Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

mardi 6 octobre 2009

L'heure est venue de croire ce que l'on sait


Lettre à un camarade socialiste. 6 Oct 2009

Mon cher ami

Discuter, toute notre majorité municipale réunie, comme tu l'as proposé hier, sur le Développement Durable est bien évidement une perspective nécessaire et qui me motive particulièrement. Je suis juste désolé de ne pouvoir être présent à la prochaine réunion de liste où nous aurions pu, j'en suis sur, échanger avec efficacité.

Cependant dans le cas de la lutte contre le réchauffement climatique l'heure n'est plus vraiment à la discussion mais à l'action. En préambule, sache que je ne fais pas de Développement Durable pour me faire plaisir et que, très sincèrement, je préfèrerais que mes collègues, un jour, découvrent et démontrent qu'ils se sont complètement plantés afin que nous soyons débarrassés de cette menace imminente.

Mais, à cette heure, tout montre que le réchauffement climatique est là et qu'il s'accélère. L'heure n'est donc plus de savoir si, oui ou non, le réchauffement climatique est là, l'heure est venue de croire ce que l'on sait. Et l'on sait que nous n'avons plus que 4 à 10 ans (2013 – 2019) pour inverser la tendance en limitant les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) par des actions significatives de modification de nos sociétés trop gourmandes en énergies fossiles.

Nous n'avons plus que 4 à 10 ans avant que le climat ne s'emballe tout seul.

En effet et pour exemple, nous avons, au nord de l'hémisphère nord, une bombe climatique qui se nomme permafrost. Ce permafrost, s'il dégèle (ce qui commence à être le cas actuellement), libérera, massivement, du méthane (GES vingt-cinq fois plus efficace que le CO2) et plus personne ne pourra arrêter la machine climatique terrestre, le système s'autoalimentant. Ce n'est pas de la science-fiction, c'est de la science. Dès lors nul ne peut prévoir les conséquences climatiques qui découleront de cet événement.

Je ne me soucie pas de la planète qui s'en remettra très bien sans nous, elle changera juste de configuration d'écosystèmes et poursuivra son bonhomme de chemin dans l'espace et dans le temps. Non, je me soucie de l'humain qui aura du mal à s'adapter aussi rapidement à un changement d'environnement aussi brutal.

L'adaptabilité humaine n'est pas un pari sur l'avenir sur lequel je souhaite investir.

L'heure n'est donc plus à la discussion mais à l'action.

Entre 4 et 10 ans pour agir, après, il est tout à fait possible de penser que l'on ne pourra plus que subir. Une crise écologique et humaine bien plus grave que celle (crise économique de 2009) que nous venons de vivre se prépare. Et les crises, tu le sais, ne se gèrent pas dans le calme mais dans la violence. C'est tout le message envoyé, au monde, par le décernement du prix Nobel de la paix, au GIEC, en 2007.

Je ne dis pas tout cela pour me faire plaisir ou pour ma gloriole personnelle, mais parce que je sais que si je ne le disais pas, que si je ne m'investissais pas dans ce combat, je serais complice d'un crime. D'un crime climatique. D'un crime qui amènera beaucoup de souffrances humaines … un crime contre l'humanité présente et future. Et c'est notre mode de vie occidental (20% de la population mondiale qui consomme 80 % des richesses naturelles) auquel on ne souhaite pas renoncer qui est actuellement l'arme de ce crime contre le reste de l'humanité (80% de la population consomme 20% des richesses naturelles).

Je te promets que je souhaite ardemment que mes collègues se trompent afin que je puisse dire, publiquement, que tout ce que j'ai dis jusqu'alors n'était que des conneries, mais les études nous montrent que le réchauffement va encore plus vite que ce que nous avions prévu.

L'heure n'est plus à la discussion mais à l'action. Et que l'on ne me parle pas des actions Agenda 21 de l'Essonne, aux Ulis, que j'ai moi-même rapporté en Conseil Municipal, comme la mise en place du conseil de ainés (les ainés, de bien beaux égoïstes, soit dit en passant, qui souhaitent que les jeunes générations soient solidaires avec eux mais qui ne souhaitent pas renoncer à leurs voyages touristiques carbonés – selon D. K. - pour préserver l'avenir des générations futures), le conseil des jeunes ou bien encore la bourse au permis de conduire qui ne nous feront jamais diminuer nos émissions de GES. Non je parle d'actions significatives, volontaristes, modificatrices, durables et pérennes. Les Ulissiens, que nous sommes, ne sont pas exempts de responsabilités dans la crise climatique. Certes ils sont souvent les victimes passives et consentantes d'un système qu'ils ne peuvent modifier, dès lors c'est à nous, les politiques, qu'il revient le devoir de modifier le monde pour son salut.

L'heure n'est plus à la discussion, nous n'en avons tous simplement plus le temps.

Avec toute ma sincère amitié.

Bruno

Photo : Kwet de www.actu-environnement

1 commentaire:

christophe a dit…

Bravo Bruno.

100 % d'accord avec toi. Très juste ta reflexion sur l'absence de solidarité intergénérationnelle.

Continue ! C'est à vous les politiques d'imaginer ce que pourrait être l'avenir, le préparer tout en combattant pour plus d'égalité sociale et en préservant notre bien le plus précieux (une voiture ? un I-pod ? un bateau ? non !) la PAIX.

Courage, je suis avec toi.