Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

jeudi 20 mars 2014

Calamités climatiques, la fin de la civilisation ?

«Official prophecy of doom» : «La prédiction officielle de la damnation». Voilà qui ne laisse pas indifférent, non? C’est un titre d’un article horrifiant du quotidien britannique The Independent, que vient de lire et traduire Courrier international. Il se réfère «à une version non définitive» du rapport du 2e groupe de travail du GIEC, le Groupe d’experts international sur l’évolution du climat – groupe qui traite des impacts du réchauffement – dont il a pris connaissance. En fait, celui-ci ne devait être publié que le 31 mars, mais il a fuité. Intentionnellement, ... vu la bombe?

Mais que prévoit-elle, cette version qui sera encore abondamment rediscutée, et qu’il faut prendre avec des pincettes? Des calamités comme celles-ci: d’ici à la fin du siècle, la montée des eaux générée par le changement climatique obligera «des centaines de millions de personnes à se déplacer suite aux inondations le long des côtes et suite aux pertes de terres». Mais encore: ce réchauffement provoquera«des manques d’aliments. Il réduira les récoltes de 2% tous les dix ans tout au long du siècle, tandis que la demande d’aliments enregistrera une forte hausse, de 14% par décennie jusqu’en 2050.»

Risques de guerres

En outre, on assistera à une «multiplication de canicules, d’incendies, et de maladies liées à l’alimentation et à la qualité de l’eau». Conséquences: on peut s’attendre à «un risque accru de conflits violents comme des guerres civiles, des violences entre groupes, et des protestations violentes, étant donné que la pauvreté et les chocs économiques, les facteurs qui traditionnellement alimentent ce type de conflits, seront exacerbés». Et au plan économique, tout cela «générera des pertes qui se chiffrent en milliards de dollars».

Plus précisément, fait remarquer le site Actu-environnementune hausse de 2,5°C de la température moyenne du globe d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle pourrait entraîner jusqu’à 1450 milliard», selon le quotidien japonais Yomiuri Shimbun qui a consulté le prérapport dont la version définitive, «qui synthétise les connaissances relatives aux impacts, à l’adaptation et à la vulnérabilité, sera finalisée du 25 au 29 mars 2014 à Yokohama», au Japon.

Bon courage!

D’ailleurs, à la question «est-ce que le réchauffement qu’on commence à percevoir est lié aux activités humaines?» Science et Avenir rappelle que les rapports du GIEC ont successivement répondu: «On ne sait pas» (1990), «peut-être» (1995), «probablement» (2001),«très probablement» (2007)… C’est ainsi que le climatologue Jean Jouzel, vice-président du GIEC, vient de commenter«l’évolution prudente mais… claire de la façon dont les rapports de l’homme et du climat ont été envisagés au cours de ce dernier quart de siècle». Une évolution que décrivent aussi Les Echos et qui a même fait changer d’avis un notoirement sceptique, l’Américain Richard Muller, si l’on en croit son texte d’opinion paru dans le New York Times.

Bon. Si tout cela s’avère vrai, on peut d’ores et déjà souhaiter bon courage aux deux-trois générations à venir. Parce que comme si ça ne suffisait pas, comme sombres perspectives, Le Monde nous annonce aussi, parmi ses articles les plus partagés ce mercredi matin, qu’un autre rapport, issu de NASA, lui, ne prévoit rien de moins que «la fin de la civilisation»! A priori, il n’y a pas de relation entre les deux textes d’experts, mais l’étude du Centre de vols spatiaux Goddard de la NASA, notamment relayée par le service public audiovisuel belge de RTBF, «explique que la civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui pourrait bien disparaître dans les prochaines décennies en raison d’un problème de gestion des ressources naturelles et d’une mauvaise répartition des richesses».

Deux scénarios pour le XXIe siècle

Et de préciser que «cette étude se fonde sur un nouvel outil analytique, baptisé «HANDY», pour Human and Nature Dynamical», mis au point par le mathématicien Safa Motesharrei du Centre national de synthèse socio-environnemental de l’Université du Maryland. Elle a été publiée dans le Elsevier Journal Ecological Economics. Elle explique «deux scénarios possibles pour l’homme du XXIe siècle». «Le premier serait la réduction, par la famine, des populations pauvres. Dans ce cas, la destruction de notre monde ne serait donc pas due à des raisons climatiques, mais à la disparition des travailleurs.» Et le second «repose sur la surconsommation des ressources qui entraînerait un déclin des populations pauvres, suivi par celui, décalé dans le temps, des populations riches».

Fait notable historique sur lequel s’appuie entre autres cette étude sponsorisée par la NASA, plusieurs civilisations comme les Mayas et les empires mésopotamien ou romain «ont disparu notamment à cause de l’aveuglement des élites qui, jusqu’au bout, se croyaient protégées et ont refusé de réformer leur système de vivre-ensemble». Conclusion urgente, telle que rapportée par le Guardian: pour éviter le crash, il faut «d’abord réduire les inégalités économiques pour assurer une distribution plus juste des ressources. Et réduire dans le même temps la consommation par la diminution de l’usage des ressources non renouvelables et par la réduction de la croissance de la population.»

«En grande partie théorique»

Bien que l’étude soit en réalité «en grande partie théorique», Le Vif belge estime qu’«elle offre aux gouvernements, aux entreprises et aux consommateurs la possibilité d’ouvrir les yeux et de prendre conscience qu’il est impossible d’ignorer le destin vers lequel ils se dirigent et l’urgente nécessité d’adopter des réformes politiques et structurelles si l’on ne veut pas que notre civilisation disparaisse dans l’oubli». D’autant que «d’autres études», notamment l’une de KPMG, «Future State 2030», et une autre, du UK Government Office of Science, «ont également mis en garde sur les conséquences d’un effet combiné de crises alimentaire, hydrique et énergétique d’ici seulement 15 ans».

Ce n’est certes pas la première fois qu’on nous prédit la fin du monde. Ou d’un certain monde, plutôt, comme cette fois-ci. Sur le site Slate.fr, on peut d’ailleurs savoir en un coup d’œil depuis juillet 2013, «à combien de fins du monde» on a échappé, en se référant au site Popular Science qui avait publié une infographie produite par l’agence Accurat, rassemblant «toutes les prophéties» apocalyptiques «sur une frise chronologique avec les auteurs, les dates […] prévues et les causes».

Les facteurs de l’effondrement

Mais Slate.fr relève aussi que «dans son essai L’Effondrement, présenté dans Le Monde, le biologiste Jared Diamond développait l’exemple des Mayas. Ceux-ci «ont couru à leur propre fin» en sous-estimant les effets de la déforestation et de la culture intensive du maïs. Il identifiait également«cinq facteurs» menant«à l’effondrement d’une civilisation», qui d’ailleurs«rejoignent l’étude de la NASA»: Diamond y parlait entre autres de «dommages irréparables à l’environnement» ou encore des«gouvernements et des élites» qui «aggravent [la situation] par des comportements de caste, continuant à protéger leurs privilèges à court terme».

Nous voilà avertis.

Olivier Perrin, Le Soir
Photo : Thinkstock

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