Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mercredi 2 mars 2016

De la convoitise à la compassion

La convoitise (sexuelle ou matérielle) et la cupidité seront-elles les fossoyeuses de l'humanité ? C'est souvent ce que je me dis en regardant les images du monde. Que nous soyons d'Europe ou d'Asie, d'Amérique ou d'Afrique il me semble que ce qui pousse l'humanité vers le chaos est bien cette convoitise. Pourquoi nous faisons nous la guerre si ce n'est par convoitise et cupidité ? Pourquoi les humains se détestent-ils autant si ce n'est à cause de la convoitise ? Alors si cette convoitise est plus ou moins prégnante dans nos histoires, que l'on soit européens ou bien réfugiés syriens, je suis intimement persuadé que la situation des uns et des autres est bel et bien issue de cette déliquescence spirituelle qui caractérise tant l’espèce humaine.

Ainsi si l'on considère les société comme des pyramides on y retrouve toujours les mêmes mécanismes de fonctionnement et cela à très bien été décrit dans la chanson « Lolito-Lolita » de Renaud. « Les damnés sont tout en bas, deux humains sur trois, sans abri sans pain sans joie, la pyramide les broie,depuis dix mille ans je crois […]. Puis vient le prolétariat […] Des millions de petits bras, Une armée de forçats […] Plus haut viennent les soldats, Ils tireront sur toi, Pour protéger l’état, La propriété, la loi, Ils piétineront tes droits […] Moins nombreux malgré leur poids [...]Viennent curés et prélats, Ils prieront pour toi, Ils te diront : "Ferme-la, Travaille, consomme et tais-toi, Et le ciel t'appartiendra" […] Tout en haut il y a les rois, qui règnent sur toi, Ils ont décidé des lois, Qui font que tu resteras, Toujours tout en bas […] » Une fois de plus le poète nous dévoile avec finesse et précision les verrous qui ferment les portes du progrès humain.

Je pense réellement que tous nos problèmes, qu'ils soient environnementaux, climatiques ou sociaux viennent de ces perversions de l'esprit que sont la convoitise et la cupidité. Perversions que nous avons tous en nous. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, ne nous voilons pas la face, qui n'a jamais ressenti d'envies devant une publicité hypnotique et bien faite qui pour une voiture, qui pour un voyage, qui pour une super cagnotte au Loto ? Qui ? Honnêtement je pense, personne ! Et ceux qui, comme moi, tentent de réduire leur consommation ne sont pas à l’abri de cette convoitise mais, au contraire du reste des Hommes, se forcent, à chaque instant, pour y résister. Par convoitise nous n’hésitons pas, tant personnellement que collectivement, à consommer de façon névrotique, à voyager, à consumer la planète, à tuer provoquant haine et destruction, misère et violence.

Hier soir je regardais un reportage sur l'Iran où l'on voyait des fidèles répondre de façon hypnotique à l'Imam « A bas Israël ! A bas l'Angleterre ! A bas les États-Unis ! » et je me suis, une fois de plus, demandé comment nous pourrions relever le défi fondamental de la durabilité, qui se pose à toute l'humanité, quand cette dernière ne voit que sa haine pour elle-même comme chemin ? Plus largement je me suis, une fois de plus, demandé, comment nous pourrions relever les défis fondamentaux pour notre durabilité quand les occidentaux et ceux qui aspirent au même modèle, ne pensent qu'à accumuler, sans conscience, biens et plaisirs immédiats, qu'importe que d'autres en crèvent … ils n'avaient qu'à naître du bon côté ! En parallèle, je me dis également, avec désespoir, que depuis que l'Homme est capable d'écrire son histoire, celle-ci ne fait que relater, encore et encore, toujours et partout, notre propension à nous exterminer les uns les autres.

Mais pourquoi tant de haine ? Qu'est-ce qui motive toute cette haine ? Le moteur de tous cela est la convoitise et la cupidité des rois, des puissants, des prêcheurs qui savent mobiliser les foules de damnés et autres prétendants aux trônes, afin qu'ils aillent se battre pour eux et leur obtenir toujours plus de territoire, toujours plus d'esclaves, toujours plus d'avoirs.

Pourquoi faisons nous la guerre dans les pays où il y a du pétrole, si ce n'est pour des question de pouvoir et d'argent ? Pourquoi les prêcheurs de haine appellent-ils à la guerre sainte si ce n'est pour asseoir leur pouvoir et accumuler biens matériels, villas et femmes ? Pourquoi l'Europe rechigne-t-elle à s'ouvrir aux réfugiés, si ce n'est pour protéger ses avoirs et biens … eux-même pillés aux plus pauvres qui frappent à ses portes ? Pourquoi nos politiques souhaitent-il accéder au pouvoir si ce n'est pour obtenir toujours plus via leur privilèges ? Qu'est ce qui pousse la droite rutabaga à militer pour un système libéral qui les broie, si ce n'est l'espoir d'avoir leur part de gâteau qu'importe que cela soit au détriment d’autrui ? Qu'est-ce qui motive les capitalistes, si ce n'est d’acquérir toujours plus de biens dont ils n'auront jamais assez d'une vie pour jouir ?

La convoitise et la cupidité sont donc deux moteurs extraordinaire pour l'humain, mais des moteurs de pelleteuses qui creusent inexorablement notre tombe. Bien sot celui qui ne voit pas cela. Si en occident et dans son univers de mondialisation, cette convoitise et cette cupidité sont encouragées par les grands prêtres de la croissance, ailleurs, ce sont les religieux qui en attisent les braises pour leur plus grands profits. "Ferme-la, Travaille, consomme et tais-toi, Et le ciel t'appartiendra"

Il est des révélateurs qui montrent cette impasse. Je pense que les réfugiés syriens en sont un. Il révèlent la cupidité d'une classe dirigeante syrienne, la peur du partage d'une Europe qui doute d'elle-même et la cupidité et l’égoïsme d'une grande-Bretagne indigne sur ce sujet. Les réfugiés de Calais nous interrogent sur notre capacité à poursuivre l'aventure humaine sur Terre et témoignent que l'Homme est bien un singe tueur. L'espèce la plus dangereuse pour l'Homme. Un singe qui tue pour obtenir toujours plus même l'inutile … surtout l'inutile.


La jungle de Calais est l'image crue de l’ignominie humaine et c'est pour cela qu'il nous faut la détruire tant elle nous brûle les yeux, tant elle égratigne notre conscience au repos, tant elle bouscule nos idées toutes faites. S'il est évident que le maintien de ce bidonville n’est pas une solution durable, une évacuation précipitée du camp, indignité de la cinquième puissance économique mondiale, ne règle pas le problème mais ne fait que le déplacer. Détruire les abris de fortune, à Calais, sans solution de suite pour venir en aide aux réfugiés, si ce n'est les mettre encore plus dans le froid, encore plus dans l'humilité... encore plus dans la précarité, ni de solution internationale pour faire cesser les causes de ces malheurs, est tout simplement honteux et criminel. Pour les calaisiens, cela risque d’attiser encore plus les tensions et de signifier un véritable retour en arrière avec des migrants qui occupent les maisons vides et errent à nouveau en ville. Que les calaisiens ne supportent plus cette situation de misère je le comprends et le conçois, mais je pense aussi qu'ils sont les victimes, au même titre que les réfugiés, d'une situation qui montre la pourriture d'une humanité incapable de vivre en frères.

Heureusement qu'à l'instar des justes, des associatifs et des militants sauvent à Calais mais aussi en Grèce et ailleurs, notre humanité en venant en aide, souvent légalement, parfois aux limites de la loi, à ceux qui sont en recherche d'une vie meilleure pour eux et leurs enfants … quoi de plus légitime ? Mais Monsieur Cazeneuve fustige, une fois de plus, l’activisme en parlant de « militants extrémistes et violents ». C'est dingue cette propension du gouvernement à voir des extrémistes, des terroristes, des violents partout (Tarnac, à Notre-Dame-des-Landes, à Calais, à la CGT ...) où il est question de sauver la vie ! Mais n'est-ce pas un moyen de ne pas reconnaître sa propre violence ? La violence de sa politique libérale, anti-sociale et anti-écologique. Un moyen de cacher le vide de leur politique, le vide de leurs arguments, le vide de leurs idéaux... Le fiasco de ce quinquennat. Attaquer, insulter et dénigrer, ont toujours été les meilleurs moyens pour discréditer ses adversaires, quand on se sait faible en arguments. On ne se grandi pas mieux qu'en abaissant son prochain telle semble bien être la ligne de base, à l'instar du précédent, de ce gouvernement qui n'a plus rien à voir avec la Gauche.

Ainsi, en vérité je vous le dis, pour sauver l'humanité d'elle-même, il nous faudra changer l'Homme. Il nous faudra réussir à transformer la cupidité et la convoitise en altruisme, compassion et empathie. Mission presque impossible me direz-vous, certes, mais les récentes découvertes en neurosciences qui montrent que nous ne sommes pas seulement motivés par le désir de conquête et d'affirmation de soi, mais aussi par celui de l'entraide et de la solidarité donnent de l'espoir. Il nous faut retrouver le sens premier du travail qui est celui d'être un moyen de vivre et non d'asseoir sa classe sociale ou son pouvoir, ni d'accumuler l'inutile. Il nous faut retrouver le chemin des idéaux humanistes plutôt que celui de la consommation, celui des rêves plutôt que celui du cynisme, de la simplicité, de la sobriété heureuse plutôt que celui l'avoir, car sans ses chemins, déclarés « has been » par notre monde de solitude, nous ne pourrons que laisser la place à ceux qui proposent, pour leurs propres profits, des illusions, aux marchands de doutes. Ils se nomment DAECH, Aube Doré ou bien Ku Klux Klan, mais également, à d'autres niveaux, Apple, GOOGLE, Monsanto, Vinci, McDonald's ou bien encore Barclays, JPMorgan Chase & Co, UBS, Goldman Sachs.

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