Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 15 août 2014

Narcisse ne meurt-il pas noyé ?

Profiter. Profiter. Ils n'ont que ce mot à la bouche. Qu'ils soient patrons, capitalistes, boursicoteurs, banquiers, assureurs, vacanciers, consommateurs, machos, harceleurs ... ils veulent tous profiter.

Il y a trois jours, en ce 12 août 2014 un clown triste et magnifique est mort. Robin Williams fut Madame doubtfire, animateur radio dans «good morning Vietnam » ou bien encore un professeur magique dans le « cercle des poètes disparus ». Dans ce dernier film, nous fut livré, en son temps, une devise célèbre "Carpe diem" locution latine extraite d'un poème de Horace que l'on traduit en français par : « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain ». A l'époque ce fut, pour moi , une révolution, mais les années ont passé et j'ai vu combien cette citation servira, à mes contemporains, d'alibi pour une libre jouissance sans se soucier des conséquences. Ainsi donc, à force de l'avoir vu être détournée de sa signification originelle où Horace cherche à persuader Leuconoé de profiter du moment présent et d'en tirer toutes les joies, sans s'inquiéter ni du jour ni de l'heure de sa mort, j'en suis venu à ne plus la supporter, car, à l'heure des crises écologiques, climatiques, énergétiques et métalliques, légitimer une jouissance sans conscience est, on le sait maintenant, criminel vis-à-vis de nos enfants et des enfants de nos enfants.

Profitez, jouissez, ne pensez qu'à vous, ouvrez du bonheur, ne réfléchissez pas et consommez voici bien ce que nous dicte notre monde moderne qui vise bien et avec un certain succès, il faut le reconnaître, à la destruction de la conscience collective. « Je dépense donc je suis » semblent nous dire les prêtres du consumérisme. Notre monde moderne, qui a instauré l'individualisation de tout et de tous afin que plus personne ne se puisse se sentir solidaire des autres, a permis que plus rien ne fédère les citoyens. Étonnez-vous, dès-lors qu'il n'y ait plus de cohésion nationale ni de sentiment Européen et encore moins humain. L'écologie aurait pu être l'un des moyens de fédérer, mais les politiques et les puissants ont vite compris le danger que cette philosophie capitale, pouvait représenter pour eux, dès lors ils se sont emparés de ce nouvel arrivant pour la vider de son sens et détruire la conscience collective qu'elle véhiculait. Pour garder leur pouvoir ils détruiraient Terre et mer dans un jeu de mort absurde.

Ainsi pour moi, cette individualisation de tout, conjuguée à l'individualisme, nous a entraîné vers cette période d'hyper narcissisme que nous connaissons aujourd'hui et que jamais notre humanité n'avait connue. Narcissisme qui tente de combler une solitude sans nom, d'humains pourtant hyper connectés. Le selfie en est pour moi le révélateur visible. Je me souviendrai toujours de la première fois où j'ai vue une personne s'auto-prendre en photo dans le TGV qui m'emmenais vers Marseille. A cette époque je ne connaissais pas ce phénomène qui prenait de l'ampleur et j'ai trouvé cela profondément immodeste et prétentieux. Ces sentiments ne m'ont jamais quitté. Dernièrement encore, en face de moi une jeune femme s’amusait seule et silencieuse, mais devant tout le monde, avec son portable, en faisant les grimaces, toutes plus sottes les unes que les autres pour tenter de réussir le selfie du siècle. Je fut, une fois de plus, estomaqué par ce curieux phénomène, mais on me rétorquera qu'elle pouvait s'amuser comme elle l'entendait qu'elle ne faisait de mal à personne, que le ridicule ne tue pas.. En quoi cela me gênait-il ?

Mes contemporains ne se rendent-ils donc plus compte du degré de ridicule, de vide et de futilité qu'ils ont donc atteins avec la modernité ? Einstein dit un jour, "Je crains le jour où la technologie dépassera l'homme. Le monde aura une génération d'idiots." N'y sommes nous point ?

En vérité le Selfie dénote bien la mentalité de notre société actuelle. Une société du MOI. Moi, moi et moi. Il n'y a que le moi qui compte ... quelle belle régression. Nous sommes en plein "moi" freudien. "On m'a donné les moyens de jouir de tout, alors pourquoi ne pas en profiter tant que cela est possible ? Qu'importe mon impact, je suis là pour jouir. Qu'importe les autres tant qu'il y a moi." Dès lors ce sera chacun pour soi et dieu pour tous.

Ah narcisse quand tu nous tiens !

Mais alors vous ne me suivez plus, vous me trouvez, une fois de plus, extrémiste. C'est vrai ça quoi ! Pourquoi toujours vouloir critiquer ce que nous offre la modernité ? On ne fait de mal à personne en prenant l'avion inconsidérément, puis de tout façon si je ne le prends pas il partira quand même, alors mieux vaut en profiter. On ne fait de mal à personne en allant s'entasser dans les hôtels pieds dans l'eau à l'autre bout du monde. On ne fait de mal à personne en construisant son pavillon en béton sur des terrains pris sur des terres agricoles. Mon bonheur est dans le pré qu'importe qu'il soit à 70 km de mon boulot, j'ai ma voiture. On ne fait de mal à personne en utilisant son 4 x 4. Je ne fait de mal à personne en mangeant des fraises en hivers et en consommant des produits exotiques. J'ai le droit d'avoir à manger, jusqu'à m'en gaver, et qu'importe la pollution que j'engendre ... tant que cela n'est pas dans mon jardin. J'ai le droit d'exploiter mon prochain pourvu que les fringues soient swag, abondantes et bon marché. 

Si cela me plaît pourquoi m'en priver ? Notre modernité nous le permet alors pourquoi se poser des questions ? Pourquoi se poser des questions, on ne vit qu'une fois ! Pourquoi ne pas profiter ? Pourquoi ne pas profiter, ce n'est tout de même pas moi qui suis responsable de la misère humaine, ni du changement climatique ! Le monde est plein de gens qui n'ont aucun impact, c'est tellement merveilleux.

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