Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

dimanche 15 avril 2018

L’expulsion de la Zad de Notre-Dame-des-Landes vire au fiasco

« Une cabane détruite, deux reconstruites », promettent les habitants de la Zad et leurs soutiens. Une première journée de reconstruction est prévue dès aujourd’hui, ce 15 avril. Après quatre jours d’intervention quasi militaire, une trentaine de lieux – fermes, salles collectives, logements – ont été rasés sur ordre de la préfète de Loire atlantique et du gouvernement. Les démolitions sont, pour l’instant, stoppées. Mais le processus de négociation a lui aussi été dévasté par l’opération : « Nous n’avons plus du tout confiance. C’est terminé, c’est clair », entend-on ici et ailleurs.

Emmanuel Macron avait promis de faire revenir l’état de droit dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes alors que l’ordre y régnait sans lui. Les gens y vivaient sans heurt, en paix, ouvert à la discussion et à la rencontre, les gens s’y aimaient, des enfants naissaient sur la ZAD, on y cultivait à l’écoute de la terre. Ce que qui se vit sur la ZAD, c'est-à-dire, selon Hervé Kempf, « la possibilité d’exister autrement, de chercher la coopération plutôt que la compétition, de s’organiser sans hiérarchie entre les êtres, de régler les conflits sans police ni justice, de partager le commun en harmonie avec ce qu’on appelle la nature, de subsister sobrement, de sortir de l’assujettissement de l’argent » semble clairement menacer l’ordre libéral dont Macron et sa clique se déclarent les farouches défenseurs. Telle est donc la menace que semble représenter la ZAD au point d’inscrire, dans l’urgence, celle de la détruire ?!?! Pourquoi cela, alors que, définitivement, la ZAD n'est pas, et n’a jamais été, une zone de « non droit » mais juste une zone « hors norme » ? C'est donc cela qui vous fait tant peur ? Etes-vous donc tant peu sûr de vous, êtes-vous donc tant aux abois, que vous ayez si peur de 250 zadistes qui « critiquent votre modèle avec lucidité et cela, sans violence, tout en conservant leur optimisme et en proclamant leur amour de la vie » ? Etes-vous donc tant acculés devant la vacuité de votre modèle, que vous craignez tant la contagion, au peuple, par l’expérience humaniste et écologique de la ZAD de Notre Dame des Landes ? Etes-vous donc tant bousculés dans votre zone de confort que vous souhaitiez tant leur mort ?

Finalement la réponse tragique est peut-être dans l’éditorial d’Hervé Kempf paru dans « Reporterre » du 9 avril 2018. « Ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes s’inscrit dans une guerre générale menée par l’oligarchie contre les peuples. Lula, a été emprisonné au terme d’une ahurissante procédure, l’État israélien tue des manifestants et des journalistes dans la bande de Gaza. […]. Presque toute l’Amérique latine (Brésil, Chili, Argentine, Pérou, Guatemala,...) est passée sous la coupe de régimes durs qui appliquent la recette néo-libérale. En Chine, le président Xi Jinping a récemment renforcé son pouvoir. En Russie, Poutine règne en étouffant toute opposition. Aux Etats-Unis, Trump poursuit sa politique de dérégulation financière et environnementale sans contre-pouvoir réel. En Egypte, aux Philippines, en Pologne, en Inde, dans des dizaines de pays, on retrouve cette combinaison d’un pouvoir fort, défendant les intérêts de l’oligarchie, et détruisant l’environnement au nom de la croissance. De plus en plus, l’Europe évolue vers ce nouveau modèle d’oligarchie autoritaire. C’est en fait une guerre civile mondiale qui se déroule […] »

Ainsi donc l’affront de la victoire des anti-aéroport, en début d’année, ne pouvait pas rester impuni. Pour preuves et par les conditions et la méthode d’expulsion de la ZAD, qu’il a choisi, l'état s’est montré plus que coercitif, il s’est montré vengeur. 

Mais après une semaine d’enlisement, dans la zone humide de Notre Dame des Landes, la seule chose qu’a réussi l’état c’est de cristalliser une violence dont on savait qu'elle surviendrait si la gendarmerie débarquait. Si seulement on avait écouté les écologistes et autres agro-écologues présents sur place pour y créer, dans le calme, un espace dédié à l'agriculture écologique, au partage et à la fraternité, selon les projets déposés en préfecture, on n'en serait surement pas là. En effet ce qui intéresse les violents ce ne sont pas les projets agricoles défendus par les Zadistes et leurs soutiens, mais la violence, le plaisir d'en découdre avec les CRS, là-bas à Notre Dames des Landes, mais aussi à Nantes ou bien dans toutes les manifestations syndicales, pourrissant et brouillant les messages des manifestants pacifistes. S'il n'y avait pas eu de violences produites par le coup de menton de Macron, la ZAD serait subitement devenue totalement inintéressante pour les violents et l'on aurait pu envisager l'avenir avec plus de sérénité. Belle occasion manquée de montrer une certaine intelligence plutôt que ses muscles dans une guerre fratricide où les blessures des zadistes et celles des gendarmes ne sont pas légitimes et ne peuvent réjouir personne.

Dès lors « NDDL, c'est loin d'être réglé », selon Ouest-France. Et pour cause : l'opération militaire de Macron est un fiasco. Elle a montré la crudité de la violence d'état. Elle a réunifié opposants historiques et zadistes. Elle augure d'une belle impasse, tant au plan des inévitables négociations de terrain, que de l'issue de l'opération d'évacuation d'ailleurs loin d'être achevée. Elle attire à nouveau sur zone, comme un aimant, ceux qui, en France et en Europe, croient en d'autres valeurs que le productivisme marchand. « Les zadistes étaient 250 au début des opérations, Ils sont maintenant 700 » explique CNews. Un fiasco je vous dis !

Et pourtant le dialogue était possible pour de beaux projets alternatifs, mais Macron et ses copains capitalistes, n'aiment pas les esprits libres. Après les mensonges d'État sur l'aéroport, la confiance commençait juste à revenir, mais Macron a brisé la dynamique. Pitoyable ! « Pourquoi diable si peu de choses ont été faites ces 2 derniers mois pour réunir les 2 parties alors que les choses étaient annoncés ? » me dit, sur Facebook, Jean-Michel Combe. Peut-être, que justement il n'était pas question, pour l'état de perdre la face une seconde fois et que, ne pas chercher de solutions permettait de donner un excellent prétexte pour frapper avec force et tenter de montrer qu'au final, Macron est le plus fort. Mais il semble que la démonstration de force se solde, une fois de plus, par un échec cuisant pour l'état. Et donc « en ce début d'autopsie du fiasco de Cesar2, il eut été judicieux d'avoir appris quelque chose de Cesar1, mais non... » comme le dit fort justement Elen Debost sur Facebook. Définitivement, ce lieu est dédié au dialogue pas à la violence.

Pour conclure je laisserai à votre réflexion ce passage d’Anthony de Mello, lu dans « Quand la conscience s'éveille » aux éditons Albin Michel : « La première chose dont nous avons besoin pour nous réveiller est de nous dire que nous voulons aimer, que nous voulons être libres, que nous voulons la joie, la paix et la spiritualité. En ce sens, la spiritualité est la chose la plus concrète du monde. Je défie quiconque de penser à une chose plus concrète que la spiritualité telle que je l'ai définie - ni piété, ni dévotion, ni adoration, mais spiritualité. Réveil ! Réveil ! Regardez autour de vous, voyez le chagrin, la solitude, la peur, le désordre, les conflits, qu'ils soient intérieurs ou extérieurs. Supposez que quelqu'un vous donne les moyens de résoudre tous ces problèmes et de mettre fin à cette incroyable dépense d'énergie, de santé, d'émotions qui découle des conflits et du désordre. Aimeriez-vous cela ? Imaginez que quelqu'un nous montre comment aimer vraiment les autres, comment vivre dans la paix et dans l'amour. Existe-t'-il une chose plus concrète au monde ? Pourtant, il y a des gens qui sont persuadés que les affaires sont plus concrètes, que la politique est plus concrète, que la science est plus concrète. Mais à quoi sert d'envoyer des hommes sur la lune alors que nous sommes incapables de vivre sur la terre ? »

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