Reste qu’on ne pourra jamais en recycler 100 %. Difficile de collecter toutes les agrafes utilisées, les opercules de pot de yaourt ou les paires de lunettes ! Le pourcentage de perte diffère selon les métaux. Il est par exemple de 30 % pour le nickel, un métal pourtant bien récupéré dans des filières de recyclage…

La multiplication des alliages posent aussi problème. Impossible de séparer les éléments imbriqués ou les matériaux composites. Ou de faire du tri dans les 3 000 sortes d’alliage de nickel. Comment recycler complètement un ordinateur portable, qui contient 30 métaux différents ? Ou un « superalliage » de l’aéronautique, composé de 15 métaux ? De quoi compliquer sérieusement une tâche déjà immense. Surtout quand notre système économique basé sur la consommation – et un taux d’équipement toujours plus élevé – provoque l’accélération des cycles de production et des innovations... Concernant les déchets d’équipements électriques et électroniques (D3E), une directive européenne impose leur collecte à hauteur de seulement 20%.

A ces limites s’ajoutent les usages « dispersifs » : l’incorporation de métaux dans des produits chimiques ou des objets de consommation courante. Mercure dans les shampoings, plomb et cobalt dans les teintures capillaires, bismuth dans le rouge à lèvres, ou titane et sulfate de zinc, comme colorant blanc de votre dentifrice ! Encres et pigments du papier, déodorants, pneus, peintures, engrais et pesticides, incorporent des métaux à des degrés divers.

Des usages dispersifs qui peuvent représenter une part importante de la production : 20 % pour le cobalt, 98% pour le titane. Et les innovations ne manquent pas : les chaussettes « anti-odeur » aux nanoparticules d’argent qui partent dans les égouts au bout de quelques lavages, ne vont pas arranger la situation. « Ce sont autant de métaux qui ne seront pas disponibles pour les générations futures. Quand on crame du cuivre, du plomb ou du lithium dans les feux d’artifice, ce n’est pas très sympa pour l’Homo sapiens de 2250 qui en aura besoin, » illustre Philippe Bihouix.

Cette situation commence à préoccuper les États alors que l’Europe importe 48% de son cuivre, 100% du cobalt, du platine et du titane quant la production française est en constante régression. Résultat : les prix des métaux flambent et les réserves sont contrôlées par quelques multinationales. Le poids financier des métaux représente désormais un quart de celui du marché du pétrole.

Des abysses du Pacifique à la planète Mars

La stratégie actuelle des États et entreprises semble être la recherche incessante de nouveaux gisements. Et quand ceux-ci ne suffiront plus, ira-t-on chercher des métaux au fonds des océans ou sur d’autres planètes ? En juillet 2011, des chercheurs japonais ont annoncé la découverte d’immenses gisements de « terres rares » au fond du Pacifique : près de 100 milliards de tonnes. Des réserves 1000 fois supérieures à celle recensées jusqu’à présent, selon l’étude publiée. Mais quelle débauche d’énergie et de technologies seront nécessaires pour exploiter ces gisements, situés entre 4 000 et 6 000 mètres de profondeur ? Quel prix faudra-t-il payer demain pour aller prospecter de nouvelles réserves de métaux à plus de 2000 mètres sous la couche terrestre ? Quant à faire de la Lune ou de nos planètes voisines nos futures réserves géologiques... « C’est la vie, la tectonique des plaques qui créent les concentrations de métaux. Sur la Lune, vous risquez de ne trouver qu’une soupe indifférenciée », décrit Philippe Bihouix. Pas de quoi rentabiliser le voyage aller-retour.

Nos arrières-petits enfants, des « ferrailleurs-cueilleurs » ?

Recycler davantage, ralentir les cycles de consommation, en luttant par exemple contre l’obsolescence programmée, réparer plutôt que jeter, diminuer les usages dispersifs. Les moyens sont nombreux pour réduire l’actuel gaspillage des pays économiquement développés. Mais cela ne suffira sans doute pas, sans changer profondément nos modes de vie, de production et de consommation. « Quel avenir veut-on laisser aux générations futures ? Un retour à l’âge de fer, un monde où quelques dizaines de millions de « ferrailleurs-cueilleurs », survivants de la grande panne ou de l’effondrement, retrouveront l’abondance en exploitant le stock de métaux en place dans les bâtiments délabrés, les décharges, les usines à l’arrêt ? » questionne Philippe Bihouix. Reste à faire prendre conscience des enjeux, pour freiner la course infinie à l’extraction, avec toujours plus de conséquences sociales et environnementales. « Expliquer le pic du pétrole est déjà compliqué ! Avec les métaux, on a 60 histoires différentes… ». Nous n’aurons pourtant bientôt sans doute plus le choix."

Cette analyse confirme ce dont je suis persuadé depuis longtemps : tant que l'on recherchera la croissance pour résoudre les crises économiques et le chômage qui va avec, on se cassera toujours les dents. En effet démonstration est faite que la croissance n'est pas la solution, mais est bien Le problème. Une croissance infinie dans un monde fini est impossible. Tant que l'on n'ouvrira pas les yeux sur la raréfaction des matières premières et la crise énergétique on ne se sortira jamais de notre descente infernale. La croissance c'est produire infiniment des produits jetables en puisant, toujours plus, dans le sous-sol, des matières non renouvelables pour les fabriquer ... comprendre que cela n'est ni tenable, ni durable, n'est pas de l'écologie mais de la géologie.

En conséquence, souvent je rétorque, à ceux me qui disent que les écolos ne sont pas réalistes, que ce sont eux qui ne le sont pas en croyant que ce monde de technologies et de carbone pourra durer si l'on n'ouvre pas les yeux sur les voyants qui sont au rouge. De même je réponds, à nos détracteurs qui nous accusent de vouloir nous ramener au moyen-âge, que ce sont eux, ces indécrottables techno-croyants, par leur refus d’anticiper les crises climatique, énergétique, démographique, métallique et écologique, qui nous mènent droit vers une régression sociétale.

Quand donc regarderons-nous le dragon dans les yeux ?

Bruno BOMBLED

1 commentaire:

marie monnier a dit…

bravo pour l'article sur les métaux et comparer notre "consommation" de fer à 500 fois la Tour Eiffel nous donne encore mieux la mesure de cette surconsommation,
Merci vivement pour tous ces renseignements et bravo pour votre blog,
Marie