Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

jeudi 1 mai 2014

« Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse »


Un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) – le premier portant sur la résistance aux antimicrobiens, dont la résistance aux antibiotiques, à l’échelle mondiale – révèle que cette grave menace n’est plus une prévision, mais bien une réalité dans chaque région du monde, et que tout un chacun, quels que soient son âge et son pays, peut être touché.

Nous voici donc informés. Et alors ? cela va-t-il engendrer des changements de comportements, de réglementation ? je crains bien que non. Ainsi j’y vois là un exemple concret de notre volonté collective de nier les évidences pour continuer comme si de rien était. Volonté collective de continuer, business as usual, vaille que vaille, notre fuite en avant, quand bien même il y a des alertes scientifiques. Car c'est un fait, depuis des années les scientifiques alertent sur les méfaits et les dangers qu’il y a d’utiliser inconsidérément les antibiotiques – on se souviendra des campagnes « les antibiotiques c’est pas automatique » - mais, sous la pression des patients ou des lobbys pharmaceutiques, pour des questions de rentabilité et de chiffre d'affaire ou d’absence de volonté de changer face à l’urgence, la consommation d’antibiotiques n’a pas franchement diminué pour, in fine, sélectionner des souches bactériennes résistantes, nous mettant tous en danger.

Inévitablement c’est face au mur que nous réagissons alors que nous nous prétendons un animal doué de raison. Nous n’anticipons pas. Et encore, quand je dis que nous réagissons, rien n’est moins sûr ! L’OMS publie un rapport, oui. Les médias en parlent aujourd’hui, certes. Mais quel sera la suite ? Les gouvernements réagiront-ils ? Contraindront-ils les multinationales ? Sortiront-ils nos pays du libéralisme qui priorise la finance immédiate d’intérêts privés à la durabilité collective ? Financeront-ils d’avantage la recherche médicale publique ? Contraindront-ils les médecins à ne pas céder aux demandes des patients ? … Je crains que non. Je crains – et je sais- que demain, cette alerte soit sédimentée sous les couches de l’actualité sportive et people afin que le show puisse continuer. Je crains, qu’une fois de plus, pour faire bonne figure nos politiciens nous apparaîtrons les mines atterrées, la voix aux trémolos mélodramatiques et la main sur le cœur pour nous dire qu’ils ont entendu le message et qu’ils réuniront, dans les mois ou les années qui viennent une commission destinée à réfléchir au sujet. Je vois aussi ma boulangère me dire « Ah, si on avait su ! On est au courant de rien. On nous cache tout, on nous dit rien » alors que l’information est disponible depuis des années à qui veut ouvrir les yeux. Je vois mon désespoir, devant tant d’inconsistances et d’irresponsabilités, continuer à creuser son trou, car leur système m’emmène, moi et mes enfants, vers des lendemains qui déchantent et que je n’aurai pas voulus.

Je vois, en cette alerte de l’OMS, qui est, pour le coup, extrêmement concrète car sans intermédiaire, un exemple concret de notre aveuglement et de notre absurdité collective qui nous pousse à ne rien changer alors que nous nous savons en danger. Alerte qui devrait pourtant nous faire réfléchir sur d’autres alertes. Mais non, rien. Dans 10 ans nous en seront encore au même niveau de mobilisation alors que la situation se sera encore aggravée. Je vois là, en cette alerte de l’OMS l’image de notre négationnisme face aux autres alertes qui sont des réalités. Notre négationnisme face aux signaux qui sont au rouge. Face aux autres alertes lancées par la science qui aura fait beaucoup de progrès et qui sait que beaucoup de réalités ne sont plus des hypothèses.

  • Ainsi les changements climatiques sont une réalité. 
  • Ainsi la perte de biodiversité est une réalité. 
  • Ainsi la surpopulation est une réalité. 
  • Ainsi l’épuisement des ressources naturelles est une réalité et les crises énergétique et métallique, qui en résultent, sont des réalités. 
  • Ainsi la perte de terres agricoles et la destruction des sols sont des réalités. 
  • Ainsi la responsabilité des pesticides et/ou du diesel dans l’augmentation des cancers actuels est une réalité.

Ainsi toutes ces dégradations majeures, qui conditionnent notre durabilité à court terme, sont des réalités. Dès lors que faisons nous ? Décide-t-on d'ignorer ou d'agir ? Je crains que la réponse ne soit dans la question et que nous ayons toujours plus urgent à traiter : la croissance, la consommation pour relancer l’économie libérale et capitaliste qui n’a jamais garantie le bien-être des peuples. Nous aurons toujours plus urgent à traiter car, nous dit-on, l’économie est malade et les actionnaires perdent de l’argent. Qu’importe notre durabilité, traitons en priorité les marchés. Qu’importe le mensonge qui rassure propagé par les marchants de doutes avec la bénédiction bienveillante des politiques et des citoyens … le reste attendra bien. Qu'importe le flacon pourvu que nous ayons l’ivresse. Nous traiterons les problèmes quand ils seront devenus inévitables. Nous les traiterons plus tard alors que nous savons qu'il faut agir maintenant. Personne ne peux plus dire qu'il ne savait pas. 

Où est notre raison ?

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